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Médias estaliens / Actualités intérieures - Page 3

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La Tribune du Peuple.

Nouvelle présidente et avec elle, nouvelle Commissaire aux Relations Extérieures.

Nouvelle tête au Questan :

La récente élection présidentielle de Janvier 2019 a vu la victoire de Kristianya Volkiava, déléguée au Club Libertaire Renouvelé, Commissaire aux Relations Extérieures depuis 2014 et bras droit connu du président sortant Pyotr Husak, au poste de la Présidence Fédérale. Bien qu'il soit bien connu que le poste présidentiel en lui-même n'a qu'une fonction purement honorifique et symbolique en premier lieu et que l'accession à la présidence de Volkiava ne devrait pas en théorie affecter pour autant la direction politique interne de la Fédération, il convient que l'accession au poste présidentiel par Volkiava signifiait aussi la vacance de son poste à la Commission aux Relations Extérieures qu'elle a occupé tout au long du mandat présidentiel d'Husak. Seul poste au sein du gouvernement fédéral disposant de mandats cumulables pour des raisons de stabilité de la politique extérieure (un prérequis à la survie de la Fédération dans un environnement géopolitique qui lui est hautement hostile), la Commission se retrouve veuve de sa principale figure de proue. Le bilan de Volkiava au poste de Commissaire aux Relations Extérieures est un joli palmarès, d'autant que la jeune femme a su se débrouiller avec les moyens du bord. Peu se souviennent de la situation de la diplomatie estalienne en 2014 qui était pour ainsi dire embryonnaire et inexpérimentée et pour cause, l'Estalie sous la royauté n'avait su former correctement un corps diplomatique compétent et régularisé, le Ministère des Affaires Etrangères étant principalement dominé par les militaires, le tout chapeauté par un ministre civil qui était aux ordres de l'armée. Les diplomates et les ambassadeurs estaliens étaient alors, dans leur ensemble, issus du corps des officiers de l'armée royale, l'Estalie ne voyait la diplomatie étrangère que sous le prisme de la menace extérieure, adoptant une position sévèrement isolationniste et renfermée sur elle-même. C'est ce corps diplomatique et cette tradition à l'international avec laquelle Volkiava a dû composer au départ avec un objectif de fond : transformer la diplomatie isolationniste estalienne en une dynamique internationaliste et socialiste en accord avec les principes de la Fédération. Volkiava a accumulé les réussites, notamment l'alliance avec le Grand Kah, l'adhésion à l'UICS et à l'Internationale Libertaire, la négociation de plusieurs accords de coopération avec plusieurs pays alliés, notamment la Kaulthie et l'Altrecht et sa politique étrangère, mêlant négociations et rapports de force, a aussi permis à l'Estalie de sécuriser son voisinage. L'Estalie de 2014 était entourée de menaces, notamment par la Kartvélie au nord qui représentait le plus grand risque contre-révolutionnaire pour la Fédération. La sécurisation de la Kartvélie, de l'Eurysie Centrale et orientale ont étés au cœur du programme de Volkiava et il semble que les objectifs de la Commission quant à la sécurité régionale ont étés atteints sur bien des points, bien que des nids de résistance persistent. Bien sûr, le bilan de Volkiava n'est pas tout rose et l'opposition ne se gêne pas de pointer les failles du passage de Volkiava au Questan : l'échec de la diplomatie avec Teyla qui a permis à la guerre en Eurysie Centrale de dégénérer, la trop grande empathie de la Commission aux Relations Extérieures avec des pays "socialistes" considérés comme douteux comme la Loduarie ou la Confédération Socialiste du Nazum et aussi et surtout le bicéphalisme croissant entre la Commission aux Relations Extérieures et le SRR car si d'un regard extérieur, les services de renseignement estaliens sont le bras armé de l'influence estalienne à l'extérieur de son territoire, la vérité est que ces deux institutions sont en étroite concurrence et parfois se gênent mutuellement en poursuivant des objectifs complètement différents. Et pour cause, Volkiava avait pour ambition de stabiliser la situation extérieur au lieu de l'envenimer, ce qui explique par exemple qu'elle était favorable au dialogue avec Teyla pour assurer la paix en Eurysie orientale. Le SRR, contenant les éléments les plus radicaux de l'husakisme ambiant en Estalie, ne cherche pas la compromission, le dialogue ou le compromis avec ce que le service considère comme des ennemis héréditaires sur le plan idéologique. Ce bicéphalisme de la politique extérieure estalienne, déjà rendue par la prise de parole de plusieurs délégués au Congrès, mal à l'aise face à l'influence gênante du SRR sur les gestes du Questan, pose aussi des questions de la capacité du gouvernement fédéral et des autorités civiles à garder la main sur la politique internationale face aux éléments subversifs et paramilitaires que le SRR entretient dans les pays qu'elle cible. Structurellement, la Commission aux Relations Extérieures abrite un grand nombre de fonctionnaires et de diplomates au contact avec les pays extérieures, souvent des nations à l'opposé de l'idéologie de l'Estalie, et ont plus de marge à accepter les divergences idéologiques au nom de la paix, du bénéfice des populations locales. A l'inverse, le SRR baigne naturellement dans la violence, il n'est pas nécessaire de développer sur le fait que le monde de l'espionnage et des opérations clandestines, sans même avoir le détail des dites opérations, peut être violent et porter les individus en son sein au cynisme ou à la radicalité, ce qui explique en grande partie que les prises de position du SRR sont souvent empreintes d'une radicalité husakiste qui effraie les husakistes les plus modérés que l'on retrouve dans les institutions fédérales civiles.

C'est dans ce contexte que les élections générales ont vu une certaine Mila Horny accéder au poste de Commissaire aux Relations Extérieures. Née à Mistohir en 1991 d'une mère estalienne et d'un père kaulthe, tout juste diplômée de droit international à l'Université de Mistohir en 2013 lorsque la Révolution de Novembre éclate, elle est embauchée comme fonctionnaire au siège de la Commission aux Relations Extérieures, le Questan, en 2014 puis est nommée secrétaire adjoint de la Commissaire aux Relations Extérieures en 2016. La jeune femme est donc, au moment de son élection en 2019, déjà habituée des services diplomatiques estaliens, élue déléguée de sa commune durant la législature de 2018 et très proche de l'ancienne Commissaire dont elle partage les idéaux husakistes et la réflexion politique publiquement. Héritière de la politique étrangère volkiavienne, elle reprendra l'ensemble des dossiers du Questan et avec eux, l'ensemble des problèmes actuels de la Commission. En effet, loin d'être une vitrine monolithique et modérée parfaite, la Commission est elle-même sujette au partisanisme de ses effectifs entre l'influence grandissante des idées radicales du SRR qui commencent à se répandre dans le corps diplomatique et une autre partie du Questan qui commence à montrer des signes de fatigue et de lassitude vis-à-vis des politiques interventionnistes de l'Estalie autant chez ses alliés que chez ses ennemis. Bien que l'Anarchisme Renouvelé soit fondamentalement tourné vers l'interventionnisme et qu'il ne peut être autrement, beaucoup de membres du Questan prêtent l'oreille aux revendications de plus en plus bruyantes des familles de l'Armée Rouge, victimes les plus visibles et directes des guerres à l'étranger qui envoient des pères, des mères, des fils et des filles se faire tuer dans des pays lointains. Et au fur à mesure que ces morts s'accumulent, ce sont les familles plaignantes qui s'accumulent avec, ce qui porte un coup à la détermination du Questan à porter un projet politique radical à l'extérieur des frontières. Mila Horny se retrouve donc dans cette position intermittente où elle doit gérer deux courants opposés au sein du Questan entre une partie qui clame à ce que la politique étrangère estalienne soit plus frontale, plus directe, plus violente si nécessaire, quitte à rompre toute forme de contact et de bienséance avec les pays capitalistes et fascistes étrangers tandis que d'autres prônent à ce que la priorité soit mise à la paix, à l'arrêt des conflits armés et à la propagation révolutionnaire par d'autres moyens que les armes. Souvent, cette dernière partie compte généralement des fonctionnaires issus du Bloc Anarcho-Communiste, généralement opposés aux sentiments va-t-en-guerre des husakistes qui ne voient idéologiquement pas la propagation révolutionnaire autrement que par le rapport de force violent avec des systèmes capitalistes eux-mêmes violents et réactionnaires par nature. Ce dernier point se manifeste déjà de manière concrète dans les premiers mois du mandat de Horny. En mars 2019, une coalition informelle de délégués du BAC et du BSDR a déposé au Congrès une motion d'information demandant un bilan détaillé des pertes humaines estaliennes dans l'ensemble des théâtres d'opérations extérieurs depuis 2015, un chiffre que la Commission à la Guerre n'a jamais communiqué de manière consolidée et publique en dehors de rares exceptions. La motion, techniquement recevable, a été renvoyée en commission pour examen préalable, ce qui revient à l'enterrer temporairement mais le signal est là car pour la première fois depuis la Révolution, une partie du Congrès commence à réclamer des comptes sur le coût humain de la politique étrangère, et non plus seulement sur ses résultats géopolitiques. Horny l'a compris. Dans une note interne au Questan datée du même mois, dont l'existence a fuité dans la presse sans que son contenu précis soit connu, elle aurait demandé à ses services de préparer un état des lieux de la perception de l'Estalie dans ses pays partenaires, du point de vue des populations civiles. Néanmoins, malgré que la succession au Questan semble délicate, Mila Horny ne semble pas être prise au dépourvue. En effet, entre ces deux positions, elle continue de s'inscrire dans une logique d'équilibre propre à la politique volkiavienne de ces dernières années, négociant quand cela est possible et affrontant par les armes quand cela est nécessaire. C'était la position de l'ancienne Commissaire et cela ne semble pas changer sous la direction de Mila Horny. La nouvelle Commissaire ne semble pas cependant dégarnie en terme de moyens et d'intelligence : déjà, son premier coup diplomatique fut de convaincre le nouveau régime de Slaviensk d'entrer dans l'Internationale Libertaire (l'Estalie ayant déjà notamment milité, sous Volkiava, à l'entrée de l'Ustia dans l'organisation dans laquelle la Fédération est désormais un des acteurs principaux). Une tentative qui s'est montrée concluante puisque le référendum qui s'en est suivi s'est montré favorable à une dite adhésion. Il est donc certain que la nouvelle Commissaire aux Relations Extérieures, sans avoir renié la logique de la politique volkavienne, compte bien poursuivre dans la continuation de celle-ci. Néanmoins, c'est aussi l'occasion pour une nouvelle génération de diplomates estaliens, dont Horny est la fière représentante, de montrer que la diplomatie estalienne est devenue compétente et mature avec le temps et l'expérience des premiers pas de l'Estalie en tant que puissance ouverte à l'étranger après des décennies d'isolationnisme.


Fransoviac Times.

En fait, sur ce continent, tout le monde a décidé de jouer le schizo...NIEUUUH JI SUIS TRES INTELLIGENT MAUMAN

Guerre en Antares ou la schizophrénie générale eurysienne :

Article rédigé par Sutulina Yaryna, journaliste du Fransoviac Times et correspondante en Eurysie de l'Ouest.

Le 11 Septembre 2018, l'armée loduarienne a traversé la frontière antarienne, menant une opération spéciale visant à pacifier le pays. En effet, depuis plusieurs mois déjà, Antares était en proie à une guerre civile latente entre la MIRA, les services de renseignements du pays, les indépendantistes corvuns, une culture pré-antarienne cherchant à acquérir son indépendance vis-à-vis du pouvoir central antarien. Cette guerre civile a amorcé chez les cercles dirigeants le début des préparations de l'invasion du pays. En soit, les vélleités expansionnistes loduariennes sur Antares ne datent pas d'hier, il est de notoriété publique de dire que la Loduarie envahit Antares davantage pour relier les deux parties principales de son territoire continental que par véritable préoccupation pour les populations souffrant de la guerre en cours en Antares, la lutte entre Corvuns et Antariens n'agit ici que comme un pur prétexte au profit d'un dessein purement expansionniste de la part de Lyonnars, visiblement définitivement remise de la mort de son Secrétaire Lorenzo et du chaos qui s'en est suivi dans tout le pays, jusqu'à la récupération finale de la capitale par les troupes loduariennes. Cependant, bien que l'invasion de la Loduarie en Antares semble injustifiée et indigne d'une nation prônant des idées à priori socialistes, il convient de noter que la guerre a provoqué une forme de dissonance cognitive, pour ne pas dire une schizophrénie générale, qui s'est propagée dans tout le continent et qui a imprégné les actions et les paroles de tous les acteurs connus de ce conflit. A commencer par les Loduariens et les Antariens eux-mêmes, les premiers concernés. L'allocution de la nouvelle Secrétaire, Aurore, qui donne déjà le ton en affirmant qu'elle va rétablir le gouvernement élu et légitime en Antares pour défaire de son trône les "espions qui se sont faits rois" en Antares et les livrer à la justice antarienne. Une allocution qui est vide de sens dès lors que l'on prend connaissance des faits : la Loduarie combat ce qu'elle prétend rétablir, c'est-à-dire le gouvernement antarien lui-même qui est de connivence avec la MIRA et avec les indépendantistes corvuns. De quel gouvernement légitime la Secrétaire Aurore parle exactement ? Il sonne creux de dire que la Loduarie va seulement pacifier la région et repartir sans aucune contrepartie, même en faisant preuve d'une bonne foi qui relève de la grâce divine, en connaissance des cas passés de la Translavya ou de l'Okaristan, aucune des nations agressées par la Loduarie ne s'est mieux portée que ce soit après leur départ ou pendant leur occupation. Doit-on parler de l'état de la Translavya avant que les Loduariens ne partent ? Doit-on souligner que cette nation, pourtant largement dominée par des eurycommunistes idéologiquement alignés sur les principes loduariens, a plongé sa population dans un régime autoritaire comme il en existe des dizaines sur le continent eurysien ? En quoi le cas d'Antares diffère dès lors que l'objectif principal de la Loduarie est de rétablir à sa place un gouvernement avec qui elle est pourtant en guerre ? Pour les civils ? Bien, dans ce cas, pourquoi aucune entreprise humanitaire n'a été orchestrée par la Loduarie dans les mois qui ont précédés la guerre ? En effet, plusieurs camps humanitaires, appuyés notamment par des éléments kartiens, ont étés érigés au cœur du territoire antarien mais il n'est pas improbable que ces camps humanitaires n'aient pas étés les seules destinations des rescapés antariens. La Loduarie est littéralement un pays limitrophe à l'Antares, c'est une des destinations les plus probables des réfugiés antariens et pourtant, aucun signe d'actions humanitaires ne semblent pas avoir étés menés par les Loduariens pour venir au secours des civils antariens. Et c'est normal : les Loduariens se foutent bien du sort des populations civiles, mais cela ne les empêchent guère d'intervenir et de parler en leur nom propre, quitte à les instrumentaliser comme bon leur semble. Pure rhétorique autoritariste et élitiste de parler au nom des peuples, surtout que l'on est la première source de leurs malheurs et davantage lorsque l'on a un large palmarès d'interventions militaires se soldant par l'effondrement dans le chaos de régions entières, par l'établissement de régimes autoritaires tout aussi tyranniques que les précédents (mais alignés sur Lyonnars donc ça va !) et par l'auto-justification que l'expansionnisme loduarien fournit quasiment gratuitement à l'Organisation des Nations Démocratiques pour que cette dernière mène, par réflexe réactionnaire classique, à son tour une intervention qui permet d'étendre ses tentacules au-delà de sa zone d'influence. Chaque intervention loduarienne se solde par une intervention onédienne et devinez qui remporte véritablement le rapport de force ? Bingo, l'OND, toujours et encore car les Loduariens ne savent juste pas se contenir et se limitent à assouvir une politique étrangère éminemment violente et réactionnaire qui force ses ennemis idéologiques à se liguer contre elle, alors qu'elle prétendait, il y a pas si longtemps, le contraire en prétendant avoir à faire preuve de plus de dialogue à l'international. C'est en quoi le premier cas de schizophrénie institutionnelle avérée de cette affaire se manifeste : en cherchant à agir en rupture avec son père, la jeune Aurore se contente de reproduire les schémas interventionnistes de son père, sans en tirer les leçons. A vrai dire, ça n'a rien de surprenant : la politique étrangère des Etats ne sont que le reflet des contradictions des régimes qui tiennent en place ces mêmes Etats et en l'occurrence, la nouvelle Secrétaire n'a strictement rien touché à l'ordre établi en Loduarie, le système répressif et autoritaire loduarien est identique à celui de l'époque de Lorenzo et inévitablement, ce système répressif s'exporte une fois que la Loduarie est entraînée dans un quelconque rapport de force à l'étranger. Une victoire loduarienne à Antares ne sera que la pâle reproduction de l'échec honteux de la reconstruction de la Translavya, que les Loduariens tentent par tous les moyens à planquer sous le tapis pour faite oublier leurs échecs passés.

