25/12/2020
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Feuilles de choux et papier de verre - Page 5

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La feuille de choux

Grands projets prométhéens : la Société Luciférienne Universelle mobilise les investisseurs à l'international


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Les grands projets d'aménagement du territoire kabalien rencontrent depuis quelques mois des aléas, principalement liés à des problèmes d'approvisionnement. Les chantiers prennent du retard et la mise en service de plusieurs lignes du Grand Désert Express a déjà été reportée. La responsable ? la hausse du coût des matières premières, dont les importations par avion ont augmenté. Pour compenser le trou dans le budget, la Société Luciférienne Universelle peut heureusement compter sur des investisseurs qui ne sont pas uniquement motivés par le rendement à courts termes. Le Conglomérat Robespaul, célèbre à Carnavale pour financer de grands projets philanthropiques, a fait le choix de renouveler sa confiance à la Kabalie rouge en réinjectant des sommes colossales dans le projet. Il n'est heureusement pas le seul et plusieurs magnats de la finance et de la tech ont eux aussi répondu présent à l'appel de la noire Église.

Une manne d'argent bienvenue pour entretenir les flux de marchandises continus qui permettent de survoler (littéralement) les obstacles. La Kabalie rouge a investi dans une flotte d'avions de transport capables de subvenir à ses besoins, et elle ne manque fort heureusement pas de carburant grâce au raffinage du pétrole présent dans son propre sol. N'ayant été sanctionnée que par une poignée de nations de toute façon très éloignées, se fournir sur les marchés internationaux n'a rien d'impossible. Seul le prix d'acheminement constitue une gêne, d'après Marc Micmac qui supervise la construction des lignes du Grand Désert Express.

"On a passé en revus tout un tas de solutions alternatives, creuser des passages directement à travers la croûte terrestre ou envoyer nos marchandises par le ciel en fusées, mais rien ne s'est vraiment avéré rentable ou faisable à moyens termes. Les solutions les plus classiques sont encore les plus simples, si vous voulez mon avis, un bon vieil avion rempli à ras-bords de microprocesseurs, on ne fait pas mieux." nous explique le sympathique maître d’œuvre.

Mais les grands projets infrastructurels ne sont pas les seuls à être touchés par la crise et plusieurs colons ont d'ores et déjà fait remonter la pénurie de certaines denrées alimentaires importées. Si les légumes ne manquent pas sur les étales, ce sont les produits manufacturés qui arrivent au compte goutte sur les étales et partent bien souvent presque aussitôt. Électroménager, vêtements, produits chimiques ou, plus grave, des pièces de rechange pour les moteurs et appareils électroniques. Balsilek Ishak s'est prononcé sur la situation en appelant à "tenir bon" encore quelques semaines. Car si la Kabalie rouge fait figure de proie facile pour les États voyous qui la menacent, la situation en Eurysie semble sur le point de se débloquer grâce à l'effondrement des lignes de l'OND. Tout le monde a conscience qu'un retour flamboyant de la Cité noire sur la scène internationale rebattra définitivement les cartes en Afarée. A Salem-Aleykoum et Petipont-ville, on prend donc son mal en patience.

"Heureusement, les médicaments ne manquent pas !" se réjouie Augustine Gland, pharmacienne dans une colonie de la zone n°5. La Dalyoha Compagnie, sortie renforcée de ses succès en Eurysie, continue d'approvisionner religieusement ses franchisés. Un soulagement pour le consommateur qui ne risque pas de manquer de pilules MorphéeTM pour s'endormir, de compléments alimentaires ZupraTopTM ou d'antibiotiques FeuprairieTM (marquées déposées). Du côté des grands projets de la Compagnie, Ambroise Crogère assure tenir les délais. "Vous savez, un arbre pousse à son rythme, ce n'est pas une pénurie de moutarde ou de grilles-pain qui vont ralentir sa croissance." Une bonne nouvelle pour la population qui, comme nous tous, a hâte de voir fleurir le désert.


Pilule VroumvroumTM
Pour rester éveillé au volant


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Provocation anteriène contre la Kabalie rouge :
Réunis en urgence à la demande de Balsilek Ishak, les actionnaires sont appelés à se prononcer sur le réarmement de la République Actionnariale.


Provocation anteriène contre la Kabalie rouge : réunis en urgence les actionnaires sont appelés à se prononcer sur le réarmement de la République

Un édito politique signé Ignace de Pique

Jusqu’ici prudente quant à sa remilitarisation afin de ménager la sensibilité de ses voisins, les récentes provocations anteriène ont servi de prétexte à la Kabalie rouge pour justifier son réarmement. « Nous ambitionnons de posséder la première armée de terre d’Afarée d’ici 2025 » a déclaré Balsilek Ishak en conférence de presse, à la sortie de la réunion du conseil actionnarial. Sauf surprise, le résultat du vote du conseil fait peu de doutes, étant toujours largement dominé par les actionnaires lucifériens qui ont, quelques jours plus tôt à peine, renouvelé leur confiance en la RAD.

La militarisation du désert rouge a ceci de pratique que, contrairement au Sec Canal ou au Grand Désert Express, le retour sur investissement est immédiat. Tout peut faire faillite, sauf l’armée, et les actionnaires savent que la RAD trouvera toujours les fonds pour payer ses armes en temps et en heure. Par ailleurs, le réarmement de l’armée nationale kabalienne sécurise le reste des investissements. Une Kabalie forte c’est une Kabalie prospère, la richesse du sol afaréen assure que si la RAD parvient à sécuriser ses frontières et ses flux d’import-export, elle sera en capacité de payer ses dettes en quelques années.

