07/06/2020
20:44:42
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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 4

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[✝] Vartÿyä
Kapöli (✝): Pelysöpymüs


Rarement la ville de Roncevaux était aussi calme. Tout était doux, surtout après la frayeur de l'invasion. Il y avait des voitures qui circulaient, oui, mais pas en grand nombre. En effet, la ville commençait à grouiller d'individus venus échapper aux bombes et bientôt, au renouveau de la guerre civile. Et ce n'est pas de quelques milliers qu'il s'agit ici, mais de millions. Un nombre certainement si astronomique que plusieurs camps de fortunes ont dû être installés sur les avenues jusque dans les métros.

Mais il y avait une autre face de la ville. Celle de la machine de guerre qui s'activait.

Dans une usine en périphérie, tout tournait à plein régime, y compris les personnes. En ce moment, c'était des camions de transport qui sortaient, mais peut-être que dans trois jours, il s'agira d'avions, de blindés, de lances roquettes ou d'unités de défense contre aéronefs. Qui sait, ce n'était pas la question. La question, pour ces milliers de déplacés retrouvés sans emploi et ayant trouvé occupation dans cette usine et beaucoup d'autres, c'était combien.

Et un seul slogan en tête: Plus Jamais.

Plus jamais d'invasion surprise. Plus jamais de menaces. Plus jamais.

Quelque soit l'avenir du pays, Antarien ou Corvien, il sera inviolable et sacré. Notre futur, c'est notre décision. Et décision de nulle autre personne ni état.

Et justement, le matériel produit n'avait pas de logo. Pas encore. Une fois la guerre terminée, ceux-ci seront posés respectivement. Que le meilleur gagne, et il raflera la responsabilité de se défendre.

Logo des Armées de la MIRA et de Corvus

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Roncevaux respire enfin, mais la ville étouffe: des millions de déplacés s'y entassent jusque dans les couloirs du métro, et ses usines tournent jour et nuit sous un seul mot d'ordre.

Plus jamais.

Le matériel qui en sort ne porte aucun insigne, ni celui du gouvernement de la MIRA, ni celui de Corvus. Personne, à ce stade, ne sait qui en héritera.
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[✝] Hërtuätär
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

Malice (Photo de Profil sur le Terminal de Saturne)

Malice
(Photo de Profil sur le Terminal de Saturne)



Des nombres en tout genre, fils de texte, de code, des fichiers et des liens défilaient à vitesse grand V sur la multitude d'écrans présents devant les yeux de Saturne. Une congrégation de données qui serait indéchiffrables pour une écrasante majorité de personnes, y compris les experts de l'informatique. Mais pour la jeune fille, ces données signifiaient tout. Ils signifiaient la victoire lorsque celle-ci lui souriait, ou bien la défaite dans le cas contraire. Ils signifiaient une altération, une mesure, une observation ou une exécution. Et parfois aussi, un résultat.

C'est justement un résultat qu'elle se voyait lire ce soir là. Un résultat qu'elle ne savait prendre, sur lequel elle était quelque peu confuse. En effet, la Loduarie Communiste avait capitulé, et était partie aussi vite qu'elle n'était venue. La raison ? Tout simplement l'assassinat d'Aurore. Et l'entrée dans l'espace aérien antarien de pas moins de deux cent et passe aéronefs de chasse contre lesquels les forces loduariennes ont décidé de se plier. Pour Saturne, c'était plutôt une bonne nouvelle d'un côté, elle pouvait revenir plus rapidement sur le volet Guerre des Ombres et tenter sa chance à nouveau au Maropol contre Malice, pour passer enfin à l'attaque des systèmes informatiques de Corvus. Mais d'un autre côté, elle voyait d'un mauvais œil l'échec de la mission initiale visant à tuer Aurore, complétée alors par un missile Kartien. Elle avait l'impression de salir son casier avec cet échec, surtout qu'elle n'y était pour rien. Elle avait justement travaillé toute la nuit avec Malice pour faire en sortes d'effacer toutes leur traces de passage derrière eux. Mais d'une manière ou d'une autre, l'information avait fuité, et ce fut un échec. Bon, on fermera un œil sur le reste disait Saturne, elle a fait tout ce qu'il fallait faire et elle l'a fait très bien.

Mais à présent, il fallait se remettre dans le bain. Surtout qu'elle avait repéré du coin de l'œil quelque chose qui l'avait fait sourire, justement durant la nuit de l'invasion. Quelque chose qu'elle voulait partager avec Malice.

Celui-ci ne se fit pas attendre. Alors qu'elle pensait à lui, elle reçut un message sur son terminal.

Alors ? Tu as survécu ?

Saturne voulut sourire, mais elle n'arrivait toujours pas à concevoir dans sa tête que quelqu'un comme Malice pouvait être son ami. Saturne n'avait pas d'amis, et elle ne voulait pas en avoir. Elle voulait rester catégorique à ce propos. Malice pour elle n'était qu'un obstacle. Elle répondit en tapant rapidement sur son clavier.

Oui, quelle question

On est jamais à l'abri d'un obus ça et là, non ?

En pleine campagne tasséloise ?

Bah ! On a bien eu un missile Bonne Santée qui se promenait dans l'espace aérien à un moment ! J'ai le droit de m'inquiéter !

Inquiéter ? Pour moi ?

Bah ça te choque ?

Disons que je n'ai pas l'habitude qu'on s'inquiète pour moi.

Carrément ?

J'avais des parents abusifs durant mon enfance, en ce moment je vis en famille d'accueil mais je préfère m'isoler. je n'ai pas besoin de l'amour familial, j'ai appris à faire sans.

C'est pas un peu triste ça ?

On s'y habitue.

Je vois...

Saturne s'impatientait, elle voulait en venir au sujet. Pourquoi elle devait se mettre là à raconter sa vie à un étranger ? Elle avait une guerre à gagner.

Tu me dois encore une partie de Maropol.

Ah bon, vraiment ?

Oui, on avait un marché.

Sauf qu'il y a eu la guerre, et donc tu devras encore attendre quelques jours, ne pense pas pouvoir gruger du temps comme ça :)

Tu m'énerves.

Je sais, je sais. La loi est dure, mais c'est la loi.

Et donc ? A quoi ça sert de discuter si on ne joue pas au Maropol ?

On peut discuter, non ? Du genre, ce que tu penses de la fin de la guerre, au hasard.

Rien de spécial. Je suis contente de pouvoir enfin aller tordre les chevilles à Corvus. Mais avec toi dans les pieds, c'est compliqué.

Je vois, et à part me dire que je t'emmerde ?

J'aime pas le fait que Karty se ramène à Roncevaux. C'est plus compliqué pour moi d'agir sur une grande surface sans risquer de toucher leurs appareils à eux.

Eh bah dis donc, tu prends leur neutralité très à cœur on dirait.

Rien à voir. J'avais une amie quand j'étais au primaire, elle était Kartienne justement.

Toi ? Une amie ?

Oui, ça te surprend ?

J'ai cru comprendre que tu n'avais pas d'amis ?

Saturne s'arrêta. Elle avait justement eu cette réflexion il y a quelques minutes. Elle se voyait catégoriquement opposée à trouver l'amitié, non pas que celle qui était advenue au primaire s'était mal terminée, mais parce que à présent, elle était quelqu'un de différent. Probablement quelqu'un que cette petite fille n'aurait pas aimé. Elle avait aussi trouvé une amitié sur un forum en ligne bien plus tard, mais elle avait disparu du jour au lendemain, sans laisser de trace. Au final, c'était mieux pour elle qu'elle n'ait pas de regrets, ou de personnes chères qui pouvaient constituer des maillons faibles pour la déstabiliser. Mais alors, est-ce que Malice lisait dans ses pensées ? Cela semblait un drôle de hasard qu'il ramenait cette discussion alors qu'elle y avait pensé. Mais après tout, c'était Saturne qui avait commencé. Il y avait largement de la place pour des suppositions de coïncidences. Légèrement perturbée par ce moment, elle tenta une réponse désintéressée.

Je ne sais pas pourquoi tu penses cela.

Bah, en tout cas tu n'es vraiment pas très sociable on dirait. C'est quand même fascinant que tu arrives à avoir un réseau de personnes qui travaillent pour toi alors que tu ne sais même pas te faire des amis.

Je saurais très bien me faire des amis si je le voulais !

Ah, tu vois ? Donc j'avais bien raison à ce propos :)

Saturne n'aimait vraiment pas l'aspect malin de Malice, mais il fallait dire qu'il portait bien son nom. Dans tous les cas, elle s'était faite avoir à son propre jeu. Elle essaya de changer de sujet.

De toutes façon, c'est l'argent qui intéresse les gens.

Attends, pas si vite, j'ai cru comprendre que tu avais eu des amitiés auparavant ?

Elle n'avait plus de voies de sortie, elle était obligée de se confesser à lui. Elle tremblait à l'idée de devoir converser de ses problèmes personnels et ses faiblesses face à quelqu'un qui avait le pouvoir de la contrecarrer. Elle ne faisait que lui donner des voies d'entrée dans sa tête, et c'était dangereux. Mais pourquoi lui faisait-elle confiance ? Dans tous les cas, elle se voyait forcée d'entreprendre la tâche fatidique de parler d'elle-même.

J'en ai eu une

Une seule ?

Une et demie

et demie ?

Pourquoi elle en disait tellement ? Et surtout, pourquoi est-ce que ça lui plaisait presque ? Saturne ne comprenait pas. Elle avait quelque part envie de lui en dire plus, mais de l'autre elle voulait juste éteindre sa machine et tout brûler à l'encre jaune.

Oui, une dans la réalité et une que j'ai rencontré en ligne, sur un forum.

Et il s'est passé quoi, ça t'a traumatisé autant que ça ?

Non, pas du tout. À vrai dire, je m'entendait très bien avec Ingrid, la kartienne que j'ai rencontré au primaire. C'est elle qui m'a fait découvrir l'informatique. Mais elle a déménagé à Volkingrad pour son lycée, et je ne l'ai plus jamais revue. Elle m'avait toujours dit de faire attention sur internet, qu'il y avait des pirates qui pouvaient te voler tes données. Et moi j'aimais bien les histoires de pirate, donc j'en suis devenue une.

Eh bah dis donc, une jeune prodige alors !

Ingrid n'aurait pas été fière de moi. Elle me parlait sans cesse de comment ces pirates étaient dangereux et qu'il fallait s'en protéger. J'ai brisé tout ce que je lui avais promis de pas faire avec un ordinateur... C'est peut être la moindre des choses que de ne pas porter offense à aucun dispositif Kartien en son honneur.

C'est très chevaleresque je dois dire, pas mal comme moyen de se racheter.

Je doute que ça suffise à pardonner ce que je suis devenue. Mais à présent, je suis quelqu'un de différente. Et certainement Ingrid n'aurait pas appréciée cette nouvelle Saturne. Mais j'ai appris à vivre avec et me dire que le monde tourne et elle est probablement passée à autre chose de son côté. Je ne préfère pas y repenser.

J'imagine que ça serait quand même sympa de la retrouver, non ? Je veux dire, si tu peux mettre à genoux Corvus par toi seule, je crois que tu peux quand même retrouver un individu

Encore une fois, je préfère pas. Surtout qu'elle avait six ans de plus que moi, donc ça veut dire qu'elle a vingt trois ans. Et si je la retrouve, c'est pour dire quoi ? Salut, je suis devenue la pirate la plus redoutable d'Antares ? Imagine si elle travaille en cybersécurité !

Alors on va se calmer sur la plus redoutable, mais je comprends... C'est pas très vendeur en effet...

Non, surtout qu'elle m'a probablement déjà oublié. Je n'ai jamais été quelqu'un de vraiment mémorable, je n'était qu'une gamine.

Ces quoi ces conneries ?

