Pays concerné : Brocelynwood Date : 26 juin 2020 Localisation : Wynterhall
Dépêche AGP : Le Palais Royal de Wynterhall vient d'annoncer le départ de Julian Westbridge de ses fonctions de Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes, seulement un an après sa nomination. Aucune information n'a été donné sur les conditions de ce départ pour l'instant mystérieux, notamment pour savoir s'il a été provoqué par le Monarque, le principal intéressé ou d'un commun accord. C'est une véritable surprise car rien ne laissait présager une telle issue pour le jeune Secrétaire Royal, devenu première figure de la diplomatie brocélienne en Aleucie, après avoir occupé la prestigieuse fonction d'Ambassadeur du Royaume de Brocelynwood à Westalia pendant plusieurs années. Dans l'attente d'une nouvelle nomination, le communiqué du Palais indique que le Secrétaire Royal à la politique Étrangère et aux Armées, Stephen Philipps, remplira de nouveau les missions diplomatiques sur le continent.
Dans : Le Progrès Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.
Projet de budget 2021 : la croissance au service des riches, des armes et contre la Justice 24 juillet 2020
Comme chaque été, le Premier Secrétaire Spécial du Roi a déposé son projet de loi de Finances de l’Etat pour l’année 2021. Le pari d’Edmund Valemont est de tirer profit des chiffres de la croissance économique pour baisser la part du secteur public non marchand dans l’économie, tout en ne réduisant pas la majeure partie des postes de dépenses. Malgré la réputation du Royaume de Brocelynwood d’être une économie mixte qui limite la place des grandes entreprises dans l’économie, l’opposition de gauche continue de dénoncer l’absence de politique sociale et la non-couverture des principaux risques de la vie, ce que démontre encore le budget à venir. Le Premier Secrétaire Spécial du Roi et les membres de l’Assemblée Unique pourront amender le texte à condition d’obtenir une majorité de suffrages. Le texte devra ensuite être voté dans son intégralité avant le 15 novembre 2020, conformément aux règles établies par la Constitution brocélienne.
Une vengeance contre l’institution judiciaire ?
Malgré un budget qui progresse de 288 milliards de W₵ à 359 milliards de W₵ entre 2019 et 2021 et des équilibres qui évoluent, le budget 2021 ne propose pas de transformation sensible de la logique d’action de l’Etat, avec des types de dépenses qui restent identiques. Le point qui fait évidemment réagir le plus fortement est le budget de la Justice, pour lequel serait attribué 12 milliards de W₵, soit un montant parfaitement identique à celui de 2019. Si on tient compte de la démographie et qu’on ramène à l’actuel nombre d’habitants, cela représente même une baisse des dépenses par habitant de l’ordre de -7,2%.
Cela provoque l’incompréhension, y compris à droite, comme l’a exprimé Marcus Cathale, leader du Parti Conservateur Réformiste (PCR) : “nous sommes loin de tout partager avec les royalistes, mais j’étais persuadé que nous avions cet objectif que la loi soit appliquée grâce à une justice qui s’en donne les moyens ; c’est un budget qui met à mal toute la politique pénale. Nous agirons par voie d’amendement, et je pense que nous pouvons trouver des soutiens sur presque tous les bancs”. L’augmentation des moyens de la Justice pourrait en effet être soutenue du PCR jusqu’au Parti du Peuple, en passant par le Parti Libéral. Ce principe pourrait également ne pas être rejeté par certains membres royalistes. Seul le Parti Communiste dénonce une “Justice de toute façon bourgeoise et répressive”.
Sous couvert d’anonymat, un juge exprime son sentiment, qui est plutôt largement partagé au sein de l’institution : “dans le texte, le Royaume explique une “stabilisation des dépenses de la Justice, incluant un objectif de renforcement de son efficacité”. Cela n’a évidemment aucun sens. La vérité, c’est qu’il y a eu ces dernières années plusieurs décisions symboliques et médiatisées n’allant pas dans le sens du Royaume, concernant le journal Hi-stories ou encore les évènements de Tintellin Cove. La Constitution prévoit notre indépendance, mais on nous la fait payer. Nous sommes là pour juger de l’application de la loi de la même manière pour tout le monde, mais la Monarchie préfère notre impuissance plutôt que la Loi s’applique à elle. Les principes constitutionnels sont inchangés, mais c’est un nouveau coup de pression”.