Pas fous, les actionnaires n’investissent pas avec pour horizon la rentabilité des serres Dalyoha ou de la production artisanale des colonies du désert. Ce sont les ressources et matières premières sous le désert qui font de l’investissement en kabalie rouge un pari imperdable. Si quelques idéalistes lucifériens s’obstinent à croire que la société prométhéenne promise atteindra, grâce à son génie et avec beaucoup d'huile de coude, l’excédent budgétaire, cette foi ne pèse pas lourd face aux juteux profits du pétrole, des hydrocarbures et l’exploitation minière.

La Kabalie rouge promet à ce titre des dividendes plus qu'appétissantes. Forte d’une croissance soutenue et d’un PIB qui a été multiplié par dix en trois ans, le désert est également sous la protection indirecte de la puissante Dalyoha Compagnie. Cette entreprise incontournable en Eurysie patronne le projet CRAMOISI depuis sa création, à laquelle elle a d’ailleurs elle-même participé. La présence de la Dalyoha Compagnie en Kabalie rouge fait office de locomotive pour le train des investisseurs, avides de garanties. Tous les Carnavalais le savent : parier sur les Grandes Familles n’est jamais perdant et si la chute de la maison Obéron pourrait venir fragiliser ce théorème, le clan Dalyoha, lui, semble plus puissant que jamais.

« La présence de la Dalyoha Compagnie en Afarée est un bouclier financier. Comment imaginer que l’entreprise qui a terrassée la coalition de l’OND pourrait aujourd’hui s’incliner devant des pays du tiers-monde comme l’Antérie ou le Churayn ? L’Antérie peut toujours tirer quelques missiles, Carnavale en a fait pleuvoir plus de sept-cents sur Estham. Pour les actionnaires, le choix est vite fait. La Dalyoha Compagnie a prouvé qu’elle était prête à tout pour sauvegarder la rentabilité de ses actions, ce qui s’est passé sur le terrain à Carnavale est un signal fort envoyé à l’ensemble de la sphère financière à l’international : une entreprise peut, à elle seule, par sa présence, garantir la viabilité d’un projet. » analyse l’expert financier Pierre Angulaire.

Investir dans l’armée nationale kabalienne, c’est donc investir dans le camp de la Dalyoha Compagnie. Autant dire, un camp qui a prouvé sa résilience et sa force. Alors que, de sources de plus en plus sûres, la paix s’apprête à être signée en Eurysie entre Carnavale et l’OND, aucun adversaire digne de ce nom ne semble aujourd’hui en mesure de menacer l’hégémonie militaire d’une alliance Dalyoha-Castelage. Et si les deux grandes familles se mènent une bataille ferme sur le sol de la Principauté, leurs intérêts sont bien compris en dehors du territoire nationale carnavalais.

Mieux que ses ennemis qui le supplient de saisir le patrimoine de la Dalyoha Compagnie, Balsilek Ishak a bien compris toute l’ambiguïté de l’entreprise, incontournable en Kabalie rouge. Affronter la Dalyoha Compagnie, c’est signer son arrêt de mort politique, non seulement car Blaise Dalyoha a les moyens de faire chanter la RAD en coupant le robinet des médicaments et de la reconstruction écologique, mais aussi car un affrontement entre les lucifériens et le clan Dalyoha fragiliserait cette fois très fortement la confiance des actionnaires. Il est d’ailleurs très improbable que la Société Luciférienne Internationale laisse faire une telle folie, le conseil actionnarial se tient prêt à débrancher Ishak à la seconde où celui-ci commettrait la bêtise de s’en prendre à Blaise Dalyoha.

N’étant pas le dernier des crétins, le PDG-Protecteur kabalien sait esquiver les sujets piégeux. En fondant une garde républicaine kabalienne, police ethnique composée de natifs kabaliens, il rassure à la fois les bonnes âmes à l’international, tout en offrant à la Dalyoha Compagnie la paix sociale dont elle a besoin pour poursuivre ses projets. Ménager la chèvre et le choux avec les grandes puissances afaréennes, garder l’opposition sous contrôle, réduire au silence les colons les plus racistes et virulents en les éloignant des communautés kabaliennes natives, rassurer les actionnaires et tenir en respect les ennemis déclarés de la RAD, autant de défis auxquels Balsilek Ishak doit répondre en même temps.

Une tâche qu’il parvient à accomplir jusqu’ici avec un certain succès. Bien sûr, certaines ficelles sont un peu grosses, notamment l’antagonisation du Califat d’Azur qui, certes, a tendu le bâton pour se faire battre en échouant plusieurs opérations d’ingérence en Kabalie rouge et en Althalj, mais dont la menace réelle reste en réalité négligeable. Faute d’être parvenue à fédérer autour de lui, le Califat ne peut que tempêter à l’autre bout du monde, tout en agitant quelques proxy de chiffons, pleins d’idéaux utopiques fondamentalement incompatibles avec les ambitions et les mœurs des Carnavalais qui composent (rappelons-le) 95% de la population du désert.

Balsilek Ishak n’a en réalité pas grand-chose à craindre de l’Azur, du Churaynn ou de l’Antérie. Il sait en revanche instrumentaliser la peur du barbare afaréen pour justifier l’extension de son pouvoir à l’intérieur du pays, exiger des actionnaires davantage d’investissements tout en faisant passer la pilule auprès des observateurs internationaux. Une Kabalie rouge qui s’arme, c’est un scandale, mais si c’est pour se protéger contre les agressions avérées de ses voisins, cela passe tout de suite mieux. Il sera difficile d’exiger d’Ishak, dont le mandat est de protéger la souveraineté de la nation kabalienne, qu’il reste sans réagir face aux intrusion aériennes de l’Azur ou aux tirs de missiles de l’Antérie. Sans parler de la déclaration de guerre du Sadr.

