17/02/2020
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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 5

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[⚯] Pëtös
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Ravie de me Rencontrer" Pacsä Näär, 2020 (Peinture au Pochoir, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)

"Ravie de me Rencontrer"
Pacsä Näär, 2020 (Peinture au Pochoir, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)


Ah, les belles nuits de Roncevaux.

Pleine d'amour malgré la guerre, d'amabilités malgré les confrontations, et de rencontres malgré les séparations. Roncevaux était déjà une belle ville, capitale culturelle du pays, mais à présente avec l'Etat Humanitaire Indépendant proclamé et avec cette enclave gardée par les soldats Kartiens, l'ambiance y était encore meilleure.

Qu'ils étaient sympathiques, ces kartiens. Depuis leur arrivée, ils avaient quelque peu animé certains quartiers de la ville, notamment dans les bars où des soldats s'amusaient à passer du temps avec des citoyens, en buvant et en jouant au billard. Mais surtout, un espèce de groupuscule non officiel s'ammusait tous les après-midis à se retrouver sur quelques places à Roncevaux, comme la Place Nicola Maleville, pour organiser quelques parties de football improvisées. Et justement, certains soldats kartiens qui patrouillaient dans cette zone là s'amusaient souvent à rejoindre les parties et pimenter le jeu.

C'était une vraie atmosphère, à des années lumières de la guerre qui se déroulait à plusieurs kilomètres de là. Pas de combats ici, que de l'amour.

Mais comme on sait le dire, Tout bon diable se dissimule sous la lumière.

Dans cette chambre d'hôtel iconique, Luca et Edwige avaient étalé des plans et des notes manuscrites ainsi que des post-its partous sur les parois du petit salon, autrefois plutôt glamour, à présent un bazar sans nom. Si, en réalité ce bazar avait un nom. La Fraude.

"Donc tu as eu une touche côté administration ?"

"Oui alors une touche, c'est vite dit..."

"Luca putain, c'est une touche ou pas ?"

"Oui, ça l'est. Mais faut que je demande à un autre contact pour falsifier la carte grise."

"Genre les établissements psychiatriques ont besoin d'une carte grise ?"

"Bah bien sûr, à ton avis pourquoi les Corvuns veulent tout foutre en l'air, ils ont raison, l'administration antarienne c'est à s'arracher les cheveux putain !"

"Bon, donc on doit juste faire ça et on peut juste commander des médicaments ?"

"Non, pas exactement..."

"Alors pourquoi on fait ça bordel ?"

"Alors en gros, je t'explique. Quand on a un établissement psychiatrique, déjà un inspecteur doit venir évaluer les lieux, et puis on doit soumettre les résultats d'analyse d'au moins dix patients. Y'a plein de normes et tout mais je te passe le bordel, en gros j'ai payé des magistrats pour fermer un oeil dessus."

"Mais genre ils ont pas de problèmes à te laisser conduire un traffic de médocs ?"

"Justement, là on a la possibilité de faire d'une pierre deux coups. En gros, quand le pharmacien-grossiste envoie les médicaments lorsqu'on passe commande, il les envoie par batch, donc en gros une grosse boite avec plein d'autres médicaments auxiliaires aux quantités calibrés selon nos chiffres. C'est en gros pour éviter déjà bah d'une les traffics, de deux qu'un établissement soit négligeant et donc qu'ils oublient volontairement ou non de prendre des médicaments auxiliaires pour couper les coûts."

"Mais on va en faire quoi des autres médocs donc ?"

"Bah justement, elle est là la magie de l'opération. On file le reste des médocs aux gens qui nous aident à garder ça sous couvert en guise de payement en gros."

"Hein ? Mais ils en font quoi des médocs ?"

"Alors c'est ça qui est moche, mais en gros avec la guerre civile beaucoup de ces gens ont vu leur portefeuille se faire allumer la gueule parceque ces sales cons ont fait confiance à la MIRA. Du coup pour se faire du pognon ils revendent des médocs moins cher aux camps humanitaires de Roncevaux."

"Quoi ?! T'es en train de me dire qu'on alimente un réseau qui se paye la tête des réfugiés ?!"

