23/02/2020
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Ambassade Royale - Page 3

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sigle

En réponse à votre message

A l'attention de Son Excellence Monsieur Aimé Bassé, Ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté Impériale Louis VI pour la vice-royauté de Marcine

Que la Paix d'Allâh soit sur vous.

Excellence,

Dans votre message récent adressé au Diwan, vous répondez à un message antérieur que je vous avais fait parvenir il y a six mois. Naturellement, les questions que vous soulevez comportent donc des éléments que le temps a fait évoluer et dont nous ne pourrions être tenus responsables. Je répondrai néanmoins aujourd'hui à ces interrogations et ces remarques, car Marcine est un interlocuteur loyal et digne d'être respecté, y compris lorsque vous, Monsieur le ministre, abordez des sujets délicats ; mais surtout parce que vous livrez de précieuses informations utiles à notre relation bilatérale ainsi qu'à l'intérêt afaréen pris dans son ensemble.

Premièrement, j'entends et j'approuve votre rejet de l'instrumentalisation de la thématique humanitaire dans le cadre de conflits d'influence et de puissance. Naturellement cette instrumentalisation, identifiable à l'usage de prétextes pour déclencher des actions notamment militaires, n'est pas moralement acceptable, car l'aide et la solidarité humanitaires ne sauraient être intéressées. De même, je poursuis votre raisonnement en soulignant que le phénomène du « deux poids, deux mesures » est une manifestation explicite de l'instrumentalisation humanitaire. Ainsi le Diwan considère-t-il, comme vous le savez, comme fumisterie hypocrite toute défense opportune des uns alors que le sort des autres indiffère ; et en tant que Qabalien moi-même, je sais quoi penser de ceux qui ne sont requis que par le sort des colons carnavalais, indifférents à la notion de justice, et mis en appétit par un régime luciférien colonial : je sais également quoi penser de ceux qui pointent les destructions provoquées par les bombardements de l'Organisation des Nations Démocratiques par rapport à celles, déjà oubliées, de la ville d'Estham sur le rivage du Nouveau-Monde. Ainsi je suis sûr qu'Excellence vous me rejoindrez dans la désapprobation totale, explicite et sans concession des acteurs qui se livrent à ce « deux poids, deux mesures », car c'est bien ce que vous rejettez dans votre missive. Cependant, Excellence, je serai moins radical que vous sur cette question. Après tout, nous autres peuples du vaste monde nous connaissons finalement très mal. Nous ne comprenons pas nos cultures et nos mentalités réciproques, à moins d'être particulièrement sensible aux manifestations que ces cultures prennent dans la politique internationale ; nous ne saurions donc comprendre parfaitement le fond des intentions. Je ne saurai ainsi juger le fond de l'intention de Marcine à l'heure d'un déploiement pour raisons « humanitaires » au Moronza occidental : qu'il s'agisse ou non d'une intention réellement désintéressée, ou bien d'un alignement entre les valeurs et les intérêts, en réalité le Diwan ne s'en préoccupe guère. Nous ne prétendons pas juger le fond de l'âme de nos interlocuteurs, mais bien les actions qui sont portées à notre connaissance et qui s'inscrivent dans un contexte donné. La nature a horreur du vide et les faits sont têtus, comme disait ma grand-mère, ainsi le Diwan ne vous fera jamais, Excellence, l'offense de remettre en doute la pureté de vos intentions : il ne fera qu'observer, analyser et déduire de votre comportement l'application d'une stratégie.

En matière de Moronza occidental il n'y a pour le Diwan aucune raison de s'inquiéter. Le protocole envisagé cadre précisément le déploiement militaire envisagé. Bien que ce protocole puisse être amélioré, en mentionnant le Pacte afaréen de sécurité notamment dont la situation au Moronza ne se passera pas pour être résolue, il contient déjà de grandes qualités et il inscrit Marcine du côté de ceux qui assurent des déploiements précis et calibrés, justifiés et ajustés à une situation objectivement décrite. Le flou et les invocations, autres manifestations et signes de l'instrumentalisation confusionniste, n'ont pas cours dans votre pratique du dossier Moronzais : c'est une excellente nouvelle pour le Diwan, et à ce sujet je suis heureux que nous tombions presque d'accord. Nous vous encourageons à poursuivre le rapprochement en ce sens avec les pays frères fondateurs du Pacte, l'Antérie et le Finejouri, et nous espérons que l'adjonction du Pacte afaréen de sécurité à ce cadre apportera l'élément nécessaire à inscrire votre intervention dans une légitimité encore plus affirmée.