Le véritable et unique enjeu du pouvoir Kabalien est de parvenir à faire accepter la présence en Afarée de deux millions de Carnavalais natifs, tout en contentant les besoins de ces-derniers. Derrière cet enjeu s’en cache de nombreux autres car pour que les Afaréens normalisent la présence des Carnavalais, il faudra donner des gages politiques et symboliques à la minorité kabalienne, tout en évitant de réactiver trop visiblement la matrice raciste carnavalaise dont le premier élan est de hiérarchiser les populations afaréennes comme inférieures. La question de faire société entre Kabaliens natifs et Carnavalais natifs n’est pas à l’ordre du jour pour Balsilek Ishak. C’est de toute façon l’affaire de la noire Eglise luciférienne, qui propose un contrat social universaliste, et des représentants des communautés natives, qui en négocieront le détail. Non, Balsilek Ishak n’a pas pour mission de s’occuper de la paix intérieure, mais de la paix extérieure. Pour cela, il doit convaincre ses voisins (en priorité) et les pays qui comptent en Afarée (c’est secondaire) de normaliser leurs relations avec la Kabalie rouge.

Un pari qui progresse, quoi qu’en disent les fâcheux, car grâce au rapprochement avec l’Athlaj et le Finejouri, il n’est plus de puissance sérieuse en Afarée de l’ouest pour contester la présence kabalienne. L’échec de la Kabalie de l’ouest confirme la Kabalie rouge comme seul et unique État kabalien en Afarée, fragilisant l’argumentaire décolonial qui se reposait pour beaucoup sur un projet de réunification du désert. En 2020, les seuls à encore élever la voix se trouvent à l’autre bout du monde et sont – sans les insulter – quantité négligeable. Derrière l’Althalj se trouve le Grand Kah, puissance militaire majeure de la région, et derrière le Finejouri se trouve le PAS, seule organisation à avoir tenté d’imposer le sujet kabalien à l’agendas international. Conquérir l’opinion de l’Althalj et Finejouri c’est donc assurer la sécurité militaire du pays et sa légitimité en tant que pays afaréen. Si Balsilek Ishak réussit ces deux paris, il aura remporté la partie. Échouer à l’un ou l’autre lui rendra les choses plus complexes, rater les deux ramènerait l’ombre de la guerre.

Un cygne noir, toutefois, pourrait venir troubler ce précaire équilibre des forces. Car la guerre est sur le point de se finir en Eurysie et un retour de la Principauté de Carnavale sur le devant de la scène viendrait balayer la pression armée que sont capables d’exercer certains petits pays sur la Kabalie. Principale partenaire économique de la Kabalie rouge, Carnavale dispose, au sortir de trois ans de guerre, d’une expertise militaire et d'une capacité industrielle de premier ordre. On se doute que les projets de réarmement de Balsilek Ishak impliqueront, au moins en partie, les grandes sociétés qui forment le complexe militaro-industriel carnavalais. Il suffit d’une commande à la Principauté pour supprimer d’un seul coup la menace d’une invasion du désert par ses voisins.

On l’a dit, la question des liquidités n’est pas un sujet compte tenu de la richesse des sols kabaliens. Le renforcement d’un axe militaro-économique carnavalo-kabalien réencrerait la Kabalie rouge moins comme une nation afaréenne que leucytaléenne. Le pourtour de la mer reliant l’Afarée à l’Eurysie a, depuis des millénaires, donné naissance à des sociétés plurielles, traversées par des influences religieuses et des déplacements de populations très différentes. Les discours décoloniaux qui cherchent à constituer la Kabalie rouge comme un bout de l’Afarée pourraient, là encore, être fragilisés par un contre-discours défendant la Kabalie rouge comme une nation euro-afaréenne, leucytaléenne à part entière. La position géographique du désert, dans la corne ouest de l’Afarée, s’y prête particulièrement bien et le récit national luciférien y trouverait un moule à sa taille.

La Kabalie rouge, puissance militaire leucytaléenne ? Seul l’avenir nous dira si ce discours est suffisamment puissant pour convaincre les Carnavalais et les Kabaliens natifs de faire peuple. Qu’ils le souhaitent ou non, finalement, n'a pas vraiment d’importance. Car la main froide de l’État est suffisamment terrible pour les contraindre à se tenir tranquille et à faire société. Qui a dit qu’il fallait parachever une utopie pour obtenir la paix sociale ? La Kabalie rouge ne serait pas la première société à écraser ses tensions inter-raciales par la répression policière et la politique du fait accompli.


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Au forum des métiers du désert, Numa Gaber au contact de la jeunesse nomade pour aider à la valorisation des CV


Au forum des métiers du désert, Numa Gaber au contact de la jeunesse nomade pour aider à la valorisation des CV

Le forum des métiers du désert est une initiative du parlement natif pour valoriser les métiers traditionnels et encourager leur réinvention. « Il y a dans la jeunesse de notre pays une énergie et une inventivité dont nous devons savoir tirer parti. » explique Numa Gaber, qui s’est faite ambassadrice du forum. L’objectif est de permettre aux populations nomades (et à celles qui voudraient s’essayer à ce mode de vie) de trouver des débouchés rentables sans avoir besoin de se conformer à un mode de vie sédentaire pour autant.

