12/05/2019
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Activités étrangères dans l'Empire de Churaynn - Page 3

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Quelque part en Mer Blême.

La nuit tombait progressivement sur le pont de la corvette qui connaissait ses premières croisières dans les mers plus chaudes, loin de la Manche Blanche, avant une remontée vers le nord, encore. Nous étions affectés à l'UNORTHCOM, l'une des zones de commandement de l'OND les plus vides de forces onédiennes. La zone était immense, de l'océan du Nord à la mer Brûmeuse en passant par la mer Indigo ou même la plus petite mer de Nouvelle-Morakhan. Une très vaste immensité à couvrir et bien peu de bases pour nous. Quelques petits ports onédiens et surtout Sen-Seol et ses 3 millions d'habitants coupant en deux Maret. Nous avions là une longue aventure devant nous. de la Confédération Socialiste du Nazum à la Poëtscovie en passant par la Vélèsie c'est une région pour le moins...surprenante. Je n'y ai jamais mis les pieds, comme aucun autre marin avec nous à bord de l'équipage. Le commandement aussi est jeune, mais il a des tâches ben définies qui nous animeront pour les prochains mois. Ici, pas de menace Carnavalaise, pas de grande piraterie des mers du sud, un grand bras de mer parmi les plus fréquentés au monde, et des eaux septentrionales et froides. Nous n'attendions pas vraiment cette période. L'équipage, moi le premier, passions notre temps à nous prélasser sur le pont arrière dès que l'hélicoptère s'envolait pour quelques patrouilles. Là, perché au soleil à attendre quelques convois à saluer ou navires à surveiller de temps à autre. Je ne m'imaginais pas que cela prendrait une telle tournure si rapidement.

Au matin, le commandement nous réveilla sur le son de la cornemuse de l'équipage. Nous embarquions avec nous trois officiers caratradais dont un officier cornemusier. Vieille tradition des premières navigations de navires militaires tanskiens : des caratradais à bord et une cornemuse pour le premier voyage. Le réveil en est plus vif, plus rapide, plus gênant parfois. Fort heureusement hier nous manquions de quoi nous amuser. La prochaine escale se faisait déjà attendre, le vin venait à manquer, déjà. Nous étions faiblement doté. Point de quoi sustenter tout un équipage, moins encore de quoi nous saouler, tout juste assez pour nous dire de pouvoir boire un verre, de temps à autre. Une autre tradition que le pacha avait décidé de garder pour ce bâtiment au doux nom de TMS Menneskerettigheter. La soixantaine de membre d'équipages dont je faisait parti trouvait aussi la compagnie d'un petit groupe de fusiller marins, tout aussi ennuyés que nous en ses débuts en mer. Pour eux autant que pour nous, le réveil fut donc brutal et rapidement teinté de rouge. Tout le bâtiment vira d'une couleur plus brûlante que le soleil, il était cinq heures, peut être six. Nous pensions tous à un entraînement, une surprise malvenue, un mauvais réveil inutile mais suffisamment rare pour ne pas entamer notre motivation. Il n'en était rien. Le Pacha nous prévenu rapidement que nous allions aller à la rencontre d'un petit convoi. En des mots savants mais brefs, nous n'avions pas bu de café il ne fallait pas trop nous en dire, il expliqua que Churyann venait de tirer, à nouveau, des missiles balistiques sur un énième pays. Fût-il d'Eurysie ou d'Afarée ? Je ne le sais pas et cela n'avait pas vraiment d'importance. A bord du navire, nous jouions régulièrement à la RISK ou d'autres jeux de plateau connus de tous. Depuis six mois, une règle s'était silencieusement instaurée dans la marine : le dé churyann. La règle est simple, à chaque tour, vous lancez un dé. Si il fait 6, alors le Churyann tire un missile sur vous sans prévenir, un autre lancé de dé définit le nombre de pions à défausser. La règle est simple, elle fait sourire, et aujourd'hui encore elle trouve une nouvelle réalité. Alors le commandement s'était décidé à apporter sa prière à l'édifice.

Un convoi churyann s'était élancé en direction de l'Océan du Nord. Etait-il une menace balistique pour la région ? Sans doute pas, il n'y avait pas de destroyer. Nous tenions pour autant à leur signaler notre mécontentement. Nous nous tenions à bonne distance, mais en ce petit matin, soleil dans le dos, la corvette virant au rouge vira aussi plein moteur en direction du convoi, bien plus lent. Après plusieurs heures, alors que nos pupilles étaient désormais habitués au roue ambiant des salles intérieures, pour celles sans fenêtres, et que nous avions tous nos tenues, le convoi faisait son apparition dans les jumelles de la passerelle. Nous devions nous maintenir à une bonne distance, quelques miles nautiques, ils ne devaient être que des silhouettes visibles aux jumelles, rien de bien menaçant. Le message devait toutefois être passé : un petit avertissement. Alors le radar actif de la corvette s'activa et identifia la frégate (niveau 2) du convoi très clairement. Le message était simple : nous vous suivons, ne faites pas d'erreur. Les bâtiments tanskiens dans la région, à quelques bonnes heures en mer, furent prévenus de notre manœuvre, aucun ne changea de trajectoire dans l'immédiat.

Action a écrit :La corvette niveau 9 TMS Menneskerettigheter (elle transporte 10 missiles) illumine au radar la frégate niveau 2 de Churyann.
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La vie est parfois faite d'opportunités et de malheurs.
Quelque part vers le lieu d'interception de la flotte Stérusienne.
Event modération

La situation entre les flottes et donc les hommes semblait réglée. Les hommes avaient réglé une situation de tension élevée. La présence d'une flotte pouvant faire la guerre dans les eaux du Nazum n'avait pas plu à tous les pays, les nations et états-majors de la région. Les tensions réglées, si récemment, flottaient encore au-dessus des eaux, comme un drap recouvrant les océans, étouffant les sons, alourdissant l'air. Les marins, sur les ponts des frégates dont les pavillons, jadis symboles d'hostilité, pendaient maintenant mollement sous un soleil ardent et pointaient ses rayons sur les cuirasses des navires présents. C'est alors, qu'au cœur de cette paix et cet apaisement, qu'un navire de chaque flotte put observer, autant qu'ils étaient au total, un événement somptueux qui fit taire les murmures et attira le regard des hommes.

