29/12/2019
01:22:00
Index du forum Continents Eurysie Estalie

Médias estaliens / Actualités intérieures - Page 3

Voir fiche pays Voir sur la carte
28026
.



La Tribune du Peuple.

Nouvelle présidente et avec elle, nouvelle Commissaire aux Relations Extérieures.

Nouvelle tête au Questan :

La récente élection présidentielle de Janvier 2019 a vu la victoire de Kristianya Volkiava, déléguée au Club Libertaire Renouvelé, Commissaire aux Relations Extérieures depuis 2014 et bras droit connu du président sortant Pyotr Husak, au poste de la Présidence Fédérale. Bien qu'il soit bien connu que le poste présidentiel en lui-même n'a qu'une fonction purement honorifique et symbolique en premier lieu et que l'accession à la présidence de Volkiava ne devrait pas en théorie affecter pour autant la direction politique interne de la Fédération, il convient que l'accession au poste présidentiel par Volkiava signifiait aussi la vacance de son poste à la Commission aux Relations Extérieures qu'elle a occupé tout au long du mandat présidentiel d'Husak. Seul poste au sein du gouvernement fédéral disposant de mandats cumulables pour des raisons de stabilité de la politique extérieure (un prérequis à la survie de la Fédération dans un environnement géopolitique qui lui est hautement hostile), la Commission se retrouve veuve de sa principale figure de proue. Le bilan de Volkiava au poste de Commissaire aux Relations Extérieures est un joli palmarès, d'autant que la jeune femme a su se débrouiller avec les moyens du bord. Peu se souviennent de la situation de la diplomatie estalienne en 2014 qui était pour ainsi dire embryonnaire et inexpérimentée et pour cause, l'Estalie sous la royauté n'avait su former correctement un corps diplomatique compétent et régularisé, le Ministère des Affaires Etrangères étant principalement dominé par les militaires, le tout chapeauté par un ministre civil qui était aux ordres de l'armée. Les diplomates et les ambassadeurs estaliens étaient alors, dans leur ensemble, issus du corps des officiers de l'armée royale, l'Estalie ne voyait la diplomatie étrangère que sous le prisme de la menace extérieure, adoptant une position sévèrement isolationniste et renfermée sur elle-même. C'est ce corps diplomatique et cette tradition à l'international avec laquelle Volkiava a dû composer au départ avec un objectif de fond : transformer la diplomatie isolationniste estalienne en une dynamique internationaliste et socialiste en accord avec les principes de la Fédération. Volkiava a accumulé les réussites, notamment l'alliance avec le Grand Kah, l'adhésion à l'UICS et à l'Internationale Libertaire, la négociation de plusieurs accords de coopération avec plusieurs pays alliés, notamment la Kaulthie et l'Altrecht et sa politique étrangère, mêlant négociations et rapports de force, a aussi permis à l'Estalie de sécuriser son voisinage. L'Estalie de 2014 était entourée de menaces, notamment par la Kartvélie au nord qui représentait le plus grand risque contre-révolutionnaire pour la Fédération. La sécurisation de la Kartvélie, de l'Eurysie Centrale et orientale ont étés au cœur du programme de Volkiava et il semble que les objectifs de la Commission quant à la sécurité régionale ont étés atteints sur bien des points, bien que des nids de résistance persistent. Bien sûr, le bilan de Volkiava n'est pas tout rose et l'opposition ne se gêne pas de pointer les failles du passage de Volkiava au Questan : l'échec de la diplomatie avec Teyla qui a permis à la guerre en Eurysie Centrale de dégénérer, la trop grande empathie de la Commission aux Relations Extérieures avec des pays "socialistes" considérés comme douteux comme la Loduarie ou la Confédération Socialiste du Nazum et aussi et surtout le bicéphalisme croissant entre la Commission aux Relations Extérieures et le SRR car si d'un regard extérieur, les services de renseignement estaliens sont le bras armé de l'influence estalienne à l'extérieur de son territoire, la vérité est que ces deux institutions sont en étroite concurrence et parfois se gênent mutuellement en poursuivant des objectifs complètement différents. Et pour cause, Volkiava avait pour ambition de stabiliser la situation extérieur au lieu de l'envenimer, ce qui explique par exemple qu'elle était favorable au dialogue avec Teyla pour assurer la paix en Eurysie orientale. Le SRR, contenant les éléments les plus radicaux de l'husakisme ambiant en Estalie, ne cherche pas la compromission, le dialogue ou le compromis avec ce que le service considère comme des ennemis héréditaires sur le plan idéologique. Ce bicéphalisme de la politique extérieure estalienne, déjà rendue par la prise de parole de plusieurs délégués au Congrès, mal à l'aise face à l'influence gênante du SRR sur les gestes du Questan, pose aussi des questions de la capacité du gouvernement fédéral et des autorités civiles à garder la main sur la politique internationale face aux éléments subversifs et paramilitaires que le SRR entretient dans les pays qu'elle cible. Structurellement, la Commission aux Relations Extérieures abrite un grand nombre de fonctionnaires et de diplomates au contact avec les pays extérieures, souvent des nations à l'opposé de l'idéologie de l'Estalie, et ont plus de marge à accepter les divergences idéologiques au nom de la paix, du bénéfice des populations locales. A l'inverse, le SRR baigne naturellement dans la violence, il n'est pas nécessaire de développer sur le fait que le monde de l'espionnage et des opérations clandestines, sans même avoir le détail des dites opérations, peut être violent et porter les individus en son sein au cynisme ou à la radicalité, ce qui explique en grande partie que les prises de position du SRR sont souvent empreintes d'une radicalité husakiste qui effraie les husakistes les plus modérés que l'on retrouve dans les institutions fédérales civiles.

C'est dans ce contexte que les élections générales ont vu une certaine Mila Horny accéder au poste de Commissaire aux Relations Extérieures. Née à Mistohir en 1991 d'une mère estalienne et d'un père kaulthe, tout juste diplômée de droit international à l'Université de Mistohir en 2013 lorsque la Révolution de Novembre éclate, elle est embauchée comme fonctionnaire au siège de la Commission aux Relations Extérieures, le Questan, en 2014 puis est nommée secrétaire adjoint de la Commissaire aux Relations Extérieures en 2016. La jeune femme est donc, au moment de son élection en 2019, déjà habituée des services diplomatiques estaliens, élue déléguée de sa commune durant la législature de 2018 et très proche de l'ancienne Commissaire dont elle partage les idéaux husakistes et la réflexion politique publiquement. Héritière de la politique étrangère volkiavienne, elle reprendra l'ensemble des dossiers du Questan et avec eux, l'ensemble des problèmes actuels de la Commission. En effet, loin d'être une vitrine monolithique et modérée parfaite, la Commission est elle-même sujette au partisanisme de ses effectifs entre l'influence grandissante des idées radicales du SRR qui commencent à se répandre dans le corps diplomatique et une autre partie du Questan qui commence à montrer des signes de fatigue et de lassitude vis-à-vis des politiques interventionnistes de l'Estalie autant chez ses alliés que chez ses ennemis. Bien que l'Anarchisme Renouvelé soit fondamentalement tourné vers l'interventionnisme et qu'il ne peut être autrement, beaucoup de membres du Questan prêtent l'oreille aux revendications de plus en plus bruyantes des familles de l'Armée Rouge, victimes les plus visibles et directes des guerres à l'étranger qui envoient des pères, des mères, des fils et des filles se faire tuer dans des pays lointains. Et au fur à mesure que ces morts s'accumulent, ce sont les familles plaignantes qui s'accumulent avec, ce qui porte un coup à la détermination du Questan à porter un projet politique radical à l'extérieur des frontières. Mila Horny se retrouve donc dans cette position intermittente où elle doit gérer deux courants opposés au sein du Questan entre une partie qui clame à ce que la politique étrangère estalienne soit plus frontale, plus directe, plus violente si nécessaire, quitte à rompre toute forme de contact et de bienséance avec les pays capitalistes et fascistes étrangers tandis que d'autres prônent à ce que la priorité soit mise à la paix, à l'arrêt des conflits armés et à la propagation révolutionnaire par d'autres moyens que les armes. Souvent, cette dernière partie compte généralement des fonctionnaires issus du Bloc Anarcho-Communiste, généralement opposés aux sentiments va-t-en-guerre des husakistes qui ne voient idéologiquement pas la propagation révolutionnaire autrement que par le rapport de force violent avec des systèmes capitalistes eux-mêmes violents et réactionnaires par nature. Ce dernier point se manifeste déjà de manière concrète dans les premiers mois du mandat de Horny. En mars 2019, une coalition informelle de délégués du BAC et du BSDR a déposé au Congrès une motion d'information demandant un bilan détaillé des pertes humaines estaliennes dans l'ensemble des théâtres d'opérations extérieurs depuis 2015, un chiffre que la Commission à la Guerre n'a jamais communiqué de manière consolidée et publique en dehors de rares exceptions. La motion, techniquement recevable, a été renvoyée en commission pour examen préalable, ce qui revient à l'enterrer temporairement mais le signal est là car pour la première fois depuis la Révolution, une partie du Congrès commence à réclamer des comptes sur le coût humain de la politique étrangère, et non plus seulement sur ses résultats géopolitiques. Horny l'a compris. Dans une note interne au Questan datée du même mois, dont l'existence a fuité dans la presse sans que son contenu précis soit connu, elle aurait demandé à ses services de préparer un état des lieux de la perception de l'Estalie dans ses pays partenaires, du point de vue des populations civiles. Néanmoins, malgré que la succession au Questan semble délicate, Mila Horny ne semble pas être prise au dépourvue. En effet, entre ces deux positions, elle continue de s'inscrire dans une logique d'équilibre propre à la politique volkiavienne de ces dernières années, négociant quand cela est possible et affrontant par les armes quand cela est nécessaire. C'était la position de l'ancienne Commissaire et cela ne semble pas changer sous la direction de Mila Horny. La nouvelle Commissaire ne semble pas cependant dégarnie en terme de moyens et d'intelligence : déjà, son premier coup diplomatique fut de convaincre le nouveau régime de Slaviensk d'entrer dans l'Internationale Libertaire (l'Estalie ayant déjà notamment milité, sous Volkiava, à l'entrée de l'Ustia dans l'organisation dans laquelle la Fédération est désormais un des acteurs principaux). Une tentative qui s'est montrée concluante puisque le référendum qui s'en est suivi s'est montré favorable à une dite adhésion. Il est donc certain que la nouvelle Commissaire aux Relations Extérieures, sans avoir renié la logique de la politique volkavienne, compte bien poursuivre dans la continuation de celle-ci. Néanmoins, c'est aussi l'occasion pour une nouvelle génération de diplomates estaliens, dont Horny est la fière représentante, de montrer que la diplomatie estalienne est devenue compétente et mature avec le temps et l'expérience des premiers pas de l'Estalie en tant que puissance ouverte à l'étranger après des décennies d'isolationnisme.