Une telle initiative demande toutefois à être rationnalisée. « Dans une économie moderne capitaliste et considérant la situation écologique du désert, tout n’est pas possible et certains métiers traditionnels ne permettent plus de vivre selon des standards de confort modernes. L’un des chantiers du parlement natif ces derniers mois a été de repenser l’insertion des minorités nomades dans l’économie de la Kabalie rouge, notamment en réinventant certaines professions. »

Exercice pratique du théorème de la destruction créatrice de Schtroumpfeter, la vitrification du désert de Kabalie est, en un sens, une source d’innovation sans fin pour les métiers du désert. Si le secteur du tourisme est un débouché naturel pour les bédouins, celui-ci n’est pas prioritaire tant que la situation politique en Kabalie rouge ne sera pas stabilisée. « Beaucoup de citoyens étrangers ont encore des réticences à venir passer leurs vacances en Kabalie rouge, pour des raisons qui leur appartiennent. Le pays essaye de donner des garanties de sécurité mais la menace des retombées chimiques ou d’être pris en otage par des groupuscules djihadistes demeure malgré tout un frein au développement de ce secteur. »

L’immersion quelques jours dans la vie des nomades est pourtant une formule qui a de quoi plaire. Contempler les immensités infinies du désert rouge, écouter les notes d’un sitar sous la voute céleste et dormir sous la tente entre deux chameaux mécaniques sont autant de promesses qu’offre le tourisme en Kabalie rouge. Les économistes de la RAD sont optimistes : « La normalisation de nos relations avec nos voisins et l’augmentation du pouvoir d’achat des Carnavalais ouvrent des perspectives très prometteuses pour les années à venir ! »

D’ici à ce que le tourisme représente un secteur d’avenir, quels métiers pour les nomades de demain ? « Une partie de la jeunesse souhaite abandonner la sédentarité, c’est un phnomène qu’on retrouve également, bien que marginalement, chez certains jeunes d’origine carnavalaise lassés des dystopies urbaines. Cependant ils ne savent pas toujours quelles profession occuper dans le désert. » Il faut dire qu’à l’époque du fret maritime et aérien, et avec la construction du Grand Désert Express, les caravanes marchandes sont vouées à disparaitre dans les prochaines décennies.

« Plusieurs start up carnavalo-kabalienne tentent de réinventer le mode de vie nomade. Cela passe par l’amélioration du confort quotidien, pour casser les préjugés sur une vie dure et éprouvante, et attirer les travailleurs. » au programme : chameaux mécaniques pour le transport, nouveaux modèles de tiny tente dépliables qui offrent l’accès aux commodités dans le désert… les nouvelles technologies, notamment solaires, garantissent également l’autonomie des voyageurs sans avoir à s’encombrer de batteries portables particulièrement lourdes. Enfin, le réseau satellite permet de rester connecté et de bosser en télétravail depuis n'importe quelle dune.

Côté emploi, il y a à faire. Pour le moment, le secteur de la cartographie recrute, tout comme les agents chargés de réaliser des relevés dans les sols, notamment pour mesurer l’état des napes phréatiques. Des métiers d’avenir dans la région et qui allient le plaisir du nomadisme avec celui de l’exploration et de l’aventure. De manière générale, le secteur de la reconstruction écologique a le vent en poupe et la Dalyoha Compagnie est l’un des plus gros pourvoyeurs d’emplois au salon. De nombreux métiers impliquent l’étude du sable et des poussières, mais d’autres ont pour objet de traquer l’apparition d’animaux sauvages ou de plantes endémiques. Un travail minutieux qui consiste à repérer et rapporter des échantillons de faune et de flore susceptibles d’avoir survécu à l’agent CRAMOISI.

Pour ceux que les sciences dures n’intéressent pas, il y a également l’archéologie et tous les projets de revitalisation culturelle kabalienne soutenus par le gouvernement. De nombreuses institutions cherchent à retrouver la trace des clans disparus lors des bombardements et à documenter les modes de vie précédent le génocide. Le risque étant qu’au bout d’une ou deux générations, ces connaissances finissent par se perdre.

Mais tous les métiers ne sont pas en lien avec le génocide. Les infrastructures du désert ont par exemple besoin d’être régulièrement vérifiées en raison des risques liés à l’infiltration de sable ou de poussières dans les mécanismes. Des rondes sont donc nécessaires pour garantir leur bon fonctionnement. Pour les amateurs de gros œuvre, il faut régulièrement désensabler les routes avec des engins spécialisés.

Dans le social, on retrouve également de nombreux métiers en lien avec la médiation, consistant à faire communiquer entre elles les colonies, organiser d’éventuels déplacement de populations d’une colonie à une autre, conseiller et orienter celles et ceux qui voudraient changer de lieu de vie afin de leur offrir les meilleurs conditions possibles. Une bonne connaissance de l’écosystème politique des colonies et clans kabaliens est alors requise et on recherche des officiers spécialement formés à faire la navette d’un bout à l’autre du désert.

Plus original, une véritable industrie a commencé à voir le jour dans le désert, notamment la création de marais salant à proximité des côtes. Comme ces-derniers sont installés dans les régions inhabitées, il est nécessaire que des employés vérifient régulièrement l’intégrité de la machinerie. Des start-up se proposent de faire convoyer dans le désert du bétail afin de ramener de la biodiversité dans les dunes, mais également dans un soucis marketing. La viande rouge du désert rouge s’exporte bien, notamment à Carnavale.

Enfin, la Kabalie a besoin de convoyeurs. Les grands camions citernes remplis d’eau amenés jusqu’aux colonies sont l’un des piliers de l’économie kabalienne et requièrent des gens mobiles et disposés à passer plusieurs jours en solitaire dans le désert rouge. L’acheminement de matières premières, de manière générale, est un secteur d’avenir qui a, en plus, le mérite de ne pas demander des qualifications trop poussées. Un simple permis B suffira.

