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Activités étrangères au Bajusid - Page 3

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BAJUSID : AG AMENAY CONFIRME L'ENGAGEMENT DU GHAZÎ ET ANNONCE SE RENDRE DANS LE GOLFE
Posté par Amsa Jellâl le 16.02.2020

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« Le destroyer ACS Ghazî, mobilisé contre les trafiquants cramoisiens, a été détourné de sa mission initiale », a confirmé le Diwan dans un communiqué laconique, « en vue de participer à la désescalade » dans le golfe de Chirasi, au Bajusid, où les tensions ont atteint leur comble. Le 2 février dernier, la station radar al-Kasim, l'une des principales infrastructures de défense côtière de la république du Bajusid, a été détruite dans un bombardement par des aéronefs appartenant au Jaguar paltoterran, groupe mercenaire mobilisé, selon la presse locale, sur demande de Mutarrif Ibn Saadin, candidat à la présidentielle de 2018 et chef revendiqué de l'Etat bajusid. Ce bombardement, qui a occasionné plusieurs victimes parmi des membres de l'armée régulière, s'ajoute aux confrontations précédentes et fait craindre « un embrasement » et « une escalade », préjudiciable à la stabilité régionale.

L'Azur, puis le Finejouri, avaient déjà marqué leur sympathie pour Mutarrif Ibn Saadin, que les médias et la Cour consitutionnelle de Tarrin donnaient déjà vainqueur de l'élection présidentielle de décembre 2018, avant que son adversaire, le président sortant Jabair Toulali, ne décide de suspendre l'ordre constitutionnel pour se maintenir au pouvoir. Une décision qui avait aggravé la situation sociale à l'intérieur du pays, et initié une phase de troubles depuis désormais plus de quinze mois. « Toulali s'accroche au pouvoir », décrit la presse d'opposition, qui appelle à un renversement du pouvoir et à une transition politique en faveur d'Ibn Saadin. Ce dernier, membre d'un célèbre clan tribal, est particulièrement populaire chez les beïdanes, et parmi les populations nomades de la région. Son engagement contre la Listonie, lors de la décolonisation d'al-Qudaida, est « particulièrement bien perçu par le Diwan », s'il faut en croire un observateur local. Agatharchidès semble avoir désormais sauté le pas, en mobilisant directement ses forces militaires sur le terrain.

« Ce déploiement est une interposition », déclare la Porte Splendide qui réfute toute accusation d'ingérence dans les affaires intérieures bajuside. « L'ACS Ghazî restera jusqu'à la fin de la transition politique », affirme cependant déjà un cabinet d'experts proche de l'armée califale, ce qui laisse planer le doute quant aux intentions du Diwan en la matière. Néanmoins, plusieurs sources locales confirment que les Azuréens, déjà présents dans la région pour faire la course aux trafiquants d'organes Dalyoha, veulent privilégier « une solution négociée » pour une « transition rapide » du pouvoir entre Saadin et Toulali. Un scénario qui n'est pas, a priori, le plus probable, comme le démontre l'escalade en cours.

Faisant mine d'appuyer ce déploiement militaire d'un geste diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Amastan Ag Amenay, a confirmé « visiter très bientôt les troupes azuréennes déployées dans le Golfe » de Guadaires. Entre Leucytalée et Océan d'Espérance, ce sont pas moins de onze navires azuréens qui effectuent chaque jour des allées et venues pour se ravitailler entre la base d'Helia Industries, à Messalie, et les eaux riveraines de la Cramoisie, où le danger reste important que la « flotte fantôme » saisisse des opportunités pour exporter ses produits illégaux ou bien importer des armes de destruction massive. Le ministre a répété son « soutien aux forces de l'ordre maritime » et son « engagement pour une résolution diplomatique rapide. » Si cette résolution semble pour l'instant hors d'actualité, le chef de la diplomatie azuréenne ne part pas sans atouts.

En s'embarquant à bord d'un dirigeable de SKYRAVAN pour l'une des régions les plus incertaines d'Afarée, du fait de la présence cramoisienne, mais aussi de multiples incidents ayant émaillé qui Gokiary, qui le Bajusid, qui d'autres territoires, Amastan Ag Amenay s'aventure en-dehors des clous habituels de la diplomatie, sur un terrain où le militaire est incontournable. « Le Diwan affiche sa détermination », estime le porte-parole du gouvernement. Au contraire, du côté de l'opposition, on souligne « la collusion » de plus en plus visible entre le dossier qabalien et l'ensemble des autres dossiers de la politique étrangère. Membre déclaré de la « Qabaliyya », le réseau soufi que le journal d'extrême-gauche SARGHAT qualifie de « lobby installé au coeur de l'Etat » et voué à promouvoir les intérêts de la nation qabalienne dans la politique azuréenne, Amastan Ag Amenay pourra réaffirmer l'importance de la région pour les intérêts d'Agatharchidès, et négocier, espérons-le en direct, une proposition de sortie de crise. « Rien n'est écrit », jugent les observateurs internationaux, circonspects.

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GAN

(L'Amiral Le Guen fait un geste au Capitaine de Vaisseau Dubois.)

Amiral Le Guen : Commandant Dubois, préparez une diffusion générale à l'attention de l'ensemble du groupe FRS (Finejouri Royal Ship)sur le canal de commandement crypté.

CV Dubois : À vos ordres, Amiral. Moreau, établissez le lien.

(Moreau manipule sa console. Un bip sonore retentit dans les haut-parleurs de tous les navires de l'escorte.)

Lieutenant Moreau : Le lien est établi sur « Confiance-Tactique », Amiral. Vous pouvez parler.

(L'Amiral Le Guen saisit le combiné, sa voix est calme, ferme, sans émotion inutile.)

Amiral Le Guen (Diffusion FRS) : Ici CTF 473 à toutes les unités du Groupe Aéronaval. Je prends le commandement direct pour cette notification. Suite à la dégradation brutale de la situation tactique dans le secteur , l'État-Major a détourné notre mission initiale. Nous sommes dorénavant en zone de combat potentielle.

Amiral Le Guen : Ma priorité est la préservation du GAN. Ma directive tactique est la suivante : nous n'irons pas plus loin dans la zone. Nous adoptons dès maintenant une posture de « Dissuasion-Défensive ». Nous maintiendrons cette distance de sécurité avec le foyer du conflit pour garantir notre liberté de manœuvre en cas de repli accéléré. Nos Avions opéreront à leur portée maximale. L'escorte doit se resserrer autour du FSR . Fin de diffusion.

(Il raccroche le combiné de diffusion interne et se tourne immédiatement vers l'Officier de Quart Opérations.)

Amiral Le Guen : Lieutenant Moreau, l'ACS Ghazî est-il toujours en patrouille dans le secteur 'Alpha' ?

Lieutenant Moreau : Affirmatif, Amiral. Le destroyer allié Ghazî est dans le secteur lui aussi.

Amiral Le Guen : Établissez une liaison cryptée interalliée vers le Ghazî. Je veux qu'ils sachent que nous sommes là et avec quelle force.

(Moreau configure la radio. Un bruit de friture, puis une tonalité claire.)

Lieutenant Moreau : La liaison est établie, Amiral. Indicatif « Salam ».

(L'Amiral Le Guen saisit un autre combiné.)

Amiral Le Guen (Radio - Vers l'ACS Ghazî) : ACS Ghazî, ici le Contre-Amiral Le Guen, Commandant du Groupe Aéronaval FRS (Finejouri Royal Ship) . « Salam » à votre équipage.
Par la présente, je notifie officiellement notre entrée dans votre zone d'opérations. Notre Force est constituée de onze bâtiments, incluant notre Porte Avion, son escorte de surface, ses unités de soutien et un sous-marin.
Nous avons pris une posture défensive à distance du conflit. Nous sommes à l'écoute sur ce canal. Bonne patrouille. Terminé.

(Il raccroche et se tourne à nouveau vers les officiers du CO.)

Amiral Le Guen : Dubois, on passe immédiatement en alerte maximale pour nous. Je veux une bulle hermétique.

CV Dubois : OQO, appliquez les procédures « Bastion ». Alerte défense surface-air au niveau 1 sur tous les bâtiments.

Lieutenant Moreau : Compris. Frégate de défense aérienne Forbin, passez en contrôle positif de la zone aérienne zone Sud. Frégate multimissions Normandie, activez votre suite ASM en mode actif de grande portée. Alerte sous-marine niveau 2 déclarée. Le Sous-marin d'Attaque d'escorte passe en patrouille de chasse « Cercle-Or ».

(Moreau se tourne à nouveau vers l'Amiral.)

Lieutenant Moreau : Amiral, AWACS N2 est sur zone, en station à l'Est de notre position. Ils viennent de nous transférer la Liaison 16. Ils confirment un contact massif en cours d'analyse au 180.

Amiral Le Guen : Commandant, je prends la liaison radio directe avec AWACS N2. Je veux l'analyse brute.

(Moreau établit la liaison radio.)

Amiral Le Guen (Radio) : AWACS N2, ici FRS. Morette pour analyse de la flotte au Sud. Quel est votre statut ?

Capitaine De Souza (Radio - AWACS N2) : FRS , ici AWACS N2Tactique. Bien reçu. Nous sommes en station au niveau de vol 250. Radar nominal. Le tableau Sud est critique. Nous analysons actuellement une formation conséquente.

Amiral Le Guen : De Souza, donnez-moi les types. Identifiez les menaces.

Capitaine De Souza : Analyse complexe, Amiral. C'est une formation mixte. Le noyau semble composé de croiseurs , avec une escorte serrée de destroyers . Les six autres échos sont des corvettes légères, très dispersées, probablement en écran de détection avancé.

Capitaine De Souza : Émissions radars de conduite de tir identifiées. Ils nous ont détectés, Amiral.

(Un silence s'installe au Central Opérations du FRS. L'Amiral Le Guen fixe la table tactique où les échos rouges viennent d'apparaître.)

Amiral Le Guen : Commandant Dubois, informez l'État-Major : Nous sommes sur zone nous avons pris contact avec nos alliés et l'AWACS N2 pour avoir une vision total de la situation et en cas de mouvement offensif pouvoir riposter ou fuir. Comme demandé nous sommes à bonne distance de façon à être détecté mais assez loin pour être non visible. Tous nos bâtiments sont en alerte ainsi que nos forces aérienne. Pour Sa Majesté, Pour le Royaume, fin de communication.

Listing des moyens sur zone
- 1 Porte avion LVL5
- 2 Patrouilleur LVL6
- 2 Corvettes LVL5
- 2 Frégates LVL4
- 2 Destroyers LVL3
- 1 Sous marins d'attaque LVL3
- 1 Pétroliers ravitailleur LVL 8
- 1 AWACS LVL 2
Force Aérienne du PA:
- 10 Avions de chasse LVL 10
- 10 Avions de chasse LVL 7
- 10 Chasseur Bombardier Lvl6
- 10 Avions d'Attaque au sol LVL10
- 2 Drone LVL 2 ( 1 reconnaissance / 1 d'attaque)
- 15 hélicoptères de Combat Lvl 2
- 3 Hélicoptères de Transport Moyen Lvl5
- 2 hélicoptères Léger polyvalent (chargé de la sécurisation des décollages et appontages et de secours maritime)
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

15 février 2020 - Opération “Mareas sombrías” : opérations héliportées sur le sol bajusid - Partie 3 sur 5.

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De haut en bas, de la gauche vers la droite : hélicoptère d’attaque de type Ceniza en soutien sur l’échangeur AKR-32, l'unité Alpaga-2 en sécurisation de l’échangeur, l’unité Alpaga-1 sur les hauteurs de Tazrout.


Les hélicoptères de transport, désignés sous l’indicatif Alpaga, venaient de survoler les chalands de débarquement, approchant à vive allure les côtes. Ils ne tardèrent pas à ensuite rompre la trajectoire pour ne pas avoir à survoler une ville ou un village où des forces bajusides y seraient retranchées et motivées à se battre. Le capitàn Ezequies Villagrà échangea une dernière fois avec son commando avant l'arrivée sur les sites de prédilection aux embuscades destinées à retarder l’accès aux côtes par un contingent bajusid en provenance de la capitale.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Soldats, là où nous allons, nous allons débarquer sur un secteur tenu par un ennemi qui, pour un bien grand nombre d’entre eux, ne savent pourquoi nous sommes présentement ici. Certains vous diront dessus, par réflexe ou conviction, d’autres déposeront facilement les armes par lâcheté ou libre arbitre. En bien des circonstances, je vous aurais dit de ne pas faire de quartier, la situation sur place exigera néanmoins votre efficacité par la retenue. Notre mission est de ralentir et stopper des manoeuvres militaires hostiles en direction de la côte. On s’y tient.

Son regard suivit celui d’un autre commando, le caporal Angelo Almeida Araujo, les amenant tous les deux à machinalement fixer la côte en contrebas vers laquelle les masses sombres des chalands se diriger.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Ils ont beau poser leurs mastodontes dans le sable, c’est encore nous qui faisons le travail dans l’ombre.

Un rictus sur le visage du caporal gagea d’un sentiment partagé avec son supérieur.

(Cabo) Angelo Almeida Araujo : Unidad Especial Jaguar Negro !