Fransoviac Times.

En fait, sur ce continent, tout le monde a décidé de jouer le schizo...NIEUUUH JI SUIS TRES INTELLIGENT MAUMAN

Guerre en Antares ou la schizophrénie générale eurysienne :

Article rédigé par Sutulina Yaryna, journaliste du Fransoviac Times et correspondante en Eurysie de l'Ouest.

Le 11 Septembre 2018, l'armée loduarienne a traversé la frontière antarienne, menant une opération spéciale visant à pacifier le pays. En effet, depuis plusieurs mois déjà, Antares était en proie à une guerre civile latente entre la MIRA, les services de renseignements du pays, les indépendantistes corvuns, une culture pré-antarienne cherchant à acquérir son indépendance vis-à-vis du pouvoir central antarien. Cette guerre civile a amorcé chez les cercles dirigeants le début des préparations de l'invasion du pays. En soit, les vélleités expansionnistes loduariennes sur Antares ne datent pas d'hier, il est de notoriété publique de dire que la Loduarie envahit Antares davantage pour relier les deux parties principales de son territoire continental que par véritable préoccupation pour les populations souffrant de la guerre en cours en Antares, la lutte entre Corvuns et Antariens n'agit ici que comme un pur prétexte au profit d'un dessein purement expansionniste de la part de Lyonnars, visiblement définitivement remise de la mort de son Secrétaire Lorenzo et du chaos qui s'en est suivi dans tout le pays, jusqu'à la récupération finale de la capitale par les troupes loduariennes. Cependant, bien que l'invasion de la Loduarie en Antares semble injustifiée et indigne d'une nation prônant des idées à priori socialistes, il convient de noter que la guerre a provoqué une forme de dissonance cognitive, pour ne pas dire une schizophrénie générale, qui s'est propagée dans tout le continent et qui a imprégné les actions et les paroles de tous les acteurs connus de ce conflit. A commencer par les Loduariens et les Antariens eux-mêmes, les premiers concernés. L'allocution de la nouvelle Secrétaire, Aurore, qui donne déjà le ton en affirmant qu'elle va rétablir le gouvernement élu et légitime en Antares pour défaire de son trône les "espions qui se sont faits rois" en Antares et les livrer à la justice antarienne. Une allocution qui est vide de sens dès lors que l'on prend connaissance des faits : la Loduarie combat ce qu'elle prétend rétablir, c'est-à-dire le gouvernement antarien lui-même qui est de connivence avec la MIRA et avec les indépendantistes corvuns. De quel gouvernement légitime la Secrétaire Aurore parle exactement ? Il sonne creux de dire que la Loduarie va seulement pacifier la région et repartir sans aucune contrepartie, même en faisant preuve d'une bonne foi qui relève de la grâce divine, en connaissance des cas passés de la Translavya ou de l'Okaristan, aucune des nations agressées par la Loduarie ne s'est mieux portée que ce soit après leur départ ou pendant leur occupation. Doit-on parler de l'état de la Translavya avant que les Loduariens ne partent ? Doit-on souligner que cette nation, pourtant largement dominée par des eurycommunistes idéologiquement alignés sur les principes loduariens, a plongé sa population dans un régime autoritaire comme il en existe des dizaines sur le continent eurysien ? En quoi le cas d'Antares diffère dès lors que l'objectif principal de la Loduarie est de rétablir à sa place un gouvernement avec qui elle est pourtant en guerre ? Pour les civils ? Bien, dans ce cas, pourquoi aucune entreprise humanitaire n'a été orchestrée par la Loduarie dans les mois qui ont précédés la guerre ? En effet, plusieurs camps humanitaires, appuyés notamment par des éléments kartiens, ont étés érigés au cœur du territoire antarien mais il n'est pas improbable que ces camps humanitaires n'aient pas étés les seules destinations des rescapés antariens. La Loduarie est littéralement un pays limitrophe à l'Antares, c'est une des destinations les plus probables des réfugiés antariens et pourtant, aucun signe d'actions humanitaires ne semblent pas avoir étés menés par les Loduariens pour venir au secours des civils antariens. Et c'est normal : les Loduariens se foutent bien du sort des populations civiles, mais cela ne les empêchent guère d'intervenir et de parler en leur nom propre, quitte à les instrumentaliser comme bon leur semble. Pure rhétorique autoritariste et élitiste de parler au nom des peuples, surtout que l'on est la première source de leurs malheurs et davantage lorsque l'on a un large palmarès d'interventions militaires se soldant par l'effondrement dans le chaos de régions entières, par l'établissement de régimes autoritaires tout aussi tyranniques que les précédents (mais alignés sur Lyonnars donc ça va !) et par l'auto-justification que l'expansionnisme loduarien fournit quasiment gratuitement à l'Organisation des Nations Démocratiques pour que cette dernière mène, par réflexe réactionnaire classique, à son tour une intervention qui permet d'étendre ses tentacules au-delà de sa zone d'influence. Chaque intervention loduarienne se solde par une intervention onédienne et devinez qui remporte véritablement le rapport de force ? Bingo, l'OND, toujours et encore car les Loduariens ne savent juste pas se contenir et se limitent à assouvir une politique étrangère éminemment violente et réactionnaire qui force ses ennemis idéologiques à se liguer contre elle, alors qu'elle prétendait, il y a pas si longtemps, le contraire en prétendant avoir à faire preuve de plus de dialogue à l'international. C'est en quoi le premier cas de schizophrénie institutionnelle avérée de cette affaire se manifeste : en cherchant à agir en rupture avec son père, la jeune Aurore se contente de reproduire les schémas interventionnistes de son père, sans en tirer les leçons. A vrai dire, ça n'a rien de surprenant : la politique étrangère des Etats ne sont que le reflet des contradictions des régimes qui tiennent en place ces mêmes Etats et en l'occurrence, la nouvelle Secrétaire n'a strictement rien touché à l'ordre établi en Loduarie, le système répressif et autoritaire loduarien est identique à celui de l'époque de Lorenzo et inévitablement, ce système répressif s'exporte une fois que la Loduarie est entraînée dans un quelconque rapport de force à l'étranger. Une victoire loduarienne à Antares ne sera que la pâle reproduction de l'échec honteux de la reconstruction de la Translavya, que les Loduariens tentent par tous les moyens à planquer sous le tapis pour faite oublier leurs échecs passés.

On pourrait se dire que les Loduariens sont les grands méchants de l'Histoire et effectivement, leur comportement impérialiste est à condamner de manière aussi sévère que pour n'importe quel régime réactionnaire, c'est une évidence. Cependant, les Antariens sont loin d'être dans une position victimaire que l'on prêterait volontiers aux agressés en temps normal. De toute évidence, il faut accorder un point aux Loduariens lorsqu'il s'agit de dénoncer la MIRA et les exactions perpétrées par cette dernière, que ce soit avant ou pendant la guerre civile. La MIRA s'est rendue coupable de plusieurs exécutions publiques de civils innocents afin d'envenimer la situation, provoquer les Corvuns et mettre le feu aux poudres en exposant les Corvuns face au fait accompli de la répression étatique. En bref, la MIRA a délibérément provoqué la guerre civile, ça coule de source, précisément afin de justifier en premier lieu sa prise de contrôle des institutions civiles du pays puis pour éradiquer de manière légitime l'opposition par le biais d'un conflit armé. Il convient donc d'affirmer que la MIRA est donc la première responsable du conflit civil, qu'elle est l'origine de la plupart des crimes de guerre que cette guerre civile a engendré et que sa dissolution immédiate devrait figurer en premier dans la longue liste des griefs qu'on peut avoir contre Antares (une condition absente par exemple chez les Kartiens qui se contentent de soutenir sciemment un Concordat qui comprend des criminels de guerre dans ses rangs). Le gouvernement antarien a lui-même fait preuve dès le départ d'une sévère irresponsabilité vis-à-vis du conflit en ordonnant qu'à l'étranger, personne ne soutienne un camp ou l'autre pour la simple et bonne raison que "les deux camps sont légitimes à recevoir du soutien" en omettant que...ça dépend pour qui ! Le gouvernement antarien estime donc qu'il y a de la légitimité pour quiconque à soutenir des services de renseignements accusés de commettre des meurtres sur la place publique ? Peut-être que ce raisonnement devait être à la destination des Rimauriens fascistes ou de leurs camarades kartiens pressés de soutenir des meurtriers, on sait pas ! Cette légitimité à soutenir la MIRA semble, par un relativisme qui effrayerait les plus fervents kantiens, avoir été mise à égalité avec la légitimité des Corvuns à acquérir leur indépendance car pour le gouvernement, mettre sur le même niveau des exécuteurs en place publique et des indépendantistes, c'est une façon convenable de voir les choses. Evidemment, on ne peut pas mentionner la schizophrénie générale de l'Antares sans mentionner la formation du Concordat de Shaula dans le même temps en réaction à l'invasion loduarienne, un concordat qui affirme que la guerre civile n'était qu'une gigantesque partie de jeu entre élites depuis le début et que les Loduariens étaient supposés comme simples "tricheurs". Joli euphémisme pour légitimer la continuation d'une guerre civile visant à assouvir des velléités de pouvoir tout à fait personnelles, peut-être est-ce en lien avec la mégalomanie crasse de la plupart des acteurs antariens connus du conflit ? Il aurait été de bon ton de dire que c'est de la pure extrapolation dès lors que le nom même du concordat, le Concordat de Shaula, découle du nom de la gardienne du jeu en Antares, explicitant cette idée morbide que la guerre civile en Antares n'est effectivement qu'un jeu et les morts avec ne sont que partie remise, de simples pions exploitables, qu'ils soient soldats ou civils. La question du sort des civils est d'ailleurs tout à fait intéressant car elle nous permet de faire le pont avec le principal argument que Karty cherche à recycler lorsqu'il s'agit de justifier son intervention aux côtés de l'Antares. Loin de se soucier qu'elle a juste choisi entre la peste et le choléra en omettant que dans les deux cas, sa position était compromise, la justification kartienne afin de soutenir en toute conscience des criminels de guerre et la perpétuation d'un conflit armé chez un de ses alliés (drôle d'allié, tout de même !), c'est l'idée que la guerre civile ne provoque que peu de morts civils, telle fut la justification kartienne donnée à la Commission aux Relations Extérieures. Il serait naïf de le prétendre compte tenu des éléments que nous disposons. Tout d'abord, aucun ordre d'évacuation n'a été donné dans les villes concernées par la guerre civile, le gouvernement antarien a même incité les populations locales à effectuer leurs routines quotidiennes en dépit de la guerre. Il convient aussi de noter que les Corvuns appliquent de nouvelles méthodes de guérilla qui comprennent notamment l'usage de bâtiments publics distinctifs et généralement épargnés dans les conflits telles que des églises et autres bâtiments publics et se cachent parmi la population afin de mener leurs opérations les moins conventionnelles. En quoi ça pourrait mal se terminer ? Il est vrai que quand un ennemi se cache dans la foule et mène une tactique de guérilla parmi une population civile pourtant innocente, il n'y a que peu de risques que les autorités répressives ne dérapent et finissent par faire des tirs groupés ! Quid des bombardements de la MIRA sur des zones clairement délimitées comme civiles ? Quid des rapports qui démontrent que la MIRA utilise des véhicules blindés en terrain urbain et mènent des opérations de contre-insurrection à l'intérieur même de zones habitées par des civils ? Karty vous dira certainement que les balles se liquéfient quand elles touchent des civils, le tir allié a visiblement été désactivé dans les paramètres. Alors, oui, les Antariens ont peut-être raison lorsqu'il s'agit de dire que les Loduariens aussi tuent des civils, c'est un fait mais la vérité est plus nuancée et dérange le discours de propagande des deux camps qui se veulent protecteurs des populations en bafouant leur droit le plus élémentaire à simplement vivre, cette vérité qui est en filigrane dans l'ensemble du raisonnement des deux belligérants et qui va peut-être ne pas vous surprendre : personne n'en a rien à foutre des civils. Ce qui n'empêche évidemment pas les deux camps d'instrumentaliser ces derniers comme de vulgaires pions, de simples objets rhétoriques sans aucune valeur quelconque autre que pour convaincre quelques attardés crédules à l'international du bienfondé de la cause des deux camps. Il serait d'autant difficile ici d'exposer en longueur que cette dissonance cognitive, partagée dans les deux camps, se transmet aussi chez les Kartiens eux-mêmes. Nous avons déjà exposés cette fausse prétention à défendre la guerre civile pour la simple raison qu'elle n'est pas meurtrière pour les civils, d'autant que du point de vue kartien, la guerre civile n'a carrément plus lieu d'être ! Bien sûr, lorsque les Kartiens tendent à dire une bêtise pareille, c'est parce qu'elle a volontairement omis de dire au Questan que le Concordat de Shaula est une trêve et précisément, une trêve n'a pas vocation à durer. Les Antariens parlent précisément d'une suspension du jeu, quelle est la garantie qu'une fois les "tricheurs loduariens" vaincus, l'arbitre ne décide pas de reprendre la partie là où elle s'est terminée ? Aucune. En imaginant le scénario idéal où la Loduarie est mise en déroute, que se passera-t-il ? Quelle est la garantie que Karty dispose pour mettre fin au massacre autre que dire "vous verrez" ? Précisément aucune, car l'aide kartienne, dans aucune de ses missives à destination des Antariens n'énonce ne serait-ce qu'une seule notion de conditionnalité à l'aide kartienne. Les Kartiens sont loyaux, même quand ils soutiennent des fascistes. Ironique venant de nos anciens alliés de circonstance qui n'étaient pas avares de mots pour dénoncer les Hotsaliens et les Teylais. Visiblement, les crimes de guerre, c'est bien quand c'est les copains qui le font !

