La nuit tombait progressivement sur le pont de la corvette qui connaissait ses premières croisières dans les mers plus chaudes, loin de la Manche Blanche, avant une remontée vers le nord, encore. Nous étions affectés à l'UNORTHCOM, l'une des zones de commandement de l'OND les plus vides de forces onédiennes. La zone était immense, de l'océan du Nord à la mer Brûmeuse en passant par la mer Indigo ou même la plus petite mer de Nouvelle-Morakhan. Une très vaste immensité à couvrir et bien peu de bases pour nous. Quelques petits ports onédiens et surtout Sen-Seol et ses 3 millions d'habitants coupant en deux Maret. Nous avions là une longue aventure devant nous. de la Confédération Socialiste du Nazum à la Poëtscovie en passant par la Vélèsie c'est une région pour le moins...surprenante. Je n'y ai jamais mis les pieds, comme aucun autre marin avec nous à bord de l'équipage. Le commandement aussi est jeune, mais il a des tâches ben définies qui nous animeront pour les prochains mois. Ici, pas de menace Carnavalaise, pas de grande piraterie des mers du sud, un grand bras de mer parmi les plus fréquentés au monde, et des eaux septentrionales et froides. Nous n'attendions pas vraiment cette période. L'équipage, moi le premier, passions notre temps à nous prélasser sur le pont arrière dès que l'hélicoptère s'envolait pour quelques patrouilles. Là, perché au soleil à attendre quelques convois à saluer ou navires à surveiller de temps à autre. Je ne m'imaginais pas que cela prendrait une telle tournure si rapidement.
Au matin, le commandement nous réveilla sur le son de la cornemuse de l'équipage. Nous embarquions avec nous trois officiers caratradais dont un officier cornemusier. Vieille tradition des premières navigations de navires militaires tanskiens : des caratradais à bord et une cornemuse pour le premier voyage. Le réveil en est plus vif, plus rapide, plus gênant parfois. Fort heureusement hier nous manquions de quoi nous amuser. La prochaine escale se faisait déjà attendre, le vin venait à manquer, déjà. Nous étions faiblement doté. Point de quoi sustenter tout un équipage, moins encore de quoi nous saouler, tout juste assez pour nous dire de pouvoir boire un verre, de temps à autre. Une autre tradition que le pacha avait décidé de garder pour ce bâtiment au doux nom de TMS Menneskerettigheter. La soixantaine de membre d'équipages dont je faisait parti trouvait aussi la compagnie d'un petit groupe de fusiller marins, tout aussi ennuyés que nous en ses débuts en mer. Pour eux autant que pour nous, le réveil fut donc brutal et rapidement teinté de rouge. Tout le bâtiment vira d'une couleur plus brûlante que le soleil, il était cinq heures, peut être six. Nous pensions tous à un entraînement, une surprise malvenue, un mauvais réveil inutile mais suffisamment rare pour ne pas entamer notre motivation. Il n'en était rien. Le Pacha nous prévenu rapidement que nous allions aller à la rencontre d'un petit convoi. En des mots savants mais brefs, nous n'avions pas bu de café il ne fallait pas trop nous en dire, il expliqua que Churyann venait de tirer, à nouveau, des missiles balistiques sur un énième pays. Fût-il d'Eurysie ou d'Afarée ? Je ne le sais pas et cela n'avait pas vraiment d'importance. A bord du navire, nous jouions régulièrement à la RISK ou d'autres jeux de plateau connus de tous. Depuis six mois, une règle s'était silencieusement instaurée dans la marine : le dé churyann. La règle est simple, à chaque tour, vous lancez un dé. Si il fait 6, alors le Churyann tire un missile sur vous sans prévenir, un autre lancé de dé définit le nombre de pions à défausser. La règle est simple, elle fait sourire, et aujourd'hui encore elle trouve une nouvelle réalité. Alors le commandement s'était décidé à apporter sa prière à l'édifice.
Un convoi churyann s'était élancé en direction de l'Océan du Nord. Etait-il une menace balistique pour la région ? Sans doute pas, il n'y avait pas de destroyer. Nous tenions pour autant à leur signaler notre mécontentement. Nous nous tenions à bonne distance, mais en ce petit matin, soleil dans le dos, la corvette virant au rouge vira aussi plein moteur en direction du convoi, bien plus lent. Après plusieurs heures, alors que nos pupilles étaient désormais habitués au roue ambiant des salles intérieures, pour celles sans fenêtres, et que nous avions tous nos tenues, le convoi faisait son apparition dans les jumelles de la passerelle. Nous devions nous maintenir à une bonne distance, quelques miles nautiques, ils ne devaient être que des silhouettes visibles aux jumelles, rien de bien menaçant. Le message devait toutefois être passé : un petit avertissement. Alors le radar actif de la corvette s'activa et identifia la frégate (niveau 2) du convoi très clairement. Le message était simple : nous vous suivons, ne faites pas d'erreur. Les bâtiments tanskiens dans la région, à quelques bonnes heures en mer, furent prévenus de notre manœuvre, aucun ne changea de trajectoire dans l'immédiat.