La question des compétences des futurs salariés se pose sans cesse, heureusement le forum est là pour aider et orienter les jeunes vers leurs futurs métiers. Numa Gaber a même mis personnellement la main à la pâte en vérifiant elle-même plusieurs CV et en proposant des conseils personnalisés. Après tout, si un Kabalien a pu devenir PDG-Protecteur, c'est bien la preuve que la méritocratie fonctionne !


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Déclarations misogynes du Diwan : l'association Femme, Vie, Égalité appelle à une manifestation en protestation


Déclarations misogynes du Diwan : l'association Femme, Vie, Égalité appelle à une manifestation en protestation

"Nous ne sommes pas des token" ; "Une femme qui pense n'est pas lobotomisée" ; "Faisons taire le boys club azuréen !" autant de beaux slogans brandis par le groupe Femme, Vie, Égalité, une association laïque luciférienne qui s'est donnée pour objectif de "libérer les femmes du monde entier de l'oppression religieuse patriarcale". Une oppression dont le Califat d'Azur est récemment devenu l'un des avatars les plus criants. Cette théologie islamique qui voile ses femmes et encule ses chèvres est revenue sur le devant de la scène ces derniers jours après avoir pris à partie notre bien aimée Numa Gaber, porte-parole des communautés natives dont le seul tort est de n'avoir pas cautionné les tentatives d'ingérence du Califat.

Le Diwan, rien de moins que l'organe officielle de propagande du régime, s'en est violemment pris à Numa Gaber sur les réseaux sociaux, organisant une campagne de harcèlement en ligne digne des pires trolls d'extrême droite. Le Diwan n'a pas fait preuve de beaucoup de subtilité, qualifiant Numa Gaber de "prisonnière", de "lobotomisée", de "potiche" et de "token", la réduisant à son statut de femme et lui niant non seulement son agentivité, mais aussi sa légitimité en tant que porte-parole des communautés natives. Une offensive diplomatique qui n'est pas passée inaperçue et est prise très au sérieux par les associations féministes qui ont rapidement fait bloc contre la mysoginie du Diwan.

"On peut avoir des réserves politiques contre Numa Gaber, mais cela ne justifie en rien les attaques misogynes qui la visent." déclare Sylvictoire Pécunier, présidente de l'association Femme, Vie, Égalité. "Attaquer l'une d'entre nous, c'est nous attaquer nous toutes." déclare-t-elle face aux micros de nous journalistes. En tentant de nier la voix des femmes, le Diwan révèle son agendas islamique et patriarcal contre lequel tente de résister la Kabalie rouge. "Essayer de nous silencier, nous réduire à des folles, nous voiler de force, nous retirer nos droits, voilà le projet du Califat islamique d'Azur contre les Kabaliens. Alors que le luciférisme libère, l'islamisme oppresse, le Diwan a révélé sa vraie nature en s'en prenant à Numa Gaber et toutes les femmes du désert rouge doivent se tenir à ses côtés dans cette épreuve."

Ce n'est pas la première fois que les offensives azuréennes poussent les Kabaliens à resserrer les rangs face à la menace. Les communiqués de la diplomatie azuréenne à la presse et l'offensive sur internet n'ont pas tardé à provoquer l'ire de la société civile kabalienne. "Qualifier Numa Gaber de potiche, outre le subconscient profondément sexiste que cela révèle, c'est vraiment mal la connaitre" explique un député au parlement natif. "On a rarement vu femme plus autonome et courageuse qu'elle et elle défend mordicus les intérêts des natifs là où l'Azur n'a jamais fait que souffler sur les braises de la guerre civile." Opposer Carnavalais et Kabaliens natifs hier, les hommes contre les femmes demain ?

"C'est une stratégie masculiniste classique" explique Jessicatherine Mathématique, chercheuse en gender study à l'université de Salem-Aleykoum. "L'Azur sent qu'elle perd pied en Kabalie et tente désormais de fédérer autour d'elle toutes des communautés marginales, incels, masculinistes, religieux fondamentalistes en multipliant les dog whistel haineux contre les femmes." Pour cette scientifique, il y a un continuum évident entre l'islam radical et le masculinisme. "Ils ont du potentiel pour se rejoindre au sein des mêmes communautés, la promesse des 41 vierges au paradis est un écho très fort au terrorisme incel qui espère, par sa mort, à la fois se venger des femmes qui lui ont refusé ses faveurs, et susciter leur admiration par son sacrifice."

Pour Sham Anida, doctorante en études décoloniales, "le Califat d'Azur tente de réactiver des réflexes pré-coloniaux en présentant les femmes comme mises à disponibilité des hommes." Un écho aux structures patriarcales traditionnelles que le Califat d'Azur, à travers ses proxy, promet de réactiver. Pour Sham Anida, il s'agit d'un appel du pied aux hommes Kabaliens frustrés puisqu'il assure, en sous-texte, que s'ils prennent les armes contre les Carnavalais ils pourront ensuite profiter des faveurs de femmes soumises, auxquelles ils n'ont pas accès aujourd'hui. "L'Azur s'appuie sur la frange la plus réactionnaire de la société kabalienne, tout comme Printempérie fondait son pouvoir sur les colons catholans les plus extrêmistes. Ce sont deux extrêmes qui se rejoignent finalement et font cause commune autour de leur même haine des femmes et désir de domination."

