
SAGE est un réacteur spécial qui fonctionne avec un très fort rendement et des températures de fonctionnement assez particulières. En effet, le caloporteur principal est du sodium qui circule à travers les gaines, tandis qu’un second caloporteur, un gaz, agit comme un isolant thermique entre la gaine et la température très élevée du combustible. Le combustible de SAGE est un multi-oxyde d'uranium et de plutonium porté à très haute température pendant le fonctionnement. Il en résulte une fusion localisée au centre de l’aiguille de combustible, à environ 2 000 °C, appelée restructuration, car elle permet la mobilité des isotopes. Les poisons nucléaires migrent naturellement vers la périphérie de l’aiguille ("ROG" sur l'image ci-dessous) et le cœur dégaze. Pour bénéficier de cette température formidable, un flux de sodium transparent aux neutrons est injecté dans l’aiguille. Ce sodium gagne brutalement en température pour atteindre rapidement 1 000 °C. À cette température, le sodium devient très corrosif, mais le milieu en fusion empêche la corrosion du combustible, à l’exception de la périphérie, nettement moins chaude ("Corrosion Na" sur l'image ci-dessous).
Combustible
Combustible SAGE - Orange : Zone en fusion, Rouge : Zone en restructuration, Noir : Combustible, Gris : Gaine

SAGE utilise un combustible sous forme nitrureLe gaz de sodium formé est ensuite refroidi par de l’hélium circulant à grande vitesse au niveau de la gaine. Ce gaz inerte présente l’avantage de rester stable quelle que soit la pression ou la température. L’hélium, cependant, est très peu dense et capte difficilement la chaleur : il ne gagne qu’environ 100 °C, passant de 900 °C à 1 000 °C. Durant cette étape, le sodium, sous l’effet du flux d’hélium, se condense à nouveau sous forme liquide. Étant donné qu’il a traversé la gaine, il est potentiellement chargé en isotopes dangereux. Il passe donc d’abord par un premier échangeur de sécurité, puis par un second qui permet de chauffer un gaz.
La formation de la pellicule de fusion est due à la circulation centrale de l'hélium. En effet, sous atmosphère d’hélium, le nitrure d’uranium se dissocie selon la réaction : UN → U + ½ N₂ à partir de 1 723 °C. Ainsi, comme le combustible peut supporter des températures jusqu’à 2 720 °C, il n’y a aucun risque de fusion du cœur, mais seulement la formation superficielle de zones de dissociation liquide.
Cette pellicule contribue à la performance du cœur, au taux de combustion et au maintien de sa géométrie. Elle permet également d’évacuer les gaz de fusion pendant le fonctionnement, évitant toute surpression des aiguilles.
cycle de Sage
Cycle de SAGECe gaz, HeN₂, un mélange d'hélium et d'azote, fourni par
Apex Energy™, isole le segment sodium/haute température du segment plus conventionnel à eau. D’une part parce que le cycle haute température ne peut pas fonctionner avec de l’eau (question de résistance des matériaux), et d’autre part pour des raisons de sûreté : l’eau ne doit jamais entrer en contact avec le sodium, sans quoi un accident potentiellement très dangereux pourrait se produire. Le sodium, caloporteur principal, chauffe le gaz de 364 °C à 530 °C. C’est l’étape la plus gourmande en énergie, car l’échangeur du cycle eau demande énormément d'énergie pour vaporiser l’eau. Une fois l’eau vaporisée, la quantité d’énergie nécessaire diminue, et le flux d’hélium peut chauffer à son tour le circuit secondaire jusqu’à 945 °C.
La turbine à gaz produit 45 % de l’énergie de la centrale et est responsable de son excellent rendement. Il s'agit d'un modèle Apex normalement destiné aux centrales à gaz à cycle combiné, ici utilisé dans un contexte nucléaire. Le gaz qui en sort est beaucoup moins chaud, aux alentours de 382 °C, une température non utilisable pour les turbines à gaz, mais idéale pour alimenter le cycle à eau. La chaleur du gaz est alors recyclée pour vaporiser l’eau : il perd 18 °C à 182 bars pour chauffer de l’eau à 155 bars et 320 °C. L’eau est alors envoyée vers le segment plus conventionnel du cycle à eau. Ce segment fournit 55 % de la puissance de la centrale nucléaire et assure également le refroidissement passif de l’installation.
Notes importantes :
- Le caloporteur principal est le sodium. En cas d'emballement de la réaction, le cœur possède tellement d’inertie que les risques immédiats sont réduits, laissant du temps pour agir. En cas de besoin de refroidissement accru sans possibilité côté sodium, l’hélium peut être accéléré et mis à plus haute pression pour capter davantage de chaleur.
- Le combustible est volontairement maintenu en fusion au centre de l’aiguille. Ce comportement est connu et maîtrisé. Le cœur ne peut pas matériellement subir un accident de fonte partielle, mais potentiellement une fonte complète (cas extrême).
- L’hélium est à très haute pression ; ainsi, en cas de perforation d’une aiguille, le sodium ne pourra pas pénétrer dans le réseau hélium, ce qui réduit considérablement les risques liés à une fuite du circuit sodium.
- La corrosion des gaines due au sodium est mesurée : elle reste faible dans le cœur, car les températures avoisinent 600 °C, mais elle est plus forte dans l’aiguille, comme le montre cette image (image en haut). Cependant, pour le temps de séjour normal d’une aiguille en cœur, la corrosion reste maîtrisée, et aucun nouveau risque significatif n'apparaît. La gaine, intégrée au combustible, est remplacée à chaque rechargement du cœur, rendant ce risque mineur.
- Le risque principal est une transmission de chaleur du combustible à la gaine extérieure, pouvant entraîner la fusion de la gaine (qui est stable jusqu’à 1 400 °C). En cas de perte du réfrigérant périphérique (hélium), l'ensemble du circuit secondaire est mobilisé comme réserve immédiate pour refroidir la périphérie. Même avec une fuite dite « guillotine », le cœur peut être refroidi en périphérie pendant 76 heures, ce qui laisse largement le temps d'interrompre le réacteur et de passer en mode de refroidissement passif par le sodium.
Inox/temp
Corrosion Na

Température de fonctionnement