Cependant, si l'argumentation en plastique de capote des alliés de l'Antares laisse à désirer quant aux objectifs réels de ces derniers, le soutien franc et inconditionnel des lèches-bottes habituels du régime loduarien sont à l'inverse des champions hors compétition lorsqu'il s'agit d'être de parfaits idiots utiles ! Et là, c'est le festival. Les Antériniens tout d'abord, qui n'hésitent non seulement pas à s'aliéner l'ensemble des socialistes non-eurycommunistes en faisant l'étalage de leur pureté militante la plus crasse qui soit en brandissant comme à leur habitude la soi-disante supériorité dialectique de leur théorie qui se veut scientifique, alors même que le principe initial d'une théorie scientifique est qu'elle soit remise en question jusqu'à que l'expérimentation confirme ou infirme celle-ci, auquel cas il ne s'agit rien de moins que d'un dogme. Et un dogme, vous pourrez en répéter les crédos cinq fois par jour religieusement, ça n'en fera pas une vérité. De là, il suffit de dérouler le reste du fil pour voir d'ici les relents habituels du discours néo-conservateur typique que les impérialistes ont su maîtriser tous les codes depuis plusieurs décennies : la guerre vise à garantir la paix, le pseudo-humanisme des Loduariens dans l'exercice de leurs desseins hégémonistes (tout en prônant le pragmatisme et le réalisme avec la bonté d'âme des Loduariens, le passage est juste lunaire et laisse entendre une certaine pathologie chez l'auteur), le classique appel à l'urgence et au réalisme géopolitique pour justifier une guerre qui s'avère stratégiquement inutile puisque par défaut, un pays en guerre civile ne peut structurellement pas représenter un risque existentiel pour ses voisins (il faudra donner des cours de stratégie militaire aux Antériniens, ils ont trop l'habitude de se prendre des roustes au Nazum), bref rien ne va. On ne peut évidemment pas non plus passer à côté des autres attardés de service de l'UICS, en premier lieu les Illiréens qui se prêtent volontiers à intervenir dans un conflit qui ne les concernent pas et qui met directement en danger sa propre population du fait de la proximité géographique de l'Illirée avec Karty, des capacités kartiennes à frapper (et certainement écraser) l'Illirée, alors même que la Loduarie n'a aucun moyen de secourir son allié illiréen dans le cas où ce dernier est sévèrement visé par Karty. Le seul protecteur viable de l'Illirée sera alors l'OND, techniquement toujours protecteur du pays. Encore une belle démonstration que les actions loduariennes alimentent directement la machine à broyer de l'OND et ce, sous toutes ses formes, notamment en justifiant ses interventions et l'avancée de ses pions. De la pure cooptation entre deux blocs qui se connaissent bien et qui, depuis bien longtemps, ont arrêtés d'être antagonistes l'un envers l'autre dès lors que l'Internationale Libertaire joue désormais le rôle du Grand Méchant Loup depuis la guerre en Eurysie Centrale. Il serait inutile enfin de mentionner le PEV qui fait montre une fois de plus de ses capacités à jouer son rôle de chien de garde loduarien en mobilisant des effectifs velsniens envoyés pour soutenir les Loduariens dans leur macabre entreprise ? Après tout, le PEV ne tend pas à dénoncer l'impérialisme crade de la Grande République dans laquelle elle tend à jouer le parlementarisme, il fallait pas être un génie pour prédire divinement que le PEV n'allait pas non plus dénoncer l'impérialisme de ses maîtres.

Enfin, il y a nous, les libertaires. Oh, ne soyons pas arrogants car notre position n'est pas plus enviable ! C'est simple, nous sommes les abonnés absents du conflit. A travers un accord chapeauté par le Kah, le matériel situé au Goïda va finir de nouveau entre les mains des Loduariens afin d'alimenter les flammes de la guerre sur le continent eurysien car il est toujours bon de nourrir l'Ogre par cynisme au lieu d'allouer ce matériel autrement plus utile ailleurs, au hasard dans des théâtres où les camarades libertaires sont engagés à travers le monde, essayant de réellement forger des contre-modèles démocratiques et autogérés. Après, il est difficile pour l'impérialisme kah-tanais de ne pas chapeauter celui des Loduariens, vous comprenez, c'est un peu nos cousins d'une certaine manière. Bon, des cousins attardés mais des cousins quand même ! Et l'Estalie alors ? Elle joue la montre, comme d'habitude. La transition entre Volkiava et Horny se faisant en douceur, la difficulté pour les nouvelles équipes de la Commission aux Relations Extérieures est autant de trouver une position diplomatique qui ne soit pas compromettante qu'une prise de position qui n'aliène pas l'opinion publique. Les Estaliens n'ont pas oubliés ce que les adorateurs de Lorenzo ont faits dans les rues de Mistohir il y a trois ans de cela et il est donc difficile de faire avaler à l'opinion publique un soutien explicite envers les velléités expansionnistes loduariennes pour quelques avantages malavisés en Translavya. Quels avantages, d'ailleurs ? Allez savoir, la diplomatie loduarienne est en retard sur pas mal de points, elle semble vouloir jouer des cartes dont la date de péremption est dépassée depuis fort longtemps, essayant de jouer de son influence sur une Translavya qui s'est aussitôt débarrassée des Loduariens une fois ces derniers disparus durant un temps. Il n'a pas fallu longtemps à la Translavya pour tomber dans une crise existentielle et maintenant qu'une brèche a été ouverte dans le mythe eschatologique loduarien en Translavya, la population translave ne voit que l'éléphant dans la pièce, sans possibilité d'en détourner les yeux et de revenir à la situation antérieure. La position de l'Estalie est donc loin d'être aussi enviable et à vrai dire, c'est aussi la faute du Questan d'avoir été aussi indécise. La volonté de départ de la Commission a été initialement d'accepter de condamner l'invasion loduarienne et pour cause, elle est hautement condamnable, et de proposer à l'inverse une médiation afin de rétablir la paix. Cependant, ce projet de médiation s'est montré immédiatement irréaliste en l'état : aucun soutien du Grand Kah, aucun terrain d'entente possible entre les belligérants, précipitation des Kartiens à intervenir directement dans le conflit et objectifs maximalistes de la Loduarie vis-à-vis de l'Antares font que la médiation proposée initialement par Mistohir s'est révélé être un projet mort-né. Ensuite, le sketch : la Loduarie a demandé à l'Estalie son soutien et nos éminents diplomates, toujours sur le coup, ont eu la brillante idée de tomber dans le piège. Pourquoi, comment, par quelle magie le Questan s'est dit que c'était une bonne idée de non seulement promettre un soutien explicite en cas d'attaque kartienne mais en plus de menacer Karty d'une intervention dans son dos en cas d'intervention alors même que nos propres troupes ne sont techniquement pas prêtes à envahir Karty ? Et qui, en Estalie, veut mourir pour la Loduarie ? Résultat des courses : méfiance des Kartiens et fortification de la frontière avec la Kaulthie, comme au bon vieux temps. La Commission a été sévèrement irresponsable sur ce coup, elle n'a pas pris les dispositions requises et n'a pas répondu au bon sens qu'il convenait d'appliquer dans ce genre de situations, c'est-à-dire en allant dire aux Loduariens d'aller cordialement se faire foutre !
18330
.



La Tribune du Peuple.

Chuuuuuut, le magistrat, regarde ce paysage.