Un agendas que refuse l'association Femme, Vie, Égalité, qui a appelé à manifester en soutient à Numa Gaber ce jeudi sur la place centrale. "On ne nous fera pas taire !" assure Sylvictoire Pécunier qui espère rassembler plusieurs milliers de personne "homme ou femme, tous ensemble contre le masculinisme et le patriarcat !" Une cause soutenue par Balsilek Ishak qui a salué "une initiative populaire et nécessaire quand nos valeurs sont attaquées par l'étranger." Le PDG-Protecteur a assuré que si sa condition physique ne lui permettait pas d'être présent en personne, son esprit se trouverait jeudi parmi la foule.


N'êtes vous pas jolie ? dévoilez vous !


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Manifestations et blocus lycéens : le mouvement prend de l'ampleur


Manifestations et blocus lycéens : le mouvement prend de l'ampleur

"Celui-là, on ne l'avait pas vu venir" aurait déclaré Amghar Hai en off, manifestement pris au dépourvu par le mouvement social lycéen. Tout est parti du lycée Sainte-Civilisation, dans les quartiers nord de Petipont-ville. Depuis quelques semaines déjà s'y jouait une lutte discrète de la part des enseignants pour demander une augmentation des budgets alloués à l'éducation des jeunes générations. Des budgets gelés, voire amputés par les récentes annonces de Balsilek Ishak et du conseil actionnarial, au profit de l'armée. Face à la menace du Churaynn et de l'Antérie, la RAD a fait le choix d'accélérer le développement militaro-industriel du désert rouge et les grands projets infrastructurels. Au prix de délaisser sa propre population ?

Depuis, le mouvement s'est généralisé à l'ensemble du pays. Les lycéens se sont emparés des mots d'ordre de leurs enseignants, auxquels ils ont ajouté leurs propres revendications. "Il y a des rats OGM dans les cantines" témoignent des élève du lycée Belzébuth de Salem-Aleykoum, postés devant les grilles de leur établissement. "Notre établissement est entièrement en préfabriqué, c'est pas prévu pour tenir aussi longtemps, les plafonds s'effondrent." La RAD construit vite, c'est une évidence, mais bien ? Le bâti traditionnel carnavalais n'est pas très solide, c'est notoire, et si les ingénieurs de la Cité noire savent élever des merveilles mondiales à la gloire de ses élites, les bâtiments du peuples, eux, ont tendance à s'effondrer. Edmond Drian, président du premier syndicat lycéen de Kabalie rouge, accuse le gouvernement de ne pas avoir tenu ses promesses : "Quand mon grand frère est entré au lycée à Petipont-ville, on lui a juré que les bâtiments seraient bientôt rénovés." Deux ans plus tard, rien n'a été fait, et la structure accuse le coup.

Parmi les principales revendications des lycéens, l'isolation des bâtiments et l'installation de climatiseurs arrivent en tête. "Certains jours ça peut monter jusqu'à 40°C dans les classes." Feu Monseigneur Petipont avait fait de la clim un engagement et un symbole de modernité pour lutter contre le rude climat du désert, mais l'installation massive de refroidisseurs tarde et surtout les bâtiments ne sont pas tous adaptés. "Quand vous êtes dans une passoire thermique, vous pouvez mettre dix climatisations, s'il fait 55°C dehors au soleil ça ne va rien changer." La seconde revendication des élèves est liée au manque de personnel.

"C'est un problème structurel sur lequel nous travaillons mais qui prend du temps" concède Ludovic Ère-du-Christ, le ministre de l’Éducation nationale. "Les colons arrivés d'Eurysie sont principalement issues des couches les plus pauvres de Carnavale, quant aux élites lucifériennes, elles sont aux postes de commandement, sont ingénieures ou occupent des fonctions dans l'administration. Nous manquons de cette classe moyenne éduquée pour remplir les postes d'enseignants." Résultat, une éducation pas toujours de bonne qualité et des postes non pourvus à chaque rentrée. "Nous comblons doucement le déficit" assure Ludovic Ère-du-Christ "mais on ne peut pas aller plus vite que la musique." Le ministre, qui s'est rendu sur plusieurs blocus pour parlementer avec les lycéens, fait état de "revendications floues et générales" qui rendraient difficile une réponse satisfaisante de la part du gouvernement.

Résultat : des interpellations en pagaille, et des débordements. Alexandrier Arrimage, chef de toutes les polices, et Amghar Hai, ministre de l'Intérieur, assurent "entendre la colère, mais ne rien céder aux casseurs." Un exercice d'équilibriste complexe car si les milices populaires n'ont pas vraiment de formation anti-émeute, l'armée nationale kabalienne, composée d'ancienne milices Obéron, est plus habituée à dissiper la foule en tirant à balle réelle qu'à ménager des gamins surexcités. "Il est hors de question de faire un usage disproportionné de la force" explique Alexandrier Arrimage, lors d'une démonstration à la presse d'un nouveau modèle de LBD Robotic & TocTM. "En Kabalie rouge, on ne tire pas sur le peuple, on n'est pas en Antérie ici." Reste que face aux feux de poubelle et à l'inquiétude montante des parents, le gouvernement a un peu le cul entre deux chaises. Réprimer, au risque de la bavure ? ou laisser faire, au risque de l'accident ?

Hors de question quoi qu'il en soit de mobiliser la nouvelle garde républicaine en renfort. En off, un employé du ministère de l'Intérieur concède : "Des Kabaliens qui frappent des enfants Carnavalais ? Non, c'est impensable. Ce serait l'émeute. Il faut à tout prix éviter d'attiser les tensions interethniques. Pour le moment le mouvement lycéen est surtout porté sur les questions sociales, on ne doit pas laisser monter une lecture raciale, comme certains le voudraient." Car dans l'ombre des oppositions se cachent les fidèles de Printempérie et de l'Azur. "Il y a des forces réactionnaires embusquées dans notre société", explique un représentant des Renseignements Généraux. "La police a identifié les suprémacistes catholans et les proxy azuréens comme les deux principales menaces intérieures qui pèsent sur la Kabalie rouge. La priorité du gouvernement est d'empêcher la récupération du mouvement lycéen par l'une de ces deux idéologies extrémistes et antihumanistes."