C'est vrai, personne ne m'a jamais prêté attention.

Bah moi si, t'en fais quoi de ça ?

Toi c'est différent.

Je prends ça pour un compliment :)

Arrête de faire le malin.

Pourquoi ? C'est moi Malice après tout :) Mais sinon, c'est qui la demie amie du coup ?

C'est rien, une personne que j'ai rencontré sur un forum.

Un forum tu dis ?

Oui, le Lutte Anti-Cierges. J'étais très active dessus il y a longemps.

Putain, Lutte Anti-Cierges ? Cette saleté de forum ?

Oui, il y a un problème ?

Bah genre on va ignorer les suicides et le contenu gore que des gamins partageaient ?

C'est les débuts d'internet, ça c'était sur tous les forums.

Ah non, on me la fait pas à moi celle-là ! Le Lutte Anti-Cierges a limite été criminalisé pour la quantité de contenu macabre dessus

Parce que les sites Corvuns à ton avis n'en n'avaient pas ?

Ahhh je vois maintenant ! Ok, j'ai pigé x)

C'est pas du tout ça. C'est la vérité.

Oui, bon, c'est facile de prêcher pour sa parroisse

C'est tout de même la vérité.

Bon, si tu veux. Et du coup cette amie ?

Rien de spécial. On s'était promises de mettre fin au culte des cierges ensemble, et puis un jour elle a simplement disparu.

Tu n'as pas cherché à en savoir plus sur elle ?

Si, j'ai essayé de trafiquer quelque chose pour la retrouver, j'ai vu qu'elle habitait à Margaux, mais c'est comme si elle avait tout simplement disparu. Plus que cela, je ne pouvais rien faire pour voir où elle pouvait être et ce qu'elle faisait.

Je suppose que ça t'a fait mal ?

Non, j'ai décidé d'éviter les amitiés parce qu'elle m'auraient fait plus de mal que de bien si je voulais entreprendre mon projet de détruire le culte des cierges, je devais être inébranlable.

Bon, y'a quand même de l'espoir, non ?

Non. Et je suis catégorique là dessus.

Très bien, à ta guise. Personnellement, je passe un très bon moment à converser avec toi.

Si tu le dis.

Bon... Personnellement, je vais devoir y aller. Je pars en voyage donc je pourrais pas te répondre, mais je verrai des messages quand je rentrerai, juste à temps pour notre petite partie qui va devoir attendre.

Attendre ?? Encore plus ??

Une semaine de plus ou de moins, ça change rien, si ?

Je préfère faire ça le plus tôt possible.

Souhait exaucé. On se voit le plus tôt possible donc :)

Et comme il était venu, il était reparti.

Saturne ne comprenait pas ce qu'elle ressentait. Elle avait l'impression de se sentir mieux, de se sentir libérée d'un poids, comme si parler de ses problèmes l'avait aidée. Elle balaya toutes ces émotions dans un coin de sa tête pour ne plus y repenser. Après tout, elle était Saturne. Elle n'avait pas d'amis. Que des ennemis.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Discussion entre Malice et Saturne à propos des amitiés passées de cette dernière, après la capitulation des forces loduariennes et quelques jours avant le renouveau de la Guerre des Ombres. Et qui sait ce qu'est devenue Ingrid depuis son retour à Volkingrad, ni ce qu'elle aurait pensé de Saturne en la voyant dans cet état.
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[✝] Jelmän pelköä kuölëmanyäl-keysëstä elämästä
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"La Vierge de Roncevaux" Pacsä Näär, 2011 (Statue au Calcaire, Cathédrale de Sainte-Istride, Ville de Roncevaux)

"La Vierge de Roncevaux"
Pacsä Näär, 2011 (Statue au Calcaire, Cathédrale de Sainte-Istride, Ville de Roncevaux)



Journal Nömnä nä Körvä a écrit :
Proclamation de la Zone Humanitaire Autonome de la Région de Roncevaux
Après le calvaire vécu durant la nuit de l'invasion Loduarienne et les menaces d'une guerre civile refaisant surface, la ville de Roncevaux déclare son indépendance

C'est historique quand au conflit de la Guerre des Ombres: Une ville, celle de Roncevaux ainsi que sa banlieue ont été déclarée hier, soit le treize Septembre 2018 par le Maire de Roncevaux comme une enclave humanitaire indépendante administrée par les forces conjointes du gouvernement dit "légitime" et les forces humanitaires et militaires de la République Fédérale Kartienne.

En effet, la mise en place de cet était d'urgence exceptionnel a été possible grâce à la mise en application d'une ancienne loi organique du droit fédéral de 1866, prévoyant la possibilité de voir le pays se fracturer sous des entrechocs civils, et donnant la possibilité à certaines régions de se retirer du conflit par souci d'impartialité. Roncevaux est l'une des rares régions en effet où cette loi reste encore valable, la plupart des régions ayant révoqué certains droits fédéraux au fil du temps à mesure que la République d'Antares s'unifiait de plus en plus. Quoi qu'il en soit, l'application de cette dernière permet un meilleur traitement de la demande grandissante d'asile sûr après la frayeur de l'attaque éclair loduarienne, mais surtout une guerre civile qui selon beaucoup menace de recommencer d'un jour à l'autre contrairement aux pronostics évoqués il y a seulement quelque jours que cette période d'entre-deux-guerres aurait duré plus longtemps.

Cette prévision s'avérait fausse, surtout depuis que les forces de Corvus ont entrepris le réarmement du centre ville de Henne, et ont profité de ces derniers jours pour réajuster leurs positions d'artillerie alors dévoilés par l'invasion, citant un "maintient de l'équipement" et une "réorganisation du matériel pour permettre le flux de civils". Une explication qui n'a pas plu au camp de la MIRA, puisque celui-ci n'a pas manqué de critiquer l'aspect "drôlement avantageux de ces manœuvres" pour reprendre les mots du chef du haut conseil, l'Escoffier. Cependant, Margaux semble aussi avoir sa part de responsabilité, puisque la logistique antarienne autour de leur siège de Robaltes a été renforcée, profitant du manque de surveillance sur les pistes de l'Aéroport Polaris qui avait été mis hors-service auparavant par l'artillerie corvienne durant un assaut estival il y a deux mois de cela. Ainsi, la montée en tension semble être alimentée par les deux parties de façon égale, accélérant donc le retour précoce des affrontements civils.

Cette situation prise en compte, les autorités antariennes de la zone de Roncevaux ainsi que les représentats Kartiens étant tout juste arrivés suite à l'accord des As Croisés signé plus tôt cette semaine à Volkingrad ont pris la décision d'accélérer la délimitation administrative et officielle de la zone humanitaire, jusque là simplement utilisé comme lieu-dit stratégique pour y abriter les réfugiés loin des zones rouges du conflit.

Ce statut permet plusieurs avantages pour l'efficacité des manœuvres. Tout d'abord, la ville pourra appliquer son propre règlement et lois exceptionnelles durant toute la période, ce qui peut faciliter le problème de nombreux zones grises de ces cas de figures extrêmement rares liés aux millions de réfugiés et au souci d'impartialité que font face les autorités vis-à-vis des deux entités actuellement belligérantes dans le pays. En effet, "Roncevaux doit et restera neutre" était le slogan scandé depuis le début des affrontements par la Mairie, puisque sans cette neutralité, elle met en danger un nombre conséquent de vies venues chercher la sécurité au sein de la ville et sa périphérie.

Qui plus est, après avoir subi l'attaque éclair du Pays Ocre, le gouvernement légitime a mis en œuvre le plan "Parabellum" visant le renforcement massif de ses frontières et la production d'armement et matériel défensif en très grande quantité pour "assurer l'avenir du pays, quel qu'il soit" selon la porte parole du gouvernement Ella de Flandres lors d'une conférence de presse advenue hier dans la soirée. Le Plan Parabellum serait donc vu comme une ressource extrêmement avantageuse pour qui met la main dessus, puisqu'elle concentre la totalité de la production d'armement du pays dans la seule zone de la ville de Roncevaux, et donc potentiellement à la merci de l'un des deux camps de la guerre civile qui voudraient en profiter. La mise en place de la zone administrative humanitaire la rend donc une infraction de haut lieu que d'en prendre la possession avant la dissolution de celle-ci, et en plus de cela une invasion du territoire antarien.

La République Fédérale vient rajouter un dernier cadenas à cette fournaise à prix d'or, puisqu'elle déclare dans l'accord des As croisés signé par le gouvernement légitime qu'une infraction à la zone humanitaire, ou même aux bases militaires kartiennes temporaires mises en place pour assurer la réponse rapide en cas de nouvelle défense du pays constituerait une invasion de territoire Kartien, et donc s'exposant à une réponse militaire largement supérieur même à la totalité des effectifs armés du pays. Mais même avant cette éventualité, cela garantirait la cession des accords entre ce belligérant et la République Fédérale, lui enlevant son devoir d'impartialité. C'est donc "se tirer une balle dans le pied" selon les autorités roncevaloises que de simplement essayer de mettre la main sur ces moyens de production, aussi avantageux qu'ils soient.

Justement, c'est ce cœur industriel qui nécessite plus qu'un état de simple lieu-dit mais d'une véritable enclave au sein du pays. Non seulement il fait vivre le plan Parabellum et donne l'espoir aux troupes antariennes qu'une défense plus efficace sera possible si une occasion aussi fatidique que celle-ci se représente, mais aussi il continue à faire battre la croissance économique du pays alors qu'il sombre dans une guerre civile, permettant sans doute un redressement sur pied express lorsque le conflit prendra fin et l'un des deux belligérants sera couronné vainqueur. La République Antarienne deviendra donc sûrement un cas de figure international exceptionnel par le simple fait qu'elle continue sa croissance rythmée malgré l'instabilité.

Si cette croissance est possible, elle est surtout due au nombre astronomique de déplacés qui viennent trouver refuge en s'éloignant des zones rouges du nord pour s'installer là où ils seront pris en charge, mais aussi où ils auront la possibilité pour les industriels et quiconque de poursuivre une vocation professionnelle digne d'une révolution industrielle dans les usines de production militaire et de recherche situés dans la périphérie de la ville pour continuer à faire tourner une économie interne et obtenir un niveau de vie plus élevé pour l'entièreté de la communauté. Viennent s'ajouter à eux aussi les déplacés des villes de Riaux et de Laxande, directement frontalières à la Loduarie Communiste et sont celles qui ont souffert le plus des tirs d'artillerie transfrontaliers dévastateurs pour l'infrastructure et l'intégrité locale, un désarroi qui ne peut être comblé avant le renouveau du conflit civil même si ces zones se trouvent aux antipodes des zones de conflit. En effet, le gouvernement se prépare potentiellement à plusieurs mois de Guerre des Ombres, mois durant lesquels il compte offrir des possibilité d'emploi avantageuses à ceux qui en cherchent et ainsi refonder une micro-économie au sein de la ville. Cette initiative a notamment séduit une génération de jeunes proclamant leur neutralité et leur amour du pays indépendamment des résultats de la guerre civile, mettant les intérêts nationaux au dessus de ceux régionaux surtout après le traumatisme de la nuit du onze septembre. C'est donc comme cela que bientôt cinq millions de déplacés contribueront directement à la production et à l'économie du futur de la République d'Antares.

Concernant les délimitations de cette fameuse zone, elle se compose pour l'instant de la ville de Roncevaux ainsi que les villes directement frontalières à celle-ci, le soit disant "Grand Roncevaux" incluant les banlieues de la capitale culturelle. C'est dans ces banlieues que les lignes de fabrication et de recherche ont été migrés depuis d'autres agglomérations comme Henne ou Margaux, encore une fois par question de sécurité et de pérennité de production. Cependant, le nombre de déplacés civils compte grimper aux alentours des dix millions au moments les plus intenses de la guerre civile selon les estimations les plus récentes, voire vingt millions dépendant des avancées corviennes si celles-ci adviennent, ce qui concentrerait près de deux tiers de la population dans un milieu urbain qui en abritait auparavant deux millions en temps de paix, soit dix fois moins. C'est pour cela que le gouvernement compte élargir la zone à l'entièreté de la région de Roncevaux dans un futur plus ou moins proche pour palier au problème grandissant de la surpopulation.