"Bah comment tu crois que une seule région peut acueillir vingt puitains de millions de réfugiés ? C'est 80% du traffic, et c'est de la faute du système comme d'habitude. En gros les magnats du pharma se sont crus qu'ils allaient se faire des liasses en explosant les prix des resources humanitaires en secret, ces gros judéens, parceque la demande était plus inélastique qu'elle ne l'a jamais été. Sauf qu'ils se sont fait avoir ces gros cons, parceque ils croyaient être les seuls a avoir repéré la douille. Donc maintenant, les magistrats jouent les samaritans en "saisissant" illégalement bien sûr leurs médocs et en les revendant moins cher. En gros c'est le bazar, et c'est vraiment choisir entre la peste et le choléra, mais au moins y'a l'un des deux qui permet aux réfugiés d'avoirs leurs ventolines toujours remboursés par la sécu..."

"Genre le gouvernement laisse couler ?"

"Quel gouvernement ? C'est à peine si Karty s'occupe de ces problèmes, parceque ça les concerne pas et dans les faits personne veut le faire, déjà parceque y'a de l'argent à se faire, mais aussi parceque si y'a un déséquilibre c'est les civils qui payent cher. Et là je t'assure que Karty va s'en rendre compte et leur liquider les couilles. Donc les pharmas peuvent rien faire et ils se font voler leur stock, j'ai envie de dire c'est bien fait pour leur gueule mais quand la guerre sera terminée je crois qu'il va y avoir beaucoup de procès pour fraude du côté des magistrats..."

"Et y'a aucun moyen que ça remonte à nous ou que ça nous dénonce ?"

"Non, et au contraire si ils nous dénoncent c'est eux qui prennent cher, parceque en plus des charges de fraude il y a vol et extorsion des resources d'un établissement hospitalier à fonction publique. Et ça ça fait très moche sur le casier, ils prennent vingt ans au moins et des millions d'amende. Je pense pas qu'ils veulent tripler leur sentence pour nous entrainer sur un cas de fraude. En plus, nous on a l'immunité grace à Corvus."

"Non mais attends t'es rigolo toi, l'immunité ça veut pas dire qu'on peut faire toutes les conneries qu'on veut !"

"Bah un peu si, ils pourraient nous casser les couilles là dessus mais en soi y'a un objectif véritable de contre-espionnage vu que Kira est l'agente principale de la MIRA sur le secteur Roncevaux."

"Okay, donc y'a plus rien à faire ?"

"Pas exactement... En gros, là on a une carcasse de projet, une fausse adresse et tout, l'établissement existe. Mais il nous faut des connections, et en particulier d'autres établissements. Parceque y'a un système en Antares où les établissements sont encouragés et subventionnés pour créer des liens et pouvoir s'échanger et se transférer les patients pour éviter d'avoir à être auto-suffisants et permettre une meilleure solidité et portée du système. Sauf que tant qu'on a pas de connections, on peut pas recevoir des médocs. Et ça tombe bien, ce soir y'a un espèce de séminaire pour tous les établissements, notamment après que la plupart de ces guignols ont décidé d'ouvrir leurs cellules après une petite frayeur loduarienne. Sauf que téma ces énormes rats, ils ont pas envie de reprendre leurs patients comme avant, la plupart étaient déjà pleins à craquer au points où deux ou trois patients étaient parfois enfermés ensemble, sauf que des gens comme Kira à partager un seul lit avec des personnes semblables je te laisse deviner ce que ça fait. Donc là, on entre comme des rockstar, on leur dit qu'on est un nouveau projet et on veut bien prendre certains de vos surplus dès qu'il les auront attrapés après la guerre."

"Putain mais c'est salement macabre..."

"Ouais bah je commence beaucoup à aprécier le fait que Corvus puisse prendre le pouvoir, à chaque fois que je bosse sur une fraude je découvre des nouveaux rouages de corruption et de merdes du système comme celles ci où on est pas foutu d'offrir une chambre pour chaque schizo antarien. Donc ouais, c'est un monde de merde, vivement Corvus."

"Tu crois qu'ils vont changer quelque chose ?"

"Y'a intérêt, surtout religieux comme ils sont..."

Ils restèrent là en silence pendant quelques secondes à contempler la faillite du système antarien, et puis comme beaucoup d'autres, décidèrent de jeter ça par dessus leur épaule et de l'oublier.

"Bon Edwige, faut que tu te prépares. Le séminaire est dans deux heures."

"Okay, on fait ça. Je vais me doucher."

"Ah et une dernière chose. Je t'aime."

Edwige, stressée jusque là, se détendit dès la dictée de ces mots par Luca. Elle fit un petit sourire satisfait, s'approcha de lui pour échanger un baiser avant qu'elle parte en direction de la salle de bain.

Oui, c'était des criminels, ils l'ont toujours été. Mais ça ne les empêchait pas d'avoir de l'humanité en eux.