Un souffle puissant, pouvant être vécu de l'intérieur des cuirasses comme un choc violent et doux à la fois, retentit de chaque côté des navires ayant la chance de participer à ce spectacle. Les structures métalliques frissonnèrent, faisant vibrer le pont sous les bottes et les écrans des postes de contrôle. Sur les ponts extérieurs, les hommes furent témoins de la source. Là, à moins de cent mètres, une forme colossale apparaissait devant les si petits yeux des humains voyant le spectacle. Cette forme est apparue, non pas suite à une violence abrupte montrant un danger, mais avec une finesse inégalée dans ce monde. Ce n'était pas un sous-marin inconnu, pas une anomalie détectée par les sonars, mais une baleine, pourtant si différente de tout ce que leurs instruments ou leurs yeux n'avaient jamais enregistré.

Sa peau, lisse et sombre à la fois, brillait de mille feux à mesure que l'eau se dégageait et que les rayons du soleil frappaient avec puissance et délicatesse le corps des baleines. Mais ce qui captiva le plus les hommes, ce furent ses yeux. Vastes, d'un noir abyssal et d'une intelligence palpable, ils semblaient contenir la sagesse des océans et les souvenirs des millénaires. Il n'y avait aucune peur, aucune agressivité dans ce regard, seulement une curiosité insondable, presque un appel silencieux qui résonnait plus fort que n'importe quel ordre radio.

À la vue de cela, les baleines (une baleine visible par flotte pour rappel) donnèrent un coup de queue dans les eaux calmes de l'océan. Un geste lent et majestueux soulevant l'eau tout aussi majestueusement et dont quelques gouttes retombèrent sur les ponts des navires. Le geste des baleines n'était pas celui d'un réflexe animal face au danger, c'était une invitation car, aussitôt ce geste terminé, les baleines tournèrent leur immense corps vers l'Ouest. Puis, elles entamèrent une lente et régulière progression, sans un geste brusque, sans une accélération soudaine, comme si elles s'assuraient d'être suivies.

Au fond d'eux, assez inexplicablement, quelques hommes au sein des navires ressentaient un appel, un appel contrôlable, fort heureusement. Cet appel n'était pas un simple instinct, mais une symphonie d'émotions contradictoires. Une part d'eux criait au danger, les avertissant du danger potentiel de cet appel inconnu et d'une possible aventure dans des eaux profondes, troubles et même peut-être une tempête. Couplé à ce sentiment de danger, il y avait un sentiment de paix, parfois plus fort ou moins puissant que le sentiment de danger selon les hommes. Une sérénité émanait de l'être majestueux, une promesse de libération face aux conflits les plus profonds des êtres vivants. Cette paix était accompagnée d'un espoir certain mais entouré de cris de souffrance d'hommes et de femmes portant sur eux le poids d'un mal inconnu.

Alors qu'allaient décider les capitaines de navires ? Fallait-il suivre ces êtres majestueux ou au contraire se contenter de regarder passivement la situation ? Ou encore plus sage ou lâche, selon le point de vue, partir de cet endroit avant qu'il soit peut-être trop tard ?


Attention, aucune action hostile de joueur à joueur ne pourra être menée. Au regard du coût des navires, aucun navire ne pourra être perdu durant cet événement, mais des pertes humaines pourront être décomptées.
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Le Lion d'Afarée se réveille

Un lion karéen, symbole du Banairah

Après un timide rapprochement diplomatique se concluant par un échange d'ambassades assez banal, l'Empire Churaynn était resté relativement discret sur la scène internationale, et ce d'autant plus avec son voisin banairais. Les échanges commerciaux se déroulant donc comme à leur habituée et les priorités du moment obligeant la République Directe à laisser le sujet de côté, il n'avait donc pas été question d'approfondir les relations avec l'empire voisin dont les fondements sociaux et dictatoriaux laissaient à désirer en matière de vertu, de réputation et de stabilité. Toutefois, il avait été admis au sein des hautes sphères de décision du Ministère des Affaires Extérieures que le statu quo était convenable et qu'il valait mieux privilégier une relation apaisée plutôt que d'ingérer dans les affaires impériales, un plan qui aurait pu attirer divers rapaces au sein du continent et semer les graines de l'instabilité et de conflits de longue durée.

Mais tout cela avait changé depuis la brusque volonté de l'Empire de "lutter contre le colonialisme" avec son allié Antegrad, et ce de la pire des manières : un bombardement au missile de populations civiles sans négociations au préalable, ni au final de résultats probants. Cette politique de la terreur s'apparentait plus au terrorisme qu'à l'art de la guerre ou de la diplomatie, et qui comptait plus de conséquences négatives que positives : décrédibilisation de l'Empire sur la scène internationale, incompréhension de la part de ses sujets, dégradation des relations avec certains de ses alliés et voisins, dont l'Azur avec lequel des pactes de sécurité ont été signés, mais aussi montée des suspicions des territoires issus de la colonisation. Ainsi, plutôt que de faire avancer la cause indépendantiste, Churaynn avait rendu ce travail plus difficile en obligeant les métropoles concernées à redoubler d'efforts pour saper les tentatives de prise d'indépendance, qu'elles soient par les armes ou les mots.
Au-delà de l'incompréhensibilité des exactions du pays s'ajoutait un autre problème, bien plus important et tangible : celui de l'irrespect notoire de Churaynn envers son voisin banairais. En effectuant des opérations militaires offensives sans prévenir Abunaj et sans commencer en premier lieu par la voie diplomatique en sollicitant par exemple l'aide du Forum de Coopération de l'Afarée du Nord, Walemir s'était rendue coupable d'un incident diplomatique de grande envergure.

