02/07/2020
12:26:12
Index du forum Continents Eurysie Antares

La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 5

Voir fiche pays Voir sur la carte
21979
[⚯] Pëtös
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Ravie de me Rencontrer" Pacsä Näär, 2020 (Peinture au Pochoir, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)

"Ravie de me Rencontrer"
Pacsä Näär, 2020 (Peinture au Pochoir, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)


Ah, les belles nuits de Roncevaux.

Pleine d'amour malgré la guerre, d'amabilités malgré les confrontations, et de rencontres malgré les séparations. Roncevaux était déjà une belle ville, capitale culturelle du pays, mais à présente avec l'Etat Humanitaire Indépendant proclamé et avec cette enclave gardée par les soldats Kartiens, l'ambiance y était encore meilleure.

Qu'ils étaient sympathiques, ces kartiens. Depuis leur arrivée, ils avaient quelque peu animé certains quartiers de la ville, notamment dans les bars où des soldats s'amusaient à passer du temps avec des citoyens, en buvant et en jouant au billard. Mais surtout, un espèce de groupuscule non officiel s'ammusait tous les après-midis à se retrouver sur quelques places à Roncevaux, comme la Place Nicola Maleville, pour organiser quelques parties de football improvisées. Et justement, certains soldats kartiens qui patrouillaient dans cette zone là s'amusaient souvent à rejoindre les parties et pimenter le jeu.

C'était une vraie atmosphère, à des années lumières de la guerre qui se déroulait à plusieurs kilomètres de là. Pas de combats ici, que de l'amour.

Mais comme on sait le dire, Tout bon diable se dissimule sous la lumière.

Dans cette chambre d'hôtel iconique, Luca et Edwige avaient étalé des plans et des notes manuscrites ainsi que des post-its partous sur les parois du petit salon, autrefois plutôt glamour, à présent un bazar sans nom. Si, en réalité ce bazar avait un nom. La Fraude.

"Donc tu as eu une touche côté administration ?"

"Oui alors une touche, c'est vite dit..."

"Luca putain, c'est une touche ou pas ?"

"Oui, ça l'est. Mais faut que je demande à un autre contact pour falsifier la carte grise."

"Genre les établissements psychiatriques ont besoin d'une carte grise ?"

"Bah bien sûr, à ton avis pourquoi les Corvuns veulent tout foutre en l'air, ils ont raison, l'administration antarienne c'est à s'arracher les cheveux putain !"

"Bon, donc on doit juste faire ça et on peut juste commander des médicaments ?"

"Non, pas exactement..."

"Alors pourquoi on fait ça bordel ?"

"Alors en gros, je t'explique. Quand on a un établissement psychiatrique, déjà un inspecteur doit venir évaluer les lieux, et puis on doit soumettre les résultats d'analyse d'au moins dix patients. Y'a plein de normes et tout mais je te passe le bordel, en gros j'ai payé des magistrats pour fermer un oeil dessus."

"Mais genre ils ont pas de problèmes à te laisser conduire un traffic de médocs ?"

"Justement, là on a la possibilité de faire d'une pierre deux coups. En gros, quand le pharmacien-grossiste envoie les médicaments lorsqu'on passe commande, il les envoie par batch, donc en gros une grosse boite avec plein d'autres médicaments auxiliaires aux quantités calibrés selon nos chiffres. C'est en gros pour éviter déjà bah d'une les traffics, de deux qu'un établissement soit négligeant et donc qu'ils oublient volontairement ou non de prendre des médicaments auxiliaires pour couper les coûts."

"Mais on va en faire quoi des autres médocs donc ?"

"Bah justement, elle est là la magie de l'opération. On file le reste des médocs aux gens qui nous aident à garder ça sous couvert en guise de payement en gros."

"Hein ? Mais ils en font quoi des médocs ?"

"Alors c'est ça qui est moche, mais en gros avec la guerre civile beaucoup de ces gens ont vu leur portefeuille se faire allumer la gueule parceque ces sales cons ont fait confiance à la MIRA. Du coup pour se faire du pognon ils revendent des médocs moins cher aux camps humanitaires de Roncevaux."

"Quoi ?! T'es en train de me dire qu'on alimente un réseau qui se paye la tête des réfugiés ?!"

"Bah comment tu crois que une seule région peut acueillir vingt puitains de millions de réfugiés ? C'est 80% du traffic, et c'est de la faute du système comme d'habitude. En gros les magnats du pharma se sont crus qu'ils allaient se faire des liasses en explosant les prix des resources humanitaires en secret, ces gros judéens, parceque la demande était plus inélastique qu'elle ne l'a jamais été. Sauf qu'ils se sont fait avoir ces gros cons, parceque ils croyaient être les seuls a avoir repéré la douille. Donc maintenant, les magistrats jouent les samaritans en "saisissant" illégalement bien sûr leurs médocs et en les revendant moins cher. En gros c'est le bazar, et c'est vraiment choisir entre la peste et le choléra, mais au moins y'a l'un des deux qui permet aux réfugiés d'avoirs leurs ventolines toujours remboursés par la sécu..."

"Genre le gouvernement laisse couler ?"

"Quel gouvernement ? C'est à peine si Karty s'occupe de ces problèmes, parceque ça les concerne pas et dans les faits personne veut le faire, déjà parceque y'a de l'argent à se faire, mais aussi parceque si y'a un déséquilibre c'est les civils qui payent cher. Et là je t'assure que Karty va s'en rendre compte et leur liquider les couilles. Donc les pharmas peuvent rien faire et ils se font voler leur stock, j'ai envie de dire c'est bien fait pour leur gueule mais quand la guerre sera terminée je crois qu'il va y avoir beaucoup de procès pour fraude du côté des magistrats..."

"Et y'a aucun moyen que ça remonte à nous ou que ça nous dénonce ?"

"Non, et au contraire si ils nous dénoncent c'est eux qui prennent cher, parceque en plus des charges de fraude il y a vol et extorsion des resources d'un établissement hospitalier à fonction publique. Et ça ça fait très moche sur le casier, ils prennent vingt ans au moins et des millions d'amende. Je pense pas qu'ils veulent tripler leur sentence pour nous entrainer sur un cas de fraude. En plus, nous on a l'immunité grace à Corvus."

"Non mais attends t'es rigolo toi, l'immunité ça veut pas dire qu'on peut faire toutes les conneries qu'on veut !"

"Bah un peu si, ils pourraient nous casser les couilles là dessus mais en soi y'a un objectif véritable de contre-espionnage vu que Kira est l'agente principale de la MIRA sur le secteur Roncevaux."

"Okay, donc y'a plus rien à faire ?"

"Pas exactement... En gros, là on a une carcasse de projet, une fausse adresse et tout, l'établissement existe. Mais il nous faut des connections, et en particulier d'autres établissements. Parceque y'a un système en Antares où les établissements sont encouragés et subventionnés pour créer des liens et pouvoir s'échanger et se transférer les patients pour éviter d'avoir à être auto-suffisants et permettre une meilleure solidité et portée du système. Sauf que tant qu'on a pas de connections, on peut pas recevoir des médocs. Et ça tombe bien, ce soir y'a un espèce de séminaire pour tous les établissements, notamment après que la plupart de ces guignols ont décidé d'ouvrir leurs cellules après une petite frayeur loduarienne. Sauf que téma ces énormes rats, ils ont pas envie de reprendre leurs patients comme avant, la plupart étaient déjà pleins à craquer au points où deux ou trois patients étaient parfois enfermés ensemble, sauf que des gens comme Kira à partager un seul lit avec des personnes semblables je te laisse deviner ce que ça fait. Donc là, on entre comme des rockstar, on leur dit qu'on est un nouveau projet et on veut bien prendre certains de vos surplus dès qu'il les auront attrapés après la guerre."

"Putain mais c'est salement macabre..."

"Ouais bah je commence beaucoup à aprécier le fait que Corvus puisse prendre le pouvoir, à chaque fois que je bosse sur une fraude je découvre des nouveaux rouages de corruption et de merdes du système comme celles ci où on est pas foutu d'offrir une chambre pour chaque schizo antarien. Donc ouais, c'est un monde de merde, vivement Corvus."

"Tu crois qu'ils vont changer quelque chose ?"

"Y'a intérêt, surtout religieux comme ils sont..."

Ils restèrent là en silence pendant quelques secondes à contempler la faillite du système antarien, et puis comme beaucoup d'autres, décidèrent de jeter ça par dessus leur épaule et de l'oublier.

"Bon Edwige, faut que tu te prépares. Le séminaire est dans deux heures."

"Okay, on fait ça. Je vais me doucher."

"Ah et une dernière chose. Je t'aime."

Edwige, stressée jusque là, se détendit dès la dictée de ces mots par Luca. Elle fit un petit sourire satisfait, s'approcha de lui pour échanger un baiser avant qu'elle parte en direction de la salle de bain.

Oui, c'était des criminels, ils l'ont toujours été. Mais ça ne les empêchait pas d'avoir de l'humanité en eux.

* * *

L'Ambiance était assez joviale malgré la situation assez dramatique du secteur carcéral psychiatrique. Tout le monde avait son petit costard, les femmes leurs robes longues, les cocktails, le champagne, tous les pilliers du terrain de jeu d'Edwige étaient en place comme à leur habitude.

Elle avait passé la première moitié de la soirée à observer de potentiels points d'entrée pour son opération, elle voulait déjà recueillir au moins une dizaine de contacts maintenant et puis faire le reste du travail une fois qu'elle était rentrée. Et justement, la plupart des présentations étaient terminé, et tout le monde était légèrement saoul, le moment parfait pour passer à l'action.

Elle s'avança vers un couple qu'elle connaissait puisqu'elle avait eu le temps de faire quelques recherches sur les profils qui allaient être présents durant cette soirée. Justement lui était le gérant de Margaux Est, l'un des établissements les plus prestigieux et le premier à avoir ouvert ses cellules après l'invasion Loduarienne. Il était plutôt joyeux pour quelqu'un qui venait de perdre son emploi, littéralement, et qui cherchait à le retrouver.

"Moniseur Thibault, quel plaisir de vous voir ici !"

L'homme, point dérangé, salua la jeune femme.

"Bonsoir Mademoiselle, vous m'excuserez mais je ne vous reconnais pas !"

"C'est normal, vous avez sans doute discuté avec l'un de mes collègues il y a deux mois, pas avec moi directement."

C'était bien évidemment faux, mais assez vraisemblable pour passer sous les radars. En effet il y a deux mois, un séminaire semblable avait eu lieu où elle savait qu'il avait répondu présent. Avec le nombre de personnes avec lesquelles il discute, il était facile de se trouver une accroche ainsi.

"Ah, très bien ! À vrai dire, je n'ai pas trop souvenir de votre cause en particulier, vous savez j'ai rencontré beaucoup de gens il y a deux mois ! C'était au dernier séminaire, c'est bien cela ?"

"Oui, exactement. Mon collègue vous avait approché notamment car votre situation nous intéressait beaucoup, vous aviez poliment refusé à l'époque."

Edwige ne le regardait plus dans les yeux, elle regardait à côté en buvant son verre, poussant son interlocuteur à creuser.

"C'est à dire ? Qu'es-ce qui vous intéressait ?"

"Vos détenus en trop surtout. On gère un nouvel établissement qui a ouvert près de Rigault, bâtiment frais, peu de connections, surtout construit dans le but de palier aux sureffectifs généralisés dans le pays. Après, c'était à l'époque ou nous n'avions pas de connections, à présent on a commencé à engager des discussions avec Margaux Ouest."

La réponse assez flegmatique d'Edwige était une véritable bombe dans la conversation. Non seulement elle mettait le patron dans une situation de regret face à un problème qu'il essaye de gérer depuis des années, mais en plus de cela elle lui ment en lui disant qu'elle a dejà entrepris des pourparlers avec son concurrent direct. Et justement, Monsieur Thibault fit un pas de côté de la foule pour venir se rapprocher d'Edwige.

"Attendez, vous plaisantez ? Je n'ai jamais entendu parler de vous."

"Encore une fois, nous étions assez jeunes à l'époque, qui plus ceux avec qui nous avons parlé nous ont confié leur désir de tenir notre organisation sous les radars pour éviter de s'attirer le pays entier sur des transferts de patients. Mais justement, je suis assez curieuse, vous aussi comptez utiliser cette occasion pour régler vos problèmes d'effectifs ?"

L'homme était visiblement perturbé.

"Non, attendez une seconde, votre projet m'intéresse assez tout compte fait, vous faites bien de m'en parler. La situation n'est pas la même qu'il y a deux mois, personne n'aurait pu prévoir. Je suppose que vous n'avez pas tout rempli en deux mois, surtout avec la guerre ?"

"Oui, nous avons encore beaucoup d'espace, nous avons freiné beaucoup de nos accords pour l'instant, mais l'initiative est assez jeune donc nous avons besoin de soutien."

"Donc serait il possible de revenir un peu sur votre histoire ?"

"Oui, tout à fait, mais encore une fois, je croyais que vous maîtrisiez la situation ?"

"En réalité, pas autant, on a eu quelques imprévus... Vous croyez qu'on peut parler en privé pendant une vingtaine de minutes ?"

"Après monsieur Thibault, nous pourrions parler toute la soirée si nous le voulons, mais nous avons besoin de ces partenariats si nous voulons pouvoir tenir nos promesses. Nous avons déjà avancé avec d'autres institutions, si vous arrivez à rattraper ce retard là vous serez évidemment considérés, mais je doute que..."

"Vous savez, vu qu'on a plus de détenus, tout va plus vite. On peut très bien terminer toutes les démarches avant la fin de la semaine, sans problème."

"Vous êtes sûrs ? Parceque quand j'ai..."

Le téléphone d'Edwige se mit à sonner. Elle le sortit de son sac à main puis s'exclama.

"Je m'excuse, je dois prendre cet appel. Je peux vous écrire après la soirée ?"

"Bien sûr, absolument. Vous avez mon adresse ?"

"Oui, mon collègue doit l'avoir."

"Très bien, merci beaucoup pour votre geste d'ailleurs Mademoiselle."

Edwige s'eclipsa en posant son portable sur sa tempe, puis le rangea dans son sac à main une fois qu'elle était assez loin. La technique classique de l'appel pour s'exfiltrer de la conversation au bon moment et le laisser désirer. Surtout qu'elle avait bougé durant cette discussion, entraînant les deux individus en dehors de la foule ce qui faisait que l'homme était à présent seul et devrait retrouver son chemin, moments durant lesquels il allait repenser à cette même discussion. Ces petites techniques, ces tournures, c'était inné chez Edwige. Elle pensait légèrement au fait de devoir laisser tout ce plaisir derrière elle, mais la guerre s'annonçait encore longue. Elle aura pleinement le temps d'en profiter.

Elle passa le reste de la soirée à faire des coups similaires à plusieurs chefs de pôle de ces institutions carcérales, parfois les abordant de différentes manières selon leur personalités longuement étudiés par la jeune femme en amont et durant la première moitié de la soirée. Décidément, elle était imbattable sur ce point là.

Avant que la soirée ne commence à se vider, elle décida de s'exfiltrer doucement, avec une bonne douzaine de partenariats dans la poche prêts à être concrétisés via mail demain matin. C'était certainement l'une des missions les plus faciles qu'elle ait effectués jusque là. Vu qu'elle avait du temps en plus avant d'aller retrouver Luca, elle décida de faire un petit détour par ces fameux quartiers où les soldats kartiens buvaient à la santé de l'un l'autre et de celle des antariens, avec des en-cas de minuit improvisés ça et là au milieu des rues. Plus une voiture ne circulait dans le centre-ville à cause des installations humanitaires, et il était vrai que la ville semblait plus grande ainsi, mais aussi bien plus humaine, surtout pour profiter de ces derniers jours d'été.

Qu'elle était belle, la ville de Roncevaux. Edwige y voyait clairement un avenir avec Luca. Dans un petit apartement à faire l'amour et viellir ensemble, et construire ensemble un futur dans la légalité bien entendu.

Arrivée à la porte de sa chambre d'hôtel, elle souriait. Elle avait certainement eu besoin de prendre l'air après plus d'une semaine à essayer d'échafauder cette fraude, et surtout faire ce qu'elle aimait faire, soit son travail...

Mince, se disait elle. Elle avait oubliée sa clé dans l'apartement très probablement. Qu'importe, elle voulait que Luca lui ouvre de toute façon pour qu'elle lui saute dans les bras. Elle toqua à la porte avec un sourire aux lèvres, s'attendant à passer une folle soirée.

Soudain, la porte s'ouvrit, et Edwige prit peur en faisant un pas en arrière. Quelqu'un d'autre avait ouvert la porte. Quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas. Cheveux courts, noirs, stature de deux mètres certainement et quatre vingt dix kilos de muscles, elle avait l'impression d'avoir hercule en face d'elle. Avant qu'elle ne puisse prendre la parole, l'homme s'exclama d'une voix rauque.

"Edwige, c'est ça ?"

"...Vous êtes qui au juste ?"

"On doit parler de quelque chose."

Il pénétra dans la chambre d'où il était sorti en laissant la porte ouverte. Edwige hésitait à rentrer.

"Il est où Luca ? C'est quoi cette histoire ??"

"Il est aux toilettes."

C'était la goutte de trop. Edwige sortit son silencieux de sa poche dissimulée sous sa robe et pointa l'arme sur l'homme.

"Vous êtes qui putain, il est où Luca ?!"

Au même moment, la porte de la salle de bain s'ouvrit et Luca en sortit avec un bruit de chasse d'eau derrière lui. La première chose qu'il vit, c'était Edwige avec son arme dégainée. La deuxième, ce colosse assis dans leur salon. Il eut un instant de blanc avant de demander.

"C'est qui ce mec ?"

"Je sais pas ce qu'il veut, il m'a ouvert la porte quand j'ai toqué !"

"Il veut quoi ?!"

L'homme répondit calmement.

"Je suis là depuis vingt minutes parceque tu n'es pas foutu de rester aux toilettes pendant moins de cinq minutes, ne me faites pas attendre plus."

"Mais tu vas nous dire qui t'es bordel ?!"

"Je suis la relève de Märtÿ. Moi, c'est Omër. Et il me semble que c'est plutôt vous qui me devez des explications."