Au sein de l’institution judiciaire, un important lobbying se constitue auprès des autorités afin de permettre l’évolution du texte. Il n’est pas exclu que la démarche se concrétise, tant l’exécutif a besoin d’une justice fonctionnelle et ne prenant pas trop ses distances à mesure qu’il durcit, régulièrement, sa politique pénale.
Des nouvelles dépenses pour les familles qui cachent la priorisation du militaire
Le budget de la politique dite sociale et familiale est fortement augmenté, mais représente toujours une part extrêmement minoritaire du budget global même s’il vient de passer la barre des 1%. Pour Jared Fenlow, Parti du Peuple, c’est une évolution en trompe l’oeil : “tout est misé sur une augmentation puis un maintien à haut niveau de la natalité. Il y a quelques dépenses en plus pour les suivis de grossesse et les familles avec des jeunes enfants, c’était le seul bon aspect de la Loi de janvier, et on le retrouve logiquement dans le budget. Mais ça reste extrêmement faible, et sans la moindre logique de véritable recul des inégalités sociales. Il faut se rendre compte que nous sommes dans un pays sans couverture maladie publique, sans vrai système de retraites ; il faut compter sur les assurances privées, l’aumône de l’Eglise et donc à peine 4 milliards de Woody Crowns pour les familles. Le budget public pour la santé et les hôpitaux est lui aussi bien trop faible et augmenté faiblement comparativement aux autres dépenses, moins de 5% si on tient compte du nombre d’habitants. Les dépenses publiques ne profitent pas à la population, aux travailleurs et aux plus pauvres”.
Edmund Valemont a fait le choix, plutôt rare, de limiter la hausse des dépenses accordées directement au fonctionnement de la Royauté et à l’Eglise Protestante. Selon John Maynes, analyste politique, la raison est multifactorielles : “Ce sont des dépenses déjà très élevées, que d’autres partis souhaitent supprimer entièrement. Ailleurs en Aleucie, la Monarchie n’est plus le type de régi courantes, ni les religions d’Etat. Or elles représentent chez nous encore 18,6 % des dépenses publiques anticipées (20,8 % en 2019), même s’il faut admettre que l’Eglise protestante remplit aussi un certain nombre de fonctions de soutien, y compris matérielle, à Brocelynwood. Mais face à la montée structurelle d’un sentiment peu enclin à soutenir la Monarchie, disons que le Roi et Valemont ont dû considérer que l’indécence a ses limites. Aussi, la dynamique économique permet de maintenir le train de vie de ces institutions, et même de les augmenter, même si cela se fait un rythme moins rapide que d’autres postes de dépense. Cela demande d’autant moins de sacrifices que les besoins concrets de fonctionnement n’augmentent pas d’année en année. Cela est d’ailleurs le cas pour d’autres postes, que le budget a fait le choix de privilégier : l’éducation scolaire et religieuse, et les dépenses militaires. Ces dernières ont même quasi-doublé en deux ans, ce qui est complètement assumé. Pour l’éducation, l’augmentation significative répond à la hausse du nombre d’enfants, mais notons que c’est aussi un moyen permettant à l’Eglise Protestante de garder toute sa place et finalement renforcer sa capacité d’action ”.
Cadre religieux mis à part, la hausse significative des dépenses éducatives sont relativement consensuelles. Mais la part désormais prise par la militarisation est fortement critiquée par la gauche, et à demi-mot par le Parti Libéral. Celui-ci soutient le développement d’une “Défense forte”, pour laquelle “Brocelynwood avait accumulé du retard”. Mais il dénonce une augmentation “soudaine et demesurée” et s’interroge : “pour faire quoi ?”. “Cela fait maintenant un certain nombre de mois que le Monarque et les Secrétaire Royaux entretiennent une rhétorique systématiquement hostile lorsque les nations ou les communautés ne leur conviennent pas ; dans ce contexte, un tel effort de contingent et d’armement ne peut qu’interroger”.
