Posté le : 16 jui. 2026 à 15:49:49
Modifié le : 22 août 2026 à 22:54:12
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[♠] Tülën Pojöësestä
Kapöli III: Västäyokäÿs
Pas un bruit dans la campagne mavésienne. Rien ni personne n'osait bouger ou dire quoi que ce soit. C'est ce que l'on aurait dit depuis l'extérieur, depuis le regard d'un touriste azuréen par exemple. Mais au fond, dans les campagnes, dans les villes, au sein des foyers, il y avait de la rage.
Cet après-midi là, la Guerre des Ombres avait repris de plus belles, et les obus se faisaient presque entendre depuis Robaltes. Et pourtant, la campagne mavésienne restait calme et silencieuse, douce et sans bruit.
Dans une taverne en plein centre de la ville de Mavetz, capitale de la région justement, une poignée d'hommes et de femmes ayant la quarantaine regardaient sans bruit le téléviseur affichant les images de corvuns battant en retraite. Ces images brisaient le coeur, elles montraient un Corvus faible, qui n'arrivait pas à s'organiser pour percer le siège de la MIRA.
La réalité cependant était autre. Personne dans cette salle n'était dupe. Avec la déclaration de la Loi Martiale, le nouveau gouvernement de la MIRA avait convaincu plusieurs instances de publication comme des journaux u une grande partie des chaines de télévision de se faire "encadrer" dans le cadre de la guerre civile pour garantir la "sécurité des journalistes". En somme, une mise en scène de la junte. Les habitants n'attendaient qu'une chose en effet, c'est que les médias Kartiens, certainement bien plus impartiaux, arrivent sur le terrain pour leur montrer la réalité de la guerre. Mais en attendant, ils ne pouvaient que se contenter de ce qu'ils voyait.
À vrai dire, personne ne se contentait de ce qu'ils voyaient. Dans la taverne, personne n'avait touché à sa bière. Tout le monde essayait de comprendre ce qui était vraiment arrivé, ce qui n'était pas très compliqué tout compte fait: ils insistaient sur leur victoire et leur impasse réussie à la percée corvienne, mais il n'y eut encore aucune mention des pertes matérielles ou humaines, ce qui laissait entendre que malgré une victoire sur le terrain ait été inscrite, les pertes qu'ils ont dû dépenser pour se le permettre excédaient celles que Corvus avait perdu. Et dans les faits, c'était bien ce qui s'était passé. Mais bien sûr, personne ne voulait en parler.
La particularité du nord de l'Antares, c'était qu'il était justement l'épicentre de la culture corvienne. Mavetz et Marroze avaient même plus de corvuns en termes de proportions que Henne et Robaltes, ce qui justifiait une présence de la MIRA importante dans ces zones pour soit disant "assurer la sécurité des civils en cas de débordement".
Mais les incidents ne manquaient pas. La MIRA qui aurait pu très bien contenir toute sortes de révolte a décidé d'installer des couvre-feu, des convois et patrouilles régulières dans la ville ainsi que de réguler la presse locale pour "éviter d'alimenter le conflit". C'était très mal géré, il faut l'admettre, mais si la MIRA avait autant manqué son coup dans cette zone capitale c'était car elle était revenue plusieurs fois sur sa décision de quoi en faire. Au début, elle y entreposait du matériel, puis l'a retiré par peur que la région ne se révolte, pour ensuite faire volte face et passer du laissez-faire au contrôle intense pour ensuite faire mine de lâcher, avant d'installer le fameux couvre-feu. Des va et des viens qui étaient certainement à l'origine à présent d'une hausse massive du sentiment pro-corvun qui avait tardé à se manifester.
Ainsi, les hommes et les femmes réunis à la taverne commençaient à se jeter des regards, tous les soirs un peu plus. Et ce soir là, ce sont finalement des mots qui furent échangés.
"Alors... On fait quoi ?"
Cette question sortait de nulle part, mais c'était l'étincelle qu'il fallait.
"On fait rien, y'a quoi à faire ? On boit."