On pourrait se dire que les Loduariens sont les grands méchants de l'Histoire et effectivement, leur comportement impérialiste est à condamner de manière aussi sévère que pour n'importe quel régime réactionnaire, c'est une évidence. Cependant, les Antariens sont loin d'être dans une position victimaire que l'on prêterait volontiers aux agressés en temps normal. De toute évidence, il faut accorder un point aux Loduariens lorsqu'il s'agit de dénoncer la MIRA et les exactions perpétrées par cette dernière, que ce soit avant ou pendant la guerre civile. La MIRA s'est rendue coupable de plusieurs exécutions publiques de civils innocents afin d'envenimer la situation, provoquer les Corvuns et mettre le feu aux poudres en exposant les Corvuns face au fait accompli de la répression étatique. En bref, la MIRA a délibérément provoqué la guerre civile, ça coule de source, précisément afin de justifier en premier lieu sa prise de contrôle des institutions civiles du pays puis pour éradiquer de manière légitime l'opposition par le biais d'un conflit armé. Il convient donc d'affirmer que la MIRA est donc la première responsable du conflit civil, qu'elle est l'origine de la plupart des crimes de guerre que cette guerre civile a engendré et que sa dissolution immédiate devrait figurer en premier dans la longue liste des griefs qu'on peut avoir contre Antares (une condition absente par exemple chez les Kartiens qui se contentent de soutenir sciemment un Concordat qui comprend des criminels de guerre dans ses rangs). Le gouvernement antarien a lui-même fait preuve dès le départ d'une sévère irresponsabilité vis-à-vis du conflit en ordonnant qu'à l'étranger, personne ne soutienne un camp ou l'autre pour la simple et bonne raison que "les deux camps sont légitimes à recevoir du soutien" en omettant que...ça dépend pour qui ! Le gouvernement antarien estime donc qu'il y a de la légitimité pour quiconque à soutenir des services de renseignements accusés de commettre des meurtres sur la place publique ? Peut-être que ce raisonnement devait être à la destination des Rimauriens fascistes ou de leurs camarades kartiens pressés de soutenir des meurtriers, on sait pas ! Cette légitimité à soutenir la MIRA semble, par un relativisme qui effrayerait les plus fervents kantiens, avoir été mise à égalité avec la légitimité des Corvuns à acquérir leur indépendance car pour le gouvernement, mettre sur le même niveau des exécuteurs en place publique et des indépendantistes, c'est une façon convenable de voir les choses. Evidemment, on ne peut pas mentionner la schizophrénie générale de l'Antares sans mentionner la formation du Concordat de Shaula dans le même temps en réaction à l'invasion loduarienne, un concordat qui affirme que la guerre civile n'était qu'une gigantesque partie de jeu entre élites depuis le début et que les Loduariens étaient supposés comme simples "tricheurs". Joli euphémisme pour légitimer la continuation d'une guerre civile visant à assouvir des velléités de pouvoir tout à fait personnelles, peut-être est-ce en lien avec la mégalomanie crasse de la plupart des acteurs antariens connus du conflit ? Il aurait été de bon ton de dire que c'est de la pure extrapolation dès lors que le nom même du concordat, le Concordat de Shaula, découle du nom de la gardienne du jeu en Antares, explicitant cette idée morbide que la guerre civile en Antares n'est effectivement qu'un jeu et les morts avec ne sont que partie remise, de simples pions exploitables, qu'ils soient soldats ou civils. La question du sort des civils est d'ailleurs tout à fait intéressant car elle nous permet de faire le pont avec le principal argument que Karty cherche à recycler lorsqu'il s'agit de justifier son intervention aux côtés de l'Antares. Loin de se soucier qu'elle a juste choisi entre la peste et le choléra en omettant que dans les deux cas, sa position était compromise, la justification kartienne afin de soutenir en toute conscience des criminels de guerre et la perpétuation d'un conflit armé chez un de ses alliés (drôle d'allié, tout de même !), c'est l'idée que la guerre civile ne provoque que peu de morts civils, telle fut la justification kartienne donnée à la Commission aux Relations Extérieures. Il serait naïf de le prétendre compte tenu des éléments que nous disposons. Tout d'abord, aucun ordre d'évacuation n'a été donné dans les villes concernées par la guerre civile, le gouvernement antarien a même incité les populations locales à effectuer leurs routines quotidiennes en dépit de la guerre. Il convient aussi de noter que les Corvuns appliquent de nouvelles méthodes de guérilla qui comprennent notamment l'usage de bâtiments publics distinctifs et généralement épargnés dans les conflits telles que des églises et autres bâtiments publics et se cachent parmi la population afin de mener leurs opérations les moins conventionnelles. En quoi ça pourrait mal se terminer ? Il est vrai que quand un ennemi se cache dans la foule et mène une tactique de guérilla parmi une population civile pourtant innocente, il n'y a que peu de risques que les autorités répressives ne dérapent et finissent par faire des tirs groupés ! Quid des bombardements de la MIRA sur des zones clairement délimitées comme civiles ? Quid des rapports qui démontrent que la MIRA utilise des véhicules blindés en terrain urbain et mènent des opérations de contre-insurrection à l'intérieur même de zones habitées par des civils ? Karty vous dira certainement que les balles se liquéfient quand elles touchent des civils, le tir allié a visiblement été désactivé dans les paramètres. Alors, oui, les Antariens ont peut-être raison lorsqu'il s'agit de dire que les Loduariens aussi tuent des civils, c'est un fait mais la vérité est plus nuancée et dérange le discours de propagande des deux camps qui se veulent protecteurs des populations en bafouant leur droit le plus élémentaire à simplement vivre, cette vérité qui est en filigrane dans l'ensemble du raisonnement des deux belligérants et qui va peut-être ne pas vous surprendre : personne n'en a rien à foutre des civils. Ce qui n'empêche évidemment pas les deux camps d'instrumentaliser ces derniers comme de vulgaires pions, de simples objets rhétoriques sans aucune valeur quelconque autre que pour convaincre quelques attardés crédules à l'international du bienfondé de la cause des deux camps. Il serait d'autant difficile ici d'exposer en longueur que cette dissonance cognitive, partagée dans les deux camps, se transmet aussi chez les Kartiens eux-mêmes. Nous avons déjà exposés cette fausse prétention à défendre la guerre civile pour la simple raison qu'elle n'est pas meurtrière pour les civils, d'autant que du point de vue kartien, la guerre civile n'a carrément plus lieu d'être ! Bien sûr, lorsque les Kartiens tendent à dire une bêtise pareille, c'est parce qu'elle a volontairement omis de dire au Questan que le Concordat de Shaula est une trêve et précisément, une trêve n'a pas vocation à durer. Les Antariens parlent précisément d'une suspension du jeu, quelle est la garantie qu'une fois les "tricheurs loduariens" vaincus, l'arbitre ne décide pas de reprendre la partie là où elle s'est terminée ? Aucune. En imaginant le scénario idéal où la Loduarie est mise en déroute, que se passera-t-il ? Quelle est la garantie que Karty dispose pour mettre fin au massacre autre que dire "vous verrez" ? Précisément aucune, car l'aide kartienne, dans aucune de ses missives à destination des Antariens n'énonce ne serait-ce qu'une seule notion de conditionnalité à l'aide kartienne. Les Kartiens sont loyaux, même quand ils soutiennent des fascistes. Ironique venant de nos anciens alliés de circonstance qui n'étaient pas avares de mots pour dénoncer les Hotsaliens et les Teylais. Visiblement, les crimes de guerre, c'est bien quand c'est les copains qui le font !

Cependant, si l'argumentation en plastique de capote des alliés de l'Antares laisse à désirer quant aux objectifs réels de ces derniers, le soutien franc et inconditionnel des lèches-bottes habituels du régime loduarien sont à l'inverse des champions hors compétition lorsqu'il s'agit d'être de parfaits idiots utiles ! Et là, c'est le festival. Les Antériniens tout d'abord, qui n'hésitent non seulement pas à s'aliéner l'ensemble des socialistes non-eurycommunistes en faisant l'étalage de leur pureté militante la plus crasse qui soit en brandissant comme à leur habitude la soi-disante supériorité dialectique de leur théorie qui se veut scientifique, alors même que le principe initial d'une théorie scientifique est qu'elle soit remise en question jusqu'à que l'expérimentation confirme ou infirme celle-ci, auquel cas il ne s'agit rien de moins que d'un dogme. Et un dogme, vous pourrez en répéter les crédos cinq fois par jour religieusement, ça n'en fera pas une vérité. De là, il suffit de dérouler le reste du fil pour voir d'ici les relents habituels du discours néo-conservateur typique que les impérialistes ont su maîtriser tous les codes depuis plusieurs décennies : la guerre vise à garantir la paix, le pseudo-humanisme des Loduariens dans l'exercice de leurs desseins hégémonistes (tout en prônant le pragmatisme et le réalisme avec la bonté d'âme des Loduariens, le passage est juste lunaire et laisse entendre une certaine pathologie chez l'auteur), le classique appel à l'urgence et au réalisme géopolitique pour justifier une guerre qui s'avère stratégiquement inutile puisque par défaut, un pays en guerre civile ne peut structurellement pas représenter un risque existentiel pour ses voisins (il faudra donner des cours de stratégie militaire aux Antériniens, ils ont trop l'habitude de se prendre des roustes au Nazum), bref rien ne va. On ne peut évidemment pas non plus passer à côté des autres attardés de service de l'UICS, en premier lieu les Illiréens qui se prêtent volontiers à intervenir dans un conflit qui ne les concernent pas et qui met directement en danger sa propre population du fait de la proximité géographique de l'Illirée avec Karty, des capacités kartiennes à frapper (et certainement écraser) l'Illirée, alors même que la Loduarie n'a aucun moyen de secourir son allié illiréen dans le cas où ce dernier est sévèrement visé par Karty. Le seul protecteur viable de l'Illirée sera alors l'OND, techniquement toujours protecteur du pays. Encore une belle démonstration que les actions loduariennes alimentent directement la machine à broyer de l'OND et ce, sous toutes ses formes, notamment en justifiant ses interventions et l'avancée de ses pions. De la pure cooptation entre deux blocs qui se connaissent bien et qui, depuis bien longtemps, ont arrêtés d'être antagonistes l'un envers l'autre dès lors que l'Internationale Libertaire joue désormais le rôle du Grand Méchant Loup depuis la guerre en Eurysie Centrale. Il serait inutile enfin de mentionner le PEV qui fait montre une fois de plus de ses capacités à jouer son rôle de chien de garde loduarien en mobilisant des effectifs velsniens envoyés pour soutenir les Loduariens dans leur macabre entreprise ? Après tout, le PEV ne tend pas à dénoncer l'impérialisme crade de la Grande République dans laquelle elle tend à jouer le parlementarisme, il fallait pas être un génie pour prédire divinement que le PEV n'allait pas non plus dénoncer l'impérialisme de ses maîtres.

Enfin, il y a nous, les libertaires. Oh, ne soyons pas arrogants car notre position n'est pas plus enviable ! C'est simple, nous sommes les abonnés absents du conflit. A travers un accord chapeauté par le Kah, le matériel situé au Goïda va finir de nouveau entre les mains des Loduariens afin d'alimenter les flammes de la guerre sur le continent eurysien car il est toujours bon de nourrir l'Ogre par cynisme au lieu d'allouer ce matériel autrement plus utile ailleurs, au hasard dans des théâtres où les camarades libertaires sont engagés à travers le monde, essayant de réellement forger des contre-modèles démocratiques et autogérés. Après, il est difficile pour l'impérialisme kah-tanais de ne pas chapeauter celui des Loduariens, vous comprenez, c'est un peu nos cousins d'une certaine manière. Bon, des cousins attardés mais des cousins quand même ! Et l'Estalie alors ? Elle joue la montre, comme d'habitude. La transition entre Volkiava et Horny se faisant en douceur, la difficulté pour les nouvelles équipes de la Commission aux Relations Extérieures est autant de trouver une position diplomatique qui ne soit pas compromettante qu'une prise de position qui n'aliène pas l'opinion publique. Les Estaliens n'ont pas oubliés ce que les adorateurs de Lorenzo ont faits dans les rues de Mistohir il y a trois ans de cela et il est donc difficile de faire avaler à l'opinion publique un soutien explicite envers les velléités expansionnistes loduariennes pour quelques avantages malavisés en Translavya. Quels avantages, d'ailleurs ? Allez savoir, la diplomatie loduarienne est en retard sur pas mal de points, elle semble vouloir jouer des cartes dont la date de péremption est dépassée depuis fort longtemps, essayant de jouer de son influence sur une Translavya qui s'est aussitôt débarrassée des Loduariens une fois ces derniers disparus durant un temps. Il n'a pas fallu longtemps à la Translavya pour tomber dans une crise existentielle et maintenant qu'une brèche a été ouverte dans le mythe eschatologique loduarien en Translavya, la population translave ne voit que l'éléphant dans la pièce, sans possibilité d'en détourner les yeux et de revenir à la situation antérieure. La position de l'Estalie est donc loin d'être aussi enviable et à vrai dire, c'est aussi la faute du Questan d'avoir été aussi indécise. La volonté de départ de la Commission a été initialement d'accepter de condamner l'invasion loduarienne et pour cause, elle est hautement condamnable, et de proposer à l'inverse une médiation afin de rétablir la paix. Cependant, ce projet de médiation s'est montré immédiatement irréaliste en l'état : aucun soutien du Grand Kah, aucun terrain d'entente possible entre les belligérants, précipitation des Kartiens à intervenir directement dans le conflit et objectifs maximalistes de la Loduarie vis-à-vis de l'Antares font que la médiation proposée initialement par Mistohir s'est révélé être un projet mort-né. Ensuite, le sketch : la Loduarie a demandé à l'Estalie son soutien et nos éminents diplomates, toujours sur le coup, ont eu la brillante idée de tomber dans le piège. Pourquoi, comment, par quelle magie le Questan s'est dit que c'était une bonne idée de non seulement promettre un soutien explicite en cas d'attaque kartienne mais en plus de menacer Karty d'une intervention dans son dos en cas d'intervention alors même que nos propres troupes ne sont techniquement pas prêtes à envahir Karty ? Et qui, en Estalie, veut mourir pour la Loduarie ? Résultat des courses : méfiance des Kartiens et fortification de la frontière avec la Kaulthie, comme au bon vieux temps. La Commission a été sévèrement irresponsable sur ce coup, elle n'a pas pris les dispositions requises et n'a pas répondu au bon sens qu'il convenait d'appliquer dans ce genre de situations, c'est-à-dire en allant dire aux Loduariens d'aller cordialement se faire foutre !
18330
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La Tribune du Peuple.

Chuuuuuut, le magistrat, regarde ce paysage.

L'illusion émancipatrice de la forme juridique :

Article d'analyse de Nayden Perun, journaliste spécialisé en philosophie politique.

Tout manifeste politique est, avant d'être un programme, est souvent un symptôme puisqu'il a tendance à révéler les contradictions de son époque autant qu'il prétend les résoudre et les angles morts de sa pensée en disent souvent plus long que ses affirmations les plus explicites. Le Manifeste du socialisme légaliste mesolvardien ne fait pas exception à cette règle car s'il a été construit sur un diagnostic lucide, bien que peu original, sur l'aliénation des travailleurs, la complicité de l'Etat avec le capital ou encore l'insuffisance de la démocratie formelle, il propose un remède et un projet qui reconduit, à l'examen, à une part significative de ce qu'il prétend abolir. Ce projet que le manifeste fournit, qui justifie à ce jour le régime dicastocrate actuel ayant cours au Drovolski, consiste à substituer au pouvoir exécutif inféodé au capital une magistrature unifiée dotée d'une autorité politique directe qui serait capable de faire émerger la justice sociale par la seule vertu du droit contradictoire. En soit, ce n'est pas une pensée qui date de la prise effective du pouvoir par les juges au Drovolski en 1923, le socialisme juridique (ou socialisme des chaires) est une pensée qui remonte au XIXe siècle et qui a même resurgi plus tard dans les théories institutionnalistes du XXe siècle mais c'est précisément parce que cette tradition n'est pas sans valeur qu'il importe d'en identifier les limites avec une certaine rigueur car il convient ici de noter que la critique du manifeste et du socialisme juridique dont il se revendique doit porter non pas sur l'extérieur idéologique mais bien sur l'intérieur et le fond du manifeste. Notre critique visera ici quatre aspects du manifeste qui sont, à nos yeux, profondément problématiques : l'inversion idéaliste qui sous-tend la confiance dans le droit comme vecteur d'émancipation, la reconstitution prévisible d'une classe dominante sous les habits de la magistrature, l'usage de la morale comme instrument d'exclusion politique déguisé en diagnostic social du lumpenproletariat et enfin, la contradiction performative du projet dicastocrate qui proclame l'émancipation mais n'en comprend (ou ne veut pas) du processus qui mène à cette même émancipation.

Tout d'abord, le Manifeste du socialisme légaliste fonde son projet émancipateur sur la magistrature et la forme juridique. La justice sociale, selon ses auteurs, émanera de "l'édifice réfléchi du droit et de ses procès contradictoires", c'est d'ailleurs là son pari central et aussi là où réside ironiquement sa contradiction la plus fondamentale qui conditionne toutes les autres. Toute analyse matérialiste sérieuse des sociétés humaines part d'un constat méthodologique que le manifeste ignore délibérément car les formes juridiques et politiques ne sont pas des réalités autonomes flottant au-dessus des rapports sociaux, elles en sont au contraire le produit, la cristallisation institutionnelle, ce qu'on nomme généralement la superstructure, c'est-à-dire l'ensemble des formes idéologiques, juridiques et politiques qui correspondent à une base économique déterminée et qui en assurent la reproduction. Le droit ne précède en rien les rapports de production mais au contraire les consacre et les stabilise, il naît de la nécessité qu'ont les classes dominantes de légitimer les conditions matérielles qui assurent leur domination en les présentant comme des nécessités rationnelles et universels et l'histoire du droit de propriété et du droit civil illustrent par exemple parfaitement cette thèse. En particulier le droit civil qui, souvent présenté comme une conquête abstraite de la raison égalitaire contre l'arbitraire féodal d'autrefois, fut surtout un instrument juridique de la bourgeoisie triomphante afin de consacrer la propriété privée comme droit naturel inviolable, organiser le contrat social comme fiction d'égalité entre des parties qui sont structurellement inégales et faisant du travailleur un vendeur libre de sa force de travail. La liberté contractuelle est la forme juridique de la nécessité économique. Dans ces conditions, prétendre que c'est la magistrature qui peut se retourner contre la propriété, c'est inverser le rapport de causalité entre la base et sa superstructure, c'est croire que l'ombre peut modifier le corps qui la projette, c'est une erreur métaphysique grave car elle traite comme réalité première ce qui est dérivé et ce qui est effet comme cause autonome. Le manifeste ne fait que prendre les représentations que les hommes se font de leurs conditions d'existence pour les forces motrices de l'histoire alors que ce sont les conditions d'existence elles-mêmes qui produisent ces représentations. La forme juridique, de surcroît, n'est pas seulement un reflet passif des rapports de production mais un instrument actif de leur reproduction. La forme juridique elle-même, la catégorie du sujet de droit et la logique de l'échange équivalent qui sous-tend le droit contractuel sont des formes sociales spécifiquement capitalistes car le sujet juridique (cet individu fondamentalement abstrait, titulaire de droits formels et posé comme équivalent à tout autre sujet juridique) est la contrepartie idéologique du possesseur de marchandises sur le marché. On ne peut pas, dans cette perspective, utiliser la forme juridique pour abolir les rapports marchands sans tomber dans une contradiction inévitable sur le fond, celui que l'outil en lui-même porte en lui la logique du système qu'il est censé détruire ou à minima remplacer.

Ensuite, supposons généreusement que la magistrature parvienne effectivement à s'imposer comme une force politique autonome contre l'Etat de gouvernement et instaure un régime de possession collective, ce que semble appeler le manifeste de ses vœux, qui contrôle cette magistrature ? Le manifeste ne fournit pas de réponse et c'est en vérité très révélateur. Toute institution chargée d'interpréter le droit, de définir ce qui est juste ou injuste et de sanctionner les comportements déviants et asociaux reste une institution de pouvoir. Elle concentre un monopole, pas nécessairement le monopole de la violence légitime comme le veut la définition de l'Etat moderne mais le monopole de la définition du sens, ce qui est encore plus fondamental car dire ce qu'est le droit, c'est dire aussi ce qui est légitime, ce qui est tolérable ou non, qui mérite protection et qui mérite une sanction. C'est en somme une forme de souveraineté symbolique dont les effets matériels sont considérables. Or, le manifeste transfère ce monopole à la magistrature unifiée sans interroger un instant les conditions dans lesquelles cette magistrature se construit, se reproduit et exerce son autorité. C'est une critique qui, en somme, reste dans le fond étroitement similaire à la critique que l'on a fait aux socialistes autoritaires au XIXe siècle sur la nature de l'institution chargée d'opérer cette transformation, lorsque les marxistes et leurs héritiers eurycommunistes proposaient un Etat ouvrier et une dictature du prolétariat transitoire, ce à quoi les libertaires ont répondus qu'une telle institution, séparée de la base sociale, a une tendance structurelle à l'autonomisation et à la reconstitution d'une domination et quand l'on dit que l'on peut prendre le plus convaincu des socialistes, lui donner un pouvoir absolu et que celui-ci sera d'ici un an pire que le Zagroy du Morakhan lui-même, ce n'est pas pour chipoter et juger moralement les individus, le pouvoir ne se corrompt par les mauvaises intentions des individus qui l'exercent, c'est l'exercice même du pouvoir, surtout lorsque celui-ci est séparé de tout contrôle effectif par la base, qui produit la dite corruption. La critique de la bureaucratie rouge que l'on adresse aux socialistes autoritaires et aux eurycommunistes s'applique de manière parfaitement identique aux dicastocrates, il suffit seulement de remplacer l'avant-garde scientifique du prolétariat par une magistrature unifiée et l'argument reste identique car la nature de ces deux éléments le sont tout autant, ce sont des élites dotées d'un titre de légitimité particulier (l'un la théorie scientifique socialiste, l'autre la compétence juridique) qui exercent tous deux un pouvoir politique au nom des travailleuses et des travailleurs sans être soumise à leur contrôle effectif. C'est une classe qui se substitue qui développe ses propres intérêts corporatifs à terme, qui a ses propres critères de recrutement et de reproduction et sa propre hiérarchie interne, défendant ainsi son existence et ses prérogatives avec d'autant plus d'efficacité qu'elle dispose du monopole de la définition de ce qui est légitime ou non. Le problème n'a jamais été la malveillance des gouvernants mais la structure même de la centralisation, toute institution qui centralise la définition de la norme, que ce soit au nom de la justice, de la science, de la tradition, de la propriété ou du marché développe une logique propre conservatisme, elle tend à absorber les fonctions sociales connexes, à étendre son domaine de compétence et à marginaliser les formes d'organisation autonome qui pourraient la concurrencer ou la contrôler. La magistrature unifiée obéit justement à cette loi car elle tire sa légitimité de la vérité du droit, donc une source d'autorité par définition inaccessible à la contestation ordinaire car on ne débat pas avec la justice en tant qu'institution qui se définit comme gardienne du juste, soit on lui obéit, soit nous ne sommes pas dans le juste. Il serait judicieux de rajouter que les institutions juridiques ne sont pas seulement susceptibles d'être capturées par des intérêts de classe extérieurs mais produisent souvent leurs propres intérêts de classe internes. La magistrature, en tant que corps professionnel, développe sa propre culture, ses habitus, ses modes de perception du monde social et ses propres codes qui lui sont propres et qui sont structurellement conservateurs. Le champ juridique obéit à une logique de conservation des formes héritées, de résistance à l'innovation sociale radicale et d'homologation des nouvelles demandes aux catégories existantes donc une magistrature qui prétend abolir la propriété devrait en toute logique commencer par se détruire elle-même en tant que corps constitué, ce qu'aucune institution ne fait spontanément, ça coule de source.