* * *

L'Ambiance était assez joviale malgré la situation assez dramatique du secteur carcéral psychiatrique. Tout le monde avait son petit costard, les femmes leurs robes longues, les cocktails, le champagne, tous les pilliers du terrain de jeu d'Edwige étaient en place comme à leur habitude.

Elle avait passé la première moitié de la soirée à observer de potentiels points d'entrée pour son opération, elle voulait déjà recueillir au moins une dizaine de contacts maintenant et puis faire le reste du travail une fois qu'elle était rentrée. Et justement, la plupart des présentations étaient terminé, et tout le monde était légèrement saoul, le moment parfait pour passer à l'action.

Elle s'avança vers un couple qu'elle connaissait puisqu'elle avait eu le temps de faire quelques recherches sur les profils qui allaient être présents durant cette soirée. Justement lui était le gérant de Margaux Est, l'un des établissements les plus prestigieux et le premier à avoir ouvert ses cellules après l'invasion Loduarienne. Il était plutôt joyeux pour quelqu'un qui venait de perdre son emploi, littéralement, et qui cherchait à le retrouver.

"Moniseur Thibault, quel plaisir de vous voir ici !"

L'homme, point dérangé, salua la jeune femme.

"Bonsoir Mademoiselle, vous m'excuserez mais je ne vous reconnais pas !"

"C'est normal, vous avez sans doute discuté avec l'un de mes collègues il y a deux mois, pas avec moi directement."

C'était bien évidemment faux, mais assez vraisemblable pour passer sous les radars. En effet il y a deux mois, un séminaire semblable avait eu lieu où elle savait qu'il avait répondu présent. Avec le nombre de personnes avec lesquelles il discute, il était facile de se trouver une accroche ainsi.

"Ah, très bien ! À vrai dire, je n'ai pas trop souvenir de votre cause en particulier, vous savez j'ai rencontré beaucoup de gens il y a deux mois ! C'était au dernier séminaire, c'est bien cela ?"

"Oui, exactement. Mon collègue vous avait approché notamment car votre situation nous intéressait beaucoup, vous aviez poliment refusé à l'époque."

Edwige ne le regardait plus dans les yeux, elle regardait à côté en buvant son verre, poussant son interlocuteur à creuser.

"C'est à dire ? Qu'es-ce qui vous intéressait ?"

"Vos détenus en trop surtout. On gère un nouvel établissement qui a ouvert près de Rigault, bâtiment frais, peu de connections, surtout construit dans le but de palier aux sureffectifs généralisés dans le pays. Après, c'était à l'époque ou nous n'avions pas de connections, à présent on a commencé à engager des discussions avec Margaux Ouest."

La réponse assez flegmatique d'Edwige était une véritable bombe dans la conversation. Non seulement elle mettait le patron dans une situation de regret face à un problème qu'il essaye de gérer depuis des années, mais en plus de cela elle lui ment en lui disant qu'elle a dejà entrepris des pourparlers avec son concurrent direct. Et justement, Monsieur Thibault fit un pas de côté de la foule pour venir se rapprocher d'Edwige.

"Attendez, vous plaisantez ? Je n'ai jamais entendu parler de vous."

"Encore une fois, nous étions assez jeunes à l'époque, qui plus ceux avec qui nous avons parlé nous ont confié leur désir de tenir notre organisation sous les radars pour éviter de s'attirer le pays entier sur des transferts de patients. Mais justement, je suis assez curieuse, vous aussi comptez utiliser cette occasion pour régler vos problèmes d'effectifs ?"

L'homme était visiblement perturbé.

"Non, attendez une seconde, votre projet m'intéresse assez tout compte fait, vous faites bien de m'en parler. La situation n'est pas la même qu'il y a deux mois, personne n'aurait pu prévoir. Je suppose que vous n'avez pas tout rempli en deux mois, surtout avec la guerre ?"

"Oui, nous avons encore beaucoup d'espace, nous avons freiné beaucoup de nos accords pour l'instant, mais l'initiative est assez jeune donc nous avons besoin de soutien."

"Donc serait il possible de revenir un peu sur votre histoire ?"

"Oui, tout à fait, mais encore une fois, je croyais que vous maîtrisiez la situation ?"

"En réalité, pas autant, on a eu quelques imprévus... Vous croyez qu'on peut parler en privé pendant une vingtaine de minutes ?"

"Après monsieur Thibault, nous pourrions parler toute la soirée si nous le voulons, mais nous avons besoin de ces partenariats si nous voulons pouvoir tenir nos promesses. Nous avons déjà avancé avec d'autres institutions, si vous arrivez à rattraper ce retard là vous serez évidemment considérés, mais je doute que..."