Un hochement de tête de la part de l’officier conclut l’échange, ces hommes étaient là pour donner le meilleur. Positionnés sur des missions clandestines, leur réussite opérationnelle avait pour face cachée que le strict anonymat de leurs prouesses.

Les trois hélicoptères de transport de type HLT-I Alpaga furent avisés de la prochaine arrivée sur zone du destroyer azuréen ACS Ghazî dont l’entrée sur zone avait normalement pu être décelée par la présence du groupe aéronaval paramilitaire sur place préalablement à lui. Une bulle de sécurité maritime complétée par la présence notable de sous-marins d’attaque nommément positionnés sur la détection et l’anticipation des manoeuvres navales sur zone (hrp : 2nd paragraphe). Considérant la possible présence d’hélicoptères azuréens embarqués, les HLT-I Alpaga disposaient d’une fenêtre pour débarquer les commandos au sein de l’arrière pays, probablement pas pour les en exfiltrer. Un aller simple qui traduit la première complication notable du capitàn Ezequies Villagrà pour le cheminement opérationnel de la mission. Déjà abandonnés sur des théâtres opérationnels pour lesquels ils étaient contraints de se dissimuler des semaines durant avant une exfiltration, la nouvelle d’une présence navale possiblement hostile pouvait surprendre, jamais plus. “Toujours surpris, jamais baisé” avait traduit en ces termes le capitàn Ezequies Villagrà lorsque la nouvelle lui fut narrée.

Une dizaine de combattants était embarquée au sein de chaque hélicoptères de transport, une armée de l’ombre au format “pocket” chargée de faire basculer le cours de la guerre au travers d’actions incisives et décisives, en des endroits névralgiques du camp adverse. Les hélicoptères continuaient de voler bas, même après l’approche des côtes, possiblement pour s’affranchir des capacités de détection antiaériennes adverses, bajusides et azuréennes, une fois le destroyer en position le long du littoral. Un itinéraire différent de celui emprunté pour l’attaque de la station radar Al-Kasim fut choisi, soucieux de ne pas se laisser surprendre par un ennemi au fait des faiblesses topographiques ayant pu toucher sa couverture antiaérienne. Trois hélicoptères d’attaque de type HA-2 Ceniza soutenaient la couverture des troupes héliportées. Empruntant un axe plus au sud, que ceux connus, l’escadrille d’hélicoptères survola le fleuve pour s’assurer un minimum de présences hostiles et joindre sans forcer les heurts, l’intérieur des terres. Assis face à face, chaque paramilitaire héliporté cherchait un point à fixer face à lui. Chacun d’eux avait à l’esprit que l’objectif tactique premier de l’opération était de tenir la plage, pour autant ils volaient vers une position inconnue, bien étrangère à celle-ci mais qui avait tout à voir. Le fait de débarquer sur le littoral de l’arrondissement de Cherasi répondait à plusieurs desseins :

  • Cherasi est la première ville portuaire du Bajusid, la tenue d’opérations militaires sur zone serait de nature à marquer un coup d’arrêt à la santé économique, le temps de cliver la présidence Toulali avec les lobbies économiques bajusids qui pouvaient jusqu’ici le soutenir.

  • Cherasi est un foyer électoral marqué du Prince Mutarrif ibn Saadin pour ses investissements locaux notables, son retour au pays dans cet arrondissement est de nature à lui faire profiter des soutiens populaires sur place, permettant une forme de storytelling favorable pour asseoir sa légitimité autour d’actions de communication étendues à tout le pays.

  • Cherasi est une ville suffisamment importante pour peser sur l’économie et l’opinion publique bajusides et suffisamment éloignée de la capitale pour ne pas tomber dans sa sphère directe d’influence, sa bulle sécuritaire.

  • L’éloignement de Cherasi vis à vis de la capitale Tarrin a aussi l’avantage de tenir éloigné le 3e bataillon d’infanterie mécanisée du théâtre d’opération amphibie. Unité toulaliste loyale par excellence, après qu’un officier tel que le colonel Yasser Hachani, époux d’une ministre toulaliste en fonction en ait pris la tête, elle est le verrou actuellement mis en place sur la capitale et n’a par conséquent pas vocation à s’en éloigner sans ordre explicite du président Joubair Toulali lui-même.

Si des renforts de l’armée régulière bajuside venaient malgré tout à se diriger sur Cherasi, l’éloignement de la capitale Tarrin permettra une certaine réactivité de la part des forces paramilitaires, y compris par des embuscades que les commandos du capitàn Ezequies Villagrà entendent justement mener dans l’arrière pays pour ralentir des manoeuvres militaires bajusides destinées à construire une contre-attaque dans la région portuaire. L’empêchement de voir manoeuvrer les forces adverses, ou encore de les voir converger en une force de contre-attaque importante au point de mettre à mal les positions en cours d’établissement par la force amphibie était la condition d’emploi première des unités du capitàn Ezequies Villagrà. Une mission opérable en différents endroits de la carte du Bajusid mais sur laquelle trois lieux prédominaient :

  • l’échangeur de l’autoroute AKR-32 à hauteur de Sidi-Arad (AKR-32 soit littéralement autoroute kronienne n°32, les travaux de refonte du Bajusid n’ayant pas encore ôté trace de la colonisation passée). L’échangeur AKR-32 est un lieu stratégique à l’emprunt des grands axes routiers, ici autoroutiers, desservant le Nord-Est du pays. Tenir ou saboter l’échangeur AKR-32 revenait à priver des forces bajusides d’accéder rapidement à la partie septentrionale du pays. Toutefois, saboter un tel point de passage constituerait une réussite de court terme, considérant la nécessité pour la force amphibie paramilitaire, d’ensuite joindre le sud du pays à destination de Tarrin. Sous un scénario le plus favorable, l’échangeur AKR-32 est par conséquent un objectif moins à détruire qu’à tenir, pour y faire transiter la force de réaction rapide amphibie du groupe mercenaire.

  • les hauteurs de Tazrout, un relief rocheux situé proche des côtes et à l’extrémité centre-nord, facilitant l’observation du littoral et l’intérieur des terres, notamment ce que l’état-major paramilitaire a baptisé “le corridor de Sidi-Arad. Le but est ici de tenir ce point pour faciliter des observations de manoeuvres adverses importantes, soit par des observations directes soit indirectes sitôt le déploiement de drones de reconnaissance Búho effectif, lancés au moyen de plusieurs rampes mobiles et montées sur véhicules. Des installations antichars devraient également être installées pour permettre des tirs guidés jusqu’à plusieurs kilomètres, sur des manoeuvres militaires bajusides véhiculées. Néanmoins connu et considéré par les autorités locales, ce point d’observation peut faire l’objet d’une occupation préalable par les forces toulalistes.

  • le dernier site à cibler était une station de télécommunication de la région nord, un véritable relai des consignes gouvernementales qui pouvait, selon les analystes opérationnelles, influer défavorablement la résilience des populations et faciliter la coordination des moyens civils et militaires toulalistes.

A 6h50, Alpaga-1 joignit la cime des hauteurs de Tazrout, égrainant un commando d’une dizaine d’hommes après que l’hélicoptère eut achevé un vol stationnaire “touch & go”. Un poste d’observation de la garde côtière les avait vu débarquer, amorçant des tirs dans leur direction au moyen d’un nid de mitrailleuse pendant qu’un garde-côte émettait sa transmission d’urgence, une de plus quand l’on sait qu’un contingent armé et mécanisé débarquait maintenant aux abords côtiers de Cherasi. Plusieurs fumigènes à main furent lancés pour permettre une progression sous la végétation. La garde côtière présente et qui avait récemment accusé le coup d’un départ de leur haut commandant l’amiral Samir Qorban, n’était pas la plus coutumière de ces affrontements de proximité, sous des doctrines d’emploi proches de l’infanterie. La détermination des hommes à soutenir le combat dans le camp des toulalistes se voulant vacillante, les gardes côtes se rendirent après l’explosion d’une grenade qui arracha toute la boiserie d’une fenêtre et tua le sous-officier en charge de l’encadrement de la demi-dizaine d’hommes.

A 7h03, Alpaga-2 acheva quant à lui un plan de vol en direction de l’échangeur AKR-32 à hauteur de Sidi-Arad. L’endroit se faisant un objectif principal du contrôle de zone, l’approche de l’appareil s’était placée sous la couverture de deux hélicoptères d’attaque Ceniza, craignant une trop forte visibilité des appareils à leur passage et des tirs de riposte le long des axes routiers. Un des rares lance-missiles antiaérien mobiles bajusids stationnant en dehors de la capitale semblait d’ailleurs les y attendre. Une patrouille véhiculée des forces régulières bajusides semblait elle aussi circuler sur place de façon plus fortuite, empruntant un axe routier secondaire mais adjacent à l’AKR-32. La vue des hélicoptères l’amena à immédiatement braquer une mitrailleuse lourde sur touret. Une rafale fut lâchée, dont le tracé avait fini par onduler en direction de l’appareil à mesure que le véhicule prenait de la vitesse pour tenter d’accrocher le passage des hélicoptères. Une rafale hasardeuse à cause de la vitesse imposée à son opérateur en manque de stabilité mais le débit de l’arme n’en demeurait pas moins suffisant pour toucher d'une poignée de balles seulement la carlingue de l'appareil. A l'étincelle et au bruit reconnaissable qu'elle produisit, le sargento primera Tobías Herrera Cantú s'aplatit aussitôt au sein de l'appareil, écrasant un de ses frères d'armes à côté. La rafale sitôt essuyée, la formation des trois hélicoptères se rompit immédiatement. Alpaga-2 dévissa de l'axe routier pour s'affranchir de la proximité du pick up ennemi. Les deux hélicoptères d'attaque de type HA-2 Ceniza prirent en charge les menaces. L'apparition du lance missiles antiaériens avait changé la donne des règles d'approche de l’AKR-32. Mais étonnement, la proximité du lance missiles antiaériens était moins un avantage pour lui que pour les hélicoptères, considérant les difficultés rencontrées dans l'acquisition de cible. L'un des hélicoptères d'attaque du groupe mercenaire bascula à l'arrière de la position du lance missiles antiaériens tandis que l'ailier marquait le pick up blindé et armé qui circulait sur l'échangeur pour emprunter un axe facilitant son tir.

La vélocité des Ceniza permet au Jaguar Paltoterran de néanmoins garder la maîtrise de la situation, flirtant l'espace de quelques secondes avec les angles morts et le relief local, agrémenté de plusieurs infrastructures. Plusieurs impacts du minigun de l'hélicoptère frappèrent le lanceur de missiles antiaériens, élevant d'abord la poussière d'un sol sec et aride avant qu'un tir que l'on qualifierait de bien ajusté n'efface le lance missiles derrière une fumée noire, opaque et impénétrable. L'appui de l'aviation légère s'était opposé sans mal à sa bête noire. Le lance missiles n'était plus, frappé d'une riposte brève et violente. Le primer suboficial Rafael Augusto Dias Ferreira avait largement contribué à rendre l'exploit possible. Ce pilote de toutes les sorties ou presque, avait la pleine maîtrise de son appareil et les acrobaties qu'il s’autorisait avec offrait des axes de supériorité face à des équipements particulièrement dangereux à la doctrine d'emploi usuelle des hélicoptères. Son ailier convergeait sur le blindé léger et sa tourelle folle cherchant à viser leurs appareils, sa mitrailleuse tira plusieurs rafales imprécises du fait qu'il ne put maintenir une trajectoire fixe vers les hélicoptères, balayant de gauche et droite avec son armement lourd. L'hélicoptère finit par lui donner le change, d'une salve de son minigun qui stoppa sa progression, celui-ci ralentissant inexorablement avant son immobilisation, l'habitacle criblé de plusieurs étincelles. Le véhicule aussi blindé soit il s'immobilisa sur la chaussée, personne ne s'en échappant. Des trois occupants, tous semblaient morts…

Alpaga-2 fut invité à faire un second passage pour survoler de nouveau l'échangeur à très basse altitude et déployer son commando sur un terre-plein où il disparut sitôt réuni au complet. Le groupe se dispersa au sein d'ouvrages routiers pendant qu’Alpaga-2 remontait avec de la vitesse pour reprendre son altitude initiale. L'appareil fila en direction du nord, laissant dans son sillage le grondement encore actif des rotors des Ceniza ou encore celui amorcé des combats en contrebas, après qu’une voiture de police bajuside avait été tenté de prendre à partie le commando qui fut contraint de laisser trois policiers morts dans son sillage le long de l'échangeur AKR-32. Le capitàn Ezequies Villagrà était de ce commando, ainsi directement et pleinement engagé dans la prise de contrôle de l'échangeur aux côtés d'une dizaine d'hommes et de femmes, conscients d'être pour le coup : le premier rempart entre la force amphibie mercenaire en cours de déploiement sur le front littoral de Cherasi et une contre offensive de l'armée régulière bajuside. Les affrontements en cours et à venir autour de l'échangeur AKR-32 permettront de mesurer assez précisément la pression à venir sur le front nord. La situation sur l'échangeur AKR-32 à hauteur de Sidi-Arad était de loin la plus scrutée par l'Etat-major après l'opération amphibie du front de mer. La destruction de deux véhicules de l'armée régulière bajuside sur l'échangeur AKR-32 ne garantissait pas la neutralisation des hostiles sur zone. Des coups de feu isolés restaient audibles, gageant que des militaires ou policiers bajusids avaient pu être présents sur l'échangeur lors d'affrontements, soit à bord d'un véhicule militaire soit à bord de leurs véhicules privés mais toujours en possession de leurs armes de service.