L'illusion émancipatrice de la forme juridique :

Article d'analyse de Nayden Perun, journaliste spécialisé en philosophie politique.

Tout manifeste politique est, avant d'être un programme, est souvent un symptôme puisqu'il a tendance à révéler les contradictions de son époque autant qu'il prétend les résoudre et les angles morts de sa pensée en disent souvent plus long que ses affirmations les plus explicites. Le Manifeste du socialisme légaliste mesolvardien ne fait pas exception à cette règle car s'il a été construit sur un diagnostic lucide, bien que peu original, sur l'aliénation des travailleurs, la complicité de l'Etat avec le capital ou encore l'insuffisance de la démocratie formelle, il propose un remède et un projet qui reconduit, à l'examen, à une part significative de ce qu'il prétend abolir. Ce projet que le manifeste fournit, qui justifie à ce jour le régime dicastocrate actuel ayant cours au Drovolski, consiste à substituer au pouvoir exécutif inféodé au capital une magistrature unifiée dotée d'une autorité politique directe qui serait capable de faire émerger la justice sociale par la seule vertu du droit contradictoire. En soit, ce n'est pas une pensée qui date de la prise effective du pouvoir par les juges au Drovolski en 1923, le socialisme juridique (ou socialisme des chaires) est une pensée qui remonte au XIXe siècle et qui a même resurgi plus tard dans les théories institutionnalistes du XXe siècle mais c'est précisément parce que cette tradition n'est pas sans valeur qu'il importe d'en identifier les limites avec une certaine rigueur car il convient ici de noter que la critique du manifeste et du socialisme juridique dont il se revendique doit porter non pas sur l'extérieur idéologique mais bien sur l'intérieur et le fond du manifeste. Notre critique visera ici quatre aspects du manifeste qui sont, à nos yeux, profondément problématiques : l'inversion idéaliste qui sous-tend la confiance dans le droit comme vecteur d'émancipation, la reconstitution prévisible d'une classe dominante sous les habits de la magistrature, l'usage de la morale comme instrument d'exclusion politique déguisé en diagnostic social du lumpenproletariat et enfin, la contradiction performative du projet dicastocrate qui proclame l'émancipation mais n'en comprend (ou ne veut pas) du processus qui mène à cette même émancipation.

Tout d'abord, le Manifeste du socialisme légaliste fonde son projet émancipateur sur la magistrature et la forme juridique. La justice sociale, selon ses auteurs, émanera de "l'édifice réfléchi du droit et de ses procès contradictoires", c'est d'ailleurs là son pari central et aussi là où réside ironiquement sa contradiction la plus fondamentale qui conditionne toutes les autres. Toute analyse matérialiste sérieuse des sociétés humaines part d'un constat méthodologique que le manifeste ignore délibérément car les formes juridiques et politiques ne sont pas des réalités autonomes flottant au-dessus des rapports sociaux, elles en sont au contraire le produit, la cristallisation institutionnelle, ce qu'on nomme généralement la superstructure, c'est-à-dire l'ensemble des formes idéologiques, juridiques et politiques qui correspondent à une base économique déterminée et qui en assurent la reproduction. Le droit ne précède en rien les rapports de production mais au contraire les consacre et les stabilise, il naît de la nécessité qu'ont les classes dominantes de légitimer les conditions matérielles qui assurent leur domination en les présentant comme des nécessités rationnelles et universels et l'histoire du droit de propriété et du droit civil illustrent par exemple parfaitement cette thèse. En particulier le droit civil qui, souvent présenté comme une conquête abstraite de la raison égalitaire contre l'arbitraire féodal d'autrefois, fut surtout un instrument juridique de la bourgeoisie triomphante afin de consacrer la propriété privée comme droit naturel inviolable, organiser le contrat social comme fiction d'égalité entre des parties qui sont structurellement inégales et faisant du travailleur un vendeur libre de sa force de travail. La liberté contractuelle est la forme juridique de la nécessité économique. Dans ces conditions, prétendre que c'est la magistrature qui peut se retourner contre la propriété, c'est inverser le rapport de causalité entre la base et sa superstructure, c'est croire que l'ombre peut modifier le corps qui la projette, c'est une erreur métaphysique grave car elle traite comme réalité première ce qui est dérivé et ce qui est effet comme cause autonome. Le manifeste ne fait que prendre les représentations que les hommes se font de leurs conditions d'existence pour les forces motrices de l'histoire alors que ce sont les conditions d'existence elles-mêmes qui produisent ces représentations. La forme juridique, de surcroît, n'est pas seulement un reflet passif des rapports de production mais un instrument actif de leur reproduction. La forme juridique elle-même, la catégorie du sujet de droit et la logique de l'échange équivalent qui sous-tend le droit contractuel sont des formes sociales spécifiquement capitalistes car le sujet juridique (cet individu fondamentalement abstrait, titulaire de droits formels et posé comme équivalent à tout autre sujet juridique) est la contrepartie idéologique du possesseur de marchandises sur le marché. On ne peut pas, dans cette perspective, utiliser la forme juridique pour abolir les rapports marchands sans tomber dans une contradiction inévitable sur le fond, celui que l'outil en lui-même porte en lui la logique du système qu'il est censé détruire ou à minima remplacer.

Ensuite, supposons généreusement que la magistrature parvienne effectivement à s'imposer comme une force politique autonome contre l'Etat de gouvernement et instaure un régime de possession collective, ce que semble appeler le manifeste de ses vœux, qui contrôle cette magistrature ? Le manifeste ne fournit pas de réponse et c'est en vérité très révélateur. Toute institution chargée d'interpréter le droit, de définir ce qui est juste ou injuste et de sanctionner les comportements déviants et asociaux reste une institution de pouvoir. Elle concentre un monopole, pas nécessairement le monopole de la violence légitime comme le veut la définition de l'Etat moderne mais le monopole de la définition du sens, ce qui est encore plus fondamental car dire ce qu'est le droit, c'est dire aussi ce qui est légitime, ce qui est tolérable ou non, qui mérite protection et qui mérite une sanction. C'est en somme une forme de souveraineté symbolique dont les effets matériels sont considérables. Or, le manifeste transfère ce monopole à la magistrature unifiée sans interroger un instant les conditions dans lesquelles cette magistrature se construit, se reproduit et exerce son autorité. C'est une critique qui, en somme, reste dans le fond étroitement similaire à la critique que l'on a fait aux socialistes autoritaires au XIXe siècle sur la nature de l'institution chargée d'opérer cette transformation, lorsque les marxistes et leurs héritiers eurycommunistes proposaient un Etat ouvrier et une dictature du prolétariat transitoire, ce à quoi les libertaires ont répondus qu'une telle institution, séparée de la base sociale, a une tendance structurelle à l'autonomisation et à la reconstitution d'une domination et quand l'on dit que l'on peut prendre le plus convaincu des socialistes, lui donner un pouvoir absolu et que celui-ci sera d'ici un an pire que le Zagroy du Morakhan lui-même, ce n'est pas pour chipoter et juger moralement les individus, le pouvoir ne se corrompt par les mauvaises intentions des individus qui l'exercent, c'est l'exercice même du pouvoir, surtout lorsque celui-ci est séparé de tout contrôle effectif par la base, qui produit la dite corruption. La critique de la bureaucratie rouge que l'on adresse aux socialistes autoritaires et aux eurycommunistes s'applique de manière parfaitement identique aux dicastocrates, il suffit seulement de remplacer l'avant-garde scientifique du prolétariat par une magistrature unifiée et l'argument reste identique car la nature de ces deux éléments le sont tout autant, ce sont des élites dotées d'un titre de légitimité particulier (l'un la théorie scientifique socialiste, l'autre la compétence juridique) qui exercent tous deux un pouvoir politique au nom des travailleuses et des travailleurs sans être soumise à leur contrôle effectif. C'est une classe qui se substitue qui développe ses propres intérêts corporatifs à terme, qui a ses propres critères de recrutement et de reproduction et sa propre hiérarchie interne, défendant ainsi son existence et ses prérogatives avec d'autant plus d'efficacité qu'elle dispose du monopole de la définition de ce qui est légitime ou non. Le problème n'a jamais été la malveillance des gouvernants mais la structure même de la centralisation, toute institution qui centralise la définition de la norme, que ce soit au nom de la justice, de la science, de la tradition, de la propriété ou du marché développe une logique propre conservatisme, elle tend à absorber les fonctions sociales connexes, à étendre son domaine de compétence et à marginaliser les formes d'organisation autonome qui pourraient la concurrencer ou la contrôler. La magistrature unifiée obéit justement à cette loi car elle tire sa légitimité de la vérité du droit, donc une source d'autorité par définition inaccessible à la contestation ordinaire car on ne débat pas avec la justice en tant qu'institution qui se définit comme gardienne du juste, soit on lui obéit, soit nous ne sommes pas dans le juste. Il serait judicieux de rajouter que les institutions juridiques ne sont pas seulement susceptibles d'être capturées par des intérêts de classe extérieurs mais produisent souvent leurs propres intérêts de classe internes. La magistrature, en tant que corps professionnel, développe sa propre culture, ses habitus, ses modes de perception du monde social et ses propres codes qui lui sont propres et qui sont structurellement conservateurs. Le champ juridique obéit à une logique de conservation des formes héritées, de résistance à l'innovation sociale radicale et d'homologation des nouvelles demandes aux catégories existantes donc une magistrature qui prétend abolir la propriété devrait en toute logique commencer par se détruire elle-même en tant que corps constitué, ce qu'aucune institution ne fait spontanément, ça coule de source.

