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Al-Urwa Al-Wûthqa [Presse du régime] - Page 3

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QABALIE : l'Imam Rahmatullah propose de « conquérir Carnavale »
Posté par Khalid Cerhân le 06.08.2018

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« Allâh, Béni soit Son Nom, nous a donné la puissance » ; devant ses militants réunis à l'occasion d'un meeting de l'Association Islamique pour la Paix et le Progrès (A.I.P.P.), Hassan al-Rawî ibn Hakim, qui se fait appeler « Imam Rahmatullah » depuis qu'il est leader de son parti, a tenu un discours offensif touchant aux éléments de politique internationale. L'A.I.P.P., petit parti confessionnel, ultra-conservateur et distinct du mouvement islamo-constitutionnel de la Nahda, en est pourtant un partenaire d'appoint pour le maintien du régime. Si elle refuse le compromis de 1978 entre islam et modèle à caractère parlementaro-démocratique, l'A.I.P.P. n'en est pas moins intégrée aux rouages du système azuréen. Plus d'une quinzaine d'oulémas siégeant au Majlis, la chambre haute chargée de l'élaboration de la doctrine officielle et détentrice de pouvoirs importants, en particulier d'élire le Khalife, revendiquent ainsi leur appartenance à la ligne « dure » incarnée par l'Imam Rahmatullah ; un lien avec le pouvoir califal que ce dernier aime afficher.

« Il a l'oreille de Son Altesse Sémillante », veut croire l'un de ses soutiens, maire d'une localité du nord du pays. « L'Imam Rahmatullah est un personnage influent », renchérit un toutologue qui signe désormais sous les initiales de P.B. pour des raisons de confidentialité. « L'A.I.P.P. est un partenaire du Parti de la Renaissance Islamique depuis 1978. C'est un facteur d'union des soutiens au régime », derrière les institutions héritées de la restauration de 1978, selon lesquelles, malgré un mode de scrutin pluraliste et des préprogatives législatives et budgétaires accordées à un corps de délégués issus de la société et des élections, la règle constitutionnelle demeure soudée à l'ijtihâd — l'interprétation de la Shari'a, prérogative unique des oulémas et du premier mujtahid du pays : le calife. « En tant que leader de la doctrine religieuse et politique de l'Azur, le Khalife s'informe et consulte fréquemment », prévient Ahmed Handarazâr, délégué au Sérail pour l'A.I.P.P. Selon lui, « l'Imam Rahmatullah est l'un des plus écoutés », ce dernier revendiquant pas moins de six audiences privées obtenues avec le personnage principal de l'édifice institutionnel durant la seule année 2016.

« Il a probablement été moins reçu en 2017 », juge une source informelle au Diwan, qui scrute les allées et venues au Masjid al-Najim, la « mosquée des Etoiles » où réside, prie et travaille le Khalife Kubilay al-Marwâni Ibn Sayyid. Un point souligné par plusieurs responsables de la Nahda, en particulier depuis le Congrès de 2016, qui a vu l'aile réformatrice du parti prendre l'ascendant sur les conservateurs. « Le Diwan est de plus en plus éloigné des prétentions de l'A.I.P.P. », toujours selon cette même source, « notamment sur les sujets sociétaux et électoraux » ; l'investiture accordée par la Nahda à l'ancienne ministre des Affaires étrangères, la progressiste Houria Ben-el-Telja, pour l'élection locale dans la capitale aurait déclenché l'ire des ultra-conservateurs. « On en parle peu, mais cette alliance électorale est aussi de plus en plus malmenée » ; d'après P.B., bien que l'année 2018 ait commencé sur des chapeaux de roue pour l'opposition au régime, il faudra désormais scruter les rapports entre les différents courants de l'islamisme politique. Si tant est qu'on sache lire.

« Ô croyants ! Ne délaissez pas le combat contre les agents du Shaytan ! » L'Imam Rahmatullah, connu pour ne pas lésiner sur les admonestations traditionnelles aux musulmans, aura profité d'un meeting politique à Ghanzaldaqr, un fief ultraconservateur des Monts du Tigre où l'A.I.P.P. détient l'essentiel des pouvoirs, pour réaffirmer avec vigueur une forme d'exaltation nationale, « dont la Nahda s'abstient de plus en plus. » Si Afaghani Pasha invoque régulièrement la diplomatie et sa doctrine d'ouverture pacifique pour justifier une mise en sourdine des revendications panislamistes et panafaréennes, l'Imam Rahmatullah, lui, n'est tenu à l'observation d'aucun élément de langage. En lieu de la langue de bois, il fait valoir un franc-parler et une audace qui font sa popularité au sein des populations religieuses et traditionnelles du pays.

« Puisque nous avons le huitième budget militaire au monde, pourquoi devrions-nous accepter de composer avec ceux qui nous insultent ? » Aux journalistes, le leader politique insiste sur l'un des points les plus épineux de l'actualité continentale : la confrontation avec la République Actionnariale de Cramoisie (R.A.C.), que certains jugent « inévitable » et « imminente. » Ainsi, l'Imam Rahmatullah estime que « la colonisation, ça peut aller dans les deux sens. » Devant un parterre de spectateurs amusés et électrisés par son sens rhétorique, il a dressé le tableau d'une conquête de Carnavale par l'Azur ; « nous érigerons une forêt de minarets » au lieu de leurs « champs de poireaux » ; « Nous ferons de cet enfer un peuple exemplaire dans l'application de la Shari'a. » Comment ? « Ces rats de laboratoire croient pouvoir nous apprendre l'art de la lobotomie », s'amuse le religieux, qui voit dans les cinquante millions de miséreux peuplant la métropole occidentale « une foule de croyants », ou bien « une armée d'esclaves » pour l'industrie azuréenne. « Les colons ont voulu prendre le pétrole de l'Afarée ; nous prendrons l'or de Carnavale », a-t-il cinglé, rappelant les rumeurs selon lesquelles les zones portuaires et marécageuses de la Cité Noire seraient tapissées par les trésors de la famille royale. « Nous rebaptiserons la ville », ses quartiers, ses rues ; « nous en ferons un paradis de boucheries hallal, de barber-shops et de restaurants kebab. » Il harangue la foule : « pas mauvais, hein ? On devrait suggérer l'idée à l'O.N.D., qu'en dites-vous ? » Interrogé plus tard par une journaliste sur ces propos pour le moins excessifs, il clôt la polémique : « le reste du monde a supporté l'extermination des Qabaliens ; il supportera la conversion des Carnavalais. » Carnavale, prochaine terre d'Islam ? L'imam Rahmatullah veut pourtant être pris au sérieux ; « nous en avons les moyens techniques, et la légitimité politique » après la colonisation de la Qabalie. « Ils se prévalent de ne reconnaître aucune justice ? Nous nous ferons justice. Notre bannière flottera sur leurs édifices », ajoute-t-il, « ou du moins ce qu'il en restera. »

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