Mais le mal n'est-il pas déjà fait ? C'est ce dont s'inquiète certains experts, qui s'inquiète des tentatives de minimisation par le gouvernement. "Si la grogne ne portait que sur les moyens, elle pourrait être réglée avec quelques levées de fonds supplémentaires" analyse Jérémy Mosa, sociologue. Mais le problème est plus profond : "Il y a un sentiment de deux poids deux mesures, depuis quelques temps, en faveur de la politique étrangère et au détriment des questions sociales." Un tropisme afaréen qui dérange chez la population à majorité d'origine carnavalaise, que la perspective d'une paix en Eurysie encourage à tourner le regard vers le vieux continent.

"La noire Église a beau travailler à construire une société universaliste et égalitaire, la fraternité universelle ne se déclare pas d'un claquement de doigt" poursuit Jérémy Mosa. "Le luciférisme a connu un fort engouement après l'Armageddon't, les gens cherchaient des projets de société alternatifs au millénarisme, des idéologies refuges. Mais la noire Eglise ne peut pas régler tous les problèmes de la société et maintenant que le projet colonial ralentit, son message a atteint un plateau en termes de popularité, voire décline à mesure que les objets de frustration se multiplient."

Le problème est que la RAD ne peut pas mener tous les fronts à la fois. Ses ressources ne sont pas illimitées et tandis qu'elle cherche à ménager la chèvre afaréenne, elle délaisse le choux carnavalais. En donnant des gages aux Kabaliens natifs, à qui la chose militaire et diplomatique a été confiée en guise de réparation, en acceptant sans le dire de faire des concessions aux autres pays afaréens, il était prévisible que les colons carnavalais ressentent un sentiment de déclassement.

Un sentiment qui se cristallise chez les jeunes générations, arrivées depuis Carnavale encore enfants, et qui entendent faire valoir leurs droits à occuper le désert rouge de façon légitime. Edmond Drian, syndicaliste lycéen, l'assume : "On a l'impression d'un avenir entravé par la lâcheté de Balsilek Ishak. On devrait être en train de construire des immeubles jusqu'au ciel, faire pousser des vergers sur les dunes, transformer le désert en une nouvelle Carnavale ! A la place de ça les Kabaliens ne parlent que de dromadisme !" (néologisme raciste pour parler des nomades, en vogue chez les jeunes générations, ndla).

Une frustration née de la confrontation entre plusieurs modes de vie jugés incompatibles et que les représentants politiques de la RAD tentent de ménager depuis leur accession au pouvoir. Pas de quoi satisfaire Edmond Drian et ses amis : "Faites un référendum pour savoir si les gens préfèrent vivre dans des villas ou des tentes et vous verrez le résultat. On est deux millions de Carnavalais, on n'a pas à s'adapter pour faire plaisir aux Afaréens." Ce mouvement, que l'on peut qualifier de carnavalisme, s'exprime davantage chez les plus jeunes. Jérémy Mosa y voit un phénomène générationnel : "Contrairement à leurs parents, qui sont pour la plupart des lucifériens convaincus et qui ont participé à poser les fondations de la RAD, leurs enfants ne se sentent pas nécessairement redevables au régime. Certains considèrent même le mode de vie carnavalais plus séduisant que ce qui leur est proposé en Afarée. Les lucifériens de première génération écoutent les leaders politiques de la noire Eglise, ils savent qu'il faut ménager les Afaréens, qu'ils sont arrivés en colons et grâce au génocide, ils suivent une ligne stratégique de Petipont parce qu'ils ont signé pour cela en quittant Carnavale pour venir ici. Le contrat social kabalien est consenti. Leurs enfants, eux, n'ont pas choisi d'être ici et beaucoup ne consentent pas aux sacrifices de leurs parents."

Il faut dire que la vie dans le désert est encore rude, et si la promesse de bâtir une société futuriste continue d'animer largement les foules, les plus jeunes s'impatientent. Sur une palette en feu, Edmond Drian harangue la foule : "Nous disons à Balsilek Ishak que nous, Carnavalais, n'avons pas vocation à cultiver ses patates ! Le travail aux champs n'est pas un futur désirable ! Moins d'argent pour l'Afarée, plus pour Carnavale !" Chez la jeune génération, la menace des pays hostiles à la Kabalie rouge est prise moins au sérieux que par leurs ainés. "Personne ne voit le Churaynn débarquer sur nos côtes avec ses trois vedettes, la guerre c'est un épouvantail pour les moutons, nous nous voulons être des loups !" balaie Edmond Drian avec dédain quand on l'interroge sur ce sujet. Acclamations de ses camarades, et hurlements lupins dans la foule "ahouuuu !". "On en a marre d'essayer de contenter les Azuréens et les Antériens, ce sont des ingrats jamais contents. Allions nous aux Eurysiens, signons des accords avec Améthyste Castelage et plus aucun pays afaréen n'osera venir nous faire chier."