Ensuite, le manifeste convoque à plusieurs reprises la rhétorique moraliste comme le fondement du sujet politique révolutionnaire, ce qui est assez grave là aussi. Le prolétariat organisé doit agir, selon le manifeste, avec "morale et rigueur" tandis que le lumpenproletariat est défini par son incapacité morale, la justice étant alors décrite ici comme la forme institutionnelle de la conscience morale collective. Cette insistance est assez insolite mais elle trahit bien la conception du politique du manifeste qui est fondée sur la normativité et non pas sur une analyse matérialiste des rapports de force. Le manifeste s'appuie sur la morale mais oublie fondamentalement de dire d'où vient cette morale, qui la définit et au nom de quoi elle s'impose comme critère de qualification du sujet révolutionnaire ? C'est assez ironique venant d'un manifeste se revendiquant comme socialiste d'avoir une analyse matérialiste aussi creuse, la morale n'est pas une donnée anthropologique universelle ou une lumière naturelle accessible à tout être raisonnable. La morale est, comme le droit dont elle est inséparable, un produit des rapports sociaux des classes dominantes. Toute morale a été jusqu'ici une morale de classe, c'est une simple expression des conditions d'existence et des intérêts d'une classe particulière (ici la classe dominante, la bourgeoisie généralement) qui sont érigés en impératifs universels envers les classes dominées. La morale féodale d'autrefois consacrait la hiérarchie des ordres et les valeurs de la noblesse comme l'ordre naturel du monde, puis la morale bourgeoise qui l'a succédé a consacré la propriété privée, le respect des contrats, la libre concurrence puis plus tard la méritocratie et l'exacerbation de la rhétorique individualiste comme des vertus quasi-cardinales. Invoquer ici la morale sans en interroger la genèse sociale et ses effets de classe est une reproduction tacite de ce que le manifeste prétend dénoncer. Toute morale est une interprétation du monde au service d'une volonté particulière (jusqu'au paragraphe 23), c'est un système de valeurs qui s'oublie comme tel en se présentant comme universel. Les valeurs dominantes telles que les valeurs d'obéissance, de patience et de renoncement à la violence immédiate ont toujours historiquement servi à discipliner les dominés et à légitimer leur sujétion. Bien que ce ne soit évidemment pas la position que le manifeste entend défendre, il ne peut se prévaloir de la morale comme fondement sans s'exposer à cette critique qui nous semble évidente : quelle morale ? De qui ? Produite dans quelles conditions ? Au service de qui, de quels intérêts, de quelle classe ? Dans le cas du manifeste, la réponse est ironiquement partiellement décelable et c'est là que l'on doit revenir sur le tacle que le manifeste fait au lumpenproletariat. La catégorie marxienne du lumpenproletariat telle qu'elle fut forgée au XIXe siècle désignait des franges marginalisées de la classe ouvrière (anciens artisans déclassés par la mécanisation, journaliers sans emploi fixe, population flottante entre les grandes villes industrielles, repris de justice (Jean Valjean est un lumpenprolétaire techniquement !)) qui sont réputées incapables de conscience de classe en raison de leur déracinement et de leur disponibilité supposée au service des classes dominantes, on les voyait à l'époque comme une masse potentiellement contre-révolutionnaire utilisable par la réaction comme force de répression. Cette définition était déjà...très étroite et contestable dans son contexte d'origine mais elle est devenu carrément intenable à l'aurore du XXe siècle et de la décolonisation des nations aleuciennes et afaréennes car dans le contexte colonial, ce sont précisément les franges les plus marginalisées (Grandeur et faiblesses de la spontanéité, chapitre 2), typiquement le lumpenproletariat, qui constituent le réservoir d'énergie révolutionnaire le plus vif, précisément parce que ces classes n'ont plus rien à perdre dans l'ordre existant et ont perdus toute forme d'illusion sur sa capacité à se réformer : le paysan sans terre, le chômeur chronique, le déclassé des bidonvilles, tous ces gens ne sont pas moins révolutionnaires que le syndiqué, il a une autre manière de faire la révolution avec d'autres moyens et d'autres horizons et son exclusion du sujet révolutionnaire au nom d'une supposée incapacité morale est une opération de classe déguisée en diagnostic social douteux. Le manifeste du Drovolski aggrave encore le problème en redéfinissant explicitement le lumpenproletariat non plus par ses conditions matérielles d'existence mais par son rapport à la légalité car pour les dicastocrates, est lumpenprolétaire celui qui est incapable de morale légale, donc qui refuse ou transgresse le cadre juridique. Cette redéfinition est assez remarquable dans sa mauvaise foi puisqu'elle arrive remarquablement à exclure du sujet révolutionnaire quiconque contesterait le cadre légaliste lui-même, il est assez fort de voir comment le manifeste dote l'idéologie socialiste juridique d'un mécanisme propre d'immunisation contre sa propre critique interne : toute objection radicale au légalisme peut être purement renvoyée à l'expression d'une incapacité morale, d'un défaut de conscience et donc d'une appartenance au lumpenproletariat. Pur changement de vocabulaire de la domination.

Enfin, il faut rappeler que le manifeste se présente comme un appel à une émancipation radicale, que le manifeste appelle quand même à l'abolition de la propriété, à la fin de la servitude salariale et à la transformation des rapports de production mais il est construit sur un raisonnement circulaire et tautologique qui rend cette émancipation structurellement impossible. Le manifeste postule que la justice sociale émergera du procès contradictoire du droit mais pour que ce procès soit véritablement contradictoire, c'est-à-dire capable de remettre en cause les fondements mêmes de l'ordre existant et non pas seulement ses expressions les plus brutales, il faudrait qu'il puisse opérer hors des catégories que cet ordre a lui-même produites mais le droit positif, tel qu'il est pratiqué dans toute société capitaliste, est structuré par et pour la défense de la propriété, la validité du droit contractuel et la légitimité de l'accumulation du capital. Ses catégories fondamentales comme le sujet de droit, la propriété, l'échange ou encore la responsabilité individuelle sont des catégories capitalistes comme on l'a vu. Pour que la magistrature se retourne contre ces catégories, il faudrait déjà qu'elle soit émancipée des conditions qui la produisent, ce qui présuppose exactement la transformation sociale que le manifeste lui assigne comme tâche. La législation sociale est, dans les faits, contrôlée dans ses limites et son rythme par les intérêts des classes dominantes ((L'émancipation du socialisme par la voie des réformes sociales, première partie). Chaque avancée obtenue dans le cadre légal est aussitôt réinterprétée, contournée, neutralisée ou récupérée par les acteurs qui maîtrisent le mieux ce cadre. Ce ne sont pas les travailleurs qui disposent des ressources pour financer des juristes capables de pousser le droit dans ses retranchements les plus radicaux, ce sont les propriétaires. Le procès contradictoire que prétend vouloir chercher le manifeste ne nivelle pas les rapports de force mais leur offre une scène supplémentaire avec des acteurs similaires et donc avec les mêmes inégalités de moyens. La contradiction devient dès lors performative parce que le manifeste dit deux choses qui sont formellement incompatibles. Tout d'abord, le manifeste reconnaît la profondeur de la domination : la démocratie d'apparence, la complicité de l'Etat avec le capital, la violence des titres de propriété substituée à celle des titres de noblesse. En soit, ce diagnostic implique que l'ordre existant est structurellement hostile à l'émancipation, qu'il ne s'amende et qu'il se reproduit. Mais d'un autre côté, le manifeste refuse le seul moyen par lequel une rupture avec cet ordre pourrait s'opérer, c'est-à-dire le moment de transgression de la légalité existante, la révolution, que le manifeste condamne comme une forme de désordre communiste. Sans ce moment, il ne reste que la demande adressée à l'ordre de se réformer lui-même par ses propres instruments, ce qui est précisément ce que le diagnostic initial déclarait pourtant impossible. Tout projet émancipateur qui se pense comme continuation progressive de l'Histoire dans le cadre de ses institutions est condamné à reproduire ce qu'il combat parce que les institutions elles-mêmes sont des sédimentations de violences passées, des formes stabilisées de la domination. La justice ne peut pas être le résultat d'un perfectionnement indéfini des procédures existants car elle requiert précisément ce qu'il nomme un moment de rupture avec la continuité. Le manifeste refuse justement ce moment de rupture, il veut une émancipation sans rupture. En bref, une révolution sans révolution, étrange. Jolie belle âme hégélienne que voilà, une conscience qui veut le bien du monde mais refuse de se salir les mains dans la contradiction effective du réel et qui préfère la pureté de ses principes à l'efficacité de son action et qui finit par contempler avec satisfaction l'édifice de ses intentions tandis que l'ordre qu'elle prétend combattre continue de tourner sans elle.

Ainsi, la critique que nous avons développée ici ne vise pas à critiquer le droit en tant que tel, ni à dire que toute forme d'organisation institutionnelle est nécessairement mauvaise ou non souhaitable mais nous tenons à souligner dûment cette confusion entre les moyens et leur fin. Le manifeste du socialisme légaliste de Mesolvarde a le mérité de tenter de chercher une troisième voie entre le capitalisme libéral et le socialisme autoritaire qu'il associe au désordre, peut-être à raison, mais cette troisième voie que le manifeste semble dessiner reconduit les conditions de la domination qu'elle prétend abolir car en confiant le pouvoir à une élite juridique non soumise à un contrôle horizontal effectif, en fondant la qualification du sujet révolutionnaire sur un critère normatif qui naturalise le cadre légaliste et en refusant tout moment de rupture avec la légalité existante, il promet l'émancipation par les instruments mêmes qui assurent la servitude. La question qui nous semble ouverte au bout de cet article est la suivante : comment passe-t-on d'un ordre fondé sur la propriété et la domination à un ordre fondé sur la possession collective et l'autonomie sans recourir aux instruments de l'ordre existant et sans tomber dans la violence aveugle que le manifeste, peut-être à juste titre, redoute ?


31760
.



Le Prolétaire.

MAIS T'ES PAS SOCIALISTE, T'ES JUSTE NATIONAL-SOCIALISTE PUTAIN.

Les social-traîtrises :

Critique politique de Julia Anasia, journaliste politique du journal Le Prolétaire.

Depuis 2013, l'Eurysie centrale et orientale assiste, à l'étonnement de certains observateurs internationaux, à une tendance socialisante croissante qui contraste de loin avec l'Eurysie occidentale. Et pour cause, peut-on aujourd'hui prétendre que cette partie de l'Eurysie n'est pas devenue un large champ à nations socialistes et ce, en seulement quelques années ? D'une région dominée, sans partage, par des dictatures militaires et des régimes réactionnaires et monarchiques, la région a vu l'émergence d'un certain nombre de régimes socialistes fondés sur les ruines de l'ordre ancien, souvent monarchique par ailleurs. Le Tsarat orthodoxe de Pravoslavnyy, l'Empire de Slaviensk, le Royaume d'Estalie, le Saint Empire de Karty, le Haut-Etat d'Altrecht, la Junte Impériale kaulthe, la République de Kartvélie et bientôt la Junte militaire retsvinienne ; tous des Etats autrefois réactionnaires, monarchiques ou à minima libéraux pour certains, tous tombés sous la pression populaire et la grande victoire du prolétariat dans certains de ces pays. Tous ? Pas forcément. En 2013, la Révolution de Novembre emporte l'Estalie dans le sillage libertaire et permet l'émergence de l'actuelle Fédération des Peuples Estaliens. Il serait malhonnête de ne pas dire que l'Estalie a joué une forme d'effet domino dans la région car il n'a suffit que d'un an pour la Kartvélie et le Nordfolklande tombent à leur tour et quelques années supplémentaires pour voir Karty, l'Altrecht ou encore Slaviensk céder à leur tour aux sirènes de l'anarchisme, ou à minima du socialisme. Un effet domino autant entraîné par l'attractivité du modèle estalien, devenue une grande puissance économique et militaire en l'espace de quelques années seulement, que par sa politique étrangère, se déclarant explicitement comme soutien des mouvements émancipateurs socialistes et libertaires des pays à la porté de ses armes et de ses services de renseignement. Une pure exportation internationale de la flamme de la Révolution de Novembre qui couve toujours dans le cœur de nos institutions et de nos braves combattants à l'étranger qui font rempart au capitalisme et au fascisme.