Cependant, la garde d'une région entière contre celle d'une seule ville et sa banlieue se révèle être un défi logistique important, un défi auquel les forces de la République Fédérale Kartienne comptent répondre présente quand à l'administration et la sécurité, supportée par l'Empire d'Everia quand à la distribution et l'organisation de l'aide humanitaire pour que celle-ci soit répartie de manière efficace dans la capitale de la région ainsi que dans ses campagnes. Des habitations de fortunes substitueront notamment les camps de fortune déjà existants, notamment avec l'approche de l'hiver qui risque de poser encore un défi supplémentaire aux administrateurs de cette nouvelle enclave.

Dans tous les cas, cette nouvelle est un point de pivot important quand à la guerre civile, car l'existence à présent officielle d'un lieu sûr délimité permettra aux forces des deux belligérants d'utiliser le reste du pays pour leurs opérations avec moins de contraintes administratives, veillant toujours à garder un couloir pour que les civils puissent rejoindre ladite région en toute sécurité. Il est notamment prévu par le gouvernement légitime de mobiliser toutes les unités de sauveteurs-extracteurs comme forces humanitaires extra-territoriales pour venir en aide aux civils se retrouvant pris au piège entre les coups de feu et n'arrivant pas à rejoindre les couloirs pour atteindre la ville de Roncevaux. Une nouvelle unité de spécialistes est donc prévue à cet effet et sera mise en place dans les prochains jours avant que la guerre civile ne recommence. Il a tout de même été recommandé aux populations de se tenir aux courant grâce aux chaines télévisés et de radio pour suivre l'avancée et le recul des troupes et prévoir les fuites éventuelles en amont. Quoi qu'il en soit, la promesse du gouvernement est claire: il y aura de la place pour tout le monde.

Ainsi, le pays se tient prêt à l'explosion nouvelle du conflit, cette fois avec bien plus de précautions et un système fait sur mesure pour éviter un maximum toute perte ou dommage collatéral.


Klarnä avait enfin fini de taper sur sa machine. Elle se tourna comme à son habitude vers Heÿkÿ qui prit l'article pour aller le distribuer aux imprimeries.

Les airs de guerre civile refaisaient donc surface, peu à peu, polluant atmosphère et esprits. Les combattants reprenaient leurs positions. Les armes étaient rechargées. Tout le monde retenait son souffle. Il suffisait d'un tir, un ordre, pour remettre le feux aux poudres. Et cette étincelle allait arriver bien plus rapidement que l'on pensait.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
L'un des journaux d'information indépendants distribués pour donner du contexte aux décisions et aux actions autour de la Guerre des Ombres. Celui-ci est édité par Corvus, et officialise le statut de Roncevaux au moment même où la trêve arrive à son terme, bien plus vite que prévu.
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⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Nationale N14
19 Septembre 2018

Alors que les tensions continuent de monter entre le camp Corvun et celui de la MIRA, cette dernière profite de l'entre-deux-guerres suite à la capitulation de la Loduarie Communiste pour renforcer sa position sur Robaltes. Voyant leur ville se faire encercler silencieusement, Corvus décide de mettre le feu aux poudres pour interrompre les manœuvres et tenter de percer le siège en pleine reconstruction en menant un assaut supporté par leur redoutable artillerie sur la Route Nationale N14 en direction de la ville de Séralpine.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 19 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

441 MORTS
204 Corvus / 237 MIRA


Corvus arrive à intercepter avec succès la mise en place du siège dans cette partie de la périphérie, mais l'information ne remonte à l'artillerie que très tard: les premiers obus tardent à tomber laissant donc les bataillons corvuns à la merci des positions antariennes. Ce n'est que lorsque Corvus décide de battre en retraite que la batterie robaltoise commence à rugir, trop tard pour permettre une réelle avancée mais juste à temps pour infliger de lourdes pertes au régiment de la MIRA, alors désorganisé par l'assaut et ayant exclu l'artillerie de leurs calculs après que celle-ci ait tardé à entrer en jeu.

Malgré les pertes très importantes du camp antarien causés en grande partie par les howitzers corvuns, ils réussissent tout de même à stopper l'assaut et sécuriser leur prise sur la partie nord-ouest de la périphérie de Robaltes avec cette victoire amère.


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[♠] Tülën Pojöësestä
Kapöli III: Västäyokäÿs


Pas un bruit dans la campagne mavésienne. Rien ni personne n'osait bouger ou dire quoi que ce soit. C'est ce que l'on aurait dit depuis l'extérieur, depuis le regard d'un touriste azuréen par exemple. Mais au fond, dans les campagnes, dans les villes, au sein des foyers, il y avait de la rage.

Cet après-midi là, la Guerre des Ombres avait repris de plus belles, et les obus se faisaient presque entendre depuis Robaltes. Et pourtant, la campagne mavésienne restait calme et silencieuse, douce et sans bruit.

Dans une taverne en plein centre de la ville de Mavetz, capitale de la région justement, une poignée d'hommes et de femmes ayant la quarantaine regardaient sans bruit le téléviseur affichant les images de corvuns battant en retraite. Ces images brisaient le coeur, elles montraient un Corvus faible, qui n'arrivait pas à s'organiser pour percer le siège de la MIRA.

La réalité cependant était autre. Personne dans cette salle n'était dupe. Avec la déclaration de la Loi Martiale, le nouveau gouvernement de la MIRA avait convaincu plusieurs instances de publication comme des journaux u une grande partie des chaines de télévision de se faire "encadrer" dans le cadre de la guerre civile pour garantir la "sécurité des journalistes". En somme, une mise en scène de la junte. Les habitants n'attendaient qu'une chose en effet, c'est que les médias Kartiens, certainement bien plus impartiaux, arrivent sur le terrain pour leur montrer la réalité de la guerre. Mais en attendant, ils ne pouvaient que se contenter de ce qu'ils voyait.

À vrai dire, personne ne se contentait de ce qu'ils voyaient. Dans la taverne, personne n'avait touché à sa bière. Tout le monde essayait de comprendre ce qui était vraiment arrivé, ce qui n'était pas très compliqué tout compte fait: ils insistaient sur leur victoire et leur impasse réussie à la percée corvienne, mais il n'y eut encore aucune mention des pertes matérielles ou humaines, ce qui laissait entendre que malgré une victoire sur le terrain ait été inscrite, les pertes qu'ils ont dû dépenser pour se le permettre excédaient celles que Corvus avait perdu. Et dans les faits, c'était bien ce qui s'était passé. Mais bien sûr, personne ne voulait en parler.

La particularité du nord de l'Antares, c'était qu'il était justement l'épicentre de la culture corvienne. Mavetz et Marroze avaient même plus de corvuns en termes de proportions que Henne et Robaltes, ce qui justifiait une présence de la MIRA importante dans ces zones pour soit disant "assurer la sécurité des civils en cas de débordement".

Mais les incidents ne manquaient pas. La MIRA qui aurait pu très bien contenir toute sortes de révolte a décidé d'installer des couvre-feu, des convois et patrouilles régulières dans la ville ainsi que de réguler la presse locale pour "éviter d'alimenter le conflit". C'était très mal géré, il faut l'admettre, mais si la MIRA avait autant manqué son coup dans cette zone capitale c'était car elle était revenue plusieurs fois sur sa décision de quoi en faire. Au début, elle y entreposait du matériel, puis l'a retiré par peur que la région ne se révolte, pour ensuite faire volte face et passer du laissez-faire au contrôle intense pour ensuite faire mine de lâcher, avant d'installer le fameux couvre-feu. Des va et des viens qui étaient certainement à l'origine à présent d'une hausse massive du sentiment pro-corvun qui avait tardé à se manifester.

Ainsi, les hommes et les femmes réunis à la taverne commençaient à se jeter des regards, tous les soirs un peu plus. Et ce soir là, ce sont finalement des mots qui furent échangés.

"Alors... On fait quoi ?"

Cette question sortait de nulle part, mais c'était l'étincelle qu'il fallait.

"On fait rien, y'a quoi à faire ? On boit."

Tous arboraient une expression blasée entre les mots et les images que le téléviseur affichait. Certains avaient leur nez dans une bière brune, typique de la région, d'autres cherchant à trouver l'état d'ivresse le plus vite possible enchaînaient les boissons à base de Dan Janiel's et oublier ainsi leur culpabilité face à la situation. Et pourtant, il y avait quelques motivés, des jeunes, mécontents de la situation.

"Si. On peut se manifester. Se révolter."

"T'es fou ? Tu veux te faire arrêter ? Ou exécuter peut être ?"

Il était vrai que tout le monde avait peur des actions de la MIRA, notamment celles qui avaient débuté la Guerre des Ombres avec des exécutions sommaires en plein coeur de Henne. Même si tout le monde concordait à se dire que ces incidents étaient le fruit de bon nombres de désorganisation de la part du groupe, ce n'était guère assez pour justifier de tels massacres. Dans tous les cas, ce fut assez pour marquer les esprits de supporters corvuns dans tous le pays, en particulier au nord.

Cependant, depuis quelques temps, la MIRA semblait essayer de faire de tout pour prouver non seulement sa supériorité morale face à la situation, mais aussi montrer qu'elle savait garder le calme même dans les zones à majorité corvienne, ce qui n'était évidemment pas le cas.

Elle avait une peur bleue de se voir perdre un lieu si important, qui mettrait fin à leur siège sur les deux plus grandes villes du nord du pays, et donc se retrouver dans une situation qui semblait échapper à leur contrôle. Et cela, les mavésois le savaient bien.

"Donc on reste ici ? On attends alors que nos frères et sœurs sont en train de périr à Henne et à Robaltes ?"

Il était vrai qu'ils ne pouvaient pas simplement regarder le massacre se produire. Mavetz et Marroze étaient les régions avec le plus d'éthnie corvienne en termes de proportions, et pourtant ils n'avaient toujours pas pris les armes même après deux mois de guerre. Pas un seul mouvement de foule, seulement du silence et de l'acceptation.

Mais la MIRA avait déjà débuté sa guerre totale. Elle ne cherchait pas la diplomatie. Elle cherchait à éradiquer. Ce n'était plus une bataille pour la reconnaissance, c'était une bataille pour la survie. Et si ils ne faisaient rien, ils allaient être écrasés par une junte militaire qui n'abandonnera pas tant qu'elle n'aura pas le contrôle total sur le pays.

"C'est vrai, on peut pas juste rester là les bras croisés !"

"Et si ils nous arrêtent ? Si ils nous tuent ?"

"Qu'importe ! Ils n'ont ni assez de menottes pour tous nous arrêter, ni assez de balles pour tous nous tuer !"

À présent, ils avaient retrouvé espoir. Ceux qui buvaient commençaient à sourire, ceux qui étaient scotchés à la télévision regardaient autour d'eux. Et le poing levé, plein d'espoir, ils crièrent ensemble.

"Udächy, pölimnäÿyn nä Körvä !"

C'est donc durant les prochains jours que s'activa la consolidation de la résistance corvienne dans les régions du nord. Rien de méchant. Des petites actions. Dépasser de cinq minutes le couvre feu, se réunir en grand nombre dans la rue pour des "fêtes de quartier", passer à la radio des petits hymnes inoffensifs. Mais derrière les coulisses de ce mécontentement grandissant, les bars abritaient chez eux des résistants recherchés par les autorités, les équipes d'Icebreaker cachaient des armes à feu dans les vestiaires de leurs rinks, même les maires des communes entretenaient des réunions clandestines. Des lignes de communications étaient en train de se former entre Marroze et Henne, entre Mavetz et Robaltes, et entre ces quatre villes respectives. Doucement et sans bruit, le front s'élargissait et la guerre allait bientôt prendre une nouvelle ampleur, une ampleur plus grande. La guerre civile, celle qui allait marquer tous les esprits, commençait bientôt.