Ensuite, le manifeste convoque à plusieurs reprises la rhétorique moraliste comme le fondement du sujet politique révolutionnaire, ce qui est assez grave là aussi. Le prolétariat organisé doit agir, selon le manifeste, avec "morale et rigueur" tandis que le lumpenproletariat est défini par son incapacité morale, la justice étant alors décrite ici comme la forme institutionnelle de la conscience morale collective. Cette insistance est assez insolite mais elle trahit bien la conception du politique du manifeste qui est fondée sur la normativité et non pas sur une analyse matérialiste des rapports de force. Le manifeste s'appuie sur la morale mais oublie fondamentalement de dire d'où vient cette morale, qui la définit et au nom de quoi elle s'impose comme critère de qualification du sujet révolutionnaire ? C'est assez ironique venant d'un manifeste se revendiquant comme socialiste d'avoir une analyse matérialiste aussi creuse, la morale n'est pas une donnée anthropologique universelle ou une lumière naturelle accessible à tout être raisonnable. La morale est, comme le droit dont elle est inséparable, un produit des rapports sociaux des classes dominantes. Toute morale a été jusqu'ici une morale de classe, c'est une simple expression des conditions d'existence et des intérêts d'une classe particulière (ici la classe dominante, la bourgeoisie généralement) qui sont érigés en impératifs universels envers les classes dominées. La morale féodale d'autrefois consacrait la hiérarchie des ordres et les valeurs de la noblesse comme l'ordre naturel du monde, puis la morale bourgeoise qui l'a succédé a consacré la propriété privée, le respect des contrats, la libre concurrence puis plus tard la méritocratie et l'exacerbation de la rhétorique individualiste comme des vertus quasi-cardinales. Invoquer ici la morale sans en interroger la genèse sociale et ses effets de classe est une reproduction tacite de ce que le manifeste prétend dénoncer. Toute morale est une interprétation du monde au service d'une volonté particulière (jusqu'au paragraphe 23), c'est un système de valeurs qui s'oublie comme tel en se présentant comme universel. Les valeurs dominantes telles que les valeurs d'obéissance, de patience et de renoncement à la violence immédiate ont toujours historiquement servi à discipliner les dominés et à légitimer leur sujétion. Bien que ce ne soit évidemment pas la position que le manifeste entend défendre, il ne peut se prévaloir de la morale comme fondement sans s'exposer à cette critique qui nous semble évidente : quelle morale ? De qui ? Produite dans quelles conditions ? Au service de qui, de quels intérêts, de quelle classe ? Dans le cas du manifeste, la réponse est ironiquement partiellement décelable et c'est là que l'on doit revenir sur le tacle que le manifeste fait au lumpenproletariat. La catégorie marxienne du lumpenproletariat telle qu'elle fut forgée au XIXe siècle désignait des franges marginalisées de la classe ouvrière (anciens artisans déclassés par la mécanisation, journaliers sans emploi fixe, population flottante entre les grandes villes industrielles, repris de justice (Jean Valjean est un lumpenprolétaire techniquement !)) qui sont réputées incapables de conscience de classe en raison de leur déracinement et de leur disponibilité supposée au service des classes dominantes, on les voyait à l'époque comme une masse potentiellement contre-révolutionnaire utilisable par la réaction comme force de répression. Cette définition était déjà...très étroite et contestable dans son contexte d'origine mais elle est devenu carrément intenable à l'aurore du XXe siècle et de la décolonisation des nations aleuciennes et afaréennes car dans le contexte colonial, ce sont précisément les franges les plus marginalisées (Grandeur et faiblesses de la spontanéité, chapitre 2), typiquement le lumpenproletariat, qui constituent le réservoir d'énergie révolutionnaire le plus vif, précisément parce que ces classes n'ont plus rien à perdre dans l'ordre existant et ont perdus toute forme d'illusion sur sa capacité à se réformer : le paysan sans terre, le chômeur chronique, le déclassé des bidonvilles, tous ces gens ne sont pas moins révolutionnaires que le syndiqué, il a une autre manière de faire la révolution avec d'autres moyens et d'autres horizons et son exclusion du sujet révolutionnaire au nom d'une supposée incapacité morale est une opération de classe déguisée en diagnostic social douteux. Le manifeste du Drovolski aggrave encore le problème en redéfinissant explicitement le lumpenproletariat non plus par ses conditions matérielles d'existence mais par son rapport à la légalité car pour les dicastocrates, est lumpenprolétaire celui qui est incapable de morale légale, donc qui refuse ou transgresse le cadre juridique. Cette redéfinition est assez remarquable dans sa mauvaise foi puisqu'elle arrive remarquablement à exclure du sujet révolutionnaire quiconque contesterait le cadre légaliste lui-même, il est assez fort de voir comment le manifeste dote l'idéologie socialiste juridique d'un mécanisme propre d'immunisation contre sa propre critique interne : toute objection radicale au légalisme peut être purement renvoyée à l'expression d'une incapacité morale, d'un défaut de conscience et donc d'une appartenance au lumpenproletariat. Pur changement de vocabulaire de la domination.

Enfin, il faut rappeler que le manifeste se présente comme un appel à une émancipation radicale, que le manifeste appelle quand même à l'abolition de la propriété, à la fin de la servitude salariale et à la transformation des rapports de production mais il est construit sur un raisonnement circulaire et tautologique qui rend cette émancipation structurellement impossible. Le manifeste postule que la justice sociale émergera du procès contradictoire du droit mais pour que ce procès soit véritablement contradictoire, c'est-à-dire capable de remettre en cause les fondements mêmes de l'ordre existant et non pas seulement ses expressions les plus brutales, il faudrait qu'il puisse opérer hors des catégories que cet ordre a lui-même produites mais le droit positif, tel qu'il est pratiqué dans toute société capitaliste, est structuré par et pour la défense de la propriété, la validité du droit contractuel et la légitimité de l'accumulation du capital. Ses catégories fondamentales comme le sujet de droit, la propriété, l'échange ou encore la responsabilité individuelle sont des catégories capitalistes comme on l'a vu. Pour que la magistrature se retourne contre ces catégories, il faudrait déjà qu'elle soit émancipée des conditions qui la produisent, ce qui présuppose exactement la transformation sociale que le manifeste lui assigne comme tâche. La législation sociale est, dans les faits, contrôlée dans ses limites et son rythme par les intérêts des classes dominantes ((L'émancipation du socialisme par la voie des réformes sociales, première partie). Chaque avancée obtenue dans le cadre légal est aussitôt réinterprétée, contournée, neutralisée ou récupérée par les acteurs qui maîtrisent le mieux ce cadre. Ce ne sont pas les travailleurs qui disposent des ressources pour financer des juristes capables de pousser le droit dans ses retranchements les plus radicaux, ce sont les propriétaires. Le procès contradictoire que prétend vouloir chercher le manifeste ne nivelle pas les rapports de force mais leur offre une scène supplémentaire avec des acteurs similaires et donc avec les mêmes inégalités de moyens. La contradiction devient dès lors performative parce que le manifeste dit deux choses qui sont formellement incompatibles. Tout d'abord, le manifeste reconnaît la profondeur de la domination : la démocratie d'apparence, la complicité de l'Etat avec le capital, la violence des titres de propriété substituée à celle des titres de noblesse. En soit, ce diagnostic implique que l'ordre existant est structurellement hostile à l'émancipation, qu'il ne s'amende et qu'il se reproduit. Mais d'un autre côté, le manifeste refuse le seul moyen par lequel une rupture avec cet ordre pourrait s'opérer, c'est-à-dire le moment de transgression de la légalité existante, la révolution, que le manifeste condamne comme une forme de désordre communiste. Sans ce moment, il ne reste que la demande adressée à l'ordre de se réformer lui-même par ses propres instruments, ce qui est précisément ce que le diagnostic initial déclarait pourtant impossible. Tout projet émancipateur qui se pense comme continuation progressive de l'Histoire dans le cadre de ses institutions est condamné à reproduire ce qu'il combat parce que les institutions elles-mêmes sont des sédimentations de violences passées, des formes stabilisées de la domination. La justice ne peut pas être le résultat d'un perfectionnement indéfini des procédures existants car elle requiert précisément ce qu'il nomme un moment de rupture avec la continuité. Le manifeste refuse justement ce moment de rupture, il veut une émancipation sans rupture. En bref, une révolution sans révolution, étrange. Jolie belle âme hégélienne que voilà, une conscience qui veut le bien du monde mais refuse de se salir les mains dans la contradiction effective du réel et qui préfère la pureté de ses principes à l'efficacité de son action et qui finit par contempler avec satisfaction l'édifice de ses intentions tandis que l'ordre qu'elle prétend combattre continue de tourner sans elle.

Ainsi, la critique que nous avons développée ici ne vise pas à critiquer le droit en tant que tel, ni à dire que toute forme d'organisation institutionnelle est nécessairement mauvaise ou non souhaitable mais nous tenons à souligner dûment cette confusion entre les moyens et leur fin. Le manifeste du socialisme légaliste de Mesolvarde a le mérité de tenter de chercher une troisième voie entre le capitalisme libéral et le socialisme autoritaire qu'il associe au désordre, peut-être à raison, mais cette troisième voie que le manifeste semble dessiner reconduit les conditions de la domination qu'elle prétend abolir car en confiant le pouvoir à une élite juridique non soumise à un contrôle horizontal effectif, en fondant la qualification du sujet révolutionnaire sur un critère normatif qui naturalise le cadre légaliste et en refusant tout moment de rupture avec la légalité existante, il promet l'émancipation par les instruments mêmes qui assurent la servitude. La question qui nous semble ouverte au bout de cet article est la suivante : comment passe-t-on d'un ordre fondé sur la propriété et la domination à un ordre fondé sur la possession collective et l'autonomie sans recourir aux instruments de l'ordre existant et sans tomber dans la violence aveugle que le manifeste, peut-être à juste titre, redoute ?


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Le Prolétaire.

MAIS T'ES PAS SOCIALISTE, T'ES JUSTE NATIONAL-SOCIALISTE PUTAIN.

Les social-traîtrises :

Critique politique de Julia Anasia, journaliste politique du journal Le Prolétaire.

Depuis 2013, l'Eurysie centrale et orientale assiste, à l'étonnement de certains observateurs internationaux, à une tendance socialisante croissante qui contraste de loin avec l'Eurysie occidentale. Et pour cause, peut-on aujourd'hui prétendre que cette partie de l'Eurysie n'est pas devenue un large champ à nations socialistes et ce, en seulement quelques années ? D'une région dominée, sans partage, par des dictatures militaires et des régimes réactionnaires et monarchiques, la région a vu l'émergence d'un certain nombre de régimes socialistes fondés sur les ruines de l'ordre ancien, souvent monarchique par ailleurs. Le Tsarat orthodoxe de Pravoslavnyy, l'Empire de Slaviensk, le Royaume d'Estalie, le Saint Empire de Karty, le Haut-Etat d'Altrecht, la Junte Impériale kaulthe, la République de Kartvélie et bientôt la Junte militaire retsvinienne ; tous des Etats autrefois réactionnaires, monarchiques ou à minima libéraux pour certains, tous tombés sous la pression populaire et la grande victoire du prolétariat dans certains de ces pays. Tous ? Pas forcément. En 2013, la Révolution de Novembre emporte l'Estalie dans le sillage libertaire et permet l'émergence de l'actuelle Fédération des Peuples Estaliens. Il serait malhonnête de ne pas dire que l'Estalie a joué une forme d'effet domino dans la région car il n'a suffit que d'un an pour la Kartvélie et le Nordfolklande tombent à leur tour et quelques années supplémentaires pour voir Karty, l'Altrecht ou encore Slaviensk céder à leur tour aux sirènes de l'anarchisme, ou à minima du socialisme. Un effet domino autant entraîné par l'attractivité du modèle estalien, devenue une grande puissance économique et militaire en l'espace de quelques années seulement, que par sa politique étrangère, se déclarant explicitement comme soutien des mouvements émancipateurs socialistes et libertaires des pays à la porté de ses armes et de ses services de renseignement. Une pure exportation internationale de la flamme de la Révolution de Novembre qui couve toujours dans le cœur de nos institutions et de nos braves combattants à l'étranger qui font rempart au capitalisme et au fascisme.

Pourtant, il faut l'admettre, l'exportation du modèle socialiste et en particulier libertaire à l'étranger a parfois eu quelques dérives qu'il convient d'exposer dans cet article pour le bien commun. Encore une fois, à ces dérives, l'Estalie n'est pas entièrement innocente non plus : le modèle husakiste en particulier, déjà critiqué en Estalie, est jeune, changeant, encore en construction et donc sujet aux interprétations, autant par ses pratiquants en Estalie que par ceux qui tentent d'en reproduire le modèle à l'étranger, ce qui créait des chimères un peu étranges qui tentent de mêler certains principes de l'Anarchisme Renouvelé avec leurs propres conceptions nationales, sans oublier l'influence évidente du modèle communaliste kah-tanais avec lesquelles les politiques sont parfois plus familiers mais qui a tendance à ne pas attirer justement de part son origine : le communalisme est vu parfois, force est de le constater, comme un modèle typiquement kah-tanais, dépourvu de toute interprétation, et surtout, la propagande anticommuniste latente qui couve dans la plupart des sociétés eurysiennes depuis des décennies ont toujours mis en lumière le Grand Kah comme une puissance impérialiste rouge. Bien sûr, raisonnement fallacieux classique formulée par les franges libérales et conservatrices mais qui a son impact sur les moyens d'expansion de l'idéologie communaliste. A l'inverse, le modèle husakiste est plus jeune, plus malléable et naturellement plus flexible pour la simple et bonne raison que l'husakisme se base sur l'urgence temporelle, l'urgence révolutionnaire, les Estaliens n'ont pas le luxe du temps car chaque jour, la Terre se rapproche inéluctablement de l'épuisement des ressources ; plus l'Estalie attend, plus elle donne l'occasion au capitalisme de fonctionner et de broyer des dizaines, des centaines de vies chaque minute par sa violence institutionnelle, ses rouages bien huilés et silencieux, indissociables de la vie quotidienne et pourtant présents, tuant et exploitant à merci. Un carnage, pour ne pas dire un génocide, de toute une frange de la population humaine au profit de la superstructure. Chaque jour qui passe est une occasion pour les structures capitalistes d'innover dans la répression de masse, d'utiliser des outils nouveaux comme l'intelligence artificielle, la bio-ingénierie, le traitement de données et le fichage de masse pour empêcher toute forme d'émancipation. Plus nous attendons, plus la société capitaliste se renforce dans ses moyens de répression, et plus il est difficile aux masses de contester l'hégémonie culturelle et institutionnelle et de faire aboutir une révolution sociale réelle. En somme, c'est le postulat des husakistes, d'où la nécessité de la militarisation, de la confrontation directe et de la déconstruction progressive de l'Etat au dépend de son abolition immédiate et totale comme le voudrait tout bon anarchiste qui se respecte. Et d'où l'idée qu'en vertu de cette urgence, l'husakisme conserve une certaine forme de multipartisme et n'exige aucune forme de pureté militante ou d'orthodoxie idéologique de la part de ses partisans, une logique que l'on retrouve jusqu'à la Commission aux Relations Extérieures, organe fédéral bien connu pour être dominé par des figures principalement husakistes.

Pourtant, si la diplomatie estalienne se veut prudente sur le plan idéologique pour ne pas braquer ses voisins les plus proches politiquement par des divagations philosophiques et idéologiques qui ne feraient que créer des divisions malvenues à un moment crucial où la Révolution se doit de se consolider et de s'étendre pour prendre de court les forces de la Réaction, il y a quand même lieu de rappeler et de pointer du doigt que nos "alliés" et partenaires régionaux comprennent un certain nombre d'incohérences idéologiques. L'on pourrait prétendre que ces divergences constituent davantage d'autres modèles de gestion et d'implantation des idées libertaires à leur échelle nationale, des formes d'anarchismes aux spécificités nationales permettant d'implanter durablement une idéologie en adéquation avec les valeurs et les modes de pensées des populations concernées mais comme on le constate et on le verra, ces modèles se voulant alternatifs, parfois synthèses de courants libertaires ou socialistes différents, ne sont parfois que de pâles reproductions des mécanismes de domination qu'ils prétendaient abolir la veille. Or, comme les libertaires l'ont tantôt reprochés à de multiples reprises aux eurycommunistes que des systèmes politiques qui reproduisent exactement ce qu'ils sont sensés combattre sont des impasses et constituent une entrave aux objectifs d'émancipation du genre humain de l'exploitation, ces formes de synthèses idéologiques bâtardes des courants principaux husakiste et communaliste et mélangés désormais à des particularités nationales parfois complètement aux antipodes de l'idéal socialiste font que si l'Eurysie centrale et orientale ont subis une véritable vague portant ses principales puissances en théorie à gauche du spectre politique, elles démontrent surtout que la région est devenue une forme de cortège étrange et insolite d'idéologies qui mélangent à notre grand regret des éléments idéologiques structurellement conservateurs qui entravent foncièrement l'émancipation du prolétariat dans ces pays respectifs, n'ayant nullement aboli les systèmes de reproduction sociale, pour ne pas dire parfois franchement que certains des mécanismes conservés dans ces pays servent davantage à acheter la paix sociale qu'à redonner réellement le pouvoir aux travailleuses et travailleurs.