Car derrière ces actes "barbares", pour citer les émissaires teylais, se cachaient des conséquences très concrètes pour la plus vaste démocratie du monde : une baisse de confiance des partenaires et investisseurs dans la région, une décrédibilisation du Banairah en tant que protecteur de la stabilité régionale et une inquiétude généralisée pour la paix et le commerce international. Des répercussions qu'Abunaj n'était pas prête à subir sans agir. Sa baisse de dynamisme à l'international avait l'air d'avoir trop coûté au pays, et une erreur ne se fait jamais une deuxième fois. Il fallait agir.
Diplomatiquement d'abord, bien-sûr. Les convocations usuelles d'ambassadeur n'avaient pas suffi et n'allaient pas suffire, il fallait rencontrer l'Empereur en personne afin de régler cette histoire une bonne fois pour toutes, quitte à le mettre sous pression. L'Empire était faible face à la République, et les fautifs le savaient, ou paieraient les conséquences de leur ignorance.
Les objectifs diplomatiques étaient simples :
  • obtenir des autorités churaynn des preuves concrètes d'efforts d'apaisement,
  • obtenir également desdites autorités leur renoncement aux armes balistiques via un programme de démilitarisation,
  • obliger les forces militaires impériales et l'exécutif civil à prévenir leurs homologues banairais en cas d'intervention à l'étranger.
Bien-sûr, ces revendications seraient probablement perçues comme abusives par les concernés, mais c'est là l'art de la négociation, et à vrai dire, il sera difficile pour l'Empire de s'en sortir sans un minimum d'engagements.

En parallèle venait le volet souterrain, celui du renseignement. Il serait désormais inimaginable de ne pas retirer des informations des hautes sphères décisionnelles du voisin occidental, maintenant que celui-ci était suspecté d'office d'être un fauteur de troubles notoire pour les années à venir. Les milieux civils industriels, logistiques, commerciaux mais aussi les milieux militaires et politiques seraient donc désormais les cibles privilégiées du SRB, les services de renseignement banairais. Leur infiltration serait un jeu d'enfant, étant donné la proximité linguistique, culturelle, religieuse, géographique et économique des deux pays, la principale difficulté résidant dans l'efficacité des services de contre-espionnage de Walemir.
Une autre difficulté pourrait également venir de l'Azur, un partenaire et allié du Banairah ayant signé des accords de sécurité. Un approfondissement des relations entre les deux pays à cet égard pourrait poser problème, un risque moins probable du fait des récents événements mais qui ne devrait pas être négligé.

Quoi qu'il en soit, le Banairah ne laissera plus le chaos s'emparer de la région est-afaréenne. La République utilisera ses atouts, et pour citer les media churaynn, le salut ne vient peut-être que de l'accroissement des moyens de production, et donc des moyens de défense et de nuisance. Cela, seul l'avenir le dira.
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L'odeur lancinante des fruits qui sont restés trop longtemps sur les étalages emplissait les narines et apportait une petite touche régressive.

Les encens fumaient au loin derrière les arches multiples et colonnes du marché couvert où les locaux vendaient aux locaux en utilisant mimiques et gestes manuels.

Un homme passa devant elle laissa sur son passage un nuage de parfum bien trop prononcé et fortement kitsch. Il s'avança vers un rayon de légumes jouxtant des pyramides d'épices de toutes les couleurs, ajustées avec expertise avec un équilibre affiné. De l'autre côté de ces étales, des friandises moelleuses avec saveurs de roses ou de pistaches, de même que des pâtisseries sèches en forme de croissants ou d'étoiles.

"Par ici."

La femme suivit l'homme parfumé dont la moustache lui mangeait presque la moitié du visage, les sourcils broussailleux. Il portait un élégant costume et saluait les marchands de la main droite, paume bien visible. Ses chaussures vernies ne semblaient subir aucunes indélicatesses de l'humidité du sol ; brumisateurs ou le lavage régulier du marché laissaient quelques flaques éparses entre les pierres lisses et inégales du sol.

Le briquet fit un son clinquant caractéristique alors que le capuchon s'ouvrait en un geste précis, puis la cigarette s'alluma, la tête légèrement penchée, une main venant, machinalement, protéger la flamme.


"Nous n'avons jamais eu autant de succès. Notre pouvoir impérial aura certes fait diminuer le tourisme, mais aura réussi à ameuter les services de l'ombre internationaux."

Il parlait librement sans baisser la voix, faisant fi de la confidentialité requise d'une telle rencontre.
Il tira ostensiblement sur sa cigarette en prenant un petit tabouret de petite taille derrière des cageots de dattes et posa une de ses belles chaussures dessus comme pour reposer une jambe fatiguée. Le marchant de fruits maugréa derrière lui.


"Bien sûr vous aurez ce que vous avez demandé. Je tiens à préciser que vous n'aurez pas meilleur réseau que le miens."

La femme n'avait encore rien dit, l'homme continuait de s'écouter parler.

"Et puis, dans la lignée impériale, votre présence ne changera rien. On fait ce qu'on veut, on est chez nous, hein."

L'homme continua de se gargariser de la situation, tout puissant face à un client qui n'a de choix que de faire confiance ou rentrer chez soi.

La femme voilée osa l'interrompre... le regard dubitatif ou plutôt inquiet.


"Affedersin... je ne comprends pas ce que vous me dîtes. Je fais des courses pour les fêtes à venir..."

Le silence se fit tandis que la cigarette pendouillait de la lèvre inférieure de la bouche entrouverte de l'homme moustachu. La femme se tourna vers les fruits et légumes qu'elle convoitait initialement laissant en plan l'homme passablement agacé de s'être trompé.

Derrière la foule, non loin de la scène, une dame ramassa son panier rempli de grenades et sortit du marché. Son rapport serait précis. L'Euyn était précise.


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Appel à l'Afarée

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L'Antérie, le Finejouri et l'Azur appellent à la réunion de tous les Etats afaréens au sein du Pacte fondé le 21 novembre 2016 dernier. Trop de guerres intestines, de massacres impunis, d'injustices, d'ingérences et d'impuissance supportés par l'Afarée, le plus grand continent, le plus ancien et le plus jeune continent de l'Humanité, doivent laisser place à une ère nouvelle. Cette ère sera celle de la souveraineté reconquise et de la puissance affirmée. Elle sera celle de la paix entre nos Etats, de la coopération et de la diplomatie. Elle sera celle de la décolonisation et de l'éradication de l'impérialisme. Elle sera le fruit des efforts concentrés et d'un travail patient ; le Pacte afaréen de sécurité est l'enceinte où ce travail peut être mené. Ni une alliance rigide, ni un mot creux, le Pacte est un espace par et pour les Afaréens, et le lieu de règlement des crises communes. Tous les Etats afaréens capables d'affirmer les valeurs d'indépendance, de paix et de solidarité afaréenne sont appelés à rejoindre le Pacte de sécurité, en signant la Charte qui nous liera comme une feuille de route, un engagement.