Et en haut d'un palais, en plein centre de Margaux, un homme regardait les informations défiler devant lui. Il souriait. Peut être que la MIRA les laissait faire au final, et tout cela avait été prévu en amont...

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Consolidation clandestine de la résistance corvienne dans le nord du pays, notamment dans les régions de Mavetz et de Marroze. Sous le couvre-feu, les patrouilles et la censure, une organisation se met en place. Mais quelqu'un, à Margaux, ne semble pas pressé de l'interrompre.
10090
[♠] Orkësterÿ
Kapöli III: Västäyokäÿs

Capitaine Corvinal

Capitaine Corvinal



En cette nuit du 19 septembre, les pluies d'obus arrivées tardivement s'abattaient sur la Route Nationale N14 en direction de Séralpine, là où le détachement de Robaltes avait tenté une percée l'après midi même. Ils avaient souffert des pertes pour deux grandes raisons: tout d'abord, l'absence de blindés. Ils croyaient être assez rapide à pied pour percer le siège avant que les forces de la MIRA ne s'organisent assez bien pour contrecarrer l'avancée et permettre une percée. Mais non seulement les forces adverses étaient présentes, elles avaient des blindés à eux, ce qui créait un déséquilibre majeur forçant les corvuns à battre en retraite. La deuxième raison est que l'artillerie n'avait pas été mise au courrant assez tôt de cette attaque échafaudée vraisemblablement en quelques minutes, et ne débuta ses tirs que bien plus tard, alors même que les corvuns battaient en retraite. Les obus tout de même ont pu faire pencher la balance malgré le retrait, en touchant un grand nombre des blindés mobilisés ainsi que les positions mal organisés de la MIRA, complètement exposée aux obus. La MIRA a fini par gagner cet après midi là, mais au prix d'une défaite importante de personnel.

Cette narrative là, c'était celle que tout le monde pensait savoir. C'était ce que la MIRA avait déduit, ce que les journalistes avaient observé et ce que même quelques corvuns avaient constaté.

La réalité, elle était autre. Pendant que les obus continuaient à tomber sur la Route Nationale 14, même quelques heures après que les corvuns ne se soient retirés, le Général de Vitriers était à l'autre bout de la ville, au sud est, là où la MIRA avait discrètement enlevé une partie de son effectif pour renforcer la prise depuis l'ouest. C'était justement là, à l'est de Robaltes, que la quasi totalité des blindés, soit tout le régiment du général, étaient prêts à donner un sacré coup d'épée aux fortifications antariennes avec un seul objectif en tête: Partir à la conquête de la région de Daxe, et espérer rejoindre les forces du détachement de Henne.

C'était en effet l'un des plus grands assauts coordonnés que le pays ait jamais connu qui se préparait dans les deux villes les plus importantes du conflit, un coup qu'ils avaient déjà prévu de faire avant l'invasion loduarienne, et ayant profité du temps de lapse entre cet événement et le retour de la guerre civile, les deux détachements avaient échangé des informations et des plans sous le nez de la MIRA. C'était donc une démarche assez simple: distraire les troupes antariennes avec un assaut visant le nord, là où les tensions entre les populations corviennes et la MIRA montaient, ce qui aurait été la suite logique de leur opération de conquête. Au contraire, le but était de se concentrer sur Daxe, à mi-chemin entre Henne et Robaltes, là où ils allaient pouvoir couper le cordon de ravitaillement au nord et encercler la MIRA de l'intérieur sans qu'elle ne puisse s'échapper. Si l'opératon réussissait, il s'agissait là de la prise d'un nombre conséquent d'unités de matériel militaire, mais plus important encore la libération de dizaines de milliers de volontaires prêts à prendre les armes contre la junte militaire.

C'était donc sur ces prémices que se tenait le Général de Vitriers, à côté de ses hommes et son aide de camp, prêt à partir d'un moment à l'autre. Il interrogea son acolyte sur la situation, alors même que les moteurs des blindés commençaient à rugir.

"Bon. Est-ce que le côté hennois à reçu les informations ?"

"Affirmatif, ils sont prêts à partir dès que nous le sommes. Ils attendent juste votre signal pour débuter leur assaut."

"Est-ce que notre ami Pare-Lances et son artillerie sont prêts à se recalibrer dès qu'un partira ?"

"Affirmatif à nouveau, ils sont toujours en train de bombarder la N14, mais ils ont déjà les mesures pour supporter notre assaut dès qu'il débutera. Un deuxième set de batteries est prêt à nous couvrir, puis le reste de l'artillerie suivra."

"Et est-ce que nos tireurs d'élite sont prêts au sud à ralentir les déplacements et à nous avertir si il y a du mouvement ?"

"Bien sûr, ils ont eu le temps de conduire quelques opérations de sabotage sans que notre couverture ne soit exposée. En somme, nous sommes prêts. On attend votre signal mon général."

"Très bien."

Le Général de Vitriers jeta un dernier coup d'œil à ses troupes. Ils étaient tous motivés, tous prêts à faire tomber la junte et retrouver leurs frères et sœurs de Henne. Tous, attendant le seul signal.

Et ce signal arriva.

"Soldats... À vous de mener la danse ! Que la miséricorde de Shaula soit avec vous !"

Et une fois ces mots prononcés par le général, ce sont des dizaines de blindés qui commencèrent à rouler à toute vitesse vers la périphérie de Robaltes, au même moment que la batterie secondaire des obusiers corvuns sonnaient leurs premiers tirs, volant comme des étoiles filantes dans le noir de la nuit.

* * *

À plusieurs kilomètres de là, dans le quartier des Pavés de la ville de Henne, là où Corvus avait souffert une lourde défaite il y a plusieurs mois de cela, là où ils avait laissé tant de camarades, là se tenaient les blindés du détachement de Henne, avec à leur tête le grand, l'unique Capitaine Corvinal, toujours avec sa cigarette entre ses dents. Et à côté de lui, Nörä Köwnatör, prête à mener l'infanterie à l'assaut de ce quartier qu'ils avaient perdu déjà, que la MIRA ne pensait pas perdre ce soir, et surtout qui donnait accès au réseau autoroutier permettant de rejoindre Daxe en moins d'une heure. Eux étaient sur le point de recevoir le signal, l'information comme quoi le Général de Vitriers était parti.

Du haut de son char de siège, Corvinal était des plus détendus. Au contraire, il avait ce regard déterminé, il savait qu'il allait gagner, et de plus belles aussi. Cependant, ce n'était pas exactement le cas de sa collègue, qui était en réalité sa supérieure. Mais le capitaine avait un long casier d'insubordination et de manque de sérieux dans son registre, il n'allait certainement pas faire exception là, n'en déplaise aux forces de Corvus. Après tout, il était corvun lui, à présent.

Nörä était en effet d'une moue assez stressée, puisque c'est elle qui avait souffert le plus la dernière fois qu'ils avaient posé pied dans les Pavés de Henne. Elle se souvenait encore des mines, des horreurs, du CEV dont elle en a été sauvée de l'emprise alors que tout semblait désespéré, justement grâce à Corvinal. Le Capitaine avait tenté en vain depuis d'initier quelques discussions, pour en apprendre plus sur une Köwnatör qui s'avérait être timide en dehors du champ de bataille, qui l'eût cru. Mais si Nörä l'évitait, c'était probablement plus à cause de son caractère ouvert et presque arrogant, dont il fallait certainement s'habituer avant de pouvoir côtoyer un tel individu. Elle ne savait même pourquoi d'ailleurs il était devenu Capitaine, qui plus est en charge de la division expérimentale de chars d'assauts lourds qui venait tout juste d'être crée par l'Armée Républicaine Antarienne. Mais quelque part, cela faisait du sens. Ils avaient besoin de quelqu'un de jeune, d'innovant, et surtout qui n'avait pas froid aux yeux. Disons que Corvinal cochait toutes les cases, plus quelques unes.

Justement, ce dernier avait observé l'attitude crispée de sa supérieure, et avec la même assurance que d'habitude, décida de l'interroger.

"Il y a quelque chose qui vous tracasse, Mademoiselle Köwnatör ?"

Cette phrase seule irritait les oreilles de la jeune femme, elle ne voulait pas s'entendre se faire appeler "Mademoiselle" par quelqu'un comme Corvinal. Tout de même, elle garda son sang froid et fit comme si de rien n'était.

"Ce n'est rien. Simplement que j'ai laissé des hommes ici, et je suis sur le point de les recroiser."

"Et cela vous fait peur ?"

Nörä n'en revenait pas. Mais pour qui il se prenait, son psychologue ?

"Pourquoi est-ce que ça vous intéresse au juste ?"

"Eh bien... Sachez que j'ai été très inspiré par comment vous organisez vos troupes. Si l'on vous met dans une pièce avec un échiquier, vous pourrez probablement gagner sans dame. Je sais que vous êtes une très bonne stratège, et c'est justement vous qui avez architecté ce plan dans lequel nous nous engageons, n'est-ce pas ?"

Nörä acquiesça lentement, avant que Corvinal ne reprenne.

"Vous êtes un véritable cerveau pour le mouvement, un cerveau dont on ne peut pas se passer. Allons donc, imaginez si c'était à moi de mettre en place ces stratégies ? Henne serait perdue dans la journée, je vous dis !"

Il ricana de bon cœur avant de jeter sa cigarette sur la rue, puis d'en dégainer une autre de sa poche pour venir directement l'allumer et prendre la relève de la dernière.

"Ce que j'essaye de vous faire comprendre Mademoiselle Köwnatör, c'est que si nous sommes ici, c'est grâce à vous. Vous vous focalisez sur vos défaites, et c'est bien noble, vous éviterez de refaire les mêmes erreurs. Mais vous devez garder votre ligne droite. Regardez donc derrière vous, vous voyez tous ces soldats ?"

Nörä jeta un rapide coup d'œil à ses unités, en train de nettoyer leurs armes et attacher leurs casques. Elle commençait à comprendre où voulait en venir le Capitaine.

"Regardez. Ils seront motivés tant que vous le serez. Ils agiront comme vous agissez. Après, je ne dis pas que c'est toujours positif. Regardez mes hommes, ils m'appellent par mon prénom, ils sont devenus aussi arrogants que moi ! Mais les vôtres, ils ont votre cœur. Et ils méritent aussi d'avoir votre détermination. Car vous êtes une personne déterminée Mademoiselle Köwnatör. Mais vous ne devez pas avoir peur de le montrer. Et je crois qu'au contraire, vous devriez avoir hâte de recroiser les camarades que vous avez vu tomber. Eux sont là haut, aux côtés de Shaula, ils vous regardent et comptent sur vous pour les honorer."

"Je..."

Nörä hésitait. Le capitaine, malgré sa réputation de sale gosse, avait raison. C'était surprenant, certes, mais c'était bien le cas. Elle avait du mal à mettre les mots sur ce qu'elle voulait lui répondre.

"Ce qu'il vous manque, c'est du terrain. Vous avez de la chance, vous êtes déjà intelligente. L'intelligence, ça se gagne pas, et moi j'ai passé l'âge de m'instruire. Moi, je suis un sale con, vous le voyez bien ! Mais j'ai l'expérience du terrain. J'ai entrainé une génération de gosses à combattre en milieu urbain. Et c'est votre tour maintenant. Vous avez la possibilité de devenir ce que j'ai toujours voulu être, quelqu'un de compétent et quelqu'un d'intelligent. Disons que je vais devoir me contenter d'être compétent seulement !"