"Vous savez, vu qu'on a plus de détenus, tout va plus vite. On peut très bien terminer toutes les démarches avant la fin de la semaine, sans problème."

"Vous êtes sûrs ? Parceque quand j'ai..."

Le téléphone d'Edwige se mit à sonner. Elle le sortit de son sac à main puis s'exclama.

"Je m'excuse, je dois prendre cet appel. Je peux vous écrire après la soirée ?"

"Bien sûr, absolument. Vous avez mon adresse ?"

"Oui, mon collègue doit l'avoir."

"Très bien, merci beaucoup pour votre geste d'ailleurs Mademoiselle."

Edwige s'eclipsa en posant son portable sur sa tempe, puis le rangea dans son sac à main une fois qu'elle était assez loin. La technique classique de l'appel pour s'exfiltrer de la conversation au bon moment et le laisser désirer. Surtout qu'elle avait bougé durant cette discussion, entraînant les deux individus en dehors de la foule ce qui faisait que l'homme était à présent seul et devrait retrouver son chemin, moments durant lesquels il allait repenser à cette même discussion. Ces petites techniques, ces tournures, c'était inné chez Edwige. Elle pensait légèrement au fait de devoir laisser tout ce plaisir derrière elle, mais la guerre s'annonçait encore longue. Elle aura pleinement le temps d'en profiter.

Elle passa le reste de la soirée à faire des coups similaires à plusieurs chefs de pôle de ces institutions carcérales, parfois les abordant de différentes manières selon leur personalités longuement étudiés par la jeune femme en amont et durant la première moitié de la soirée. Décidément, elle était imbattable sur ce point là.

Avant que la soirée ne commence à se vider, elle décida de s'exfiltrer doucement, avec une bonne douzaine de partenariats dans la poche prêts à être concrétisés via mail demain matin. C'était certainement l'une des missions les plus faciles qu'elle ait effectués jusque là. Vu qu'elle avait du temps en plus avant d'aller retrouver Luca, elle décida de faire un petit détour par ces fameux quartiers où les soldats kartiens buvaient à la santé de l'un l'autre et de celle des antariens, avec des en-cas de minuit improvisés ça et là au milieu des rues. Plus une voiture ne circulait dans le centre-ville à cause des installations humanitaires, et il était vrai que la ville semblait plus grande ainsi, mais aussi bien plus humaine, surtout pour profiter de ces derniers jours d'été.

Qu'elle était belle, la ville de Roncevaux. Edwige y voyait clairement un avenir avec Luca. Dans un petit apartement à faire l'amour et viellir ensemble, et construire ensemble un futur dans la légalité bien entendu.

Arrivée à la porte de sa chambre d'hôtel, elle souriait. Elle avait certainement eu besoin de prendre l'air après plus d'une semaine à essayer d'échafauder cette fraude, et surtout faire ce qu'elle aimait faire, soit son travail...

Mince, se disait elle. Elle avait oubliée sa clé dans l'apartement très probablement. Qu'importe, elle voulait que Luca lui ouvre de toute façon pour qu'elle lui saute dans les bras. Elle toqua à la porte avec un sourire aux lèvres, s'attendant à passer une folle soirée.

Soudain, la porte s'ouvrit, et Edwige prit peur en faisant un pas en arrière. Quelqu'un d'autre avait ouvert la porte. Quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas. Cheveux courts, noirs, stature de deux mètres certainement et quatre vingt dix kilos de muscles, elle avait l'impression d'avoir hercule en face d'elle. Avant qu'elle ne puisse prendre la parole, l'homme s'exclama d'une voix rauque.

"Edwige, c'est ça ?"

"...Vous êtes qui au juste ?"

"On doit parler de quelque chose."

Il pénétra dans la chambre d'où il était sorti en laissant la porte ouverte. Edwige hésitait à rentrer.

"Il est où Luca ? C'est quoi cette histoire ??"

"Il est aux toilettes."

C'était la goutte de trop. Edwige sortit son silencieux de sa poche dissimulée sous sa robe et pointa l'arme sur l'homme.

"Vous êtes qui putain, il est où Luca ?!"

Au même moment, la porte de la salle de bain s'ouvrit et Luca en sortit avec un bruit de chasse d'eau derrière lui. La première chose qu'il vit, c'était Edwige avec son arme dégainée. La deuxième, ce colosse assis dans leur salon. Il eut un instant de blanc avant de demander.

"C'est qui ce mec ?"