  • Karty :

Tout d'abord, il convient peut-être de commencer cette critique en parlant du cas le plus évident de dérive "socialiste" qui existe en Eurysie Centrale, qui est bien évidemment le cas de Karty. Depuis la guerre civile qui a fait rage entre socialistes et royalistes en 2018, le pays se revendique du socialisme à travers ce qu'il nomme le socialisme civique qui se caractérise, encore une fois selon les intéressés, comme un socialisme "kartien et pour les kartiens", dépouillé de toute forme d'internationalisme sous prétexte de ne pas avoir de prétentions à s'étendre ou à imposer son idéologie à quiconque à l'extérieur de ses frontières. Avant même d'aborder la question du socialisme civique et de son postulat initial niant toute forme d'internationalisme, qui nous semble être la critique la plus aisée à formuler, il convient d'abord d'analyser les structures et institutions qui sous-tendent l'Etat kartien. Toute analyse matérialiste des structures et institutions de Karty doit partir d'une question simple : quel est le mode de production dominant sur le territoire kartien et est-ce que les institutions fondamentales de l'Etat tendent-elles à le transformer ou à le reproduire ? En ce qui concerne Karty, peu de place est laissée à l'ambiguïté car il suffit de se pencher un peu sur la constitution kartienne pour remarquer immédiatement les incohérences avec toute forme de prétention socialiste : l'article XLIII constitutionnalise par exemple un plafond de nationalisation à seulement un quart de l'économie, ce qui signifie en sous-texte que les trois autres quarts de l'activité productive kartienne demeurent soumis au secteur privé et aux rapports salariaux classiques, donc à la propriété privée des moyens de production, à l'achat de force de travail comme marchandise par les employeurs et l'appropriation privée de la plus-value générée par cette force de travail. Il s'agit là ni plus ni moins que de la structure fondamentale du capitalisme qui est une structure qui n'est pas seulement tolérée par Karty mais qui bénéficie carrément d'une garantie constitutionnelle. Et pour ce qui est du quart nationalisé, il ne vise même pas à socialiser la production mais seulement à en gérer les conditions d'infrastructure car l'article désigne les secteurs stratégiques comme l'énergie, le transport, l'extraction minière et pétrolière comme sujettes à la nationalisation, des secteurs qui, précisément, garantissent les conditions générales d'accumulation du capital privé et qui participent à la reproduction de la force de travail. L'Etat kartien ne produit pas pour satisfaire des besoins collectifs définis démocratiquement mais produit pour que le reste de l'économie continue de tourner sous sa forme capitaliste originelle. C'est la définition exacte de ce que l'on nomme le capitalisme d'Etat dans sa fonction régulative, le mode de production dominant n'est pas transformé et est seulement administré et stabilisé tandis que les secteurs nationalisés fonctionnent comme des subventions structurelles au capital privé qui n'a pas à internaliser ses coûts d'infrastructure. On pourrait même aller plus loin car l'industrie de l'armement nationalisée, incarnée par l'Ordre Oruzhiya, constitue un mécanisme d'accumulation primitive gérée par l'Etat car la production d'armes destinées à l'exportation génère des devises et des positions géopolitiques qui profitent à l'ensemble de l'économie kartienne, y compris et surtout à ses fractions capitalistes privées. Le "socialisme" dans la production militaire que Karty semble promouvoir est davantage proche de la forme la plus pure d'un mercantilisme d'Etat au service de l'expansion nationale qu'un outil démocratique au service du peuple visant à le protéger des menaces extérieures. A cette contradiction dans la structure productive s'en ajoute une autre dans la structure des droits. Les droits sociaux kartiens (soins, éducation, logement, protection syndicale, salaire minimum, sécurité sociale) sont constitutionnellement réservés aux seuls citoyens kartiens en vertu de l'article XLI et de l'article XLII qui précisent sans ambiguïté que ces protections ne s'appliquent que pour les seuls citoyens kartiens. Une analyse matérialiste de cette disposition révèle assez vite la fonction de tels articles : si une fraction de la force de travail présente sur le territoire ne bénéfice pas des mêmes protections que la fraction citoyenne, alors le différentiel de droits crée mécaniquement une segmentation du marché du travail. Les travailleurs non-citoyens sont structurellement plus exploitables, moins coûteux pour le capital, moins protégés contre le licenciement abusif et dépourvus du droit de grève, ce qui signifie qu'ils exercent une pression à la baisse sur les conditions de l'ensemble des travailleurs ou plus précisément qu'ils constituent une couche dont l'exploitation intensive subventionne les avantages relatifs de l'aristocratie ouvrière citoyenne. La sécurité sociale kartienne n'est nullement en rupture avec la logique capitaliste d'exploitation et en développe au contraire une forme nouvelle où l'Etat organise la solidarité à l'intérieur du périmètre national pour acheter la paix sociale et la cohésion politique tout en maintenant à sa périphérie une réserve de force de travail moins protégée. La citoyenneté devient une rente et le socialisme kartien se révèle être un simple moyen de gestion hiérarchique entre exploités et non une tentative sincère d'abolition de l'exploitation elle-même. Ce mécanisme, qu'on pourrait croire accidentel en essayant de croire à la bonne volonté des élites dirigeantes kartiennes, est surtout nécessaire structurellement au système car c'est précisément la frontière de la citoyenneté qui donne à la politique sociale sa viabilité fiscale et sa légitimité politique. Un socialisme universel qui étendrait ces protections à toute personne sur le territoire indépendamment de sa nationalité saperait les bases économiques et politiques du modèle kartien. C'est d'ailleurs pour cela que le socialisme civique ne se veut pas internationaliste, non pas sous la fausse prétention de ne pas imposer et d'exporter l'idéologie socialiste à travers le monde, une conviction qui se veut honorable afin de faire contraste avec l'interventionnisme ouvertement assumé d'autres puissances socialistes comme l'Estalie et le Grand Kah, mais parce qu'il s'agit d'une nécessité constitutive. Si Karty supprime la frontière, elle supprime les bases matérielles de son socialisme chauvin qui légitime son régime. La prétention à "se mêler à la gauche libertaire" est encore moins défendable de part la logique structurelle des institutions mises en place par Karty. L'anarchisme, dans toutes ses variantes, repose sur un postulat qui ne souffre pas de compromis : toute domination hiérarchique est illégitime, toute autorité doit être révocable, horizontale et fondée sur le consentement libre des individus concernés. Ce postulat exige, comme condition minimale, que l'appareil coercitif de l'Etat, et en premier lieu son armée, soit subordonné à la volonté populaire exprimée de façon continue et non seulement lors de son institution initiale. Or, la constitution kartienne consacre précisément l'inverse, elle institue un quatrième pouvoir militaire constitutionnellement autonome et soustrait au contrôle législatif, doté d'un budget minimal de 8% du PIB et articulé autour d'un commissaire à la défense dont le mandat peut théoriquement s'étendre sur dix années consécutives. Cette structure institutionnelle crée mécaniquement une forme de caste militaire dotée d'une capacité de reproduction institutionnelle qui lui est propre et qui dispose de ses propres intérêts matériels spécifiques, sans aucun contrôle législatif. Le commissaire à la défense contrôlant la nomination des généraux responsables de la marine, de l'aviation, de l'armée de terre et de la légion étrangère, ce commissaire dispose inévitablement d'un réseau de loyautés verticales indépendant de toute légitimité électorale, structuré autour de l'institution militaire comme fin en soi. Ce n'est pas une armée au service d'un peuple souverain dont elle exécuterait les décisions politiques, l'armée kartienne est explicitement une institution politique autonome dont les intérêts peuvent dans les faits diverger à tout moment de la population qu'elle est censée défendre et disposant par ailleurs de moyens constitutionnels pour faire valoir ses intérêts. La Vorna, le service de renseignement placé sous l'autorité conjointe de la présidence fédérale et du commissaire à la guerre, constitue ici un organe supplémentaire de surveillance et de coercition autonome des institutions démocratiques, garantie notamment par cette double tutelle puisque le commissaire à la défense est précisément soustrait au contrôle populaire direct, la Vorna est donc partiellement soustraite à ce contrôle également. Le pire est cependant à venir. En effet, l'article XXXIX dispose aussi que l'état de guerre donne le pouvoir à l'état-major de la République Fédérale Kartienne et l'article LVIII précise que les pouvoirs de l'état-major en état de guerre sont limités à la conduite des opérations militaires et ne peuvent porter atteinte au fonctionnement des institutions. Cette limitation, si elle est présentée comme une garantie démocratique, agit en réalité comme un trompe-l'oeil. Dans tout conflit réel, la définition de ce qui relève ou non de la "conduite des opérations militaires" est déterminée par l'état-major lui-même puisqu'il est la seule institution disposant de l'information et de l'expertise nécessaires pour tracer cette frontière entre civil et militaire. La délégation du pouvoir à l'état-major en état de guerre révèle en sous-texte ce que la constitution prépare réellement, c'est-à-dire un régime où la souveraineté populaire est conditionnée par la sécurité nationale telle que l'armée la définit. On ne peut donc prétendre sérieusement à ce que Karty ait une quelconque prétention libertaire cohérente, l'anarchisme exige précisément que la coercition soit toujours et en toutes circonstances subordonnée à la décision collective horizontale. Or, la constitution kartienne prévoit précisément l'inverse dans les moments où la coercition est la plus intense et la plus dangereuse. Il en va de même pour la tentative faite par Karty d'instaurer une forme de démocratie directe dans son système car le second amendement sur l'initiative citoyenne, si l'idée est séduisante dans sa conception formelle, contient un filtre épistémocratique qui mérite une attention particulière : l'Assemblée Délibérative Populaire, chargée de formaliser les initiatives citoyennes, est composée d'intellectuels reconnus par l'Académie de Volkingrad dont la direction est certes tirée au sort mais dont les critères de reconnaissance des intellectuels sont fixés en interne et sont renouvelés seulement tous les cinq ans. Qui contrôle les critères de qualification contrôle dans les faits quelles idées peuvent être formalisées et donc quelles initiatives peuvent accéder au circuit législatif. Une initiative portée par des travailleurs sans validation académique ou défendant une thèse jugée hétérodoxe par l'Académie peut se voir bloquée non pas par un vote mais par une absence de qualification, c'est donc un simple mécanisme de filtrage invisible, d'autant plus efficace qu'il se présente sous les apparences de la compétence et du savoir. La citoyenneté kartienne, avant d'être un statut juridique, est également un rapport de production déguisé en appartenance civique. L'article X le révèle sans ambiguïté d'ailleurs, pour accéder aux droits sociaux, l'individu doit démontrer cinq années consécutives d'activité professionnelle légale, un logement stable, un casier judiciaire verge et une maîtrise linguistique d'une des trois langues fédérales. Ce n'est pas une procédure d'intégration mais davantage un filtre qui vise à s'assurer de la qualité productive des citoyens intégrés venus de l'étranger. La citoyenneté kartienne s'obtient en prouvant qu'on a été utile à l'économie nationale pendant suffisamment longtemps et dans des conditions suffisamment conformes pour mériter d'en partager les protections. Ce mécanisme produit nécessairement une conséquence matérielle car sur les cinq années de probation, l'individu travaille sans filet, sans droit de grève, sans protections sociales, sans accès aux soins ou au logement garantis; il est structurellement plus exploitable que le travailleur citoyen, ce qui crée une pression à la baisse sur les conditions de travail de l'ensemble du marché du travail ou plutôt constitue une réserve de force de travail différenciée dont l'existence profite au capital. La citoyenneté est de surcroît révocable pour haute trahison, corruption, terrorisme, viol ou meurtre, ce qui signifie que les droits sociaux ne sont pas des droits inaliénables attachés à la personne humaine mais des concessions conditionnelles de l'Etat, suspendues à la conformité permanente du citoyen aux normes juridiques et politiques que l'Etat définit souverainement. Un droit révocable n'est pas un droit, c'est un privilège et un système de privilèges n'a rien de socialiste, c'est du pur contrôle social qui utilise les protections comme instrument pour discipliner les rangs, forcer les citoyens à bien se comporter sous peine de voir tous leurs éphémères avantages matériels se dissiper avec un coup de baguette magique. Cette révocabilité frappe avec une violence particulière quand on l'articule à la transmission de citoyenneté puisque la constitution prohibe la transmission de citoyenneté par un parent déchu, ce qui signifie que la déchéance est héréditaire dans ses effets, les enfants d'un citoyen déchu naissent sans les droits que leurs parents avaient acquis, produisant une forme de stigmate juridique transmissible qui contredit frontalement tout principe d'égalité formelle et rappelle davantage les logiques de statut héréditaire des démocraties antiques élitistes que l'émancipation sociale du socialisme. La structure ethnolinguistique de la fédération, présentée comme une reconnaissance de la pluralité des trois peuples constitutifs, dissimule aussi une hiérarchie que la constitution produit elle-même. L'article VIII impose le russe comme langue officielle fédérale, langue de l'administration nationale et des textes à portée internationale, au motif de la plus grande présence slave (donc qu'une majorité démographique se convertit et se traduit en domination symbolique et administrative) tandis que les citoyens italophones de Zaverço et germanophones d'Helmer peuvent certes utiliser leur langue dans le cadre administratif étatique mais tout ce qui dépasse les frontières de leur état (donc toutes les interactions avec les institutions fédérales, tout document à portée nationale et toute procédure judiciaire devant la Cour Suprême) se fait dans la langue du peuple majoritaire. Matériellement, cela signifie que les Italiens et les Germains de Karty doivent maîtriser le russe pour naviguer pleinement dans l'espace politique fédéral alors que les Slaves n'ont pas à maîtriser les autres langues. Cette asymétrie linguistique qui est institutionnalisée est une inégalité en ce qui concerne l'accès au pouvoir politique puisque la capacité à participer efficacement aux institutions fédérales est conditionnée par une compétence linguistique distribuée inégalement selon l'appartenance ethnique. Le dispositif de la Kaldrika et de la province de Volkingrad mérite aussi une lecture au-delà de sa simple justification fonctionnelle car l'article XXXVIII créait une enclave constitutionnelle au coeur du système, la capitale fédérale est soustraite à l'armée de terre et placée sous la garde exclusive d'une force semi-professionnelle dont le commandant est nommé par le même processus tripartite que le commissaire à la défense. Formellement, cela ressemble à une séparation des pouvoirs militaires internes, une forme de garantie contre un Coup d'Etat classique par une prise de la capitale mais matériellement, c'est un dispositif de sécurité du régime distinct de l'armée régulière, un corps dont la loyauté est dirigée vers les institutions centrales et non vers le commandement militaire de terrain. La Kaldrika n'est pas une garantie démocratique mais institutionnelle, ce qui n'est pas exactement la même chose, elle protège le centre de pouvoir et leurs occupants mais elle ne protège pas le peuple contre les institutions elles-mêmes. Ensuite, il faut aussi constater que Karty, au-delà de sa constitution, fixe sa dépense militaire à 10% du PIB, pure économie de guerre. Karty justifie ses dépenses militaires en évoquant les retombées civiles des innovations militaires comme la radio ou Internet, argument classique du complexe militaro-industriel historiquement, celui selon lequel le militaire ruisselle vers le civil et donc que la dépense militaire est une forme de politique sociale, vieille rhétorique du keynésianisme militaire s'il en est. C'est une mystification économique dans les faits, les ressources consacrées à l'armement sont des ressources soustraites à des investissements directement sociaux et le fait que certaines innovations militaires trouvent des applications civiles ne compense pas structurellement ce détournement. La loi DNPP, quant à elle, se veut plus réaliste et cohérente, elle établit un diagnostic matérialiste et juste du capture du politique par le capital privé via l'achat de la presse, le financement des élus, la corruption de la fonction publique ou la création de dépendances économiques mais sa solution, au lieu de socialiser le pouvoir économique en le rendant directement aux travailleurs, transfère la richesse de la bourgeoisie privée vers l'appareil d'Etat, ce qui ne résout pas la contradiction fondamentale entre le pouvoir économique et la démocratie, il recompose juste une forme où l'Etat concentre pouvoir économique et politique sans que les travailleurs n'aient davantage de prise sur l'un ou l'autre. La DNPP empêche que l'argent achète l'Etat en faisant de l'Etat le seule détenteur légitime du grand capital. Pur capitalisme d'Etat autoritaire.

Ce que Karty est réellement, une fois dépouillée méthodiquement de son étiquette idéologique, est un régime que l'on peut nommer avec plus de précision comme nationale-socialiste ou socialiste chauvin, c'est-à-dire un régime qui organise la solidarité sociale à l'intérieur de ses frontières nationales seulement afin de produire une cohésion politique et une légitimité populaire fondées non sur l'émancipation universelle mais sur la préférence nationale, qui gère stratégiquement les secteurs-clés de l'économie non pour dépasser le capitalisme mais en assurer au contraire les conditions de reproduction et la puissance de l'Etat sur la scène internationale, qui projette cette puissance vers l'extérieur via la dépendance militaire qu'induit l'exportation des armes kartiennes à des pays comme le Latrua, non pas dans l'objectif de libérer des peuples mais pour créer un réseau de relations clientélistes asymétriques qui servent uniquement les intérêts de la nation kartienne ; enfin, qui délègue constitutionnellement à une caste militaire autonome la garantie ultime de l'ordre, donc la capacité de suspendre la démocratie au nom de la sécurité nationale. Le terme de "socialisme" ne remplit ici qu'un rôle d'ornement rhétorique en donnant au nationalisme kartien une apparence émancipatrice, lui permettant de revendiquer un héritage théorique qu'il trahit structurellement, afin de mobiliser l'adhésion des classes populaires en leur offrant des droits réels mais dont la pérennité dépend du maintien des frontières nationales et donc du maintien de la domination sur ceux qui en sont exclus. La nation est en somme le seul contenu réel de la doctrine politique kartienne et c'est pourquoi toutes ces contradictions internes convergent paradoxalement vers une certaine cohérence qui ne vise qu'à alimenter la puissance d'Etat kartienne comme valeur suprême à laquelle le socialisme, la démocratie et les libertés des Kartiens sont subordonnés comme simples instruments.

  • Altrecht :

Le cas d'Altrecht est tout aussi intéressant puisqu'ici, la principale tension qui sous-tend l'avenir de la révolution en Altrecht réside davantage dans son modèle économique que politique (sur lequel nous n'avons pas grand-chose à redire, c'est à vrai dire un modèle comparable à ce qui se fait déjà au Grand Kah ou en Estalie). Ce qui nous dérange davantage est cette forme de "communalisme de marché" dont semble se revendiquer les Altrechtois sans se rendre compte des implications d'un tel terme. Il convient déjà de noter ce qui, à notre sens, fonctionne en Altrecht avant de trier le bon et le mauvais grain. L'Altrecht a mis en place l'autogestion des entreprises par des comités élus, révocables, avec un mandat limité et non cumulable, ce qui est déjà une base très sérieuse, la révocabilité permanente des dirigeantes par les travailleurs est un mécanisme que toute nation libertaire adopte assez vite en général, c'est ce qui distingue précisément l'autogestion de la simple cogestion ou de la démocratie d'entreprise souvent cosmétique. L'abolition du patronat comme rapport sociale rompt brutalement avec le mode de production capitaliste, la nationaliste des secteurs stratégiques couplée à l'autogestion est déjà plus cohérente que ce que prétend Karty car ici, l'Etat ne gère pas pour accumuler mais pour garantir les conditions d'une production collective. Là où ça commence à coincer, c'est à l'international, ce que les Altrechtois définissent eux-mêmes comme du communalisme libertaire à l'intérieur et libéralisme à l'international. Si les entreprises altrechtoises autogestionnaires peuvent conquérir les marchés internationaux sans restriction, elles sont soumises à la pression concurrentielle mondiale. La concurrence capitaliste internationale impose souvent ses propres contraintes : réduction des coûts, augmentation de la productivité, flexibilité des conditions de travail, réactivité aux fluctuations du marché. Ces contraintes ne s'arrêtent pas à la frontière, elles entrent dans la logique des entreprises, même autogestionnaire, par la porte et la question de la compétitivité. La comité de direction, même élu et révocable, sera sous pression des marchés extérieurs et devra progressivement prendre des décisions qui vont reproduire la logique capitaliste in fine : intensification du travail, différenciation des salaires, externalisation des fonctions les moins stratégiques, c'est souvent comment finissent toutes les expériences coopératives qui s'insèrent dans un environnement capitaliste. L'autogestion sans protection contre la concurrence extérieure peut finir par autogérer surtout sa propre exploitation. Symétriquement, l'ouverture totale des marchés altrechtois aux entreprises étrangères (soumises aux règles de fonctionnement autogestionnaire via une branche dédiée, certes) crée un vecteur d'introduction du capital étranger dans l'économie nationale. Une entreprise capitaliste étrangère qui ouvre une branche altrechtoise autogestionnaire ne devient pas par magie une entreprise socialiste, elle se contente juste de créer une filiale formellement conforme aux règles locales tout en restant articulée à une maison-mère capitaliste qui en extrait la valeur produite vers l'extérieur. Le surplus généré par les travailleurs altrechtois de cette branche ne reste pas dans l'économie altrechtoise, il est directement rapatrié vers le capital étranger, c'est juste une forme d'exploitation qui contourne l'autogestion sans la violer formellement. Ceux qui profitent de ce système et en exportent la plus-value vers l'étranger vous prennent pour des cons, camarades altrechtois, ne vous laissez pas faire ! De même, autre soucis à souligner, l'existence d'un inspecteur étatique dans chaque comité de direction. En soit, la justification de sa présence est purement fonctionnelle, elle vise à prévenir la reconstitution d'une bourgeoisie gestionnaire à l'intérieur des comités et c'est un problème réel en soit, la tendance oligarchique des organisations, mêmes autogestionnaires, est un problème connu de tous mais la solution choisie par les Altrechtois à travers un représentant de l'Etat introduit structurellement une autorité extérieure à la décision collective des travailleurs. Même avec toutes les garanties de rotation annuelle et quinquennale, l'inspecteur représente une hiérarchie qui surplombe l'autogestion et dont la légitimité ne vient pas des travailleurs de l'entreprise mais de l'appareil d'Etat. C'est ce que les Altrechtois appellent eux-mêmes de l'autogestion dirigée et en vérité, le mot "dirigée" fait tout le travail : ce n'est pas de l'autogestion, ce qui se déroule en Altrecht correspond précisément à de l'étatisme coopératif. Enfin, il faut souligner que l'Altrecht dispose d'une police chargée de poursuivre la corruption et les traîtres révolutionnaires mais une police chargée de poursuivre les traîtres à un idéal révolutionnaire, c'est structurellement une police politique, indépendamment de ses intentions. La catégorie du traître à la révolution est une catégorie politique dont les contours sont définis par l'appareil d'Etat et non par les travailleurs eux-mêmes. Cette institution reproduit exactement la logique des appareils répressifs des Etats socialistes autoritaires, l'idéal révolutionnaire est devenu une norme d'Etat dont la déviation est pénalement répréhensible, ce qui signifie que la liberté politique des travailleurs s'arrête là où commence la définition de ce qui est révolutionnaire ou pas, ce qui est l'antithèse complète de l'anarchisme.