Luca et Edwige se regardaient l'un l'autre, avant de fermer la porte de la chambre d'hôtel derrière eux et venir s'assoir près de ce qui semblait être leur nouveau contact de mission. Edwige prit la parole tout en rangeant son arme.

"Vous êtes vraiment des rigolos les Corvuns, jamais là pour rassurer hein ?"

"En effet, je devrais plutôt vous stresser à mon avis vu ce qu'on voit de votre performance."

Il sortit un dossier de sa poche interne à la manière d'un détective de cinéma et le jeta sur la table à café. Confus, Luca le ramassa et le feuilleta rapidement avant de s'exclamer en souriant.

"Ouais, bravo champion, tu nous a eu... C'est pas comme si t'étais dans un salon avec vingt trois mille putains de post-it sur les quatre murs qui disent exactement la même chose que ton foutu dossier ! Sacré détective hein, tu nous a eu la main dans le sac ! Mais c'est qui ce mongol genre ?"

L'homme répondit toujours en gardant son air impassible.

"Ce qui compte c'est pas qu'on le sache ou non, c'est que vous ne respectez pas les termes qu'on avait décidé ensemble."

"Les termes ?"

"Oui. Vous bossez pour nous, on vous donne l'immunité."

Luca regarda Edwige dans les yeux avant de se lever et de se mettre à sourir.

"T'ais raison Edwige en fait, c'est vraiment des rigolos eux. Non mais t'arrives à te prendre au sérieux en plus ? Märtÿ est six pieds sous terre en Loduarie Communiste, et ma partenaire là elle l'a vu se faire empaler par un missile balistique sous ses yeux. On vous a envoyé des lettres de condoléances, on vous a demandé ce qui allait s'en suivre, vous nous avez mis un énorme vent. Bon, à partir de là, deux solutions. Nous on voit que la guerre a repris de plus belle, on se dit qu'ils vont peut-être se bouger le cul, rien de votre part. Sinon, on pouvait aussi faire le taf tout seuls, parceque visiblement c'est ce qu'on est censés faire hein, le fameux "on vous donne un objectif et vous vous démerdez" hein. Et maintenant t'as Atlas qui débarque chez nous en mode on fait pas notre travail après douze jours de silence radio et c'est vous qui faites la gueule ? Mais tu m'étonnes qu'il soit marrant lui ! Regardes en plus avec son gros pif d'énervé !"

L'homme ne semblant pourtant pas s'impatienter se leva lentement. Il faisait certainement une tête de plus que Luca.

"Ah, il se lève maintenant en plus ! C'est quoi, je te fais pleurer ? Vas-y met moi ton poing dans ma gueule, t'as pas idée de à quel point j'ai envie de finir aux urgences ! Je me suis tappé deux semaines de bureaucratie du secteur médical antarien, je peux te dire exactement comment porter un procès à n'importe quel médecin spécialiste, ça me fera tu sais pas combien de thunes !"

L'homme fit un pas en avant vers Luca, et pour Edwige c'était le signal. Elle sauta de son siège et fis deux pas en arrière en dégaînant son arme de sortes à ce qu'il ne puisse l'attraper.

"T'as pas intérêt à poser un doigt sur mon mari sale gorille, on verra si tes abdos sont aussi pare-balles qu'ils en ont l'air."

L'homme regarda autour de lui. D'un côté, une jeune femme qui le menaçait au pistolet, et de l'autre un fraudeur provocateur qui se moquait ouvertement de lui.

Mais dans les faits, Luca avait raison. Corvus avait délaissé son secteur de l'espionnage après la disparition de Märtÿ, et bien sûr ils ne se sont rendus compte du problème qu'à postériori, alors qu'ils avaient le plus besoin de leurs agents, en particulier de ces deux stars. Calmement, l'homme s'assieds de nouveau. Luca s'exclama.

"Voilà, reste à ta place !"

"Luca putain, arrête de faire le con !"

"Mes excuses, mes excuses..."

"Bon, on t'explique un truc. Tu vois en face ils ont une putain de machine de guerre qui leur obéit d'accord ? Une gamine de seize ans qui a tué soixante douze personnes dans sa carrière. Personellement j'ai pas envie de tuer une petite fille ni qu'elle me tue, mais on sait quelque chose. La MIRA la traite comme un animal, et on a une idée pour la faire flancher et peut être la rammener de notre côté. Mais oui, du coup pour faire ça, désolé de le dire mais on fait ce qu'on sait faire de mieux, c'est à dire de la fraude et de l'espionnage industriel. Donc si ça vous déplaît, vous auriez dû être un peu plus stricts avant. Maintenant c'est trop tard. Et ne pensez pas qu'on fait ça que pour nous, si Kira tombe la MIRA a personne de compétent à envoyer à nos trousses."

Omër prit un instant pour réfléchir avant de prononcer quelques mots.

"Bon. Très bien. Nos excuses pour notre manque de réactivité. Mais ce qui me perturbe, c'est de voir que vous êtes en train de mettre en place un trafic de médicaments. J'aimerais des explications à ce sujet."

"Alors, c'est compliqué, mais en gros cette fille peut pas survivre sans ces médocs là, la Clozapine. Sauf qu'on peut pas s'en procurer en pharmacie comme tout le monde, on doit passer par un pharmacien-grossiste. Et le moyen le plus simple de faire ça c'est de créer une institution carcérale psychiatrique fictive..."

"Vous êtes en train de me dire que vous avez corrompu des magistrats, alimentez un équilibre déjà fragile de trafic de médicaments dans la zone humanitaire, faites de la fraude à plusieurs niveaux et simulez l'existence d'une institution entière à deux juste pour amadouer une fillette de seize ans avec une boîte de médicaments ?"

Luca prit la parole.

"Très exactement, et là Edwige revient d'une mission pour créer des partenariats avec des institutions existantes pour obtenir la réputation nécessaire auprès du grossiste, après à long terme on va devoir accepter des transferts de détenus et les placer quelque part, mais bon, bref, on trouvera une solution, c'est pas la question là. La fraude, c'est notre truc, c'est nous les experts ici, c'est nous Walter et Jesse. Déjà soyez content qu'on le fait aussi dans vos intérêts."

"Bon. Je veux tout de même un briefing pour encadrer ça. Vous pouvez pas jouer la réputation de Corvus dans le domaine, même si vous êtes les meilleurs. On doit savoir ce que vous faites."

"Pas de problèmes là dessus."

"Maintenant, ça c'est réglé. Deuxième et dernière chose, je replacerai Märtÿ à partir de maintenant. Je prendrai contact avec vous dans les prochains jours pour discuter de certaines missions. Je vois aucun problème à ce que vous preniez vos propres initiatives si vous avez un plan derrière. Mais vous devez pouvoir me garantir que vous pourrez jongler ça avec les missions qu'on vous donne en parallèle, parceque de notre côté aussi on doit avancer."

"C'est bon, c'est pas la première fois qu'on va devoir jouer sur plusieurs cours à la fois. On s'en sortira."

"Très bien. Je vous écris bientôt. Tenez moi au courrant."

L'homme se leva et se dirigea vers la porte d'entrée, mais s'arrêta juste avant et se retourna pour interpeler Edwige.

"D'ailleurs, sur votre modèle de pistolet, la sécurité c'est un petit bouton sur le côté droit de l'arme, avec un voyant rouge. Si vous avez besoin de cours de maniement d'armes, faites nous signe."

Et il claqua la porte derrière lui. Confuse, Edwige inspecta son arme et remarqua que la sécurité était en effet toujours engagée. Elle colla sa main sur son front comme pour montrer qu'elle était stupide et s'exclama.

"Putain, j'arrête pas d'oublier la sécurité... Je dois vraiment prendre des cours..."

"Non, c'est bon tu t'y fera. Tu n'as pas l'habitude d'utiliser ton arme de toutes façon, tu n'es pas une assassine, tu es une espionne..."

Luca marqua une pause avant de reprendre.

"...mon espionne."

Ils se regardèrent tous les deux, souriants.

"Tu sais, si l'autre gorille là m'avait pas ouvert la porte, je me serai jeté dans tes bras... Il a tout gâché."

"Bah tu sais, il est jamais trop tard !"

Luca se leva et ouvra ses bras comme pour lui signaler de lui sauter dessus.

Edwige se mit à sourire encore plus qu'avant. Elle sauta de son fautueil et vint se jeter sur lui. Ils échangèrent un long baiser pendant qu'elle commença a lui défaire sa cravatte et lui déboutonner la chemise alors qu'il reculait doucement vers leur chambre.

Finalement, ils ont pu l'avoir leur nuit de folie, même après ce petit imprévu.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Luca et Edwige montent la fraude qui doit leur permettre d'arracher Kira aux griffes de la MIRA. Ils y rencontrent aussi la relève de Märtÿ, ce qui leur permet de concrétiser l'opération et de la rattacher officiellement à la cause corvienne, au prix d'une transparence dont ils se seraient bien passés.
6844
[❀] Komëdyä Pantÿvängit
Kapöli III: Västäyokäÿs

Clara Malmaison

Clara Malmaison


Pas un bruit.

Juste le Président de la République, Arthur Dabi, avachi sur un fauteuil, le visage enterré dans ses mains.

Il venait d'être informé des bombardements de l'Armée Républicaine Antarienne sur Henne. Aucune victime civile, certes, mais des civils étaient bien présents dans la ville, en sécurité dans les sousterrains des métros hennois.

Le Camp Corvun accusait la MIRA d'avoir délibérément essayé de bombarder les rescapés. La MIRA accusait Corvus d'utiliser les rescapés à leur avantage pour protéger Henne des bombardements. Techniquement, la MIRA avait raison, Corvus ne pouvait pas simplement mettre les rescapés à l'abri à Henne, surtout qu'elle était de loin la ville la plus dangereuse du pays en tant qu'épicentre de la Guerre des Ombres. Mais la MIRA suspectait la présence des civils et a décidé de bombarder quand même par principe. Et maintenant, le gouvernement antarien devait intervenir pour calmer les tensions à defaut de pouvoir désigner un coupable.

Depuis que la guerre avait commencé, il avait perdu cinq kilos à cause du stress uniquement. C'était pourtant un bon président, à l'aise et charismatique. Il avait pris en main la guerre civile et rassuré les populations, tout le monde le voyaient comme une figure protectrice qui allait leur assurer la sécurité lors de la Guerre des Ombres. En somme, il avait un devoir de représentation.

Mais d'un autre côté, il avail l'air de jouer à la garderie. Il devait prendre des décisions morales sur des dilemmes sans devoir prendre partie, une tâche qui a l'air simple, mais qui le noyait rapidement dans les réflexion. Il est normal de se demander, la nuit avant de fermer l'oeil si ça arrive, si il ne prennait pas une mauvaise décision.

Heureusement, il n'était pas seul. Derrière lui, il y avait la porte parole du gouvernement, Ella de Flandres, qui le soutenait dans les discours et les aparitions publiques. Et puis bien sûr, son grand ami Luca Ravenne, Président du Conseil, qui gérait la plupart des tâches en arrière plan. Eux deux avaient partagé la plupart des dilemmes, et jusqu'ici formaient une bonne équipe. Mais tout de même, il ne pouvais pas être tout le temps là. Et ainsi, Arthur se retrouvait encore seul face à ses pensées.

Pas exactement seul, à vrai dire. Quelqu'un dans cette soirée, avait pensé à lui. Ce quelqu'un, contre toute attente, c'était Clara Malmaison.

Elle toqua a la porte de la chambre du jeune homme, qui répondit "Entrez" avec un léger gémissement. La jeune femme entra dans la pièce, impassible comme à son habitude.

"Tout va bien ?"

"Pas exactement non, y'a une nouvelle histoire maintenant avec la MIRA et Corvus..."

"Les Bombardements ?"

"Ouais, c'est ça..."

"On dirait que tu te prends la tête avec ça."

"Bien sûr que je me prends la tête ! Je dois faire le médiateur entre deux parties, se proclamant toutes les deux moralement supérieures, et pas faire de favoritismes. C'est impossible."

"En effet, ça l'est."

"Bien sûr que ça l'est ! C'est... hein ? Donc tu es d'accord ?"

"Bien sûr que je suis d'accord. C'est impossible de rester neutres sur ces questions. Tu crois que je suis neutre, moi ?"

"Tu ne l'es pas ?"

"Bien sûr que non. Je supporte entièrement le camp Corvun. Et ça se sait légèrement."

"Mais tu ne peux pas !"

"Bien spur que si. Notre devoir est de protéger les civils et de garder Roncevaux neutre. Nous, on est pas obligés de l'être. Il y a la République Fédérale Kartienne pour ça."

"On ne peut pas choisir de camp. Je suis catégorique là dessus. Tout le monde va remettre en question notre intégrité."

"Intégrité soit. Moi je pense à l'avenir du pays. Et choisir un côté en fait partie."

"Qu'es-ce que tu insinues ?"

"Arrête de faire semblant Arthur. Tu sais très bien que la MIRA veut ta tête. À ton avis, pourquoi je suis venue ici ? Tu crois que c'est pour essuyer tes larmes ? Tu sais que j'ai horreur des consolations. Regarde."

Clara sortit de sa poche quelques clichés et les montra au Président. Sur les photos, des personnes avec des jumelles sur des toits, des visages entourés de cercles rouges et des flèches. Arthur ne comprennait pas.

"Qu'es-ce que c'est que ça ?"

"C'est la MIRA durant ta dernière allocution. Ils te surveillent. Au premier mot de travers, ils te logent une balle entre les deux yeux. Tu ne peux plus faire d'aparitions publiques, tu dois les faires télévisés. Tu ne peux plus faire semblant. Si ce n'était pas pour Luca, tu serais déjà mort dans ton bureau à Margaux. Et tu le sais pertinemment Arthur, que si la MIRA gagne, ils ne nous rendront pas le pouvoir."

"Mais... Clara, je ne peux pas dire ça, tu le sais très bien. Les personnes me suivent. Je ne peux pas influencer l'opinion publique."

"C'est un devoir de vérité. Les personnes méritent de savoir, surtout les supporters de la MIRA, que leur camp te tient dans leur viseur. Et que supporter Corvus signifie supporter potentiellement la démocratie. Après, si les gens sont contents avec une dictature, c'est leur choix. Mais aux dernières nouvelles, ce n'est pas le cas."

Arthur avait du mal a réfléchir. Clara se leva et continua son discours.

"Nous on est là pour garantir l'avenir du pays. La couleur de celui ci sera déterminé par le vainqueur de la guerre civile. Mais il doit quand même y avoir un avenir stable. Une dictature, ce n'est pas un avenir stable. Donc reste impartial, je t'en prie, mais les gens doivent savoir la vérité. La MIRA prend trop de libertés, ils se croient tout permis. Ils te font littéralement du chantage. C'est toi le Président, putain. Tu dois être plus ferme que ça. Tu n'as pas à faire le médiateur. Tu dois faire celui que les gens n'ont pas envie d'avoir à faire affaire. Et si la MIRA se calme après tes coups de pression, là ça sera le moment d'être impartial. Mais avant ça, faut revenir sur la même page. Arrête d'être otage de cette comédie."

Les mots de Clara étaient certainement durs, mais ils étaient vrais. Entre coups de stress et confusions, Arthur avait presque perdu toute son autorité. Il se devait de la reconquérir. Et peut-être que si on l'écoutait, peut être qu'il allait se sentir moins stressé. Il devait reprendre le contrôle sur la situation.

"Bon, je te laisse. J'espère que tu m'écouteras cette fois ci. On a un rôle à jouer, et tu en est le protagoniste. Uses de ton autorité et ne laisse pas l'un des deux camps se permettre de contourner le contrat de jeu. Je compte sur toi."

Clara quitta le Président de la République, aussi rapidement qu'elle avait débarqué. Ce dernier ce tenait encore là, les clichés entre les mains. Il les feuilleta un par un, sentant sa rage s'accumuler à chaque image. Au bout de la cinquième seulement, il se leva et jeta la petite pile de photos de toutes ses forces contre un mur.

Arthur Dabi en avait marre qu'on le prenne pour un con, qu'on le largue sur tous les sujets en lien avec la guerre civile. Il en avait marre d'être le monsieur tout le monde dans la tête des gens celui qui "au moins est là pour dire des bonnes nouvelles". Clara avait raison. Il fallait arrêter de jouer la comédie. Et surtout d'en être l'otage.

Il sortit de sa chambre en courrant et intercepta la ministre des affaires étrangères avant qu'elle ne sorte.

"Clara, rends moi un service. Occupes toi de me faire un dossier dur comme fer sur pourquoi et comment exactement est-ce que cette foutue guerre a débuté."

Clara, d'habitude impassible, eut un petit sourire fugace avant de répondre avec assurance.

"Très bien. Je suis dessus."

À présent, le gouvernement antarien se devait de reprendre la force. Certes, la guerre allait probablement dérailler en affrontements toujours plus sanguinaires. Mais il était hors de question de laisser l'une des deux parties manquer de respect aux règles fondamentales de la guerre et surtout, pour Arthur, à sa propre autorité en tant que Président de la République.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Après une discussion avec Clara Malmaison, ministre des affaires étrangères, le Président de la République reprend confiance. Il décide de rétablir son autorité auprès des parties, et surtout de la MIRA. Reste que Clara ne lui a pas montré ces photographies par hasard.
12472
[♏︎] Herr der Skorpione
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Watch Out !" Erell Larcelet, 2020 (Peinture au Pochoir, Musée de la Cité de l'Underspace Initiative, Grand Rigault)

"Watch Out !"
Erell Larcelet, 2020 (Peinture au Pochoir, Musée de la Cité de l'Underspace Initiative, Grand Rigault)



"Fürchte dich nicht, mein Kind"

Ces mots-là résonnaient dans la tête de Jade à chaque fois qu'elle se réveillait. Elle s'y était habituée après tant d'années, mais chaque réveil était de fait morose. Elle ne voulait pas s'en souvenir. À vrai dire, elle réussissait à oublier la plupart des fois. Mais elle était sans cesse rappelée de cette dernière nuit au début de chaque journée.