Pourtant, il faut l'admettre, l'exportation du modèle socialiste et en particulier libertaire à l'étranger a parfois eu quelques dérives qu'il convient d'exposer dans cet article pour le bien commun. Encore une fois, à ces dérives, l'Estalie n'est pas entièrement innocente non plus : le modèle husakiste en particulier, déjà critiqué en Estalie, est jeune, changeant, encore en construction et donc sujet aux interprétations, autant par ses pratiquants en Estalie que par ceux qui tentent d'en reproduire le modèle à l'étranger, ce qui créait des chimères un peu étranges qui tentent de mêler certains principes de l'Anarchisme Renouvelé avec leurs propres conceptions nationales, sans oublier l'influence évidente du modèle communaliste kah-tanais avec lesquelles les politiques sont parfois plus familiers mais qui a tendance à ne pas attirer justement de part son origine : le communalisme est vu parfois, force est de le constater, comme un modèle typiquement kah-tanais, dépourvu de toute interprétation, et surtout, la propagande anticommuniste latente qui couve dans la plupart des sociétés eurysiennes depuis des décennies ont toujours mis en lumière le Grand Kah comme une puissance impérialiste rouge. Bien sûr, raisonnement fallacieux classique formulée par les franges libérales et conservatrices mais qui a son impact sur les moyens d'expansion de l'idéologie communaliste. A l'inverse, le modèle husakiste est plus jeune, plus malléable et naturellement plus flexible pour la simple et bonne raison que l'husakisme se base sur l'urgence temporelle, l'urgence révolutionnaire, les Estaliens n'ont pas le luxe du temps car chaque jour, la Terre se rapproche inéluctablement de l'épuisement des ressources ; plus l'Estalie attend, plus elle donne l'occasion au capitalisme de fonctionner et de broyer des dizaines, des centaines de vies chaque minute par sa violence institutionnelle, ses rouages bien huilés et silencieux, indissociables de la vie quotidienne et pourtant présents, tuant et exploitant à merci. Un carnage, pour ne pas dire un génocide, de toute une frange de la population humaine au profit de la superstructure. Chaque jour qui passe est une occasion pour les structures capitalistes d'innover dans la répression de masse, d'utiliser des outils nouveaux comme l'intelligence artificielle, la bio-ingénierie, le traitement de données et le fichage de masse pour empêcher toute forme d'émancipation. Plus nous attendons, plus la société capitaliste se renforce dans ses moyens de répression, et plus il est difficile aux masses de contester l'hégémonie culturelle et institutionnelle et de faire aboutir une révolution sociale réelle. En somme, c'est le postulat des husakistes, d'où la nécessité de la militarisation, de la confrontation directe et de la déconstruction progressive de l'Etat au dépend de son abolition immédiate et totale comme le voudrait tout bon anarchiste qui se respecte. Et d'où l'idée qu'en vertu de cette urgence, l'husakisme conserve une certaine forme de multipartisme et n'exige aucune forme de pureté militante ou d'orthodoxie idéologique de la part de ses partisans, une logique que l'on retrouve jusqu'à la Commission aux Relations Extérieures, organe fédéral bien connu pour être dominé par des figures principalement husakistes.

Pourtant, si la diplomatie estalienne se veut prudente sur le plan idéologique pour ne pas braquer ses voisins les plus proches politiquement par des divagations philosophiques et idéologiques qui ne feraient que créer des divisions malvenues à un moment crucial où la Révolution se doit de se consolider et de s'étendre pour prendre de court les forces de la Réaction, il y a quand même lieu de rappeler et de pointer du doigt que nos "alliés" et partenaires régionaux comprennent un certain nombre d'incohérences idéologiques. L'on pourrait prétendre que ces divergences constituent davantage d'autres modèles de gestion et d'implantation des idées libertaires à leur échelle nationale, des formes d'anarchismes aux spécificités nationales permettant d'implanter durablement une idéologie en adéquation avec les valeurs et les modes de pensées des populations concernées mais comme on le constate et on le verra, ces modèles se voulant alternatifs, parfois synthèses de courants libertaires ou socialistes différents, ne sont parfois que de pâles reproductions des mécanismes de domination qu'ils prétendaient abolir la veille. Or, comme les libertaires l'ont tantôt reprochés à de multiples reprises aux eurycommunistes que des systèmes politiques qui reproduisent exactement ce qu'ils sont sensés combattre sont des impasses et constituent une entrave aux objectifs d'émancipation du genre humain de l'exploitation, ces formes de synthèses idéologiques bâtardes des courants principaux husakiste et communaliste et mélangés désormais à des particularités nationales parfois complètement aux antipodes de l'idéal socialiste font que si l'Eurysie centrale et orientale ont subis une véritable vague portant ses principales puissances en théorie à gauche du spectre politique, elles démontrent surtout que la région est devenue une forme de cortège étrange et insolite d'idéologies qui mélangent à notre grand regret des éléments idéologiques structurellement conservateurs qui entravent foncièrement l'émancipation du prolétariat dans ces pays respectifs, n'ayant nullement aboli les systèmes de reproduction sociale, pour ne pas dire parfois franchement que certains des mécanismes conservés dans ces pays servent davantage à acheter la paix sociale qu'à redonner réellement le pouvoir aux travailleuses et travailleurs.

  • Karty :