Tous arboraient une expression blasée entre les mots et les images que le téléviseur affichait. Certains avaient leur nez dans une bière brune, typique de la région, d'autres cherchant à trouver l'état d'ivresse le plus vite possible enchaînaient les boissons à base de Dan Janiel's et oublier ainsi leur culpabilité face à la situation. Et pourtant, il y avait quelques motivés, des jeunes, mécontents de la situation.
"Si. On peut se manifester. Se révolter."
"T'es fou ? Tu veux te faire arrêter ? Ou exécuter peut être ?"
Il était vrai que tout le monde avait peur des actions de la MIRA, notamment celles qui avaient débuté la Guerre des Ombres avec des exécutions sommaires en plein coeur de Henne. Même si tout le monde concordait à se dire que ces incidents étaient le fruit de bon nombres de désorganisation de la part du groupe, ce n'était guère assez pour justifier de tels massacres. Dans tous les cas, ce fut assez pour marquer les esprits de supporters corvuns dans tous le pays, en particulier au nord.
Cependant, depuis quelques temps, la MIRA semblait essayer de faire de tout pour prouver non seulement sa supériorité morale face à la situation, mais aussi montrer qu'elle savait garder le calme même dans les zones à majorité corvienne, ce qui n'était évidemment pas le cas.
Elle avait une peur bleue de se voir perdre un lieu si important, qui mettrait fin à leur siège sur les deux plus grandes villes du nord du pays, et donc se retrouver dans une situation qui semblait échapper à leur contrôle. Et cela, les mavésois le savaient bien.
"Donc on reste ici ? On attends alors que nos frères et sœurs sont en train de périr à Henne et à Robaltes ?"
Il était vrai qu'ils ne pouvaient pas simplement regarder le massacre se produire. Mavetz et Marroze étaient les régions avec le plus d'éthnie corvienne en termes de proportions, et pourtant ils n'avaient toujours pas pris les armes même après deux mois de guerre. Pas un seul mouvement de foule, seulement du silence et de l'acceptation.
Mais la MIRA avait déjà débuté sa guerre totale. Elle ne cherchait pas la diplomatie. Elle cherchait à éradiquer. Ce n'était plus une bataille pour la reconnaissance, c'était une bataille pour la survie. Et si ils ne faisaient rien, ils allaient être écrasés par une junte militaire qui n'abandonnera pas tant qu'elle n'aura pas le contrôle total sur le pays.
"C'est vrai, on peut pas juste rester là les bras croisés !"
"Et si ils nous arrêtent ? Si ils nous tuent ?"
"Qu'importe ! Ils n'ont ni assez de menottes pour tous nous arrêter, ni assez de balles pour tous nous tuer !"
À présent, ils avaient retrouvé espoir. Ceux qui buvaient commençaient à sourire, ceux qui étaient scotchés à la télévision regardaient autour d'eux. Et le poing levé, plein d'espoir, ils crièrent ensemble.
"Udächy, pölimnäÿyn nä Körvä !"
C'est donc durant les prochains jours que s'activa la consolidation de la résistance corvienne dans les régions du nord. Rien de méchant. Des petites actions. Dépasser de cinq minutes le couvre feu, se réunir en grand nombre dans la rue pour des "fêtes de quartier", passer à la radio des petits hymnes inoffensifs. Mais derrière les coulisses de ce mécontentement grandissant, les bars abritaient chez eux des résistants recherchés par les autorités, les équipes d'Icebreaker cachaient des armes à feu dans les vestiaires de leurs rinks, même les maires des communes entretenaient des réunions clandestines. Des lignes de communications étaient en train de se former entre Marroze et Henne, entre Mavetz et Robaltes, et entre ces quatre villes respectives. Doucement et sans bruit, le front s'élargissait et la guerre allait bientôt prendre une nouvelle ampleur, une ampleur plus grande. La guerre civile, celle qui allait marquer tous les esprits, commençait bientôt.
Et en haut d'un palais, en plein centre de Margaux, un homme regardait les informations défiler devant lui. Il souriait. Peut être que la MIRA les laissait faire au final, et tout cela avait été prévu en amont...
Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Consolidation clandestine de la résistance corvienne dans le nord du pays, notamment dans les régions de Mavetz et de Marroze. Sous le couvre-feu, les patrouilles et la censure, une organisation se met en place. Mais quelqu'un, à Margaux, ne semble pas pressé de l'interrompre.