07/11/2018
08:51:57
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Activités étrangères à Cramoisie - Page 4

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Qabaliens en exil

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DROIT AU RETOUR !
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ding

dong
494
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Son Excellence Monseigneur
RIP


In Memoriam

https://i.imgur.com/ebvk0U8.png

Le choeur des petits choristes lucifériens :

Il est resté inébranlable,

Une voix dans la tempête de sable,

Un homme de conviction,

Un coeur de bébé reborn.


Il disait la véritié

Quand le coût était élevé

Il vivait pour Lucifer

Face à la mort, pas de souci à se faire



NOUS SOMMES BARTHOLOMÉON, BARTHO' DE PETIPOOOONT

NOUS PORTONS LA LUMIÈRE

NOUS NOUS BATTRONS POUR LUCIFER

NOUS HONORERONS MONSEIGNEUR

NOUS SOMMES PETIPOOONT,

SON COURAGE EST LE NÔTRE



Ensemble, en sa mémoire

Nous le ferons savoir...




😔🕊️ 🐏




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Résultat des votes pour la Ré évaluation du plan commun au sujet de l'entité cramoisiste

A la suite de plusieurs discours de différente nations et d'un vote concernant la Ré évaluation du plan commun au sujet de l'entité cramoisiste, voici le résultat du vote.


Nombre de votant: 9
Nombre de vote pour passer au plan R : 5
Nombre de vote pour rester au plan M avec la proposition de l'azur: 4

A la suite de ce vote, et à la majorité le Pacte Afaréen de Sécurité passe donc au plan R concernant l'entité cramoisiste. Un communiqué sera rédigé pour faire parvenir à l'entité concerné le résultat de ce vote.

Des nouveaux ordres du jour seront à prévoir.


Pacte Afaréen de Sécurité
7979
.

Tourisme



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Miss Sugar, you're amazing.

Elle pouffe. Elle écarte son intelliphone hors de son regard, et se redresse sur la chaise longue. En fibre blanche, le long des dalles de grès qui ceinturent le rectangle de bleu turquoise, un parfum tiède et chloré lui parvient de la piscine. Elle cherche des yeux son assistant. Il lui semblait qu'Orphélix était là, juste à l'instant. L'eau est calme, plane. Ils sont les seuls à en profiter dans l'hôtel. La plupart des touristes sont encore coincés à Carnavale. Elle revient à son échange de textos.

Do not fool me, Sir.

Elle réplique du bout des doigts, un sourire froncé avec amusement.

I would love to take you out tomorrow.

Sunday walk ?

I will find something pleasant.

Violoncelle soupire alors. Fine, ajoute-t-elle avec un emoji satisfait. Une brise légère passe et caresse les palmiers en plastique, qui verdissent crûment le paysage de roche noire et de blocs de béton rouge, demeures d'architectes du motel dans les hauteurs de la capitale. Le robot qui nettoie la piscine fait un petit grondement ininterrompu dans son local. C'est magique, sans l'être. La chargée d'affaires s'étire.

Nous sommes quelques jours avant le vote du Conseil d'Administration. De Cramoisie, pas l'autre. Une langueur est tombée sur la ville, dont les lumières brillent toute la nuit jusqu'au petit matin. Les rues tièdes, arpentées par des véhicules électriques qui sifflent discrètement la fausse voix d'une batterie au lithium, sont parfois animées des rires et des bruits d'une terrasse qui s'ouvre, et se referme avec la porte. L'énergie a beau être abondante, les Carnavalais n'aimeraient pas qu'on abuse de leur facture de climatisation. Ils sont chez eux, mais pas encore tout à fait. Le temps d'électrifier toutes les colonies, on y sera presque.

Violoncelle scrolle sur son intelliphone une page internet. Dans une police art déco, les merveilles venues et à venir du grand parc d'attraction d'Émile Merci, celui qui ne voit pas les couleurs. Une bande annonce d'une minute trente vante la reconstitution en réalité virtuelle du grand caravansérail de Timghazad. Elle zoome avec ses doigts, plisse les yeux. Ça a l'air sympa. Ça avait l'air sympa, du moins. La 3D retranscrit avec une fidélité trop lisse la cour damée, plantée de cyprès, emplie de mosaïques faisant circuler une eau pure de la qânat pour le soulagement des bêtes et des Hommes. C'est une vision d'artiste. En réalité, Violoncelle continue à scroller. Le grand huit en forme de hijab ne la convainc pas ; la quiche lorraine à la joue de chameau lui est un peu restée sur l'estomac. Le métissage c'est bien mais des fois ça donne des trucs bizarres.

— Mademoiselle ?

Une voix la tire de sa recherche. Le jeune homme sollicite son attention. Il vient de se rhabiller.

— Ah, Orphélix.

— J'aurais voulu savoir si vous étiez d'accord pour que je prenne mon dimanche dès ce soir.

— Ce soir ?

— Il y a une SamediOK au Merveille-Désir, ça me disait bien d'y aller.

La patronne réfléchit un instant.

— Pas de nouvelle du C.A. ?

Il fait non de la tête.

— Ils sont encore en délibérations.

Elle peste.

— Mais pourquoi leur faut-il six mois pour se décider ? On ne leur a pas demandé d'élire un Pape, tout de même.

— Euh, certes. Presque pas.

— Espérons qu'ils aient une autre idée qu'élire un Kabalien mort.

— ...

— Bon, et sinon, du neuf du côté de Flavo' ?

Il s'accroupit à hauteur de sa patronne, et d'une voix plus basse :

— Il vient de perdre l'élection de son C.A. à lui.

— Merde.

Elle fronce les sourcils et se les abrite du soleil.

— Il doit être tout patraque.

— J'ai eu sa secrétaire tout à l'heure, elle est en train de faire les poubelles de la salle de vote. Il veut savoir qui l'a trahi au moment du vote.

— Hm. Et Julonin ?

Orphélix lève les yeux en l'air, cherche quelque chose dans sa poche arrière de pantalon, en sort un calepin, retrouve des notes, les interprète.

— Toujours en cure médiatique. Il va donner une petite interview à La Cloche Fêlée, juste pour marquer le coup.

— Parfait. Dis-lui de ne pas trop s'exposer.

— Je vais appeler Gauthierry tout à l'heure.

— Et surtout, qu'il ne parle plus de l'OND. Tu lui dis bien ça, d'accord.

— Oui, Mademoiselle.

— Ni du Kah.

Orphélix acquiesce, et pince les lèvres pour dire : c'est tout bon ?

Violoncelle se relève et s'assoit sur le côté de la chaise longue. L'air flotte au-dessus de la piscine rectangulaire, aussi pure qu'une eau de glacier. L'atmosphère vibre sous l'effet de la chaleur ; dans leurs pots, les plantes en plastique sont en train de cuir. Une légère odeur de caoutchouc brûlé émane de la surface rouge sang des bâtiments coloniaux.

— Eh bien soit, mon petit Orphé, va t'amuser ce soir.

— Merci, Mademoiselle !

L'intelliphone vibre. La notification annonce un nouveau SMS. Violoncelle en déverrouille l'écran et consulte la proposition de balade que lui suggère son crush. C'est d'accord pour elle. Sans quitter le message des yeux, elle annonce :

— Je pars ce soir avant le dîner, on va faire du droma' avec le Docteur Manguelaid. Je ne serais de retour qu'à la soirée, je pense.

— Ah, du droma', sympa. C'est qui déjà, Manguelaid ?

— Un archéologue, un espion, quelque chose du genre. Il a subi une lobotomie partielle pour adopter le comportement type d'un Caratradais à l'occasion d'une mission d'infiltration. Il devait s'y faire passer pour député, je crois, ou ministre, un truc du genre. Et faire passer une loi pour créer des armes chimiques. Bref, un délire. Mais du coup, son cerveau n'arrive plus à parler une autre langue, la lobotomie a été trop efficace.