Des paroles radicales, mais qui ne surprennent pas Jérémy Mosa : "Il y a une recherche de solutions, parfois de facilité aussi" concède le sociologue. "Les lycéens voient un projet colonial qui ralentit, avec des perspectives d'emploi limitées et surtout concentrées sur des métiers à faible valeur ajoutée. Agriculteurs, travailleurs de la construction, soldats... la RAD ne peut pas offrir un boulot d'ingénieur a tout le monde, elle a besoin de force laborieuse. Les grandes fortunes sont concentrées à Carnavale, en Eurysie. Le projet colonial a réussir à séduire les masses carnavalaises parce qu'il promet de tout reconstruire et de repartir à zéro, mais les jeunes, eux, voient surtout la difficulté pour pouvoir s'enrichir. Si leurs parents se souviennent d'où ils viennent et savent que la Kabalie rouge vaut autant sinon plus que les faubourgs malfamés de Carnavale, les jeunes sont connectés, ils voient la haute bourgeoisie carnavalaise de baigner dans le champagne et se demandent pourquoi la Kabalie rouge ne peut pas leur offrir de telles perspectives. Le rêve carnavalais est très efficace pour séduire, surtout ceux qui ne l'ont pas connu de près ou bien ne s'en souviennent plus."

La RAD se voit donc confronté à un défi supplémentaire. En plus de légitimer sa présence sur le continent, tenir à distance ses voisins belliqueux et développer son économie, elle doit désormais en plus s'assurer de renouveler son contrat social intérieur. On sait que Balsilek Ishak a rencontré Alexandrier Arrimage hier après-midi et que les deux hommes se parlent régulièrement au téléphone pour discuter de la mobilisation lycéenne. "Ishak a exhorté Arrimage de régler la situation au plus vite, il tient responsable la noire Eglise de ne pas réussir à acheter la paix sociale. En retour, Arrimage reproche à Ishak de ne pas réussir à attirer suffisamment vite les capitaux nécessaires au développement de l'économie" nous confie une source anonyme au sein du clergé luciférien.

"On est confronté à des injonctions paradoxales" confie ce saint homme, non sans dissimuler une pointe d'excitation face au défi. "On doit donner des gages à une portion minoritaire de la population, les kabaliens natifs, au titre de sa légitimité historique à occuper le désert et pour contenter les puissances afaréennes. En même temps, l'écrasante majorité carnavalaise n'en a au fond un peu rien à foutre des nomades, on le voit pendant les prêches universels, les campagnes de com' pour valoriser le patrimoine des bédouins sont commandées et pilotées depuis le haut, le gouvernement fait des ronds de jambe mais il n'y a pas spécialement d'engouement populaire. En fait les gens veulent surtout de bonnes conditions de vie, une maison, un travail honnête et du pouvoir d'achat, sans s'inquiéter des questions géopolitiques. Tout la com' du gouvernement autour des traditions kabaliennes, ça passe chez les lucifériens convaincus qui jouent le jeu de l'universalisme parce qu'ils voient la société se développer, mais les jeunes sont moins loyaux au projet de la noire Église et aussi plus impatients. Si l'économie ralentie, c'est normal que la grogne monte."

Du côté des Kabaliens natifs, on observe avec un peu d'inquiétude ces voix discordantes du discours réconciliateur de la noire Église. "On avait cru les Carnavalais pacifiés, mais leurs gamins sont de vrais petits monstres" regrette Azad Bessa, employée dans le périscolaire. "Hier, ils ont brûlé le nouveau drapeau de la Kabalie et j'ai entendu des Ave Carnavale et même Ave Cramoisie" décrit-elle avec un frisson. Balsilek Ishak, lui, n'a pas encore pris de position claire face au mouvement. "Le PDG-Protecteur est chargé des questions extérieures, la sécurité intérieure revient à Son Excellence Monseigneur Arrimage" affirme son cabinet. Reste que le leader kabalien a envoyé des signaux discrets ces dernières heures. Un Echo sur les réseaux sociaux, appelant à rester unis autour du projet de société kabalien, interprété par Azad Bessa comme un message adressé aux natifs kabaliens : "Ishak appelle les natifs à ne pas s'inquiéter." Une réponse, qui ne dit pas son nom, aux manifestations. "Il ne veut pas donner de visibilité aux messages les plus suprémacistes, mais en sous-texte, il condamne."

Une réponse qui manque toutefois de fermeté, du point de vue de certains responsables politiques natifs : "Il faut être très ferme avec toute forme de résurgence du racisme en Kabalie rouge" déclare Asmil Assad, chef du parti Kabalies Unies. "Si c'était mon gosse qui manifestait, deux baffes et au lit" assure-t-il face aux caméras. Les Cousins germains musulmans, eux aussi, se disent inquiet de la tournure des protestations. "Des centaines de lycéens qui rodent dans les rues, brulent des poubelles, pillent les magasins... je n'aime pas cela, la menace du pogrom n'est pas loin. Ishak doit convoquer la garde républicaine et prendre des mesures pour protéger les populations natives." Ce lundi, une épicerie communautaire avait notamment été vandalisée, mais la police assure que les motivations n'étaient pas racistes. Une version qui laisse sceptique les responsables natifs.

Les peurs, c'est malheureux, semblent se mordre la queue... "Les Kabaliens essayent encore de tout ramener à eux" peste Edmond Drian. "C'est symptomatique du problème de la Kabalie rouge : dès qu'il y a des demandes pour réformer et moderniser le pays, il y a trois nomades qui pleurnichent et tout est bloqué le temps de faire un audit." Les exigences de modernité pourront-elles cohabiter avec les légitimes demandes de réparation et de préservation des traditions natives ? C'est le défi que devra relever la Kabalie rouge dans les prochaines semaines si elle veut réussir à calmer la fronde qui agite ses lycées.

Ce mardi, 120 établissements étaient fermés, soit un tiers des lycées du pays.


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