Bram Strake (Parti Communiste) n’est “pas étonné” par les perspectives budgétaires : “les fruits d’une supposée croissance économique sont mis au service des classes dominantes et capitalistes, et d’une attitude impérialiste, c’est très classique ; nous savons que nous tirerons rien de significatif par des petits amendements. Pour le reste, il s’agira de règlements de comptes entre bourgeois qui se disputeront le bout de gras”.
La part des impôts redistributifs en baisse
Sur le plan des recettes, la baisse du taux de TVA fait quasi-unanimité parmi la classe politique puisqu’il passerait de 21,8% à 19,8%. L’assiette de cet impôt étant relativement proportionnelle au PIB, la conséquence est que cet impôt représente toujours la même part dans l’ensemble des recettes de l’Etat (soit exactement la moitié). La TVA pèse effectivement sur l’ensemble des consommateurs, soit beaucoup plus fortement dans le budget des ménages les plus modestes. Ce geste envers les consommateurs de toutes les catégories sociales, qui devrait être visible dans les dépenses du quotidien telles que les dépenses alimentaires, ne doit pas faire oublier que ce sont bien les impôts des entreprises et redistributifs qui sont le plus favorisés. Si la TVA représente toujours la moitié des recettes, l’Impôt sur les sociétés devrait représenté 12% du budget au lieu de 12,5%, et l’impôt progressif sur le revenu baisse même de 8,3% à 7,5%. A l’inverse, la part représentée par la flat tax (contribution royale sur les revenus) augmente de 16,7 % au 18,1%. Le Royaume profite ainsi des chiffres favorables de la croissance pour baisser le part du budget de l’Etat dans l’économie (la passant de 20% et 17%) et baisser la part des impôts payés par les ménages les plus aisés et les entreprises au sein de ce même budget. Ainsi, l’impôt sur les sociétés va enregistrer une baisse très significative comparée à celle de la contribution royale sur les revenus, applicable à tous les ménages selon un même taux. Celui-ci évolue donc de 7,4 % à 6,9 %, soit une baisse de 6,8 %, encore mois significative que la baisse du taux de TVA (- 8,3 %). Par comparaison, le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés passe de 30,6 % à 25 %, soit une baisse exceptionnelle de 18,3 %.
Dans les échanges avec les responsables de gauche, ceux-ci soulignent que les périodes pour lesquelles il ne semble y avoir que des gagnants sont extrêmement rares. Or le Royaume profite de ce contexte pour redessiner une répartition des recettes bien plus injustes et ne pas créer de nouvelles dépenses favorables à l’intérêt général. Cette structuration des dépenses publiques va de pair avec une répartition des fruits de la croissance défavorable aux bas salaires dans les entreprises. “Au moindre signe de ralentissement de l’activité économique, ce qui interviendra nécessairement, cela va causer beaucoup de souffrance”, résumé Jared Fenlow.
Dans : L’Opinion de Brocelynwood Il s’agit d’un quotidien conservateur, critique envers la Monarchie, proche des idées du Parti Conservateur Réformiste (ex-Parti Républicain)
Dernière minute - Melvin McBride s’apprêterait à prendre la parole à la télévision navasotaise 12 août 2020
C’est un rebondissement pour le moins inattendu. Selon nos informations, l’ancien Secrétaire Royal au Culte Melvin McBride, victime d’une tentative d’assassinat à la voiture piégée il y a près de six mois, serait - en ce moment même - physiquement présent au sein de la Fédération du Navasota. Contacté par notre journal, le Secrétariat Royal à la Politique Étrangère et aux Armées indique “n’avoir aucun élément en sa possession lui permettant de valider ou infirmer cette information”.