L'excellence carnavalaise.

— L'excellence carnavalaise, comme tu dis.

— Et vous allez vous balader où ?

— Dans la zone huit. J'ai hâte. Il m'a promis un karaoké des plus grands tubes d'Azuri FM sous la tente bédouine. Et puis, il paraît que c'est là qu'on peut admirer les plus beaux schistes rouges de la R.A.C.

— Vous allez bien vous amuser.

— Ouais, c'est clair.

— J'espère que vous m'enverrez des photos.

— On verra, si c'est autorisé.

Un court instant de silence passe entre eux. Puis, un rictus ironique lui déformant le visage, elle contre-attaque.

— Et toi, tu retrouves quelqu'un ce soir ?

Il fait une petite moue mais ne répond rien.

— C'est Samaël que tu vas voir ?

Le rouge lui monte à ses joues pâles.

— Celui qui s'est fait virer de la Cathédrale Noire par les Dalyoha, hein ?

— Non !

Il s'essouffle, sa protestation est sortie toute seule. Elle éclate de rire.

— Tu me rassures. Quoique, tu serais bien le genre à traîner avec une mauvaise graine comme ce coquin.

— C'est le diacre de Petipont, confie-t-il.

Le sourire quitte immédiatement le visage de Violoncelle. Soudain très sérieuse, elle s'empare de son paréo, de sa serviette et d'un bouquin ouvert mais pas entamé qui traîne sur le marbre poudreux des abords de la piscine.

— S'il t'arrives encore une bricole, je t'aurais prévenu.

Orphélix a un sourire gêné. Alors que sa patronne rentre à nouveau dans le bungalow pourpre et cubique, il la suit à l'intérieur. Aussi sombre qu'est aveuglante la lumière du soleil, il entend Violoncelle aller prendre une douche.

— Mademoiselle, je vous en prie, je suis encore désolé pour l'autre fois.

— Ce n'est pas à moi qu'il faut que tu t'excuse. Voler une carte magnétique à un officiel de la R.A.C. pour aller zouker dans la chapelle privée du Pape Noir avec son diacre personnel, tu as vraiment du culot. Heureusement que Printempérie a d'autres choses à foutre en ce moment parce que ça relève du... de... bref ça aurait pu être très grave.

— Heureusement que vous avez été là.

Elle se retourne une dernière fois, le toise, le jauge. De la tête au pied.

— Trop bon trop con.

Elle incline légèrement la tête.

— Tu as de la chance d'être trop mignon pour aller en prison. Mais tu es trop jeune pour moi. Je préfère la viande bien maturée.

— Le Docteur Manguelaid ?

Elle le pousse en arrière, du bout des doigts.

— Occupe-toi de tes affaires.

Il reste cependant là, un sourire se dessinant sur ses lèvres fines. Elle le regarde une seconde sans comprendre, puis cède, excédée.

— Toi, tu veux encore quelque chose.

— Les clés de la Strama, s'il vous plaît.

Elle le fixe, blasée. La voiture velsnienne de location sommeille dans le garage du motel, en sous-sol, rutilante comme un pur-sang arabe. Elle sort quelque chose de sa poche, et le jette sur une table basse du salon.

— Voilà. Tu as intérêt à ne pas l'abîmer.




* * *




Le train magnétique emporte Violoncelle vers Carnavale-Cratère, comme un serpent sillonnant entre les dunes. C'est presque comme si c'était en banlieue. Dans l'oasis, restaurants et salons de massage attendent les clients. Les employés s'éventent sur les terrasses, en écoutant les bruissements d'insectes dans les herbes hautes. C'est un son artificiel produit par des enceintes camouflées. L'ambiance est fake. Richarnaud Manguelaid l'accueille à la gare, quand le ciel est mauve et bleu, que les lampions et les loupiottes font des colliers de jaune foncé éclaboussant la nuit qui arrive. Son costume blanc trois pièces, son sourire, sa haute taille et ses grosses mains rassurent. Il sue comme un porc dans le marcel noir qu'il porte en-dessous. Heureusement que la terrasse est climatisée. Sur le gazon synthétique, ils se coucheront pour déguster les plaisirs de l'Orient ; des cornes de gazelle, des loukoums, des dattes. Avec un peu de oud, pourquoi pas, chanté par un qabalien pieds nus. Dans Salem Aleikum noire et colorée, qui bat comme un coeur de mouton sur une pulsation démentielle, la Strama s'éloigne du Merveille-Désir. Deux jeunes gens ivres à son bord prennent la rocade qui longe la zone militaire. Ils vont disparaître à trois cent kilomètres heures, faisant défiler les dunes sous leurs yeux, pour étendre, au milieu de rien, un tapis brodé. Ils vont enlever leurs chaussures. Mettre leurs pieds sur les grains rugueux et encore chauds de la journée. S'embrasser sous la lune, et prendre des photos.


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https://i.imgur.com/ycX1CVf.png


Expansion : on va plus sur Mars ?


Ça s'en va et ça revient : le voyage vers Mars, on n'y comprend plus rien ! Après l'avoir validé, Camille Printempérie en avait fait une priorité : développer des fusées assez puissantes, avec un sacré moteur cyclométrique, dont l'accélération nous emmènerait sur la planète Mars. J'ai vu des photos, ça a l'air sympa : grand désert rouge (mais genre, grand vraiment !), plein de trucs à bousiller, personne pour nous faire chier, et surtout pas d'emmerdeurs : les Marsiens, c'est pas comme les clones, ça n'existe pas ! Il y a même de la glace au niveau du pôle, on pourrait en faire des cubes à mettre dans le prosecco. Trois cent mille boules, c'est pas cher payé pour devenir les propriétaires d'un territoire à peine moins grand que toute la Terre ; et puis, la terraformation, on sait faire ! Créer une atmosphère, j'en connais qui ont des billes pour mettre ça en place. Bref, on se l'imaginait déjà ; des robots extracteurs nous ramèneraient des tas d'épices venus de la campagne poussiéreuse, pendant qu'on profiterait, dans de grands palais derrière des glaces anti-UV, de tout le luxe que peut apporter un territoire aussi riche en ressources qu'il est pauvre en maladies de toutes sortes. La science, on l'a ; les moyens, on les a ; mais la volonté ? C'est ça qui pêche. On se croirait rendu à l'époque de la Principauté, celle des « oui mais » et des « on verra » ; alors, on a les couilles de le faire, ou pas ? Personnellement, j'espère bien que Balsilek Ishak continuera d'en faire sa priorité.

Par Samaël de Poolay.


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Question de lecteurs : « mon esclave se déguise en Prométhée, que faire ? »


Très bonne question de la part de Charlotterie Catécu, qui nous écrit depuis Nom de Domaine à Louer 5 CC par jour. Et qui revient dans vos courriers de ces dernières semaines. Alors oui, chers lecteurs, notre nouveau PDG est bien un bougnoule, du moins il en a l'apparence, espérons qu'il ait peu plus d'esprit que ses congénères lorsqu'il prendra la parole en public. Cela a été confirmé, il faut s'y faire, ça va aller ; à priori, pas de grands changements, sauf effectivement dans l'épineuse question des places de bus. Alors, je suis entièrement d'accord avec vous : l'essentiel, c'est qu'on ne se mette pas à côté. Qu'importe si les places sont assignées ou pas. On ne va quand même pas se mélanger tous les uns aux autres ! Mais revenons à la question, que faire si mon esclave veut jouer à l'être émancipé ? Ma réponse : laissez-le faire. Ses déterminants biologiques l'assigneront rapidement à la position subalterne qu'il occupe naturellement. Vous pourriez aussi lui proposer une opération pour lui faire greffer un cerveau de Carnavalais, s'il est si excité que ça, il se portera volontaire de lui-même. Je l'ai lu dans la presse de métropole : les corps des Kabaliens sont un gisement favorable à la réinsertion d'esprits digitalisés dans une enveloppe corporelle terrestre. On pourra revoir l'aristocratie, mais en bronzé ! Pas mal non ? C'est carnavalais. Chers propriétaires d'esclaves, pensez plutôt à vous acheter un clone de service Dalyoha. Leurs capacités cognitives ont été amputées de la capacité à se rêver titan, donc vous n'aurez pas ce problème ; il y a même une réduction si vous venez les chercher en magasin. On en fait dans toutes les couleurs, bien que le modèle noir soit le plus recherché. Le petit frisson colonial, on aurait tort de s'en priver !