Trop longtemps les vœux pieux, les phrases creuses, les tentatives vaines ont comblé de leur inertie les aspirations de nos peuples à la solidarité, et l'intérêt supérieur de nos pays s'est trop souvent contenté de demi-assurances et de précaires équilibres, dépendant des grandes puissances étrangères pour la défense de son propre voisinage. L'Afarée doit reprendre ses droits chez elle et affronter la réalité en adulte.

Nous appelons solennellement tous les Etats afaréens souverains, qu'ils nous aient ou pas témoigné de leur solidarité, à nous rejoindre définitivement par la signature de notre Charte. L'Ustyae Cliar Sochacia, la République du Banairah, l'Empire islamique du Churaynn, la République faravanienne, les Tamurt N'Althajj, le Royaume de la cité du désert, la République sacrée et universaliste de la Mandrarika, la République d'Ouwanlinda, l'Île Démocratique d'Anna, la République anterienne côtière d'Ëdango, la Commune de Jadida, la République du Bajusid, le Royaume d'Ameria, le Royaume de Myènè, l'Etat azzymérien, l'Union des Corporations du Phéniskus, la République Fédérale de Kéran, l'Empire Kémimide, la Cité de Qadisha, la République de Kwesara, l'Empire sarranide et l'Empire tikarite sont ainsi invités à nous rejoindre.
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Annonce du palais royal

Le Royaume de Finejouri souhaite informer sa population ainsi que l’ensemble des nations de la région qu’un incident militaire grave s’est produit dans l’espace aérien afaréen à la suite d’une action menée par des appareils appartenant aux forces de l’Azur actuellement stationnées sur notre territoire dans le cadre d’un dispositif de coopération sécuritaire.

Après vérification immédiate par l’état-major royal, il apparaît que cette opération n’avait pas reçu l’autorisation préalable du gouvernement du Finejouri ni du commandement militaire du Royaume. Cette situation constitue une violation des règles strictes encadrant la présence de forces étrangères sur notre territoire. Face à cet événement, Sa Majesté et le gouvernement ont décidé d’agir immédiatement afin de préserver la stabilité régionale et d’empêcher toute escalade militaire. Une enquête officielle a été ouverte afin d’établir les responsabilités exactes dans le déclenchement de cette opération. Dans ce cadre, la colonelle Kahina Samarqand, commandante azuréenne impliquée dans la supervision de cette mission, a été placée en détention administrative par les autorités du Finejouri dans l’attente des conclusions de l’enquête. Par mesure de sécurité et afin d’éviter tout nouvel incident, l’ensemble des forces aériennes azuréennes stationnées sur le territoire du Royaume sont immédiatement clouées au sol. Leurs appareils resteront immobilisés dans leurs hangars jusqu’à la fin de l’enquête et jusqu’à l’établissement d’un nouveau cadre de coordination militaire validé par le commandement du Finejouri.

Dans le même esprit de responsabilité et de désescalade, les forces du Churaynn présentes sur notre territoire ont également reçu l’ordre de suspendre toute activité opérationnelle. Elles resteront stationnées dans leurs bases et ne pourront effectuer aucun mouvement militaire sans autorisation explicite des autorités du Royaume.

Le Finejouri rappelle avec fermeté que toute force étrangère présente sur son territoire agit exclusivement dans un cadre défensif et sous l’autorité souveraine de l’État. Aucune opération militaire ne peut être conduite depuis notre territoire sans validation du commandement royal. Ces décisions ont été prises dans un seul objectif, garantir que le territoire du Finejouri ne devienne pas un point de départ d’escalade militaire dans la région.

Le Royaume réaffirme son attachement à la paix, à la stabilité et au dialogue entre les nations afaréennes. Notre pays continuera d’agir avec responsabilité afin d’éviter que des incidents isolés ne dégénèrent en confrontation régionale.

Le Finejouri restera maître de ses décisions, maître de son territoire et fidèle à son rôle de puissance stabilisatrice au service de la paix.
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Communiqué officiel du Palais Royal du Finejouri

Le Royaume du Finejouri souhaite porter à la connaissance de la Nation ainsi que de la communauté internationale les conclusions de l’enquête menée à la suite des événements récents survenus dans l’espace afaréen, impliquant une opération militaire azuréenne ayant conduit à l’interception d’un appareil cargo à destination de la Cramoisie.

Dans un souci de transparence et de stabilité régionale, le Royaume tient à rappeler les faits établis. Une opération aérienne a été conduite par des forces azuréennes dans une zone sensible, à proximité directe des espaces stratégiques du Finejouri et en violant la souveraineté de la Kabalie Rouge (Cramoisie). Cette intervention, menée sur la base de renseignements imprécis et d’une identification incertaine de la cible, a conduit à l’interception d’un appareil qui ne correspondait pas à l’objectif initial de la mission. L’enquête menée par les autorités du Royaume a permis d’établir que cette opération a été initiée par la colonelle en charge du dispositif, agissant de son propre chef, sans validation préalable de l’État de l’Azur et sans en avoir informé le Royaume du Finejouri, en violation des accords en vigueur encadrant la présence et les manœuvres de forces étrangères sur notre territoire. En conséquence de cette action unilatérale, qualifiée d’illégale au regard des engagements établis avec le Royaume, le Finejouri a immédiatement pris la décision de suspendre l’ensemble des forces étrangères présentes sur son territoire. Cette suspension est resté en vigueur jusqu’à la mise en place d’un nouvel accord encadrant strictement les manœuvres militaires à caractère exclusivement défensif, dans le respect total de la souveraineté du Royaume.

Sur le plan opérationnel, il est à noter qu’à la suite de cette intervention, un pilote azuréen a pu être récupéré vivant, bien que grièvement blessé, tandis qu’un second est à ce jour porté disparu, sans qu’aucune information ne permette de déterminer s’il est décédé, capturé ou en fuite. Par ailleurs, l’interception de l’appareil a permis de mettre en évidence la présence d’une certaine cargaison qui reste à être identifié.