"Quelle preuve d'humilité..."

Le Capitaine se mit à rire, Nörä souriait du coin des lèvres.

"Aha, voilà ! C'est ce que je veux entendre ! C'est la Nörä que je veux voir ! Allez, vous allez vous y habituer. On compte sur vous, Mademoiselle !"

"Très bien Capitaine. Vous savez quoi, vous avez raison. Je ne suis qu'une stratège. Je vais devenir une battante."

"Si j'ai raison, bien sûr que j'ai raison ! Sinon, j'aurai fermé ma gueule !"

Ils se mirent à rire tous les deux, là, devant l'un des quartiers les plus meurtriers de la guerre civile jusqu'à présent, une image qui marquait les soldats qui se tenaient derrière. Ils se mirent à rire aussi, à chanter des hymnes, à hurler des slogans et se motiver les uns les autres à l'assaut.

Et justement, c'est à ce moment même qu'ils reçurent le signal. Le Général de Vitriers était lancé. Il était temps de partir à la conquête de la région de Daxe.

Et comme pour Robaltes, tous les blindés de Henne, son artillerie et son infanterie s'activa d'un coup, pour percer à jamais les deux sièges de la MIRA.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
L'un des retournements les plus importants de la guerre civile: les deux détachements de Robaltes et de Henne décident de lancer un assaut coordonné pour conquérir la région de Daxe et connecter enfin les deux poches corviennes. Ce qui ressemblait la veille à un échec coûteux prend soudain un tout autre sens.
993
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Robaltes Est
19 Septembre 2018

Quelques heures seulement après l'attaque sur la Route Nationale N14 dans l'après midi du 19 Septembre, le gros des forces du détachement de Robaltes décide d'entreprendre une percée importante du siège, cette fois à l'est de la ville en utilisant l'attaque précédente, ainsi que l'artillerie importante comme diversion et maximiser leurs chances. De leur côté, la MIRA ne s'attend pas à l'attaque par le flanc Est.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 19 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1271 MORTS
288 Corvus / 983 MIRA


Corvus écrase la résistance de la MIRA alors qu'elle est occupée à palier aux tirs d'artillerie dans le secteur nord-ouest, détruisant le siège depuis l'intérieur de la ville et reportant plusieurs dizaines de kilomètres de territoire et forçant les militaires antariens à abandonner la plupart de leurs positions. L'artillerie, le blitzkrieg des blindés et les sabotages effectués par des tireurs d'élites corvuns permettent à la fédération de sécuriser une victoire importante et se lancer dans la conquête de la Région de Daxe comme ils avaient prévu.


1359
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Périphérie des Pavés
19 Septembre 2018

Coordonnés en simultané avec les forces du détachement de Robaltes à plusieurs kilomètres de là, les forces hennoises entreprennent aussi un blitzkrieg au sein de la périphérie du Quartier des Pavés, là où ils avaient déjà souffert une défaite cuisante. Du côté de la MIRA, ce quartier là avait été renforcé avec plusieurs positions et barricades notamment contre les véhicules. Bien que les forces de Corvus connaissaient ces dangers, c'était leur meilleure alternative que de forcer cette défense pour porter un coup assez dur à la MIRA pour libérer le reste de Henne.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 19 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

2770 MORTS
1003 Corvus / 1767 MIRA


L'affrontement se révèle être le plus sanglant de la Guerre des Ombres à ce stade, avec les pertes dépassant les milliers dans les deux camps. Le caractère restreint des ruelles du quartier des Pavés ont favorisé la fatalité des explosions, des écroulements et des pluies d'obus. Cependant, la stratégie et l'expérience du combat urbain du Capitaine Corvinal fait violemment reculer les forces de la MIRA, se retrouvant rapidement encerclée dans les mêmes ruelles où ils ont tenté de piéger Corvus.

La MIRA perd donc la position la plus importante du siège de Henne, et perd progressivement son emprise sur le lieu de naissance de la fédération, alors que celle-ci file tout droit vers Daxe avec peu de résistance devant elle et déjà plusieurs dizaines de kilomètres derrière eux avec cet assaut à lui seul.


1287
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Mailleux
20 Septembre 2018

Alors que le gros du détachement de Robaltes se rue au sud pour aller conquérir Daxe, la partie nord de la ville reste peu défendue par la MIRA, surtout après les secousses des tirs d'artillerie continue qui se sont abattus dans la zone durant la totalité de la nuit. De ce fait, Les forces offensives de Corvus restés dans la ville mènent un assaut pour connecter leur territoire contrôlé avec la frontière gallèsante et ainsi piéger les forces de la MIRA toujours stationnés à Mavetz et à Marroze.

De son côté, un détachement de l'ARA est stationné dans le village de Mailleux, situé sur la trajectoire de la projection des forces fédérés. Elle remarque l'avancée corvienne et décide de lui tenir tête pour tenter de les stopper.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 20 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

783 MORTS
121 Corvus / 662 MIRA


L'Armée Républicaine Antarienne ne prévoit pas l'avancée de l'artillerie tractée Robaltoise conjointement avec cet assaut, supposant que celle-ci était restée dans la ville ou bien était partie pour Daxe. De ce fait, le village est rapidement rasé, et les déjà maigres positions défensives de la MIRA sont exposés aux avancés des blindés et de l'infanterie légère des forces de Corvus. Ayant perdu une grande partie de leurs hommes, l'ARA décide de battre en retraite, abandonnant à la Fédération l'un des couloirs les plus importants reliant les régions de Mavetz et Marroze au reste du pays.


1236
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Arboussole
20 Septembre 2018

Observant la percée impressionnante de l'armée corvienne au sein de la région de Daxe, la MIRA adopte une nouvelle stratégie pour se préparer à combattre sur une nouvelle ligne de front au long terme. Ne voulant pas risquer une contre-attaque frontale pour stopper directement les forces fédérales, la junte décide de tenter de couper leur trajectoire en plein milieu, pariant sur le fait que la logistique n'arrive pas à suivre avec l'assaut vers Daxe.

De son côté, Corvus ne ralentit pas, et s'attend à rencontrer la MIRA plus loin dans la capitale de la région. Mais derrière eux, celle-ci lance un assaut sur le village d'Arboussole capturé il y a quelques heures de ça.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 20 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

133 MORTS
65 Corvus / 68 MIRA


Le combat s'avère tendu, puisque contrairement aux prédictions de la MIRA, Corvus avait bel et bien pris soin d'assurer ses arrières. L'assaut sur Arboussole rencontre rapidement de la résistance fortifiée et des blindés, ainsi que de l'artillerie suivant le convoi. Après seulement quelques heures de combat, les républicains battent en retraite, ne voulant perdre plus qu'ils n'en ont déjà perdu, en infligeant des dégâts similaires au camp corvun.

Cependant, ce n'est guère assez pour briser l'élan du blitzkrieg, celui-ci alors ayant à présent la voie libre pour atteindre Daxe sans affrontements majeurs.


2111
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Linexert
20 Septembre 2018

Plus tard dans la soirée du 20 Septembre 2018 alors que le détachement de Robaltes se trouvait aux portes de Daxe, celui de Henne peinait encore à prendre de l'avance à cause des positions plus fortifiés et la distance plus grande qui les séparaient de la capitale de la région. Justement, comme la MIRA avait tenté de faire en essayant de couper la route au blitzkrieg robaltois, il fit de même pour celui hennois en essayant d'intercepter les forces fédérés dans la petite ville de Linexert.

De leur côté, Corvus avait ralentit sa cadence, mais cela signifiait aussi que les blindés étaient moins dispersés et donc qu'un affrontement aurait été plus facile à repousser. Mais contrairement à Robaltes, l'enjeu était plus important ici: si l'armée corvienne devait perdre de l'élan au sud de Henne, le couloir humanitaire à l'est de la ville tomberait sous le contrôle de la MIRA et serait donc utilisé pour permettre la fuite du matériel et des forces piégés au nord dans les régions de Mavetz et Marroze. La question était d'autant plus sensible puisque la nouvelle de l'assaut avait rejoint les civils, et un exode progressif était en cours à seulement quelques kilomètres de la zone de front.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 20 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

826 MORTS
597 Corvus / 229 MIRA


La MIRA parvient à sécuriser Linexert, et ainsi empêcher les forces fédérales de bloquer le seul couloir d'échappatoire qui leur restait tout en gardant du terrain en face des régions de Rameaux et de Bellecour. Cependant, même si cette victoire reste importante pour le camp républicain, les défaites enchaînées par leurs compatriotes forcent les officiers à considérer l'abandon de leur position dès que les forces de la MIRA auront évacué les régions de Mavetz et de Marroze malgré la réussite.

Du côté de Corvus, l'armée sous-estime la force de résistance antarienne si bien qu'elle est rapidement dépassée par la coordination du camp adverse. Qui plus est, les blindés hennois avaient pris plus d'avance que l'infanterie, et ne parvenant à rebrousser chemin à cause de leur élan, les troupes fédérales se sont retrouvés à la merci des blindés antariens. Corvus cherche en vain à prendre le contrôle de la position, mais au nombre important de victimes elle décide finalement de battre en retraite et abandonner à la MIRA le couloir est de Henne après cette défaite cuisante.


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Département de la Presse Nationale Antarienne


Date de la Dépêche: 20 Septembre 2018
Pays Concerné: Antares
Code d'Identification DPNA: MA-31882



Dépêche du DPNA:

Après le véritable blitzkrieg combiné des forces de Henne et de Robaltes de l'armée corvienne, la nouvelle est remontée dans la journée aux habitants de Mavetz et de Marroze, alors appelés à évacuer vers la zone humanitaire par un couloir à l'est de Henne.

Cependant, même si quelques familles ont décidé de quitter leur domiciles, la grande majorité des habitants de la région ont pris la décision de se rebeller, après des semaines de tensions entre la MIRA et la majorité ethnique corvienne qui ne s'état toujours pas manifesté malgré les deux mois de guerre civile qui venaient de s'écouler.

Aujourd'hui, alors que leurs alliés s'apprêtent à marcher sur Daxe, les habitants des villes de Mavetz, de Marroze ainsi que ceux habitant leurs campagnes se sont réunies, armes à la main, pour des manifestations importantes avec pour but d'expulser la MIRA alors en pleine phase de retraite stratégique vers le sud. Bien que les forces antariennes étaient mieux armées, ils n'ont procédé à aucune arrestation et ont préféré céder les deux régions à Corvus au profit de la conservation de leurs effectifs et de leur matériel. Celui-ci a d'ailleurs été déplacé en grande majorité derrière les lignes grâce au couloir de Henne, mais aussi grâce à la victoire de la MIRA dans le village de Linexert qui a permis la circulation des convois.

Corvus a d'ailleurs réagi à l'utilisation de ce couloir, originellement à but humanitaire, pour la retraite des troupes de la MIRA. Celle-ci a répondu que très peu de familles en avaient fait l'utilisation, et qu'il ne pouvait donc s'agir d'une voie humanitaire à proprement parler.

Sur ce débat, le Président de la République Arthur Dabi s'est exprimée de manière sévère en pointant du doigt le fait que le changement du statut d'un couloir initialement humanitaire devait convenir aux deux parties avant d'être actée, et que l'un des belligérants ne pouvait prendre à lui seul des décisions concernant les civils neutres.

Malgré ce rappel évoqué par le Nykÿnenstät (Le Gouvernement dit "Légitime"), Corvus a décrété que les civils mavésiens et marrosois cherchant à s'extirper du conflit et n'ayant pu profiter du couloir humanitaire seront "les bienvenus à Henne", là où ils pourront être stationnés dans les sous-terrains des métros de la ville en attendant qu'un nouveau couloir d'échappatoire soit créé. Encore une fois, la MIRA a critiqué cet appel, parlant "d'influence soit-disant bon enfant sur des civils neutres", que celle ci n'avait aucun lieu d'être et que la garde des familles ne revenait pas à l'autorité corvienne. Quoi qu'il en soit, les habitants des régions du nord ont pris la décision d'écouter le régime fédéral et de se diriger vers Henne.