Le traumatisme de Jade n'était point unique, en effet à peu près tous les détenus qui se trouvaient là avec elle avait vécu dans leur vie une sorte d'événement comme le sien, et bien souvent aussi la cause même de leur enfermement. Mais dans le cas de Jade, il y avait quelque chose de différent.

Jade ne parlait pas un seul mot d’allemand. Elle semblait le comprendre, et surtout cette phrase qui résonnait tous les matins dans sa tête, mais elle n’en parlait pas un mot.

Cela la torturait. Mais beaucoup dépendent d’elle. Donc à quoi bon s’en plaindre ?

Justement, dès son réveil, les problèmes venaient déjà la chercher avant qu’elle ne les trouve elle-même. Ses acolytes de jour prenaient la relève de ceux de nuit, et puis venaient réveiller Jade pour lui faire un briefing et discuter des étapes à suivre.

Mais aujourd’hui, ils ne l’ont pas réveillée. C’était mauvais signe. Quand on la laissait dormir quelques dizaines de minutes de plus, c’était qu’on voulait qu’elle soit assez reposée pour lui annoncer une mauvaise nouvelle. Et déjà cela la mettait de mauvaise humeur préventive.

Elle s’habilla rapidement pour rejoindre la petite salle de réunion où ils se rencontraient bien souvent à présent, dès qu’elle devait discuter avec des chefs et cheffes de file. Et dès son entrée dans la salle, elle se retrouva une tasse de café pleine en face de sa place. Putain, se dit elle. Qu'est-ce qui a bien pu se passer durant la nuit ? Déjà, on la laissait dormir. Et maintenant, on lui préparait son café ? Ce n’était plus une mauvaise nouvelle à ce stade, c’était limite une crise. Vient s’ajouter à cela la moue fermée de ses acolytes qui l’attendaient en silence.

Jade prit une seconde pour regarder autour d’elle, avant de s’assoir silencieusement et siroter quelques gorgées de son café noir. Puis, elle posa la tasse et avec elle, la question fatidique.

"Bon. Je peux savoir ce qu’il se passe ?"

Les acolytes se regardèrent l’un l’autre, avant qu’un jeune homme ne prenne la parole.

"On a une mauvaise et une très mauvaise nouvelle."

"Seigneur Jésus…"

Décidément, cette journée commençait très mal pour Jade. Déjà hier, elle a dû rassurer tout le monde à propos de l’avancée Corvienne qui s’approchait dangereusement de la région de Rigault, et avec celle-ci la montée exponentielle de l’activité antarienne dans la zone. Certes, ils étaient en plein milieu d’une forêt, elle même entourée de champs, il y avait peu de chances qu’on ne les trouve par accident. Mais ils étaient à présent dans les zones rouges de la guerre, soit les zones contestées.

"Bon, commence par la moins mauvaise…"

Le jeune homme prit une grande inspiration avant de reprendre.

"Bon, à propos de Saturne… Une de nos équipes de patrouilles a abattu un autre drone environ à 20 kilomètres d’ici."

"C’est le même modèle ?"

"Similaire. En tout cas, nos informaticiens ont reconnu le programme du réseau Rhéa quand ils en ont fait l’autopsie."

"Vous êtes sûrs qu’il n’y avait pas de géolocalisation active ?"

"Oui, ils ont fait gaffe. D’un autre côté, ça veut dire que ça pourrait éloigner Saturne de notre vraie position. De l’autre, ça veut dire qu’elle nous cherche activement. C’est le deuxième drone qu’on trouve en deux semaines."

"On a déjà une idée de comment régler le souci avec nos informaticiens. On a mis la main sur des brouilleurs, je crois qu’on peut se construire un périmètre."

"En effet, mais il y a un autre problème avec ça. L’Armée Républicaine Antarienne pourrait voir qu’il y a un truc louche."

"Non, ils sont pas assez actifs dans la zone."

"Justement… c’est un peu la mauvaise nouvelle…"

Jade fronça les sourcils.

"Vous en avez repéré près de chez nous ?"

"Pire. Une autre de nos équipes qui était partie chercher des batteries de voiture à une dizaine de kilomètres ont rencontré deux véhicules blindés légers antariens. Les soldats ont cru qu’ils étaient Corvuns entre autres vu qu’ils étaient armés."

"C’est une plaisanterie j’espère ?"

Personne n’osait répondre. Jade se frotta les yeux avant de reprendre.

"Dites moi qu’il n’y a pas de morts."

"Non, même pas de blessés selon ce qu’ils nous ont communiqué. Au contraire, ils ont massacré le groupe Antarien, six morts de leur côté et quatre autres personnes ayant battu en retraite. C’est arrivé aux alentours de quatre heures du matin, et on a pas d’infos depuis cinq heures et demie. Tout ce qu’on sait, c’est que la MIRA a appelé du renfort, et que l’équipe a décidé de se cacher dans le sous sol d’une des maisons d’un village évacué d’à côté pour éviter qu’on ne les suive jusqu’à nous."

"Bon, au moins ils ont eu le bon réflexe. Ils étaient quatre, c’est ça ?"

"Oui, je ne sais même pas comment ils ont fait six morts honnêtement, ils avaient peut-être deux chargeurs chacun et rien d’autre, des fusils d’assaut semi-automatique Tecla T5A3 standard. Après, les antariens ne s’attendaient pas à trouver des gens là…"

"C'était qui dans l’équipe ?"

"À ton avis, y’a qui d’autre pour gagner un quatre contre dix contre des militaires professionnels ?"

"Vesper ?"

"Bien sûr, qui d’autre ?"

"Putain, encore heureux… Au moins lui il sait ce qu’il fait…"

"Avec lui y’avait son fireteam habituel, Esteban, Céleste et Cléo. J’ai aucun doute personnellement sur leurs chances de survie surtout que Cléo a été entraînée aux réflexes de premiers secours. Mais bon, si Corvus continue à avancer ils n’auront pas de choix que de passer la ligne de front. Ils savent que c’est risquer de rentrer."

"Bon, j’en ai assez entendu. Gardez l’oreille ouverte mais ne forcez pas, on va avoir la MIRA aux fesses pendant un moment sinon. On suspend les patrouilles, on reste dans la forêt. Je veux que vous trouviez d’autres informaticiens et électroniciens pour me mettre en place des brouilleurs autour. On a assez pour une semaine ou deux, on peut se permette de faire une pause avec les missions aussi loin."

Jade commençait déjà à se sentir mieux. Mais il y avait encore quelques sujets qui tracassaient son esprit.

"Et sinon, je peux savoir pourquoi et surtout comment ils se sont fait intercepter par deux véhicules ?"

"Alors, Vesper a dit que…"

"Voilà, ça c’est exactement ce que je voulais pas entendre. À quel moment est-ce que vous faites confiance à Vesper pour vous dire ce qu’il s’est passé ? Je sais très bien ce qui s’est passé, lui et Céleste ont dû faire un autre pari qui a mal tourné et ils se sont retrouvés avec les militaires sur eux. Vous direz à Vesper que je veux avoir un mot avec lui quand ils rentreront, et que je veux que ce soit Cléo à me communiquer les infos. Compris ?"

"Reçu."

"Bon… Du coup on a un problème au-delà de ça. Y’a un risque que la MIRA comprenne que ce n’était pas des Corvuns, et avec du manque de bol ils signalent la présence d’un groupe terroriste armé dans la zone. Et ça, ça nous aide pas du tout, surtout qu’on espérait pouvoir soutenir le camp Corvun."

"Ils vont pas faire les difficiles, si ?"

"Si, justement. On doit prouver notre légitimité à pouvoir les aider. Si on se ramène déjà avec Saturne à nos trousses et en étant déjà dans le viseur de la MIRA, ça ne va pas marcher. Surtout qu’on espérait pouvoir utiliser Corvus pour nous fondre dans leur ordre et éviter d’avoir à nous cacher comme ça, comme des rats. Si la MIRA nous voit déjà comme une entité différente, on aura de gros problèmes sur le long terme. Donc on limite les débordements jusqu’à nouvel ordre. Et je veux que tout le monde qui soit un minimum stable passe une formation de maniement d’armes à feu. Parce que là aussi, le danger c’est que Corvus aille penser que tout le monde est comme Vesper et Céleste. Déjà ils sont pas un bon exemple, mais en plus ils représentent en rien le niveau moyen actuel qu’on a. En plus, je crois que de toute façon ça va en défouler plus d’un de faire des exercices. Voyez ça avec l’équipe armurerie."

"Très bien."

"Bon, et sinon ? Il y a autre chose ?"

"Pas pour l’instant, non. On est bon."

"Ça marche. Merci pour le café."

Et une fois prononcé ces mots, Jade se leva pour aller rejoindre comme à son habitude son bureau de fortune.

Décidément, ses acolytes avaient un peu exagéré sur la magnitude des mauvaises nouvelles. Oui, ils avaient perdu quatre de leurs meilleurs hommes quelque part dans la nature, à plusieurs kilomètres de là, mais c’était des gamins capables. Jade leur faisait entièrement confiance. Et quand au drone. Il avait été abattu loin de leur cache, donc leur position exacte n’était pas compromise, du moins elle l’espérait. Mais tout de même, cette dernière recommandation qu’elle avait faite la tracassait.

Depuis qu’elle avait été incarcérée, elle ne voulait qu’une chose. Que tous ces détenus ne soient plus confrontés ou contraints à la violence.

La violence avait ruiné la plupart de leurs vies. Elle était devenue une norme. Jade ne voulait pas que cela continue à être le cas. Si elle a réussi à provoquer leur libération, c’était pour rejoindre Corvus et profiter d’un système naissant pour sécuriser un avenir calme et en dehors de la société régulière. Elle n’avait plus envie de voir ses pairs souffrir.

Mais comme toutes choses, pour l’obtenir, il fallait se battre.

Pas le choix, Jade n’avait pas le choix. La seule chose qui l’éveillait cependant, c’était l’espoir que celui-ci serait leur dernier combat. Ils devaient être comme des scorpions. Par milliers dans leur fourmillère et dans leurs buissons, tuant sans merci lorsque leur survie en dépendait. Une armée de scorpions dont personne ne voulait se frotter avec.

Jade jeta un coup d’œil à la petite étagère posée là, à côté de son bureau. Dessus, il y avait un livre en particulier, un livre qu’elle avait lu et relu quand elle était petite et même au sein de son institut psychiatrique carcéral. C’était l’histoire de ces enfants, seuls survivants d’un crash d’avion, essayant de survivre sur une île déserte où leur relations se dégradaient de jours en jours jusqu'à l'arrivée des secours, jusqu'à en provoquer des chasses à l'homme.

Ce modèle, c'est dans l'opinion de Jade ce qu'il ne fallait pas devenir. Et elle était la seule garante du fait que cela n'arrive point.

C'était donc à elle de prendre les choses en main.

* * *

Ce soir là, Jade prit la parole devant tous les détenus. Elle avait sa moue sévère comme d'habitude. Mais dans son regard, une chose changeait. Son niveau de détermination.

Elle empoigna le micro et regarda l'assemblée droit dans les yeux.

"Mes frères, mes soeurs. Hier soir, plusieures choses se sont produites. Vous en avez déjà sûrement entendu parler. L'une d'entre elle est l'exécution dans bavure de six militaires antariens venus chercher les embrouilles à l'une de nos meilleures unités de patrouille que nous avons. Cette même unité, dans un geste des plus adultes, a décidé de s'exiler momentanément pour éviter de révéler notre position et vous mettre en danger, mais surtout dans un esprit de survie, réussit à se maintenair en solitaire et compte essayer de fusionner avec les forces corviennes, pour que nous nous rallions à leur cause.

Il a été évidence depuis le début, Corvus est pour nous une opportunité d'obtenir ce que nous avons toujours cherché à avoir. L'indépendance, des traitements de qualité, et surtout une communauté qui vous aime, chacun d'entre vous, comme des parents que vous n'avez jamais eu, ou qui vous ont toujours rejeté. Mais, bien évidemment, pour atteindre cet objectif, la route va être longue.

Corvus a besoin de soldats compétents, pas de personnes qu'elle devra nourir. Si nous voulons pouvoir user de l'opportunité qu'est leur révolution, il va nous falloir leur démontrer que nous leur serons un atout sans conditions. Que nous savons rester cachés, indépendants, indomptables. Mais que dès que le moment se présentera, nous n'hésiterons pas a liquider tout obstacle entre nous et notre objectif final. Nous sommes tous des individus motivés, poussés par notre envie et notre soif de justice. À présent, il est temps de se préparer à combattre, non pas que nous le feront, mais car nous pourrions en avoir besoin. Comme des Scorpions. Dissimulés, mais mortels.

Toute récompense demande sacrifice. Et ce sacrifice, c'est le dernier que je vous demanderai, que quiconque vous demandera. Je vous demanderai de souffir une dernière fois, de suivre des entraînements, de vous préparer à prendre les armes. Une dernière fois. À présent, nous sommes à un doigt d'obtenir ce pour quoi nous avons été enfermés comme des chiens. Choissisez donc, se sacrifier une dernière fois et survivre, ou attendre et périr.

Je vous connais. Chacun d'entre vous. Je connais vos noms, votre histoire. Je vous ai écoutés. Vous avez tous un coeur. Vous avez tous, tous sans exception de la volonté. Si avec un peu de motivation, Vesper, Esteban, Céleste et Cléo arrivent à faire autant de prouesse, nous sommes en mesure d'en faire de même. Car chacun d'entre vous a des talents et des aptitudes différentes, et en travaillant ensemble nous pouvons les utiliser au mieux. Que vous soyez électronicien, mécano, infirmier, soldat, vous avez tous une ligne a écrire dans le manuscrit de notre histoire.

Donc, ne nous arrêtons point là. Utilisons ce qui vient d'arriver à nos frères comme un vecteur de progrès. Comme un aperçu de ce que nous pouvons devenir. Ensemble, formons une armée de Scorpions, et nous prouverons sans problème à quiconque que nous ne sommes pas des personnes avec qui il faut se frotter. Et cela, tous ensemble !"


Les détenus acclamaient. Ils se regardaient les uns les autres, heureux, dégoulinants de rage et d'envie, de motivation pour sécuriser leur futur de leurs propres mains. Jade ajouta une dernière phrase avant de lever son poing en l'air.

"Mes frères, mes soeurs, quoi qu'il arrive, ce combat sera notre dernier !"

Et la foule s'enflamma, scandant des slogans et hulant à la gloire du groupe.

Et en face d'eux, Jade. Qui au milieu de toute cette euphorie, souriait sous son regard sévère et déterminé.

C'était elle, Herr der Skorpione.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Le groupe de Jade reprend confiance après qu'une patrouille a liquidé à elle seule une escouade antarienne, ce qui redonne espoir aux détenus. On y discute aussi des moyens de contrer Saturne et d'amorcer une adhésion à Corvus dès que celui-ci sera présent dans la région de Rigault.
7450
[♠] Kaprÿksët
Kapöli III: Västäyokäÿs

"L'Enfer sur Terre" Sally Väytkä, 2018 (Photographie à l'Argentique Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"L'Enfer sur Terre"
Sally Väytkä, 2018 (Photographie à l'Argentique Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)


Le soleil était très haut dans le ciel, et il faisait étonnamment froid pour une journée de fin septembre. À l'extérieur de Daxe, les armées de Corvus s'entraînaient pour pouvoir continuer leur offensive après leur poussée spectaculaire dans la région.

Leurs effectifs avaient pratiquement triplé, avec les nouvelles régions conquises et les nouveaux volontaires désireux de se battre pour leurs origines, ils étaient à présent en mesure de largement dépasser les nombres même de l'Armée Républicaine Antarienne. Un dépassement cependant qui ne comblaient pas encore tout à fait la différence de niveau entre les deux. Mais dans tous les cas, la logistique Corvienne carburait. La plupart des personnes utilisaient leurs anciens foyers comme points de relais, ce qui ouvrait une myriade de possibilités pour les révolutionnaires et ainsi propulser leur avancée.

Tout cela avait été très facile a exécuter jusqu'à présent, car ces cinq régions du nord étaient d'écrasante majorité corvienne et attendaient d'être libérés. Quand au reste du pays ? Difficile d'établir une claire majorité sur laquelle surfer. À présent, ils devront compter sur des petites avancés pour mettre à genoux la MIRA.

Justement, leur stratégie était de grignoter la région de Carnaux et connecter leur territoire à la zone humanitaire, d'une pour faire passer les civils en toute sécurité, et aussi car cela créerait deux fronts pour la MIRA, et ils seront obligés de contourner la zone humanitaire pour pouvoir ravitailler Bellecour et Rameaux. Donc, une opportunité en or pour Corvus pour pouvoir pousser d'un côté ou de l'autre de Roncevaux.

Mais Carnaux, il fallait la conquérir. Ce n'était pas chose simple, surtout puisque à présent la MIRA disposait du soutien intégral de l'ARA, ayant profité de ces deux mois de guerre pour réorganiser les effectifs sous la tutelle foudroyante de Samson. Surtout, l'utilisation de bombardiers lourds notamment pour infliger d'énormes dégâts a Henne forçait Corvus à devoir solidifier ses effectfs de défense contre aéronefs, celle-ci ne comptant que quelques dizaines de lances missiles anti-aériens qui perdaient rapidement la cadence. Mais dans l'état, s'il s'agissait de quelques bombardiers, leurs unités avaient largement de quoi les descendre sans devoir faire trop d'efforts, à la seule conditions qu'ils ne soient pas pris par surprise comme à Henne.

Ainsi, les armées se tenaient là, devant un nouveau cap à conquérir pour pouvoir permettre une percée dans la région de Carnaux.

La Vallée de Câpres.

Lieu prisé par les agriculteurs, notamment viticulteurs, la région avait été abandonnée à l'approche de Corvus et le mouvement sur la ligne de front. C'était un vrai champ qui demandait seulement qu'un char ne le traverse à toute vitesse. Et c'était justement ce que les forces fédérales prévoyaient de faire.

Un officier corvun se tenait là, à quelques kilomètres du lieu, avec son armée. Il interrogea ses subordonnés.

"Bon, est-ce qu'on est prêts de notre côté ?"

