
Je ne m'étonne pas que tu ne relèves parmi mes corrections que ce point spécifique du transfert des colons de la Kabalie vers Mars. Je t'accorde le point : ils auraient en effet été déplacés. Déplacés, non pas chassés, car on leur offrait en échange un jardin bien plus vaste. Je m'étonne que les Lucifériens n'aient pas saisi l'opportunité de coloniser sous notre garantie leur planète tutélaire, un trophée incomparable par rapport à un bout de désert. Aussi folle qu'on la dise, c'était pourtant une proposition intelligente — et plus qu'équitable, en ce qui concerne la R.A.C., vu les clauses qu'on lui accordait en échange. Que ce pet dans le sable des sectateurs de Lucifer ne te décourage pas dans ta vénération du Porteur de Lumière. Transfert des colons, pacifique et réciproque à des garanties, ne vaut pas dans mon esprit « chasse » comme tu crois que l'Azur l'attend, alors que ce programme n'existe dans aucun texte du Pacte afaréen de sécurité. En revanche, comme tu as pu le lire, c'était le point numéro 1 du Plan M. Sa non-application est l'une des preuves que la R.A.C. n'en voulait pas, quoi que tu en dises, et alors même que plusieurs mois durant, les Afaréens ont respecté leurs propres points et ont attendu patiemment que les choses se mettent en place. Cette patience n'avait pas prévu d'honorer pour plusieurs années un pacte évidemment rejeté par la partie adverse. Évidemment rejeté car ton prédécesseur a très bien lu la proposition qui lui a été faite, tout comme tu aurais pu, en entrant en fonctions, la saisir au vol. Proposition lue et rejetée. Je ne sais pas si tu as croisé Bartholoméon de Petipont dans ta vie, mais tu lui ressembles beaucoup.
Je t'accorde un deuxième point : la R.A.C. n'est pas la seule persistance coloniale sur notre continent. Pour autant, ce constat n'en évacue pas ni la nécessité de traiter la R.A.C. toutes affaires cessantes, ni le caractère génocidaire de la R.A.C., spécificité qui la place au podium de l'ignominie. Si tu étais moins ignorant, si les planificateurs du projet CRAMOISIE© s'étaient un peu renseignés, tu saurais que la décolonisation de tous les territoires non-autonomes est promue par l'Azur depuis le premier jour. Ce n'est pas une instrumentalisation de sa part. L'Azur n'a pas vocation à se substituer à un processus international, nécessairement pluriel, espérons-le toujours pacifique, pour parvenir à la décolonisation de tous les territoires non-autonomes. Je m'étonne que ce soit toi qui accuses soudain le Diwan de manquer à ses propres priorités ; ne crains-tu pas qu'en accroissant son appétit anticolonial, le Diwan n'en soit que plus injuste et plus cruel avec la pauvre R.A.C. ? N'aies crainte.
Tu as raison de vouloir avancer ; pourtant c'est toi qui t'attaches au boulet qu'est le Conseil d'Administration, à la cause perdue qu'est Carnavale. Laisse-les et prends dans tes bras les partenaires qui peuvent véritablement contribuer à ta cause, celle de la réconciliation et de la reconstruction. Une première étape est toujours la justice, de sorte que les ferments de divisions soient purgés ; dans ton propre intérêt ne sous-estime pas les sages recommandations de la Déclaration. Mais rien de tout cela ne m'intéresse, tu ne penses qu'à l'ingénieurie. Les déserts sont un écosystème à ne pas sous-estimer et dans lequel les Carnavalais n'ont aucune expérience. Plutôt qu'à des trafiquants de drogue en carence de vitamine D, remets tes appels d'offre au génie azuréen. Ignorance toujours ! En Afarée nous savons depuis des lustres habiter les déserts et y cultiver tout ce qui est nécessaire.
Mais tu dis attendre que je te fasse des propositions. Elles n'arriveront pas, car la R.A.C. n'a jamais cherché d'autre place aux précédentes que dans la poubelle à panier de mini-basket. On ne peux pas tromper trois fois mille personnes. Tu peux en faire, si cela te chante, et tant qu'elles ignoreront ce qui t'a été très clairement statué comme une priorité pour nous, nous te redirigerons vers les clauses de la Déclaration : ouverture, désarmement, justice, réconciliation.
Dans l'intervalle, ne temporise pas. Nous souffrons assez des humiliations que la R.A.C. a infligé à nos tentatives de dialogue. La moindre d'entre elles n'étant pas le remplacement de ses cadres par des laquais indigènes dans ton genre, faisant soudain de la résolution de ce génocide colonial un problème interne aux Kabaliens. À travers toi qui occupes le dernier étage de la hiérarchie symbolique de tes actionnaires, toi qui est l'anus de la R.A.C. que nous sommes priés de considérer comme sa bouche, ce n'est rien d'autre que le prurit du colon qui se déverse sur nous. Pardonne qu'à présent nous nous écartions pour nous nettoyer. Prends note qu'être un anus n'est pas une position enviable quand du maître à l'esclave les rôles s'inversent.
Proverbe tamasheq
Amastan Ag AmenayMinistre des Affaires étrangères
26.09.2018



