CABINET DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU DUCHÉÀ l'attention de monsieur Jean-Louis Gaudion, secrétaire général de l’Organisation des Nations Démocratiques.
Monsieur,
En guise préambule, je souhaite rappeler au nom de mon gouvernement que nous avons conscience des efforts entrepris et consentis, chez les diplomates onédiens comme les nôtres, pour un rapprochement entre le Duché de Gallouèse et les pays membres de l'Organisation des Nations Démocratiques. Les circonstances, la logique et la nécessité aussi, dans des temps plus qu'agités sur le continent eurysien, ont motivé ce rapprochement, qui a permis notamment d'assurer le désarmement de la Translavie sans ruiner la nation translave. Il serait idiot de ne pas voir les fruits que peuvent porter les partenariats entre le Duché de Gallouèse et l'OND ou bien ses États-membres pour la paix et la démocratie.
Néanmoins, sans tourner autour du pot, je vous apporterai la réponse à laquelle vous vous attendiez sûrement, à défaut de l'espérer : mon gouvernement ne signera pas le Traité de Manticore. Cette réponse est très logique, à bien y regarder. Elle ne doit pour autant pas jeter un froid sur la volonté de mon gouvernement de s'assurer de la bonne entente avec l'OND, mais nous y reviendrons. Je vais d'abord, dans ce courrier, vous détailler les raisons de ce refus, afin de ne pas laisser l'incompréhension ou le doute planer dans les relations entre l'OND et le Duché.
En premier lieu, je crois qu'il est bon de vous rafraîchir la mémoire. Le 20 mars 2012, vous avez été nommé ministre des affaires étrangères du Royaume de Teyla dans le gouvernement de monsieur Angel Rojas. Deux jours plus tard, le 22 mars, monsieur Michal Trëvenon, qui était le chef du gouvernement gallèsant, déclarait, je cite : « L'OND sera un échec ». La semaine précédant votre nomination, le chef de l'État, Son Excellence Bastien II, avait suscité de vives réactions en critiquant publiquement le Traité de Manticore. Ce fut un des premiers événements diplomatique, si mineur qu'il fut, à survenir au cours de votre mandat. Dire qu'alors la Gallouèse n'était pas particulièrement intéressée par une adhésion aurait été un euphémisme. Figurez-vous, Monsieur, que le gouvernement Trëvenon III de l'époque... est le mien. J'étais déjà en poste au moment de cet épisode, par la volonté du peuple gallèsant qui nous a élu. Si le rapprochement avec l'OND a été souhaité par M.Trëvenon lors des trois années qui ont suivi, la réalité demeure : mon gouvernement reste critique de certains aspects du Traité de Manticore.
Bien sûr, certains aspects
évoqués le 22 mars 2012 ne sont plus d'actualité. Je pense par exemple à la question de l'Empire du Nord : s'il était pertinent de remettre son statut en cause à l'époque, ce serait absurde aujourd'hui, au vu des réformes mises en œuvre depuis. Mais d'autres critiques portées à la fois par le Parti Social pour la Liberté et le Parti communiste, qui ensemble constituent mon gouvernement, sont toujours d'actualité. En particulier celle portée sur l'esprit même des textes fondateurs. Comme M.Trëvenon l'a dit à l'époque, l'agenda onédien pour la démocratie est loin d'être neutre et défend une vision volontariste du rôle des démocrates, selon lesquels la démocratie s'exporte. Nous ne croyons pas à cet artifice. De même, l'OND défend une vision légaliste des relations internationales ; c'est dans son essence même. Là encore, le PSL ne partage pas cette vision.
Mon gouvernement considère bien sûr la dichotomie entre l'Organisation et sa charte défensive. Mais c'est bien le texte fondateur de l'OND qui porte en lui l'esprit dont je viens de parler, et vous n'allez pas dire le contraire. Il est tout à fait légitime que les États-membres défendent leur vision de l'ordre mondial, comme il est légitime que nous ne la partagions pas.
Pour entrer dans les détails des raisons de notre refus, au-delà de la question de l'idéologie ou de l'esprit de l'entreprise onédienne, il convient que je cite les textes. Je ciblerai donc deux passages du traité fondateur de l'OND qui nous contraignent au refus, pour une des raisons évoquées précédemment, à savoir la mission intrinsèquement légaliste de l'OND. Tout d'abord, l'Article 9, alinéa 6, qui stipule que : « le Conseil général [...] organise des études et fait des recommandations en vue [...] d’encourager le développement et la codification du droit international ». Ensuite, le Titre VI du traité dans sa globalité, qui propose l'une des idées que la "Diplomatie gallèsante" a le plus combattue dans son existence. Toutes ces propositions suggèrent un procédé que la doctrine diplomatique gallèsante en vigueur depuis 2005 refuse.
Pour répondre, enfin, aux arguments que vous avez mis en avant sur votre courrier, j'ai déjà évoqué la question de la charte militaire facultative. Pour ce qui est du rôle de « caisse de résonance » de l'Organisation, il n'est ni dans l'intérêt du Duché ni dans la volonté de mon gouvernement de porter sa voix au-delà des frontière de notre continent eurysien. La vision messianique qui découle des arguments que vous suggérez est bien sûr entendable, et c'est la vôtre, mais demeure contraire aux intérêts de mon pays.
Je vous prie de garder à l'esprit, Monsieur, que ce refus est celui d'un gouvernement, le mien, et du peuple de Gallouèse qui nous a porté au pouvoir en 2010 pour un mandat de cinq ans. Cette année, nous serons à nouveau appelés aux urnes. Dans son programme, le PSL n'entend pas changer la doctrine diplomatique. Le peuple tranchera. C'est là le point central qui fait que le Duché de Gallouèse et les États-Membres de l'OND partagent les mêmes valeurs. C'est pourquoi le Duché de Gallouèse, s'il vous a signifié son refus de devenir membre de l'OND, ou même simple observateur puisqu'il est question de créer ce statut, est tout à fait ouvert à nouer un partenariat plus étroit avec l'OND. Les temps sont troubles, comme vous l'avez dit, et nécessitent que les agents démocrates unissent leurs forces. Toujours dans une visée défensive et de respect des peuples, la seule qui permette la prospérité de l'humanité. Ainsi, si l'Organisation souhaite rediscuter d'un accord ou partenariat gallo-onédien, qu'il soit économique ou stratégique, je reste disponible pour en parler.
Dans l'attente de votre éventuelle réponse, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
Ligert, le 22 juillet 2015
M. Gwetran de l’Hairdre, ministre des affaires étrangères du Duché