  • Slaviensk :

Des principales puissances désormais socialistes qui nous entourent, Slaviensk est à ce jour la plus sérieuse des alternatives socialistes libertaires en Eurysie, bien que davantage par le bénéfice du doute dont dispose son actuel régime qui n'a pas formellement achevé à l'heure où nous écrivons ces lignes sa structure politique et économique définitive. Cependant, le peu de ce qu'on sait sur cette Slaviensk révolutionnaire est prometteur, bien qu'avec quelques signaux rouges à dévoiler ici. Le préambule de la Constitution est assez sérieuse, elle prône la triple abolition du patriarcat, du despotat et du patronat dans une formulation qui articule très bien ce que combat l'anarchisme, c'est-à-dire la domination de genre, de classe et politique, sans les hiérarchiser ou en sacrifier une au profit des autres. C'est une subtilité que même l'Estalie n'a pas formulé explicitement, ce qui mérite donc que l'on salue nos camarades slavis pour cette clairvoyance. La définition de l'autorité légitime, strictement fondée sur la compétence, conférée démocratiquement, transparente, révocable à tout moment et dépourvue de tout privilège établit également un cadre rigoureux de l'autorité fonctionnelle. Cela étant, deux éléments viennent perturber à notre sens l'actuelle Constitution slavis. La première est l'interdiction de sécession ; affirmer que nulle commune ne peut se soustraire unilatéralement à l'ordre fédéral et que toute tentative de rupture peut être empêchée par les institutions de la Fédération introduit de fait une hiérarchie entre la volonté fédérale et la volonté particulière d'une commune, ce qui est en tension avec le principe d'autonomie communale pourtant affirmé dans le préambule. Un fédéralisme libertaire cohérent doit théoriser le droit à la sécession, pas nécessairement pour l'encourager en tant que pratique, mais pour permettre aux communes de tracer une limite ultime à la légitimité fédérale car une fédération dont on ne peut pas sortir est structurellement une union unie par la contrainte et non par un pacte librement consenti. L'argument fonctionnel est compréhensible mais il ne fait que reporter la tension sans la résoudre. Il en va de même pour le parasitisme social : prohiber le parasitisme social organisé (défini comme vivre durablement du travail d'autrui sans contribution alors qu'on en est capable) est une disposition dont les contours sont extrêmement dangereux car qui définit la capacité à contribuer ? Qui détermine ce qui constitue une contribution suffisante à la vie collective ? Cette formulation ouvre un espace où l'arbitraire peut s'engouffrer dans une logique de contrôle social très éloignée de l'anarchisme : le malade dont l'incapacité est contestée, le déviant dont le mode de vie est jugé non contributif, l'artiste dont l'œuvre est estimée inutile à la collectivité, etc. L'intention derrière est clairement anti-rentière et anticapitaliste et c'est louable en soit, il faut empêcher la reconstitution d'une classe vivant de la propriété, mais la formulation actuelle est trop large et vague pour ne pas constituer à l'avenir un instrument potentiel de répression sociale.
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Fransoviac Times.

L'impérialisme est-il bleu ou rouge ? Ou les deux à la fois ?

L'impérialisme communaliste :

Critique politique de Anastasia Rikanov, journaliste et conférencière experte en relations internationales pour Fransoviac Times.

Qu'est-ce que l'impérialisme ? Beaucoup d'auteurs ou d'hommes politiques à travers le monde ont tendance à lâcher ce mot un peu comme ils le souhaitent, souvent de façon péjorative pour désigner un ennemi politique, l'impérialiste sonne dominateur, belliqueux, étranger, il est un bon argument de vente pour quiconque essaie de rallier à lui une masse en l'unissant autour d'un ennemi commun, vieux moyen en politique pour rassembler. N'y voyons pas une forme de manipulation rhétorique dont seules les démocraties libérales seraient touchées : les hommes politiques estaliens passent leur temps à justifier leur politique étrangère par le soi-disant impérialisme des autres nations, notamment des puissances libérales comme l'OND ; il en va de même pour le Grand Kah dont la logique internationale repose sur une forme d'anti-impérialisme, tout en niant fondamentalement que le Grand Kah soit lui-même impérialiste ; à ses heures de gloire, la Loduarie également se disait combattre l'impérialisme onédien, avant d'elle-même appliquer les mêmes méthodes que ses soi-disant adversaires. On pourrait faire une liste encore longue de griefs à adresser aux pays socialistes qui pratiquent ce qu'ils dénoncent précisément. Pour autant, est-ce vraiment de l'impérialisme d'un point de vue matérialiste ? En effet, le mot impérialisme sonne creux à force de l'utiliser aux quatre vents, comme si la simple utilisation de ce mot permettait de discréditer toute une politique étrangère ou de désigner toute forme d'ingérence d'un pays dans un autre, peu importe la nature de son implication et sa profondeur.

Les premières formulations théoriques de ce que l'on nomme l'impérialisme se forme principalement entre les années 1890 et 1920 dans le contexte de la transformation du capitalisme concurrentiel au capitalisme monopoliste de la première moitié du XXe siècle. Ces formulations théoriques visaient surtout à expliquer pourquoi le capitalisme, censé fonctionner par concurrence et libre-échange, produit en réalité des concentrations économiques, une exportation massive des capitaux, une rivalité entre les grandes puissances et donc, in fine, à des guerres interétatiques. Malgré des divergences importantes sur la définition d'impérialisme, on s'accorde souvent sur une hypothèse commune : l'impérialisme n'est pas un phénomène accidentel ou politique qui serait détaché de l'économie ou du social, c'est une forme structurelle du capitalisme qui apparaît à un stade bien déterminé de son développement. Initialement, les premières systématisations théoriques de l'impérialisme démarrent leur analyse en partant de la transformation structurelle du capitalisme industriel avec pour point de départ l'observation de la concentration du capital et la montée des monopoles dans les économies avancées. Il analyse la fusion progressive entre le capital bancaire et le capital industriel, ce qui produit une nouvelle forme dominante que l'on nomme le capital financier. Cette fusion se traduit par le contrôle des banques sur les entreprises industrielles à la fois via le crédit et la participation directe au capital et la direction des investissements. Le capital financier devient ainsi capable d'orienter l'ensemble du système productif en fonction de ses intérêts de valorisation. Cette transformation entraîne une réduction de la concurrence interne dans les économies nationales puisque les cartels et les monopoles organisent le marché, ce qui stabilise les prix et permet de coordonner la production. Cependant, ça ne signifie pas que la concurrence disparaît, cette concurrence se transpose entre grands blocs du capital organisé et c'est dans ce cadre que l'impérialisme apparaît comme une extension logique du capital financier à l'échelle internationale. L'exportation de capitaux devient plus importante que l'exportation de marchandises car les profits du capital financier nécessitent des zones où le taux de profit est plus élevé, c'est-à-dire dans des économies moins développées où le capital y est plus rare et la main d'œuvre moins chère. Les Etats, dans ce contexte, sont les principaux instruments de soutien de cette expansion externe via la diplomatie, le commerce ou la guerre. Il y a donc un lien direct entre la structure économique monopolistique des Etats, notamment eurysiens. On a plus tard défini l'impérialisme autrement sur cinq traits structurels majeurs : la concentration de la production et des capitaux à un niveau monopolistique, la fusion du capital bancaire et industriel en capital financier, l'importance croissante de l'exportation de capitaux par rapport aux marchandises, la formation d'associations monopolistiques internationales qui se partagent les marchés mondiaux et enfin, le partage territorial du monde entre les grandes puissances capitalistes. Ces traits ne sont pas des tendances isolées, elles font partie d'un tout, d'une expression simultanée de la transformation systémique du capitalisme lorsqu'il arrive à maturité. L'impérialisme est un stade historique nécessaire du capitalisme monopolistique dans lequel la concurrence ne disparaît pas mais se déplace vers une concurrence entre grandes puissances étatiques qui soutiennent leurs propres blocs du capital national. Cette concurrence prend la forme de rivalités pour le contrôle des marchés, des ressources, des carrefours commerciaux et des zones d'investissement. Cette dynamique rend la guerre plus ou moins inévitable dans la mesure où les puissances impérialistes ne peuvent pas stabiliser durablement leur partage du monde, toute stabilisation dans ce contexte est temporaire et tend à être remise en cause par les modifications de puissance économique relative entre Etats, l'impérialisme est donc par nature un système instable de rivalité permanente entre blocs capitalistes étatiques où la guerre fait figure de mécanisme de régulation et de redivision du monde entre ces mêmes blocs. L'impérialisme permet également la formation d'une forme d'aristocratie ouvrière dans les pays centraux à ce système, financée indirectement par les profits supplémentaires extraits des colonies ou des pays quasi-colonisés, ce qui explique certaines formes de stabilité sociale dans les pays capitalistes avancés malgré l'aggravation des contradictions globales. Néanmoins, il y a bien sûr des divergences dans cette école classique dite "inter-impérialiste" qui ne se centrait pas sur la concurrence entre capitaux ou sur le capital financier mais sur la dynamique de reproduction du capitalisme. Ces critiques partent du problème de la réalisation de la plus-value : dans le cadre marxiste, la production capitaliste génère une plus-value qui doit être réalisée sous la forme de la vente de marchandises sur le marché. Dans un système purement capitaliste et fermé, il existe une contradiction structurelle dans la capacité à réaliser l'ensemble de la plus-value produite car la demande solvable des capitalistes et des travailleurs reste insuffisante pour absorber la production globale en expansion. Donc, pour résoudre cette contradiction, le capitalisme a besoin d'accéder à des formations sociales qui ne sont pas capitalistes, donc des économies paysannes, artisanales ou précapitalistes qui constituent d'excellents débouchés externes. L'impérialisme se définirait donc par un processus par lequel le capitalisme détruit ces formations non-capitalistes en les intégrant dans le marché mondial en les transformant en sources de main d'œuvre, de matières premières et de débouchés pour les marchandises. Cette destruction est structurelle et nécessaire à la reproduction du capital, ce qui implique aussi une expansion géographique continue du capitalisme jusqu'à que le monde entier ne dispose plus d'aucune zone non-capitaliste, ce qui conduira de toute façon à la crise finale du système capitaliste en lui-même. C'est donc une logique qui estime non pas que l'impérialisme constitue une simple rivalité entre puissances mais est davantage un mécanisme d'expansion nécessaire vers l'extérieur pour résoudre une contradiction interne à la reproduction capitaliste. Enfin, des synthèses ont voulus insister sur la transformation du capitalisme en systèmes nationaux organisés en partant de l'idée que le capitalisme concurrentiel tendait à se transformer en capitalisme organisé via la formation des monopoles, des cartels et des interventions étatiques croissantes dans l'économie. Cette organisation du marché ne supprimait pas nécessairement la concurrence mais la déplaçait à un niveau supérieur qu'étaient les économies nationales elles-mêmes. Chaque Etat devient donc l'expression politique de son propre capital national organisé et la concurrence entre capitaux se transforme en concurrence entre blocs étatiques qui intègrent à la fois la production, la finance et l'appareil militaire de ceux-ci. Il y a donc une tendance à une forme de "nationalisation" du capitalisme dans le sens où il existe une intégration étroite entre l'Etat et le capital dans chaque formation sociale avancée. L'impérialisme devient dès lors la forme que prend cette concurrence entre les capitalismes d'Etat en voie de consolidation et la guerre une extension directe de cette concurrence organisée puisque les Etats représentent des intérêts économiques structurés et ne peuvent arbitrer leurs rivalités que par des moyens extra-économiques, donc souvent la guerre.

Durant cette même période, les années 1910, naquit également une école contestataire à l'école classique marxiste que l'on nomme l'école ultra-impérialiste qui se présente elle-même comme une révision de la théorie marxiste classique. Si les premiers considèrent la guerre comme une conséquence structurelle de la concurrence entre puissances capitalistes, les ultra-impérialistes proposent l'idée que cette concurrence peut être historiquement dépassée par une forme supérieure d'organisation du capitalisme mondial dans laquelle les grandes puissances capitalistes coopèrent sans forcément s'affronter militairement. La thèse principale de l'ultra-impérialisme est que le capitalisme n'est pas nécessairement condamné à maintenir une forme de concurrence violente et militarisée en observant que dans certains secteurs économiques, les capitalistes ont tendance à s'entendre par le biais de cartels internationaux, d'accords de prix, de partages de marchés et de régulations communes. A partir de cette observation, ils généralisent l'idée que cette tendance à la coopération pourrait s'étendre à toute l'économie mondiale. Ainsi, dans ce scénario, les principales puissances capitalistes formeraient une sorte de cartel global stable qui serait capable de réguler les flux de capitaux et de marchandises à l'échelle mondiale qui réduirait progressivement la nécessité à recourir à la guerre puisque les conflits seraient remplacés par des négociations économiques entre blocs capitalistes intégrés. L'impérialisme, compris comme rivalité violente entre les Etats pour se partager le monde, serait ainsi remplacé par une phase supérieure, l'ultra-impérialisme, donc une coordination durable des intérêts capitalistes à l'échelle internationale. Dans cette perspective, les théoriciens de cette thèse ne nient pas l'existence de l'impérialisme tel que décrit par les marxistes mais le considère comme une phase transitoire du capitalisme, l'impérialisme correspondrait à une étape où les capitalismes nationaux sont encore en concurrence ouverte mais cette étape ne serait pas historiquement figée. A mesure que la concentration du capital progresse et que les grandes entreprises deviennent transnationales, les contradictions entre capitaux nationaux diminuent car les intérêts économiques convergent et s'imbriquent à l'échelle mondiale. Les grandes firmes ont tout intérêt à stabiliser les relations internationales afin de garantir la continuité de leurs investissements, la sécurité de leurs échanges commerciaux et la prévisibilité des marchés. Dans cette logique, la guerre devient un moyen de moins en moins rationnel et utile sur le plan économique car elle détruit les infrastructures et les marchés dont les capitalistes dépendent désormais de manière globale. La conséquence politique de cette analyse a une certaine importance car elle sous-entend l'idée qu'il peut exister un capitalisme mondial pacifié non pas à travers son abolition mais par une organisation coopérative internationale. Cela implique que la contradiction principale du système ne se situe pas dans la rivalité militaire des Etats mais dans les tensions internes du capitalisme lui-même que l'on peut gérer par la coordination internationale. L'Etat national y perdrait progressivement son rôle central de représentant exclusif du capital national au profit de structures supranationales de régulation et l'économie mondiale tendrait ainsi vers une gouvernance collective des grandes puissances capitalistes qui arbitreraient les conflits à l'échelle institutionnelle au lieu de les résoudre par la guerre. C'est ce point qui entre en fracture avec l'école marxiste classique pour qui l'ultra-impérialisme est une dangereuse illusion théorique et politique car il suppose que les contradictions entre capitaux nationaux peuvent être surmontées durablement par la coopération ; or, ces contradictions sont structurelles et découlent de la logique même de l'accumulation capitaliste inégale. La croissance du capitalisme entre les Etats est toujours déséquilibrée, cela entraînera forcément des recompositions de puissance et donc des conflits pour le partage du monde. Toute stabilisation internationale ne peut être que temporaire car elle fige un rapport de forces qui finit nécessairement par redevenir obsolète quelques temps après. Dans cette optique, les cartels internationaux ou les accords entre puissances ne suppriment pas la concurrence mais se contentent de la déplacer et de la rendre mieux organisée, avant qu'elle ne réapparaisse plus tard sous la forme d'un conflit ouvert. Historiquement donc, cette thèse est très critiquée car elle sous-estime le rôle des Etats et des appareils militaires dans la structuration du capitalisme mondial.

Dans les années 1960 et 1980, l'impérialisme a vu sa définition revue par une forme de seconde vague qui se développait dans un contexte différent du début du siècle avec la décolonisation des pays afaréens et nazuméens, l'émergence des pays du tiers monde comme catégorie politique et économique, l'industrialisation inégale entre les pays et l'internationalisation accélérée du capital. Cette vague ne cherchait pas à expliquer la guerre entre puissances impérialistes mais à analyser la structure globale du capitalisme mondial comme système hiérarchisé stable dans lequel la domination prend des formes économiques, politiques et sociales plus diffuses, le tout articulé autour de trois théories : la théorie de l'Etat et de la reproduction du capital international, la théorie du capitalisme tardif et enfin la théorie de la dépendance. Pour ce qui est de la théorie de l'Etat et de la reproduction du capital international, la question de l'impérialisme est intégrée à une théorie générale de l'Etat capitaliste. L'Etat n'est pas conçu comme un simple instrument au service de la bourgeoisie nationale mais comme une matérialisation institutionnelle des rapports de classe dans une formation sociale donnée. Dans ce cadre, l'impérialisme n'est pas un phénomène extérieur à l'Etat qui n'en serait que l'outil de concrétisation mais un reflet de son fonctionnement interne. Les Etats des principales puissances ne sont pas des acteurs homogènes qui agissent de manière unifiée, c'est la condensation de rapports sociaux essentiellement contradictoires dans lesquels les fractions de capital internationalisé jouent un rôle croissant. Il faut donc comprendre l'impérialisme moderne comme une articulation complexe entre les Etats et le capital qui s'est transnationalisé avec le temps, où les Etats participent activement à la reproduction des conditions de l'accumulation mondiale du capital. Cette théorie insiste sur le fait que l'internationalisation du capital ne signifie pas que les Etats nationaux vont disparaître mais leur fonction va par contre se transformer pour devenir des relais de la reproduction du capital à l'échelle mondiale en assurant la discipline du travail, la stabilité juridique, la protection des investissements et en gérant les crises sociales. L'impérialisme est donc un processus structurel d'intégration des appareils d'Etat dans une logique de reproduction élargie du capital international et non une simple politique extérieure agressive.