"Les unités de DCA sont en marche. L'artillerie est en position. Les chars vont pousser sur les côtés tandis que l'infanterie va chercher à sécuriser la partie centrale de la vallée. Le risque c'est les débordements, mais c'est pour cela qu'on met nos unités les plus lourdes dessus."

"C'est l'unité du Capitaine Corvinal et de la commandante Köwnatör ?"

"Non, eux sont plus au nord. Nous on a les véhicules du Général de Vitriers et les volontaires de Marroze."

"Très bien. De notre côté, on a observé les fortifications antariennes, pour l'instant il s'agit de tranchées et barbelés, ils n'ont pas fait grand chose de permanent. Beaucoup nous porte à croire qu'ils ont des blindés prêts pour l'assaut de la vallée, c'est pour cela que nos véhicules surveillant les côtés seront là aussi pour apporter un tir en continu pour couvrir les unités à terre. Si nous sommes assez efficaces, nous pourront déjà prendre la première ligne rapidement, et ainsi l'utiliser comme point de départ pour pousser plus loin."

"Parfait."

L'officier jeta un œil à sa montre. Midi. Il était l'heure de passer à l'assaut.

* * *

Des explosions. Des cris. De l'agonie.

Ces trois mots résumaient parfaitement la situation, à peine une heure après que les troupes corviennes aient donné le feu vert pour attaquer la vallée de Câpres.

Ce qui devait être une opération pour surcharger les défenses antariennes devenait rapidement un champ de bataille multi géométrique avec plusieurs fronts dispersés sur quelques hectares de terrain. Sur les collines, les blindés Corviens avaient rencontré des défenses anti-tank, des armes sans recul et des mines, ce qui freinait leur avancée et rendait impossible la couverture de la vallée elle même. Au milieu, l'infanterie corvienne dépassait très largement les effectifs antariens, et les explosions des grenades et de l'artillerie rendait impossible l'utilisation des blindés que les antariens avaient mis en position défensive contre l'infanterie. La bataille se jouait dans les tranchées, où le chaos régnait, les couteaux de poche et les fusils à pompe comptaient plus de victimes que les armes de service elles-mêmes, les grenades tuaient des dizaines de personnes par volée dans les deux camps, et les militaires de l'ARA habitués à du combat de longue distance se voyaient complètement ébranlés par le raz de marée d'effectifs corvuns sous leur nez. Et pour couronner le tout, au bout de trente minutes, des bombardiers lourds étaient au rendez-vous, larguant l'enfer lui-même sur le champ de bataille alors même que la DCA émettait ce son strident qui pouvait faire trembler même les plus coriaces des pilotes.

Il n'y avait plus d'informations. Il n'y avait plus de communication. On se contentait de tirer à l'aveugle, de tuer tout ce qui se trouvait devant avant de mourir soi-même. L'Artillerie visait pratiquement à l'aveugle, les blindés tiraient sur tous les buissons par paranoïa qu'il y ait des unités ou non, les bombardiers larguaient là où ils pouvaient même si elle finissait par toucher des unités alliées.

C'était ça, la vraie guerre. Ce n'était plus le simple combat urbain. Ce n'était pas quelques centaines de morts. C'était des milliers à la fois.

Parmi les pleurs et les cris, on entendait toutes les langues. Dans le camp corvun, des "Värö !!!" ou des "Äpä !! Pelästkä mÿn !!", et même parfois des "Achtung !" qui étaient à peine couverts par le bruit des explosions. Chez les antariens, on entendait des "Aiuto !!" ou des "Puttana Eva !!", des "Grenade !!!" ou des "Artillerie !!!". De l'italien, du corvun, du français et de l'allemand. Et là aussi, même entre les unités, difficile de se comprendre avec la symphonie des bombes qui leur tombait dessus.

Du chaos. De la douleur. De la souffrance.

Au bout de deux heures de combat effréné, sans pause, l'artillerie corvienne avait changé sa stratégie. Elle bombardait les forêts de la colline, nettoyant le passage pour les blindés qui avaient lourdement souffert jusqu'à présent. Les équipes de ces mêmes blindées en avaient justement marre de voir leurs frères se faire exploser par des unités anti-tank, et avaient pris les armes pour descendre de leurs véhicules et aller dégager la voie par leur propres mains. Bien que l'artillerie s'était arrêtée au milieu de la vallée, les bombes larguées étaient assez de chaos pour permettre paradoxalement à la quantité énorme de volontaires corvuns de noyer la défense antarienne, commençant à perdre du terrain. Et lorsqu'un bombardier fut finalement abattu par la DCA et que le reste de la flotte aérienne décida de battre en retraite, les tanks corvuns réussirent à percer sur les flancs et encercler les tranchées antariennes par derrière. Après trois heures de conflit au total, Antares battait en retraite, et Corvus était laissé victorieux de ces hectares maintenant gris et décimés, avec un nombre incalculable de corps qui formaient des piles dans les tranchées.

Malgré leur victoire, celle-ci était pleine de pleurs et d'agonie.

C'était la vraie face de la guerre, celle qu'on ne préférait pas adresser, mais qui était tout compte fait inévitable.

Corvus et Antares goûtaient à présent à ce qui allait devenir la norme dans un pays déchiré.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Les combats horribles de la vallée de Câpres, et une revue complète de la doctrine militaire des deux camps: les lignes de front se sont élargies, et des éléments totalement absents des affrontements urbains entrent en jeu. La guerre change d'échelle, et le prix avec elle.
2236
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Vallée de Câpres
27 Septembre 2018

Le 27 Septembre aux alentours de midi, Corvus lance une offensive sur la Vallée de Câpres, un lieu stratégique puisqu'il forme un goulot de passage dans un paysage particulièrement vallonné de la région de Carnaux. L'enjeu est encore plus de taille lorsque l'on sait que cette région est l'une des seules à connecter le territoire contrôlé par Corvus et la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux, avoir la main mise sur Carneaux singifierait donc scinder le front de la MIRA qui sera contrainte à contourner la zone pour ravitailler et renforcer Bellecour et Rameaux.

Cependant, la guerre prend à présent une toute autre tournure. L'Armée Républicaine Antarienne entre en vigueur, auparavant n'étant considérée que secondaire à la MIRA. Des blindés plus lourds, des moyens aériens ainsi que bon nombre de soldats professionnels sont mobilisés pour freiner les forces fédérales et les repousser le plus possible. De leur côté, la libération du nord a permis la mobilisation d'un nombre conséquent de conscrits, un effort nécessaire pour combler le manque d'expérience face à des adversaires qualifiés.

La Vallée de Câpres devient donc l'un des premiers théâtres majeurs de cette guerre civile qui prend une nouvelle ampleur avec cette bataille.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 27 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

7542 MORTS
5018 Corvus / 2524 MIRA


De loin la bataille la plus meurtrière du conflit jusqu'à présent, la combinaison de bombardiers, armes sans recul et fortifications antariennes contre l'artillerie, la DCA et les blindés Corvuns rend le champ de bataille bien plus chaotique qu'envisagé par les deux camps. La communication est moindre, le véritable raz de marée de conscrits Corvuns arrive difficilement à percer dans les lignes plus profondes des tranchées à cause du blocage de leur blindés face aux armes sans recul dissimulés en embuscade.

Finalement, l'artillerie réussit à débloquer la situation en concentrant leur force de frappe sur les collines aux alentours, là où se dissimulait la force antitank antarienne. Une fois le passage déblayé, les blindés ont pu porter main forte comme il l'était prévu à l'infanterie dans la vallée même.

Cependant, la nature tardive de cette aide fait exploser le nombre de pertes, surtout du côté corvun, qui perd dans cette offensive un quart de leur division. Même du côté antarien, le nombre de pertes est catastrophique. Au delà de l'aspect sordide de la guerre qui ressort après la bataille, frayeurs, obusites et traumatismes commencent à faire leur apparition.


1275
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Pluvet
27 Septembre 2018

Gardant sa cadence des assauts combinés, Corvus décide de lancer une deuxième offensive, cette fois dans la région de Tableroi, en disputant un vaste champ de blé dans la commune de Pluvet.

Comme le lieu était très ouvert, manquait de couvertures naturelles pour l'infanterie et peu vallonné comparé à la région de Carnaux, ce sont les blindés qui ont été sollicités des deux côtés, ainsi que quelques groupes d'infanterie armés de lance-missiles anti-char sur pied pour appuyer la percée ou bien la défense des véhicules.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 27 Septembre 2018





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

171 MORTS
85 Corvus / 86 MIRA


Sans artillerie et ayant reçu nouvelle des résultats catastrophiques en matière de pertes humaines qu'en était sorti de l'assaut dans la Vallée de Câpres, Corvus hésite a garder l'avance qu'elle avait construit jusque là. Les combats étaient tendus, et les blindés sautaient un par un des deux côtés. Ne voulant ajouter à ce qu'ils avaient déjà subi, et souffrir d'avantage de pertes matérielles plus qu'humaines, les forces fédérales décident de se retirer du champ de bataille.

Qui plus est, les bombardiers avaient aussi battu en retraite depuis le théâtre carnalien, et risquaient de venir appuyer leurs blindés dans la région de Tableroi. Encore une fois, Corvus décida d'être conservateur sur son équipement, laissant la victoire aux forces de l'ARA et de la MIRA.


14437
[ ♄ ] Prinsëķä
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Brouillés, s'il vous plaît" Sally Väytkä, 2019 (Construction Photographique Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Brouillés, s'il vous plaît"
Sally Väytkä, 2019 (Construction Photographique Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)


Saturne, comme à son habitude, était assise en face de son écran. La différence cette fois-ci, c'était l'absence du mouvement effréné de ses doigts sur son clavier. Elle ne bougeait pas, tout ce qu'elle faisait c'était regarder avec impatience le terminal de discussion avec Malice, attendant impatiemment son message.

Cela faisait plusieurs jours maintenant qu'elle s'acharnait à revoir et à s'entraîner sur toutes les combinaisons et stratégies possibles de Maropol. Elle devait gagner contre Malice aujourd'hui, surtout au vu de l'avancée des forces fédérales. Désormais, ils n'étaient plus à l'étape de petite révolution précoce que Saturne comptait écraser, mais ils prenaient bel et bien de l'ampleur. Ils avaient des divisions entières, une ligne de front bien définie s'était tracée et surtout, les opérations de grande envergure ne manquaient pas. Déjà hier, presque dix mille soldat avaient perdu la vie sur quelques batailles, et la région de Carnaux ressemblait plus à un no-man's-land déchiré, enseveli sous une couche de boue, d'éclats d'obus et parfois même de corps qui n'ont jamais été retrouvés. Et encore, c'était l'été. Alors que l'automne approchait, le froid allait geler cette scène déjà apocalyptique pour la rendre encore plus invivable…

De toute façon, cela allait bientôt s’arrêter. Saturne avait un réseau d’une centaine de mercenaires, des drones et des yeux partout. Elle avait passé des années de sa vie à essayer de se guérir de sa pathologie en éliminant Corvus. Malice n’était qu'un frein temporaire.

Et justement, celui-ci se pointa, toujours avec ce petit aspect moqueur.

Bonsoir Saturne, prête pour une partie de Maropol ?

Saturne répondit presque immédiatement, du tac au tac.

Oui. Jouons.

Hé bah, même pas un petit bonsoir ?

J’ai envie de jouer.

Très bien, jouons alors.

Et devant Saturne apparut soudain une grille de Maropol, vierge, prête à être utilisé pour certainement l'un des moments qu'attendaient le plus les deux individus. Malice envoya un dernier message avant de débuter la partie.

Que le meilleur gagne !

Pas de temps à perdre. Saturne avait en tête une stratégie infaillible. La dernière fois, elle avait pris trop la confiance sur son développement, et s'était résiliée à utiliser la chance pour débusquer les mines de son adversaire. Cette fois-ci, elle allait conserver un style de jeu agressif, mais cette fois avec plus d'attention et sans commettre des fautes stupides.

Après les cinq minutes de préparation écoulés, il était temps de passer à l'action. Dès les premiers tours, Saturne prenait une avance considérable tandis que Malice était encore dans le jeu sûr, comme il le faisait d'habitude. Cela n'impressionnait pas Saturne. Elle avait le double, même le triple des points, et avec cela, une victoire assurée.

Puis vint la première erreur. Il ne lui restait que quelques mines. Pas de soucis pour elle. Mais s'en suit une autre erreur. Et une autre encore. En attendant, Malice faisait un sans faute. Et pas à pas, toute l'avance qu'avait gagné Saturne, elle la perdit en quelques minutes, tel Icare qui vola trop proche du soleil. Et cela ne fit que s'aggraver. Saturne commença a stresser, à s'arracher les cheveux, la situation avait complètement été retournée. Et puis, vint le coup fatal. Malice termina sans une seule erreur, tandis que la jeune fille avait perdu presque tout ses points. Victoire claire et nette.

Saturne contempla l'écran misérable du "Tu as Perdu !" oscillant entre le blanc et le rouge, se moquant presque d'elle. Et elle qui croyait que cela allait être une partie tendue. Elle avait la rage, elle voulait prendre son ordinateur et le balancer par la fenêtre, plier son clavier en deux, retourner l'entièreté de sa chambre. Une semaine à se préparer, tout cela pour finir ainsi. C'était insupportable. Et le côté moqueur de Malice n'arrangeait rien à cela.

Bonne partie. Tu as fait les mêmes erreurs que la dernière fois, cependant !

Saturne essaya de garder son sang froid. Elle félicita malgré tout les efforts de son adversaire.

Tu as bien joué. Quand pourrions nous rejouer à nouveau ?

À mon avis, je vais aller rendre visite à de la famille dans la zone humanitaire avant qu'il ne soit trop tard pour visiter. Quelques semaines je dirais, un mois maximum. De toutes façon, tu as bien autre chose à faire en attendant, n'est-ce pas ?

Pas vraiment... J'essaye de me trouver une nouvelle cible.

Ah bon ? Pas des corvuns, j'espère ?

Non, ce sont des détenus évadés.

Ah, les mecs qui ont été relâchés avec l'invasion loduarienne ?

Exactement. J'ai de bonnes raisons de croire qu'ils se sont réunis quelque part vers Rigault.

Alors là, tu m'apprends quelque chose...

J'avais deux drones dans la zone, et ils ont été abattus en plein vol. C'est eux, j'en suis certaine, mais je n'ai pas encore les preuves exactes ni les informations.

C'est peut-être la MIRA qui t'a abattu tes drones ?

Non, j'utilise des modèles justement qui ressemblent à ceux employés par la reconnaissance de la MIRA. Ils sont habitués à cette forme de prototypes, et Corvus n'a pas de drones de ce que je sais. Donc je n'ai pas besoin de faire profil bas. Mais je ne veux pas que mes objets soient pris entre les deux feux pour autant.

Donc tu as bien la certitude que ce sont ces évadés qui ont abattu tes drones ?

Exactement. Cela ne peut être que leur manœuvre.

Et avec quelles armes même ?

je ne sais pas, mais ils ont l'air d'être armées, ils ont monté un véritable gang. L'autre soir, une équipe de deux véhicules antariens ont été massacrés par un soit disant groupe de quatre lourdement armés au nord de la campagne rigaltaise. Aucune chance que les corvuns aient réussi à percer si loin.

C'est que tu es renseignée, dans les canaux d'informations de la MIRA ils parlent seulement d'une altercation sur la ligne de front...

C'était très loin de la ligne de front, et proche de la zone où mes drones se sont fait abattre. Une fois que j'aurai réussi à pénétrer physiquement leurs défenses, je pourrais commencer la cyberattaque et neutraliser leurs communications, puis j'enverrai une équipe de mercenaires les tuer un par un.

Eh bah dis donc ! Tu prends vraiment au sérieux quelques drones !

Ce n'est pas les drones. Ces détenus, je les connais bien.

Des amis à toi ?

Non, des ennemis.

Oui, j'avais bien compris, je te charrie.

C'est surtout à cause de moi qu'ils ont été enfermés.

Comment ça ??

La plupart étaient actifs sur des forums qui prêchaient la religion corvienne et ses traditions. Avec des personnes du forum Lutte Anti-Cierges, on cherchait certains de ces membres et leur situation familiale. La plupart avaient des parents divorcés, ou bien orphelins, avec des pathologies comme la schizophrénie notamment. On a donc contacté des Instituts psychiatriques carcéraux au bord de la faillite sans détenus et on leur a donné des dossiers.

Ah c'est à cause de vous si en trois ans les centres comme ça là sont pleins à craquer ??

Oui, et ils le méritent. Notamment l'une d'entre elles.

C'est qui ?

Une certaine Jade. Elle avait beaucoup d'influence sur le forum, et dès qu'elle a été enfermée une partie de ceux-ci se sont délacés. Au final, nous aurions pu aller plus loin si le LAC n'avait pas eu ses propres problèmes...

Jade, je me souviens.

Tu la connais ?

Non, je crois que l'on ne parle pas de la même personne. Laisse tomber.

En tout cas, notre propre forum a été démantelé aussi.

Et tu as décidé de continuer cette aventure toute seule, c'est ça ?

Oui, et pour de bon. Cette fois il ne sera plus question de les enfermer mais de les exécuter en même temps que Corvus.

Je vois...

tu ne trouves pas cela bizarre ?

Quoi donc ?

Tout cela, le fait que je veuille éradiquer une ethnie entière.

Tu sais, déjà ça ne sera pas le cas tant que je te bats au Maropol, et de ce que je vois, ce n'est pas très bien parti pour toi. Mais au delà de ça, je crois que ce sera compliqué pour toi, n'est-ce pas ?

Je me suis préparée pendant des années. Il n'y a plus rien qui m'arrête à présent. J'ai des mercenaires, j'ai des drones. J'ai le réseau Rhéa qui est l'un des plus performants en termes de cyberattaque et peut être difficilement contré.

Ce n'est pas vrai voyons, moi je l'ai fait !

Tu n'es pas n'importe qui.

Et pourtant si, je suis vraiment monsieur tout le monde.

Arrête. Ce genre de défense demande des années de connaissances et des outils spécifiquement conçus contre le système Rhéa. D'ailleurs, je ne sais toujours pas comment tu as réussi à déjouer mon attaque.