Dans le cadre de cette opération, un individu pilotant l’appareil intercepté a été arrêté. Toutefois, à la faveur d’une faille de sécurité intervenue avant la suspension de la chaîne de commandement azuréenne, ce dernier est parvenu à s’échapper sur le territoire du Royaume. Dès lors, Monsieur le Conseiller Ophek, en charge de la sécurité intérieure et de l’immigration, a immédiatement déclenché l’alerte générale auprès de l’ensemble des services compétents, notamment le Pôle Immigration et le Pôle Sécurité Intérieure, afin d’organiser la recherche et l’interception de cet individu. Il est à noter que la présence de ce dernier sur le territoire du Finejouri n’avait, en aucun cas, été communiquée aux autorités royales avant que cette intervention est été communiqué aux autorités Royal. Les dernières informations disponibles indiquent que le fugitif se serait dirigé vers les zones désertiques du Royaume. Après consultation de Sa Majesté, du Conseiller principal ainsi que des experts , il est estimé que les chances de survie de cet individu sont extrêmement faibles en l’absence de vivres. Toutefois, dans l’hypothèse où il parviendrait à s’orienter, notamment en repérant les infrastructures éoliennes du Royaume, il pourrait tenter de rejoindre des zones habitées. En ce cas, les unités de Police de Proximité, rattachées au Pôle Sécurité Intérieure, ont reçu pour instruction formelle de procéder à son arrestation immédiate.

Enfin, la colonelle responsable de cette opération a été relevée de ses fonctions sur le territoire du Finejouri et renvoyée vers son pays d’origine. Elle n’est désormais plus autorisée à exercer quelque responsabilité que ce soit dans le cadre des opérations liées à la défense du Royaume. À l’heure actuelle, l’ensemble des forces de sécurité du Finejouri demeure en état d’alerte renforcée. Toute information relative à la localisation du fugitif fera l’objet d’une intervention immédiate.

Par ce communiqué, le Royaume du Finejouri réaffirme avec la plus grande fermeté son attachement au respect de sa souveraineté, à la maîtrise totale des activités militaires sur son territoire et à la préservation de la stabilité régionale. Aucune action unilatérale, menée sans concertation, ne sera tolérée.

Le Finejouri continuera d’agir avec responsabilité, vigilance et détermination afin de garantir la sécurité de sa population et de contribuer à l’équilibre de l’Afarée.

Vive Finejouri, Vive Sa Majesté Louis II
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Préludes

Le consensus actuel au sein de la communauté de l'intelligence libertaire, qui contrairement au nom qu'elle s'est donnée concerne en fait moins le monde libertaire que le Grand Kah et ses dépendances et alliés les plus proches, était qu'il n'existait en somme pas de meilleure raison de coopérer qu'une absence d'intérêts antagonistes. La formule, employée par la citoyenne Styx Notario lors d'une réunion du 8 janvier 2013, revenait parfois dans les bouches, une espèce de slogan. "Nous n'avons pas de raison de nous opposer." Une sagesse commune. Un aphorisme qui prétendait résumer à lui seul l’entièreté immense du cynisme des gouvernements.

Ce cynisme supposé – disons avéré – ne résistait cependant pas à une étude approfondie des faits tels qu'ils se sont déroulés, et si la plupart des coopérations de cette "Communauté de l'intelligence libertaire" avait essentiellement répondu à une logique de patronage et de retour d'ascenseurs, dans laquelle un pays aidait un autre pays dans ses opérations afin d'obtenir les moyens de peser sur d'autres sujets clefs, la plupart des analyses a posteriori tendent à confirmer que ces coopérations se firent bien à l'avantage de chaque pays participant, plutôt qu'à l'avantage d'un et sans désavantage pour les autres.

Ainsi, le cynisme avéré ou fantasmé de ces communautés, participant en fait à solidifier le sens de leur propre supériorité ainsi qu'une certaine forme d'appartenance à une même corporation, communauté de fait caractérisée par une même vision du monde, semble avant tout être une posture. En pratique, ces nombreuses coopérations, fussent-elles envisagées à l'angle du patronage et fussent-elles comprises comme autant de moyens d'obtenir d'autres avantages à d'autres moments, participèrent à former l'un des plus formidables réseaux d'espionnage de la planète, tant en termes matériels et humains qu'en expertise accumulée.

Naturellement il semble presque impossible de faire l'historique complet de ces réseaux, de leur influence et de leur impact effectif durant la guerre. Le renseignement est une nébuleuse tentaculaire et d'autant plus illisible que celui du monde libertaire, en particulier, prétend couvrir toute la planète et fait la part belle aux cellules dormantes, projets avortés ou en attente, opérations long terme, etc. Si l'on saurait citer avec assez de justesse le soutien de ces regroupements à l'opposition Rimaurienne, ou une implication de ses trolls dans la polarisation de la politique Westalienne (ou peut-être plus spécifiquement, dans l'émergence d'une offre politique de gauche non-ouvriériste), on pourrait difficilement établir avec certitude une liste de l'ensemble de ses manœuvres à travers le monde. Combien de pays sont le sujet d'un réseau dormant ? Combien d'autres sont pleins d'hommes et femmes attendant un ordre, une situation s'y prêtant, pour prendre les armes, saboter, assassiner quelques responsables ? Une arme est réellement utile lorsqu'elle n'a pas à être utilisée. La pression d'une arme seule doit suffire à obtenir gain de cause sans réellement mettre en danger qui que ce soit.

Si cette logique peut assez rapidement atteindre ses limites – et, nous l'avons vu, elle inspira en fait un usage disproportionné de la force aux forces armées du Grand Kah dans l'espoir, justement, devenir à bout par l'intimidation – elle s'applique tout de même et de la même manière au monde de l'espionnage. Les réseaux kah-tanais ont une certaine réputation qui suffit presque à remplir la majorité de ses missions par simple voie de conséquence. Cela étant dit il existe un certain nombre d'objectifs moins stratégiques que tactiques que l'on ne peut pas remplir sans une utilisation réelle de cette force. Obtention d'informations clefs sur un pays ou ses forces armées, mise au service d'une part de sa population, sabotage de ses moyens techniques, etc. Ces opérations plus lourdes sont évidemment plus difficiles à organiser que les simples missions d’observation, et c’est dans ce contexte que la collaboration entre les différents services du monde libertaire trouve tout son sens.

J’avais dit reprenons ? Continuons. Cette histoire ne s’est, en fait, jamais interrompue.