Par Samaël Asticq.


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26/07/2018

Le Draim



La nouvelle étude de l'université politique de Destint sur la Cramoisie.

La Cramoisie, ou comme son nom l’indique l’«entité coloniale de Cramoisie», est une colonie génocidaire installée de force par les perfides colons eurysiens que sont les Carnavalais sur le territoire natif des Kabaliens, à la suite d’un bombardement chimique de leurs terres. Après de nombreux échecs de reconnaissance à l’international en tant que «nation», la Cramoisie a décidé de changer de stratégie afin de jouer ses cartes sur le continent afaréen. En effet, ils ont sans doute pensé qu’une reconnaissance par le continent colonisé leur permettrait d’être plus facilement reconnus comme légitimes dans la région.

Cependant, les Afaréens ne sont pas idiots. Mis à part une collaboration du régime du Tanin’Vody avec le Carnavale et la Cramoisie, cette dernière enchaîne les échecs et a donc tenté d’employer ses méthodes perfides pour faire avancer ses pions. Dès l’annonce de la création du Pacte Afaréen de Sécurité, ils ont sauté sur l’occasion et ont demandé à le rejoindre, en utilisant des collaborateurs kabaliens convertis de force afin d’obtenir la sympathie des autres nations membres. Cela n’a toutefois pas fonctionné.

Contrairement à ce que disent certains médias cramoisiens, qui pleurent et s’énervent après leur exclusion du Pacte Afaréen de Sécurité, cette décision a été prise pour une raison simple et claire: comme précisé par les diplomates antériens, azuréens et finejourois, le pacte était ouvert uniquement à "toutes les nations afaréennes". Or, l’entité coloniale de Cramoisie n’est ni une nation, ni afaréenne. Il ne s’agit donc en aucun cas d’une décision arbitraire, contrairement à ce que certains pro-colonialistes ont pu prétendre.

Mais pour la Cramoisie, ce n’est pas terminé. Le Carnavale a placé à la tête de cette entité des Kabaliens endoctrinés par la machine de propagande eurysienne, dans le but de contourner les exigences du PAS, qui demandaient que les Carnavalais et autres colons quittent le territoire, et que les Kabaliens prennent le pouvoir afin d’administrer eux-mêmes leur terre. Cela n’a évidemment pas fonctionné auprès de la majorité des nations afaréennes.
En parallèle de ses tentatives de reconnaissance internationale, la Cramoisie ne cache absolument pas sa volonté de piller les ressources naturelles locales, comme a pu l’écrire un journal colonial local nommé "La Feuille de Choux".

Notre analyse de l’évolution de la situation est que la probabilité d’une capitulation de la Cramoisie face au PAS reste faible. Toutefois, dans un futur plus ou moins proche, il est probable que des actions militaires et économiques pourraient être envisagées afin de contraindre la Cramoisie à capituler, sachant que presque personne ne soutient réellement cette entité coloniale, mis à part son propre pays, le Carnavale, déjà occupé par ses affaires internes. Son unique soutien connu en Afarée, le Tanin’Vody, ne dispose pas des moyens nécessaires pour faire face au PAS et pourrait être contraint de cesser toute coopération.
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Publié le 28.08.2018 à 22h29 par Jean-Marie Ragecroyable
CRAMOISIE : LA PANNE SÈCHE ?
L'édito de Thomas Porchery

https://i.imgur.com/fJfLrpb.jpeghttps://i.imgur.com/fJfLrpb.jpeg

La République Actionnariale de CRAMOISIE© verra-t-elle la fin de l'année 2018 ? Engoncée depuis sa création dans une crise diplomatique de basse intensité avec une série de pays afaréens depuis sa création, territoire d'investissements réels ou supposés annoncés à grands renforts de publicité, terra nullius prête à tous les repeuplements, la Cramoisie semble aujourd'hui plongée dans un état de catatonie économique et politique décevant au regard des espoirs qui planaient sur elle. La R.A.C. peut-elle encore faire rêver une génération d'immigrés en quête de vastes espaces vierges à coloniser ? Pourra-t-elle finalement se révéler solvable, après les considérables investissements qui y ont été consacrés par les plus grandes puissances financières de l'Eurysie ? Finalement, est-elle condamnée par les mutations irréversibles de l'économie et du champ géostratégique mondial ? Nous aborderons ces réponses dans le nouvel édito de Thomas Porchery, toutologue spécialisé en économie et qui reprend du service vu que son collègue Pascal est un peu occupé.


La R.A.C., un rêve éveillé pour les investisseurs. C'était une formulation à peine exagérée pour décrire le projet du Président-Directeur-Général Camille Printempérie, sélectionné par le très sélect jury de Carnavale en vue de dérouler le tapis — rouge — de nouveaux investissements de conquête et d'expansion accumulés après des années et des années de thésaurisation financière et d'accumulation aristocrato-capitalistique dans la mégalopole baroque de la péninsule eurysienne occidentale. Un projet qui aurait fait défaillir les autorités messaliotes, si celles-ci n'avaient pas chevillé au corps la recherche de l'étincelle qui met le feu à la plaine de la lucrativité : une étincelle Cramoisie. Car si certains scientifiques font aujourd'hui état de potentiels troubles dans la couche d'ozone, d'un « génocide » qui reste à démontrer — a-t-on déjà vu un génocide qui laisse des survivants ? — et de bien d'autres malheurs, c'est avant tout d'une extraordinaire étendue fertile qu'avait accouché l'acte primal du Grand Missile Rouge tiré dans un des silos — sanctuaires à protéger — de Carnavale. La raison en était simple : l'anéantissement de la topographie préexistante a eu pour vertu de nettoyer une région considérable de toute forme de contrainte physique, géologique, matérielle qui aurait pu peser sur les ressorts de la richesse et de la croissance : l'exploitation des ressources naturelles, et le développement d'une colonie de travail et de peuplement. Ni maladies telluriques, ni occupants gênants : la Cramoisie aura bel et bien été la zone d'aventures et de possibles qu'elle espérait être. Du moins, pour un temps.

Un départ en fanfare. Sitôt après leur arrivée, les premiers habitants avaient stupéfié les observateurs économiques : trente, quarante, cinquante milliards de produit intérieur brut, l'installation de trois, quatre, cinq millions de nouveax habitants, c'est véritablement un tout nouveau pays que cette aventure aura vu naître. Une naissance arrivée à l'orée d'événements tumultueux, l'oblitération de la région afaréenne préexistante ne précédent que de quelques mois celles de la capitale aleucienne nordique. La guerre en Carnavale est passée par là, et la métropole s'est retrouvée, au moins un temps, coupée de sa progéniture. Les destructions ont amené à une « révolution de palais d'Eurysie », si l'on puis dire, puisque du triumvirat Obéron-Dalyoha-Castelage, l'élément le plus couillu (paradoxalement le moins) a été amputé du total ; n'est resté que la Cité noire telle qu'on la connaît aujourd'hui, sous la direction économique du clan Castelage qui en a pris le contrôle. Améthyste Castelage, en bonne fille d'un homme d'affaires sagace et astucieux, avait déjà amorcé une première épreuve pour la R.A.C. : la redirection des capitaux carnavalais vers l'auto-développement de la métropole, qui avait pourtant promis monts et merveilles à sa colonie. Colonie qui avait, dans la foulée, pris son indépendance formelle vis-à-vis de la Principauté. Deux drapeaux pour deux nations, et un nouveau départ pour la R.A.C. ?