Ainsi du Pacte afaréen de sécurité, je regrette de lire votre refus d'en signer la Charte fondatrice. Ce regret est d'autant plus important que je ne comprend pas lesquels de ses principes sont rejetés par Marcine, ni les bases de votre raisonnement. Vous expliquez préférer une décolonisation progressive à une décolonisation radicale, soucieux que les spécificités d'Etats intercontinentaux tels que l'Empire confédéral uni ou l'Empire du Nord puissent être conservées. Néanmoins, n'est-ce pas Marcine qui a mené, très vigoureusement voire « agressivement » une campagne de décolonisation de l'Afarée centrale, aujourd'hui rendue à son indépendance ? Vous mentionnez la présence au Conseil afaréen de sécurité d'Etats « problématiques », sans les nommer. Pourriez-vous les nommer, pour que ma compréhension soit complète ? S'agit-il notamment du Churaynn ? Excellence, n'oubliez pas que c'est aux côtés de l'Empire islamique de Churaynn, avec son soutien public et en parallèle de ses affirmations militaires convaincantes, que le Protocole de Marcine a été signé. Entre Marcine et le Churaynn, le Diwan ne voit pas beaucoup de différences : nous voyons deux partenaires déterminés, utiles, engagés contre une situation coloniale et dont l'action a été couronnée de succès. Deux partenaires que le Diwan serait heureux de voir réunis autour d'une même table, de même qu'il serait heureux de voir la table afaréenne pleinement complète, sans exclusive d'aucune sorte, car l'unité de ce continent est notre voeu diplomatique le plus cher, et la voie sûre et stable de son indépendance et de sa tranquillité. Les divisions intracontinentales ne sont pas souhaitables. De même que de faire de l'Afarée un terrain de jeu militaire pour puissances lointaines restera à nos yeux autant une insulte à notre dignité qu'un boomerang dont la trajectoire éclate aujourd'hui en pleine tête de l'Eurysie, pour ne citer que ce continent.

Le Diwan réitère son appel à considérer le Pacte afaréen de sécurité comme un moyen de l'unité, du dialogue et de la paix, car ce sont véritablement ses accomplissements ; et je vous appelle, Excellence, à bien vouloir poursuivre cette conversation car nous ne comprendrions pas que Marcine, qui se dit engagée dans l'avenir continental, tournerait ainsi le dos à la principale organisation continentale dont elle travaille pourtant en étroite coopération avec les principaux membres. Au contraire, votre coopération avec le Forum, aussi amicale puisse-t-elle être, semble aujourd'hui limitée. Dans tous les cas, le Forum et le Pacte n'ont aucune concurrence à avoir et l'Azur a déjà dis qu'il soutenait un rapprochement, en vue d'une fusion, pour ces deux organisations complémentaires.

A travers le Pacte afaréen de sécurité, c'est aussi de participer au dialogue continental qui est possible. Ainsi sur l'architecture de sécurité, que nous appelons la Force afaréenne, et qui divise la protection du continent en différentes zones ; pour assurer la sécurité de votre région du sud du continent, pourquoi Marcine et son importante force militaire ne pourraient-ils pas s'inscrire dans ce cadre et assumer la direction de la commanderie régionale ? De plus, il s'agit aussi de renforcer la coopération économique et commerciale, ainsi que l'interconnaissance entre Etats voisins : l'Awrad se prépare à soumettre au Conseil un programme de coopération ambitieux, après que le Finejouri vienne de réaliser devant le Conseil une proposition enthousiasmante pour créer une trésorerie commune en vue d'appuyer les actions humanitaires en Afarée et ailleurs. Le Pacte se prépare également à une rencontre avec la Communauté des Etats Nazumis pour aborder le sujet actuel et préoccupant des règles de navigation et de la gouvernance des mers et des océans, afin d'assurer le commerce et le transport maritime. En restant à la porte, Marcine se prive de conversations cruciales, et le dialogue manque des riches arguments que Marcine pourrait y porter.

Excellence, je ne saurais qu'insister davantage pour le Pacte, qu'on ne rejoint ni par amour de ses membres, ni par souhait de perdre son indépendance, mais sur la base exclusive d'une Charte fondatrice dont la signature ouvre automatiquement droit à une place au Conseil. En rejoignant le Pacte Marcine ne perdra nullement ni son identité spécifique ni ses marges de manoeuvre. Elle entrera cependant dans une culture continentale faite de dialogue, de civilités et de recherches argumentées de consensus.