La Fédération des États du Mokhaï est un petit pays. Pire encore : la Fédération des États du Mokhaï est un petit pays divisé. Son statut "fédéral" cache mal une répartition du territoire et des richesses pensée au service de baronnies locales, progressivement fossilisées autour de postures ethniques déconnectées de la réalité du pays, et d'autres, idéologiques, donnant lieu à une contamination progressive des derniers bastions de la bourgeoisie par une gauche radicalité et syndicalisée.

Cette fédération n'est pas respectée par ses alliés et ses partenaires, au même titre qu'on ne respecte pas la chenille ou la chrysalide en tant que telle. Pour le Grand Kah, qui a sécurisé l'indépendance du pays et participé à protéger sa jeune assemblée élue d'une dictature eury-communiste d'une violence qui passait encore pour exceptionnelle en 2008,

Sa forme actuelle est au mieux un compromis, au pire une survivance ultime des intérêts de la caste des barons de l'indépendance et de la bourgeoisie native coloniale. Le pays a été renversé à plusieurs reprises, d'abord par ses habitants en arme, puis par une clique de ces habitants, enfin par des syndicats imposant un nouveau monde, fait d'égalité et d'une certaine vision du monde débarassée de critères ethniques ou de classe. La réaction de celles et ceux qui ne souhaitaient pas voir ces critères disparaître fut donc de proposer une structure délimitant le pays en frontières internes, permettant d'artificiellement coincer les syndicalistes dans leurs fiefs, et de préparer la défense des derniers bastions de la bourgeoisie.

Ces bastions, progressivement, sont contaminés, et il ne fait aucun doute pour les observateurs du monde socialiste que le Mokhaï, bientôt, très bientôt, rejoindrait pour de bon les rangs des pays libérés de leurs chaines. En attendant il reste un gouvernement fédéral, cache-misère un peu absurde, faisant mine de tenir un pays dont toutes les fonctions vitales sont déjà aux mains des syndicats, ou bloquées par ceux-là. Et quand il faut s'adresser au Mokhaï, par un respect désuet des institutions, c'est à ce gouvernement que l'Union du Grand Kah s'adresse.

Cela nous amène à la question des espions et, donc, de l’Empire.

De part sa nature, ce gouvernement n'a jamais effectué d'opérations hors de ses frontières, sinon lors de timides participations à des manœuvres communes menées avec leurs camarades libertaires. De part sa nature, toujours, le gouvernement fédéral ressent une certaine frustration face à des partenaires qui, s'ils permettent effectivement le "développement productif et équitable" d'un Mokhaï désormais bien indépendant, ne voient pas dans leurs interlocuteurs actuels autre chose que des régents – nous venons de l'établir. Les kah-tanais eux-mêmes considèrent, c'est ce que révèlent des notes internes, que le Mokhaï "manque d'initiative stratégique" et ne saurait "sous sa forme idéologique et structurelle actuelle, être porteur de propositions de rupture concernant la situation [régionale]".

C'est pour ça que lorsqu'elle fut invitée à une rencontre par les Services Communaux Secrets, dits RCCMS, de la Fédération, Stux Notario – citoyenne chargée du Commissariat Suppléant à la Sûreté, leurs homologues kah-tanais – fut assez surprise. En bonne experte qu'elle était, elle n'en montra évidemment rien. Ni à ses pairs, ni aux mokhaïens lorsqu'ils se rencontrèrent enfin. Le Grand Délégué du RCCMS était un homme qu'elle connaissait vaguement pour s'être déjà entretenu avec lui lors de collaborations passées. Il ne l'avait jamais vraiment impressionné ou frappé de quelques manières que ce soit, mais elle avait toujours été capable de trouver quelque chose de positif à dire à son sujet. Il en allait de même pour chaque allié sincère, efficace, ou les deux à la fois.

Les deux individus n’avaient à première vu pas grand-chose à voir. La première était une représentante tout à fait habituelle de la radicalité vieux jeu de l’Union. Originaire des îles marquises, elle exprimait sa personnalité par un costume pour homme coupe ancienne, et une coupe légèrement asymétrique lui donnant un air androgyne. Face à elle se dressait un Asiatique sombre, de petite taille, un peu gras et portant des lunettes. Il ressemblait parfaitement au haut fonctionnaire qu'il était. Et elle, elle le savait, avait l'apparence convenue de la malfaisante kah-tanaise venue donner des ordres et détruire l'ordre moral d'un pays. Ils se sourirent, se serrèrent la main, s'installèrent autour d'une table, sur des sièges confortables, dans une salle de réunion où se trouvait un grand écran mural représentant une carte de la région. Elle était, nota la kah-tanaise, centrée sur le Mokhaï.

« Que voyez-vous, citoyenne ?
– Votre pays. »

Il acquiesça doucement.

« Mais encore.
– La région autour de votre pays. D’autres pays où nous avons des intérêts, d’autres que nous avons intérêt à surveiller, d’autres encore à voir chuter dans les prochaines années.
– Le sens réel de ce qu’on voit n’apparaît jamais clairement.
– Pas sans les informations utiles, non.
– Comme vous le savez la Fédération des États du Mokhaï est dans une situation complexe.
– A quel titre ?
– De manière générale.
– Cela s’entend, oui.
– Du thé ?
– Merci. »

Il se leva pour la servir. Ici comme dans d’autres pays du monde libertaire, on avait éliminé au maximum les rôles subalternes, et Styx pensa que ni lui ni elle n’auraient aimé tenir cette discussion en présence de qui que ce soit. Le Grand Délégué continua.

« Le développement de nos États fédérés dépend d’un contexte politique plus large. Un sous-investissement chronique de la part de la Yukanaslavie et du Magdanie participent à faire de nous la principale porte d'entrée de cette façade du continent nazuméen. L'invasion du Luzestan par la maison Aykhanides et la guerre civile en Ramchourie ont aussi effrayé les investisseurs, redirigeant mécaniquement les flux logistiques et financiers en direction de nos propres pôles d'attractivité.
– C’est très bien.
– C’est conforme à vos prévisions.
– Aux nôtres ?
– Celle du Grand Kah.
– Naturellement. Une lecture et matérialiste de la situation permet d’établir des plans clairs pour chaque circonstance. Cela dit, ce n’est pas notre mode d’action privilégié. Si on vous a dit que c’était le cas, on vous a menti.
– Non, je sais que vous ne représentez pas un acteur rationnel.
– Ce n’est pas non-plus ce que je disais, citoyen.
– Veuillez m’excuser. En tout cas vos plans pour le Mokhaï se sont avéré fondé.
– Bien. Et donc ?
– Ils sont actuellement menacés. »

Styx s'était légèrement penchée sur son siège. L'homme la fixait d'un air patient. Il lui sourit.