Les glissières et panneaux antibruit le long des axes routiers couvrirent la progression du commando, des abris rapidement complétés par les remblais. L'enjeu pour le capitàn Ezequies Villagrà n'était pas la poursuite de forces résiduelles en fuite mais la volonté de leur en interdire tout installation durable sur l’échangeur. Les tirs qui étaient encore imposés au commando se voulaient de plus en plus sporadiques et le caractère bref qui était les leurs ne suffit à remettre en cause la prise de l’échangeur par les commandos du Jaguar Paltoterran. Et si jamais la puissance de feu devait défavorablement changer, ils pouvaient compter sur la présence des hélicoptères d’attaque ceniza pour immobiliser une colonne ennemie ou neutraliser un ennemi lourdement retranché. Les ceniza pouvaient justement se maintenir quelques dizaines de minutes supplémentaires avant de rejoindre le Pomerico ou le Furioso pour faire le plein et se reconditionner en vue d’un déploiement opérationnel prolongé. Le seul passage des hélicoptères suffisait à disperser les regroupements visibles autour de véhicules à l’arrêt et dont le stationnement avait parfois provoqué un accident ainsi qu’un suraccident.

A 7h50, l'échangeur AKR-32 fut réputé sous contrôle du commando, après qu'un trinôme de paramilitaires eut établi un poste de tir antichar, dissimulé sous un pont routier et artificiellement défendu par des épaves et un camion civil immobilisé sur le flanc. Un binôme était quant à lui en observation sur le pont routier lui même, une jumelle dotée de différents optiques et un fusil de précision pour épaissir le poste d'observation. Un opérateur de drones les rejoindrait plus tard mais ce poste avait vocation à être soutenu par un autre poste d'observation plus au nord, sur les hauteurs de Tazrout. L'équipe de Villagrà n'en avait possiblement pas conscience mais ils étaient vus de leurs frères d'armes de Tazrout où la garde côtière avait été délogée il y a de ça maintenant une heure. L'observation n'était par conséquent pas la priorité donnée à leur présence sur l'échangeur. Ils devaient faire le tampon avec toutes les forces susceptibles d'organiser une résistance sur l'échangeur, mais la présence d'une seconde voiture de police et un véhicule non blindé de l'armée régulière laissés en plan au milieu d'une colonne de véhicules à l'arrêt gageait néanmoins qu'un décrochage rapide des hostiles avait eu lieu.

Le capitàn Ezequies Villagrà, ainsi exposé en première ligne avec ses hommes, participait pleinement à la sécurisation de l'échangeur.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Furioso ici Alpaga-2, l’AKR-32 est sous notre contrôle. L'échangeur est intact et sera praticable sous trois heures. Nombreux véhicules immobilisés et plusieurs accidentés. On tient les accès et on garde les voies praticables jusqu'à nouvel ordre.

(Amiral) Ilias Nogaro : Alpaga-2, de Furioso. Bien pris. Beau travail. Les hélicoptères d'attaque vont rester grand max une heure à vos côtés, après ça vous serez seuls. Prenez position, les renforts arriveront bientôt de la côte.

Organisé en véritable point de contrôle, l'échangeur était maintenant en mesure de prévenir l'arrivée de renforts bajusids pour contre-attaquer la côte. Si bien qu'aux environs de 8h45, l'un des hélicoptères d'attaque ceniza accomplit ce que son pilote qualifia lui-même de dernière boucle sur le secteur de l'échangeur AKR-32. Après ça, il reprit de la distance et termina sa rotation jusqu'au porte-avions léger le Furioso pour son ravitaillement en carburant et munitions, considérant les affrontements passés au-dessus de l'échangeur. Le second hélicoptère d'attaque sur zone confirma l'absence de véhicules militaires bajusids sur le secteur de l'échangeur. Enfin, pour le moment mais nul doute que l’opération héliportée avait pris les forces toulalistes au dépourvu. Les hélicoptères changeaient de secteur, l’échangeur changeait de mains. Le Jaguar Paltoterran avait joué l’essentiel de son tour et il était désormais fort à parier que les toulalistes joueraient le leur au gré des mauvaises nouvelles qui s’imposeraient au palais présidentiel de Tarrin. Avec la tenue de cet échangeur, le Jaguar Paltoterran espérait, si ce n’est maintenir un verrou, à minima anticiper l’approche des forces toulalistes, fussent-elles inarrêtables à cet endroit. Car des forces toulalistes présentes dans le pays, celles pouvant se constituer en contre-attaque restaient basées à Tarrin, la capitale.

L’Alpaga-3 vola sur le dernier objectif tactique donné aux hommes et femmes du capitàn Ezequies Villagrà. La station de télécommunication civile utilisée par plusieurs chaînes du pays dont “bueid almanal” un journal qui a enregistré un changement de ligne éditoriale après le maintien au pouvoir de Joubair Toulali. Précédemment critique du pouvoir, la pression de l’autoritarisme grandissante et sans nul doute les menaces gouvernementales ciblant ses journalistes et les propriétaires de la chaîne, l’ont contraint à édulcorer son message journaliste ainsi que la vision critique qu’il avait vocation à accompagner. A priori une cible sans défense en dépit des enjeux portés à l’échelle nationale. La présence d’un service de police armé, dont une unité anti émeute suite aux troubles sociaux ayant agité le pays. La police nationale bajuside, en dépit d’une présence armée, ne constituait pas un vecteur de désengagement ou de modification de la mission, celle-ci se montrant très largement impréparée à des situations de combats face à des suspects lourdement armés. C’est donc assez logiquement qu’Alpaga-3 initia son approche de la station de télécommunication, composée d’un assez large ensemble de bâtiments réorganisé par la présence policière. Le pied de l’immeuble était ceinturé d’un cordon de sécurité, aidé de grillages et fourgons associés au ceinturage des lieux. De petites silhouettes grouillaient en contrebas, s’activant telles les fourmis que la petitesse du panorama offrait. Il n’y eut pas besoin d’attendre guère plus longtemps pour entendre des coups de feu en provenance du sol. Des tirs d’armes de poing, d’une grande témérité voire d’une naïveté considérant leurs faibles chances de toucher l’appareil en altitude. Quelques uns de ces tirs provenaient des bâtiments eux mêmes, mais finalement assez peu nombreux pour se constituer en menace, servant davantage l’idée d’éloigner l’appareil que de l’abattre…Un petit impact serait néanmoins visible dans la carlingue au retour de la mission, gageant qu’on préférait ne pas l’avoir eu dans le pied ou une jambe malgré la relative disproportion des armements opposés.

Avant même qu’un ordre du Furioso ne survienne, le pilote de l’Alpaga-3 avait compris qu’un atterrissage sur l’esplanade frontale à l’entrée du bâtiment était fortement compromis. Il décrivit un arc de cercle dans le ciel, sa porte latérale finissant par s’ouvrir. Un bruit sourd continu domina la scène, la cabo Ixchel Yaretzi, chargée de démolition des antennes et relais avait ouvert la porte pour donner le change aux policiers qui s’acharnaient. Ses tirs explosèrent une vitre de l’immeuble, clouant au sol un tireur qui espérait, fenêtre ouverte, l’abattre avant. Elle poursuivit ses tirs d’une rafale dans la vitre surplombant une fenêtre ouverte, s’offrant une vue optimale si un nouveau tireur comptait se mettre en place là.

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : Cabo Yaretzi, présence de personnels civils à l’intérieur, on retient les tirs hors cadre de légitime défense.

Cette dernière approuva, avant de recentrer ses tirs sur de nouvelles positions hostiles au sol. Le chef de l’escouade interpella le pilote de l’Alpaga-3.

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : On peut oublier le tarmac de l’esplanade, on rejoint les arrières du bâtiment technique, ça va se terminer en descente en rappel.

Et l’hélicoptère vint à disparaître derrière la station, en totu cas bien assez pour voir les pales soulever des détritus sur ses toits. L’hélicoptère se stabilisa rapidement, évacuant une dizaine de commandos composant l’unité d’assaut d’Alpaga-3. La présence des commandos à l’intérieur du bâtiment scella la reddition des agents et policiers armés en son sein, tandis qu’à l’entrée on changeait de philosophie, déployant un barrage non pas pour empêcher les foules d’entrer mais désormais de sortir… La station continua d'émettre plusieurs minutes avant que l'ensemble de la direction eut connaissance des évènements en cours et n’ordonne l'évacuation du site. En bas une unité d'assaut de la police se mettait en route pour joindre l'adresse de la station et désamorcer ce qu'ils pensaient être une action terroriste avec prise d'otage. Les hommes du Jaguar Paltoterran qui venaient de débarquer sur les toits, pouvaient déjà percevoir les voyants rouges des studios et autres éclairages caractéristiques d'une régie, sur le bâtiment attenant au leur.

Chaîne d’information bueid almanal : “On nous signale que des combats auraient actuellement cours Rue des sept bigaradier à Douar Ouled Koualit, aux abords de notre station. Plusieurs coups y sont actuellement audibles du plateau où nous nous trouvons. Nous conjurons la population de ne pas se rendre…” krkrkrkr

Le message ne pouvait maintenant plus trouver preneur, comprendra qui pourra. Un brouilleur venait d’être posé sur le toit, pour faire gagner un temps précieux à l’équipe d’assaut chargée d’investir le bâtiment aux étages inférieurs. Sur un plan tactique, il ne fallait pas détruire la tour télévisée car bien qu’acquise au régime toulaliste, l’intérêt était aussi dans ce qu’il pouvait transmettre. Les commandos du Jaguar Negro progressèrent rapidement au sein des escaliers de service, après avoir bloqué l’ascenseur dont ils ont fait sauter le tableau électrique à l’étage. Une autre partie de l’escouade se dirigea vers le rez-de-chaussée où ne forme résistance pouvait rapidement se mettre en place.

(Cabo) Ixchel Yaretzi : Ghost, tu crois qu’ils vont attendre la cavalerie avant un assaut?

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : C’est dans leur intérêt.

(Cabo) Ixchel Yaretzi : S’ils agissaient dans leur intérêt, ils nous livreraient Toulali sur un lit en feuilles de salades avec une plume dans le cul…

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : On va faire un peu plus que miser sur leur rationalité. Rorva, boum.

Sur ces paroles en forme d’incantations, une main tendue vers un fourgon de police vide de ses forces de maintien de l’ordre, un homme se détacha de l’escouade, un lance-roquette pris sur l’épaule. Arseniy Bérékachvili dit Rorva, un khardazien que ses frères d’armes avaient pris l’habitude d’échanger de manière succincte, l’homme n’ayant pas une connaissance très sophistiquée du portugais. Il se détacha de sa colonne pour prendre position depuis une passerelle piétonne de l’immeuble offrant vue sur l’esplanade en contrebas. Les policiers bausids le regardèrent, analysant son geste, comprenant aussitôt qu’il se mit à genoux. Une roquette partit laissant sur place un bref écran de fumée. La masse de policiers en contrebas rompit les rangs pour s’abriter derrière des éléments de décoration urbains, parmi les plus massifs. Ils n’étaient pas la cible, un camion de maintien de l’ordre bajusid, vidé de son peloton, l’était. Le camion décolla de quelques mètres sous l’effet du souffle de la déflagration, avant de retomber à l’endroit, des flammes s’échappant néanmoins de chaque fenêtre. La cabo Ixchel Yaretzi, qui n’avait certes pas de notions en arabe, pouvait néanmoins échangé en français, langue coloniale du Bajusid lorsqu’il était admis au sein de la République Communiste du Kronos. Un point appréciable dans l’interface et l’échange d’un semblant de civilités avec les hostiles sur zone.

(Cabo) Ixchel Yaretzi : Police du Bajusid, retirez-vous immédiatement. Nous n’avons pas pour ordre ni intérêt à causer de nouvelles pertes. Les employés de la station télévisée sont en ce moment même dirigés vers les issues de secours. Aucun d’entre eux ne saurait constituer un otage. Nous vous demandons de renoncer instamment à toutes velléités guerrières ou nous serons contraints à un usage de la force ferme et décisif…

Constatant la présence d’un fourgon de police carbonisé, les policiers se retirèrent par précaution, non sans encadrer les civils qui quittent actuellement en grappe de dix les locaux de la station télévisée bueid almanal.

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : Ils doivent avoir eu leur fracture du moral. Le message est passé… Plus de doute.

(Cabo) Ixchel Yaretzi : Ceux là rentreront à pieds, oui.

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : Yaretzi, Rorva. On maintient la présence sur le palier 0. Juna, où en est le secteur 2 et 3?

(Militar auxiliair) Donatella Scanagliori : Le secteur 3 est sous contrôle, un gardien et une assistante ont été découverts cachés dans les coulisses d’un plateau, nous les avons fait évacuer. On arrive sur le secteur 2.

Et à mesure de leur progression, chaque étage était balayé et épuré de la présence de civils, autant que faire se peut. Une évacuation nécessaire pour ne pas supporter la présence de civils si des coups de feu nourris devaient s’échanger avec les unités d’assaut de la police bajuside que l’on pensait maintenant forcément en approche du site. Quelques tirs retentirent à nouveau, un agent de sécurité et un policier bloqué sur le palier 0 avaient fait usage e leurs armes en direction des éléments du Jaguar maintenus à couvert sur le palier 0 pour prévenir un assaut depuis l’entrée principale.