Pour ce qui est du capitalisme tardif, c'est une approche plus économique et historique qui propose la périodisation du capitalisme en plusieurs stade avec un statde monopoliste et un stade tardif. L'impérialisme est inscrit dans la phase monopoliste traditionnellement mais il se reconfigure en vérité par l'internationalisation du capital et les transformations technologiques et organisationnelles du XXe et XXIe siècle. L'impérialisme reste, selon cette théorie, fondamentalement lié à la nécessité pour le capital de contrer la baisse tendancielle de son taux de profit, ce qui pousse à la recherche de nouveaux espaces d'accumulation, de nouvelles technologies et de nouvelles formes d'exploitation pour réaliser des économies d'échelle. Elle intègre aussi une analyse des cycles longs du développement capitaliste dans lesquels les phases d'expansion et de crise sont liées à des vagues d'innovation et à des restructurations profondes du capitalisme mondial. Dans cette perspective, l'impérialisme n'est pas un mécanisme spatial d'expansion vers la périphérie mais aussi un mécanisme temporel de restructuration périodique du système capitaliste. Les guerres, les crises économiques et les révolutions technologiques s'intègrent parfaitement bien dans une seule dynamique de recomposition du capitalisme mondial.

Enfin, la théorie de la dépendance part du constat que le capitalisme mondial produit structurellement une division entre le centre et sa périphérie qui n'est pas simplement une différence de niveau de développement mais une relation d'exploitation systémique. Dans ce cadre, les économies périphériques ne sont pas en voie de rattrapage mais sont structurellement configurées pour fournir des ressources, des matières premières et surtout du travail à bas coût au centre. C'est ce qu'on nomme la "super-exploitation du travail" qui désigne une forme d'exploitation où la force de travail est rémunérée en dessous de sa valeur pour maintenir le mécanisme structurel de reproduction du capital dans la périphérie. Cette super-exploitation permet aux économies dépendantes de compenser leur position défavorable dans l'échange mondial et de garantir des taux de profits suffisants pour le capital local et étranger. L'impérialisme, que l'on nomme ici plutôt le sous-impérialisme, est compris donc comme un système de transfert de valeur de la périphérie vers le centre, organisé par des mécanismes économiques et commerciaux mais aussi par les structures politiques internes des Etats périphériques, les bourgeoises locales vendent volontairement leur pays au centre afin de toucher une part substantielle du capital reproduit sur le sol du pays qu'ils gouvernent.

Dans ce contexte théorique précis, la question désormais demeure : est-ce qu'il existe un impérialisme communaliste ? Bien sûr, tout dépend ce qu'on définit comme impérialisme et par quels mécanismes on pense qu'il s'applique dans les conditions matérielles et comme on l'a vu, il n'existe pas une seule définition. Pour ce qui est de l'Estalie, le prisme classique se montre partiellement inadapté pour répondre à la question car le noyau dur de la théorie classique, c'est-à-dire la fusion du capital bancaire et industriel en capital financier privé, par des monopoles privés et l'exportation de capitaux privés à la recherche de taux de profit supérieurs ne s'applique presque pas à l'Estalie. Il n'y a pas de capital financier privé qui cherche à s'exporter ici, la Banque Populaire est nationalisée, les coopératives ne sont pas des entreprises actionnariales en quête de placements extérieurs et le système Joduliak fixe les prix par décision étatique et non par une quelconque de loi du profit dérégulé lié au marché. Rien ne colle à l'économie collectivisée estalien et donc au sens strict, l'Estalie n'est pas impérialiste au sens classique mais à vrai dire, on pourrait dire de même que n'importe quel Etat socialiste dans ce cas présent, y compris le Grand Kah ou la Loduarie dont le postulat est le même. D'un prisme plus luxemburgiste, le système Joduliak est explicitement fait pour naturellement assurer une certaine surproduction qui est vendue ensuite à l'international à des prix dérisoires, sans oublier que l'idéal autarcique coexiste avec une dépendance croissante à l'exportation de ce dit surplus. La politique de dévaluation compétitive de l'unitas est un outil délibérément utilisé par l'Estalie pour écouler ce surplus sur des marchés extérieurs à des prix cassés, c'est exactement la mécanique que l'on reproche aux économies capitalistes qui ont besoin d'absorber leur production excédentaire ailleurs autres que dans leurs frontières, faute de demande solvable interne suffisante, à la seule différence que l'économie estalienne est collectivisée et socialisée. La différence avec la théorie inter-impérialiste, c'est qu'elle présume que ce sont des milieux non-capitalistes qui absorbent ce surplus, or, ici, c'est l'inverse, c'est précisément des Etats souvent capitalistes étrangers qui absorbent les exportations estaliennes (si on excepte de grands partenaires commerciaux comme le Grand Kah). L'inversion de cette logique n'invalide cependant pas le fait que ce soit le même mécanisme structurel, il existe toujours structurellement une nécessité d'un débouché externe pour une production planifiée en excès. On peut cependant objecter une chose : là où la théorie inter-impérialiste estime qu'il s'agit d'un besoin structurel et permanent, l'Estalie peut toujours en théorie recalibrer sa planification économique, son modèle économique est ouvert à la résolution des contradictions contrairement au capitalisme. Si on regarde par le prisme des théories ultra-impérialistes, ici, ça n'a aucune pertinence. Cette école décrit une convergence pacifique entre les grandes puissances capitalistes rivales, sauf que l'Estalie ne cherche en aucun cas une cartellisation avec ses adversaires. S'il y a bien une chose qu'on ne peut pas reprocher à l'Estalie, c'est qu'elle combat et affronte ses adversaires capitalistes et fascistes. La théorie ultra-impérialiste est donc hors sujet ici. En regardant via la théorie de l'Etat et de la reproduction internationale du capital, la thèse est intéressante mais le cas estalien exige qu'on retourne cette théorie : l'idée que l'Etat n'est pas un simple instrument mais la condensation de rapports sociaux qui intègrent la reproduction du capital à l'échelle internationale s'applique littéralement à l'Estalie, à ceci près qu'il faudrait remplacer le capital privé transnational par l'appareil révolutionnaire estalien. L'AFRE ou le SRR jouent typiquement le rôle de relais de la reproduction du capital, bien que ce soit un capital surtout politique (l'idéologie husakiste et son modèle socio-économique et politique), et ce à l'échelle mondiale en assurant à l'étranger ce que l'Etat assure en interne, c'est-à-dire la discipline, la stabilité, l'ordre public et l'alignement idéologique des élites dirigeantes. C'est une lecture qui suggère que l'Estalie n'exporte pas du capital privé en soit mais directement son modèle de production tout entier, ce qui est une forme d'impérialisme complètement analogue, même si la matière exportée en elle-même diffère des pays capitalistes. Si on le voit selon les théories du capitalisme tardif, ce cadre suppose une comptabilité de la valeur et du profit qui est trop propre au capitalisme concurrentiel privé. L'économie a bien des taux de profits dans le sens du système Joduliak qui est basé sur la rentabilité mais les NAFP, notamment la NAFP III, montre justement une volonté politique et systémique de corriger ce taux de profit par des critères sociaux comme le CUS, ce qui va à l'encontre de la loi tendancielle marxienne classique qui suppose une autonomisation du profit par rapport aux besoins sociaux. Le cadre est donc partiellement inadapté ici, sauf si on le réinterprète en disant que la nécessité d'industrialiser plus vite à travers le KROMEVAT ressemble peut-être à une course à l'accumulation extensive et non une crise de la baisse du taux de profit, ce qui est un mécanisme assez proche et voisin mais qui n'est pas exactement identique. Or, on sait aussi que la nécessité de l'industrialisation en Estalie découle aussi et surtout d'un contexte géopolitique initialement défavorable à une Estalie encerclée et menacée qui a dû s'armer et se consolider économiquement pour ne pas finir submergé par la Réaction. Enfin, sous le prisme de la dépendance et du sous-impérialiste, les exemples de la Kartvélie, de la DCT ou de la Kaulthie sont des cas d'écoles. Le sous-impérialisme suppose qu'une fraction locale de la classe dirigeante aligne son économie sur les intérêts du centre en échange d'une part du surplus reproduit. Or, on sait que le gouvernement kartvélien est parfaitement alignée sur la politique étrangère de Mistohir, que l'intervention estalienne coïncide là-bas avec l'accès aux ressources minières du pays. La théorie sous-impérialiste prétend que la bourgeoisie vend le pays à un capital étranger privé ; or, ici, c'est plus une nomenklatura révolutionnaire kartvéïste, formé idéologiquement en Estalie par ailleurs, qui a aligné son pays vers un centre d'accumulation qu'est l'Estalie. Le mécanisme de transfert de valeur de la périphérie (Kartvélie) vers le centre (Estalie) via une élite locale consentante rient remarquablement bien malgré l'habillage idéologique.

L'Estalie est donc impérialiste par l'externalisation coercitive des contradictions internes de son système d'accumulation sur deux critères que sont sa nécessité structurelle d'exporter sa surproduction planifiée à prix cassé et l'alignement de facto des pays périphériques de la sphère d'influence estalienne sur les intérêts économiques et diplomatiques de Mistohir via une élite locale consentante. Cependant, plusieurs points restent en suspend quant à cet impérialisme. En effet, l'impérialisme classique, toutes écoles confondues, suppose un flux net et unidirectionnel de valeur, de ressources ou de surtravail depuis la périphérie vers le centre, ce qui appauvrit structurellement la première au profit du second. Or, à plusieurs endroits, l'Estalie investit massivement dans les pays soi-disant périphériques comme dans la reconstruction kartvélienne, elle finance des programmes d'échange de main d'oeuvre qualifiée avec la DCT et à vrai dire, rien qu'en Kartvélie, le bilan coût-bénéfices de l'aide estalienne à la Kartvélie est structurellement déficitaire pour l'Estalie. Un impérialisme qui paie plus qu'il ne prélève est au minimum un cas limite. De plus, dans tous les cadres cités, il existe quelqu'un, une classe ou une fraction de classe, qui touche personnellement le surplus extrait. Dans le cas estalien, il n'y a structurellement personne en position de s'enrichir individuellement des relations estaliennes avec l'étranger. Pas d'actionnaires ou de rentiers en Estalie, la solde méritoire graduée et l'absence de propriété privée sur les moyens de production rendent l'accumulation privée à partir de l'extérieur juridiquement impossible. On peut répondre que c'est l'appareil d'Etat qui accumule ici mais ce ne serait que déplacer la question sans la réfuter car encore faut-il montrer que cet appareil se comporte comme une classe exploiteuse, ce qui n'a pas été démontré jusqu'ici, d'autant avec un Etat estalien tenu fermement en laisse par son peuple via la démocratie directe et l'ensemble des contre-pouvoirs et droits que les citoyens et les communes disposent sur le pouvoir fédéral. Enfin, bien que ce ne soit qu'un argument rhétorique pour l'heure, le discours husakiste s'inscrit structurellement dans une forme de clause de fin à travers la déconstruction progressive de l'Etat, c'est-à-dire l'idée que des institutions étatiques comme l'armée ou le SRR et les semblants étatiques et coercitifs restants n'existent que tant qu'il existe une menace existentielle à la Révolution, c'est-à-dire le capitalisme, et que leur disparition est prévue dès que cette condition cesse. Ce n'est pas une preuve de sincérité ou une garantie mais c'est un fait discursif à ne pas oublier car ça distingue formellement l'Estalie des impérialismes classiques qui se pensent toujours permanents ou du moins n'assignent pas de termes à leur domination sur autrui. Enfin, une dernière hypothèse intéressante, c'es que l'Estalie pratique ce que l'on peut nommer un impérialisme auto-liquidant. Le concept est assez simple : le centre, donc l'Estalie, investit dans la périphérie non pour l'exploiter durablement mais pour la faire advenir elle-même comme un centre autonome, processus qui doit se répéter jusqu'à l'extinction complète du capitalisme mondial et donc, dans la logique husakiste, à la dissolution finale des Etats eux-mêmes. C'est cohérent avec le principe de déconstruction progressive de l'Etat mais appliquée à l'échelle internationale avec un rejet du dépérissement passif à la eurycommuniste en proposant à la place une autonomisation active, poussée de l'extérieur, de chaque nouveau maillon au réseau communaliste. C'est une théorie intéressante mais elle présente un problème majeur : c'est exactement ce qu'on a reproché à la thèse ultra-impérialiste qui dit que la concurrence violente entre puissances est une phase transitoire vouée à se dépasser vers une forme supérieure de coopération pacifiée. Sauf que chez les ultra-impérialistes, cette phase supérieure est une entente entre centres rivaux alors que la théorie de l'impérialisme auto-liquidant agit comme la multiplication des centres eux-mêmes jusqu'à leur propre disparition, c'est la même structure logique en disant que ce qui ressemble aujourd'hui à de la coercition n'en est pas vraiment parce que le processus est orienté vers sa propre fin. On ne peut pas juger un rapport de force au présent à l'aune d'une promesse au futur, précisément car rien ne garantir matériellement que cette promesse soit tenue. Le critère marxiste classique, c'est justement de ne juger le rapport qu'à ce qu'il est structurellement sur le moment. Néanmoins, quelques éléments sauvent cette théorie (sans que la critique ci-dessus ne disparaisse cela dit). Tout d'abord, on observe déjà une subvention effective et coûteuse de l'autonomie militaire kartvélienne, l'Estalie s'est donné du mal à former l'armée kartvélienne au lieu de la subsistuer simplement par l'Armée Rouge, c'est un indicateur matériel pertinent parce qu'un impérialisme classique n'a aucun intérêt structurel à ce que sa périphérie devienne militairement autosuffisante puisque cela réduit son levier de coercition sur lui. Il en va de même pour la Kaulthie via le Comité de Défense Mutuelle. De même, dans la thèse sous-impérialiste, la bourgeoisie locale périphérique n'a aucun intérêt à ce que le pays cesse d'être un relais du capital étranger puisque c'est la source de son propre enrichissement, c'est de cette manière que la dépendance s'entretient toute seule sauf que si le mécanisme estalien pousse à sa propre obsolescence, alors on a un mécanisme qui est structurellement différent.

Avec le Grand Kah, le raisonnement est assez semblable mais on note quelques différences malgré tout. Sur le plan économique, le Grand Kah base en grande partie sa stratégie commerciale extérieure sur les Keiretsus, des conglomérats de coopératives que les Kah-tanais admettent eux-mêmes comme des formes de multinationales capitalistes extrêmement agressives sur les marchés internationaux. Là encore, on peut se dire que ce n'est pas plus différent que ce que fait l'Estalie ; cependant, voilà la principale différence : le capitalisme d'occasion, comme le nomme les Kah-tanais, cherche à redistribuer les devises étrangères obtenues dans des fonds appartenant à l'Union pour ensuite financer des infrastructures...sur le sol kah-tanais. On peut se dire que ce n'est pas si grave que cela, que le Grand Kah ne se contente que de profiter de l'avarice des pays capitalistes pour enrichir l'expérience communaliste kah-tanaise mais le problème d'une telle démarche, c'est qu'il s'agit d'un modèle de prédation économique du Grand Kah à l'égard des nations voisines, qu'elles soient capitalistes ou non. En effet, par des méthodes de prise de contrôle hostile du marché, le Grand Kah se contente de créer une plus-value sur des économies capitalistes plus faibles, donc en l'occurrence sur la plus-value extraite de l'exploitation des travailleurs de ces mêmes pays ; le Grand Kah n'est pas responsable directement des politiques capitalistes de ces pays en question mais il en redirige la plus-value vers sa propre prospérité, c'est en somme une forme assez particulière de sous-impérialisme déguisé en guerre de positions puisque ces élites capitalistes dont les Keiretsus profitent par leurs politiques sont non seulement consentantes de part leur adhésion à l'économie de marché et à la participation des échanges internationaux mais profitent également de ce phénomène puisqu'ils tirent une part substantielle de la plus-value extraite, même quand une partie part à l'étranger et finance le Grand Kah et son train de vie par la super-exploitation du travail des prolétaires des pays capitalistes. C'est d'ailleurs là où les critiques kah-tanais pointent l'asymétrie mais pour être franc, même ces critiques visent un peu à côté en pointant les seuls Keiretsus comme une forme d'aristocratie ouvrière car les infrastructures kah-tanaises payées à grand frais de devises étrangères, typiquement, profitent à tous les citoyens kah-tanais, pas seulement aux Keiretsus. C'est le peuple kah-tanais lui-même qui devient une aristocratie ouvrière, peut-être à son insu il faut le reconnaître aussi. Ce qu'on peut reconnaître cependant aux Kah-tanais et que les Estaliens ne disposent aucunement, c'est d'une politique douanière qui incite les entreprises capitalistes à modérer leurs méthodes d'exploitation du travail afin de pouvoir accéder efficacement au marché kah-tanais. Une faible compensation en somme, l'exploitation continue de se poursuivre dans tous les cas et aucune nation capitalise empiriquement ne s'est structurellement remise en question pour les beaux yeux du marché kah-tanais, mais une compensation qui existe et qui mérite d'être souligné comme une tentative louable d'alléger le fardeau des prolétaires du monde entier qui financent le train de vie des Kah-tanais sous l'exploitation avide des bourgeoisies locales. Il en va de même pour le réseau en "collier de perle" du Grand Kah. Alors, on peut reconnaître quand même les bons points de ce réseau comme l'absence de clause de saisie souveraine ou les tarifs préférentiels conditionnés à des normes sociales et environnementales qui impliquent un renoncement à une part du profit à court terme pour des objectifs structurels. Cependant, même ces concessions matérielles réelles ne suffisent pas à sortir du cadre impérialiste, notamment l'argument que les Kah-tanais sortent souvent à leurs partenaires, la standardisation technique : comme toujours, que ce soit le Grand Kah ou d'autres pays, la standardisation technique est présenté comme un service rendu aux entreprises partenaires mais c'est structurellement un mécanisme de verrouillage technologique, un simple lock-in, car une fois qu'un pays a aligné toute son infrastructure sur les standards d'un unique fournisseur-financeur, sa capacité de sortie du réseau diminue drastiquement, même sans dette formelle ou clause de saisie. C'est précisément une forme de super-impérialisme puisque celui-ci, à l'ère contemporaine, n'a souvent pas besoin d'une coercition explicite quand on contrôle l'infrastructure dont dépend le fonctionnement quotidien du partenaire. L'absence de clause de saisie ici ne fait que régler une forme archaïque de dépendance, la dette, en laissant intact une forme bien plus moderne et difficilement quantifiable qu'est la dépendance normative et technique. Et ne nous y trompons pas, ce n'est pas parce que le Grand Kah positionne son réseau en opposition à un bloc rival comme l'ONC avec un vocabulaire altermondialiste que le système kah-tanais est blanc de tout soupçon, c'est une lecture parfaitement inter-impérialiste classique, ce sont juste deux blocs capitalistes ou post-capitalistes organisés en réseaux concurrents qui se disputent des zones d'influence. Ce même réseau de collier de perles remplit également un objectif autrement différent : en effet, on vient de le constater juste avant, le Grand Kah produit une forme de sous-impérialisme afin d'alimenter le train de vie de son aristocratie ouvrière ; cependant, comme tous les systèmes d'accumulation dont le Grand Kah agit comme centre, ce système finit par stagner à travers le poids de ses contradictions internes, notamment le problème du consumérisme qui découle directement du souhait du Grand Kah de favoriser une économie d'abondance. Le consumérisme se définit toujours par le souhait d'obtenir toujours plus de biens matériels, la croissance du PIN kah-tanais dépendait donc entièrement jusqu'à présent de la surconsommation de sa propre population, en notant que tous les biens consommés ne sont pas nécessairement issus de la production kah-tanaise. Le stade stagnant que le Grand Kah a fini par atteindre ne représente que le seuil que l'économie d'accumulation kah-tanaise pouvait atteindre avant que les contradictions ne pointent le bout de leur nez, d'autant que les politiques cherchent à limiter cette dite consommation (d'autant qu'il existe aussi une tension entre la volonté écologique mais aussi une volonté productiviste au profit, bien souvent, de l'industrie de l'armement), ce sont donc deux tendances qui s'affrontent au sein de l'économie kah-tanaise et qui créait cet effet de stagnation. Et le collier de Perles dans tout ça ? Son rôle est avant tout de créer d'autres formes d'aristocraties ouvrières mais restant soumis à une forme de super-impérialisme à travers, on l'a vu, une dépendance technique et normative, parfois militaire dans le cas de la Mährénie, Kotios ou de la Communauterra. Le Grand Kah se félicite de cela, estimant que Axis Mundis cède volontairement une partie de son emprise hégémonique sur sa sphère d'influence en dispersant la valeur productive à travers son vaste réseau commercial et économique mais c'est une cession formelle dans les faits, le Grand Kah conserve toujours une emprise directe sur la manière dont ces économies montent en puissance, souvent dépendantes des investissements kah-tanais. De plus, comme on l'a dit, dans un système économique fermé, la demande solvable des capitalistes et des travailleurs reste insuffisante pour absorber la production globale en expansion, ne serait-ce pas le même mécanisme que le Grand Kah a dû réguler par la stagnation de sa croissance ? Incapable d'absorber la production globale en expansion, son aristocratie ouvrière avait également besoin d'exporter sa demande, littéralement, ce qui mène à la création d'autres formes d'aristocraties ouvrières subordonnés au Grand Kah puisque celui-ci joue l'intermédiaire dans ce processus. D'autant que cette stratégie est, par un heureux hasard, souvent dirigé vers des pays bien plus pauvres afaréens ou nazuméens comme le Dyl'Milath ou le Wanmiri qui partent souvent de loin, d'économies très brièvement capitalistes ou qui reposent en grande partie sur leu secteur primaire et secondaire avant l'arrivée des Kah-tanais, ce qui concorde très bien avec la théorie inter-impérialiste. A l'inverse, des sommets comme celui d'Esperanza n'a pas vu la présence de beaucoup de pays eurysiens en dehors de l'Illirée. Où était l'Estalie ? Où était l'Altrecht ? Où était Slaviensk ? Ces nations, pourtant communalistes, n'ont pas intégrés ce réseau et pour cause : ce sont des économies développées, post-capitalistes (ou en voie de le devenir définitivement) et numérairement plus imposantes, donc avec une marge de redirection de la demande plus faible pour le marché kah-tanais. Pour ce qui est de la politique militaire kah-tanaise, elle reste singulièrement similaire à ce que pratique aussi l'Estalie, ce qui l'expose aux mêmes critiques mais donne également place à la même forme de justification d'impérialisme auto-liquidant que l'Estalie : comme l'Estalie, il arrive fréquemment au Grand Kah, lorsqu'il se déploie militairement dans certains pays, de promouvoir l'autonomisation de la défense locale comme c'est le cas dans les Républiques etznabistes ou en Mährénie.