« Que voyez-vous, citoyenne ? »

Qui signifiait en fait "Qu’est-ce que nous n’avons pas encore évoqués ?" Ses yeux retournèrent à la carte, la parcoururent. Les frontières était comme des cicatrices taillées au couteau dans la chair du monde. Pour beaucoup issues de conquêtes, de colonisations, autant de violences faites au monde. Elle parcourait les noms des pays, chacun faisait naître en elle une constellation d'images, d'idées, d'informations chiffrées pour incertaines. Flux commerciaux et humains, participation à telle alliance, telle action militaire, tel coup de main culturel. Réseaux, interactions, et les veines qui courraient sous la terre, les forces telluriques qui animaient tout le reste. Elle fronça les sourcils, se força à penser en dehors des présupposés de ses propres services.

La kah-tanais pencha légèrement la tête sur le côté, puis repoussa la tasse de porcelaine d’une main. Elle sourit à son tour.

« Très bien, citoyen. Vous allez maintenant m’expliquer quel est le problème du Mokhaï avec l’Empire du Churaynn. »

Pouvait-il en être autrement ? Et la menace pouvait-elle avoir un lien avec quoi que ce soit d'autre que l'enfant terrible de l'Afarée ? De l'Afarée et du Nazum, aimerait-on prétendre. La vérité c'est que les deux continents comptent bien d'autres enfants terribles, lesquels sont tous, à leur échelle et pour leur environnement immédiat, autant de risques indéniables. Enfant terrible, pour l'être vraiment, c'est à dire pour obtenir la reconnaissance de ses pairs et ennemies, il faut vivre par le coup d'éclat, sortir de ses frontières, porter la mort au-delà du raisonnable. L'Antérinie tue, déporte et exterminer sur des critères ethniques. C'est dans ses frontières, c'est raisonnable. Le Ninchi se baise en deux, mène une guerre interne fratricide. C'est insupportable, car l'un des camps est socialiste. Le Khardaz s'arme au service d'une guerre promise, surjoue la provocation avec ses voisins, fait à part belle aux milices fascistes. De façon un peu contre-intuitive, c'est raisonnable : une certaine hypocrisie permet aux pays de survivre.

Le Churaynn menace des dirigeants de morts, largue des missiles à l'autre bout du monde, tente des expéditions militaires dans les mers du nord et du sud. C'est un enfant terrible. Ses gesticulations navrantes attirent l'attention des hégémonies locales. Pour celles-là, cependant, le Churaynn est une puissance sans impacte. Elle peut bien crier, ses moyens d'action sont limités. À jamais destiné à être l'idiot utile d'autres puissants, le Churaynn n'intimide pas les grands qu'il veut faire flancher, et pousse les autres à un effort de concertation autour de la question : que faire de ce voisin ?

Le Grand Kah a-t-il pensé le Churaynn ? Oui. La citoyenne Actée a dû donner un ou deux discours à ce sujet, et a proposé une rencontre à son dirigeant de facto. Rencontre qui ne fut finalement jamais organisée, qui n'eut jamais lieu. Le Churaynn avait exigé l'aide de l'empire libertaire et, finalement, oublia jusqu'à sa demande. Passa à autre chose. D'une aventure, l'autre. Pour l'Union ce fut la fin de l'Histoire. Ce turbulent pays d'Afarée orientale ne représente ni un risque ni un intérêt immédiat, il y avait d'autres dossiers plus urgents à traiter ailleurs, partout. Pour le Mokhaï c'est différent. Petit pays en voie de développement, aux moyens militaires limités, sa position au plein centre d'un triangle donc chaque angle est une colonie impériale impose une pensée stratégique très particulière, celle d'un pays potentiellement assiégé. Sinon activement, au moins par la simple bêtise d'un Chuaynn dont il est impossible de prévoir la nature exacte des prochaines exactions. Qui sait quel prochain pays recevra des tirs, des menaces, tout le reste ? Pouvant certes compter sur le soutien kah-tanais, le Mokhaï n'en est pas rassuré pour autant.

Et puis il y a l'autre aspect, aussi. Que l'on tend à oublier. La géopolitique est une compétition sordide où l'avantage des uns ne saurait être lu et compris comme le désavantage des autres. C'est cette notion même qui rend la collaboration du monde libertaire, "nous n'avons pas de raison de nous opposer" proprement merveilleuse. Or, l'Empire du Churaynn a des intérêts croissants dans ses colonies. Une situation proprement intenable au sein des principales métropoles de ces territoires a poussé l'Empire à se resaisir et à réinvestir massivement, c'est en tout cas ce qui est prétendu, dans ces territoires oubliés. Leurs ressources ne vont pas s’extraire toutes seules, leurs citoyens asservis ne vont pas se tuer à la tâche sans infrastructures dédiées. Capitalisme est machine de mort, et ses moteurs tournent à l'argent. Depuis peu, l'Empire la prétention de fournir ces fonds à ces machines, de réactiver ses colonies dans leur fonction première : mouroir à ciel ouvert où l'on sacrifie quotidiennement des milliers d'âmes au service d'un dessein plus grand : les intérêts économiques d'un pays, et à travers ce dernier, d'une élite. La Bourgeoisie, la Noblesse, la classes des propriétaires et des financiers, la classe qui n'a pas à travailler, mais dicte et commande le travail.

C’est le cas à des milliers d’autres endroits. Le Mokhaï n’en fait pas une affaire morale.