"Je sais pas ce qu'il veut, il m'a ouvert la porte quand j'ai toqué !"

"Il veut quoi ?!"

L'homme répondit calmement.

"Je suis là depuis vingt minutes parceque tu n'es pas foutu de rester aux toilettes pendant moins de cinq minutes, ne me faites pas attendre plus."

"Mais tu vas nous dire qui t'es bordel ?!"

"Je suis la relève de Märtÿ. Moi, c'est Omër. Et il me semble que c'est plutôt vous qui me devez des explications."

Luca et Edwige se regardaient l'un l'autre, avant de fermer la porte de la chambre d'hôtel derrière eux et venir s'assoir près de ce qui semblait être leur nouveau contact de mission. Edwige prit la parole tout en rangeant son arme.

"Vous êtes vraiment des rigolos les Corvuns, jamais là pour rassurer hein ?"

"En effet, je devrais plutôt vous stresser à mon avis vu ce qu'on voit de votre performance."

Il sortit un dossier de sa poche interne à la manière d'un détective de cinéma et le jeta sur la table à café. Confus, Luca le ramassa et le feuilleta rapidement avant de s'exclamer en souriant.

"Ouais, bravo champion, tu nous a eu... C'est pas comme si t'étais dans un salon avec vingt trois mille putains de post-it sur les quatre murs qui disent exactement la même chose que ton foutu dossier ! Sacré détective hein, tu nous a eu la main dans le sac ! Mais c'est qui ce mongol genre ?"

L'homme répondit toujours en gardant son air impassible.

"Ce qui compte c'est pas qu'on le sache ou non, c'est que vous ne respectez pas les termes qu'on avait décidé ensemble."

"Les termes ?"

"Oui. Vous bossez pour nous, on vous donne l'immunité."

Luca regarda Edwige dans les yeux avant de se lever et de se mettre à sourir.

"T'ais raison Edwige en fait, c'est vraiment des rigolos eux. Non mais t'arrives à te prendre au sérieux en plus ? Märtÿ est six pieds sous terre en Loduarie Communiste, et ma partenaire là elle l'a vu se faire empaler par un missile balistique sous ses yeux. On vous a envoyé des lettres de condoléances, on vous a demandé ce qui allait s'en suivre, vous nous avez mis un énorme vent. Bon, à partir de là, deux solutions. Nous on voit que la guerre a repris de plus belle, on se dit qu'ils vont peut-être se bouger le cul, rien de votre part. Sinon, on pouvait aussi faire le taf tout seuls, parceque visiblement c'est ce qu'on est censés faire hein, le fameux "on vous donne un objectif et vous vous démerdez" hein. Et maintenant t'as Atlas qui débarque chez nous en mode on fait pas notre travail après douze jours de silence radio et c'est vous qui faites la gueule ? Mais tu m'étonnes qu'il soit marrant lui ! Regardes en plus avec son gros pif d'énervé !"

L'homme ne semblant pourtant pas s'impatienter se leva lentement. Il faisait certainement une tête de plus que Luca.

"Ah, il se lève maintenant en plus ! C'est quoi, je te fais pleurer ? Vas-y met moi ton poing dans ma gueule, t'as pas idée de à quel point j'ai envie de finir aux urgences ! Je me suis tappé deux semaines de bureaucratie du secteur médical antarien, je peux te dire exactement comment porter un procès à n'importe quel médecin spécialiste, ça me fera tu sais pas combien de thunes !"

L'homme fit un pas en avant vers Luca, et pour Edwige c'était le signal. Elle sauta de son siège et fis deux pas en arrière en dégaînant son arme de sortes à ce qu'il ne puisse l'attraper.

"T'as pas intérêt à poser un doigt sur mon mari sale gorille, on verra si tes abdos sont aussi pare-balles qu'ils en ont l'air."

L'homme regarda autour de lui. D'un côté, une jeune femme qui le menaçait au pistolet, et de l'autre un fraudeur provocateur qui se moquait ouvertement de lui.

Mais dans les faits, Luca avait raison. Corvus avait délaissé son secteur de l'espionnage après la disparition de Märtÿ, et bien sûr ils ne se sont rendus compte du problème qu'à postériori, alors qu'ils avaient le plus besoin de leurs agents, en particulier de ces deux stars. Calmement, l'homme s'assieds de nouveau. Luca s'exclama.

"Voilà, reste à ta place !"

"Luca putain, arrête de faire le con !"

"Mes excuses, mes excuses..."