Cramoisie, Lucifer-de-lance d'une nouvelle Humanité ! Plus que les billevesées politiques, c'est l'économie qui compte dans cette chronique. Qu'a signifié l'indépendance de la R.A.C. vis-à-vis de Carnavale ? Il faut reporter nos yeux une dernière fois cependant sur ce qui fait office de cœur politique du rêve prométhéen, capitalistique et futuriste : le fameux Conseil d'Administration, où l'effondrement Obéron a valu un arbitrage d'avocats et de notaires qui en a réattribué les parts à la Société Luciférienne de Carnavale, une congrégation antireligieuse dont la particularité importe peu sur le plan théologique, mais beaucoup sur le plan matériel. Ceux qu'on appelle les Lucifériens, qui n'ambitionnent rien de moins que la conquête de l'univers, la victoire sur la mort, et la formation d'une nouvelle Humanité révélée par le feu de la technologie, ont pris des dispositions particulièrement propices aux aspirations de rentabilité d'investisseurs toujours désireux de retours sur investissements. En réalité, ils ont essentiellement, en la matière, fait des promesses.

Un apaisement des tensions perdu dans les erreurs de traduction. L'un des premiers mouvements de la grande figure du renouveau luciférien de Cramoisie aura été le regretté Bartholoméon de Petipont, élu pape en 2014 selon les cardinaux carnavalais, mais pas selon les autres membres de la Curie. Quoi qu'il en soit, Petipont aura parmi ses premiers édits signifié la fin de la pourchasse des indigènes en guérilla ouverte contre le projet de civilisation carnavalais, l'égalité de droits, et d'autres formules à caractère symbolique données comme des gages de bonne volonté à un voisinage de plus en plus décidé à abîmer le projet de zone d'investissement optimale voulu par les initiateurs de Cramoisie. Une main tendue d'un côté qui n'est pas une joue benête ; sous la férule de Petipont, la R.A.C. s'est également attelée à réassurer ses actionnaires sceptiques, effrayés par un Armageddon't dramatique et une perte de perspectives.

Subjuguer et prier pour que ce soit rentable. Des réponses trouvées dans le lancement de trois projets futuristes : le percement d'un Sec-Canal entre les deux rives de la péninsule afaréenne, d'abord, sur lequel il faut se pencher. Projet séduisant par son volume — 1300 kilomètres de long, des potentialités démentes en matière d'exploitation du flux aquatique créé pour la production hydroélectrique, l'assolement des rivages, l'approvisionnement en eau, et la réalisation d'un « jardin poussé sur le désert » comme d'une victoire biocivilisationnelle de la famille Dalyoha sur les tribus mahométanes. Ensuite, et pas des moindres, le fameux Grand Désert Express, une ligne de train reliant Printempériebourg-Salamaleikum à une autre bourgade, en réalité n'importe laquelle, pourvu que le tracé emprunte l'inédit, inenvisagé, impensé itinéraire du désert. Remplacer les chameaux par des trains, offrir à une clientèle aisée et amatrice du bon goût le séjour dans un train de luxe ultrarapide pour connecter les différentes étapes d'un voyage à travers le paradis : bien qu'il demeure essentiellement à l'état de projet, du fait de l'ensablement répété des voies, le projet reste bien réel et ses promesses sont alléchantes. Enfin, ultime pari sur l'avenir de sa regrettée Excellence-Monseigneur : le projet Mars ! La conquête de Mars, évoquée concommittamment à un « Plan M » afaréen, aura fait miroiter des espoirs de mise en valeur minière et extractive de la planète la plus proche de la Terre. Un gisement de métaux majeur, atteignable par la R.A.C. visionnaire et sa technologie de pointe ? Bien que la R.A.C. ait mené un projet assidu, sans doute rébarbatif, pour démontrer de ses intentions spatiales, celles-ci n'auront jamais été tout à fait innocentes aux yeux des investisseurs, d'une certaine complaisance vis-à-vis de l'intention azuréenne de déplacer le paradis technofinancier au-delà de la tropopause, une perte sèche nette sur les investissements réalisés par les actionnaires depuis la fondation du projet. Le plus ambitieux des objectifs fixés par Petipont, la conquête de Mars aura aussi été l'amorce d'un déclin, d'une cacophonie soldée misérablement à son retour de la station spatiale carnavalaise.

L'heure des comptes est arrivée. Si les trois grands projets de la R.A.C. indépendante sont officiellement sur le point d'aboutir, aidés en cela par de lucratives participations internationales attirées par un marketing exemplaire, le résultat n'est pas encore enregistré en trésorerie. Les chiffres ne mentent pas, surtout pas ceux de l'Institut des Poids et Mesures du Drovolski, qui déterminent une croissance à zéro pour cent pour la R.A.C. en 2018 par rapport à la fin de l'année 2017. Une pause industrielle calculée, ou bien l'atteinte d'un palier, voire d'un plafond de verre ? S'il n'y a pas que les chiffres, il faut surtout regarder dans la fréquence des votes au conseil d'administration ; beaucoup d'investisseurs internationaux n'auraient pas participé aux délibérations récentes, si l'on en croit les récépissés de jetons de présence ramassés dans les poubelles de Selemoilékouille. Simple absence ou désintérêt grandissant vis-à-vis d'une start-up qui peine à devenir une licorne ? La R.A.C., en phase de restructuration interne depuis la décapitation de sa hiérarchie luciférienne, tente de préserver ses acquis.

Pic de pétrole : fin annoncée du jardin aux hydrocarbures ? La nouvelle vient de tomber, et elle n'est même pas de nous : Carnavale se penche sur la fin du pétrole. Unique débouché des productions cramoisiennes, Carnavale pourrait-elle tourner la page de ce qui est la raison d'être numéro un d'une colonie dans le désert : le pétrole ? La R.A.C., isolée politiquement et économiquement, pourrait-elle voir disparaître un pilier majeur de son équilibre économique ? A qui vendrait-elle son or noir, et par quels moyens ? Si les projets d'oléoducs sous-marins ne manquent pas d'émerger dans l'esprit des génies d'un pays qui a du pétrole et des idées, leur réalisation concrète manque de substance aux yeux des observateurs économiques. Cramoisie pourra-t-elle, ou non, demeurer un producteur d'énergie si sa seule cliente lui tourne le dos, comme l'annonce la presse carnavalaise ? Qu'adviendrait-il des précieux investissements lancés dans les technologies du forage, dans la sécurisation de territoires hostiles riches en réserves géologiques mais pauvres en hospitalité, dans le projet lui-même ? La question est désormais posée. Si la R.A.C. ne veut pas devenir une station d'essence désaffectée dans un désert où soufflent des promesses dans le vent, il lui faudra prendre la question de son avenir commercial à bras-le-corps ; question commerciale pas complètement dissociée de la question diplomatique.