Mais l'Empire part de loin, de très loin. Ces ruines se reconstruiront sur des décennies entières et un jour, peut-être, deviendront de formidables moteurs économiques sur la façade Ouest du Nazum. Et il est impensable, du point de vue de la sécurité et de la décence, de permettre à cet empire instable, incontrôlable, de développer les moyens de ses ambitions brutales. Ce ne furent certes pas les termes employés par le Grand Délégué, mais c'est ainsi que Styx les reçus. Le Mokhaï voulait surveiller ce pays parce qu'il avait peur, qu'il était terrifié, de la perspective d'un Churaynn développé. Est-ce que c'était seulement possible ? Le vrai développement était, par bien des aspects, fortement incompatible avec la pratique kleptocratique du pouvoir. Sans réformes importantes, l'Empire pourrait au mieux tirer un bénéfice à moyen terme de régions qui, au mieux retourneraient en déshérence, au pire finiraient sans un état de conflit civil larvé. Possibilités ; opportunités, Styx ne serait plus là pour le voir, plus que vraisemblablement.

Mais puisqu’il le fallait : il était assez rare que les camarades du Mokhaï émettent une demande, et celle-là semblait assez inoffensive. Surveiller le pays ne coûterait pas grand-chose à la communauté de l’intelligence libertaire.
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LA FEUILLE DE CHOUX


Avec le jeté de Sadr, l'aviation luciférienne rend hommage à Petipont

Lors d'une parade aérienne, les pilotes ont jeté des pantins en mousse à l'effigie du Sadr au dessus de la capitale


Avec le jeté de Sadr, l'aviation luciférienne rend hommage à Petipont : Lors d'une parade aérienne, les pilotes ont jeté des pantins en mousse à l'effigie du Sadr au dessus de la capitale

Si la colère populaire ne redescend pas contre l'Empire du Churaynn, les pilotes lucifériens, connus pour avoir été les partisans de la première heure de feu le Pape noir du désert, ont tenu à rendre hommage à Bartholoméon de Petipont à leur façon. Lors de leur traditionnelle patrouille aérienne, un rituel nécessaire pour défendre la Kabalie face aux intrusions des avions azuréens, les pilotes ont profité de survoler Salem-Aleykoum et Petipont-ville pour lâcher au dessus de la ville des pantins en mousse à l'effigie du Sadr, suspecté d'avoir participer à l'assassinat de Petipont et des chefs kabaliens.

Il s'agit d'un clin d’œil assumé au "jeté de Sadr" lorsque ce dernier avait été fait prisonnier en Eurysie en tentant d'y déclarer la guerre, puis catapulté dans le ciel par avion. Un épisode drolatique qui, à défaut de faire oublier la peine et la colère des Kabaliens, contribue à l’apaiser un peu en rappelant le ridicule du personnage. Un officier kabalien, qui tient à rester anonyme, promet ainsi qu'un jour "nous jetterons le Sadr depuis l'un de nos avions" mais cette fois sans parachute ajoute-t-il d'un air entendu.

Les habitants des deux plus grandes villes du pays, Salem-Aleykoum et Petipont-ville, ont donc eu la surprise de voir s'agiter dans le vent des pantins à l'effigie du Sadr, provoquant hilarité et applaudissement des Carnavalais, habitués à ce genre de spectacles folkloriques, communs dans la Cité noire et particulièrement les bas-quartiers, qui ridiculisent les puissants de ce monde. Si certains pantins ont été emporté dans le vent et ont atterri dans la mer tel un parachutiste azuréen, la plupart ont atterris dans les villes où se sont engagé une véritable "chasse au Sadr" improvisée.

Si certains petits malins ont précieusement conservé ces poupées taille humaine, dans l'espoir que celle-ci deviennent un jour des objets de collection et prennent de la valeur, la plupart du temps les pantins ont été joyeusement réduit en morceau par les passants dans les rires et aux cris de "justice pour Petipont" et "justice pour les Kabaliens."

Au-delà de la plaisanterie, la Kabalie rouge suit avec attention les rodomontades de l'Empire du Churaynn dont la dernière trouvaille en date est de menace l'ensemble de la circulation maritime en promettant de tirer à vue sur les navires commerciaux qui tenteraient de passer par les détroits reliant la Leucytalée et la mer Blême. Si pour le moment tout le monde continue à passer tranquillement en empruntant l'un des douze autres canaux disponibles dans la région, la menace que prétend faire peser le Churaynn sur la région est prise au sérieux par les principaux acteurs commerciaux qui empruntent ces routes. Au point de sonner bientôt la fin de la récréation ?

Malgré les crimes du Sadr, le ton reste encore à la plaisanterie parmi les états-majors de la Kabalie rouge. Entre le Sadr dont les menaces ne sont jamais suivies d'effet et l'Azur dont les incursions dans l'espace aérien kabalien se font abattre presque aussitôt, le danger que représente à l'heure actuelle ces deux entités hostiles inquiète moins qu'elle attise la curiosité des états-majors lucifériens. La dernière trouvaille en date du Califat, envoyer sa flotte exercer un blocus intermittent, faute de capacité à se ravitailler en Leucyalée, fait sourire et rappelle le blocus de l'OND, lui aussi percé de partout.

Mais la Kabalie rouge aurait tort de parier sur l'incompétence de ses adversaires et derrière les plaisanteries de son aviation, le gouvernement du désert rouge travaille activement à construire, pas à pas, des alliances régionales solides afin d'inscrire la Kabalie rouge dans l'écosystème de l'Afarée de l'ouest. Car contrairement à ceux qui ne jurent que par la force, la Kabalie rouge a compris que pour prospérer en paix, il fallait s'attirer la sympathie de ses voisins.


Le maire de la commune du Val-perroquet au cœur d'un scandale raciste après la diffusion d'images le montrant surnommer son assistant natif kabalien "grain de sable".


La Feuille de Choux : le seul journal dont les pages sont comestibles !
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CONVOCATION

Police

Monsieur Yazido Malsiento, dit "le Sadr",

Nous vous notifions votre convocation par la police de Kabalie rouge pour être interrogé dans le cadre d'une enquête sur l'assassinat de feu Son Excellence Monseigneur Bartholoméon de Petipont.

Vous êtes attendu le mardi 4 avril au commissariat de Salem-Aleykoum à 14h. 11 rue Saint-Mohamed, Salem-Aleykoum 3ème. En cas de demande de votre part, votre voyage pourra être défrayé.

En cas de refus ou d'absence à votre convocation, cela sera notifié dans votre dossier et pourra influencer d'éventuelles poursuites.

Veuillez agrée nos salutations administratives,
Alexcision Beaudenuit,
Commissariat de Salem-Aleykoum
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