(Sargento de tercera) Mateus Cunha Pinto : On leur laisse une sortie, tir de riposte sur mon ordre. On ne va pas les massacrer pour prouver que nos canons sont plus gros. Ils veulent sortir, on veut qu’ils sortent. On a tout pour une poignée.

(Cabo) Ixchel Yaretzi : Armes au sol et foutez le camp !

Leur avait maintenant sommé “l’interprête” du groupe, dans une langue francophone et avec un accent approximatif qui ne perdirent rien du message voulu, par la simple intonation donnée à celui-ci. Les deux tireurs s’exécutent, abandonnant les lieux de l’affrontement. Aucune autre rafale ne répondit. Le bâtiment s’évacuait de la centaine d’employés et de policiers. Un nouveau périmètre de sécurité se dressa aux abords, soucieux de ne pas laisser de pareils fous furieux s’essaimer dans la ville. A l’étage, un commando du Jaguar Paltoterran avait pris à son compte le matériel de diffusion et enregistrement des plateaux. Toutefois, l’étau sur la station serait tel sous peu, qu’il était permis d’envisager de étruire les émetteurs, antennes et relais, craignant de ne pouvoir les garder sous leur contrôle si les dix paramilitaires présents venaient à être submerger par un groupe d’assaut de la police nationale, voire de l’armée régulière ‘ici quelques heures à peine. En l’absence d’otage, dissuader la police bajuside d’intervenir revient à appeler un miracle, le risque de dommages collatéraux étant maintenant tombé à zéro. Mais située en périphérie de Cherasi, Douar Ouled Koualit avait une proximité avec le lieu de l’assaut amphibie, qui pouvait faire espérer la venue d’un élément blindé épaulé d'une infanterie, faisant définitivement passer l’endroit sous la bannière du Jaguar Paltoterran et du commanditaire le Prince Mutarrif ibn Saadin. Le convoi des unités d’assaut de la police ne vint jamais, ordre avait été donné de cantonner la résistance sur la côte et de la faire porter par des unités militaires, la police nationale bajuside ayant déjà fort à faire dans la gestion des populations cherchant à fuir les zones de combat. La venue dans l’heure d’un détachement de paramilitaires, soutenu par un TAL VTCP, scella le destin de la station télévisée, définitivement sous le giron du Prince Mutarrif ibn Saadin.
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15 février 2020 – Opération “Mareas sombrías” : ancrage d’une tête de pont sur la côte de Cherasi - Partie 4 sur 5.


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Le capitaine El-Karim s’est vu confier la défense Cherasi, malgré l’écart de moyens avec la force assaillante.


de 6h30 à 9h20, c’est à peu près le temps qu’il aura fallu pour que le Jaguar Paltoterran transforme l’essai et vienne asseoir une tête de pont au large de Cherasi. Moins de trois heures, une performance honorable pour débuter le changement rapide d’un régime jugé trop autoritaire et hostile à des intérêts financiers paramilitaires, comme présentement l'actionnaire du groupe Mutarrif ibn Saadin. Dans les faits, l'action paramilitaire pouvait encore paraître trop lente pour s'associer à une force de réaction rapide. Car à des kilomètres de la côte de l'arrondissement de Cherasi, tout semblait figé sur la ligne d'horizon au large. Les manœuvres des trois chalands et plus encore des véhicules amphibies les accompagnant paraissent lentes. Et pour les silhouettes des grands bâtiments derrière ces chalands, l'idée était plus percutante encore. Quand les marins paramilitaires oeuvrant sur le Pomerico fixaient la côte bajusides, eux voyaient un panorama bien longiligne et claire, barré de masses à peine plus sombres qui marquaient la présence des infrastructures. Une pensée artistique sans se douter à sa juste valeur du combat qui allait s’opérer sur la côte.

A bord des chalands LD-1 de la classe Plesiosauro, cette masse littorale grandissait inexorablement de minutes en minutes, offrant un effrayant spectacle aux militaires et forces de police bajusids présents sur le secteur. Assez pour leur permettre de se questionner pour savoir s'ils seraient plus militaires que toulalistes, plus citoyens avant d'être militaires, et finalement plus attachés que citoyens d’une nation aux contours tracés par une classe politique débutante. Les trois chalands avaient maintenant quitté le transporteur “Pomerico” depuis suffisamment longtemps, pour que chacun ait eu le luxe de sa réflexion. Un premier chaland embarquant deux transport de troupes blindés TAL VTCP aux moteurs tournants approchait les côtes, inexorablement. Derrière eux se trouvaient deux autres véhicules, de blindage plus léger, assurément des VDBL-2 les mitrailleuse de 7,62 mm et canons de 76 mm dirigés sur la côte. Les paramilitaires à bord n’avaient manifestement plus rien à se dire, tant la saturation de l’air en odeurs de carburants et iodes, mêlées à des bruits de vibrations d’origine mécanique et de la houle, rendaient les échanges inconfortables. Le second chaland ne présentait pas une situation guère différente, des soldats prenaient appui là où ils le pouvaient, s'assurant le couvert de la coque fournie par leur taxi des mers et les blindés embarqués. Là encore eux transport blindés TAL VTCP, chargés d’amener des troupes préalablement embarquées au plus près des positions ennemies, mais l’EM-4 n’étant quant à lui doté d’aucun blindage, son équipage en rejoindrait le volant plus tard, à l’approche des plages. Le troisième chaland fermait la marche avec ses deux VRBL Bandito, des chars légers à roues qui se voudront appréciés pour le franchissement de la plage. Equipés d’une mitrailleuse coaxiale de 7,62 mm ainsi que d’une autre mitrailleuse de 12,7 mm en “superstructure”, c’est à dire sur le toit de l’engin, avec toutefois un tourelleau pour garantir un minimum de protection. Deux trios de lance-pots fumigènes sont également et tout particulièrement désignés pour la mission en cours, permettant de couvrir l’approche de véhicules amphibies approchant directement la côte sous une lente progression. Devant l’agitation en devenir, la première communication sensée était venue d’un poste de garde côtier excentré de la plage de Cherasi, davantage sur la zone portuaire industrielle.

(Caporal) Abdelhamid El Ouazzani : Ici le caporal El Ouazzani du poste 17, multiples embarcations en approche. Je collationne, de multiples embarcations militaires en approche. Nombreux véhicules militaires à l’eau après elles. Nous évacuons présentement les civils des plages, attendons de nouvelles instructions.

Le silence avait étrangement dominé les ondes de cette fréquence, pourtant largement utilisée de la garde côte bajuside. Le silence fut brisé par la prise de parole d’un haut officier.

(Capitaine) Waqqas Khammar : Poste 17 ici le capitaine Khammar. Combien d’hostiles avez-vous en visuel?

La qualification de hostiles pour mentionner les éléments inconnus au large de Cherasi avait tôt fait de permettre à chacun les conclusions redoutées, les forces armées bajusides étaient à un carrefour. A la question de son supérieur, le caporal tenta d’y répondre scrupuleusement, débutant un premier puis un second faute de conviction dans le dénombre fait.

(Caporal) Abdelhamid El Ouazzani : Je vois trois embarcations principales, des barges. Et… dix, non quatorze, peut-être quinze autres contacts après elles. Des navires au large, de très gros tonnages, d’aspects militaires sans aucun doute.

(Capitaine) Waqqas Khammar : Nous sommes au courant pour les bâtiments de grand tonnage, confirmez nous la nature des embarcations.

(Caporal) Abdelhamid El Ouazzani : Je vous l’ai dit, ce sont des barges de débarquement. Pour débarquer !

Un nouveau silence s’installa sur les ondes, voulu par le choc des annonces et la compréhension mutuelle qui dominait les postes d’observation de la garde côtière les écoutant. Un poste d’observation sur les hauteurs de Tazrout et tenu par les gardes côtes, lancerait lui aussi une alerte quelques minutes plus tard, lorsque le survol des hélicoptères à l’intérieur des terres serait visuellement confirmé et des coups de feu enregistrés. Pris séparément, ces évènements pouvaient être pris pour des actions de sabotage, de nouvelles opérations clandestines, pourquoi pas d’exfiltration comme il en a été question pour le Prince Mutarrif ibn Saadin et sa famille des mois auparavant. Mais ici à Cherasi et face à l’agitation forcée par les flots, les annonces servaient un dessein qui réglait toutes les divergences d’interprétation. Les paramilitaires ne venaient plus pour opérer une opération coup de poing, ils venaient investir les zones toulalistes pour contraindre à une restitution du pouvoir au profit de leur poulain.

Mais la manoeuvre des paramilitaires souffrait de quelques inconnues, car en sus de leur présence, les autorités bajusides toulalistes avaient décelé celle de l’ACS Ghazî, un destroyer azuréen présent en troisième voie d’un conflit en voie de régionalisation. Du côté des autorités bajusides et de l’état-major paramilitaire, on partageait un même constat, un navire de guerre étranger, déterminé à s’interposer pour le paraphraser, entre deux forces armées, était un problème politique avant d’être un problème militaire. Le Prince Mutarrif ibn Saadin avait anticipé le problème, en acceptant une entrevue diplomatique avec des officiels azuréens, le gouvernement toulaliste avait quant à lui décliné les invitations à démissionner. Dans le centre opérationnel du Furioso, l’état-major avec à sa tête l’amiral Ilias Nogaro prenant acte du cône luisant qui apparaissait à l’écran et dont le rapprochement des positions du groupe naval BRAVO était confirmé.

(Amiral) Ilias Nogaro : Quelle est la position relative du destroyer azuréen par rapport au Virulento ?

(Opérateur radar du Furioso) Jose Arbolenda : Il s’est positionné entre le Virulento et la côte. Pas de menaces directes aux forces de débarquement.

(Amiral) Ilias Nogaro : Quelles sont les chances d’interception de nos missiles ?

(Opérateur radar du Furioso) Jose Arbolenda : Assez bonnes ou devrais-je dire mauvaises pour nous.

(Amiral) Ilias Nogaro : Et pour des frappes de soutien direct sur les plages?

L’opérateur avait cette fois marqué un arrêt plus important, pesant sa réponse qui ne gageait pas d’être totalement satisfaisante.
(Opérateur radar du Furioso) Jose Arbolenda : Pour le secteur sud de la côte j’éviterai. Nous ne pourrions garantir à l’Azur la totale précision de nos tirs directs avec eux au milieu des eaux basses.

(Amiral) Ilias Nogaro : Pas de feu naval jusqu’à nouvel ordre sur le secteur sud. Toutes les demandes de soutien par les forces amies présentes là-bas devront m’être notifiées pour arbitrage. Faites suivre la communication au Virulento.

Et l’ordre partit dans l’intervalle. A bord du destroyer “el Virulento” la pièce d‘artillerie navale, au bas mot de 114 mm conserva un bref instant son orientation initiale avant de se repositionner sur le secteur nord, de sorte à éviter des tirs sur un arc présentant un risque de toucher le navire azuréen. La tourelle pivota lentement, une précaution à la fois hautement nécessaire et à la fois terriblement insignifiante si elle était observée depuis la côte. Lorsque la manoeuvre fut pleinement accomplie l’amiral en fut notifié.

Et sur la côte bajuside justement, le capitaine Mourad El-Karim qui en avait la garde cherchait une interprétation aux ordres et consignes préalables laissées par son commandement. Le commandement bajusid lui avait confié ce que les notes et circulaires internes mentionnent sous le nom de “ligne de réaction côtière”. Un nom qui projetait une fière allure mais demeurait déconnecté de la réalité des moyens à la disposition de l'officier. Une compagnie d'infanterie incomplète, laissée sous un certain état d'oisiveté, avec pour équipements lourds deux dizaines d’automitrailleuses et une demi dizaine de canons antichars sans recul. Deux casernements demeuraient le long du réseau routier côtier, des postes de contrôle permettant un tour de garde plus confortable que ce qui était coutumier de voir dans un cadre militaire. Des sacs de sable venaient toutefois rappeler le caractère opérationnel des lieux et les possibilités données à la situation locale, particulièrement si l'on se rappelle le débarquement de l’ONC dans ce qui était alors en 2010, le Kronos afaréen. Les hommes et femmes du capitaine El-Karim étaient environ cent vingts soldats, pour une large partie d'entre eux recrutés à l'indépendance et par conséquent, avec une vision erronée de l'expérience du combat. Un noyau était originaire de l'armée kronienne d'outre mer, davantage pour des raisons pécuniaires qu’idéologiques. L'officier bajusid fixa les barges au moyen d'une paire de jumelles, faute d'un inventaire militaire plus sophistiqué sous la main. Dans le même temps, il filtrait les communications de son état-major dont il craignait secrètement la consigne. Lors de sa première communication avec ledit état-major, le capitaine El-Karim reçut l’ordre ferme et résolu de “tenir le terrain face à l’ennemi” ou encore que des “renforts étaient en chemin” Des ordres évasifs, long-termistes, aux allures de voeux pieux, considérant l’inexorable enrayement de la machine de guerre bajuside, à mesure que les annonces s’accumuleraient, comme la prise du poste d’observation de la garde côtière des hauteurs de Tazrout, l’échangeur AKR-32 à hauteur de Sidi-Arad et possiblement d’autres mauvaises surprises sur lesquelles le capitaine El-Karim manquerait de temps pour s’y attarder. Au commencement de l’attaque et pour éviter l’état de sidération de ses forces, le capitaine El-Karim jouait mot pour mot la partition de l’état-major, appelant à tenir le temps que des renforts arrivent. Un jusqu’au boutisme sidérant qui heurtait jusque dans son encadrement de compagnie le plus proche.