Cherches et tu verras. Mais je crois tout compte fait que tu seras plus rapide à me battre au Maropol...

Ne me nargues pas. Tu ne me connais pas.

Peut-être, oui. Mais je connais ton potentiel, et je sais ce que tu es en train de vivre.

Non, tu ne sais pas. Tu ne peux pas savoir.

Crois moi.

Stop. Tu ne peux pas dire ça.

Saturne, je t'en prie.

Tu crois savoir mieux que tout le monde juste parce que tu arrives à battre ma stratégie ?

Ce n'est pas ça du tout

Tu ne sais pas ce que je vis. Personne ne sais ce que je vis. Tu n'as aucun droit de supposer quoi que ce soit.

En tout cas, même si c'est le cas, je cherche à t'aider.

Tu ne sais rien, comment veux-tu aider ?

Je peux toujours essayer ?

Je n'ai pas besoin d'aide de toutes façons. Tu ne m'aides pas.

Très bien... Si tu le dis. Tout de même, je me sentirais bien coupable si il t'arrivait quelque chose.

Rien ne m'arrivera. De toutes façons, j'ai appris à travailler par moi même. Je n'ai pas besoin d'aide.

Bon. En tout cas, ravi d'avoir joué. On se voit une prochaine fois. Au revoir.

Salut.

Saturne se détendit après avoir mis fin à la discussion. Elle ne savait pourquoi, mais elle s'était comme crispée en discutant avec Malice. Il n'y avait pourtant rien de différent dans son attitude. Quoique, il était devenu bien plus froid qu'à son habitude lorsqu'elle avait mentionné les détenus. Est-ce qu'elle lui aurait fait peur avec ces informations ? En avait-elle trop dit sur ses intentions ? Pourtant, Malice ne semblait pas opposé au projet. Mais en temps normal, il aurait réagi avec bon nombre de moqueries sur ses capacités et son ambition parfois un peu grande. Aujourd'hui, il paraissait plus morose que d'habitude.

Après, la jeune fille continuait de vouloir lui en demander d'avantage sur lui, mais n'arrivait jamais à tirer quoi que ce soit de cet homme. Après tout, la conversation n'avait jamais été son fort, mais elle se sentait quand même menée en bateau durant ces discussions.

Qu'importe, elle entendait ses parents l'appeler pour déjeuner. Elle enleva ses lunettes anti lumière bleue et descendit des escaliers, quelque peu éblouie par les lumières du salon et les rayons du soleil qui passaient au travers des vitres claires. Comme à son habitude, elle prit place et commença a manger silencieusement, alors que l'interrogatoire de ses parents débutait. Sa mère initia ce bal avec une simple question.

"Alors ma puce, comment va le travail ?"

"Bien."

"Pas très bavarde aujourd'hui. Quelque chose ne va pas ?"

"C'est rien... C'est... Une personne. Elle m'a donné un défi à relever, et je travaille d'arrache pied pour essayer de le réussir."

"C'est quoi comme défi ?"

"Une sorte de jeu. Je ne préfère pas en parler. C'est la dernière fois que je perds à ce jeu."

"Bon, c'est bien, au moins tu es motivée !"

"C'est surtout que ce défi me bloque dans d'autres tâches de mon travail, c'est comme un espèce de goulot."

"Tu vas y arriver tôt ou tard, j'en suis sûre. Tu réussis toujours."

"...Merci."

Son père jeta un œil à sa femme, avant d'aborder une question un peu plus grave.

"Bon, faut qu'on parle un peu de la Guerre des Ombres. En soi, on pourrait se rendre à Roncevaux vu qu'ils ont étendu la frontière, on trouvera sûrement de la sécurité."

Saturne s'empressa de répondre.

"C'est ridicule ! On est en sécurité là où on est. Corvus ne viendra jamais jusqu'ici, déjà la MIRA et l'ARA leur bottent le cul, ça sera vite terminé. Il n'y a pas à se préoccuper."

"Mais ma puce, la plupart de nos voisins ont déjà déménagé !"

"Tant mieux pour eux. Et puis, c'est qui ces voisins ? Y'a personne dans un rayon de trois kilomètres."

"Tu sais très bien qu'au bout de la rue y'a les Laurent, et eux sont déjà partis pour Roncevaux. D'ailleurs, au delà de la sécurité, les courses commencent à coûter cher, alors que les prix n'ont pas bougé dans la zone humanitaire, si ils n'ont pas baissé..."

"Si vous avez besoin d'argent, je peux vous en donner. Mais moi je dois rester ici, mon travail en dépend. Commencez pas à me faire chier pour si peu."

Les parents se regardaient, quelque peu angoissés à l'idée de voir une autre attaque éclair corvienne faire une percée jusqu'aux campagnes de Tassel. Finalement, son père reprit la parole.

"Bon... Et sinon, tu as un colis."

Saturne leva la tête d'excitation.

"Pour moi ?"

"Oui, il est sur le comptoir dans la cuisine."

Saturne ne voulait rien entendre de plus. Elle termina son assiette à vitesse éclair, se leva de table pour aller chercher son paquet dans la cuisine et l'amena dans son bercail tel un butin de guerre.

Une fois posé dans sa chambre, elle ouvra doucement le carton, puis plongea ses mains dans le papier bulle pour en extraire son tout nouvel objet de collection.

Un masque. À présent, Saturne avait fini de rire. Il était temps de passer à une vraie attaque, avec une vraie identité. Et la face cachée de Saturne s'illumina soudain.

* * *

Il était peut-être une heure du matin. Saturne était allongée sur son lit, roupillant. Doucement, elle ouvra les yeux. Depuis les quelques jours suivant l'attaque qu'elle avait conduit avec malice, elle avait pris l'habitude de dormir correctement, pas huit mais neuf heures par nuit. Pour elle, c'était comme goûter au paradis.

Mais pour une raison ou pour une autre, quelque chose au milieu de cette nuit la réveilla. Elle était allongée là, tranquillement, quand elle entendit un bruit. Rien d'alarmant, peut être une notification de l'un de ses serveurs. Et c'est à ce moment là qu'elle voulut se lever pour inspecter l'origine du son, et qu'elle s'aperçut qu'elle ne pouvait pas.

"...Non... Non, non... Non ! Non, ce n'est... C'est pas possible... Non ! Non !!"

Saturne cherchait à bouger de toutes ses forces. Mais elle dû se rendre rapidement à l'évidence.

Le paradis finissait à présent.

Au fond de la salle, là où était notamment présente l'ombre qui continuait à la taquiner à chaque fois qu'elle s'endormait, à la place, une douce lueur rougeâtre. Elle plissa les yeux pour savoir de quoi il s'agissait.

Lentement, avec des bruits venant d'un autre monde, une figure sortit de l'ombre. Un dégoûtant amas de muscles, une forme humanoïde mais marchant à quatre pattes tel un gorille aux membres disloqués. Du sang coulant sur la surface de ce qui ne pouvait être que sa peau. Et finalement, aucun visage. Seulement une mâchoire. Une énorme, effrayante mâchoire.

Saturne n'avait jamais vu cette créature. Elle semblait sortie tout droit des enfers.

Et de fait, elle l'était bien. Mais ce n'était pas une simple créature. Lui, c'était le plus monstrueux des Cierges. Le Cierge Dévoreur.

La bête émit soudain un lourd gémissement, suivi d'un cri strident qui se transforma en un grognement extraterrestre. Saturne tenta de bouger, hurler même.

"Aidez moi... À l'aide ! À l'aide !! Au secours !! Par pitié !!!"

Rien n'y faisait. À présent, le Cierge était prêt à commettre ce pour quoi il était apparu. D'un coup, il fit un bond en avant pour venir s'accrocher au lit de Saturne, puis sans attendre commença a lui déchiqueter ses bras, puis ses jambes, une par une à coups de mâchoire alors qu'elle se vidait peu à peu de son sang. Elle hurlait tellement la douleur était insupportable, elle agonisait lentement alors que ses muscles et ses os se faisaient broyer sous des dents d'acier. Elle voulut s'évanouir, mourir. Mais elle ne pouvait pas. Quelque chose la maintenait lucide. Car elle n'avait aucun droit de mourir, elle devait souffrir.

Finalement, après de longues minutes de douleurs impossibles sans issue, le monstre émit à nouveau son grognement, et d'un geste lent vit mordre le cou de la jeune fille, la décapitant.

Ce fut l'ultime geste du Cierge. Saturne se réveilla d'un coup, en face de son ordinateur, là où elle s'était endormie par mégarde. Elle n'arrivait plus à respirer, elle venait de vivre la douleur comme si celle-ci avait été réelle. Et alors qu'elle peinait à reprendre son souffle, elle se mit à sangloter silencieusement.

"Pourquoi... Pourquoi me fais-tu cela ?"

La malédiction de Saturne n'était plus qu'une douleur psychique. À présent, elle était de retour après cette courte pause, et vraisemblablement plus intense qu'auparavant.

Saturne n'était plus dans les quelques cercles médiocres du Royaume de la Fantassine ou de la Vertu-Pique. Elle sombrait désormais plus profondément dans les zones les plus douloureuses et sordides de cet enfer dont elle a su mériter sa place.

Du moins, selon certains.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Retour en force de Saturne malgré sa nouvelle défaite au Maropol contre Malice, et sa volonté d'anéantir le projet de Jade. On découvre entre ces deux entités (Saturne et Jade) une rivalité qui se joue à hauteur de vie ou de mort, sans jamais se matérialiser pour l'instant en véritable affrontement. Saturne discute par ailleurs avec ses parents d'un éventuel déménagement. Quand à sa malédiction, elle s'aggrave sévèrement.
19209
[❀] Rehëlysÿs Kyvärÿn Laükaüksÿn
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Les Phares de l'Espoir" Sally Väytkä, 2018 (Photographie Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Les Phares de l'Espoir"
Sally Väytkä, 2018 (Photographie Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Arthur Dabi était assis à son bureau, pensif. Il tenait entre les mains un papier. En réalité, plusieurs papiers agrafés entre eux. C'était le discours qu'il était censé prononcer dans une dizaine de minutes.

Il avait la boule au ventre, il fallait le dire. Ce n'était pas une allocution normale, loin de là. En réalité, le début l'était. Mais prenant à cœur les conseils de Clara, et après y avoir réfléchi longuement, il avait besoin de reprendre la situation en main.

Justement, en parlant du loup, Mademoiselle Malmaison toqua à sa porte et entra après que celui-ci ait murmuré le mot "Entrez !".

"Alors, prêt pour l'allocution ?"

"Prêt, c'est un grand mot..."

"Autant que ça ?"

"Non, j'exagère. Je suis prêt. Si je ne le fais pas, qui le fera ?"

"Luca, peut être."

"Non, hors de question, je ne veux pas le mettre là dessus. Il a déjà assez de problèmes à régler de son côté. Toi d'ailleurs, tu as trouvé une piste pour ce que je t'ai demandé ?"

"Je crois bien, mais il me faudra faire un petit tour à l'ALMA pour trouver ce dont j'ai besoin. Je dois encore faire des recherches à ce sujet là."

"Très bien, continues. Dis moi s'il y a du mouvement."

"Bien sûr. En attendant, tu dois faire valoir ton autorité."

"J'y compte bien. On nous prendra plus pour des cons désormais."

"Bon, je te laisse alors. Bon courage."

"Merci Clara."

Et sur ces mots, la ministre des affaires étrangères prit la porte, laissant le Président de la République seul face à son sort à nouveau.

C'était quand même drôle dans ses yeux. Il avait l'impression qu'il allait briser le quatrième mur. Et en soi, c'était le cas. Il se refusait de faire semblant, et c'était normal. À présent, rien ne pouvait arrêter son élan de détermination.

* * *

Arthur Dabi, Président de la République Antarienne a écrit :
"Antariens, Antariennes. Corvuns et Corviennes.

Je prends une nouvelle fois la parole aujourd'hui pour faire plusieurs annonces, notamment sur les développements de la Zone Humanitaire Indépendante ainsi que des nouveautés et nos plans pour l'avenir plus ou moins proche de la ville de Roncevaux.

Tout d'abord, j'aimerais féliciter le conseil municipal de la ville pour leurs efforts, des félicitations que je leur adresse certainement de façon régulières, mais qui sont méritées. Grâce à eux, la jeunesse continue de prospérer au sein de la ville, les travailleurs sont satisfaits de leurs emplois temporaires et des activités et le loisir est organisé pour vous aider vous, les réfugiés comme les citoyens, à passer le temps durant cette époque sombre couronnée par la Guerre des Ombres. Malgré cela, il y a tant d'hommes et de femmes, à commencer par ce conseil, qui travaillent d'arrache pied pour faire en sortes que la République d'Antares, à travers Roncevaux, puisse continuer à survivre et à prospérer.

Justement, nous avons mis en place des nouvelles mesures permettant la meilleure distribution des emplois temporaires. Comme vous le savez, nous sommes dispos à faire en sortes que tous les services restent accessible pour votre confort loin de chez vous, et pour que même les familles qui auparavant avaient besoin des aides de l'état ou d'autres membres de la famille pour subsister à leurs besoin puissent continuer à être aidés ici, à Roncevaux. La plupart des entreprises du secondaire ont déjà mis en place des chaînes temporaires dans les banlieues de la ville et offre une grande quantité de postes qui sont disponibles à la plupart d'entre vous. Le secteur de la recherche recrute aussi, et bien évidemment nos équipes humanitaires tout autant. Les transports ont été réarrangés pour favoriser ces déplacements, non pas car nous voulons restreindre le déplacement dans la ville en soi, mais car nous voulons utiliser l'espace que nous offrent ces stations dans des endroits non particulièrement stratégiques pour y établir d'autres structures à buts humanitaires, pour ainsi bénéficier l'entièreté de la communauté.

D'ailleurs, ce Jeudi nous allons commencer à fermer la plupart des rues officiellement pour les rendre piétonnes. En effet, la circulation routière a beaucoup diminué, avec la plupart de vos occupations ayant été chamboulées ou déplacées le temps de la Guerre des Ombres et après l'établissement des infrastructures humanitaires pour accueillir les réfugiés. Qui plus est, et avec l'arrivée des troupes Kartiennes pour assurer la sécurité des lieux, nous voulons favoriser une vie de quartier plus libre qui pour nous semble la meilleure option pour parvenir à vos besoins de soutien, en vous ouvrant d'avantage de portes pour vous rapprocher physiquement des personnes autour de vous. Nous prévoyons d'ailleurs de rendre la quasi totalité de la ville piétonne d'ici quelques semaines, bien évidemment si le système fonctionne, mais aussi si vous en êtes satisfaits.

Pour nos résidents en campagne roncevaloise, nous continuons à essayer de désengorger la ville pour favoriser un établissement plus égalitaire sur toute la surface de la région, surtout avec le nombre de réfugiés qui ne fait que grimper et qui, hélas, pourrait grimper encore davantage. Rassurez-vous, la ville ne sera pas le seul lieu où vous pourrez bénéficier des aides ainsi que des opportunités d'emplois temporaires, nous maintenons notre promesse de promouvoir une aide efficace et égalitaire sur toute la surface de la zone indépendante. Et justement, puisque les bus ne circuleront plus au sein de la ville, nous les mettrons à disposition pour connecter les campagnes entre elles, ou bien avec les banlieues de Roncevaux pour favoriser le transit là où il est le plus nécessaire.

D'ailleurs, à ce propos, je tiens à mentionner que je maintiens l'initiative de pousser la ville à travailler sur un rythme perpétuel de vingt quatre heures au lieu de journées. Nous offrons bien évidemment des primes aux travailleurs qui souhaitent se régler aux heures nocturnes, pour faire en sorte que nos usines puissent tourner constamment sans devoir attendre le lendemain, permettre une meilleur fluidité des transports en désengorgeant les matins lorsque la moitié du pays se rend sur les mêmes sites, et aussi pour permettre à la zone humanitaire de rester auto-suffisante en terme de production et de confort comme à l'échelle du pays. C'est dans cette objectif que nous comptons donc faire de Roncevaux une ville qui ne dort jamais, une métropole à taille humaine qui fonctionne grâce à vos efforts, motivés par la détermination et l'envie de pouvoir sécuriser par vos propres mains un futur stable, quel qu'il soit, quelque soit sa couleur ou son étendard.

Justement, à propos d'étendards, Roncevaux sera sous notre administration comme elle l'a toujours été jusqu'à présent, mais comme vous le savez à présent aussi en co-administration avec les forces Kartiennes qui viennent offrir une grande majorité de l'aide humanitaire que nous recevons de l'étranger, en collaboration avec notre alliée millénaire, Everia, qui est aussi présente à Roncevaux pour épauler nos efforts. Quand à la sécurité du périmètre, et la sécurité intérieure aussi, elle sera entièrement prise en charge par les forces de la République Fédérale.

Certainement l'une de nos alliées les plus chères, Karty a su prouver par maintes occasions sa ferveur et son aptitude à porter secours à sa sœur, nous l'avons vu durant cette nuit de frayeur qui a su chambouler tout le monde, et surtout tapir dans leurs bureaux la plupart des représentants eurysiens, tous sauf Karty. Ils ont été les seuls, et le sont toujours d'ailleurs avec l'exception d'Everia à clamer haut et fort qu'il revient à nos mains de décider du sort de notre propre pays, et surtout à agir vers cet objectif. C'est pour cette raison qu'elle est là pour garantir notre sécurité.

La République Fédérale a aussi su apporter une nouvelle touche à Roncevaux, déjà connue comme la capitale de la culture antarienne, vous avez certainement fait la rencontre de soldats amicaux pendants les rondes, cherchant à aider, à soutenir, à être là physiquement plutôt que de simplement se contenter de veiller aux alentours. Karty nous a monté qu'elle savait faire plus que nous défendre, elle sait s'intégrer à nous pour nous prêter main forte et nous réconforter.

Ainsi, je souhaite saluer tous les effectifs kartiens, son excellence la gouverneure Angèle Orlovski ainsi que tous les représentants de l'Etat Major kartien qui ont directement contribué à la mise en place de cette zone humanitaire indépendante.