Excellence, vous abordez ensuite dans votre message le dossier de l'Althalj. Sur ce point, je vous rappelle que le Diwan et la Maktaba ont eu l'occasion de clarifier la situation, apportant des éléments essentiels à votre compréhension incomplète de la situation. Le Diwan a formulé ses excuses et la Maktaba ne s'est aucunement pourvue en réprimandes à son égard. De fait, l'Azur reconnaît être aux côtés de la nation qabalienne et de son droit à l'autodétermination. Les excuses pour en avoir fait un enjeu politique interne à l'Althalj ont été d'autant mieux reçues que l'Azur a démontré, si vous lisez bien les rapports de police, une fine connaissance de la culture althaljire, une juste représentation de son rapport au désert et aux nomades qabaliens, et qu'il partage, avec l'Althalj, le rejet principiel fondamental de l'impérialisme génocidaire de la Cramoisie. En ce qui concerne cet incident, il est donc clôturé et il appartient à l'intimité de la relation bilatérale entre Icemlet et Agatharchidès. Ce point Excellence est clair entre nous.

Vous abordez ensuite, opportunément, la notion du libre commerce et de la problématique du dispositif de contrôle maritime appliqué par la Marine califale aux abords des deux ports de la République actionnariale du Désert rouge. Après avoir identifié la thématique « humanitaire » comme étant le lieu possible d'une instrumentalisation délétère et mal intentionnée, et après avoir justement démontré faits à l'appui la constance et la justesse de l'engagement azuréen sur la question humanitaire pour le peuple qabalien, je souhaite, Excellence, vous faire voir en miroir comment la notion de « commerce » peut être instrumentalisée d'une manière strictement équivalente par ceux qui, astucieusement et roublardement, s'en proclameraient défenseurs. Si l'étendard humanitaire séduira une moralité populaire, solidaire et sentimentale, l'étendard commercial séduira une moralité marchande, boutiquière et bourgeoise soucieuse de la tranquillité de ses affaires et de la maturation de ses profits. Entre le profit réel et l'affirmation du principe de domination de toute chose par le profit, il n'y a pas de différence, ce que je vous laisserai méditer. En tous cas, je vous prie Excellence, de conserver à l'égard du « commerce » la même vigilance qu'à l'égard de « l'humanitaire. »

Il va ainsi de soit qu'aucune action actuelle de l'Azur n'est de nature à impacter sérieusement le commerce mondial puisque justement la République actionnariale du Désert rouge n'y est pas intégrée. L'ensemble des interceptions qui ont eu lieu n'ont, vous le vérifierez, eu de conséquence qui laisserait à penser le contraire. Il y a d'autant moins de risque de perturbation du commerce que l'Azur s'est doté d'un Protocole clair, efficace et transparent, et qu'à toutes les préoccupations qui ont pu être évoquées par des nations sincères, une réponse aussi claire et compréhensive a été adressée. Ainsi je réponds à ces évocations d'un trouble dans le commerce par la proposition que je vous ai faite, et que vous avez acceptée : celle de répondre au problème sur le fond, le fond étant : la situation réelle expérimentée par les Qabaliens colonisés et les autres habitants de la République actionnariale.

Cette situation réelle, Excellence, ne vous sera pas relatée par Baki Tabet. Cette personne est un agent luciférien infiltré dans les partis d'opposition qabalienne pour semer la zizanie. L'ensemble de son oeuvre le démontre, notamment lorsqu'il s'en prend de manière véhémente à l'Azur, innocent d'aucune action militaire contre les Qabaliens occupés ni contre le régime de la R.A.D. lui-même, sans absolument rien dire de ce qui est comme un éléphant dans la pièce : le caractère colonial du régime auquel il prétend s'opposer ! Baki Tabet, Excellence, est un personnage pensé comme une mauvaise farce pour pervertir et pourrir la nation qabalienne de l'intérieur. Il ne vous donnera pas de bonnes nouvelles, de nouvelles sincères, de nouvelles riches d'une vision large, factuelle, généreuse et enthousiasmante de la Qabalie : il n'a été qu'un avatar du dalyohisme.