(Adjudant-chef) Mujahid Sabbag : Mais mon lieutenant, qui nous dit de tenir?

(Capitaine) Mourad El-Karim : le groupement de combat tactique Al-Mihwar.

(Adjudant-chef) Mujahid Sabbag : Dont le commandement est détaché du 3e bataillon mécanisé depuis Tarrin. Ces gars font la pluie et le beau temps…
Capitaine Mourad El-Karim : Vrai qu’ils vont bientôt envoyer leurs caporaux pour superviser les opérations au rythme où le commandement se fait la malle.

Tenir, surveiller, intégrité territoriale, protection aux populations, maintenir l’ordre, ne servez pas le jeu de l’étranger, défendre les institutions, autant de jargons et champs lexicaux de la patrie en danger pour responsabiliser l’exécutant et affranchir son donneur d’ordre d’avoir à exposer ses moyens pour y parvenir. Tous ces kilomètres de directives fonctionnaient bien lorsqu’il était question d’afficher une réassurance du terrain face à des ennemis maintenus dans l’idée abstraite qu’ils ne pouvaient escalader la situation car nous étions dans notre inattaquable bulle étatique et souveraine. Quelle désillusion pour ceux les ayant suivis jusqu’à l’instant fatidique où les barges ennemis abattent leur ponton sur les plages du pays.

(Capitaine) Mourad El-Karim : Al-Mihwar, ici capitaine El-Karim. Les barges adverses sont à moins quinze minutes des plages. Il me faut un ordre formel d'engagement.

Groupement de combat tactique Al-Mihwar : Capitaine El-Karim, vos ordres sont de défendre la côte.

(Capitaine) Mourad El-Karim : Al-Mihwar, je vous ai demandé les conditions d'engagement. Dois-je tirer le premier ?

Groupement de combat tactique Al-Mihwar : Les règles d'engagement préalables au rapport de situation prévalent.

(Capitaine) Mourad El-Karim : Compris, Al-Mihwar.

L'interruption de la communication avec le groupement en amorçait une autre avec son second.

(Capitaine) Mourad El-Karim : Le fils de… Il ne veut pas donner l'ordre d'engager les forces en approche pour ne pas porter le poids d'un engrenage militaire.

(Adjudant-chef) Mujahid Sabbag : Nous tirons sous quelles conditions mon Capitaine ?

(Capitaine) Mourad El-Karim : Les règles d'engagement applicables ont été pensées contre des groupuscules calabristes terroristes et vedettes du crime organisé à l'international…

A cette première mauvaise nouvelle en succédera bientôt une autre depuis les hauteurs de Tazrout. Car au nord du territoire et au dessus du spectacle donné par la flotte paramilitaire, une force héliportée se positionnait au dessus de ce que l'on pouvait surnommer en arabe al-muraqaba, soit en quelques sortes “le mirador”. Quelques minutes ont suffi pour voir l'ennemi approcher le poste d'observation, moitié moins pour que le poste ne tombe sous leur contrôle après la mort de leur sous officier. La perte du poste d'observation était annoncée mais ce que ne savait pas le capitaine El-Karim, c'est qu'à l'exception d'un sous-officier toulaliste jusqu'au boutiste, la prise de contrôle du poste d'observation fut faite sans effusion de sang. La garde côtière qui s'était vue attribuer la responsabilité de protéger cet endroit s'était rendue, défaite de corps et d'esprit, alors même que l'annonce du retrait de l'amiral Samir Qorban raisonnée encore dans les médias. Sur un intervalle relativement proche, l'avant garde des blindés paramilitaires atteignait la côte. Le premier chaland se dévoilait à mesure que l'eau commençait à manquer, laissant apparaître toute l'ossature mécanique de ces effrayants mastodontes, absents des plages bajusides depuis la guerre de Leucytalée ayant opposé les états membres de l’ONC et forces coloniales kroniennes en 2010. Un voyant fixé à l'extrémité avant du chaland vira au vert, laissant s'ouvrir la plateforme dont la porte fouetta les vagues du récif. Des fantassins coururent au moyen de grandes enjambées, derrière les premiers véhicules de combat d'infanterie amenés au sol. La côte avait cessé de se faire une ligne inoffensive, on distinguait maintenant assez nettement les bâtiments alentours et les vies hypothétiques qui y prenaient place. Du mobilier urbain, des murs, des véhicules civils au milieu de rues désertes, Cherasi faisait l'effet d'une ville frappée par les épidémies tant elle enfouissait les promesses de vie et convivialité faites par les cartes postales.

La progression dans le quartier côtier se fit sous le couvert de plusieurs blindés, une colonne se dirigeant vers l'hôtel de ville pour établir un contact avec des représentants locaux et y connecter la famille Saadin. Mais à l'approche de la mairie, des silhouettes s’étaient maintenant détachées du panorama et avec elles les premières détonations. Une unité du capitaine El-Karim était entrée en contact avec les paramilitaires, fautes de consignes d'engagement claires, une huitaine d'hommes tenaient une position défensive attenante à l'hôtel de ville. Au retentissement des premiers coups de feu, d'autres suivirent, cette fois dirigés contre le second chaland, faisant entendre les claquements métalliques des rafales de balles sur la coque d'un LD-1. Les balles ne traverseraient pas mais le ton était donné, une partie des cherasiens n'abandonnera pas les plages sans se battre. Le scintillement d'un point sur la côte, mêlé aux étincelles que provoquaient ses balles traçantes, laissaient rapidement percevoir l'origine des tirs depuis la côte.

(Capitàn) Ricardo Echeverría Torres (second LD-1) : Foxtrot, ici Lima-Delta 2, contact sur la côte.

(Amiral) Ilias Nogaro : Lima-Delta 1, 2 et 3, ici C'était un scénario permis. Votre mission consiste à établir la tête de pont de notre opération au sol et à permettre à notre idylle un bain de foule. Cherasi est un fief électoral du Prince, on donne des coups gantés messieurs. Elimination des hostiles et de tout ce qui empêche la tenue de l'objectif cité plus tôt, sans autre interprétation. Vous êtes accroché, vous passez d'une manœuvre de débarquement à une mission de combat. Mon propos souffre-t'il d'une incompréhension ?

(Capitàn) Ricardo Echeverría Torres : Négatif mon amiral. Clair comme l'eau des Burbujas Verdes.

Chalands et unités amphibies se maintinrent malgré la présence d'un premier contradicteur à leur venue. La rafale qui leur avait été présentée à l'approche des côtes était issue d'une position aménagée, suffisamment excentrée de l'itinéraire des unités du LD-1, engagé jusqu'ici sans embûche vers l'hôtel de ville où il essuyait les premiers combats, urbains quant à eux. Tandis que les hommes du LD-2 essuyaient une rafale, une nouvelle portée au départ d'une automitrailleuse semblait déterminée à prendre le relais. L'accentuation de l'hostilité ambiante et la violence associée revêtaient une dimension inquiétante, à mesure que des éclaboussures se dessinaient sur les flancs des chalands et véhicules embarqués. Une succession de gerbes blanches qui imposait aux paramilitaires de baisser encore plus la tête à mesure que le son des balles gagnait en rythmiques.

(Capitàn) Ricardo Echeverría Torres : Encore cinq minutes ainsi et ce con n'aura plus que ses chaussures à nous balancer.

La phrase eût tôt fait de provoquer un rictus sur le visage d'une moitié des hommes environnants.

(Capitàn) Ricardo Echeverría Torres : Chauffeur, vous me garez ça au plus près de la fête que l'on puisse danser.

Cabine de pilotage du LD-2 : Laissez moi encore quarante secondes et vous pourrez choisir le numéro de porte.

Les quarante secondes sous le tir ennemi s'écoulèrent telles des heures. Le chaland continuait sa mission contre vents et marées, littéralement, auxquelles s'étaient désormais greffées les balles. Lorsque le pont avant s'abattit à la verticale, les véhicules blindés embarqués ajustèrent immédiatement l'axe de leur tourelle vers l'origine de la menace, une rafale partit, et même une seconde avant de pivoter vers un autre foyer d'opposition. Les tirs s’essaimèrent dans les murs des positions bajusides défendues. Et il était impossible à ce stade de gager que les tireurs ennemis étaient touchés ou non. Morts ou vifs, les tireurs bajusids stoppèrent immédiatement les tirs en direction des paramilitaires alors que l'arrivée du chaland sur le sable donna le top départ à la sortie des véhicules du LD-2 sur le banc de sable. Les VDBL-2 grignotaient le sable rapidement, laissant dans leur sillage une mixture d'eau de mer, de vase et gravier. Un TAL VTCP prit position sur la plage, une unité d'infanterie en descendit alors, lourdement armée. La plage était nue, sans couverture réelle si l'on fait exception des blindés qui s'y installaient. La plage était une porte d'entrée, sans autre intérêt que celui de permettre la progression des paramilitaires. Après le LD-1, c'est ainsi donc le LD-2 qui avait débarqué sa force, renforcée par plusieurs véhicules amphibies émergeant de l'eau sur l'intervalle.

L'automitrailleuse bajusid, qui avait engagé la barge paramilitaire, fut prise pour cible par différents éléments blindés. Même retranchée aux côtés de sacs de sable, elle essuya des tirs de calibre lourds, qui la firent d'abord scintiller. Puis ce fut au tour de sa coque de trembler, lorsqu'elle essuya le premier obus du canon d'un VRBL “bandito”. Le blindé léger chancela, cessant ses tirs, puis un nouvel obus surmonté d'une ogive à uranium appauvri, eut raison de lui. Une colonne de fumée noire s'échappa de la zone d'impact puis ce fut la trappe de sa tourelle qui s’ouvrit, amorçant l'échappatoire de deux soldats bajusids, bras en l'air. Le poste de défense bajusid subit rapidement le même sort, cette fois après une munition incendiaire aux composés chimiques qui créèrent un départ de feu persistant au sein du poste renforcé. Un soldat bajusid pérît dans la frappe, deux autres en sortirent gravement brûlés, face à ce qui semblait être du phosphore blanc. TAL VTCP et VRBL investirent l'axe routier de la côte, scellant avec cette progression, la prise de contrôle effective de positions défensives clés le long du littoral. Plusieurs unités d'infanterie investissaient les bâtiments et positions clés, pour prévenir des attaques antichars contre leurs blindés.

La côte acquise aux opérations paramilitaires, ses forces d'avant garde poursuivirent une progression lente et coordonnée entre les différents équipages des chalands et la force blindée amphibie. Les TAL VTCP et EM-4 prenaient la tête de la progression, les premiers débarquant leurs unités d'infanterie au pied des bâtiments défendables, les seconds effectuant des reconnaissances rapides à travers les dunes et le littoral. Dans le centre ville de Cherasi, une patrouille de police avait été laissée à un rond point stratégique pour je cite “tenir la position face à l'ennemi”. Mais la rencontre avec l'avant garde avait plié le match avant qu'il ne commence. L'un des policiers avait espéré commettre un fait d'armes dont l'histoire se souviendra, mais face à la calandre d'un EM-4 surmonté d'un lance missile opéré par un second équipage, sa motivation est ébranlée. Le fonctionnaire laissa son arma tomber au sol, ses collègues l’imitèrent, déposant les leurs sur le toit d'un véhicule de police stationné parallèlement au rond point qu'ils avaient pour mission de tenir.

Équipage EM-4 : Echo 2 pour Charlie 1. Trois réditions sur l'axe nord de Cherasi. Au rond point du Troisième Sacre. On poursuit.

Et le véhicule les frôla, sans jamais ralentir.

(Teniente) Diego Parraguàz : Bien pris Echo 2. J'envoie une unité de l'arrière garde marquer la position. Poursuivez.

Tenir toute la côte était impossible, tout comme la prise en charge au compte goutte des prisonniers. C'est pourquoi l'arrière garde eut rapidement dans ses attributions la centralisation des prisonniers de guerre, détenus sans formalités excessives, à même le théâtre d'opération. Mais si les premières minutes de l'opération amphibie donnèrent satisfaction à l'état major qui en suivait directement l'évolution, la phase suivante ciblait le secteur où le capitaine Mourad El-Karim avait fait le choix d'une concentration de ses moyens. L'arrivée des forces paramilitaires et le commandement léthargique en provenance de Tarrin l'avaient poussé dans sa propre réflexion. Lui aussi avait renoncé à tenir toute la côte, pas au combat, uniquement la côte. Il faut dire qu'en la matière, la puissance de feu de l'artillerie navale paramilitaire empêcherait une trop forte concentration des forces bajusides sur la côte, la tenue de Cherasi-centre et des principaux points d'accès à la ville seraient privilégiés. A l’arrière d’un hangar situé sur le terrain d’une compagnie de bus de la ville, des soldats bajusids attendaient les mains posés sur les poignées d’une mitrailleuse lourde. Une position statique épaulée par la présence d’une automitrailleuse pour donner plus d’élasticité à la position défensive. Un autre véhicule blindé léger fermait la route, un lance-missile embarqué pointait sur l’un des principaux axes routiers en provenance des docks de Cherasi, que les paramilitaires seraient tentés d’investir et de sécuriser s’ils ont pour projet de faire amarrer des navires de soutien chargés d’ancrer la présence militaire terrestre sur place dans le temps.