À présent, il est temps de parler du reste du pays. L'avancée corvienne a donné naissance à une nouvelle vague de réfugiés venus du nord, pour la plupart ayant été rapatriés dans la zone humanitaire indépendante. Je le rappelle, tous ceux et celles qui vivaient jusqu'à présent en Antares ou ayant obtenu les autorisations préalables sont éligibles à trouver refuge ici, à Roncevaux. Cependant, si vous êtes un ressortissant étranger, nous offrons pour ceux encore désireux de rentrer dans leur pays d'origine de vous y amener à nos propres frais et soins. Bien évidemment, vous êtes libres de rester, qui plus est nous avons prêté serment auprès de la communauté internationale de prendre en charge tout le monde, qu'importe la nationalité, qui saurait être touché par la Guerre des Ombres.

Mais à présent, recentrons nous sur l'actuel. Il est difficile de prévoir comment cette nouvelle ligne de front compte avancer, mais elle atteindra bientôt les portes de la région de Roncevaux. Encore une fois, Karty assure que toute transgression au territoire de la région sera sévèrement repris à hauteur d'une riposte armée, la question de la sécurité ne se pose pas. En revanche, nous devons nous attendre à une nouvelle vague d'immigration si Corvus continue à repousser la ligne. À présent, nous serons bientôt quinze millions, nous nous attendons à des nombres frôlant les vingt millions, vingt-cinq dans le pire des cas. Vous l'aurez compris, cela représentera un nombre conséquent de personnes à mettre à l'abri. Vous savez sans doute que nous attribuons les secteurs selon les besoins, notamment les personnes atteintes de handicap à proximité des établissements tels que des hôpitaux, ou ceux atteints de maladies graves. Certains d'entre vous pourraient donc être relocalisés si nous nous résolvons à réorganiser notamment le centre ville, ou les infrastructures stratégiques dont certains en ont le plus besoin. Bien évidemment, les déplacements seront avisés bien en avance, exécutés à nos propres frais et dans le plus grand des conforts. Notre objectif sera de limiter, voire de retirer complètement toute angoisse ou stress face aux déplacements, même si vous avez déjà trouvé votre rythme ici, nous serons complètement disponibles pour vous aider à le reconstruire autre part à l'identique, voire mieux.

Bien évidemment, tout cela reste sujet aux évolutions de la Guerre des Ombres, ce n'est qu'une sorte de mise en garde spéculative."


Arthur Dabi fit une courte pause dans son discours. Il soupira avant de reprendre.

"À présent, j'aimerais clôturer ce discours avec la nouvelle la plus importante. Vous avez certainement entendu parler durant ces derniers jours d'une situation difficile, notamment à propos de Henne. En effet, des réfugiés censées rejoindre la zone humanitaire de Roncevaux par un couloir à l'est de la métropole ont été ralentis par des déplacements de la MIRA et de l'ARA, pour ensuite être arrêtés par les forces de Corvus qui étaient en plein élargissement de leur zone de front. Là, les autorités corviennes ont décidé de mettre à l'abri les réfugiés dans les souterrains des métros de Henne en attendant leur extraction vers la zone de Roncevaux, en ne donnant que de vagues préventifs à la MIRA. Celle-ci a procédé au bombardement lourd de certaines zones de la ville, là où se trouvaient les réfugiés, prenant par surprise les forces de Corvus.

Tout d'abord, j'aimerais vous rassurer à propos des civils. Ils sont parfaitement en sécurité, personne n'a été touché par les bombardements grâce à la profondeur du réseau métropolitain hennois, et ils attendent leur extraction qui adviendra dès que possible. Nous sommes d'ailleurs en train de négocier avec les deux parties pour mettre en place un nouveau couloir temporaire entre Henne et Bellecour, pour faire transiter les civils sur Lansal jusqu'à Roncevaux. De ce point de vue là de l'histoire, il n'y a rien de dramatique et la situation reste positive.

Cependant, il me semble nécessaire de faire un rappel quand à notre rôle, en termes de gouvernement Antarien légitime, dans les discussions périphériques et concernant directement la Guerre des Ombres. Nous ne sommes pas là pour désigner un coupable, ni pour éclaircir les situations comme celle-ci. La priorité est tout d'abord les civils. Le reste n'a que peu d'importance à mes yeux.

Mais tout de même, j'aimerais que les représentants des deux belligérants m'écoutent attentivement. Déjà, il est hors de question, quelque soit la raison, que l'une des deux parties prenne en charge des réfugiés de sa propre gouverne et décide de les installer dans une zone de guerre, aussi sûre soit elle. Corvus a dépassé bon nombre de lignes rouges à présent, et je compte réagir à propos de cela. Les civils, c'est à nous de les prendre en charge. Et les couloirs humanitaires, c'est nous qui décidons de où et quand ils seront mis en place. J'avertis donc, une action comme celle-ci ne sera pas pris à la légère, et je crois bien que ni vous ni nous comptons escalader la situation à ce propos. Que les choses soient claires, nous n'avons aucune main mise sur la Guerre des Ombres. Mais nous ne resterons pas passif face à cela.

Cependant. Que Corvus ait prit des mauvaises décision, c'est une chose. Mais que la MIRA frôle le crime de guerre avec les bombardements en ayant très bien connaissance malgré la nature vague des mises en garde de la présence de réfugiés à Henne de bombarder quand même le secteur avec des appareils lourds et favorisant le dégât de zone plutôt que la précision sur certaines infrastructures clés. Sachez le, je ne tolèrerait nullement des actions comme celles-ci, il en faut peu pour vous retirer la légitimité dont vous avez usé pour mettre en place la loi martiale. Je ne tolèrerai pas ce genre de comportement surtout lorsqu'elle met en jeu la vie de nos compatriotes.

Mais tout de même, on pourrait me reprocher le fait que tout a été vague et confus, que les deux parties sont à critiquer sur la situation. En effet, j'ai bien pris soin d'énumérer les torts de la MIRA comme de Corvus quand à cet incident. Je ne tiens pas à favoriser surtout sur un cas de figure où les deux parties auraient pu faire bien plus d'efforts et n'en ont point fait. Cependant, je m'interroge, j'interroge surtout la MIRA. Que faites-vous encore là, à Roncevaux ?

Vous avez été aperçus, du moins un certain nombre de vos agents, sur des travaux de reconnaissance comme, à tout hasard, observer mes allocutions depuis le toit d'un bâtiment, votre présence dans la foule lors de mes déplacements ou bien même inscrivant certains de vos hommes toujours en service à bénéficier des soins humanitaires de la zone. Que l'on soit clair, cette situation est au bord du ridicule. Nous avons été gentils, disons le, jusqu'à présent. Nous avons accepté le fait que certains membres strictement neutres des services secrets aident à l'encadrement de la zone humanitaire naissante. Mais à présent, Karty a pris la relève. Et la Zone Humanitaire Indépendante a été proclamée. Donc, je me répète, que faites-vous encore ici ? Je ne vois pas de Corvuns me surveiller durant mes prises de parole, du moins de ce que je sais. Mais j'imagine que vous pourrez me renseigner d'avantage à ce sujet vu que vous en êtes les experts ?

Je vais être franc. Mon rôle n'est pas d'être impartial, c'est d'aider les civils tout d'abord, et ensuite régler les cas de triche, soit de non respects des frontières et des règles de la zone humanitaire, soit de crimes de guerre à proprement parler. Et je n'hésiterai nullement à prendre l'une ou l'autre partie si le belligérant adverse se croit tout permis.

Ainsi, je le dis à vous, mes compatriotes, et au vu des infractions majeures répétés de la MIRA.

Nous ne devons pas exclure la possibilité de supporter Corvus pour la démocratie.

Bien évidemment, dans le cas où Corvus serait l'infractionnaire, j'en aurait dit de même pour la MIRA. Mais comprenez que nous ne pouvons laisser gagner de façon légitime une force qui ne l'est pas. Donc, si vous prétendez vous croire tout permis, sachez le, nous aussi nous le seront. Et je n'aurait aucun mal à prendre partie si cela est le cas.

Je le dis sans gène, je ne tolérerai plus d'être considéré comme un naïf. Moi et le reste du Gouvernement Légitime. Nous travaillons pour faire en sortes que le gagnant de cette guerre ne soit pas celui qui devra enterrer les corps de ses frères et ses sœurs innocentes tombées durant les affrontements, pour que le vainqueur n'ait pas à récupérer comme récompense des lambeaux déchiquetés d'un pays en miettes. Et en débutant un cercle vicieux de non-respect de principes fondamentaux établis aux débuts de la Guerre des Ombres, vous mettez en danger les quinze millions de personnes venus chercher la garantie de la sécurité ici même à Roncevaux. Car oui, nous ne resterons pas sans rien faire. Nous n'allons pas vous laisser vous emparer du futur de notre pays à travers des méthodes détournés. Les populations doivent savoir comment vous vous êtes imposés, et ce que leurs enfants devront apprendre durant leurs cours d'histoire antarienne. Vous sabotez activement cet avenir pourtant prospère avec un mécanisme qui certes, favorise votre agenda, mais coule toute la nation avec. Et je préfère donc agir, même si cela me coûte mon impartialité, plutôt que de voire mes concitoyens se faire manipuler par les feux d'une guerre que je n'aurai su contenir.

Permettez moi donc ce rappel. Sont-elles des menaces que vous entendez ? Oui, absolument. Je le répète, et je le répèterai autant de fois que nécessaire. Cela doit cesser. Et si je peux me permettre d'ajouter, c'est attristant de voire que vous devez ressortir à ce genre de manœuvres pour vous procurer un avantage aussi infime soit-il sur votre adversaire.

Quand à l'avenir, je le réitère, la Zone Humanitaire Indépendante est désormais co-administrée par la République Fédérale Kartienne. Toute infraction aux règles de cette zone, et à l'intégrité du Gouvernement Légitime constitue une infraction envers notre alliée. Et je pense bien parler pour la gouverneure Angèle Orlovski et son état major lorsque je dis qu'ils seront prêts à une riposte militaire sur quiconque décidera de les provoquer. Personne ne veut en arriver là. Donc, aux deux parties et surtout à l'attention de la MIRA, vous avez intérêt à bien vous tenir.

Je m'excuse pour cette longue chicane quelque peu morose, mais je jugeais nécessaire que ces mots soient prononcés. Avec la mise en place de la zone humanitaire, il est facile d'oublier l'autorité que nous avons encore sur ce pays, et je tiens donc à la rappeler ici, même de façon agressive et menaçante si cela est nécessaire.

Je termine mon discours avec une nouvelle plus encourageante cette fois-ci, nous avons décidé de mobiliser les unités de Sauveteurs-Extracteurs de la Croix Bleue ainsi que les régiments de Helldivers des Pompiers-Bombardiers pour former des unités humanitaires d'élite pour extraire les civils de situations dangereuses, qui se trouveraient malencontreusement pris entre les feux des deux camps à mesure que la ligne de front continue d'évoluer de façon rapide et imprévisible. Ces unités seront notamment mis en service pour s'occuper des civils piégés à Henne si nous n'arrivons pas à mettre en place un couloir dans les plus brefs délais.

Soyez en assurés, nous continuons à militer pour votre sécurité et faisons de tout pour trouver des solutions créatives à certains problèmes auxquels nous nous confrontons. Mais si il y a quelque chose qui n'est pas de notre ressort, c'est bien évidemment vous. Malgré tout ce que nous pouvons mettre en place, vos efforts en tant que réfugiés engagés sont et resteront la première source d'énergie qui continuera à faire battre le cœur de cette région, et avec elle, le pays entier. Nous avons besoin de votre aide, nous avons besoin de votre participation pour que tous ensemble nous pouvons garantir un meilleur futur à nous mêmes et bien évidemment à nos enfants, lorsque la Guerre des Ombres sera achevée. Bien sûr, il est encore difficile de déterminer un vainqueur à l'heure actuelle, surtout avec une véritable impasse à laquelle nous faisons face à présent, où des moyens plus destructeurs et des dizaines de milliers d'hommes sont contraints de perdre la vie pour des avancées sur la ligne de front.

Je vous invite à continuer de prier pour toutes les victimes, qu'elles soient antariennes ou corviennes. Rappelez-vous que ce sont pour la plupart des volontaires qui donnent leur vie actuellement pour vous, pour vous permettre de vous reconnaître dans une des deux cultures plus tard. Priez pour eux, et que Dieu et Shaula les gardent dans leur combat.

Je précise avant de clôturer qu'un compte rendu de transparence sera rendu public dans le courant de la semaine résumant toutes nos prises de décisions, dépenses et résultats durant le mois de Septembre.

Merci à tous pour votre attention.

Gloire à notre nation, et Ensemble, Prospérons."


La foule applaudissait le Président de la République plus qu'elle ne l'avait jamais fait. Arthur Dabi n'était plus simplement leur guide dans cette période sombre, mais un véritable défenseur de la vérité et de l'impartialité lors du conflit.

Il a su prendre une position d'autorité même face aux débordements de la MIRA, et a ainsi retourné et illuminé une partie de la population à propos des rumeurs qui circulaient jusqu'à présent. Pour beaucoup, ce qu'il venait de faire, c'était tout simplement héroïque.

Pour beaucoup, oui.

Mais bien sûr, pas tout le monde n'eut ce même sourire sur cette place où se tenait le discours, ou bien en face de leur téléviseurs. Certains y voyaient de la trahison. Une trahison qui méritera son juste châtiment.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Prise de parole du Président de la République Arthur Dabi sur les débordements de Corvus, et surtout sur la présence illicite de la MIRA dans la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux. Cette réaffirmation d'autorité rebat les cartes: le troisième acteur, le Gouvernement Légitime, reprend du poids dans un conflit toujours aussi incertain. Mais dans la salle, tout le monde n'applaudit pas pour les mêmes raisons.
1700
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Elsenheim
12 Octobre 2018

Sous l'ambition et le génie stratégique du Général de Vitriers, la division de Robaltes entreprend début Octobre un début d'assaut sur la partie nord du pays, en direction de Séralpine, là où la MIRA avait décidé de réduire ses effectifs pour les concentrer sur Carnaux.

L'objectif de Corvus était de multiplier les points de pression sur la ligne de front, à commencer par le village d'Elsenheim, pour mettre à l'épreuve la logistique antarienne (à ce stade moins avancée que celle des forces fédérales) pour grignoter du territoire et forcer l'ARA à combattre en sous-effectif l'assaut débute donc, équipé de blindés et d'une force d'infanterie très large, composée notamment de la grande majorité du personnel professionnel de Corvus qui avait rejoint la révolution avec Vitriers et permis la libération de Robaltes. La MIRA allait donc faire face à des soldats aussi bien entraînés que les leurs.

De leur côté, peu de défenses avaient été installés au nord, puisque cette zone n'était pas considéré comme un théâtre stratégique important et surtout à cause du terrain déjà montagneux. Les forces de l'Armée Républicaine Antarienne comptent ainsi sur les obstacles naturels pour résister à l'attaque.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 12 Octobre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

871 MORTS
133 Corvus / 738 MIRA


Les manœuvres du Général de Vitriers ne laissent aucune chance aux soldats de l'ARA, qui se retrouvent rapidement encerclés et pris au piège dans les abris naturels qui étaient censés les défendre. Quand aux professionnels de Corvus, ils jouent un rôle majeur dans l'élimination de la plupart des soldats, ne laissant que peu de survivants échapper à cette défaite cuisante.

La résistance antarienne est massacrée, et le convoi offensif passe en toute sécurité la frontière entre les deux régions. À présent, que peu d'obstacles séparent les hommes du Général et la ville de Séralpine.


1421
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Valigny
13 Octobre 2018

Alors qu'il font route vers la ville de Carnaux après leur victoire amère dans la vallée de Câpres, les forces fédérales rencontrent les renforts venus supporter les efforts de l'ARA depuis les stationnements au sud du pays.

La rencontre s'effectue dans la petite commune autoroutière de Valigny, un lieu pas particulièrement renforcé mais plutôt là où étaient censés transiter les lourds renforts antariens. De leur côté, Corvus espérait pouvoir prendre le contrôle du lieu pour se ravitailler avant de passer à l'assaut de Carnaux. Cependant, la MIRA ne fait pas de demie-mesures: Alors même que les forces fédérales avancent avec sur leurs dos de lourdes pertes en matière de blindés lors de combats précédents, l'ARA riposte avec une large unité de chars d'assauts lourds prêts à en découdre.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 13 Octobre Septembre 2018





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

995 MORTS
838 Corvus / 157 MIRA


Pratiquement aux antipodes des efforts conduits au nord par le Général de Vitriers, la division s'entrechoque lourdement avec les renforts antariens, ouvrant le feu sans discriminer sur les véhicules des forces fédérales. De leur côté, la désorganisation et la panique des soldats forcent les officiers à appeler une retraite alors poursuivie par les véhicules antariens.

Un par un, les véhicules Corvuns sont réduis en cendres face à la force de frappe largement supérieur des antariens, et la grande majorité des blindés sont perdus durant cette rencontre. Une défaite importante pour les corvuns qui commencent à perdre leur prise sur Carnaux.


7553
[♠] Teräksën Enkëlyt
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Angélismes Artificiels" Sally Väytkä, 2019 (Photographie Spectaculaire, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Angélismes Artificiels"
Sally Väytkä, 2019 (Photographie Spectaculaire, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



15 Octobre 2018

Corvus perd du terrain sur la partie est de la région de Carnaux. Les renforts antariens sont arrivés, et bientôt tous leurs efforts effectués dans la vallée de Câpres seront annéantis.

Il y a cependant une dernière chance pour eux. En évitant les plaines vallonées du nord, une autre route est envisagée pour contourner l'avancée antarienne et rejoindre la capitale de la région plus rapidement. Cette nouvelle "autoroute", ce ne sont autres que les prairies de Roland.

L'herbe doucement jaunie par l'arrivée de l'automne, le bruit du vent agitant les pousses et les doux rayons du soleil donnaient à ce lieu un aspect paradisiaque sans définition, un lieu qui n'attendait pas justement de se voir bouleversé par les horreurs du sang coulé.

Les forces de Corvus, menées par Nörä Köwnatör, étaient prêts à prendre d'assaut une batterie d'artillerie située dans le petit village de Mélicor, de l'autre côté des larges prairies de Roland. Une longue et vaste étendue de rien, autrefois où l'on pouvait retrouver des pâturages, à présent on n'y retrouvera que de l'acier. Mais surtout, un vrai défi puisque le lieu était presque complètement plat.