En somme, le Grand Kah est aussi sujet que l'Estalie à la question de l'impérialisme, ce qui ne rend pas son modèle inférieur ou supérieur au nôtre, seulement la logique impérialiste kah-tanaise, avec des nuances, est plus mature, plus mondialisé, plus vieux aussi il faut le dire, qu'une Estalie encore jeune tantôt dans ses relations internationales que dans son modèle politico-économique. Des deux modèles, nous pouvons cependant en conclure qu'ils sont tous les deux sujets à la fois à une forme de sous-impérialisme d'une part et d'une forme d'inter-impérialisme luxemburgiste d'autre part, une fois de plus, il s'agit de savoir d'où ce sous-impérialisme part : pour l'Estalie, l'accusation de sous-impérialisme se situe dans les actions de prédation que certains acteurs, notamment certaines coopératives peu scrupuleuses, intentent contre la souveraineté économique kartvélienne, notamment l'exploitation de ses ressources minières et de ses hydrocarbures, il en va de même pour la dépendance organisée entre la Kaulthie et l'Estalie ; pour le Grand Kah, ce sous-impérialisme est plus profond puisqu'il s'inscrit dans la doctrine du capitalisme d'occasion qui représente quand même, soyons francs, la pierre angulaire de l'accumulation de la valeur productive au Grand Kah. Quant à l'inter-impérialisme, l'opposition des deux puissances communalistes en blocs contre d'autres blocs, qu'il soit onécien ou onédien, et la création de dépendances visibles ou invisibles conforte aussi cette théorie. Enfin, toujours est-il qu'on peut aussi supposer que les deux pays font preuve d'impérialisme auto-liquidant comme on l'a défini dans cet article, à une seule différence près : on ne retrouve pas explicitement, à notre connaissance, d'équivalent de la déconstruction progressive de l'Etat chez les Kah-tanais du fait d'une conception encore radicalement différente de la place de l'Etat et de l'autorité ainsi qu'une relation envers les avancées révolutionnaires infiniment éloigné de l'urgentisme estalien qui voit sur le temps court et moyen et non sur le temps long car les révolutionnaires n'en auraient, selon les husakistes, plus le privilège, tout simplement, d'où le fait que les husakistes acceptent l'idée d'être un centre, à la condition de ne pas être le seul centre à terme au fur à mesure de l'avancée géographique de la flamme révolutionnaire et de la libération des peuples.
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Croire que l'exemplarité mène au changement en profondeur de la superstructure, c'est un crime.

La naïveté criminelle de la stratégie du phare :

Critique politique de Vadim Sokorenko, journaliste politique pour la Tribune du Peuple.

Il existe, dans les cercles libertaires, socialistes et communalistes du monde entier, une tentation récurrente : celle de croire que la construction d'une société juste chez soi suffit, par sa seule vertu démonstrative, à provoquer l'effondrement des régimes bourgeois et réactionnaires ailleurs. Cette thèse, qui a trouvé en Estalie son surnom de stratégie du phare, mérite d'être prise au sérieux avant d'être réfutée car elle procède d'un syncrétisme entre une forme de spontanéisme luxemburgiste et d'une influence du confédéralisme kah-tanais mais la cohérence interne de cette doctrine ne suffit pas à garantir sa validité matérielle. La stratégie du pare repose sur un postulat qu'elle ne discute jamais : celui selon lequel une révolution importée, ou ne serait-ce qu'assistée depuis l'extérieur, serait par nature moins authentique qu'une révolution qui s'engendrerait par elle-même. C'est la thèse luxemburgiste dans sa forme la plus rigide, or le spontanéisme a structurellement des limites car livré à lui-même, un mouvement populaire ne dépasse spontanément que le stade du syndicalisme, c'est-à-dire la lutte pour des concessions à l'intérieur d'un cadre existant mais jamais la rupture révolutionnaire elle-même qui exige une conscience de classe organisée et souvent importée depuis l'extérieur du prolétariat immédiat. Traduit à l'échelle internationale, attendre qu'un peuple opprimé développe seule, sans aucun soutien matériel extérieur, les conditions organisationnelles de son propre soulèvement revient à parier que la conscience révolutionnaire se développe indépendamment des rapports de force qui l'écrasent en confondant ainsi la genèse idéale d'une conscience politique avec les conditions matérielles de sa possibilité. Le cas kartvélien illustre bien cette erreur d'ailleurs : le PCK, le parti communiste kartvélien avant la Révolution Brune, ne manquait pas de conscience révolutionnaire, le parti avait été dissout par décret, ses cadres pourchassés et ses militants ont été contraints à l'exil avant même d'avoir eu la possibilité de se structurer sur son propre sol et aucune dose d'exemplarité estalienne par ses résultats économiques et politiques n'ont pu changer ce fait brutal, l'Etat kartvélien disposait du monopole de la coercition sur son propre territoire et ce monopole suffit, à lui seul, à étouffer dans l'œuf toute maturation spontanée, aussi admirable soit le modèle qui l'inspire au loin. Le spontanéisme suppose la neutralité de l'environnement politique qui n'existe nulle part où la réaction dispose encore de moyens de répression.

Ensuite, il existe une parenté structurelle troublante entre la thèse de la stratégie du phare, qui se veut donc pacifiste, et la thèse ultra-impérialiste que la tradition marxiste classique a déjà démontée. Les ultra-impérialistes soutenaient que la concurrence violente entre les puissances capitalistes n'était qu'une phase transitoire qui était appelée à se dépasser par la convergence pacifique des intérêts à mesure de l'internationalisation du capital. L'école classique leur a opposé, à raison, que les contradictions entre les capitaux nationaux sont structurelles et non pas conjoncturelles, aucune coordination diplomatique ne peut abolir durablement les rapports de force qui se recomposent sans cesse selon le développement inégal des puissances. La stratégie pacifiste du phare commet exactement la même erreur de structure en transposant son analyse entre puissances au rapport entre un modèle exemplaire et une périphérie hostile. Il postule qu'un rayonnement purement démonstratif suffira, à terme, à convaincre les Etats bourgeois et réactionnaires de céder pacifiquement du terrain idéologique, comme si ces Etats n'avaient pas d'intérêt matériel et structurel à empêcher par tous les moyens dont ils disposent la contagion d'un modèle qui menace directement leurs propres rapports de domination interne. Un Etat réactionnaire ne se laisse pas convaincre par l'exemple, il se sent menacé par l'exemple bien au contraire, précisément parce que celui-ci offre à sa propre population un point de comparaison concret. C'est pourquoi la réussite économique et sociale d'un foyer révolutionnaire ne produit jamais empiriquement une conversion graduelle de ses voisins hostiles mais au contraire un raidissement défensif, un encerclement puis une coalition contre-révolutionnaire, une logique d'encerclement capitaliste assez classique en somme. Le succès des sociétés socialistes n'apaise pas la contradiction, au contraire il l'exacerbe. Les deux principales puissances communalistes dans le monde que sont le Grand Kah et l'Estalie, et même anciennement le Pharois, en sont de bons exemples : que ce soit la révolution kah-tanaise ou estalienne, les deux furent soumises immédiatement à la présence du voisinage et dans le cas du Grand Kah, ce fut même l'intérieur qui menaça l'Union, en témoigne l'épisode de la Junte militaire en 1985. Pourtant, non sans délaisser la construction d'une société socialiste idéale, les deux modèles estalien et kah-tanais n'ont pas abandonnés pour autant la lutte armée à l'extérieur. Qu'il s'agisse d'impérialisme ou pas, l'essentiel n'est pas là : sans s'en prendre aux bases extérieures de la Réaction en dehors de leur propre sol, les révolutionnaires kah-tanais et estaliens ont déplacés le conflit à l'étranger pour protéger leur foyer révolutionnaire en portant la guerre et la lutte des classes sur le terrain des réactionnaires, les prenant ainsi de court et évitant aux foyers révolutionnaires de subir une contre-révolution. C'est la raison principale de la survie des modèles estalien et kah-tanais sur un temps long car sans offensive de leur part, ces modèles auraient finis par disparaître par encerclement capitaliste et n'auraient certainement engendrés aucun régime communaliste qui découle de ces modèles de base. Sans offensive des Estaliens, pas de Révolution en Kartvélie ni à Slaviensk, pas de survie du socialisme en Translavya et certainement pas de perpétuation du modèle communaliste en Kaulthie ; il en va de même pour l'Altrecht dont la survie face à la réaction hotsalienne dépend uniquement de la garantie d'indépendance estalienne et kah-tanaise, garantie qui est elle-même le produit d'une politique extérieure volontairement agressive face à la Réaction. Un régime pacifiste qui se refuse à combattre sous prétexte qu'il n'a pas été agressé aurait laissé certainement l'Altrechht sur la touche, laissant son prolétariat seul face à la réaction hotsalienne et l'aurait forcé à la compromission avec les pressions velsniennes pour revenir doucement vers un modèle capitaliste et social-démocrate au mieux, comme toutes les révolutions isolées et vaincues sur le moyen terme. C'est ce qui explique à la fois le manque total de viabilité altrechtois qui repose exclusivement sur le sacrifice des combattants révolutionnaires de ses protecteurs et absolument pas sur la propre capacité du prolétariat altrechtois à défendre son modèle ainsi que l'opportunisme lâche de sa stratégie soi-disante pacifiste qui n'en est pas une, qui consiste uniquement à envoyer mourir en première ligne les Estaliens et les Kah-tanais en contrepartie d'une loyauté politique et géopolitique douteuse, compte tenu d'une politique commerciale sur les armements qui arme explicitement les régimes bourgeois et réactionnaires du monde entier.

La stratégie du phare suppose aussi, implicitement, que l'information circule librement entre les foyers révolutionnaires et les populations qu'ils entendent inspirer. C'est ignorer que tout Etat réactionnaire digne de ce nom dispose du monopole de la censure, de l'appareil scolaire, du contrôle médiatique et de la police politique sur son propre territoire, c'est-à-dire tous les instruments nécessaires pour empêcher que l'exemple ne devienne un fait de conscience. Le rayonnement d'un modèle n'est jamais un phénomène purement discursif qui traverserait les frontières par sa seule force de vérité, il doit d'abord franchir un filtre matériel de répression que seul un rapport de force peut fissurer. C'est en somme une forme de guerre de position gramscienne, la conquête de l'hégémonie culturelle à l'intérieur d'une société civile adverse et étrangère mais cette guerre de position ne suffit pas par elle-même, elle prépare et accompagne la guerre de mouvement qui vient ensuite, elle ne s'y substitue pas indéfiniment sauf si on accepte un report perpétuel de l'échéance révolutionnaire. Or, la stratégie du phare repose sur une hypothèse implicite quant au temps historique, elle suppose qu'il existe un horizon suffisamment large pour que la patience finisse par payer, que l'Histoire, tôt ou tard, ira dans le sens de l'exemple révolutionnaire. C'est précisément cette posture qu'il faut refuser absolument. Le déterminisme historique classique, qu'il soit marxiste ou libertaire, pouvait se permettre de penser en siècles mais à notre époque, nous ne pouvons plus nous le permettre avec cette double mâchoire qui se referme sur toute fenêtre révolutionnaire entre le raffinement technologique des appareils de surveillance et de contrôle social qui rendra bientôt toute insurrection populaire matériellement impraticable et d'autre part l'effondrement climatique en cascade que provoque le capitalisme tardif qui précipitera l'humanité dans des guerres de survie où tout projet émancipateur deviendra caduc. Tout ceci impose une temporalité radicalement différente de celle dans laquelle pensaient les théoriciens du dépérissement graduel de l'Etat ou de la conversion pacifique des masses. Attendre que le phare produise ses effets sur une échelle de plusieurs générations, c'est parier l'existence même de la possibilité révolutionnaire sur un délai que les conditions matérielles contemporaines ne nous accordent plus. La stratégie du phare échoue non seulement à propager le modèle révolutionnaire mais elle échoue également à en garantir la simple survie une fois qu'il a émergé par ses propres moyens. Que l'on songe à la fragilité structurelle de toute expérience communaliste ou révolutionnaire livrée à elle-même, sans appareil de défense mutuelle : elle demeure à la merci du premier coup de force intérieur soutenu depuis l'étranger, de la première frappe contre-révolutionnaire. Un modèle pacifiste qui refuse par principe de se doter des moyens de sa propre défense ne fait que déléguer sa protection à des tiers moins scrupuleux, ce qui revient dans les faits à abandonner sa souveraineté stratégique tout en conservant la prétention morale de la pureté.

Pour conclure, rien de ce qui précède ne doit être lu comme une négation de la valeur du phare en tant que tel. La construction intérieur de la Révolution par l'industrialisation l'élévation du niveau de vie, la démocratie directe ou l'éradication de la misère demeure une condition nécessaire de toute prétention révolutionnaire sérieuse car sans elle, l'épée elle-même n'est qu'aventurisme sans base, une gesticulation militaire sans aucune assiste sociale, ce que l'expérience de bien des mouvements révolutionnaires et insurrectionnels isolés de leur peuple a montré par le passé mais la confondre avec une condition suffisante, c'est céder à l'illusion structurellement identique à celle des ultra-impérialistes en croyant que la simple maturation d'un système suffit à dissoudre pacifiquement des contradictions qui, par nature, ne se résolvent que par le rapport de force. Le phare, sans l'épée, n'illumine que ceux qui ont déjà les yeux tournés vers lui, il ne fait rien pour ceux qui, depuis l'obscurité qui les gouvernent, ont tout intérêt à en éteindre la lumière avant qu'elle ne porte trop loin.
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Tribune du Peuple.

Do you like hurting other people ?

Des fascistes au Grand Kah ?

Article d'analyse et de critique littéraire de Nayden Perun, journaliste spécialisé en philosophie politique.

Rien n'est plus amer de douter de ses plus proches alliés. Depuis 1992, la Quatrième Confédération du Grand Kah est le porte-étendard du communalisme et mieux encore, après la fondation du Liberalintern, il est devenu le flambeau de la liberté à travers le monde, le modèle vers lequel se tourne tous ceux en quête d'alternative entre les régimes réactionnaires et fascistes, les démocraties représentatives à la solde de bourgeoisies nationales avides ou de régimes autoritaires soi-disant socialistes dont la seule finalité a été jusqu'ici de remplacer la bourgeoisie d'industrie par la bourgeoisie bureaucrate et étatique, créant une nouvelle exploitation sur une ancienne. Alors oui, bien que le Grand Kah soit à l'origine de beaucoup d'attentes à travers le monde, il y a aussi des ratés, aucun régime politique façonné par les humains n'est fait pour atteindre la perfection. Dès lors, lorsque l'on laisse la démocratie s'exprimer sous les conditions que l'anarchisme lui donne les pleins pouvoirs, il arrive qu'on tombe sur des courants pour le moins...douteux. Il y a quelques années, un texte est apparu au sein des franges radicales et nationalistes kah-tanaises, un texte intitulé le Manifeste de la Nouvelle Pensée Révolutionnaire, un texte visiblement inspiré en grande partie de la rhétorique radicale de la sphère politique kah-tanaise et plus principalement de la Section Défense du Parlement kah-tanais. Un texte qui est déjà jugé, aux yeux de nombreux Kah-tanais eux-mêmes comme suspect, voire dangereux. Il convient pour notre part d'en faire notre propre critique car c'est un manifeste qui s'écrit en se radicalisant, où chaque nouvelle partie reprend les intuitions de la précédente pour les pousser plus loin jusqu'à leurs conséquences les plus extrêmes. L'objectif n'est ni d'en faire une généralité (la Tribune du Peuple continue de considérer, à juste titre, que pour la plupart, les Kah-tanais sont nos frères d'armes et nos camarades) à l'ensemble du Grand Kah mais bien de démontrer, avec toute la rigueur possible, les mécanismes conceptuels profonds du texte pour montrer ce qu'ils accomplissent réellement derrière leur vocabulaire de rupture et d'émancipation afin de tirer la sonnette d'alerte à nos camarades d'outre-mer qu'ils cachent dans leurs rangs et leurs institutions d'authentiques fascistes en leur sein, adhérant à un texte qui l'est lui-même au sens structurel du terme puisque son architecture intellectuelle reproduit fidèlement les mécanismes qui caractérisent cette famille de pensée politique, quel que soit le nom qu'elle se donne elle-même.