"Bon, on t'explique un truc. Tu vois en face ils ont une putain de machine de guerre qui leur obéit d'accord ? Une gamine de seize ans qui a tué soixante douze personnes dans sa carrière. Personellement j'ai pas envie de tuer une petite fille ni qu'elle me tue, mais on sait quelque chose. La MIRA la traite comme un animal, et on a une idée pour la faire flancher et peut être la rammener de notre côté. Mais oui, du coup pour faire ça, désolé de le dire mais on fait ce qu'on sait faire de mieux, c'est à dire de la fraude et de l'espionnage industriel. Donc si ça vous déplaît, vous auriez dû être un peu plus stricts avant. Maintenant c'est trop tard. Et ne pensez pas qu'on fait ça que pour nous, si Kira tombe la MIRA a personne de compétent à envoyer à nos trousses."

Omër prit un instant pour réfléchir avant de prononcer quelques mots.

"Bon. Très bien. Nos excuses pour notre manque de réactivité. Mais ce qui me perturbe, c'est de voir que vous êtes en train de mettre en place un trafic de médicaments. J'aimerais des explications à ce sujet."

"Alors, c'est compliqué, mais en gros cette fille peut pas survivre sans ces médocs là, la Clozapine. Sauf qu'on peut pas s'en procurer en pharmacie comme tout le monde, on doit passer par un pharmacien-grossiste. Et le moyen le plus simple de faire ça c'est de créer une institution carcérale psychiatrique fictive..."

"Vous êtes en train de me dire que vous avez corrompu des magistrats, alimentez un équilibre déjà fragile de trafic de médicaments dans la zone humanitaire, faites de la fraude à plusieurs niveaux et simulez l'existence d'une institution entière à deux juste pour amadouer une fillette de seize ans avec une boîte de médicaments ?"

Luca prit la parole.

"Très exactement, et là Edwige revient d'une mission pour créer des partenariats avec des institutions existantes pour obtenir la réputation nécessaire auprès du grossiste, après à long terme on va devoir accepter des transferts de détenus et les placer quelque part, mais bon, bref, on trouvera une solution, c'est pas la question là. La fraude, c'est notre truc, c'est nous les experts ici, c'est nous Walter et Jesse. Déjà soyez content qu'on le fait aussi dans vos intérêts."

"Bon. Je veux tout de même un briefing pour encadrer ça. Vous pouvez pas jouer la réputation de Corvus dans le domaine, même si vous êtes les meilleurs. On doit savoir ce que vous faites."

"Pas de problèmes là dessus."

"Maintenant, ça c'est réglé. Deuxième et dernière chose, je replacerai Märtÿ à partir de maintenant. Je prendrai contact avec vous dans les prochains jours pour discuter de certaines missions. Je vois aucun problème à ce que vous preniez vos propres initiatives si vous avez un plan derrière. Mais vous devez pouvoir me garantir que vous pourrez jongler ça avec les missions qu'on vous donne en parallèle, parceque de notre côté aussi on doit avancer."

"C'est bon, c'est pas la première fois qu'on va devoir jouer sur plusieurs cours à la fois. On s'en sortira."

"Très bien. Je vous écris bientôt. Tenez moi au courrant."

L'homme se leva et se dirigea vers la porte d'entrée, mais s'arrêta juste avant et se retourna pour interpeler Edwige.

"D'ailleurs, sur votre modèle de pistolet, la sécurité c'est un petit bouton sur le côté droit de l'arme, avec un voyant rouge. Si vous avez besoin de cours de maniement d'armes, faites nous signe."

Et il claqua la porte derrière lui. Confuse, Edwige inspecta son arme et remarqua que la sécurité était en effet toujours engagée. Elle colla sa main sur son front comme pour montrer qu'elle était stupide et s'exclama.

"Putain, j'arrête pas d'oublier la sécurité... Je dois vraiment prendre des cours..."

"Non, c'est bon tu t'y fera. Tu n'as pas l'habitude d'utiliser ton arme de toutes façon, tu n'es pas une assassine, tu es une espionne..."

Luca marqua une pause avant de reprendre.

"...mon espionne."

Ils se regardèrent tous les deux, souriants.

"Tu sais, si l'autre gorille là m'avait pas ouvert la porte, je me serai jeté dans tes bras... Il a tout gâché."

"Bah tu sais, il est jamais trop tard !"

Luca se leva et ouvra ses bras comme pour lui signaler de lui sauter dessus.

Edwige se mit à sourire encore plus qu'avant. Elle sauta de son fautueil et vint se jeter sur lui. Ils échangèrent un long baiser pendant qu'elle commença a lui défaire sa cravatte et lui déboutonner la chemise alors qu'il reculait doucement vers leur chambre.