Consigne avait été donnée de laisser l’ennemi toucher la plage pour ne pas se heurter à l’artillerie navale, en ciblant les chalands de débarquement certains des défenseurs bajusids manquaient à leur devoir.

(Capitaine) Mourad El-Karim : On laisse ces barbouzes gagner la plage et on les bloque une fois qu’ils auront déconcentré leurs forces dans la ville. Impossible de retenir plusieurs colonnes d’une vingtaine de blindés émergeant de l’eau sans ça.

Un ordre qui s’était diffusé à l’ensemble de la compagnie mais qui s’était vu occulté par une partie des défenseurs qui, faute d’expérience au sein de ce qui fut jadis l’armée kronienne, avaient amorcé les affrontements trop tôt à l’approche de la force amphibie. Des affrontements non isolés, qui furent repris sur les ondes des communications de la défense bajuside. Derrière eux, Siri-Arad s’embrasait déjà, ôtant du sens à la résistance qu’ils s’évertuaient à maintenir dans l’arrondissement de Cherasi.
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15 février 2020 – Opération “Mareas sombrías” : reddition de la garnison de Cherasi - Partie 5 sur 5.


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La présence du Prince Mutarrif ibn Saadin à Cherasi a causé l’effondrement des stratégiques défensives soutenues par la garnison locale du capitaine El-Karim.

La nouvelle des pertes quasiment simultanées, du poste d’observation des hauteurs de Tazrout et la prise de position ennemie sur l’échangeur AKR-32 à hauteur de Sidi-Arad obligea la mise sur pied d’une contre offensive, craignant le verrouillage du nord du pays et de l’arrondissement de Cherasi. L’interruption des communications au départ de la station locale avait pris de court les autorités, en déficit d’informations quant à l’évolution rapide du front ouvert sur Cherasi. La présence de chalands de débarquement sur la côte de cherasienne avait contraint les toulalistes à abandonner toutes demi-mesures : il fallait se rendre ou se battre. Choix avait été fait sur la nécessité de combattre et le ministère de la défense sous la coupe de Farouk Mehadji avait désormais fort à faire. Des éléments de réserve, même maigrelets, avaient été rappelés, invités à rejoindre l’unité ou le centre de commandement le plus proche. Les écoles et établissements publics en proximité directe avec des infrastructures avaient été fermés et les gymnases ainsi que les autres grands espaces publics avaient reçu pour instruction de se préparer à accueillir d’éventuels déplacés de guerre. Mais indubitablement, une mobilisation générale n’avait su pousser la transformation d’une population civile en armée. L’idée n’était pas tant de gonfler les rangs de son armée que de préparer la population à des affrontements armés dans la capitale. Car Joubair et les toulalistes eux, étaient prêts à cette éventualité.

Les nouvelles réunions d’Etat-major et de conseil de défense, rendues quotidiennes désormais, se maintinrent dans le sous-sol bunkerisé du palais présidentiel. Le lieu était inchangé, mais pas la carte du pays maintenant grignotée sur sa façade nord et en d’autres endroits plus à l’intérieur des terres. L’échangeur AKR-32 était bardé de rouge, verrouillant l’accès au nord du pays. L’envoi de forces armées sur l’échangeur AKR-32 de Sidi-Arad était possible et de l’avis de certains, nécessaire. Mais la tenue des hauteurs de Tazrout par l’ennemi complique les manoeuvres toulalistes ou à minima, les rendait visibles et anticipables. Sur la carte secondaire, présentant les quartiers de la ville, peu étaient ceux qui pouvaient affirmer avec une relative certitude la tenue de tel ou tel emplacement par les forces toulalistes. Les premières estimations quant aux temps de trajet des paramilitaires jusqu’à la capitale fusèrent de la bouche de plusieurs conseillers présidentiels. Le 3e bataillon d’infanterie mécanisée était nécessairement une ressource centrale à la contre offensive même si beaucoup étaient ceux parmi les toulalistes qui craignaient son éloignement de la capitale, de peur de tomber sous un pugilat populaire. Véritable garantie militaire du régime, le 3e bataillon d’infanterie mécanisée est rendu loyal par un encadrement proche des sphères du pouvoir. Le confronter à la guerre sale dans l’arrière pays tandis que son commandement se maintient sur la capitale, était peut être un risque supplémentaire qui aurait amené à voir la désolidarisation du corps combattant et de son commandement.

Mais garder l’entièreté du bataillon à Tarrin, la capitale, avait contribué à déshabiller l’intérieur des terres ainsi que la côtenet possiblement inciter les paramilitaires à y opérer. Le gouvernement Toulali devait se donner les moyens de la prise de risques qu’impliquait son maintien au pouvoir. La mobilisation générale, si elle n’avait pas factuellement permis la sortie de terre d’une armée, avait véhiculé le sentiment d’une nation en marche. La contre offensive était devenue une nécessité avant d’être une option. La contre offensive couvrait un objectif graduel, débutant avec la reprise de l’échangeur AKR-32. Une réussite militaire qui aurait tôt fait de rouvrir plusieurs grands axes routiers vers Cherasi.

La présence d’unités héliportées paramilitaires dans l’intérieur du pays était une menace non négligeable à la formation d’une contre offensive. Rejeter les paramilitaires à la mer était encore un voeu pieu mais la reprise de l’échangeur serait un jalon décisif pour entrevoir cette issue. Dans la capitale, l’annonce d’une mobilisation avait mis en veilleuse les nuisances sonores et visuelles quotidiennes. Les commerces avaient fermé leurs portes bien plus tôt qu’usuellement, des files d’attente étaient désormais plus courantes sur les stations services des principaux axes et les habitants de la capitale ainsi que des provinces faisaient des razzias sur des produits de première nécessité parmi lesquels l’eau, la farine, les conserves et médicaments occupaient une place de choix. Certaines familles avaient également pris la décision de s’éloigner de la capitale, à mesure que les toulalistes s’y accrochaient obstinément, redoutant les combats qui finiront par s’y dérouler sans solution négociée. Des axes routiers en périphérie de la capitale en pâtirent jusqu’à l’embouteillage. Peu de médias nationaux en parlèrent ou par des moyens détournés tels que des bulletins de circulation routière. A Tarrin, un couvre feu finalement sans autorité s’était installé, les forces nationales, police et armée confondues avaient déjà fort à faire pour installer des positions défensives et solidariser les institutions autour du régime.

La police locale ressassait les ordres et directives au moyen de haut-parleurs et mégaphones embarqués à bord des véhicules mais finalement il restait bien peu de monde dans les rues pour les faire respecter. Localement et sans que les journaux en fassent l’étalage, des policiers et militaires avaient quitté la capitale avec leurs familles, formalisant abandons de poste et actes de désertion en temps de guerre à la pelle.

15 février à 20 heures : et Cherasi tomba.

Plusieurs heures d’affrontements sur la côte, avec la prise des hauteurs de Tazrout, la prise de position sur l’échangeur AKR-32 ou encore la poursuite du débarquement en flux continu des forces paramilitaires amphibies avaient terriblement compliqué la situation du capitaine El-Karim et sa compagnie. La défense toulaliste de Cherasi était maintenue avec fébrilité dans sa dernière phase. L’officier Mourad El-Karim avait encore sous son commandement plusieurs sections de soldats déterminés, moins par fidélité au régime qu’à celui qui en assurait le commandement opérationnel depuis une dizaine d’années. Quelques automitrailleuses et pièces d’artillerie sans recul l’aidaient à formaliser des positions renforcées au sein de l’agglomération côtière. Cependant la ville n’était plus un front cohérent et certaines de ses unités en défense lui étaient désormais interdites d’accès, la faute à la présence de plusieurs quartiers contestés et dont la traversée aurait permis l’identification d’une cible de choix par l’ennemi.

L’isolement des unités en défense était une tactique revendiquée par les paramilitaires, rendue possible grâce à des groupes de combat ultra mobiles, largement inspirés des groupes de combat de l’Armée Nationale du Pontarbello Libre (ANPL)]. Des véhicules légers et rapides, emportant une puissance de feu considérable, pour nettoyer et tenir des intersections clés de la ville de Cherasi. Le centre de commandement opérationnel de Cherasi s’est alors vu coupé des positions dont il assurait la coordination. Car avec ces EM-4, l’enjeu n’est pas tant de conquérir quartier après quartier la ville que de rompre les liaisons et la cohérence d’un ensemble de positions défensives chargées de mutuellement se soutenir. L’avant garde avait justement causé suffisamment de perturbations autour des positions bajusides pour aider les chalands LD-1 à effectuer plusieurs rotations entre la côte et le TCD “Pomerico”. Si bien qu’après plusieurs heures de combat, la côte revêtait peu à peu le rôle de lignes arrières, se faisant peu à peu un train logistique aux forces paramilitaires engagées plus en amont dans les terres.

Des véhicules civils abandonnés composaient des obstacles imprévus tandis qu’une sirène stridente continuait de sonner dans la ville, formalisant l’ordre d’évacuer ou de s’abriter indéfiniment si on ne pouvait pas le faire. Toulalistes ou non, les gens avaient scrupuleusement suivi la directive, conscients qu’ils étaient d’entendre de fortes détonations alentour. Mais bizarrement les frappes aériennes paramilitaires étaient inexistantes, preuve en est l’absence d’une résistance forte bajuside qui nécessiterait un appui feu aérien. On apprendrait plus tard que l’absence de frappes aériennes était née d’une commune entente avec le Califat d’Azur, cherchant ainsi des éléments de désescalade. Mais le sentiment de quiétude qui touchait peu à peu la côte était une illusion, fruit d’une reddition généralisée en devenir, à la vue des policiers et militaires bajusids désarmés, constitués prisonniers en bord de route et tenus en respect par un un binôme de paramilitaires, faute de pouvoir s’attarder davantage. La côte avait basculé du côté des paramilitaires et les derniers échanges de tirs sporadiques n’y changeraient rien. Des VDBL-2 convergeaient vers le centre ville de Cherasi, sécurisant des positions par l’étalage de tirs de couverture, tandis que les TAL VTCP approchaient pour y déposer l’infanterie et les laisser profiter du couvert des zones résidentielles. Les chars légers à roue “bandito” avec leur canon de 90 mm, “aéraient” les positions défensives adverses, les contraignant à la mort et la reddition, par des tirs d’obus avec une tête conçue pour provoquer des éclats létaux à l’intérieur d’un blindage ou d’une fortification. Dans leur dénomination technique, on les assigne à la catégorie High Explosive Squash Head (HESH). Avec ou sans emploi de son artillerie, la force navale interdisait au capitaine Mourad El-Karim toute ambition de tenir la plage. Cherasi et la défense bajuside se cantonneront à une série de poches défensives, maintenues autant par le jusqu’au boutisme des soldats du capitaine que par le désintérêt des forces paramilitaires à tenir chaque quartier de la ville. Il faut dire que le nettoyage intégral de la ville importait peu quand l’on sait la carte maîtresse du groupe paramilitaire encore non jouée en la personne du Prince Mutarrif ibn Saadin. “Amener le Prince sur la côte bajuside compensera les cent chars qu’il nous manque pour faire tomber les toulalistes” avait soufflé l’amiral Ilias Nogaro en réunion d’état major à bord du Furioso. En tout cas pour ce qui était de la compagnie des cent vingt hommes bajusids, environ quatre-vingt dix pouvaient être déclarés opérante face à l’ennemi. Le reste comptait une majorité de rendus et de déserteurs ayant quitté leurs positions après avoir compris que des renforts de la capitale ne viendraient pas les relever très vite. Dix soldats manquaient néanmoins à l’appel, sans abandonner les pensées de leurs frères d’armes, inaugurant la liste des morts en opération en ce jour noir.

Au-delà des hommes c’était aussi le matériel qui faisait cruellement défaut et peut-être s’il fallait le nommer, le moral. Sur les quatre vingt dix hommes laissés sous son commandement, seule une cinquantaine constituait une force combattante, les autres étant cantonnés à des actions d’évacuation des populations, de logistique et de support médical. Cherasi était la ville que le Prince Mutarrif ibn Saadin espérait franchir en qualité de président, la savoir détruite aurait, au-delà de la réussite militaire, constituait un échec politique. En dépit des risques pour sa vie, la présence au sol du Prince Saadin serait possiblement une arme politique suffisante à l’arrêt des combats par les forces loyalistes présentes. Et finalement, au regard du rapport de force établi, le scénario dans lequel la ville de Cherasi chutait des mains du régime toulaliste n’était plus une hypothèse, l’état-major traitant son cas comme l’ébauche d’un sujet à dater au calendrier. Du côté des défneseurs organisés autour du capitaine Mourad El-Karim, les communications débutées plus tôt avec le centre de commandement intégré au groupement de combat tactique Al-Mihwar s’étaient raréfiées. L’officier El-Karim avait d’abord demandé des instructions, puis des renforts, rien de tout ça ne lui fut accordé de façons claires et précises. Les faits étaient tenaces, Cherasi combattait seule. Les VDBL-2 paramilitaires tenaient les axes, privant de manoeuvres les forces bajusides de Cherasi, si bien qu’à mesure que les paramilitaires ancraient leurs forces autour des poches de résistance, un convoi inhabituel pouvait capter le regard.