En somme, Mavetz et Marroze deviennent les premières régions à passer complètement sous contrôle Corvun, alors que paradoxalement celles de Henne, de Daxe et de Robaltes restent contestées pour l'instant, bien que la MIRA ait exprimé une stratégie plus défensive et un repli dans les régions avoisinantes.


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1350
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Prise de Daxe
21 Septembre 2018

Dans la matinée du 21 Septembre, les forces fédérés sont aux portes de Daxe apres plus de vingt quatre heures de blitzkrieg des deux côtés. Malgré les difficultés rencontrés par le détachement de Henne, celui-ci parvient à rattraper son retard et arriver sur les lieux à temps, grâce aussi au retrait des troupes de la MIRA vers Rameaux et Bellecour et l'abandon du cordon à l'est de Henne.

C'est cette même mentalité qui pousse la MIRA à capituler la ville de Daxe dans un esprit de préservation. Cependant, Corvus ne compte pas pénétrer dans la ville, mais plutôt de l'encercler. Ne sachant cette stratégie, la MIRA se retrouve donc interceptée alors qu'elle essaye de fuir au sud de la ville, face au gros de l'armée corvienne.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 21 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

332 MORTS
12 Corvus / 320 MIRA


La MIRA se retrouve piégée des deux côtés, alors tentant de se retirer. Même si la solution à ce moment là aurait été de se rendre, les forces antariennes cherchent tout de même à forcer l'encerclement précoce pour trouver une voie de fuite par le sud. Une stratégie qui s'avère dévastatrice, notamment face aux blindés du Capitaine Corvinal venus en renfort, ainsi que l'artillerie tractée robaltoise réduisant en cendres tous les effectifs de la MIRA.

Bien qu'une grande partie de l'armée républicaine réussit finalement à s'extirper de la bataille, elle paye une défaite cuisante pour son refus de se rendre à son ennemi, et une victoire très largement emportée par Corvus.


14316
[♜] Electren Sÿntÿ
Kapöli III: Västäyokäÿs

"La Foi qui t'anime" Pacsä Näär, 2019 (Peinture au Pochoir, Musée des Beaux-Arts de Margaux)

"La Foi qui t'anime"
Pacsä Näär, 2019 (Peinture au Pochoir, Musée des Beaux-Arts de Margaux)



L'Escoffier était assis sur un fauteuil, les bras croisés, devant un téléviseur qui montrait les avancées que Corvus avait effectué durant les dernière vingt quatre heures. Vues de l'extérieur, celles-ci étaient catastrophiques pour les régiments armés de la MIRA, et témoignaient d'une défaite particulièrement cuisante. En effet, les forces républicaines avaient perdu en un jour cinq régions du pays, alors que corvus ne contrôlait que deux villes au début. Et pourtant, cela n'avait pas l'air de choquer l'Escoffier plus que cela. Au contraire, le chef du haut conseil souriait sous son masque.

La MIRA avait décidé sous ses ordres de battre en retraite et d'abandonner Daxe, Robaltes et Henne ainsi que les régions du nord à Corvus pour permettre à leurs effectifs de se repositionner d'une, mais aussi pour profiter de la perte de tout ce nouveau territoire pour revoir sa stratégie et évaluer celle du camp adverse.

Mais en réalité, cet objectif là n'était que l'objectif officieux des forces de la junte, semblant ne point gérer la situation du point de vue de l'antarien moyen. Mais en réalité, encore une fois, l'Escoffier souriait.

Assis là, il contempla le téléviseur pendant de longues heures avant que quelqu'un ne fasse irruption dans son calme. Ce quelqu'un, c'était Electre qui venait de pénétrer dans la salle obscure.

À peine elle passa la porte que l'Escoffier l'aborda.

"Bonsoir Electre, tu viens te détendre ?"

"Non, les autres n'avaient pas les couilles de venir te demander où tu étais."

"C'est bien... Electre, t'ais-je jamais dit pourquoi je t'appelle souvent la grande sœur du conseil ?"

"Parce que Cassandra est immature."

"En effet, l'alternative n'est pas à ton niveau. Mais c'est plus que cela. Vois-tu, je te connais bien. Je t'ai connue depuis toute petite, es-ce que tu te souviens de ces moments là ?"

Electre ne préférait pas y penser. Le soir qu'elle avait vécu, il y a bien des années de cela, avait été un traumatisme pour elle. En une nuit, elle avait tout perdu de plus cher. Mais l'Escoffier avait été là pour la supporter alors qu'elle n'était qu'une gamine. C'est comme cela qu'elle était atterrie à la MIRA, d'abord en tant qu'adjointe aux opérations territoriales, puis cheffe de division pour ensuite rejoindre le bas-conseil, la "substrate" et enfin le Haut Conseil, près de celui qui l'avait sauvé. Mais elle ne racontait jamais son parcours, elle n'y pensait même pas. Ce qui comptait pour elle, c'était le présent. C'était certainement la plus jeune du groupe, peut-être la plus talentueuse, et surtout la préférée de cet homme qu'était l'Escoffier.

"Je ne veux pas en parle, ni y penser."

"C'est compréhensible après tout. C'était dur, je le voyais dans tes yeux. Tu as souffert. Mais à présent, tu as dépassé tout cela."

"En effet."

"Et te voilà maintenant, la personne la plus dangereuse de ce pays. Si je suis absent, tu es là pour me remplacer. Il va donc de soi que nous nous entendions mutuellement, n'est-ce pas ?"

"À quoi veux-tu en venir ?"

"Tu mérites de savoir dans les détails pourquoi aujourd'hui Corvus semble nous avoir humilié. Viens, assieds toi."

Electre s'exécuta et pris place dans un fauteuil adjacent, le dos parfaitement droit, comme si elle était assise sur un tabouret. Elle ne se permettait point de confort, elle n'en avait nul besoin de toutes façons.

L'Escoffier prit une télécommande et commença à défiler sur des cartes de guerre diverses et variées, puis se tourna vers Electre pour commencer son explication.

"Vois-tu, les Corvuns sont très forts, ils sont surtout motivés. Ils entretiennent l'idée que nous ne sommes pas prêts à tout pour qu'Antares reste ce qu'elle est, ce qui n'est évidemment pas le cas. Plus que cela, ils entretiennent l'idée que nous sommes désorganisés et que nous ne savons pas nous battre. À vrai dire, ils ont raison quelque part. Ceux qui se sont battus jusque là étaient des agents de la MIRA principalement, supportés par les plus habitués de l'ARA..."

"Pourquoi est-ce que nos agents se battent ? Pourquoi pas les militaires ? Nous sommes entraînés pour des missions spéciales, pas pour de la grande envergure."

"C'est très simple, pour plusieurs raisons. Déjà, il nous faut renouveler notre effectif. À mesure que nos agents meurent, d'autres les remplacerons, ceux choisis par nous bien évidemment, tandis que ceux promus par d'anciens membres du conseils ou dissidents que nous avons éliminé n'auront aucune base pour nous décrocher du pouvoir alors qu'il reste encore fragile. Ce sont ces moments là, les premières années surtout, où le pouvoir est si volatile. Et cette guerre va nous permettre de cimenter notre influence."

"Pourquoi ne pas les tuer, ce ne sera pas la première fois qu'on le fait."

"Déjà, c'est ouvertement illégal, je te rappelle que nous exerçons toujours la loi martiale. On doit défendre les intérêts de ce pays, et nous le faisons très bien. Et puis, des soldats en plus ça n'a jamais tué personne, excuse mon humour."

"Très bien, et les autres raisons ?"

"Vois-tu, nous n'avions que peu de chances que de réussir à contenir Corvus dans deux villes que nous ne pouvions point nous permettre de raser. Alors qu'un champ, on peut le raser. Et tu sais ce que nous avons que Corvus n'a pas ? Des avions."

"Corvus a quelques chasseurs dans son arsenal."

"Oui, mais aucun pilote. Aucun pilote compétent, je veux dire. Et on a le gros de la défense contre aéronefs de notre côté. Vraiment, ils n'ont que peu de chances de s'en sortir dans un conflit plus large. C'est pour cela que j'ai ordonné le retrait. C'est pour cela qu'on leur donne espoir."

"C'est un moyen de dire que tu avais tout prévu comme par hasard ?"

"Ah, si j'avais tout prévu, je l'aurai dit. Seulement ce n'est pas le cas. Nous avons fait des erreurs, et nous aurions pu garder les cordons plus longuement. Il est vrai que nous manquons de coordination, j'en ai fait part à Samson. Mais rien de trop alarmant. Après, Corvus est fort. Encore une fois, ils sont déterminés. Il est tout à fait normal qu'ils aient dépassé nos attentes en termes d'attaque éclair."

"Et donc ? C'est tout ?"

"Non, ça ne l'est pas. Corvus jusqu'à présent n'était constitué que de deux villes. Mais en réalité, c'est toute la partie nord du pays qui tient une majorité corvienne. Et quelqu'un de sensible dirait, empêchons les de s'unifier. Cependant, qu'adviendra-t-il de l'avenir si nous parvenons à gagner ? Nous n'aurons pas éradiqué Corvus. Nous auront seulement tué ceux et celles qui ont décidé de miser sur cette occasion. Beaucoup de corvuns ne croyaient pas jusque là que Corvus pouvait vraiment renaître, et donc ne préféraient pas intervenir. Avec ces avancées, leur défaite sera encore plus cuisante, puisqu'il ne restera tout simplement plus aucun corvun. Nous les avons exactement là où nous les voulons, là où nous pourrons tous les exterminer."

Ces mots firent frissonner Electre, elle même ne sachant pas pourquoi elle frissonnait. Il y avait quelque chose dans ses mots qui la dérangeait. Quelque chose qu'elle ne saurait nommer. L'Escoffier, malgré la pénombre de la pièce, remarqua l'état d'esprit d'Electre même à travers son masque.

"Tu as peur de quelque chose, Electre ?"

"Non. Qu'est-ce qui vous donne cette impression ?"

"Déjà, tu me vouvoies. Je te connais assez bien pour te dire que tu vouvoies les gens lorsque tu te sent stressée. C'est un symptôme de quel syndrome ça, déjà ?"

"Ce n'est pas vraiment un symptôme, c'est un tic. Pourquoi ? Cherches-tu à pointer du doigt que je suis schizophrène ?"

"Peut-être. Est-ce là l'origine de tes doutes ?"

"Je n'ai nul doute."

"On ne dirait point, puisque tu sembles hésiter à l'idée d'éradiquer Corvus ?"

Electre hésitait à parler. D'habitude, il est vrai qu'elle était plus confiante que cela, mais quelque chose la retenait. Serait-ce son passé ? Ou peut-être ce qu'elle avait vécu dans les derniers mois ? Ou les visions qu'elle continuait à avoir ? Elle voulait en parler à quelqu'un, quelqu'un de confiance avec qui elle pourrait se défaire de toute cette charge émotionnelle.

Hélas, personne ne se rapprochait même de si peu de ces objectifs là. Même pas l'Escoffier, lui était plus comme un parent adoptif plus qu'autre chose. On ne se confie pas à un parent adoptif, on se confite à un ami, à un cousin, voire à une sœur. L'Escoffier était là pour la guider, certainement, mais pas dans ce genre de situations.