Avant d'entrer dans le détail de chaque mécanisme rhétorique et conceptuel, il faut d'abord regarder l'ensemble du manifeste comme un objet parce que c'est ainsi qu'il est le plus lisible, le texte se divise en plusieurs strates d'une même sédimentation idéologique, chacune plus radicale que la précédente, sans qu'aucune rupture nette ne les séparé. L'introduction et le contexte pose les fondations mythologiques du manifeste autour du sang, du sacrifice et de la pureté de la violence, la partie "Qu'être et comment devenir" incarne ces mêmes fondations dans un corps biologique et politique autour de la machine et du concept de citoyen-soldat et enfin, les dernières parties sur l'équinoxe les fait exploser dans une eschatologie pure qui est complètement débarrassée de tout contenu social ou économique. C'est une progression en soit logique et non arbitraire, on part d'une justification métaphysique de la violence puis par sa matérialisation dans un corps collectif discipliné et on arrive à l'abolition de toute forme humaine reconnaissable au profit d'un flux. Structurellement, c'est la trajectoire exacte de bien des courants totalitaires historiques : la mystique précède l'organisation qui précède elle-même la dissolution complète de l'individu dans l'organisme collectif. Le texte a manifestement conscience de sa propre cohérence et c'est là aussi un de ses plus jolis tours de passe-passe. Ce constat étant posé, nous pouvons affirmer sans détour ce que la construction du texte rend évident : il s'agit, structurellement et fonctionnellement, d'un texte fasciste. Nous n'employons pas ce terme ici pour en faire une forme d'insulte polémique immature et inconsidéré, c'est ce qu'est le texte au sens technique du terme, c'est un texte qui reproduit avec une grande fidélité l'ensemble des mécanismes conceptuels qui caractérisent historiquement le fascisme : le mythe de la renaissance par la destruction, le culte de la vitalité contre la décadence, l'anti-rationalisme érigé en vertu, la dissolution du sujet dans un corps collectif, le refus de toute délibération comme faiblesse et enfin la sacralisation de la violence comme acte purificateur détaché de toute finalité éthique. Nous allons développer chacun de ces points ici.

Le manifeste partage, dans l'ensemble de sa structure, une même fondation mythologique en supposant que le monde actuel est un cadavre, une pourriture, une "culture" figée à qui le texte oppose le mouvement, rejouant mot pour mot la rhétorique fasciste classique du dynamisme vital contre la décadence bourgeoise figée, et que seule une destruction totale permet l'avènement d'un homme et d'un monde authentiquement nouveaux. Cette structure narrative n'est pas anodine, elle reproduit le schéma narratif de la renaissance par la catastrophe où la violence n'est plus vu comme un moyen instrument (comme elle peut l'être par exemple dans l'anarchisme insurrectionnel qui le conçoit comme un mal nécessaire et regrettable) mais une fin en soi, un acte sacré et hygiénique qui produit la pureté qu'il invoque. On le voit parfois très clairement dès l'introduction : "De la pureté émane la pureté" ou l'idée que chaque crime révolutionnaire "sera oublié à l'aune de son objectif final". C'est une logique qui se veut circulaire, tautologique et qui ne cesse de s'auto-justifier car si on en croit le texte, la violence est pure parce qu'elle sert la révolution et la révolution est pure parce qu'elle emploie la violence, sans jamais y faire intervenir aucune éthique ou critère extérieur qui permettrait d'interrompre ce cercle. Pour situer plus précisément ce qui distingue cette structure d'une justification révolutionnaire de la violence qui, bien que dure, resterait une éthique, il faut identifier ce qu'une éthique, même la plus rigoriste, conserve toujours : un critère extérieur au geste lui-même qui permet de le juger après coup (a-t-il réduit la souffrance ? a-t-il abouti à l'institution initialement promise ?). Le texte ne conserve aucun critère de ce type. La pureté n'y est jugée que par elle-même, un acte y est considéré comme pur parce qu'il sert le mouvement et le mouvement lui-même est pur parce qu'il produit de tels actes. Donc rien dans cette boucle ne permet de distinguer de l'intérieur un acte révolutionnaire d'un acte de cruauté gratuite, les deux produisent la même forme de pureté puisque celle-ci se mesure à l'intensité à la victoire, jamais au résultat. C'est là un problème philosophique majeur du texte car cette structure ne peut, par sa propre construction, jamais s'auto-corriger. Sauf qu'un système de pensée qui affirme que la victoire blanchit rétroactivement tous les moyens employés pour l'obtenir est un système qui supprime en amont toute possibilité de remords ou de critique interne et cela semble faire partie du moteur du texte d'ailleurs et non une bête négligence de ses auteurs. Les dernières parties du l'équinoxe nous démontre la radicalisation de la logique du mythe palingénésique proposé par le texte en formulant l'idée d'un "Equinoxe", un seuil au-delà duquel il n'y aurait plus jamais de retour possible, une rupture absolue et irréversible avec le temps lui-même. Il faut distinguer trois régimes possibles du temps politique : le temps cyclique où l'ordre finit toujours par revenir (c'est précisément ce que le manifeste dénonce comme un mensonge propagé par ceux qui ont besoin de croire à la fatalité de l'ordre ; un temps linéaire et téléologique avec une histoire qui avance vers un état déterminé et nommable (par exemple, la téléologie marxiste pousse à considérer que l'Histoire avance vers une société sans classes et sans Etat ; sauf que le texte refuse aussi explicitement ce second régime puisqu'il refuse de contenter de la prise de pouvoir et assimile l'aboutissement à une trahison) ; enfin, un présent perpétuellement accéléré, sans origine assignable et sans destination pensable, un mouvement qui est sa propre fin en somme. Ce glissement du politique vers le cosmologique est d'autant plus révélation car quand un texte politique cesse de proposer un programme politique pour proposer à la place une rupture métaphysique du réel, c'est aussi le signe d'un vide programmatique comblé par de la simple grandiloquence mystique. Il n'y a, dans l'ensemble du manifeste, strictement aucune proposition concrète de ce que serait la société après la révolution, aucun mot sur la redistribution des moyens de production de nouvelles institutions, etc. Le manifeste se contente d'affirmer de manière répétée et incantatoire que ce qui vient après sera méconnaissable. Nous considérons ici ce vide comme un aveu en creux, ce courant ne sait pas (ou refuse de savoir) ce qu'il veut construire. Il ne sait que ce qu'il veut détruire et ériger cette ignorance en vertu est en somme un simple tour de passe-passe rhétorique qui maque un vide de pensée politique réelle derrière une jolie esthétique de la table rase.

Le deuxième mécanisme, tout aussi central, est le rejet systématique de la raison, de l'éthique et du débat comme catégories légitimes de pensée. On le voit plus principalement dans la partie "Qu'être et comment le devenir" qui rejette frontalement toute reconstruction intellectuelle, l'idée que la révolution n'est pas une démarche intellectuelle, que le mouvement réfute fermement être un groupe philosophique, que ses fondements ne seront jamais expliqués sous forme traditionnelle. On le retrouve plus tardivement, de manière radicalisée, dans le manifeste : "Il ne s'agit pas de convaincre, car convaincre implique que l'adversaire pourrait être amené à la raison. Mais il n'y a pas de raison dans ce monde". Il faut s'arrêter sue ce point car c'est peut-être le plus dangereux et le plus caractéristique de l'ensemble du corpus. Un mouvement politique qui refuse le terrain de l'argumentation rationnelle ne se contente pas d'affirmer une préférence stylistique pour l'action plutôt que pour le débat, il se rend structurellement incritiquable. Si toute objection rationnelle est par définition disqualifiée comme un symptôme de pollution moderne ou de soumission à la mono-forme alors il n'existe plus aucun mécanisme interne susceptible de corriger une erreur, de sanctionner un abus ou de remettre en question un dirigeant. C'est exactement le dispositif que l'on retrouve dans les structures sectaires et fascisantes, l'adhésion précède et remplace la compréhension et le savoir légitime devient une affaire de pratique et de loyauté plutôt que de vérification. Le texte va jusqu'à dénoncer explicitement l'usage de processus dits d'éthique ou de morale comme une forme d'esclavagisme mental, une inversion rhétorique remarquable où la censure de la conscience morale elle-même est présentée comme un acte de libération. Ce dispositif s'accompagne d'un rejet radical de la délibération collective en tant que telle, c'est d'ailleurs ici que le texte abandonne même le vernis de démocratie directe ou d'horizontalité qu'il affichait encore quelques pages plus haut. Toute forme de délibération, même si elle est interne ou militante, devient elle-même suspecte ou un facteur de ralentissement à éliminer. On assiste donc au fil du texte à un durcissement supplémentaire car même l'embryon de structure collective proposé au départ basé sur des armées savantes et des comités d'exécution est jugé, en définitive, encore trop lent et trop institutionnel, ces concepts sont immédiatement sacrifiés sur l'autel de la vitesse pure.

Le troisième mécanisme, sans doute le plus radical sur le plan philosophique, c'est l'effacement progressif de la catégorie même d'individu. Le deuxième chapitre l'amorce en présentant d'abord l'individualité comme un outil à discipliner au service du mouvement, tout en conservant encore l'idée d'un citoyen-soldat, c'est-à-dire d'un sujet, certes subordonné à la cause, mais qui reste identifiable en tant que personne dotée d'une volonté propre. Les chapitres suivants abolissent cette dernière trace de subjectivité, considérant l'individu comme un mirage, niant le "je" pour mieux affirmer le "nous", chaque être devenant ainsi une cellule, un nerf du Corps Total. Ce glissement mérite un certain commentaire car il représente à nos yeux le point où le texte cesse d'être simplement une variante du nationalisme organiciste classique que l'on retrouve partout ailleurs, d'autant plus en Eurysie (où l'individu se sacrifie pour la nation ou le peuple mais reste, au moins nominalement, un sujet moral responsable de son propre sacrifice), pour devenir quelque chose de plus proche d'un fantasme d'auto-effacement total de soi, une pulsion de mort collective qui est habillée dans le texte en promesse d'émancipation. Quand le manifeste affirme que le révolutionnaire doit cesser d'exister en tant que sujet et devenir pur vecteur, il ne décrit plus ici une classique discipline militante, il prône l'extinction de la conscience individuelle comme une condition d'accès visiblement primordiale à la révolution. C'est l'antithèse totale de toute pensée émancipatrice qui se respecte et ce, toute tradition politique sérieuse confondue, que ce soit chez les libéraux, les socialistes ou les anarchistes, chacun de ces mouvements présuppose toujours un sujet capable de se reconnaître comme tel, de juger, de consentir, de refuser. Ici, la structure même de la pensée élimine ce sujet avant même qu'il ait pu consentir à quoi que ce soit. On ne libère pas un individu qui n'existe plus. Il faut aussi noter la contradiction interne que cela produit avec le "Parti-Mouvement" lui-même promu dans le manifeste qui ne prétend pas être une avant-garde coupée de la masse tout en continuant pourtant, dans les faits, de désigner qui conçoit une attaque comme celui qui doit la mener, une pure fusion de la conception et de l'exécution qui, en pratique, ne peut être réalisée que par des individus dotés d'une autorité, d'une initiative et donc d'une subjectivité bien réelle. Le manifeste prétend donc abolir l'individu tout en s'appuyant, dans sa méthodologie révolutionnaire, sur des figures d'action individuelles et décisionnaires. C'est une faille qui trahit la nature du projet d'ailleurs, la dissolution du sujet est un discours destiné aux masses qui sont appelées à sacrifier volontairement leur individualité, vue comme un obstacle, reliquat inutile de l'ancien monde, tandis que cette injonction ne s'applique pas à ceux qui conçoivent, décident et frappent, donc aux décideurs, à l'élite. C'est une structure de pouvoir, rien de plus. Pour un manifeste qui tend à dénoncer les tentatives du socialisme autoritaire et la constitution des bureaucraties rouges, c'est raté.

Sur le plan strictement littéraire, il faut reconnaître que ce manifeste construit une forte esthétique autour du corps, de la machine et de la vitesse, une esthétique qui fait tout le travail que l'absence de contenu politique laisse vacant (d'autant que toute esthétisation de la politique est déjà suspect en soi). Le deuxième chapitre érige le corps en outil discipliné par une énergie quasi-libidinale fusionné à la machine industrielle comme prolongement naturel de la puissance humaine et le manifeste pousse cette logique jusqu'à son terme transhumaniste d'ailleurs. Ce qui frappe d'autant plus, c'est la façon dont l'esthétique est utilisée pour remplacer systématiquement l'argumentation. Chaque fois que le manifeste devrait répondre au lecteur à une question politique concrète sur l'identité des gouverneurs, la répartition des ressources, la justice appliquée dans un monde révolutionnaire ou plus simplement la redistribution des moyens de production, il glisse vers une image, une métaphore corporelle ou mécanique. C'est une stratégie rhétorique redoutable contre des lecteurs novices car cela produit un sentiment d'ampleur, de souffle, une adhésion beaucoup plus sensorielle au mépris de la matière intellectuelle. C'est aussi, du point de vue du lecteur critique un trou béant, le manifeste n'a aucune réponse à offrir et le fait est qu'il n'en a pas besoin parce que l'esthétique de la rupture suffit à satisfaire le lecteur happé par le rythme de la prose. Un dernier point mérite d'être développé : le culte de l'immédiateté fonctionne aussi comme un dispositif d'évacuation de la responsabilité morale. Si chaque décision doit être exécutée sans délai ou sans délibération, alors il n'existe aucune trace, aucun mécanisme de reddition de comptes et donc aucune possibilité de revenir sur une action pour en juger les conséquences. Le texte le formule d'ailleurs sans ambiguïté et qui décrit précisément les conditions structurelles de l'impunité avec l'absence de trace écrite, l'absence de délibération collective qui sont exactement les conditions qui permettent, historiquement, les pires débordements de violence politique non contrôlée. Le manifeste présente cela comme une vertu révolutionnaire en opposant la vitesse à la bureaucratie mais structurellement, c'est un plaidoyer pour l'irresponsabilité totale des agents de la violence.

Enfin, pour en revenir au caractère fasciste du manifeste en lui-même, il convient de pointer les éléments les plus évidents. L'introduction affirme frontalement que l'optique matérialiste se heurte très rapidement à un mur et qu'il ne serait pas possible d'entièrement définir le problème de la Révolution par l'analyse des conditions matérielles, des castes, du climat et de la production et propose donc de leur substituer une lecture par l'âme du lieu des êtres. C'est trop précis pour avoir été laissé au hasard, on assiste à un mouvement qui reprend le vocabulaire, l'énergie et les promesses de rupture typiques du socialisme révolutionnaire (dans une société d'autant plus libertaire !) mais il en rejette explicitement son outil d'analyse fondamental qu'est la lecture des rapports de production et des classes pour lui subsister une lecture...spirituelle ? Vitaliste ? C'est un geste constitutif qui a toujours distingué le fascisme du socialisme dont il emprunte souvent l'esthétique de la rupture et le vocabulaire populiste. Ce rejet du matérialisme a d'ailleurs une conséquence structurelle directe sur la nature du collectif que le manifeste promeut comme on l'a vu plus haut : le Corps Total, le citoyen-soldat aussi, ne sont pas des catégories économiques, ils ne sont en aucun cas montrés dans le texte comme des prolétaires unis par leur rapport commun à la production comme le serait la classe dans une pensée socialiste. Ce sont des unités organiques, biologiques qui sont unies par le sang et la volonté commune. La classe est une catégorie qui se définit de l'extérieur, par une position objective dans un système économique, indépendamment de la conscience ou de la volonté de ceux qui la composent. Le Corps Total, référence fasciste à peine voilée là aussi, se définit par une fusion interne, volontaire, voire mystique puisqu'on y entre via une forme d'épiphanie idéologique et non par sa position sociale. C'est très exactement la substitution de la communauté organique (le peuple, la race, ici le mouvement) à la classe (catégorie strictement socio-économique) qui constitue l'un des marqueurs les plus constants du fascisme par rapport au socialisme. Il faut aussi distinguer précisément le statut de la violence ici de celui qu'elle a dans une pensée révolutionnaire ouvertement matérialiste. Dans une lecture de classe, la violence, même exaltée, reste toujours instrumentale, elle sert seulement à renverser un rapport de production précis. Elle a un objet et donc, en toute rigueur, elle a aussi une fin qui pourrait la rendre caduque une fois atteinte. Ici, le manifeste affirme explicitement l'inverse, la guerre y est décrite comme bénéfique en tant que telle, indépendamment de son objet, parce qu'elle réactive un instinct que la civilisation aurait étouffé. Ce n'est plus un moyen d'obtenir un résultat matériel mais un exercice de régénération pour l'être qui la pratique, une forme de vertu propre. Cette célébration de la violence et de la guerre comme des forces vitalisantes et régénératrices en elles-mêmes et qui sont détachées de tout objectif matériel vérifiable est un trait spécifique au fascisme également. Autrement, on retient aussi que le manifeste disqualifie le principe distributif socialiste du "chacun selon ses moyens, chacun selon ses besoins" en le considérant comme creux et faux, rejetant explicitement le principe égalitaire distributif qui fait le coeur de toute pensée socialiste, peu importe sa variante. On pourrait se dire qu'il ne s'agit là que d'un report tactique comme le feraient des eurycommunistes orthodoxes qui maintiennent tout de même l'égalité comme horizon final même en différant sa réalisation mais là, il s'agit ouvertement d'une disqualification de principe et le texte n'y substitue aucune autre forme d'égalité et y préfère une hiérarchie explicitement naturalisée et méritocrato-vitaliste, une structure organisationnelle qui sent bon le corporatisme fasciste qui tient pour principe général des rôles hiérarchisés selon une compétence ou une vitalité supposées naturelles et présentés comme l'expression organique d'un même corps plutôt que comme un système de domination, ce qui est l'exact inverse du principe socialiste. Le manifeste ne promet également aucune transformation des rapports de production ou de redistribution, ni une nouvelle organisation du travail, il promet de bout en bout à une transformation de l'espèce humaine elle-même. C'est une différence de nature, pas de degré, avec une pensée révolutionnaire matérialiste qui vise d'abord et fondamentalement une réorganisation des rapports économiques et sociaux, l'homme nouveau n'y étant qu'une conséquence seconde et progressive de ce changement structurel. Ici, le raisonnement est inversé, c'est la mutation anthropologique et biologique qui est la finalité, l'économie n'étant au final même pas mentionnée. Cette priorité donnée à la régénération de l'espèce sur la transformation des structures économiques ressemble également au fantasme fasciste d'un homme biologiquement et spirituellement refondu par la seule volonté et la seule violence qui s'est presque toujours pensé comme une révolution anthropologique avant d'être une révolution sociale.

Au terme de cette lecture, nous croyons pouvoir dire que ce manifeste constitue un objet idéologique authentiquement fasciste dans sa structure profonde, construite de façon délibérée et cohérente. Tous les éléments que nous avons mentionnés se retrouvent et s'articulent mutuellement qui ne laisse que peu de place au hasard. Ce qui reste pour autant vicieux avec ce manifeste, sur le plan littéraire, est que celui-ci ne se présente justement jamais comme fasciste mais se cache bien derrière une rhétorique révolutionnaire, anti-hiérarchique, anti-bureaucratique, presque libertaire dans son vocabulaire de surface. C'est ce brouillage qui en fait un texte aussi dangereux à nos yeux pour nos camarades kah-tanais qui seraient séduits par ce texte car ce texte capture la logique réelle par laquelle certains discoirs de rupture radicale peuvent séduire un lecteur en quête d'émancipation tout en le conduisant, petit à petit, vers une structure de pensée qui abolit finalement toute possibilité d'émancipation individuelle. Camarades kah-tanais, fuyez ce manifeste et ceux qui le promeuvent, ce ne sont pas vos camarades !


(Par soucis de clarté sur les liens, les liens en gras sont les sources externes tandis que ceux laissés comme tels sont des redirections vers des citations du texte de Vast).
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