Cette situation réelle de la Qabalie, Excellence, ne vous sera pas non plus contée par le régime de la R.A.D. qui est en pleine mutation. De fait, les technologies et la réalité économique se percutent dans le pays occupé, mélangent colons et colonisés, et la transformation rapide et radicale d'un régime d'exploitation économique depuis trois ans sème autant de doutes que d'espoirs. Ainsi une génération qabalienne est-elle en train de renaître, plus que jamais déterminée à sauvegarder son indépendance et sa culture, adoptant des codes modernes inédits et pratiquant, en lieu et place d'un racisme aigri, une généreuse assimilation culturelle des pauvres erres arrivés là par le fait de l'immigration exodique carnavalaise. Cette génération, élaborée en-dehors des laboratoires de clones et de lobotomisés, en-dehors également des églises lucifériennes qui promeuvent, notez-le, la destruction de la religion et en particulier des monothéismes abrahamiques, est notre espoir et la lumière qui peut briller en Qabalie occupée. Fait social majeur, elle n'a pour s'affirmer besoin ni de canons, ni d'obus, ni de galeries piégées.

Car Excellence, vous prêtez à l'Azur des intentions qu'il n'a pas : le Diwan n'a jamais proféré l'intention de s'emparer du territoire qabalien occupé, fût-ce pour le libérer lui-même, et dans la peur mouillée que vous décrivez chez certains, il n'y a que fantasme, méconnaissance et incompréhension de la généreuse politique azuréenne. Vous mentionnez le risque de guerre : mais ce risque est du fait de la R.A.D. seule ! C'est la R.A.D. qui a abattu deux avions azuréens et c'est le Pape noir luciférien qui a menacé de détruire l'Azur : à ces provocations insensées l'Azur n'a aucunement besoin de répondre, c'est pourquoi prêter à l'Azur des intentions belliqueuses dans ce contexte est ridicule. En ce sens, autant que peuvent être légitimes les inquiétudes de certains de nos partenaires au sein des Nations Commerçantes, vous pourrez transmettre un message rassurant : il n'y a ni perturbation réelle du commerce, ni action militaire réelle, ni menace, ni aucune raison de ne pas soutenir l'Azur dans ses efforts diplomatiques pour que cesse le plus grand crime de l'Histoire et la perpétration parfaitement consciente d'un régime basé sur la négation raciste de l'existence afaréenne et de la nation qabalienne réelle. Ces efforts diplomatiques, structurés notamment autour de la Déclaration mondiale sur la Cramoisie et de la future hypothétique mais souhaitable conférence de la paix en Baskonia, doivent au contraire être salués par les Nations Commerçantes soucieuses de tranquillité des voies de navigation.

Tout Etat qui viendrait en aide à la République actionnariale dans ce contexte et ces conditions outrepasserait allègrement les limites de l'acceptable. Loin de favoriser une quelconque résolution du conflit, il encourage la dimension perverse de ce régime alors qu'il faut en encourager la part lumineuse. Naturellement, le Diwan, pas plus que vous, Monsieur le ministre, n'acceptera que le « commerce » soit instrumentalisé à la seule fin de venir en aide à un régime colonial. De fait, je souhaite vous préciser que si Marcine voulait instaurer un dialogue avec la République actionnariale, sans d'abord, comme le font pourtant le Pacte afaréen de sécurité via le Finejouri, et le Forum afaréen de coopération du nord via l'Althalj, d'abord une oeuvre de connaissance et de réparation au préalable de toute normalisation, vous vous situeriez dans la zone rouge, au-delà des limites de l'acceptable. Je crois, Monsieur le ministre, que vous reconnaîtrez comme moi qu'on ne peut pas établir un dialogue bilatéral avec un régime colonial et génocidaire tant que ses stigmates n'ont pas été guéris par un travail sincère, ce que commencent à peine à constater, par leur mission d'observation, le Finejouri et l'Althalj. Excellence, de même que l'Azur s'inscrit en soutien et en respect de cette mission d'observation pacifique, patiente et exigeante, je vous invite à la soutenir : nous devons savoir dans quel état réel se trouve la Qabalie avant d'envisager toute gestion de la situation en direct avec le régime qui l'occupe. C'est simplement du bon sens, et comme vous le remarquez, depuis que l'Althalj lui-même a réalisé ce constat de bon sens, aucune nation civilisée n'entretient de relation bilatérale assumée avec la République actionnariale.

Excellence, il est trop tard pour attendre de l'Azur ni des intentions violentes ni une quelconque intimidation sur ce plan. Vous avez constaté vous-même à quel point la force de notre détermination et de notre justesse écrase la piètre veulerie de ceux qui cherchent des prétextes pour nuire à l'Azur. Que ceci soit entendu.

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Excellence, je reste à votre disposition et je vous prie d'agréer aux bien respectueuses salutations du Diwan.

L’écureuil dit : multiplie tes cachettes, et ta vie sera longue.
Proverbe tamasheq
https://i.imgur.com/HgV3HhF.pngAmastan Ag Amenay
Ministre des Affaires étrangères
23.02.2020
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