Tout d'abord, il convient peut-être de commencer cette critique en parlant du cas le plus évident de dérive "socialiste" qui existe en Eurysie Centrale, qui est bien évidemment le cas de Karty. Depuis la guerre civile qui a fait rage entre socialistes et royalistes en 2018, le pays se revendique du socialisme à travers ce qu'il nomme le socialisme civique qui se caractérise, encore une fois selon les intéressés, comme un socialisme "kartien et pour les kartiens", dépouillé de toute forme d'internationalisme sous prétexte de ne pas avoir de prétentions à s'étendre ou à imposer son idéologie à quiconque à l'extérieur de ses frontières. Avant même d'aborder la question du socialisme civique et de son postulat initial niant toute forme d'internationalisme, qui nous semble être la critique la plus aisée à formuler, il convient d'abord d'analyser les structures et institutions qui sous-tendent l'Etat kartien. Toute analyse matérialiste des structures et institutions de Karty doit partir d'une question simple : quel est le mode de production dominant sur le territoire kartien et est-ce que les institutions fondamentales de l'Etat tendent-elles à le transformer ou à le reproduire ? En ce qui concerne Karty, peu de place est laissée à l'ambiguïté car il suffit de se pencher un peu sur la constitution kartienne pour remarquer immédiatement les incohérences avec toute forme de prétention socialiste : l'article XLIII constitutionnalise par exemple un plafond de nationalisation à seulement un quart de l'économie, ce qui signifie en sous-texte que les trois autres quarts de l'activité productive kartienne demeurent soumis au secteur privé et aux rapports salariaux classiques, donc à la propriété privée des moyens de production, à l'achat de force de travail comme marchandise par les employeurs et l'appropriation privée de la plus-value générée par cette force de travail. Il s'agit là ni plus ni moins que de la structure fondamentale du capitalisme qui est une structure qui n'est pas seulement tolérée par Karty mais qui bénéficie carrément d'une garantie constitutionnelle. Et pour ce qui est du quart nationalisé, il ne vise même pas à socialiser la production mais seulement à en gérer les conditions d'infrastructure car l'article désigne les secteurs stratégiques comme l'énergie, le transport, l'extraction minière et pétrolière comme sujettes à la nationalisation, des secteurs qui, précisément, garantissent les conditions générales d'accumulation du capital privé et qui participent à la reproduction de la force de travail. L'Etat kartien ne produit pas pour satisfaire des besoins collectifs définis démocratiquement mais produit pour que le reste de l'économie continue de tourner sous sa forme capitaliste originelle. C'est la définition exacte de ce que l'on nomme le capitalisme d'Etat dans sa fonction régulative, le mode de production dominant n'est pas transformé et est seulement administré et stabilisé tandis que les secteurs nationalisés fonctionnent comme des subventions structurelles au capital privé qui n'a pas à internaliser ses coûts d'infrastructure. On pourrait même aller plus loin car l'industrie de l'armement nationalisée, incarnée par l'Ordre Oruzhiya, constitue un mécanisme d'accumulation primitive gérée par l'Etat car la production d'armes destinées à l'exportation génère des devises et des positions géopolitiques qui profitent à l'ensemble de l'économie kartienne, y compris et surtout à ses fractions capitalistes privées. Le "socialisme" dans la production militaire que Karty semble promouvoir est davantage proche de la forme la plus pure d'un mercantilisme d'Etat au service de l'expansion nationale qu'un outil démocratique au service du peuple visant à le protéger des menaces extérieures. A cette contradiction dans la structure productive s'en ajoute une autre dans la structure des droits. Les droits sociaux kartiens (soins, éducation, logement, protection syndicale, salaire minimum, sécurité sociale) sont constitutionnellement réservés aux seuls citoyens kartiens en vertu de l'article XLI et de l'article XLII qui précisent sans ambiguïté que ces protections ne s'appliquent que pour les seuls citoyens kartiens. Une analyse matérialiste de cette disposition révèle assez vite la fonction de tels articles : si une fraction de la force de travail présente sur le territoire ne bénéfice pas des mêmes protections que la fraction citoyenne, alors le différentiel de droits crée mécaniquement une segmentation du marché du travail. Les travailleurs non-citoyens sont structurellement plus exploitables, moins coûteux pour le capital, moins protégés contre le licenciement abusif et dépourvus du droit de grève, ce qui signifie qu'ils exercent une pression à la baisse sur les conditions de l'ensemble des travailleurs ou plus précisément qu'ils constituent une couche dont l'exploitation intensive subventionne les avantages relatifs de l'aristocratie ouvrière citoyenne. La sécurité sociale kartienne n'est nullement en rupture avec la logique capitaliste d'exploitation et en développe au contraire une forme nouvelle où l'Etat organise la solidarité à l'intérieur du périmètre national pour acheter la paix sociale et la cohésion politique tout en maintenant à sa périphérie une réserve de force de travail moins protégée. La citoyenneté devient une rente et le socialisme kartien se révèle être un simple moyen de gestion hiérarchique entre exploités et non une tentative sincère d'abolition de l'exploitation elle-même. Ce mécanisme, qu'on pourrait croire accidentel en essayant de croire à la bonne volonté des élites dirigeantes kartiennes, est surtout nécessaire structurellement au système car c'est précisément la frontière de la citoyenneté qui donne à la politique sociale sa viabilité fiscale et sa légitimité politique. Un socialisme universel qui étendrait ces protections à toute personne sur le territoire indépendamment de sa nationalité saperait les bases économiques et politiques du modèle kartien. C'est d'ailleurs pour cela que le socialisme civique ne se veut pas internationaliste, non pas sous la fausse prétention de ne pas imposer et d'exporter l'idéologie socialiste à travers le monde, une conviction qui se veut honorable afin de faire contraste avec l'interventionnisme ouvertement assumé d'autres puissances socialistes comme l'Estalie et le Grand Kah, mais parce qu'il s'agit d'une nécessité constitutive. Si Karty supprime la frontière, elle supprime les bases matérielles de son socialisme chauvin qui légitime son régime. La prétention à "se mêler à la gauche libertaire" est encore moins défendable de part la logique structurelle des institutions mises en place par Karty. L'anarchisme, dans toutes ses variantes, repose sur un postulat qui ne souffre pas de compromis : toute domination hiérarchique est illégitime, toute autorité doit être révocable, horizontale et fondée sur le consentement libre des individus concernés. Ce postulat exige, comme condition minimale, que l'appareil coercitif de l'Etat, et en premier lieu son armée, soit subordonné à la volonté populaire exprimée de façon continue et non seulement lors de son institution initiale. Or, la constitution kartienne consacre précisément l'inverse, elle institue un quatrième pouvoir militaire constitutionnellement autonome et soustrait au contrôle législatif, doté d'un budget minimal de 8% du PIB et articulé autour d'un commissaire à la défense dont le mandat peut théoriquement s'étendre sur dix années consécutives. Cette structure institutionnelle crée mécaniquement une forme de caste militaire dotée d'une capacité de reproduction institutionnelle qui lui est propre et qui dispose de ses propres intérêts matériels spécifiques, sans aucun contrôle législatif. Le commissaire à la défense contrôlant la nomination des généraux responsables de la marine, de l'aviation, de l'armée de terre et de la légion étrangère, ce commissaire dispose inévitablement d'un réseau de loyautés verticales indépendant de toute légitimité électorale, structuré autour de l'institution militaire comme fin en soi. Ce n'est pas une armée au service d'un peuple souverain dont elle exécuterait les décisions politiques, l'armée kartienne est explicitement une institution politique autonome dont les intérêts peuvent dans les faits diverger à tout moment de la population qu'elle est censée défendre et disposant par ailleurs de moyens constitutionnels pour faire valoir ses intérêts. La Vorna, le service de renseignement placé sous l'autorité conjointe de la présidence fédérale et du commissaire à la guerre, constitue ici un organe supplémentaire de surveillance et de coercition autonome des institutions démocratiques, garantie notamment par cette double tutelle puisque le commissaire à la défense est précisément soustrait au contrôle populaire direct, la Vorna est donc partiellement soustraite à ce contrôle également. Le pire est cependant à venir. En effet, l'article XXXIX dispose aussi que l'état de guerre donne le pouvoir à l'état-major de la République Fédérale Kartienne et l'article LVIII précise que les pouvoirs de l'état-major en état de guerre sont limités à la conduite des opérations militaires et ne peuvent porter atteinte au fonctionnement des institutions. Cette limitation, si elle est présentée comme une garantie démocratique, agit en réalité comme un trompe-l'oeil. Dans tout conflit réel, la définition de ce qui relève ou non de la "conduite des opérations militaires" est déterminée par l'état-major lui-même puisqu'il est la seule institution disposant de l'information et de l'expertise nécessaires pour tracer cette frontière entre civil et militaire. La délégation du pouvoir à l'état-major en état de guerre révèle en sous-texte ce que la constitution prépare réellement, c'est-à-dire un régime où la souveraineté populaire est conditionnée par la sécurité nationale telle que l'armée la définit. On ne peut donc prétendre sérieusement à ce que Karty ait une quelconque prétention libertaire cohérente, l'anarchisme exige précisément que la coercition soit toujours et en toutes circonstances subordonnée à la décision collective horizontale. Or, la constitution kartienne prévoit précisément l'inverse dans les moments où la coercition est la plus intense et la plus dangereuse. Il en va de même pour la tentative faite par Karty d'instaurer une forme de démocratie directe dans son système car le second amendement sur l'initiative citoyenne, si l'idée est séduisante dans sa conception formelle, contient un filtre épistémocratique qui mérite une attention particulière : l'Assemblée Délibérative Populaire, chargée de formaliser les initiatives citoyennes, est composée d'intellectuels reconnus par l'Académie de Volkingrad dont la direction est certes tirée au sort mais dont les critères de reconnaissance des intellectuels sont fixés en interne et sont renouvelés seulement tous les cinq ans. Qui contrôle les critères de qualification contrôle dans les faits quelles idées peuvent être formalisées et donc quelles initiatives peuvent accéder au circuit législatif. Une initiative portée par des travailleurs sans validation académique ou défendant une thèse jugée hétérodoxe par l'Académie peut se voir bloquée non pas par un vote mais par une absence de qualification, c'est donc un simple mécanisme de filtrage invisible, d'autant plus efficace qu'il se présente sous les apparences de la compétence et du savoir. La citoyenneté kartienne, avant d'être un statut juridique, est également un rapport de production déguisé en appartenance civique. L'article X le révèle sans ambiguïté d'ailleurs, pour accéder aux droits sociaux, l'individu doit démontrer cinq années consécutives d'activité professionnelle légale, un logement stable, un casier judiciaire verge et une maîtrise linguistique d'une des trois langues fédérales. Ce n'est pas une procédure d'intégration mais davantage un filtre qui vise à s'assurer de la qualité productive des citoyens intégrés venus de l'étranger. La citoyenneté kartienne s'obtient en prouvant qu'on a été utile à l'économie nationale pendant suffisamment longtemps et dans des conditions suffisamment conformes pour mériter d'en partager les protections. Ce mécanisme produit nécessairement une conséquence matérielle car sur les cinq années de probation, l'individu travaille sans filet, sans droit de grève, sans protections sociales, sans accès aux soins ou au logement garantis; il est structurellement plus exploitable que le travailleur citoyen, ce qui crée une pression à la baisse sur les conditions de travail de l'ensemble du marché du travail ou plutôt constitue une réserve de force de travail différenciée dont l'existence profite au capital. La citoyenneté est de surcroît révocable pour haute trahison, corruption, terrorisme, viol ou meurtre, ce qui signifie que les droits sociaux ne sont pas des droits inaliénables attachés à la personne humaine mais des concessions conditionnelles de l'Etat, suspendues à la conformité permanente du citoyen aux normes juridiques et politiques que l'Etat définit souverainement. Un droit révocable n'est pas un droit, c'est un privilège et un système de privilèges n'a rien de socialiste, c'est du pur contrôle social qui utilise les protections comme instrument pour discipliner les rangs, forcer les citoyens à bien se comporter sous peine de voir tous leurs éphémères avantages matériels se dissiper avec un coup de baguette magique. Cette révocabilité frappe avec une violence particulière quand on l'articule à la transmission de citoyenneté puisque la constitution prohibe la transmission de citoyenneté par un parent déchu, ce qui signifie que la déchéance est héréditaire dans ses effets, les enfants d'un citoyen déchu naissent sans les droits que leurs parents avaient acquis, produisant une forme de stigmate juridique transmissible qui contredit frontalement tout principe d'égalité formelle et rappelle davantage les logiques de statut héréditaire des démocraties antiques élitistes que l'émancipation sociale du socialisme. La structure ethnolinguistique de la fédération, présentée comme une reconnaissance de la pluralité des trois peuples constitutifs, dissimule aussi une hiérarchie que la constitution produit elle-même. L'article VIII impose le russe comme langue officielle fédérale, langue de l'administration nationale et des textes à portée internationale, au motif de la plus grande présence slave (donc qu'une majorité démographique se convertit et se traduit en domination symbolique et administrative) tandis que les citoyens italophones de Zaverço et germanophones d'Helmer peuvent certes utiliser leur langue dans le cadre administratif étatique mais tout ce qui dépasse les frontières de leur état (donc toutes les interactions avec les institutions fédérales, tout document à portée nationale et toute procédure judiciaire devant la Cour Suprême) se fait dans la langue du peuple majoritaire. Matériellement, cela signifie que les Italiens et les Germains de Karty doivent maîtriser le russe pour naviguer pleinement dans l'espace politique fédéral alors que les Slaves n'ont pas à maîtriser les autres langues. Cette asymétrie linguistique qui est institutionnalisée est une inégalité en ce qui concerne l'accès au pouvoir politique puisque la capacité à participer efficacement aux institutions fédérales est conditionnée par une compétence linguistique distribuée inégalement selon l'appartenance ethnique. Le dispositif de la Kaldrika et de la province de Volkingrad mérite aussi une lecture au-delà de sa simple justification fonctionnelle car l'article XXXVIII créait une enclave constitutionnelle au coeur du système, la capitale fédérale est soustraite à l'armée de terre et placée sous la garde exclusive d'une force semi-professionnelle dont le commandant est nommé par le même processus tripartite que le commissaire à la défense. Formellement, cela ressemble à une séparation des pouvoirs militaires internes, une forme de garantie contre un Coup d'Etat classique par une prise de la capitale mais matériellement, c'est un dispositif de sécurité du régime distinct de l'armée régulière, un corps dont la loyauté est dirigée vers les institutions centrales et non vers le commandement militaire de terrain. La Kaldrika n'est pas une garantie démocratique mais institutionnelle, ce qui n'est pas exactement la même chose, elle protège le centre de pouvoir et leurs occupants mais elle ne protège pas le peuple contre les institutions elles-mêmes. Ensuite, il faut aussi constater que Karty, au-delà de sa constitution, fixe sa dépense militaire à 10% du PIB, pure économie de guerre. Karty justifie ses dépenses militaires en évoquant les retombées civiles des innovations militaires comme la radio ou Internet, argument classique du complexe militaro-industriel historiquement, celui selon lequel le militaire ruisselle vers le civil et donc que la dépense militaire est une forme de politique sociale, vieille rhétorique du keynésianisme militaire s'il en est. C'est une mystification économique dans les faits, les ressources consacrées à l'armement sont des ressources soustraites à des investissements directement sociaux et le fait que certaines innovations militaires trouvent des applications civiles ne compense pas structurellement ce détournement. La loi DNPP, quant à elle, se veut plus réaliste et cohérente, elle établit un diagnostic matérialiste et juste du capture du politique par le capital privé via l'achat de la presse, le financement des élus, la corruption de la fonction publique ou la création de dépendances économiques mais sa solution, au lieu de socialiser le pouvoir économique en le rendant directement aux travailleurs, transfère la richesse de la bourgeoisie privée vers l'appareil d'Etat, ce qui ne résout pas la contradiction fondamentale entre le pouvoir économique et la démocratie, il recompose juste une forme où l'Etat concentre pouvoir économique et politique sans que les travailleurs n'aient davantage de prise sur l'un ou l'autre. La DNPP empêche que l'argent achète l'Etat en faisant de l'Etat le seule détenteur légitime du grand capital. Pur capitalisme d'Etat autoritaire.