Cependant, les officiers des forces fédérales étaient optimistes à propos de l'affrontement. Ils s'attendaient à ce que la grande majorité des antariens aient renforcé l'est plutôt que le nord-ouest, ce qui devrait créer l'effet de surprise nécessaire. Mais d'un autre côté, la plupart des soldats qui étaient sur le point de s'élancer n'avaient pas vécu ce que leurs frères avaient vu sur la vallée de Câpres. Ils ne connaissaient point encore l'horreur des grandes batailles. Ils ne savaient pas ce qui allait se dérouler.

"On est prêts. Il est temps de lancer l'assaut."

Les conseillers de Nörä Köwnatör étaient en train de la presser pour exécuter le plan le plus rapidement possible. En effet, cela faisait maintenant plusieurs semaines que la région de Carnaux était sous les feux de la guerre, et quand bien même Corvus comptait une énorme supériorité numérique, ils ne voulaient pas passer plus de temps que nécessaire là où leurs hommes perdront la vie.

De son côté, Nörä semblait hésiter.

"Donnez-moi une seconde."

Elle scrutait avec attention la carte qui avait été dressée par leur reconnaissance. Le plan d'attaque était infaillible sur le papier, mais la jeune femme avait comme cette impression que quelque chose lui échappait. La MIRA trouvait toujours des moyens de leur faire mal là où ils s'y attendaient le moins. Après tout, c'était des professionnels, ils ne se battaient pas contre quiconque. Et surtout, ils avaient encore en leur possession la grande majorité de l'arsenal antarien, ce qui voulait dire aussi bon nombre d'appareils.

"Vous hésitez sur quelque chose ?"

"Je ne sais pas... C'est pas aussi simple."

"Nous avons assez de blindés pour couvrir une majorité de nos troupes. Bien sûr, le grand danger sera leur artillerie, mais si nous réussissons à percer assez rapidement pour atteindre la forêt, elle ne sera d'aucune utilité. Et pour les bombardiers, nous avons assez d'unités de défense contre aéronefs."

"On a aussi les unités antichars, n'est-ce pas ?"

"Bien sûr. Tout a été envisagé."

"Tout de même, nous n'avons pas beaucoup d'options de retraite lorsque nous aurons atteint les bois. Je n'aime pas cela."

"Pourquoi battre en retraite ? Une fois dans les bois, les antariens n'auront aucune chance. Et même avec les bombardiers, notre DCA fera le travail."

"Et si elle ne le fait pas ?"

"Nous avons largement de quoi les dissuader, je doute qu'ils risqueront leurs bombardiers pour si peu."

"Vous doutez ? Ou vous en êtes certains ?"

"J'en suis certain, commandante. À moins que..."

"À moins que ?"

"Non, rien. Ils n'ont pas la reconnaissance pour viser nos unités de DCA avec leur artillerie."

"Bon, très bien. Donnez les ordres et débutez l'assaut."

"Oui ma commandante."

Et ainsi, à peine quelques minutes plus tard, ce sont une myriade de corvuns qui crièrent alors qu'ils courraient à travers la plaine, protégés par leurs blindés. Le camp antarien se rendit compte de leur présence que lorsqu'ils étaient à quelques centaines de mètres de leurs fortifications, et tentèrent de riposter, mais leur artillerie arriva trop tard.

En comptant toujours que très peu de pertes, Corvus avait déjà réussi à rejoindre les bois, traversant l'entièreté de la prairie de Roland. C'était à présent un jeu de combat rapproché, et tout procédait comme il avait été prévu.

Et justement, le bruit des aéronefs commençait à se faire sentir. Les unités de DCA ayant suivi la cadence de l'avancée se préparaient à abattre les bombardiers, comme le voulait leur stratégie.

Mais le son de ces avions était différent. Il était bien plus aigu. Et surtout, ils allaient bien plus vite.

C'est normal. ce n'étaient pas des bombardiers. C'était des chasseurs.

Rapidement, ils couvrirent le ciel de leurres au dessus de la forêt alors même que la DCA s'apprêtait à faire son travail. Une centaine de missiles volèrent en éclats dès leur décollage, ne pouvant même pas s'approcher des aéronefs. Malgré le volume de ces unités, elles étaient toutes surchargés par la quantité de leurres relâchés par les dizaines de chasseurs qui volaient en formation. Et justement, derrière tous ces avions légers, les bombardiers antariens arrivaient enfin.

Toutes les unités qui combattaient alors au sein de la forêt sans se soucier de ce qui pouvait leur tomber dessus se voyaient à présent noyés dans une pluie de bombes incessante. Les corvuns, alors largement avantagés, étaient à présent pris au piège dans leur propre réussite. Rapidement, ce sont des centaines d'hommes qui perdaient la vie avec les bombardements, la forêt prenait feu, la fumée aveuglait l'infanterie et les explosifs faisaient sauter les quelques blindés. En quelques dizaines de minutes seulement, les rôles s'étaient complètement inversés: Antares commença une contre-offensive terrestre pour les forcer à l'extérieur des bois, les chasseurs continuaient à surcharger les défenses anti-aériennes et pire encore, les batteries de l'artillerie de l'ARA commença a rugir et à pleuvoir ses obus sur la prairie. Exactement là où Corvus était arrivé, et aussi sa seule issue.

Chez les officiers, c'était la panique. Ils avaient déjà perdu un grand nombre de soldats avec les bombardements, et à présent ils étaient forcés à en perdre d'avantage si ils voulaient battre en retraite. Pas le choix cependant, il fallait rebrousser chemin, ou risquer de tous mourir jusqu'au dernier.

Depuis son centre de commandement, Nörä était furieuse. Elle savait que c'était une mauvaise idée. Elle savait qu'Antares les aurait surpris, surtout avoir perdu un bombardier sur la Vallée de Câpres. Mais elle s'était laissée obnubiler par le progrès qu'ils avaient fait jusque là, et l'assurance de ses officiers.

La campagne de Carnaux avait été un désastre du début à la fin, comptant seulement quelques victoires pour un nombre écrasant de défaites et de pertes matérielles et personnelles qui contrebalançaient tout ce qu'ils avaient fait jusque là. Leurs victoires avaient été jouées sur la surprise plutôt que leur génie stratégique, et leurs meilleures décisions jusqu'à présent avaient été de battre en retraite à chaque fois. Le moral des troupes était en train de descendre, leur nombre de blindés tout autant. À présent, le grand nombre de conscrits corvuns n'était plus assez pour contrebalancer l'expertise et l'équipement antarien.

Il fallait abandonner Carnaux. Corvus avait eu les yeux plus gros que le ventre. Ils s'étaient dépêchés alors que le temps était de leur côté. Mais surtout, ils ne s'étaient pas laissés le temps de s'adapter à leur adversaire.

La MIRA avait commencé à utiliser l'artillerie lorsque les forces fédérales le faisaient. Ils avaient employé eux aussi des blindés lourds et des chars d'assaut comme à Henne. Et surtout à présent, ils s'étaient adaptés aux unités de DCA.

Le message de cette campagne désastreuse était clair pour les révolutionnaires. Si ils voulaient goûter à une quelconque réussite, ils devaient aller plus loin. Corvus avait besoin de se réorganiser. Corvus avait besoin de diversifier son arsenal et ses stratégies.

Mais surtout, Corvus avait besoin de chasseurs.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
La défaite cuisante des prairies de Roland marque la fin de la campagne corvienne dans la région de Carnaux. C'est aussi l'ouverture d'une nouvelle dimension du champ de bataille déjà élargi, celle des aéronefs de chasse, auxquels les forces fédérales vont devoir s'adapter en catastrophe.
2355
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Prairie de Roland
15 Octobre 2018

Après leur série de défaites dans l'est de la région de Carnaux, Corvus tente une nouvelle approche, cette fois-ci au nord-ouest, comptant contourner les renforts antariens venus du sud. Cette partie là de la zone, connue pour ses larges prairies et ses quelques étendues boisées, est l'endroit parfait selon les forces fédérales pour perpétrer leur stratégie du blitz surprise qui a tant bien fonctionné jusqu'à présent contre la MIRA.

Du côté des forces antariennes, les mauvais souvenirs de la Vallée de Câpres et leur manque d'innovation face à la DCA corvienne les poussent à revoir leur stratégie. En plus de cela, ils débutent la mise en place de batteries d'artillerie à la manière de leurs adversaires pour supporter leurs efforts défensifs et cimenter leurs positions. Quand à leurs blindés, ils sont conservés et mis en position défensive, comptant surtout sur leur puissance aérienne et leur expérience en matière d'embuscade.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 15 Octobre Septembre 2018





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

3791 MORTS
3037 Corvus / 754 MIRA


Pris par surprise par les chasseurs antariens, la DCA corvienne est complètement surchargée, et malgrée l'avancée des troupes au sol considérable, elle se retrouve rapidement piégée sous une pluie de bombes. Alors que Corvus commence déjà à perdre bon nombre de soldats, l'ARA décide de lancer une contre attaque en prennant avantage de la confusion des soldats pour ramener les pertes à égalité et forcer leurs adversaires en dehors des bois et à nouveau sur la prairie.

Comme si cela n'était pas assez, l'artillerie antarienne ouvre alors un tir de barrage sur les principaux axes de repli. Coincées entre les bombardements et la contre-attaque, les forces corviennes sont contraintes d'abandonner hommes et matériel pour espérer s'extraire du piège. C'est là que les forces fédérales perdent l'écrasante majorité de leurs effectifs, pris dans un guet-apens qui les force à sacrifier plusieurs milliers d'hommes pour pouvoir battre en retraite.

Malgré le caractère désastreux de cette offensive, Corvus s'en sort en sachant qu'ils auraient pu perdre bien davantage s'ils n'avaient pas décidé de se retirer dès l'apparition des chasseurs. Mais lorsque les chasseurs apparaissent, plusieurs brigades corviennes ont déjà franchi la lisière des bois et progressé de plusieurs kilomètres dans la prairie, ayant rendu toute retraite immédiate impossible. Tout de même, cela reste une défaite cuisante pour les révolutionnaires, qui perdent avec cet affrontement le contrôle du le théâtre de la région de Carnaux, laissant derrière eux un bilan extrêmement lourd de pertes humaines et matérielles.


9192
[❀] Kaksÿ hyvä ystävä
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Entre nous, on se comprend" Sally Väytkä, 2016 (Construction Photographique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Entre nous, on se comprend"
Sally Väytkä, 2016 (Construction Photographique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Arthur était bien plus serein depuis son allocution. Il avait certainement repris des couleurs, et avec ça, du nerf. Il avait passé ces dernières semaines à mettre en place les nouvelles troupes d'extractions humanitaires qui étaient prêtes à partir pour Corvus et secourir les blessés et civils restés derrière les lignes. Bien que cette histoire là le stressait auparavant, à présent il avait l'impression que tout marchait comme sur des roulettes.

Et dans l'état, c'était le cas. Depuis qu'il avait pris la parole, toute la ville de Roncevaux et ses alentours avaient repris des forces après avoir trouvé un élan de motivation auprès de leur guide, et les manœuvres avaient été fluidifiés grâce à la présence des forces de la République Fédérale Kartienne.

Tout allait donc pour le mieux dans cette zone humanitaire.

Alors que le Président de la République travaillait à son bureau, il fut visité par son ami Luca Ravenne, Président du Conseil. Il entra dans la pièce et le salua.

"Salut Arthur, je te dérange ?"

"Non, non pas du tout, entre je t'en prie."

"Merci, je viens juste dire bonjour tu sais..."

"Allez, me raconte pas de conneries. Dis moi, comment ça va avec Pam ?"

"Ecoute, très bien. Un peu chamboulés par toutes ces histoires, on a accueilli aujourd'hui les premiers mutilés après les fiascos dans la région de Carnaux..."

"C'est moche à voir ?"

"C'est écœurant. J'ai une si grande admiration pour ces hommes qui ont volontairement décidé de se battre, et d'y rester malgré tous ces trucs horribles. C'est affreux."

"Je comprends, mais tu sais bien qu'on y peut rien, qui plus est c'est leur décision. Ils le font pour Corvus. Nous, on sera là pour les aider si ils se blessent. Mais plus que cela, on ne peut pas faire grand chose."

"C'est vrai... En tout cas, Pamela a été d'attaque sur les victimes. Ils sont tous hospitalisés correctement à l'heure même où on parle, elle est vraiment forte pour gérer ces trucs là."

"Paracerque toi, tu ne l'es pas ?"

"Pas vraiment. Je préfère aider des individus seuls et de façon récurrente. Mais difficile de se faire une réputation avec cela. C'est pour cela que je suis Président du Conseil, et toi de la République."

"Allons, tu sais bien te débrouiller tout de même !"

"En tout cas, si il y a une chose que je sais faire, c'est flairer les cachotteries. D'ailleurs, ce discours, faut qu'un en parle. Je t'arrête tout de suite, c'est Clara qui est venue te parler, n'est-ce pas ?"

"En effet, tu en sais des choses..."

"À ton avis, c'est elle qui s'est débrouillée pour les a trouver, ces clichés ?"

"C'est vrai que ça ne ressemble pas trop à Clara d'être serviable comme cela."

"Tu sais, pendant que toi tu faisait tout ces beaux trucs, j'ai monté des équipes moi. Je ne fais aucunement confiance à la MIRA."

"C'est des clébards, mais ils restent belligérants majeurs de la guerre. Et je te signale qu'ils sont en train de foutre une sacré raclée à Corvus, donc si tu as des plans à propos d'un futur sous le drapeau de pique tu devrais revisiter tes pronostics..."

"Corvus a du mal à s'adapter, c'est vrai. Mais il n'est en rien question de raclée. Les gens sont en train de se rendre compte que la MIRA c'est pas des anges, très loin de là même."

"Ecoute, je comprends bien, mais je peux pas leur dire d'aller se faire foutre. Surtout que Corvus aussi a dépassé des lignes rouges avec leur histoire de civils. Oui, y'avait peu d'endroits pour les mettre, mais au moins prévenez correctement. Quand bien même, cette histoire est ridicule, et elle commence à me chauffer."

"Je suis bien d'accord Arthur. Sauf que là, il y a un truc différent. Déjà, Corvus ne t'assassinera pas pour ce que tu dis dans tes allocutions."

"Parce que la MIRA si ? Me fait pas rire."

"Arthur, ils voulaient te tuer déjà à Margaux. Si tu es en vie là, c'est parce que je t'ai mis sur un taxi pour Roncevaux."

"T'en savais quoi d'ailleurs qu'ils voulaient me tuer ?"

"Parce que les gens t'écoutent. Tu es et reste la figure la plus populaire du pays malgré la guerre. Et ils savent très bien que si ils veulent aller plus loin et prendre leurs libertés, ils ne pourront pas le faire tant que tu es dans les parages. Parce que regarde ça. Ils essayent de faire les filous dans la zone humanitaire et tu leur colles des menaces qui détruisent l'opinion publique à propos d'eux. Tu dois te rendre compte que tu es quelqu'un de dangereux, et plutôt que d'essayer de te ramener dans leur terrain, ils préfèrent que tu ne sois pas là tout court."

"Mais c'est ridicule enfin, tu les connais, tu connais l'Escoffier mieux que moi. C'est juste des maniaques qui comprennent pas comment on gouverne un pays."

"Arthur, sois honnête avec toi-même. Tu crois sincèrement que la MIRA rendra le pouvoir si ils battent Corvus ?"

"Je ne sais pas. Je sais juste qu'ils me connaissent neutre. Et que si ils me dégagent, ça sera toi qui prendra la relève. Et tout le monde sait que tu n'aimes pas la MIRA."

"Je n'ai aucun problème avec la MIRA, lorsqu'ils sont honnêtes. Ils le sont pas. Bon sang Arthur, j'ai grandi avec l'Escoffier, je sais de quoi je parle ! Tu ne vois pas à quel point ils sont provocateurs ?"

"Bien sur que si, et je les ai remis à leur place."

"Arthur, tu n'as remis personne à sa place. Tu as juste prouvé ta dangerosité à leurs yeux. Cela va finir par se retourner contre toi."

"J'ai confiance en mon pays Luca. Je connais la MIRA. Je connais Corvus. Je connais les réfugiés. Je sais que la MIRA ne paye pas de mine, surtout avec leur cirque, mais si c'est ce que les gens veulent qui sommes nous pour les contredire ?"

"Ce n'est pas ça, je sais très bien qu'il faut être impartial sur la volonté des gens. Je dis simplement que tu dois essayer de voire au delà de la guerre. Je le redis, tu crois que l'Escoffier va abandonner le pouvoir comme ça ?"

"Tu l'as dit toi même, ils sont dans la légalité."

"Techniquement ils le sont. Je n'en suis même plus si sûr à ce stade."

"Là tu balances juste des accusations !"

"Ah bon ? Tu crois que Thomas Alénan il aurait dit autre chose à ce propos ? Bah je sais pas, demande lui ! Ah, non, j'ai oublié, on ne l'a pas vu depuis que le maire de Henne a été kidnappé, soit il y a plus de trois mois. Il est probablement mort ou enchaîné quelque part, alors que nous sommes là dans le confort de la zone humanitaire. Tu te rends compte de à quel point toute cette histoire est absurde ?"

"C'est le Jeu Luca, que veux tu que je te dise ?"

"N'ose même pas. Tu sais très bien que ça ne veut pas dire ça, le Jeu. Le Jeu, c'est le sacrifice. C'est le combat jusqu'à la mort. Ce n'est pas trouvé des moyens détournés pour saboter l'adversaire au profit d'une association caritative !"

"Puisque tu aimes autant Corvus alors, pourquoi tu ne vas pas les rejoindre hein ? Vas-y si ça te fait plaisir ! Moi je reste là."

"Arthur..."

"Quoi ?"

"Désolé. Je me suis emporté."

"Ouais... la même..."

"Mais juste... Essayes de comprendre. La guerre, c'est pas un truc simple à deux balles. Moi je tiens à toi. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, parce que on a besoin de toi. Mais tu as aussi besoin de nous. On travaille ensemble, on a aussi besoin de travailler avec toi. On doit faire équipe. Comme au bon vieux temps."