"Ce n'est pas l'idée qui me dérange, c'est sa nécessité. Est-ce que cela a un quelconque avantage ? Ou bien est-ce seulement quelque chose que tu envisages être d'une utilité telle ou autre ? Tu le sais, ce n'est pas la première fois que tu fais ce genre de tournures. Tu es un très bon acteur, mais dans des situations comme celle-ci, il est difficile de cacher des résultats, surtout des défaites. Je n'essaye nullement de porter atteinte à ton jugement, mais plutôt j'essaye de le mettre à l'épreuve. C'est la deuxième fois que nous réadaptons notre stratégie. Alors, sommes nous des stratèges flexibles ou bien des entrepreneurs sans aucune vision globale ?"

L'Escoffier restait là en silence. Il observait devant lui la carte qui était projetée sur le téléviseur. Après une minute, il jeta un coup d'œil à sa montre. Vingt minutes. Cela faisait plus de vingt minutes qu'ils discutaient. Si Electre était vraiment venue pour l'interroger au nom de tous, elle aurait plié la question en moins de cinq minutes comme elle savait le faire. Si elle s'attardait sur le sujet, si elle donnait tous ces signes corporels de son état d'esprit, volontairement ou non, si elle faisait toute cette mise en scène en jouant la candide, c'est qu'elle voulait confronter l'Escoffier.

Il y a là plusieurs années qu'il se revoyait dans cette ruelle, en train de porter dans ses bras cette fillette, une fille qui se tenait à présent devant lui cherchant à le manipuler. Il lui avait toujours appris à mordre la main qui lui donnait à manger, à prendre des décisions et à tuer ses supérieurs. Elle l'avait justement fait, à plusieurs reprises, et c'est notamment ainsi qu'elle montait en grade alors que ceux plus haut dans la hiérarchie disparaissaient mystérieusement. Elle avait peut être éliminé une dizaine de personnes sous les yeux de l'Escoffier sans que celui ci n'intervienne, car en soi c'est ce qu'il voulait voir d'elle. Quelqu'un qui sait se débrouiller dans un système exigeant. Même si les exigences dépassent la morale.

Il aurait pu lui dire à ce stade de faire quoi que ce soit, même aller assassiner Ryämö Köwnatör si il le voulait, mais ce n'était pas ce qu'il cherchait. L'Escoffier cherchait quelqu'un de plus valeureux que lui, mais aussi quelqu'un qui le comprenait. Quelqu'un qui justement pouvait le mettre à l'épreuve de ses propres idées. ce que soulevait là Electre, c'était ce qu'il avait toujours voulu entendre. Donc en somme, c'était lui qui avait la main sur ce qui était en train de se dérouler. Si il était convaincu qu'Electre agissait par déterminisme, il en était moins quand à ses intentions sur la question. Mais la jeune femme n'était qu'une coquille vide faite pour tuer. Elle n'avait pas de visage sous ce masque, seulement des larmes enfouies au plus profond d'elle-même.

"J'apprécie beaucoup, sache le. Toutes ces années, je les ai passés à espérer qu'un moment comme celui-ci advienne. Celui où tu me tiens tête. Et c'est pour cela que je t'aime, Electre. C'est pour cela que tu es ma fille. Je suis fier de toi."

Electre ne savait pas où donner de la tête. Elle comprenait ces mots, mais en même temps, était confuse. Elle se contenta d'approuver ce qui était présent devant elle, comme elle l'avait toujours fait.

"Je vois. Merci."

"Ne me remercies pas, je n'ai pas répondu à ta question. Je dirais simplement cela, c'est que j'en ai fait des erreurs, et cela j'ai été le premier à l'admettre. J'en ai fait beaucoup dans ce conflit d'ailleurs, et j'avoue avoir été passif sur beaucoup de sujets. Mais pourquoi en ton avis, est-ce que je cherche à t'instruire sur la question ?"

"Pour que je prenne la relève quand tu mourras ?"

"Non, je ne vais pas mourir. C'est plutôt lorsque je ne serai plus là. Et alors, je compte sur toi pour terminer ce que j'ai commencé. Après tout, c'est ce que nous avons toujours voulu. On ne s'arrête pas, je te l'ai dit. Même la mort ne nous arrête pas. Pas nous."

"Je comprends. Il est donc temps de lancer l'armée ?"

"Il en est bien temps, oui. Si ma stratégie a été une erreur, nous le saurons bien vite. En attendant, je compte sur toi pour... Communiquer aux autres, disons le ainsi, ce qu'on vient de se dire. Pour ma part, je retourne à mon poste."

"Très bien."

L'Escoffier se leva et ajusta son costume iconique. Electre voulut se lever aussi mais l'homme lui fit signe de rester assise.

"Restes là encore un peu. Pense à ce que je t'ai dit."

Electre ne répondit pas. Elle ne regarda même pas l'Escoffier se diriger vers la sortie et claquer la porte derrière lui. Elle regardait droit devant elle. Le vide.

Il y a bien des années, elle était heureuse. Elle s'occupait de ceux qu'elle aimait. Elle travaillait dur pour maintenir en vie son entourage, malgré le fait qu'elle était mineure.

Et puis un soir, ces hommes sont venus la chercher. Ils l'ont emmenée loin, très loin, là où ses propres pensées se sont perdues. Elle essayait de pleurer, pleurer et hurler, mais tout ce qu'elle pouvait faire c'était observer.

Et puis, l'explosion. Rien, juste un bruit sourd. Quand elle s'était réveillée, elle était dans une ruelle, couchée sur le sol, les vêtements abîmés et la peau noircie par des cendres et de la poussière. Alors qu'elle ouvrait les yeux lentement, elle le vit.

L'Escoffier.

Il n'était pas venu pour recruter, lui faire une leçon de vie comme il le faisait si souvent, ou lui dire quoi que ce soit.

L'Escoffier voulait la sauver, d'abord, et puis lui parler.

La sauver ? Sauver de quoi ? Elle ne le saura peut être jamais, mais c'est ce qu'il fit. Pendant longtemps, elle a cru avoir été sauvée par un système, mais lequel ? Qu'importe. À présent, elle était à moitié évanouie dans les bras de cet inconnu qu'elle semblait pourtant connaître si bien. Elle se faisait emmener quelque part qu'elle ne connaissait pas, dans un parc, en face d'une statue. Elle ne reconnaissait rien, et même à ce jour doutait encore de la réalité de cette scène. Mais ce n'était pas un rêve, c'était trop beau pour être un rêve.

L'Escoffier l'avait amenée dans ce lieu pour observer une statue. En silence, sans dire un mot. Pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que le jour se lève. Puis, elle fut prise par la main, et fut emmenée vers des escaliers dissimulés dans un coin.

La descente était peut être plus mystérieuse que tout ce qu'elle avait vu jusqu'à présent, à la différence qu'elle était à présent parfaitement lucide. Ou presque.

Alors qu'elle descendait toujours avec l'Escoffier derrière elle, elle sentit son poids devenir de plus en plus insupportable après chaque marche. Un pas, deux pas... Et puis, elle s'évanouit, tombant vers l'avant. Heureusement, elle avait été rattrapée à la dernière seconde par l'Escoffier, mais cela, elle n'en savait rien. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle s'était réveillée plus tard, couchée sur l'autel de ce qui semblait être une église, avec une vision qu'elle ne reverra peut être jamais. L'Escoffier pleurait à ses côtés.

Ce qui s'était déroulé entre ce moment et son admission à la MIRA avait presque disparu de sa mémoire, d'une part car le moment en soi était déjà flou, et de l'autre car elle refusait de s'en souvenir plus que cela. Pourquoi refusait elle d'entreprendre une telle action, elle ne savait pas non plus. Mais quelque chose la dérangeait, et encore une fois, elle ne pouvait mettre le doigt dessus.

Elle se décrocha de sa transe pour tourner sa tête vers le téléviseur, encore avec la carte fièrement projetée dessus. Elle l'observa pendant de longues minutes avant de se lever. Et d'un geste violent, elle arracha l'appareil de son socle et le jeta au sol, se brisant instantanément en un vacarme assourdissant.

Plusieurs secondes après cette acte, elle se tenait là, dans le noir, encore une fois en silence. Le téléviseur était la seule source de lumière, elle était dès l'ors aveugle. Mais en réalité, elle y voyait plus clair désormais. Elle comprenait. Et sans dire un seul mot, elle quitta la salle.

Corvus ne s'attendait pas à ce que la MIRA était vraiment. Comme l'avait dit l'Escoffier, ils étaient à présent exactement là où ils devaient se trouver.

La vraie Guerre des Ombres, celle qui tue, celle qui détruit, celle dont on se souviendra commençait à présent.

La Contre-Attaque de la MIRA débute.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Épisode consacré à la relation entre l'Escoffier et Electre, aussi mystérieuse que les deux personnages. On obtient un aperçu volontairement vague de l'enfance de la jeune femme, ainsi qu'une évolution nette dans sa vision de la situation. L'Escoffier lui explique surtout que la MIRA s'apprête à frapper beaucoup plus fort, au moment précis où Corvus semble en position de tout emporter.
12059
[♜] Kärämël
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Heureux Carmélites" Kärlä Släkk, 2018 (Photographie Spectaculaire, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Heureux Carmélites"
Kärlä Släkk, 2018 (Photographie Spectaculaire, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Il était quatorze heures sur le tarmac de la base aérienne militaire de Camille-Sarnouveaux, là où les pilotes de l'Armée Républicaine Antarienne étaient en train de se chauffer. Aujourd'hui, le soleil était haut, et malgré le climat de guerre tout le monde riait de bon cœur. Cela faisait maintenant deux mois qu'ils étaient là à se rouler les pouces alors que Corvus gagnait du terrain de jour en jour. Quand est-ce qu'ils allaient enfin pouvoir faire leurs preuves ? Une demie-douzaine de milliers d'obus les attendaient dans les hangars, prêts à être chargés. Et pas n'importe quels obus.

C'était les obus Carmélite III, innovation nouvelle des usines Riaa Balistiques, avec un potentiel de destruction bien plus avancé que leur précédent modèle, qu'utilisait justement Corvus dans ses tirs d'artillerie. Non, celui-ci n'attendait que d'être largué pour raser tout sur son passage, et stopper quiconque chercherait à retourner ce beau pays avec des fantasmes religieux lugubres. Et ces obus là, ils avaient leur petit surnom de la part des militaires, le fameux caramel.

"Regarde, ils ont aucune aviation. On parie qu'ils nous collent pas d'escorte ?"

"Mais attends, t'es teubé toi ? La défense contre aéronefs, ça te parle ?"

"C'est nul, deux chasseurs et c'est réglé. Et puis ce n'est pas comme si on ne rasait pas la ville."

"Bah voilà, deux chasseurs c'est une escorte !"

Les pilotes étaient tous avachis à leurs positions. Ils discutaient entre eux de ces dernières semaines où ils avaient vécu de drôles d'aventures. Entre se coller un assaut loduarien qu'ils ne pouvaient défendre, suivie d'une aide kartienne pour ensuite reprendre la guerre de plus belles, ils avaient traversé ensemble plus que quiconque, ils étaient pratiquement frères.

À ça s'ajoutait le fait qu'ils étaient fiers de pouvoir défendre leur pays de lui-même, et enfin pouvoir utiliser toutes ces réserves qu'ils amassaient depuis maintenant des années. Ils se disaient toujours que ça aurait été pour les loduariens un jour, qui l'eut cru. Et à présent, elles seront servies sur un plateau d'argent à ceux et celles qui étaient leurs confrères jusqu'à il y a peu. C'était certainement macabre, mais il fallait bien la gagner cette guerre.

"Et dis moi, elle en dis quoi ta mère à propos de tout ça ?"

"Bah ! Tu le sais bien, elle a eu du mal à me laisser partir, mais je l'ai convaincue assez bien, surtout puisqu'on risque rien. Regarde, ils ont rien en face, et surtout ils viennent de conquérir quatre régions. Quatre, tu te rends compte ? Je les vois pas tenir deux jours avec une ligne de front aussi grande. Oui, peut être si ils mettent des volontaires, mais ils vont faire quoi ?"