Ce que Karty est réellement, une fois dépouillée méthodiquement de son étiquette idéologique, est un régime que l'on peut nommer avec plus de précision comme nationale-socialiste ou socialiste chauvin, c'est-à-dire un régime qui organise la solidarité sociale à l'intérieur de ses frontières nationales seulement afin de produire une cohésion politique et une légitimité populaire fondées non sur l'émancipation universelle mais sur la préférence nationale, qui gère stratégiquement les secteurs-clés de l'économie non pour dépasser le capitalisme mais en assurer au contraire les conditions de reproduction et la puissance de l'Etat sur la scène internationale, qui projette cette puissance vers l'extérieur via la dépendance militaire qu'induit l'exportation des armes kartiennes à des pays comme le Latrua, non pas dans l'objectif de libérer des peuples mais pour créer un réseau de relations clientélistes asymétriques qui servent uniquement les intérêts de la nation kartienne ; enfin, qui délègue constitutionnellement à une caste militaire autonome la garantie ultime de l'ordre, donc la capacité de suspendre la démocratie au nom de la sécurité nationale. Le terme de "socialisme" ne remplit ici qu'un rôle d'ornement rhétorique en donnant au nationalisme kartien une apparence émancipatrice, lui permettant de revendiquer un héritage théorique qu'il trahit structurellement, afin de mobiliser l'adhésion des classes populaires en leur offrant des droits réels mais dont la pérennité dépend du maintien des frontières nationales et donc du maintien de la domination sur ceux qui en sont exclus. La nation est en somme le seul contenu réel de la doctrine politique kartienne et c'est pourquoi toutes ces contradictions internes convergent paradoxalement vers une certaine cohérence qui ne vise qu'à alimenter la puissance d'Etat kartienne comme valeur suprême à laquelle le socialisme, la démocratie et les libertés des Kartiens sont subordonnés comme simples instruments.

  • Altrecht :

Le cas d'Altrecht est tout aussi intéressant puisqu'ici, la principale tension qui sous-tend l'avenir de la révolution en Altrecht réside davantage dans son modèle économique que politique (sur lequel nous n'avons pas grand-chose à redire, c'est à vrai dire un modèle comparable à ce qui se fait déjà au Grand Kah ou en Estalie). Ce qui nous dérange davantage est cette forme de "communalisme de marché" dont semble se revendiquer les Altrechtois sans se rendre compte des implications d'un tel terme. Il convient déjà de noter ce qui, à notre sens, fonctionne en Altrecht avant de trier le bon et le mauvais grain. L'Altrecht a mis en place l'autogestion des entreprises par des comités élus, révocables, avec un mandat limité et non cumulable, ce qui est déjà une base très sérieuse, la révocabilité permanente des dirigeantes par les travailleurs est un mécanisme que toute nation libertaire adopte assez vite en général, c'est ce qui distingue précisément l'autogestion de la simple cogestion ou de la démocratie d'entreprise souvent cosmétique. L'abolition du patronat comme rapport sociale rompt brutalement avec le mode de production capitaliste, la nationaliste des secteurs stratégiques couplée à l'autogestion est déjà plus cohérente que ce que prétend Karty car ici, l'Etat ne gère pas pour accumuler mais pour garantir les conditions d'une production collective. Là où ça commence à coincer, c'est à l'international, ce que les Altrechtois définissent eux-mêmes comme du communalisme libertaire à l'intérieur et libéralisme à l'international. Si les entreprises altrechtoises autogestionnaires peuvent conquérir les marchés internationaux sans restriction, elles sont soumises à la pression concurrentielle mondiale. La concurrence capitaliste internationale impose souvent ses propres contraintes : réduction des coûts, augmentation de la productivité, flexibilité des conditions de travail, réactivité aux fluctuations du marché. Ces contraintes ne s'arrêtent pas à la frontière, elles entrent dans la logique des entreprises, même autogestionnaire, par la porte et la question de la compétitivité. La comité de direction, même élu et révocable, sera sous pression des marchés extérieurs et devra progressivement prendre des décisions qui vont reproduire la logique capitaliste in fine : intensification du travail, différenciation des salaires, externalisation des fonctions les moins stratégiques, c'est souvent comment finissent toutes les expériences coopératives qui s'insèrent dans un environnement capitaliste. L'autogestion sans protection contre la concurrence extérieure peut finir par autogérer surtout sa propre exploitation. Symétriquement, l'ouverture totale des marchés altrechtois aux entreprises étrangères (soumises aux règles de fonctionnement autogestionnaire via une branche dédiée, certes) crée un vecteur d'introduction du capital étranger dans l'économie nationale. Une entreprise capitaliste étrangère qui ouvre une branche altrechtoise autogestionnaire ne devient pas par magie une entreprise socialiste, elle se contente juste de créer une filiale formellement conforme aux règles locales tout en restant articulée à une maison-mère capitaliste qui en extrait la valeur produite vers l'extérieur. Le surplus généré par les travailleurs altrechtois de cette branche ne reste pas dans l'économie altrechtoise, il est directement rapatrié vers le capital étranger, c'est juste une forme d'exploitation qui contourne l'autogestion sans la violer formellement. Ceux qui profitent de ce système et en exportent la plus-value vers l'étranger vous prennent pour des cons, camarades altrechtois, ne vous laissez pas faire ! De même, autre soucis à souligner, l'existence d'un inspecteur étatique dans chaque comité de direction. En soit, la justification de sa présence est purement fonctionnelle, elle vise à prévenir la reconstitution d'une bourgeoisie gestionnaire à l'intérieur des comités et c'est un problème réel en soit, la tendance oligarchique des organisations, mêmes autogestionnaires, est un problème connu de tous mais la solution choisie par les Altrechtois à travers un représentant de l'Etat introduit structurellement une autorité extérieure à la décision collective des travailleurs. Même avec toutes les garanties de rotation annuelle et quinquennale, l'inspecteur représente une hiérarchie qui surplombe l'autogestion et dont la légitimité ne vient pas des travailleurs de l'entreprise mais de l'appareil d'Etat. C'est ce que les Altrechtois appellent eux-mêmes de l'autogestion dirigée et en vérité, le mot "dirigée" fait tout le travail : ce n'est pas de l'autogestion, ce qui se déroule en Altrecht correspond précisément à de l'étatisme coopératif. Enfin, il faut souligner que l'Altrecht dispose d'une police chargée de poursuivre la corruption et les traîtres révolutionnaires mais une police chargée de poursuivre les traîtres à un idéal révolutionnaire, c'est structurellement une police politique, indépendamment de ses intentions. La catégorie du traître à la révolution est une catégorie politique dont les contours sont définis par l'appareil d'Etat et non par les travailleurs eux-mêmes. Cette institution reproduit exactement la logique des appareils répressifs des Etats socialistes autoritaires, l'idéal révolutionnaire est devenu une norme d'Etat dont la déviation est pénalement répréhensible, ce qui signifie que la liberté politique des travailleurs s'arrête là où commence la définition de ce qui est révolutionnaire ou pas, ce qui est l'antithèse complète de l'anarchisme.

  • Slaviensk :

Des principales puissances désormais socialistes qui nous entourent, Slaviensk est à ce jour la plus sérieuse des alternatives socialistes libertaires en Eurysie, bien que davantage par le bénéfice du doute dont dispose son actuel régime qui n'a pas formellement achevé à l'heure où nous écrivons ces lignes sa structure politique et économique définitive. Cependant, le peu de ce qu'on sait sur cette Slaviensk révolutionnaire est prometteur, bien qu'avec quelques signaux rouges à dévoiler ici. Le préambule de la Constitution est assez sérieuse, elle prône la triple abolition du patriarcat, du despotat et du patronat dans une formulation qui articule très bien ce que combat l'anarchisme, c'est-à-dire la domination de genre, de classe et politique, sans les hiérarchiser ou en sacrifier une au profit des autres. C'est une subtilité que même l'Estalie n'a pas formulé explicitement, ce qui mérite donc que l'on salue nos camarades slavis pour cette clairvoyance. La définition de l'autorité légitime, strictement fondée sur la compétence, conférée démocratiquement, transparente, révocable à tout moment et dépourvue de tout privilège établit également un cadre rigoureux de l'autorité fonctionnelle. Cela étant, deux éléments viennent perturber à notre sens l'actuelle Constitution slavis. La première est l'interdiction de sécession ; affirmer que nulle commune ne peut se soustraire unilatéralement à l'ordre fédéral et que toute tentative de rupture peut être empêchée par les institutions de la Fédération introduit de fait une hiérarchie entre la volonté fédérale et la volonté particulière d'une commune, ce qui est en tension avec le principe d'autonomie communale pourtant affirmé dans le préambule. Un fédéralisme libertaire cohérent doit théoriser le droit à la sécession, pas nécessairement pour l'encourager en tant que pratique, mais pour permettre aux communes de tracer une limite ultime à la légitimité fédérale car une fédération dont on ne peut pas sortir est structurellement une union unie par la contrainte et non par un pacte librement consenti. L'argument fonctionnel est compréhensible mais il ne fait que reporter la tension sans la résoudre. Il en va de même pour le parasitisme social : prohiber le parasitisme social organisé (défini comme vivre durablement du travail d'autrui sans contribution alors qu'on en est capable) est une disposition dont les contours sont extrêmement dangereux car qui définit la capacité à contribuer ? Qui détermine ce qui constitue une contribution suffisante à la vie collective ? Cette formulation ouvre un espace où l'arbitraire peut s'engouffrer dans une logique de contrôle social très éloignée de l'anarchisme : le malade dont l'incapacité est contestée, le déviant dont le mode de vie est jugé non contributif, l'artiste dont l'œuvre est estimée inutile à la collectivité, etc. L'intention derrière est clairement anti-rentière et anticapitaliste et c'est louable en soit, il faut empêcher la reconstitution d'une classe vivant de la propriété, mais la formulation actuelle est trop large et vague pour ne pas constituer à l'avenir un instrument potentiel de répression sociale.
Haut de page