Moins de paillettes, plus de courbettes ? Le développement de la R.A.C. est en jeu et la survie du projet n'est plus assurée ; selon les experts, l'élection d'un chef tribal qabalien à la fonction de PDG signe un tournant dans l'appréhension de sa destinée par les actionnaires d'une république luciférienne en crise. Quelle sera la politique de Balsilek Ishaq vis-à-vis des anciens « commandos de nettoyage » qui faisaient la renommée et la terrible gloire de la colonisation carnavalaise auprès d'un continent tenu en respect, à l'époque ? Comment sa présidence pourra-t-elle convaincre cinq millions de citoyens d'origine carnavalaise, dont la plupart étaient jusqu'à récemment des catholans, des satanistes, des athées immigrés pour jouir d'une domination sur le pays, non pour s'en remaquiller en serviteurs d'un pacha local ? Les questions se posent, et « quand une question se pose, une fente s'ouvre pour la déstabilisation », comme le dit le proverbe de la CIA. Le plus probable est que Balsilek Ishaq abandonnera l'orientation idéologique prométhéenne, très teintée de marketing à l'égard d'investisseurs, pour privilégier un renforcement des acquis et une restructuration de l'intégration commerciale de la R.A.C., en vue de relancer sa croissance et de concrétiser les attentes de plus en plus pressantes qui pèsent sur le projet. Recherche de partenaires dans le voisinage, eau dans le vin, c'est une Cramoisie moins étincelante, mais plus diplomate qui s'offre à nos yeux en cette fin d'année 2018 : il faut dire que les conditions ont changé, et appellent à une mise à jour complète du logiciel. Cette mutation sera-t-elle funeste ou salutaire pour amorcer l'année prochaine ? Permettra-t-elle d'engranger les bénéfices attendus et de relancer le moteur productif d'un pays à l'arrêt ? Au contraire, risque-t-elle de déstabiliser, décrédibiliser et diviser « le projet le plus rentable du monde » ? Le nouveau PDG est face à des défis majeurs, dont l'un des moindres n'est pas la résolution d'une crise avec le Pacte afaréen de sécurité et les signataires d'une Déclaration anti-R.A.C. Comme l'avait dit un certain cardinal, « on ne sort de l'ambiguité qu'à ses dépens. »








C'était Thomas Porchery !


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  • Coup dur !
À force de se faire RACketter par les Afaréens, le Désert rouge se retrouve en RADe et décroche économiquement. Bientôt à la RAMasse ?
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🔴 Plateforme MÂAT : de qui émane-t-elle ?
Une « plateforme d'unité de faits et de pluralité d'interprétation », frappée à Carnavale et en Kabalie d'accusation de « manigance de l'Azur », prétend rassembler des médias attachés au professionnalisme et aux faits ; les adversaires politiques du Califat ont-ils de quoi se sentir menacés ? ↗️


🔴 Le Fil Infos, 0 % condamnable, 100 % fiable
Il aura refusé de signer la « Plateforme MÂAT » : le Fil Infos vous accompagne matin midi et soir pour aller au coeur de l'info, sans blabla théorique.


🔴 De la R.A.C. à la R.A.D., comment Balsilek Ishaq évite l'archivage
« On dirait le drapeau de l'Ouaine », « un nom qui fait penser à un radeau en perdition » : repimpé par son nouveau PDG-Protecteur, le projet CRAMOISIE© survivra-t-il au délitement de son identité pour retrouver une patte originale ? ↗️
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Sister



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― Richarnaud, regardez !

Miss Sugar, you wouldn't miss it !

Après le col, l'immensité du cratère se déployait aux yeux. La montée le long de la chaîne de montagnes artificielles, formée par agrégation dans les premières secondes du bombardement thermochimique de la Kabalie, leur avait pris la journée à gravir. Dans ce terrain, des Cramoisiens de toute sorte, mêlés de survivants lobotomisés ou neurogreffés, de Carnavalais orientalistes, de clones en fugue depuis leurs camps de travail, d'enthousiastes lucifériens, formaient des tribus agrégées et disparates, l'essence d'un nouveau peuple. Rien d'autre en commun que la seule perspective d'habiter la seule terre jamais conçue par l'Homme. Jardin maudit, sans Dieu ni serpent ; rien que la concupiscence et la vanité d'illusions perdues. Le désert avait déjà triomphé de ses colonisateurs.

C'était une pente déclinant doucement sur des dizaines, des centaines de kilomètres, le long d'un cercle visible depuis l'espace, impact de cratère le plus grand connu sur la Terre, bassin endoréique des vents perturbés par le massacre, et le long de la crête rocheuse qui le ceinturait, d'où les voyageurs en dromadaire ou en jeep contemplaient la plaine soufrière étendue au fond de la cuvette, s'écharpaient des falaises d'une roche blessée par le feu et rougie par le poison. Une brise légère soulevait les grains du sable. Dans le soleil, c'était un monde mouvant, recueilli comme au coeur d'un cimetière.

Caucasus Mountain.

Richarnaud Manguelaid prêta à Violoncelle ses jumelles. Son complet blanc, son chapeau, ses mollets roses aux poils blondis par l'aventure coloniale lui donnaient l'air désuet d'un explorateur à la recherche des sources du Nil. Elle s'en saisit. L'oeil serré dans le tube de métal froid, elle scruta l'opercule mouvant, figea la ligne bleutée de l'horizon, qu'un air chaud mêlé de poussières teintait de brun. Le pic se détachait clairement, monstrueux et distant ; le Mont Caucase.

We will be there at night, indiqua l'archéologue.

Violoncelle s'était habituée à l'entendre s'exprimer dans la langue de l'OND. Ancien espion, les techniques de manipulation neuromentales auquel il s'était éprouvé avaient atrophié sa capacité à s'exprimer dans la langue de Carnavale, lui laissait sur les lèvres ce sourire désagréable qu'ont ceux qui ne vous diront pas un mot intelligible. Les dromadaires s'étaient agenouillés. Il faisait bon. Leurs chèches enveloppés autour du visage, les deux Carnavalais seraient presque passés pour d'authentiques nomades, moyennant ses bottes de cuir à elle, son teint de porc à lui. On était à quelques kilomètres d'une étape remarquée sur l'itinéraire que Richarnaud prévoyait pour leur idylle.


TANTALE
110 kilomètres


Fuck, we should be right there.

― Peut-être que vous devriez me laisser la direction du chemin, s'agaça Violoncelle.




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We're running low on water.

― Eh bien taisez-vous, ça nous évitera d'avoir à remplacer votre précieuse salive.

Un vent constant soufflait de l'est, par la déclivité orientale, et depuis la partie de l'horizon qui s'assombrissait. Les jours s'étaient allongés. Violoncelle, juchée sur son dromadaire, regardait l'intangible ligne de terre rougie qui faisait office de destination. Il n'y avait rien dans ce désert, rien ni personne. Derrière elle, Richarnaud Manguelaid ahanait en se plaignant. Ils avaient quitté l'oasis Carnavale depuis un nombre de jours qu'elle n'arrivait plus à établir. Entre temps avaient été élus les nouveaux diarques de la R.A.C., et la R.A.C. même avait connu sa fin. Hélas la couverture réseau ne leur permettait plus de s'en remettre qu'aux ondulations aléatoires et non-naturelles du terrain sous leurs pieds. Les pas des chameaux dans le sable faisaient des crissements froufrouteux. La granulométrie de la couche de poussière qui recouvrait le pays, teinte par l'agent Cramoi(si?), était presque aussi fine que la plus pure des neiges poudreuses dans les immensités montagneuses de l'Arctique ; celle qui fait un manteau impénétrable et duveteux au-dessus du monde. En atomisant les deux premiers mètres de sol dans le désert, le bombardement avait produit le contexte pédologique propice au Dust Ball qui verrait sa fin. Par intermittence, dans le lointain, les enroulements de l'air piégé dans les cratères créaient des petites trombes comme on les aperçoit parfois autour des falaises de Bourg-Léon, dans la mer teintée d'écume et brunie par l'orage ; des sortes de fantômes de tornades, des spectres, mouvement et murmure animés d'aucune vie. Violoncelle gardait le cap, s'épargnant le chagrin d'être définitivement découragée, au fur et à mesure qu'elle réalisait l'ampleur de ce cratère, le vide de ce territoire, l'absence de toute vie, l'odeur et le silence de la mort, omniprésente. La Cramoisie était une autre planète, sur laquelle les dromadaires imprimaient la ligne ténue de leurs pas.

Miss Sugar, I think I'm dying.