Au cœur de la saison estivale, il pourrait s’agir d’une simple visite touristique mais tout porte à croire que le motif soit tout autre. Le Pasteur s’apprêterait effectivement à prendre la parole dans une interview télévisée à la rentrée, début septembre. Si cette perspective était maintenue, cela ne tarderait pas à être complètement rendu public quelques jours avant l’évènement. Ce choix ne manquera pas de surprendre plus d’un. En effet, une telle prise de parole ne serait pas anodine, puisque Melvin McBride s’est refusé à toute apparition publique depuis l’attentat, se limitant à de très brefs communiqués lorsqu’il y était contraint, tandis que la nation lui a rendu hommage le lendemain de l’attaque sur l’initiative du Roi. Si une interview était évidemment attendue et que le principe aurait été bien reçu par toute la population et élites brocéliennes, chacun pouvait imaginer que cela se produirait dans les médias brocéliens, et en premier lieu sur la télévision publique. En créant un contexte aussi mystérieux et en “agissant” depuis l’étranger, McBride a certainement conscience qu’il est en train de créer un évènement majeur et de lui donner une ampleur continentale.
Nul ne peut encore prédire avec certitude les objectifs et le contenu de la prise de parole, ni s’il y aura de nouveaux rebondissements. Mais il ne faut évidemment pas oublier que l’ancien Secrétaire Royal au Culte était sur le point, d’après nos propres révélations, à lancer un parti politique concurrent de l’actuel Parti Royaliste, comme il l’a lui même reconnu à demi-mots. Va-t-il en dire davantage sur ce projet ? Est-il toujours à l’ordre du jour ? Chacun attend également que le Pasteur revienne sur la tentative d’assassinat dont il a été la cible, tout autant pour son témoignage sur le plan émotionnel que pour savoir s’il suspecte un commanditaire au particulier, alors que l’enquête en est toujours au point mort.
Mais dans tout cela, l’éléphant dans la pièce, c’est bien sûr de comprendre ce que symbolise ce choix du Navasota. Même si aucun lien n’est aujourd’hui établi entre McBride et le pouvoir politique navasotais, rien n’aurait laissé penser que l’ancien Secrétaire Royal au Culte se rendrait dans un pays actuellement gouverné par le centre-gauche pour y prendre publiquement la parole. Cela est d’autant plus vrai que l’an dernier, alors qu’il était encore aux responsabilités, une passe d’armes avait indirectement opposé la Présidente Hopkins et le camp royaliste brocélien, par la voix de Philip Morland, alors leader du Parti Royaliste en pleine campagne électorale (actuel Chef des Services de Renseignement brocéliens). La critique portée par les soutiens de la Monarchie concernait le dialogue entrepris par la Présidente avec la communauté autochtone suite à des violences urbaines dans le pays. Le candidat Hardenbor, actuel président de Westalia, avait lui aussi surenchéri sur les réseaux sociaux en soutien à la position de Morland.
Aujourd’hui, il est très difficile d’imaginer que les responsables de la Fédération de Navasota n’aient aucune information quant à la présence d’une haute personnalité brocélienne dans leur pays prête à s’exprimer publiquement. Malgré leurs différences fondamentales, le Pasteur originaire d’Hollowford et l’exécutif de la Fédération ont peut-être trouvé un intérêt commun en, a minima, ne s’affrontant pas directement.
Reste l’ultime question : quoique McBride ait à dire, sera-t-il toujours considéré comme crédible auprès de la société brocélienne après ces multiples incohérences apparentes et compromis aux airs de compromissions ?
Dans : Facts from Brocelynwood agency Cette agence de référence rapporte les principales informations, a priori fidèlement et sans parti pris idéologique majeur
Le Projet de Loi de Finances 2021 adopté à deux voix près 10 septembre 2020
C’est par 28 voix pour, 26 voix contre et 7 abstentions que le Projet de Loi de Finances du Royaume de Brocelynwood pour l’année 2021 a été adopté ce 6 septembre 2020. Par rapport au texte déposé initialement, le camp royaliste a amendé la structure des dépenses en relevant le budget de la sécurité intérieure et celui de l’Eglise protestante, au motif des missions sociales qu’elle assure. Très contestée, la baisse du budget de la Justice a été encore accrue de 500 millions de Woody Crowns. Le Premier Secrétaire Spécial du Roi Edmund Valemont a justifié la cohérence de ces évolutions : “nous avons entendu les inquiétudes à propos du maintien de l’ordre à Brocelynwood ; c’est la raison pour laquelle la baisse du budget de la Justice est plus que compensée par une hausse du budget pour les forces de l’ordre, qui sont aujourd’hui en première ligne face aux agitateurs et criminels”.