"C'est quand même la guerre hein, pas une promenade de santé !"

"On la gagne cette guerre je te dis. Déjà, ils sont censés trouver des pilotes assez bons pour palier à la supériorité aérienne, bonne chance pour faire ça. Et puis tu crois qu'ils arriveront à percer une ligne de front tenue par des pros ? C'est des révolutionnaires qui se battent contre des militaires à temps plein, et en plus on a bien la motivation des primes que la MIRA nous file ! Moi je te dis, cette guerre est déjà pliée."

"C'est vrai que c'est des ploucs en face, je comprends même pas d'ailleurs pourquoi ils nous ont pas envoyé plus tôt ? On rase Henne si il faut, il y a assez d'explosifs ici pour Robaltes aussi. Et ça sert à rien de faire le pouce blanc pour nous dire qu'il était trop tôt !"

"Boh écoute c'est pas bien grave, tôt ou tard ils vont nous demander notre aide, et là on sera prêts à leur botter le cul."

"Tu l'as dit, on est prêts à leur faire pleuvoir le sang de la Fantassine sur leurs gueules de socialos !"

Le groupe d'amis rigolait de bon cœur. La Guerre des Ombres les avait énormément rapprochés, au point où ils partageaient leur quartiers libres sur les tarmacs à déjeuner, discuter et même faire quelques parties de football entre eux.

Soudain, une alarme retentit, et avec elle, un officier sortit d'un hangar pour venir retrouver le groupe. Il avait une mine sévère mais souriait du coin des lèvres. Cette alarme, les pilotes la connaissaient bien, et justement, ils n'attendaient que ça. L'officier prit la parole.

"Pilotes, il est temps de faire vos preuves. Il y a deux mois de ça, on vous a promis de l'action, eh bien nous y voilà !"

Les pilotes célébraient leur déploiement comme une victoire, ils étaient des plus heureux de pouvoir enfin avoir un rôle dans la défense de leur pays.

"Ecoutez moi bien, il manquerait plus qu'on se plante sur les objectifs. On va partir sur un largage Carmélite III de six tonnes, on répartir ça sur 3 bombardiers. J'en veux un qui part pour Henne et vise en particulier leur batterie d'artillerie, c'est le plus important. Sinon si il vous reste du largage, visez les aéroports. Je veux les deux autres équipes pour Marroze et Mavetz, vous allez viser le centre ville. Les révoltes viennent tout juste de prendre fin, on va leur mettre un coup au bide pour qu'ils comprennent qu'on rigole pas. Je veux pas vous voir hésiter sur les boutons rouges, d'accord ? Une fois que vous êtes à sec, on discutera d'un deuxième largage si besoin."

"Comptez sur nous commandant, on va leur faire goûter la droite républicaine !"

"Allez, tous à vos postes, je veux un décollage dans dix minutes max !"

"Go go go, on se magne !"

Tous se ruèrent vers leurs positions respectives, leurs bombardiers lourds flambants neufs avec les logos de la Tour de Saint Matthieu représentant l'union de la MIRA et de l'ARA dans la défense de leur territoire contre les forces terroristes armées de Corvus. Ils étaient prêts à décoller, et avaient tous le sourire au lèvres.

Le voyage fut assez court, le premier groupe réussit à rejoindre Henne en moins d'une heure. Le bombardier était à peine escorté par quelques chasseurs, ils en rigolaient même tellement ils étaient sûrs de leur coup. Ils s'échangeaient des blagues à la radio, à plusieurs kilomètres du sol.

"Bah alors, t'es sûr que t'as assez de missiles pour nous protéger ?"

"Je sais pas, tu me payes une bière si je touche un canard avec ?"

Il était bientôt seize heures, et la ville de Henne resplendissait depuis les airs. Mais pas le temps de s'attarder sur toute cette beauté, il fallait à présent tirer la gâchette. À bord du bombarder, le pilote et l'opérateur de largage étaient prêts à se coordonner.

"On est sur l'objectif ?"

"Encore quelques secondes, on y est presque. Tout est en état ?"

"Ouais, le caramel est chaud. Paré au largage."

"Combien de tonnes ?"

"Quatre pour ce largage, si on déborde ou on rate la cible on repassera, on a six tonnes au total."

"Parfait. On plonge."

L'avion commença sa descente à toute vitesse vers Henne, et une fois l'appareil redressé, le pilote hurla.

"Paré au largage ?"

"Paré !"

"C'est parti, on largue le caramel ! Allez allez allez !"

L'opérateur de largage tapa son poing sur le fameux bouton rouge et en une seconde, des dizaines de bombes furent relâchées et commencèrent à plonger vers la ville juste en dessous.

"Les yeux au ciel corvuns, gare aux Carmélites !"

En dessous d'eux, des explosions gigantesques retentirent, au moins une vingtaine l'une après l'autre, détruisant tout sur leur passage, bâtiments et routes également. Et pendant que tout brûlait, l'opérateur de largage ricannait.

"Bon baiser de la Fantassine, sales enculés !"

"On fait la deuxième salve ?"

"Carrément, fais sur l'aéroport."

"Verrouillé. Paré au largage ?"

"Paré !"

"Larguez !"

Et la deuxième salve vint démolir l'entièreté du terminal de l'aéroport international Nicola Maleville de Henne, ainsi que la piste d'atterrissage. Camions de transports, caisses de munitions, véhicules... Et même quelques camps humanitaires, fort heureusement vides, tout cela réduit en poussière par une pluie de bombes. Dans le cockpit du bombardier, c'était la fête.

"Putain, on leur a mis une sale raclée !"

"Tellement ! Faut voir si les deux autres on réussi à toucher autant avec six tonnes !"

"On verra de toutes façon, on rentre à la base."

"Ouais, on est à sec. Cap sur Camille."

* * *

La vie de Jean avait changé du jour au lendemain. Il y a un peu plus d'une semaine, il était à l'université de Mavetz où il suivait un cursus d'ingénierie, et à priori devait terminer ses études dans deux ans. Mais comme pour beaucoup de jeunes, son éducation a été pris en otage par les révoltes de Corvus dans le nord et l'expulsion de la MIRA, et donc l'entrée en guerre de celles-ci.

Jean n'en était pas mécontent, il voulait voir Corvus revenir à la vie. Depuis qu'il était enfant et se baladait sur les forums internet, il était tombé amoureux comme beaucoup de l'idéologie de Corvus, en particulier son volet religieux et ses idées socialistes. Il était vrai que le gouvernement antarien avait du mal à s'exprimer à l'internationale et garder surtout une voix ferme contre la loduarie, un manquement qui leur à coûté une invasion courte mais dévastatrice. Comme beaucoup de jeunes, il rêvait d'un nouveau pays, d'une souveraineté nationale affirmée, d'alliés durs comme le fer et surtout d'un Corvus victorieux dont il pouvait être fier, qui pourrait tenir tête à bien d'autres nations du globe. C'était cela qui le motivait à supporter son camp favori.

Ses parents étaient plus ou moins du même avis. Ils avaient grandi dans une famille qui avait des racines corviennes, et se souviennent très bien des traditions et coutumes nostalgiques qui faisaient surface. Certainement, ils étaient moins en contact avec le renouveau que l'étaient les jeunes, mais appréciaient l'idée de voir les nouvelles générations remplir les églises et les basiliques pour le service du dimanche.

Cependant, la petite famille ne pouvait pas se permettre de participer au conflit. Jean était assez sévèrement asthmatique et ses parents étaient bientôt sexagénaires donc un profil pas nécessairement adapté à la guérilla. Qu'importe, ils allaient pouvoir supporter leur camp depuis les tribunes de Roncevaux, si ils arrivaient à atteindre la ville déjà.

Ils étaient pourtant partis assez tôt pour rejoindre la zone Humanitaire, mais comme beaucoup ils ont été arrêtés par des soldats de la MIRA qui évacuaient en urgence par ce même couloir humanitaire. Ils ont du attendre pendant des heures, une nuit entière à dormir sur l'autoroute, et lorsque la MIRA avait fini de faire passer son convoi, ils posèrent un frein au flux humanitaire à peine trente minutes après que la circulation avait repris: le couloir était fermé, ce territoire était contesté.

Heureusement, les forces de Corvus qui avaient finalement pris le contrôle de la zone ont réussi à rerouter les familles vers Henne, là où ils avaient été aménagés dans les stations de métro sousterraines en toute sécurité en attendant qu'un nouveau couloir soit négocié avec l'armée républicaine.

Les sousterrains avaient très bien été aménagés il faut le dire. Des hamacs avaient été tendus entre les quais, des douches et des distributions de rations avaient été mises en place pour que même si la guerre faisait rage en surface, ils pouvaient rester à l'abri.

Mais ce n'est pas pour autant qu'ils n'entendaient pas les bruits. Et justement, des bruits ils allaient les entendre.

"Vous croyez qu'un restera ici plusieures semaines ?"

Jean interrogea ses parents, visiblement pas très stressés à l'idée de devoir rester quelques jours de plus dans un endroit comme celui-ci si il voulait dire rester en sécurité. Son père répondit avec assurance.

"Je ne crois pas en vrai, ils ont été très réactifs par le passé lorsqu'il s'agissait de civils. À mon avis, dans quelques jours à tout casser on sera en route pour Roncevaux."

"Tu crois qu'on peut vraiment faire confiance à la MIRA ? Je veux dire, ils nous ont bloqué l'accès pour leur évacuation..."

"Ecoute fiston, c'est la guerre. Je leur en veut pas à la MIRA d'avoir mis le matériel en état critique devant nous, après tout c'est eux les belligérants. Et nous, bah on rejoindra Roncevaux en temps voulu, c'est pas comme si on était pressés. Tant que nous sommes en sécurité, c'est tout ce qui compte."

"C'est quand même chiant, j'avais trop hâte que la IBK recommence..."

"Pourquoi, tu ne l'annulerais pas toi en cas de guerre ?"

"Si mais voilà... Je voulais voire Margaux gagner cette année..."

"C'est pas possible, tu le fais exprès ? Je t'ai élevé sous un toit mavésien et tu ne supportes même pas Mavetz ??"

Les deux se mirent à rire, avant que la mère du jeune homme n'intervienne.

"Vous n'y connaissez rien à l'Icebreaker, les vrais champions c'est Gardevant et je maintiens."

"Et voilà, trahi par ma propre femme, tu te rends compte fiston ?"

"Elle a pas tort sur les Cuirassés quand même..."

Même si la famille était assez divisée du point de vue sportif, c'était toujours un sujet jovial que de parler de leur ligue préférée et leurs pronostics dans leurs temps libres.

Et ils l'auraient fait davantage, peut-être toute la soirée, si un coup de tonnerre n'avait pas retenti.

Ou plutôt, une bombe.

L'entièreté du sousterrain se taisait soudain. Un choc sourd. Puis un autre. Et un autre encore. Au dessus d'eux, les tuiles qui couvraient le plafont commençaient à se décrocher à chaque secousse, avec quelques souffles de poussière tombant sur les réfugiés. Puis un instant de calme. Tout le monde se regardait, inquiet. Les secousses reprient de plus belles encre une fois, avant de se terminer.

Sur les visages des civils, c'était l'horreur. Ces bruits sourds, même à plusieures dizaines de mètres sous la terre, ils ne signifiaient qu'une chose.

On les bombardait. On bombardait Henne.

Et tout d'un coup, la Guerre des Ombres prit une tournure plus sombre, où la mort peut pleuvoir des cieux.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
L'ARA sort ses bombardiers: début des balayages de zone destinés à semer la terreur et la panique dans une armée corvienne qui ne dispose toujours d'aucune force aérienne. On suit en parallèle le parcours de réfugiés désormais bloqués à Henne, en sécurité, en principe, et premiers civils à voir la guerre prendre cette ampleur sous leurs yeux.
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