Finalement, ils ont pu l'avoir leur nuit de folie, même après ce petit imprévu.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode illustre la construction de la fraude que mènent Luca et Edwige pour tenter de récupérer Kira des griffes abusives de la MIRA. Ils rencontrent aussi la relève de Märtÿ ce qui leur permet de concrétiser leur opération et la rattacher à la cause corvienne.
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[❀] Komëdyä Pantÿvängit
Kapöli III: Västäyokäÿs

Clara Malmaison

Clara Malmaison


Pas un bruit.

Juste le Président de la République, Arthur Dabi, avachi sur un fauteuil, le visage enterré dans ses mains.

Il venait d'être informé des bombardements de l'Armée Républicaine Antarienne sur Henne. Aucune victime civile, certes, mais des civils étaient bien présents dans la ville, en sécurité dans les sousterrains des métros hennois.

Le Camp Corvun accusait la MIRA d'avoir délibérément essayé de bombarder les rescapés. La MIRA accusait Corvus d'utiliser les rescapés à leur avantage pour protéger Henne des bombardements. Techniquement, la MIRA avait raison, Corvus ne pouvait pas simplement mettre les rescapés à l'abri à Henne, surtout qu'elle était de loin la ville la plus dangereuse du pays en tant qu'épicentre de la Guerre des Ombres. Mais la MIRA suspectait la présence des civils et a décidé de bombarder quand même par principe. Et maintenant, le gouvernement antarien devait intervenir pour calmer les tensions à defaut de pouvoir désigner un coupable.

Depuis que la guerre avait commencé, il avait perdu cinq kilos à cause du stress uniquement. C'était pourtant un bon président, à l'aise et charismatique. Il avait pris en main la guerre civile et rassuré les populations, tout le monde le voyaient comme une figure protectrice qui allait leur assurer la sécurité lors de la Guerre des Ombres. En somme, il avait un devoir de représentation.

Mais d'un autre côté, il avail l'air de jouer à la garderie. Il devait prendre des décisions morales sur des dilemmes sans devoir prendre partie, une tâche qui a l'air simple, mais qui le noyait rapidement dans les réflexion. Il est normal de se demander, la nuit avant de fermer l'oeil si ça arrive, si il ne prennait pas une mauvaise décision.

Heureusement, il n'était pas seul. Derrière lui, il y avait la porte parole du gouvernement, Ella de Flandres, qui le soutenait dans les discours et les aparitions publiques. Et puis bien sûr, son grand ami Luca Ravenne, Président du Conseil, qui gérait la plupart des tâches en arrière plan. Eux deux avaient partagé la plupart des dilemmes, et jusqu'ici formaient une bonne équipe. Mais tout de même, il ne pouvais pas être tout le temps là. Et ainsi, Arthur se retrouvait encore seul face à ses pensées.

Pas exactement seul, à vrai dire. Quelqu'un dans cette soirée, avait pensé à lui. Ce quelqu'un, contre toute attente, c'était Clara Malmaison.

Elle toqua a la porte de la chambre du jeune homme, qui répondit "Entrez" avec un léger gémissement. La jeune femme entra dans la pièce, impassible comme à son habitude.

"Tout va bien ?"

"Pas exactement non, y'a une nouvelle histoire maintenant avec la MIRA et Corvus..."

"Les Bombardements ?"

"Ouais, c'est ça..."

"On dirait que tu te prends la tête avec ça."

"Bien sûr que je me prends la tête ! Je dois faire le médiateur entre deux parties, se proclamant toutes les deux moralement supérieures, et pas faire de favoritismes. C'est impossible."

"En effet, ça l'est."

"Bien sûr que ça l'est ! C'est... hein ? Donc tu es d'accord ?"

"Bien sûr que je suis d'accord. C'est impossible de rester neutres sur ces questions. Tu crois que je suis neutre, moi ?"

"Tu ne l'es pas ?"

"Bien sûr que non. Je supporte entièrement le camp Corvun. Et ça se sait légèrement."

"Mais tu ne peux pas !"

"Bien spur que si. Notre devoir est de protéger les civils et de garder Roncevaux neutre. Nous, on est pas obligés de l'être. Il y a la République Fédérale Kartienne pour ça."

"On ne peut pas choisir de camp. Je suis catégorique là dessus. Tout le monde va remettre en question notre intégrité."

"Intégrité soit. Moi je pense à l'avenir du pays. Et choisir un côté en fait partie."

"Qu'es-ce que tu insinues ?"