L’ex-Premier Secrétaire Spécial du Roi et actuel Chef du Parti Royaliste, Aldric Rowanstone, a pour sa part dû s’assurer de maintenir les équilibres pour que les membres royalistes de l’Assemblée Unique votent largement en faveur du texte. Pour autant, 7 royalistes se sont finalement abstenus, expliquant la faible majorité obtenue par le texte. Ces membres étaient notamment en désaccord avec la modération de la hausse du budget accordé à la Royauté, craignant que cela ne contribue à affaiblir finalement la Monarchie, celui-ci représentant désormais 7,2 % du budget de l’Etat contre 8,3 % en 2019.
Les membres des partis d’opposition ont unanimement voté contre le texte, qui est chaque année un marqueur important. Pour tous ces partis, depuis le Parti Communiste jusqu’au Parti Conservateur Réformiste, il s’agit d’un vote de principe contre la structure même du budget du Royaume, au-delà des évolutions par rapport à l’année précédente et des derniers amendements. Tous contestent évidemment la part toujours très importante accordée au fonctionnement du train de vie de la Famille Royale. Tous les partis ont également pris la parole pour exprimer leur incompréhension au coup de rabot imposé au budget de la Justice malgré les fruits de la croissance économique : “une punition contre des décisions défavorables”, selon le leader du Parti Libéral Victor Arkwright. A gauche, dans les rangs du Parti Communiste et du Parti du Peuple, on ne décolère pas contre le dernier amendement voté, qui a imposé une baisse de 800 millions de Woody Crowns au budget de la santé et des hôpitaux par rapport au texte initialement déposé. Pour Bram Strake, “on fait payer au personnel des hôpitaux et aux corps malades des travailleurs, la part de la richesse nationale volée au profit de l’Eglise, c’est indécent et inhumain !”.
Hormis la Justice, l’ensemble des budgets demeure en hausse grâce à l’évolution importante du Produit Intérieur Brut, ce qui contient les expressions de colère. Mais des signaux sont clairement envoyés sur les priorités du pouvoir royal pour les prochaines années, engageant certaines modifications structurelles des priorités allouées aux différents portefeuilles.
Dans : The Brocelynwood Ledger Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral
Peine de mort : la proposition de loi du Parti Libéral veut forcer les royalistes à sortir du bois 9 novembre 2020
Elections 2019 : de la mesure surprise à la promesse de référendum
Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas déjà oublié, l’actuel chef des services de renseignements brocéliens, Philip Morland, était encore il y a dix-huit mois le leader du Parti Royaliste. A ce titre, il était en charge de la campagne électorale de son camp pour l’Assemblée Unique. Il a accompli sa mission en menant son parti jusqu’à la victoire, bien que celle-ci signifiait un repli significatif, marquant la plus courte majorité de l’Histoire des royalistes. On peut inscrire ce résultat davantage dans un processus d’érosion sur le temps long, qu’à une dynamique de campagne particulièrement négative. Quoiqu’il en soit, Philip Morland avait tenté de mettre sa personnalité - bien différente du calme de l’actuel leader et ancien Premier Secrétaire Spécial du Roi Aldric Rowanstone - au service de la campagne, en assumant ses prises de position avec force. Plutôt que de se contenter de passer sous les radars, Morland avait choisi de parfois surprendre et d’entrer dans l’arène, à commencer par la participation à cet inédit débat télévisé d’avril 2019. En particulier, l’enjeu de la peine de mort avait particulièrement attiré l’attention.