Une colonne de véhicules militarisés, de logistique et de combat, se détachait des abords de la plage. Dans le convoi, le Prince Mutarrif ibn Saadin se présentait à l’avant d’un véhicule léger tout terrain. V^tu d’un blanc immaculé, l’ex-candidat et réputé vainqueur de la présidence bajuside fut perçu des forces loyalistes prisonnières, puis par les civils encore cloitrés dans les sous-sols des habitations lorsqu’ils n’étaient pas déjà engagés sur les routes pour quitter la ville. Pour les paramilitaires, l’exposition du Prince Mutarrif ibn Saadin était un risque maîtrisé, ou à minima calculé. Du côté du Prince, sa présence sur le sol bajusid était une nécessité pour restaurer sa légitimité présidentielle et défendre l’idée d’un régime toulaliste à la dérive. La présence du Prince permit l’organisation de la libération des prisonniers policiers et militaires ayant déposé les armes à la venue des paramilitaires, une communication et une victoire politique facile, sur laquelle le parti du Prince espérait capitaliser pour dissoudre la combativité des loyalistes en dehors de la capitale.

Des haut-parleurs installés avec improvisation sur plusieurs véhicules diffusaient l’appel à déposer les armes avaient couvert le bruit des tirs dans certains quartiers. Les premiers échanges entre le Prince et les prisonniers permirent d’en faire les colporteurs d’un message appelant au désarmement des dernières poches de résistance, une initiative suivie de résultats sur quelques unes d’entre elles, continuant d’achever la cohérence du dispositif défensif à l’intérieur de la ville. Une compagnie militaire ne pouvait défendre une ville de l’ampleur démographique de Cherasi, Incapable de défendre Cherasi et confrontée à l’alternative du Prince à portée de tirs mais avant ça, de main, la garnison dépose officiellement les armes à 20 heures au travers du capitaine Mourad El-Karim lui-même, cédant sa position fortifiée aux forces paramilitaires.
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

16 février 2020 - Opération "Mareas sombrías" : la bataille de l’échangeur AKR-32 - Partie 1 sur 3.


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Alpaga-2 est la première unité paramilitaire à s’exposer à la contre-offensive des toulalistes, aidée d’Alpaga-1 en observation depuis les hauteurs de Tazrout.

Les heures, puis les jours s’étaient égrenés depuis la conduite de l’opération amphibie paramilitaire sur la côte de Cherasi. Les doubles voies de l’échangeur AKR-32 s’étaient elles aussi maintenues sous une fausse quiétude, des silhouettes de véhicules abandonnés traduisant le départ précipité des badauds qui avaient pu assister à la prise de l’échangeur par les commandos du Jaguar Paltoterran sous le commandement direct du capitàn Ezequies Villagrà. Une camionnette chargée de livraison était couchée sur le flanc, non pas par accident mais par volonté manifeste de participer à l’obstruction d’une partie de l’échangeur, resserrer le goulot d’étranglement que constitue le passage de l'échangeur face à une force hostile d'importance. Les hélicoptères d'attaque de type Ceniza avaient eux aussi dû déserter le ciel autour de l'axe routier, ne pouvant s'y tenir 24 heures sur 24. Les fortifications étaient improvisées mais réelles, formées par des véhicules abandonnés et quelques armements lourds destinées à contrebalancer une puissance de feu cantonnée à dix commandos.

Le soutien héliporté avait dans les premières heures suffit à dissuader les forces bajusides à maintenir leur présence sur site, si bien qu'elles avaient organisé depuis la capitale une nouvelle expédition, voire osons le terme, une contre-offensive. Une attaque toulaliste sur l'échangeur AKR-32 n'était pas une possibilité mais une certitude, l'unique variable se posant sur le calendrier. Le capitàn Ezequies Villagrà scrutait scrupuleusement l'horizon sud, malgré la présence de drones de reconnaissance amis, lancés depuis les hauteurs de Tazrout par un autre commando tenant le point d'observation arraché à la garde côtière. L'échangeur n'avait pas été pensé pour se faire un point d'observation valable sur l'arrière pays, mais son franchissement se voudrait incontournable à toute force d'envergure voulant joindre la côte de Cherasi en un temps record. L'échangeur AKR-32 cumulait les angles morts mais entretenait une position dominante face à toute incursion terrestre. Le cabo Angelo Almeida Araujo s'était justement installé derrière un tronçon bétonné fissuré sans doute des suites d'un accident, une encoche depuis laquelle dépassé le canon d'un fusil de précision. Un armement lourd posé en soutien d'un binôme à plat ventre sur la chaussée, lui même opérateur d'une mitrailleuse lourde. Un de leurs frères d'armes avait fouillé une voiture abandonnée les clés sur le contact, manifestement son propriétaire revenait de courses et les packs d'eau à l'arrière avaient trouvé preneur. Le paramilitaire les déposa sous la bretelle d'autoroute, formant ce qu'on appelait non sans un certain sarcasme, la réserve stratégique. En situation de survie, ces gars boiraient volontiers leur pisse pour tenir trois minutes de plus alors faire main basse sur des conserves et des packs pour tenir une position statique dans un pays aride en attendant que l'enfer s'abatte sur eux, c'était grand luxe.

Des transmissions brèves commencèrent à être transmises au groupe Alpaga-2, de l'échangeur. Immanquablement c'était Alpaga-1 depuis les hauteurs de Tazrout. Il y avait du mouvement sur le corridor sud qui conduisait à l'échangeur. Plusieurs véhicules, indubitablement armés, possiblement un groupe de reconnaissance toulaliste. Depuis les hauteurs de Tazrout et précisément depuis les cieux où l’observation des drones Búho battait son plein, permettant l’anticipation des grandes manoeuvres toulalistes. A la force de reconnaissance toulaliste, s’ajoutait également une colonne constituée de plusieurs détachements mécanisés, en provenance des routes de Tarrin mais pas que. L’observation par drones permettait cette vision stratégique des manoeuvres adverses, au moyen de drones de reconnaissance longue portée, élancés dans les airs depuis la rampe d’un pick-up qu’un fantassin opérait ensuite sur une console.

La colonne hostile était disparate au possible, combinant des éléments blindés et non blindés, des éléments idéalisés à la présence sur une ligne de front et d’autres relevant davantage du train logistique. Dans l’urgence de la mobilisation décrétée le matin même le groupe de combat bajusid semblait imparfait, hétérogène mais d’autres parleraient de complémentarité avant l’imperfection. La force de reconnaissance comprenait elle aussi des éléments blindés légers, associés à plusieurs transport de troupes légers, que l’on retrouvait en plus grand nombre dans la colonne chargée de matérialiser la contre-offensive. Au bas mot, il devait y avoir une centaine d’hommes dans la colonne principale, possiblement plus compte tenu de l’importance des pick-ups et camions de transport, tout désignés au déplacement de grandes forces d’infanterie bajusides toulalistes. Une contre-offensive mal assortie, précipitée sans nul doute, mais nerveuse et toujours dangereuse, prête à en découdre. Des transports chargés d’infanterie composaient la dorsale, des transports destinés à noyer les poches tenues par le Jaguar Negro.

Contrairement aux ordres précédemment reçus par le capitaine El-Karim, ceux là ne souffraient plus d’ambiguïté et d’interprétations. Il importait de reprendre l’échangeur AKR-32 à hauteur de Siri-Arad, par les armes ou si nécessaire au pare-choc. La contre-offensive devait rouvrir la route vers Cherasi pour interdire l’offensive terrestre ennemie en allant provoquer un refoulement à la mer. Mais pour l’heure, l’ambition des toulalistes tenait dans le nuage de poussière soulevé au passage du convoi. D’abord de petits points noirs observés à l’oeil nu, décortiqués au travers des optiques du drone de reconnaissance ayant anticipé leur venue, puis des masses sombres difformes, commençant à matérialiser des typologies d’armement, puis des véhiculs distincts, surmontés de tourelles et même des silhouettes.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Furioso, ici Alpaga-2. Probable contact avec l’ennemi du secteur Sud-B, demande soutien. Contre-attaque mécanisée confirmée, plusieurs blindés identifiés.

Les secondes paraissaient être de longues minutes avant qu’une voix ne vienne incarner le commandement de la force aéronavale.

(Amiral) Ilias Nogaro : Furioso pour Alpaga-2. Des renforts terrestres sont engagés depuis Cherasi, pas de soutien aérien immédiat de par la présence d’un destroyer non aligné. Dans un scénario le plus favorable, l’unité de soutien est sur votre secteur sous trois heures…

(Capitàn) Ezequies Villagrà : C’est bien pris Furioso. Alpaga-2 fera sa part jusqu’à la relève. Le désengagement du support aérien est toutefois bien dommageable, ce convoi aurait pu être stoppé net sans qu’on ait à voir le blanc de leurs yeux… Demande de mise en communication avec le commandement opérationnel du détachement en soutien.

La mise en relation s’obtint presque instantanément, sans nouvelle réponse ou confirmation de Furioso.

(Teniente) Santiago Benítez : Ici Sierra-3, en soutien d’Alpaga-2.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : C’est bon de vous savoir en route. Passez la première, l’ennemi commence à réunir du monde sur nos positions et je voudrais pas que vous veniez nous sauver avec des pelles.

(Teniente) Santiago Benítez : Trois heures, cent quatre-vingt minutes Alpaga-2, c’est la cible.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Tenez vous y Sierra-3. Car en l’occurrence la cible c’est nous. Terminé.

A dix contre cent, les trois heures imposées par le soutien paramilitaire de Sierra-3 seraient une éternité. Depuis Tazrout, le drone de reconnaissance Búho maintenait ses rotations au-dessus de l’échangeur et ses alentours, au point de permettre à son opérateur de désormais venir décrire une avant-garde caractérisée en tête de la colonne. Des véhiculs blindés épaulés de plusieurs pick-ups prenaient ostensiblement la tête du convoi et même l’avance nécessaire pour s’en détacher et former leur propre colonne. Le tireur de précision paramilitaire ajusta sa position, s’offrant un relatif confort après s’être positionné sur un béton éclaté. Les premiers hostiles toulalistes vinrent apparaître en sortie d’un dernier virage, progressant avec une forme de lenteur, pressentant le risque et la nécessité de garder une cohésion ainsi qu’un soutien mutuel entre les équipages de véhicules.
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

16 février 2020 - Opération "Mareas sombrías" : la bataille de l’échangeur AKR-32 - Partie 2 sur 3.


Bajusid
L’emploi de drones de reconnaissance comme lanceur de charges à sous-munitions, a donné un précieux répit à Alpaga-2.

Sur l’échangeur AKR-32, une rafale de balles claqua dans le vent, démarrant presqu’instantanément les affrontements en contrebas de l’ouvrage. Des gerbes de poussière explosaient le long du muret de béton cernant le tronçon autoroutier sur lequel un paramilitaire s’était abrité. L’avant garde bajuside, dit autrement la force de reconnaissance, venait d’ouvrir le feu sur eux avec une conviction molle. Leurs tirs cherchaient moins à toucher qu’à provoquer une réaction pour faciliter la localisation des paramilitaires qu’ils hésitaient à croire déjà pleinement en possession de l’échangeur. Le capitàn Ezequies Villagrà baissa machinalement la tête avant de progresser le corps tassé contre un bloc de béton chargé de soutenir la structure autoroutière sur laquelle ses hommes se faisaient canarder. Un véhicule retourné lui servait d’abri, cherchant à localiser l’origine des tirs à travers le rétroviseur dans lequel une petite étincelle apparaissait à chaque détonation. Il n’était pas la cible de ces tireurs, contrairement à deux de ses hommes nichés en haut de la bretelle depuis laquelle ils établissaient un poste pour tireur de précision.

La position des tireurs bajusids fut donnée aux opérateurs de la mitrailleuse lourde, qui donnèrent aussitôt le change. Le tireur du Jaguar Paltoterran se remit en position tandis qu’on le couvrait, son optique balaya la zone de menace. Il opéra deux tirs qui firent choir autant de corps. Mais malgré la précision des tirs, ceux-là donnèrent suite à de nouveaux tirs, plus soutenus encore, une mitrailleuse lourde hostile ciblait le commando, ses impacts fouettant l’ouvrage bétonné avec une violence telle que l’ensemble des paramilitaires présents sur et en dessous de l’échangeur pouvaient ressentir ce qu’ils qualifieraient de grondements. L’arme était montée sur un pick-up qui se remettait en marche pour changer de position et se promettre un carnage sitôt qu’il aurait changé d’angle de tir sur les forces paramilitaires. La manoeuvre du véhicule découvrit son pare-brise dont un tir explosa nettement le visage du conducteur, immobilisant l’ensemble quelques mètres plus loin. Constatant l’arrêt du véhicule, le mitrailleur bajusid tourna la tourelle vers ce qu’il pensait être son secteur de menace, tandis que deux autres hommes du véhicule, pour extirper le chauffeur décédé au sol. Un nouveau pilote s’installa et le véhicule redémarra en trombe pour aller se sécuriser sur le bas-côté depuis lequel il mitraillait des positions en hauteur sur l’échangeur. Un impact fit vibrer sa tourelle et chuter son opérateur, il ne se relèvera pas.