"Arrête de faire semblant Arthur. Tu sais très bien que la MIRA veut ta tête. À ton avis, pourquoi je suis venue ici ? Tu crois que c'est pour essuyer tes larmes ? Tu sais que j'ai horreur des consolations. Regarde."

Clara sortit de sa poche quelques clichés et les montra au Président. Sur les photos, des personnes avec des jumelles sur des toits, des visages entourés de cercles rouges et des flèches. Arthur ne comprennait pas.

"Qu'es-ce que c'est que ça ?"

"C'est la MIRA durant ta dernière allocution. Ils te surveillent. Au premier mot de travers, ils te logent une balle entre les deux yeux. Tu ne peux plus faire d'aparitions publiques, tu dois les faires télévisés. Tu ne peux plus faire semblant. Si ce n'était pas pour Luca, tu serais déjà mort dans ton bureau à Margaux. Et tu le sais pertinemment Arthur, que si la MIRA gagne, ils ne nous rendront pas le pouvoir."

"Mais... Clara, je ne peux pas dire ça, tu le sais très bien. Les personnes me suivent. Je ne peux pas influencer l'opinion publique."

"C'est un devoir de vérité. Les personnes méritent de savoir, surtout les supporters de la MIRA, que leur camp te tient dans leur viseur. Et que supporter Corvus signifie supporter potentiellement la démocratie. Après, si les gens sont contents avec une dictature, c'est leur choix. Mais aux dernières nouvelles, ce n'est pas le cas."

Arthur avait du mal a réfléchir. Clara se leva et continua son discours.

"Nous on est là pour garantir l'avenir du pays. La couleur de celui ci sera déterminé par le vainqueur de la guerre civile. Mais il doit quand même y avoir un avenir stable. Une dictature, ce n'est pas un avenir stable. Donc reste impartial, je t'en prie, mais les gens doivent savoir la vérité. La MIRA prend trop de libertés, ils se croient tout permis. Ils te font littéralement du chantage. C'est toi le Président, putain. Tu dois être plus ferme que ça. Tu n'as pas à faire le médiateur. Tu dois faire celui que les gens n'ont pas envie d'avoir à faire affaire. Et si la MIRA se calme après tes coups de pression, là ça sera le moment d'être impartial. Mais avant ça, faut revenir sur la même page. Arrête d'être otage de cette comédie."

Les mots de Clara étaient certainement durs, mais ils étaient vrais. Entre coups de stress et confusions, Arthur avait presque perdu toute son autorité. Il se devait de la reconquérir. Et peut-être que si on l'écoutait, peut être qu'il allait se sentir moins stressé. Il devait reprendre le contrôle sur la situation.

"Bon, je te laisse. J'espère que tu m'écouteras cette fois ci. On a un rôle à jouer, et tu en est le protagoniste. Uses de ton autorité et ne laisse pas l'un des deux camps se permettre de contourner le contrat de jeu. Je compte sur toi."

Clara quitta le Président de la République, aussi rapidement qu'elle avait débarqué. Ce dernier ce tenait encore là, les clichés entre les mains. Il les feuilleta un par un, sentant sa rage s'accumuler à chaque image. Au bout de la cinquième seulement, il se leva et jeta la petite pile de photos de toutes ses forces contre un mur.

Arthur Dabi en avait marre qu'on le prenne pour un con, qu'on le largue sur tous les sujets en lien avec la guerre civile. Il en avait marre d'être le monsieur tout le monde dans la tête des gens celui qui "au moins est là pour dire des bonnes nouvelles". Clara avait raison. Il fallait arrêter de jouer la comédie. Et surtout d'en être l'otage.

Il sortit de sa chambre en courrant et intercepta la ministre des affaires étrangères avant qu'elle ne sorte.

"Clara, rends moi un service. Occupes toi de me faire un dossier dur comme fer sur pourquoi et comment exactement est-ce que cette foutue guerre a débuté."

Clara, d'habitude impassible, eut un petit sourire fugace avant de répondre avec assurance.

"Très bien. Je suis dessus."

À présent, le gouvernement antarien se devait de reprendre la force. Certes, la guerre allait probablement dérailler en affrontements toujours plus sanguinaires. Mais il était hors de question de laisser l'une des deux parties manquer de respect aux règles fondamentales de la guerre et surtout, pour Arthur, à sa propre autorité en tant que Président de la République.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode illustre le retour en confiance du Président de la République après une discussion avec Clara Malmaison, ministre des affaires étrangères. Il décide de rétablir son autorité auprès des parties, surtout celle de la MIRA.
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