En effet, la publication du programme du Parti Royaliste en janvier 2019 avait immédiatement créé la surprise. Parmi les trois mesures phares figuraient la volonté, inattendue, de “remplacer la peine de mort par un système de bagne à vie et travaux forcés, incompressible, afin que seul Dieu puisse ôter la vie”. Derrière un vocabulaire mettant en avant la traditionnelle sévérité des actuels dirigeants du Royaume de Brocelynwood, cela représentait textuellement une promesse d’abolition de la peine de mort. La question n’a finalement pas soulevé de grands débats nationaux, chacun - dans tous les partis - demeurant assez mal à l’aise pour définir sa propre réaction devant ce positionnement iconoclaste des royalistes, eû égard à leur approche historique des politiques pénales et aux mots toujours plus durs qu’ils emploient habituellement contre les criminels. Les semaines qui suivirent, les quatre autres partis furent contraints d’intégrer cet enjeu dans leur programme. Tandis que le Parti Républicain (actuel Parti Conservateur Réformiste) et le Parti Communiste continuaient à défendre le principe de la peine de mort, seul le Parti du Peuple promettait son souhait de l’abolir. Quant à lui, le Parti Libéral souhaitait le réserver à des cas de figure plus restreints, comme le terrorisme et les meurtres en série.
Mais c’est lors du débat télévisé d’avril 2019 que Morland créa la surprise, dans une séquence qui était restée clef et culte. Le leader du Parti Royaliste avait d’abord déroulé sa proposition, soulignant qu’il était “temps de sortir de la mise à mort, qui ne doit pas relever des mortels mais de Dieu lui-même”. En réponse, Victor Arkwright (Parti Libéral) avait rappelé le positionnement de son parti. Mais il reconnaissait, anticipant d’éventuelles critiques, que c’était un sujet provoquant “beaucoup de discussions au sein de tous les partis. Victor Arkwright avait alors émis l’hypothèse d’une consultation des brocéliens. A la surprise générale, son opposant royaliste avait immédiatement saisi la perche avec son désormais célèbre “Monsieur Arkwright, je vous le dis solennellement : vous avez raison”, puis s’était engagé à un référendum sur la peine de mort avant la fin de l’année 2019. Devant un Matthew Robert (journaliste brocélien) médusé, Morland avait confirmé son positionnement et assurait que le Roi serait “convaincu” : “je m’y engage”. Mais alors que l’année 2020 touche à sa fin, il n’y a toujours aucune trace d’une telle initiative.
La proposition relativement osée portée par le Parti Royaliste lors de la campagne électorale marquait une forme de rupture mise en évidence dans les mesures clefs du programme, qui avait donc été validée jusqu’en plus haut lieu. Au-delà du fond, qui risquait de les diviser en leur sein même, les royalistes y voyaient l’intérêt de présenter une proposition sortant du lot, devant faire parler, et évitant de s’enfermer dans des positionnements caricaturaux. En attribuant à Dieu le seul droit “d’ôter la vie” tout en promettant une grande sévérité et une vie de “travaux forcés”, le pouvoir royaliste espérait dans le même temps tenir les deux bouts de l’humanisme religieux et de l’autoritarisme. Mais le dossier n’était pas si facile à assumer et à rouvrir a posteriori. Il y avait évidemment la crainte de susciter de vives réactions au sein même de son camp, dont une partie est opposée à une telle mesure, au niveau des élus comme de l’électorat. Par ailleurs, l’actualité a été centrée sur d’autres grands évènements à compter du deuxième semestre de l’année 2019, avec justement un focus sécuritaire. La tentative d’assassinat du Pasteur MelvinMcBride en mars 2020 a suivi de longues semaines de tensions à Tintellin Cove entre la communauté alderii et les milices citoyennes, les GCAB, à l’automne 2019. Tout s’est passé comme si l’évolution législative de la peine de mort et la perspective de référendum avaient été définitivement enterrés.