Violoncelle jeta un oeil en arrière, pour constater que son acolyte était vraisemblablement au bord de l'apoplexie, épuisé par le chemin, le soleil et le désespoir.

Leave me.

Elle n'en fit rien. Ils étaient descendus le long des bords du cratère depuis trois jours. Il ne leur restait rien, pas une seule goutte d'eau. Ils avaient jeté dans le sable rouge leurs affaires en trop. Sac, vêtements de pluie, moufles, gourdes vides. Violoncelle sentait quelque chose arriver, comme une angoisse dans le fond de son ventre.

― Printempérie doit être à notre recherche, répondit-elle. Il sait que je suis là, il a dû lancer toutes les forces de la R.A.C. pour nous retrouver.

Selon la carte topographique, au coeur du cratère se trouvaient des industries pétrochimiques dont des volutes flottaient dans la brume satinée d'or au petit matin, avant de se confondre avec un horizon de morceaux de nuages. Mines à ciel ouvert, faisant ruisseler l'acide et le basique sur les façades de filons minéraux à extraire ? Usines de raffinage gourmandes en une énergie démente, brûlante, asphyxiante ? Poussière jaunâtre d'un grès antédiluvien, soulevé par d'immenses broyeurs en activité, dévorant le coeur de la roche pour y trouver les pépites déconcentrées de métaux rares ?

We are lost, Miss Sugar. Let us give up and make love one last time, if we have strength.

― Taisez-vous, Richarnaud, épargnez l'humidité de votre corps. Et couvrez-vous bien ! Vous êtes en train de sécher comme un pruneau.

Elle fermait de plus en plus les yeux, à mesure que leur caravane s'enfonçait dans le néant. Dociles, les bêtes les faisaient tanguer légèrement au-dessus de vagues d'un sable ultrafin balayé en fuseau le long de la pente. Au loin, la silhouette pointue et noire du Mont Caucase les contemplait avec ironie. Derrière ses lunettes noires, Violoncelle se prit pour la première fois à la maudire. Elle plongea dans les espaces inédits de sa conscience qui s'ouvraient à l'approche de la mort. Par des signaux, l'imminence de la fin signale à quelque chose dans la psyché de déverrouiller de nouveaux champs de perception intérieure, et Violoncelle se surprit, en l'absence de toute molécule, à jeun, épuisée sur son chameau, à ressentir les bouillonnements des piscines de champagne au sommet d'une tour de la Cité Noire, la pluie battant aux baies vitrées de son appartement, la musique de son tourne-disque, la saveur parfumée d'un massage en-dessous des nappes mouvantes du Grand Aquarium. Elle se sentait flotter au-dessus du monde de ses souvenirs, la liberté d'entendre et de choisir les multiples conversations, les sensations de sa vie, la voix de ses parents, de ses ex, de ses patrons, de ses collègues, de Pervenche Obéron à la télévision, maquillée, souriante, impériale, commentant sobrement la réussite du spectacle donné par ses missiles au-dessus du Golfe. La nuit entourait Carnavale au milieu d'une constellation de lumières urbaines, d'un collier de beautés sans nom ni lieu, au-dessus d'un grand abîme de calme et de mémoire.

Miss Sugar, I am dead.

Violoncelle entendit son compagnon chuter la tête la première dans le sable. Le vent avait forci, dur et coupant, mêlé de grains brûlants, venant de l'est, ombrageux, ensevelissant le soleil. Elle contempla le corps inanimé de Richarnaud, son chameau incertain, plissa les yeux, contempla autour d'eux. Les roches s'étaient multipliées, les falaises défilaient près d'eux, immenses, sculptées, inertes.

― Richarnaud, réveillez-vous.

Elle sauta à terre pour s'emparer des jumelles de l'homme, qu'elle approcha près de ses yeux.

― Richarnaud, regardez.




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* * *






Claquement sourd dans le lointain, comme une déchirure. La première, ni la deuxième, ne lui firent prendre conscience réellement d'elle-même. Elles rythmaient, par perlées, les battements du silence. Grondements lointains, coups de fouets, décharges brutales d'une énergie ? Dans son sommeil elle pensait inconsciemment à un orage, à de la foudre, à la chute d'étoiles filantes à travers le firmament. Ce furent des chuchotements et les bruissements de pas contre le sol qui, petit à petit, l'invitèrent à émerger. Les claquements se reproduisirent après un moment de silence, avant de s'arrêter à nouveau. Violoncelle entrouvrit alors les yeux. Se trouvait dans une petite chambre, une sorte de cellule, alitée, engourdie d'épuisement.

― Tout doux, tout doux.

Une voix de femme lui parlait. A elle ou à quelqu'un d'autre ? De petits murmures de souris fusaient intempestivement. Au loin, les claquements s'étaient tus. Violoncelle bougea la tête.

― Vous m'entendez ?

Elle avait du mal à faire la différence entre le bruit et les mots. Ce fut la mention de son nom qui réveilla la partie consciente de son coeur.

― Mademoiselle Sucre, vous m'entendez ?

― Je vous entends.

Elle écarquilla les yeux, et les fit tourbillonner dans leurs orbites. Elle posa les yeux sur un visage légèrement ridé, qu'un voile ceinturait au sommet et aux tempes.

― Je vous entends, répéta alors Violoncelle.

― Vous êtes consciente.

Plein de petites douleurs se réveillèrent alors en elle, la poussant à s'étirer et à émettre un geignement étrange et long, comme un vieux matou.

― Vous avez bien dormi, admis alors la femme.

― Où suis-je ?

― Bienvenue, Mademoiselle Sucre. Vous êtes chez des amies ici.

Un crucifix noir ornait le mur de grès jaune, portant la sculpture d'ivoire d'un Christ en agonie.

― Que... Qui êtes-vous ?

Quelqu'un entra, assez brusquement.

― Mère Supérieure, Soeur Groseille vous fait mander.

― Chhh...

La jeune religieuse se tut alors, intimidée par l'ordre de sa révérende.

― Faites-la manger.

― Tout de suite, Mère.

Elle se dirigea vers une table de la cellule, où se trouvait un plateau, qu'elle se mit à disposer pour en réchauffer la soupe de betteraves. L'odeur des légumes chauds souffla au nez de Violoncelle, qui se sentait un peu barbouillée.

― Comment suis-je arrivée ici ?

― Nous vous avons récupéré à trois cent mètres d'ici avant la tombée de la nuit. Ne vous inquiétez pas, ici il y a tout ce dont vous avez besoin. Soeur Nelly-Noëlle a veillé toute la nuit sur vous, et beaucoup prié notre Seigneur Jésus-Christ. Par sa grâce, vous serez bientôt rétablie.

― Sa grâce ? ...

Violoncelle se sentit soudain méfiante.

― ... Et mon compagnon ?

― Quel compagnon ?

La Mère Supérieure fronça les sourcils, puis se leva. Sa grande robe noire l'identifiait au milieu de ses ouailles, vêtues de blanc, comme des petits oiseaux. Pendant que la première préparait le repas, une deuxième d'entre elle se montra sur le pas de la chambre.

― Mère Clothildegarde, Soeur Groseille voudrait vraiment que vous la rejoigniez à la chapelle. Elle dit que c'est important.

― Plus tard, répliqua l'intéressée. Ne voyez-vous pas que je suis avec notre hôte ?

La religieuse jeta un oeil du côté du lit, l'air embarrassée.

― Mademoiselle Sucre, je vous laisse entre les mains de Soeur Pâquerette. Soeur Pâquerette, vous voudrez bien assister Mademoiselle Sucre dans son repas. Je vous laisse prendre des forces. Dès que vous serez sur pied, venez me trouver dans le jardin du cloître principal. Je me réjouirai de votre compagnie.

Comme la révérende noire tournait les talons, Violoncelle protesta.

― Attendez... Où suis-je ? Suis-je toujours en Cramoisie ?