La reconnaissance des forces toulalistes se dispersa, cherchant à étirant sa zone de contact face à un ennemi limité en nombre mais fermement retranché sur l’échangeur. Rasant tout bonnement et simplement l’échangeur n’était pas une option valable pour les toulalistes qui entendaient faire converger un important contingent dédié à la contre-offensive de Cherasi avec. Les dépressions du terrain bordant l’arrondissement de Sidi-Arad laissaient apparaître un ennemi qui justifiait déjà de sa supériorité numérique sur une simple action de reconnaissance. Des fantassins bajusids camouflés par les fossés ainsi que les remblais, donnaient le change par de brèves rafales en mode semi-automatique. Et à nouveau, la route laissée vide par les civils et badauds qui l’empruntaient au commencement de l’assaut, se remplit à nouveau de soldats et véhicules déterminés à engager le combat face au groupe du capitàn Ezequies Villagrà. Les tirs se multiplièrent et les balles ricochèrent en différents endroits, frappant tantôt un mur de béton, tantôt sur une carrosserie ou la vitre d’un véhicule abandonné. Un des packs d’eau que les paramilitaires avaient tôt fait sur le ton de l’ironie de qualifier de réserves stratégiques fut traversé d’une balle, se faisant la source d’une contrariété chez le paramilitaire qui en avait la charge. Le bruit des tirs, de leurs impacts et des cris de soldats les subissant, couvraient le théâtre de l’échangeur en différents endroits. Le retranchement des paramilitaires suffit à s’épargner des pertes, tandis que l’avant garde bajuside repart avec un peu moins d’une dizaine d’hommes inertes laissés aux chacals. Un repli temporaire modelé sous la forme d’une retraite tactique, satisfaite de sa réussite dans l’atteinte de l’objectif qui était le sien : confirmer la présence d’hostiles sur l’échangeur AKR-32.

Sitôt le retrait de la reconnaissance bajuside entamée, le commando Alpaga-1 observait un redéploiement ennemi depuis les hauteurs de Tazrout. La colonne principale du contingent perdait en vitesse, voyant même à certaines intersections plusieurs des véhicules la composant quitter l’axe principal pour progresser de façon parallèle à lui. Une volonté manifeste d’identifier des sentiers voire d’en improviser certains pour déborder l’échangeur AKR-32 placé en verrou du nord du pays. La communication du groupe Alpaga-1 noua quelques estomacs, il était désormais clair à chacun que l’ennemi tout entier jetterait son dévolu sur l’échangeur avant d’envisager une manoeuvre offensive globale vers le nord, et les positions paramilitaires nouvellement ancrées sur Cherasi.

Une manoeuvre ennemie importante se mettait en ordre de marche pour flanquer la position de l’échangeur AKR-32, les observateurs du Jaguar Paltoterran en position sur les hauteurs de Tazrout parlaient de trois à quatre transports de troupes en mouvement. Parmi les véhicules certains présentaient un important blindage, de quoi faciliter l’approche et le débarquement des forces d’infanterie hostiles. Localisée à huit kilomètres, la force bajuside mettrait environ une douzaine de minutes à joindre l’échangeur. Le capitàn Ezequies Villagrà déclencha un minuteur à sa montre sur cette base. Le support aérien léger escompté au travers des hélicoptères d’attaque de type Ceniza n’arriverait pas sur l’intervalle, il faudra donner le change jusque là. Dix sept minutes étaient passées depuis la demande de support aérien. Ils pouvaient tenir, l’aviation légère ne saurait tarder davantage et rejoindre les affrontements en qualité de game changer face à une force de reconnaissance mécanisée. Les heures avant soutien aérien annoncées par l’amiral Ilias Nogaro prirent aussitôt des allures de siècle. Le commando se réorganisa immédiatement au gré des “avis de tempête” annoncés par le poste d’observation des hauteurs de Tazrout. Peu ou prou d’agitations apparentes, le champs de bataille était cantonné sur un espace restreint. Un binôme s’éloigna de la chaussée car les véhicules, particulièrement ceux blindés, auraient tôt fait de stationner à moins d’un mètre de.leur position sans que finalement une opposition adéquate leur soit opposée. Un talus sur une position orientale capta leur dévolu tandis qu’un paramilitaire se réapprovisionnait en munitions au sein d’un coffre de voiture laissé ouvert à cet usage. Le tireur de précision restait en place, confiant quant à sa position ombrage et maintenue sous le régime de la discrétion. La mitrailleuse lourde gérée par deux opérateurs changea d’angle de tir pour couvrir les flancs de l’échangeur, possiblement sujet à des tentatives de débordement par la force adverse. Tous les éléments humains et matériels pouvant être déplacés le furent, le reste était maintenu sur place en qualité de couverture pour les nouvelles positions, ceci afin de ne jamais laisser les positions défensives les plus statiques sous le feu ennemi, sans solution de repli.

A quelques lieues d’ici la colonne principale des forces toulalistes avait repris son avancée. Des blindés en ouvraient la progression avec un brin en plus d’espacement. Des transports de troupes suivaient, leurs silhouettes régulièrement déformées par la poussière entraînée dans leur suite. La vue aérienne offerte par les drones permettaient d’annoncer sans risque l’approche d’une dizaine de véhicules, désormais répartis sous deux colonnes. Il y avait plus de véhicules que d’hommes censés les arrêter, ça c’est une certitude.

Une dizaine de minutes après, la contre-offensive bajuside était là impérieuse, positionnant quelques blindés à canons sur différents couloirs où des colonnes d’assaut mécanisées se formaient. Un premier obus frappa l’échangeur sans crier garre, si bien sûr les commandos eurent eux mêmes un doute sur la volonté toulaliste à vouloir garder intacte l’infrastructure routière. Si les toulalistes n’avaient pas ou plus la volonté de garder la structure en l’état, tenir l’échangeur relèverait de la mission impossible pour le commando. Une seconde frappe, plus excentrée de l’échangeur, retentit à nouveau. Le réajustement des tirs sur les positions aux abords de l’échangeur et non sur l’échangeur lui même soulagea les craintes du commando. Les toulalistes voulaient moins annihiler ce qu’ils considéraient encore comme une force hostile restreinte que prendre possession de l’échangeur pour y faire transiter des forces vers le nord du territoire. Une donnée appréciable qui confortait l’idée du capitàn Ezequies Villagrà à cantonner ses positions défensives sur le périmètre de l’échangeur là où certaines positions environnantes il est vrai, se voulaient plus facilement défendables. Des communications régulières, sous la forme de points de situation, se mettaient en place. L’objectif était de tenir informé et en temps réel le Furioso ainsi que son état-major de la situation, tout particulièrement du contrôle effectif de l’échangeur dont la perte amorcerait immédiatement une menace croissante pour la force paramilitaire amphibie stationnant actuellement à Cherasi.

Face aux agitations toulalistes réitérées, le poste mitrailleur paramilitaire tonnait de nouveau, laissant s’échapper généreusement des douilles sur le flanc de l’arme. Un bruit un plus sourd en oneshot retentit également à peine perceptible dans le brouhaha provoqué par l’échange de tirs, le tireur de précision de l’équipe s’était à nouveau impliqué dans la poursuite de son décompte macabre. Les communications radios, parallèlement à ça, se voulaient plus confuses et brèves, pour ne dire entrecoupées. Un trait marqueur de l’intensité des combats en cours.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Furioso, ici Alpaga-1. Contre-attaque mécanisée en cours. Nombreux blindés et transport engagés sur notre position par le sud.

(Amiral) Ilias Nogaro : Furioso pour Alpaga-1, les renforts sont en route, depuis les airs et la terre. Prière de garder la position pour ne pas donner un avantage tactique à l’ennemi sur nos forces en approche. Vous êtes les bénéficiaires prioritaires de nos actions d’appui et soutien en cours.

Malgré le caractère désespéré donné à la situation, le Jaguar Paltoterran conservait l’avantage de n’avoir pu divulguer la totalité des effectifs sur l’échangeur, obligeant les toulalistes à la prudence. L’infanterie bajuside se vit contrainte de progresser sous le couvert de plusieurs véhicules blindés mais rapidement bloqués sur l’axe routier par un ensemble de véhicules rendus à l’état d’épaves. Les tentatives d’incursion que l’infanterie bajuside essayait d’opérer sous les bretelles restaient trop exposées pour s’avérer fructueuses. Plusieurs paramilitaires prenaient pour cible les unités bajusides en train de contourner les positions lourdement défendues depuis la partie supérieure de l’échangeur. Les éléments du Jaguar Paltoterran avaient réussi à couvrir un nombre optimal d’angles de tir malgré une dizaine de tireurs seulement.

Une détonation plus forte que les autres retentit, c’était le binôme antichar du commando qui venait d’opérer un tir de lance-roquettes sur le véhicule bajusid en tête de colonne. Ce dernier s’immobilisa, couvert de poussière et de fumées. Les forces toulalistes marquèrent un arrêt de leur assaut, une accalmie pour se donner les moyens d’un assaut plus global jura pour lui-même le capitàn Ezequies Villagrà. Pendant l’accalmie, chacun des paramilitaires consultait ses chargeurs et munitions. Le binôme antichar s’adressa à l’officier marquant de deux doigts les gestes qu’il fit en sa direction. Deux roquettes antichars, voilà en tout et pour tout ce que constituait la défense antichar du groupe, moyennant il est vrai des charges individuelles. Ils étaient là pour retenir une contre-offensive en direction du nord, pas la vaincre. D’autant plus que le second assaut toulaliste se doterait de davantage de méthodes. Les blindés y tiendraient leur rôle, occupant une position défendable depuis laquelle ils arroseraient les positions retranchées des paramilitaires paltoterrans. Des détonations plus espacées se firent entendre, rythmées de telle sorte qu’elles puissent couvrir efficacement les mouvements d’une section d’infanterie progressant pour se mettre à couvert jusqu’aux pieds de l’édifice.
La puissance de feu bajuside commençait à s’exprimer, ôtant quelques morceaux de béton à un pilier trop longtemps ciblé pour s’être fait l’abri d’un paramilitaire. Une voiture abandonnée à même l’échangeur pour des civils effrayés avait pris feu, à force de se voir criblée d’impacts remontant jusqu’au réservoir. Une explosion suivit, et fut suffisamment violente pour désarçonner un autre paramilitaire en position de tirs aux côtés d’un second pilier. Sur ce second assaut, rien n’empêcha les soldats bajusids de monter sur plusieurs tronçons de l’échangeur. Là où ils étaient d’abord un commando face à une colonne d’ennemis mécanisés, on pouvait maintenant assister à des combats en perte d’organisation. Les deux camps n’étaient plus séparés que de quelques dizaines de mètres, se partageant quelques murs, épaves et nuages de poussière. Un soldat toulaliste était soudainement apparu à une glissière, avant de s’affaler aussitôt, transpercé d’une rafale d’un paramilitaire. Une autre silhouette vint le remplacer, tirant cette fois la première, trois balles vinrent se loger dans le gilet pare-balles du commando, avec assez de puissance pour le renverser au sol, mort ou vif.

La courte portée du tir au fusil automatique et le calibre de l’arme eurent raison du paramilitaire, qui rendit son dernier souffle contre un pilier. Des éléments bajusids commençaient à gagner les hauteurs de l’échangeur, des tirs résonnèrent de plus belle, puis une explosion. On pensa de suite à une grenade. Une communication en provenance du Furioso s’en suivit.

(Amiral) Ilias Nogaro : Alpaga-2, ici Furioso.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Alpaga-2 j’écoute.

(Amiral) Ilias Nogaro : Nos opérateurs de drones Alpaga-1 peuvent vous fournir un soutien immédiat depuis les hauteurs de Tazrout, j’espère que ça vous donnera le temps d’accueillir les autres renforts le moment venu.

(Capitàn) Ezequies Villagrà : Compris Furioso. Ce n’est pas de refus. Alpaga-2 terminé.

Un véhicule de la reconnaissance bajuside s’embrasa, le projectile explosif étant tombé sur le dessus de la tourelle. Un autre dispersa un groupe d’assaillants composé d’infanterie. Des silhouettes tombèrent, parfois sans se relever. Un combattant était tiré au sol par un autre, cherchant à le mettre à couvert. L’intervention de drones de reconnaissance, rééquipés en porteurs de bombes à sous-munitions, avait changé la donne. L’offensive bajuside ralentit aussitôt, ne pouvant se permettre la concentration de forces. Les paramilitaires restant poursuivaient leurs tirs depuis des positions lourdement retranchées, achevant de stopper l’élan donné à l’offensive de la reconnaissance adverse. Le cabo Angelo Almeida Araujo reprit de plus belle ses tirs de précision, face à une moitié de section adverse en dispersion sur une position haute de l’échangeur. Dans son viseur optique que des ennemis, pas de TAL VTCP, ni VDBL. La radio grésilla à nouveau, annonçant le repli des forces de reconnaissance les plus éloignées en contrebas.
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