Devant la proposition du Parti Libéral, la recherche d’une porte de sortie pour le camp royaliste
Il a donc fallu attendre ce mois de novembre 2020 pour que le sujet revienne au cœur du débat politique. Victor Arkwright (Parti Libéral) vient effectivement d’annoncer que ses membres à l’Assemblée Unique allaient déposer une proposition de loi à ce sujet, lors de la fenêtre parlementaire accordée à son parti d’opposition. Conformément à son programme de 2019, le parti centriste veut restreindre drastiquement le champ d’application de la peine capitale. Cette “arme” est aujourd’hui dans l’arsenal du juge applicable pour tout crime particulièrement grave et même pour certains délits graves dans le cas de multirécidives. Celle-ci a été appliquée à 891 reprises en 2019, un chiffre relativement stable sur les dernières bases et plutôt en baisse sur le temps long. Selon Victor Arkwright, “une telle peine ne peut être à notre avis qu’extrêmement exceptionnelle, appliquée pour des crimes gravissimes comme le terrorisme de masse, les tueurs en série et les auteurs d’actes pédocriminels répétés”. Selon les estimations, cela conduirait à diviser par cinquante le nombre de peines prononcées annuellement, soit environ une vingtaine plutôt que 800 à 1000.
Au-delà du devenir du texte en tant que tel et du débat public de fond qu’il va pouvoir relancer, les regards sont maintenant tournés vers le Parti Royaliste. Le camp du Roi se trouve désormais dans une position inconfortable car il va nécessairement devoir prendre position sur la question, alors que tout semblait démontrer qu’il espérait ne plus l’avoir à l’aborder. A l’Assemblée Unique, il semblerait incohérent - au regard de ses promesses de campagne initiales - que les membres royalistes rejettent purement et simplement le texte libéral en l’accusant maintenant d’angélisme. Pour autant, il n’est pas certain que le Parti Royaliste soit prêt à voter en faveur d’un texte initié par un parti d’opposition, sur ses propres bases, ce qui serait inédit et aurait des allures de victoire pour le parti d’Arkwright. Il tenterait par ailleurs de l’amender en alourdissant les peines remplaçant la peine de mort dans des proportions qui ne conviendraient peut-être plus aux libéraux. Il demeure l’alternative d’assumer la proposition initiale du programme de 2019, en amendant le texte au point d’abolir la peine de mort tout en contrebalançant la mesure par des traitements beaucoup plus sévères pour les criminels. Mais il serait dans ce cas difficile d’obtenir l’unanimité dans son propre camp et donc la majorité à l’échelle de l’Assemblée Unique.
Le Parti Royaliste va-t-il finalement être contraint et forcé de recourir au référendum annoncé à la hâte par Morland il y a un an et demi ? La stratégie d’Arkwright est bien de mettre le Parti Royaliste au pied du mur, alors même que le sujet divise également sa propre formation politique : “Notre proposition est un compromis issu de débats au sein de notre parti, et je crois qu’il serait un bon compromis pour la société brocélienne, qui n’est pas prête à abolir la peine de mort mais dont les valeurs sont de ne pas l’appliquer à tout va. J’espère qu’il sera voté comme tel. Cela dit, le Parti Royaliste avait promis un référendum à ce sujet, et je trouverais que ce serait une excellente nouvelle pour notre démocratie s’ils allaient au bout. Je suis évidemment d’accord de laisser les brocéliens trancher, à condition que la question soit correctement posée bien entendu. Mais je crois que cette idée de référendum a été abandonnée et je le regrette. Nous avons donc déposé un texte qui va dans le sens d’un plus grand respect des droits humains de base, tout en ne tombant pas dans l’angélisme face aux pires horreurs criminelles”.
Sur la question du référendum, le camp royaliste peut finalement l’ignorer mais risque d’apparaitre comme rejetant une nouvelle fois les outils démocratiques et ne tenant pas ses promesses, à moins d’utiliser Morland comme fusible. Il peut finalement aller au bout, mais semblerait avoir été contraint par le Parti Libéral. Par ailleurs, le Roi et ses représentants veulent-ils vraiment assurer une campagne électorale abolitionniste face aux Conservateur-Réformistes, Libéraux et Communistes qui seraient défenseurs de la peine capitale ? Enfin, sur le plan juridique - mais c'est loin d'être un détail - la question de la légalité n’est pas pleinement tranchée. La Constitution écrite de 1864 est silencieuse sur l’éventualité ou non de procéder à des référendums, et jamais une telle proposition n’a été initiée dans l’Histoire du Royaume de Brocelynwood.