La Mère Clothildegarde fronça les sourcils.

― Mais naturellement, mon enfant.

Une jeune religieuse rougit, et une troisième arriva.

― Mère Supérieure, Soeur Groseille vous supplie de venir à la chapelle. Elle dit qu'il en va de la survie du couvent.

― Comment ?

Les soeurs baissèrent les yeux. Leur supérieure réprima une grimace.

― Bien, dites à Soeur Groseille que j'arrive.

― Mère, est-ce que je peux venir avec vous ?

― Certainement pas, Soeur Pâquerette. Veillez sur Mademoiselle Sucre.

Et elle quitta la chambre. L'alitée se retrouva avec la jeune femme silencieuse, qui lui présenta sur un plateau un bol de soupe rougeâtre. Avec retenue, Violoncelle accepta d'y goûter. Elle mourrait de faim. La texture grumeleuse du légume haché bouleversa alors ses souvenirs. Ce n'était pas de la betterave, c'était du maïs rouge Dalyoha. Il y en avait tous les jours à la cantine, quand elle bossait à Carnavale.

― Attendez, vous n'avez pas fait votre bénédicité.

Soeur Pâquerette, d'une main petite mais ferme, ôta la cuillère de la main de Violoncelle, et la lui plaça contre sa paume, en position de prière. Puis, se retourna à côté d'elle, face au Christ écartelé sur son petit crucifix :

Bénissez-nous, Seigneur, bénissez l'aliment, le condiment et le médicament, et faites nous-en la Grâce d'en bien user pour le Bien du Marché, sans surplus ni gratuité, car c'est à vous qu'appartiennent la bonté et la gloire, aux hommes le travail, et aux Grandes Maisons la propriété, qu'il en soit ainsi pour les siècles des siècles. Je vous prie, Seigneur, de donner du champagne à l'assoiffé, et à l'affamé de la mousse de canard aux morilles, ou bien de leur donner la gloire insigne d'être les instruments de votre volonté, pour que soient sauvés les gentils et répudiés les méchants, à la fin des Temps et pour l'avènement de votre Royaume. Amen.

Puis elle lui remit sa cuillère, et déchira l'emballage d'aluminium d'une boîte de petits gâteaux ronds.

― N'oubliez pas le pain.

Elle déversa dans une écuelle les hosties Extasie d'une époque révolue, que Violoncelle contempla avec des yeux ronds.

― Où suis-je ? balbutia-t-elle.

― Vous êtes au Couvent Sainte-Pervenche, en Cramoisie. Vous avez un trou de mémoire, c'est normal après un traumatisme. Nous vous avons récupérée à environ trois cent mètres de l'abbaye hier soir, juste avant la tempête de sable. Rassurez-vous, mangez tranquillement ; ici vous ne manquerez de rien. Nous avons tout, nous sommes autonomes.

― Sainte-Pervenche ? ...

― Pervenche Obéron est la bienfaitrice de ce couvent, qui a été créé dans les premiers jours de la Terre Promise. Moi-même, je ne suis arrivée de Carnavale qu'il y a un an, mais la plupart de mes soeurs sont là depuis le début. La révérende Clothildegarde, que vous venez de voir, est notre mère supérieure. Nous vivons heureuses ici, et vous vivrez heureuse avec nous, si vous le souhaitez.

Pâquerette fit une petite moue désolée.

― Mais mangez, je vous en prie. Prenez des forces, vous en avez besoin. Vous vous êtes perdue dans le désert, vous avez erré plusieurs jours, vous avez besoin de repos. Je pense que vous n'espériez pas atterrir ici, hmm ? Non, ça m'étonnerait, car notre couvent ne figure pas sur les cartes, nous sommes un établissement de réclusion, nous avons fait le voeu de nous retirer du monde pour cultiver la Terre Promise. Oh, nous avons bien travaillé, je vous le montrerai tout à l'heure. Nous avons des serres, la Mère Supérieure vous les fera peut-être visiter, d'où nous tirons tous nos légumes. L'irrigation ? Ce n'est pas le problème : nous avons foré un puits à deux cent mètres dans la nappe phréatique, que nous décontaminons grâce à nos filtres biogéniques. Il fait bon ici, vous verrez. Nous avons planté des choux, des carottes, des endives... C'est le bonheur. Nos arbres sont trop jeunes pour donner des fruits, mais bientôt nous aurons des poires et des cerises. Enfin, si le sec n'en casse pas les branches.

Violoncelle s'était mise à manger, trop épuisée pour répondre.

― Tenez, je vais vous servir un verre de lait. Bien sûr, il est d'ici : nous avons deux chimères à l'étable, en sous-sol. Nous produisons des explosifs avec leurs déjections, que nous vendons à la milice une ou deux fois par an. Du reste, nous faisons du lait, de la crème et des glaces, hmm, délicieuses vous verrez. Soeur Sorbetine les prépare avec une recette bien à elle. Nous avons aussi des poulochons, pour les oeufs, et des chevaux bien sûr. Oh, j'aimerai vous montrer nos chevaux ! Ils sont magnifiques. Mais mangez, mangez : nous avons tout le temps.

Le silence planait sur le monastère, écaillé à nouveau par les claquements sourds à l'extérieur, dont la déchirure sonore se réverbérait dans le cloître. Soeur Pâquerette ne semblait aucunement perturbée.

― J'ai l'impression que vous cheminiez vers l'ouest, mais vous avez dû vous perdre. Il n'y a quasiment rien dans cette partie du désert, la ville la plus proche est la mine de Tantale, à cent trente kilomètres d'ici à peu près. Croyez-moi, ce n'est pas un endroit où aller. Et puis, vous avez vraiment eu de la chance, car la région n'est pas complètement pacifiée, il y a des attaques de rebelles, c'est un risque dans nos montagnes. Vous auriez dû être plus prudente. Ici, il faut savoir se défendre !

Elle rit.

― Rassurez-vous, l'abbaye est imprenable. Nous sommes tranquilles. D'ailleurs, nous n'avons même pas accès à la route, nous ne figurons pas sur les cartes. La Mère Supérieure vous l'expliquera mieux que moi plus tard. Nous sommes des recluses. Nous avons fait le voeu de renoncement à l'égard du monde. Nous cultivons désormais la Terre Promise.

― Vous êtes Carnavalaise ?

― Oui, bien sûr. Nous le sommes toutes. Mais désormais nous n'appartenons plus qu'à Sainte-Pervenche ; patronne de la Terre Promise.

Violoncelle eut la volonté de se lever. Les raclements sur l'écuelle indiquèrent à la jeune religieuse que la patiente avait fini son repas. A ce moment, des bruits de pas se firent entendre dans le cloître.

― Soeur Pâquerette, Soeur Pâquerette !

― Je suis là, Soeur Pissette. Dans la chambre de notre hôte.

― Pâquerette, il faut absolument que tu viennes à la chapelle ! Tout de suite !

― Un instant, je veille avec... Mais, Pissette, tu pleures !

La jeune femme avait les yeux rouges, écarquillés par l'émotion. Elle tourna les talons en s'enfuyant.

― Viens !

Pâquerette eut une mine grave. Elle jeta le plateau sur la table et accourut dans le couloir.

― Attends-moi !

Elles disparurent.

Violoncelle se leva doucement, péniblement. Mille petites douleurs lui rappelèrent sa condition mortelle. Elle était quasiment déshabillée. Une robe de bure flottait sur la chaise, à son attention. Elle l'enfila. Un coup d'oeil dans le petit miroir circulaire de la table de nuit lui donna une vague de rugissement, qui l'aurait fait rire en temps normalement. Dans le vêtement de moniale, elle, la communiquante du Tout-Carnavale, se trouvait impossiblement ridicule.

Elle osa se présenter sur le pas de sa porte. Un cloître silencieux, dans lequel tombait la lumière crue du soleil, veillait, recueilli autour de quelques arbustes alimentés par un tuyau de caoutchouc noir qui leur faisait du goutte-à-goutte. Le silence régnait, régulièrement interrompu par les claquements de petite foudre à l'extérieur. Le bâtiment était calme, vide, comme si toutes ses habitantes s'étaient toutes retirées dans la chapelle, de l'autre côté du bâtiment. Violoncelle scruta le couloir, silencieux, mais dans lequel se réverbérèrent soudain un bouquet de voix féminines enjouées et excitées.

Trois jeunes femmes en blanc passèrent devant elle à pas rapide, lui jetant une oeillade fière et indifférente. Elles tenaient entre leurs mains des fusils d'assaut. Violoncelle comprit l'origine des bruits à l'extérieur, comme des claquements, des coups de feu.

Elle les suivit jusqu'à l'embrasure d'une porte large, donnant sur une chapelle. L'intérieur haut et sombre de l'édifice était empli du bourdonnement d'une chaîne de télévision, rediffusée sur le grand écran de l'autel au-dessus duquel se dressait la grande croix qu'elle avait vue dans le désert. La lumière filtrait par de longues ouvertures. Les soeurs étaient là, toutes là, recueillies autour de leur Mère Supérieure, face aux nouvelles. Sur l'écran, des images continues ne cessaient de s'afficher, des mots gazouillants qu'elle ne comprit qu'en s'accoutumant à la pénombre.

― ... que sur la place centrale de Salem-Aleikum le nouveau PDG-Protecteur vient d'annoncer à la foule transportée de bonheurs les réformes de ...

La télé commentait les images, parmi lesquelles trônait le visage brun et débonnaire de Balsilek Ishaq. Violoncelle reconnut immédiatement le chef kabalien, supposément tué aux côtés du Pape Noir quelques semaines avant son arrivée en Cramoisie.

― Le quoi ?

Violoncelle retrouva Soeur Pissette et Soeur Pâquerette. La première sanglotait dans les bras de la seconde, les deux tendant leur visage vers la source d'information.

― Le nouveau PDG-Protecteur, murmura Pâquerette.

― Mon Dieu, bouhouhou...

L'assistance était électrisée, endolorie par ce qu'elle voyait.

― ... le dévoilement d'un nouveau drapeau pour notre pays ; drapeau incarnant la synthèse des valeurs lucifériennes et kabaliennes en un geste esthétique des plus...

Le drapeau rouge choisi par le nouveau gouvernement s'afficha à l'écran : la communauté de femmes hoqueta d'horreur.

― Nom de Dieu !

― Quelle infamie !

― Marie, Mère de Dieu, prend pitié de nous !

La Mère Révérende ne disait rien, immobile, les lèvres pincées.

― On dirait le drapeau de l'Ouaine !

― C'est immonde !

― Quelle horreur !

Pissette se remit à pleurer bruyamment, Pâquerette lui caressait gentiment les cheveux. D'autres religieuses se mirent à exulter de colère. Des larmes non feintes coulaient sur les joues de celles qui avaient fait le serment de coloniser la Terre Promise en accomplissement de la volonté du Seigneur Jésus-Christ, suspendu à sa croix, sacrifié pour l'anéantissement des méchants et la venue sur Terre du Royaume de Dieu.

― ... La RAC© elle-même change de nom, abandonne au passage son © caractéristique mais jugé lui aussi compromettant. A la place, les sociétaires ont tranché pour un nom plus référencé à la topographie. La République Actionnariale de CRAMOISIE© devient ainsi la République Actionnariale du Désert rouge, ou RAD, et son nom simplifié sera désormais Kabalie rouge...

Cette fois ce furent des cris de rage, dont le plus rauque fut proféré par Clothildegarde elle-même. Violoncelle sentit l'air vibrer sous l'effet de l'humeur collective, parvenue au paroxysme de l'indignation et de la haine.

― Salopard !

― Traîtres !

― A mort Balsilek !

― Antéchrist !

― Fils de pute !

― Chien du Démon !

― Je savais que les Lucifériens n'étaient que de petites pédales de n**** !

― Quelle honte !

― S*** de j**** !

― Encore un coup de la communauté organisée !

― C'est nous tuer une nouvelle fois !

― Mes soeurs, mes soeurs, du calme !

Violoncelle avait le souffle coupé. Dans l'instant, son cerveau s'abstint de réfléchir à davantage qu'à comprendre l'essentiel.

― Et Printempérie ?

― En fuite, lui répondit une religieuse essuyant des larmes amères sur le coin de sa bouche. Ils ont fait un coup d'Etat.

― Pardon ?

― Les Lucifériens viennent d'anéantir Cramoisie.

Ce fut comme un coup dans le ventre pour la jeune femme. Aveuglée par l'ombre de la chapelle, les odeurs d'encens mêlées à celles de la rancoeur, elle tituba vers la sortie, trébucha. Deux soeurs lui vinrent immédiatement en aide, la firent asseoir.

― Des sels !

― Des sels pour Mademoiselle Sucre !

Un choeur de réclamations et de lamentations s'élevaient. Six petites colombes s'employaient à couvrir la Mère Révérende, en proie à une furie furieuse, de leurs mots rassurants, de leurs petites mains fraîches. Autour d'elles, la consternation régnait.

― Je suis là, je suis là...

Pâquerette réconfortait Pissette, juste à côté. Quand elle aperçut les yeux hagards de Violoncelle, elle s'assirent à côté d'elle.

― Dure journée pour vous, n'est-ce pas ?

La Carnavalaise eut un petit sourire, appréciant ce trait d'humour au milieu de la tempête.

― C'est terrible, reconnut Soeur Pâquerette. Où allons-nous ?

― Douce Marie, Mère de Dieu...

Les religieuses se mettaient à chanter toutes ensembles. Leurs colères se transformaient petit à petit en unisson de voix, calées sur une mélodie douce et montante, pour s'entêter le coeur et apaiser l'émotion.

― ... Priez pour nous, pauvres pécheurs...

Pâquerette fredonnait avec Pissette, toute éplorée. Puis, à demi pour Violoncelle, à demi pour elle-même :

― Où est Soeur Assomption ?

― Elle est encore au champ de tir, comme d'habitude.

C'était l'une des porteuses de fusil d'assaut qui avait répondu.

― Elle n'est pas encore au courant ?

― Tu sais comment elle est, elle peut passer la journée et même la nuit dehors.

― Sa carabine, c'est sa meilleure amie.

― J'appréhende. Quand elle saura que...

― ... Oh là là... Faudra qu'on lui dise.

― Tu lui diras ?

― Ah non, pas moi !

― Qui alors ? Toi, Sixtine ?

― Pourquoi pas toi, Nonentine ?

Elles commençaient à se disputer.

― Taisez-vous, les filles !

Le choeur dans la chapelle continuait de monter, mélodieux, apaisé, recueilli.

― Assomption va littéralement péter un câble. Si elle apprend que...

― Oh !

Pâquerette venait d'avoir une illumination.

― Mais Violoncelle, vous la connaissez, vous, Assomption !

L'intéressée ne comprit pas.

― Mais si, insista Soeur Pâquerette, vous l'avez déjà croisée non ? Elle, elle vous connaît sûrement. Peut-être que vous pourriez le lui dire ? ...

― Lui dire quoi ?

L'une des religieuses armées intervint.

― Ce qu'il vient d'arriver. Soeur Assomption est... fragile.

― Mais comment voulez-vous que je la connaisse ?

― Eh bien, vous ne connaissez pas Assomption d'Herbefleurie ?

Violoncelle fit non de la tête.

― Ah, mais attends, non, Herbefleurie c'est pas son vrai nom.

Pâquerette haussa les yeux en l'air.

― C'est la soeur du beau gosse, là...

Une voix leur parvint de derrière.

― Vous parlez de moi ?




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