Arthur réfléchit une seconde avant de répondre.

"Je comprends. Mais tu t'en fais beaucoup trop pour moi. La MIRA ne me fait pas peur. Encore une fois, je le dis. C'est des salauds, et ça me désolerai de les voir gagner. Mais ce n'est pas mon travail. Mon travail, c'est faire en sortes que tout le monde soit en sécurité."

"Y compris toi ?"

"S'il le faut. Mais il y a bien d'autres personnes qui ont besoin de moi avant que je puisse m'aider moi même."

"Bon... En tout cas, j'aimerais te demander quelque chose..."

"Quelque chose ?"

"Oui, c'est un peu pour cela au départ que je suis venu ici."

"Je m'en doutais bien, mais continues."

"Je sais pas si tu as le temps, mais je veux qu'on recommence à déjeuner ensemble. Tu sais, parfois je pense que le fait qu'on soit en charge de la zone humanitaire, c'est un peu un signe du ciel..."

"C'est à dire ?"

"Ça me manque d'être deux bons amis. Avec la politique, on est devenus partenaires. C'est aussi un peu pour cela que j'ai envie que Corvus gagne. Si ils gagnent, j'arrête la politique."

"Autant que ça ?"

"C'est fatiguant de jouer la comédie. Je veux pouvoir marcher dans la rue sans journalistes, et surtout je veux pouvoir parler avec des amis. Des vrais. Et putain Arthur, tu m'as toujours promis qu'on irait skier avec Pam et Clara sur le mont Hayä, elles sont passé où toutes ces promesses ?"

"Evanouies..."

"Voilà. Donc, si tu as le temps. Un de ces jours. Je veux qu'on se pose à une table et qu'on laisse derrière nous toute la politique pour un instant. Je veux savoir ce que tu comptes faire plus tard, comment ça va avec ta famille, si tu regardes toujours le football..."

"Bah tu sais, l'Icebreaker c'est pas mal..."

"C'est vraiment pas mal ouais, on doit vraiment aller regarder un match un de ces jours ci aussi."

"Carrément, ça nous fera du bien."

"Bon, en tout cas désolé pour toute cette scène. Mais penses y vraiment. Pendant une grande partie du temps où on s'est connu, je t'ai toujours demandé d'être un leader. Là je te demande d'être un ami, l'espace d'un déjeuner. Je veux le vrai Arthur. Le vrai."

"Entendu. Faut que je m'occupe de pas mal de trucs par contre..."

"Prends ton temps. Ça presse pas. Je préfère que ce soit dans une période où tu es plus reposé."

"En tout cas... Merci Luca. Ça me fait toujours plaisir de parler avec toi."

"Et moi de même. Allez, à plus tard."

"À plus."

Et comme il était venu, le Président du Conseil était parti.

Pendant les dix prochaines minutes, Arthur n'arrivait clairement pas à travaillait. Il pensait à tout ce que son partenaire lui avait dit, même lorsqu'il avait perdu patience. Il n'avait pas tort, bien évidemment. Mais quelque chose le retenait. Était ce la peur ? Ou bien le sentiment d'être pris par son travail ? Dans tous les cas, il sentait le besoin de cet échappatoire momentané que lui proposait Luca.

Mais à présent, il devait être là pour aider. La pause pourra attendre plus tard.

Car si Arthur Dabi n'est pas là pour aider, qui le sera ?

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Peu après son allocution, alors que les premiers mutilés de Carnaux arrivent à Roncevaux, Arthur Dabi reçoit la visite de Luca Ravenne. Ce qui commence en conversation entre amis dérape: le Président du Conseil ne croit plus à la légalité de la MIRA ni à sa volonté de rendre le pouvoir, et avertit Arthur que sa popularité même a fait de lui une cible. L'épisode montre surtout la fissure qui s'installe au sommet du Gouvernement Légitime et ce que Luca vient réellement demander, qui n'a rien à voir avec la politique.
23340
[⚯] Së katsö, së täppä
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Roëkël voit Rouge" Kärlä Släkk, 2019 (Peinture Noire, Musée des Beaux Arts de Margaux)

"Roëkël voit Rouge"
Kärlä Släkk, 2019 (Peinture Noire, Musée des Beaux Arts de Margaux)


Huit heures du matin. Le réveil sonnait dans la petite chambre d'hôtel de Luca et d'Edwige. Aujourd'hui, la journée était censé être productive. Ils devaient finaliser les derniers aspects de leur fraude et passer les commandes pour les premiers médicaments. Pour une fois, la chance leur souriait, et tout se passait comme prévu. Mais bien évidemment, cela aurait été trop beau si ils s'étaient réveillés bien reposés. Impossible de résister à une autre nuit de folie, mais quelque part ils le méritaient aussi. Cela faisait presque un mois qu'ils avaient mis sur pied peut être l'un des cas de fraude les plus sophistiqués du pays comparé à ce qu'ils cherchaient à en tirer, soit quelques boites de médicaments.

Mais ils n'avaient pas le temps de se reposer. La fraude n'était qu'une partie de leur opération. À présent, il fallait trouver un moyen de trouver Kira et de la convaincre, ce qui n'allait pas être une tâche facile. Pas facile, mais faisable, du moins pour les deux tourtereaux.

Luca se réveilla en premier, il éteignit le réveil laissant Edwige roupiller encore pendant quelques minutes pendant qu'il allait se faire couler un café. Rien de particulier, juste un bon café noir pendant qu'il jetait un œil aux murs du petit salon, couverts d'images, de papiers et bien sûr, de post-it.

Mais ses yeux s'arrêtèrent sur un petit détail dans l'entrée. Un bout de papier par terre, à côté de la porte, qu'il n'avait pas remarqué plus tôt. Peut être quelque chose qu'Edwige avait fait tomber par mégarde ? Il se rapprocha pour la prendre dans sa main, et se rendit compte qu'il s'agissait là d'une enveloppe. Et pas n'importe quelle enveloppe.

C'était signé Omër.

Luca ne voulait pas l'ouvrir sans la présence de sa compagne. Surtout que si Corvus prennait contact avec eux, c'était très probablement quelque chose que Edwige devait faire. Il alla de ce pas dans la chambre à coucher et alluma la lumière, ce qui provoqua des grognements de la part de la jeune femme.

"Debout là dedans, on à du courrier !"

"S'il te plaît, encore cinq minutes..."

"Allez, c'est bon, je t'ai déjà laissé dormir assez."

"T'es chiant putain, c'est moi qui a tout fait hier en plus... Tu m'étonnes que tu sois pas fatigué !"

"Me fais pas cette histoire à chaque fois, allez."

"T'es chiant..."

Edwige se redressa péniblement, toute engourdie et les yeux à moitié ouverts. Luca vint s'assoir à côté d'elle et l'embrassa. Mais la jeune femme était bien trop fatiguée pour réagir à quoi que ce soit.

"Eh bah ? On a un public difficile ce matin. Je te fais un café ?"

"Non, ça ira. C'est quoi cette histoire ?"

"Regarde par toi même, j'ai laissé la lettre dans le salon."

"La lettre ?"

"Ouais. C'est signé Omër."

Edwige se leva du lit et alla chercher l'enveloppe là où Luca avait dit qu'elle se trouvait. Elle l'ouvra d'un coup sec en déchirant la partie supérieure pour en extraire une feuille pliée.

Au fur et à mesure qu'elle lisait, ses yeux s'écarquillaient de plus en plus, jusqu'à ce qu'elle remballe la lettre et vint s'assoir près de Luca qui lui aussi avait pris place dans le salon.

"Eh bah dis donc, pas très bavard ce Omër je suppose ?"

"Je préférais Märtÿ de loin. Pourquoi est-ce que ce fils de pute devait mourir ? Sales loduariens de merde, de vraies ordures."

"Bon, du coup ça dit quoi ?"

"Il veux qu'on retrouve Exply, l'un des membres du Haut Conseil de la MIRA, celui en charge de la logistique antarienne."

"Et rien d'autre ?"

"Il a dit de mettre Kira de côté pour l'instant. Qu'on doit se concentrer sur ça, c'est le plus important."

"Donc quoi, juste on oublie Kira alors qu'on est sur le point de la cerner ?"

"Je ne sais pas. On verra. Déjà, faut qu'on se débarrasse de cette mission."

"Il est drôle lui, on est censés faire comment ?"

"Peut-être qu'il y a une réunion de la MIRA quelque part ?"

"Jamais, surtout qu'ils se sont fait dégager par le Président de la République. Ils sont en train de raser les murs, y'a pas trop moyen de les cerner."

"C'est quand même ridicule. Retrouver Exply, personne ne connait son visage, il porte tout le temps un masque, et il pourrait être n'importe où. On commence où, même ?"

Luca était visiblement en train de réfléchir. Ce n'était pas une tâche facile, et leur demander un travail de réflexion comme celui-ci dès le matin était certainement les prendre à dépourvu. Mais l'expert avait une piste. Après tout, retrouver des gens, c'était son métier.

"On ne peut pas suivre un homme sans visage, c'est vrai. Mais un homme sans visage mange, se chauffe, s'habille et roule."

"Et donc ?"

"Et donc on ne cherche pas un type, on cherche une facture. Et rappelle toi, ils étaient dans la zone humanitaire ! Je te parie ce que tu veux que le commissariat central a des traces qu'on peut suivre !"

"T'es en train de me dire que parce que ces cons ont stationnés leurs agents à Roncevaux ont peut remonter à Exply ?"

"Je le dis pas, j'en suis sûr. C'est comme ça que j'ai coincé beaucoup de gens, avec leurs factures d'électricité. On trouvera ce qu'on veut dans les archives du commissariat central de Roncevaux à coup sûr."

"Et comment tu comptes m'infiltrer dans des archives de police ? Je te signale que moi je travaille durant les soirées je suis pas une cambrioleuse."

Luca se leva de son siège, il se retourna et regarda Edwige droit dans les yeux, souriant, toujours avec ses lunettes.

"Je crois que j'ai une petite idée. Tu as toujours le numéro de monsieur Thibault ?"

"Oui, pourquoi ?"

"Appelle le. On doit bien récupérer ses détenus en trop, non ?"

"Oui, une fois que la police les aura retrouvés."

"Exactement ! Lui il a le droit de consulter des archives pour aider la police dans leurs recherches, vu que ce sont ses patients. Sauf que ses patients à lui sont les nôtres maintenant ! Donc il doit nous transférer la lettre de renvoi de Margaux Est, avec le numéro d'établissement, le nom du contact au commissariat et la façon de formuler une demande de liste."

"C'est parfait ! Et comme ça, si la police l'appelle, il pourra dire qu'il a tout autorisé dans le cadre de la recherche de détenus !"

"C'est pas génial ?"

"Du coup on aura accès aux archives, on fait quoi ?"

"On verra. Pour l'instant, appelle le mec. Moi je m'occupe du reste."

"Okay, on fait ça."

Ils prirent tous deux positions sur la table à manger, Luca aux commandes de son ordinateur, balayant des fichiers et des boîtes mail pour échafauder quelque chose, et Edwige tapant le numéro du directeur sur son portable.

Après quelques secondes seulement, monsieur Thibault répondit au téléphone.

"Allô ?"

"Oui bonjour, Monsieur Thibault ?"

"Oui, c'est bien moi."

"C'est Mademoiselle Marlieu, nous nous sommes rencontrés il y a quelques semaines à un séminaire. Edwige Marlieu."

"Ah oui ! Mademoiselle Marlieu ! Bien sûr, j'ai reçu votre relance par mail. Vous avez donc pu, vous savez, négocier un peu de votre côté ?"

"Oui, nous avons bien les places nécessaires pour accueillir votre surplus, ne vous en faites pas."

"Quel soulagement, vous ne pouvez pas savoir ! J'ai déjà des détenus qui commencent à revenir au compte goutes, la police est en train de les retrouver un par un, je veux pouvoir leur dire stop lorsque j'aurai atteint la capacité maximale. Vous ne savez pas le service que vous me rendez. D'ailleurs, il me semble que le partenariat a été validé, n'est-ce pas ?"

"Oui, tout est bon de ce côté là. Cependant, je revenais juste vers vous à propos justement des détenus évadés."

"Oui, dites moi."

"Eh bien, comme vous le savez, nous avons besoin d'une lettre de renvoi de Margaux Est, votre numéro d'établissement et bien évidemment un nom du contact pour le commissariat, de façon à formuler une demande de liste. Puisque nous allons directement les récupérer aux mains de la police pour éviter qu'ils fassent étape chez vous, il nous faut les informations nécessaires pour obtenir les autorisations."

"Ah, vous les récupérez directement ?"

"Bien sûr, c'est plus simple pour vous et pour nous aussi."

"Que de bonnes nouvelles alors, c'est encore mieux comme cela. Oui, très bien, absolument. Je vous fait parvenir la lettre et le reste des informations dans la semaine."

Edwige tourna la tête pour regarder Luca qui serrait les dents à l'idée de devoir passer une semaine à attendre. Edwige reprit donc la conversation avec un peu d'humour.

"Si vous le voulez bien Monsieur Thibault, on aime bien vous rendre service mais comme je vous l'ai dit, vous n'êtes pas le seul concerné par notre initiative. Vu qu'on traite plusieurs dossiers à la fois, ça serait un beau geste de votre part que d'essayer de nous envoyer ça d'ici midi. C'est vraiment tout bête, vous savez ce que c'est que la paperasse !"

"Ah oui, bien sûr excusez moi, j'avais omis le fait que vous êtes un peu débordés en effet. Très bien, je sors d'un rendez-vous justement, je vous fait envoyer tout ça par ma secrétaire avant midi donc."

"Ecoutez, merci beaucoup monsieur Thibault, et n'hésitez pas à nous rappeler une fois que vous approchez de votre capacité maximale justement."

"Oui, bien sûr, merci à vous surtout, ce n'est pas tous les jours qu'on croise une occasion comme la vôtre !"

"En tout cas, passez une bonne journée. Au revoir."

"Bonne journée à vous, merci, au revoir."

Edwige posa son téléphone sur la table et leva son bras qui fut rapidement rejoint par celui de Luca. Après ce tape-là, il ne restait qu'une chose à faire: Préparer leur infiltration.

Décidément, cette mission allait se terminer bien plus rapidement que prévu. Peut être que cet exploit allait leur faire gagner des points face à un Omër toujours aussi nonchalant face aux aventures personnelles des deux agents.

* * *

Il était quinze heures dans la zone humanitaire indépendante de Roncevaux. Les enfants courraient dans les rues, le soleil était assez haut dans le ciel malgré l'automne qui s'était déjà installée. Tout le monde semblait être de bonne humeur, ils partageaient la place entre eux et s'invitaient dans leurs camps respectifs. Et le plus important, ils étaient bienveillants. Car pourquoi se confronter alors qu'ils étaient tous là pour survive ?

Au milieu de toute cette amitié, le couple Marlieu-Corbino faisait presque tâche. Certainement, eux n'étaient pas bienveillants, du moins dans leurs actions, même si la finalité elle l'était. Ils se rendaient tous deux vers le commissariat, une première dans leur histoire. Car d'habitude, c'est Edwige qui travaillait seule, mais elle avait besoin de son compagnon pour pouvoir déchiffrer les documents administratifs. Ils n'auront pas le droit de prendre des photos ni d'emporter quoi que ce soit, alors il fallait tout faire sur place. Mais ce n'était pas plus mal, au moins ils faisaient quelque chose à deux.

"Alors, cette première mission ?"

"Pour l'instant, ça va."

"J'espère bien, on n'est même pas encore sur place..."

"C'est que j'ai l'impression que je ne me fonds pas très bien dans la masse avec mon look, contrairement à toi."

"T'es en train de dire que je suis juste une fille lambda ?!"

"Non ! Je n'ai pas dit ça, je ne dirais jamais ça..."

"Y'a intérêt..."

Il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre, c'était vraiment le couple parfait. Et qui aurait bien pu croire que deux jeunes gens comme eux étaient en train de traquer l'un des plus hauts représentants de la MIRA ?

Arrivés au commissariat, c'était une atmosphère bien différente comparée à celle de la rue. Là, tout était chaotique. Ce qui devait être une forteresse grouillait de policiers qui se dépêchaient dans les couloirs, d'appels téléphoniques, de bureaux complètement débordés par le travail et la frénésie du moment. En même temps, c'était compréhensible, le bâtiment faisait dix métiers à la fois: état civil des déplacés, objets trouvés, disparitions, placements et bien plus. C'était mieux comme cela pour les deux protagonistes, au moins personne ne les regardera de trop près.

Ils se rendirent donc au sous sol, dans la section des archives, oùfurent accueillis par un soldat kartien assis à une table avec un registre à la main. Il s'adressa à eux avec grande politesse et un sourire qui l'était tout autant.

"Bonjour, comment je peux vous aider ?"

Edwige prit les devants de la discussion.

"Nous sommes venus consulter des archives, on travaille sur des transferts de détenus. Voici les autorisations."

Edwige lui montra le papier qu'ils avaient reçu via mail du centre carcéral psychiatrique de Margaux Est, délivré par les soins de monsieur Thibault. Le soldat y jeta un rapide coup d'œil avant d'entamer la prise de note sur son registre.

"Je peux avoir vos noms ?"

"Bien sûr, Edwige Marlieu. Et mon partenaire, Luca Corbino. Vous avez besoin des pièces d'identité ?"

"Non, si il y a un problème on appellera votre numéro de contact pour vérifier. Vous venez consulter des documents en particulier ?"

"Non, c'est la première fois qu'on vient."

"Très bien, je laisse la ligne sur les documents consultés vide pour l'instant alors. Je vous redonne votre lettre, vous pourrez la présenter à l'archiviste au fond du couloir, il saura vous conseiller pour vos recherches."

"Merci beaucoup."

"Avec plaisir."

Pour l'instant, pas d'embûches pour le duo. Ils avaient passé le contrôle le plus important, qui plus est avec un soldat très poli et organisé. Reste à présent à consulter l'archiviste.

Et évidemment, celui-ci se situait dans un registre complètement différent. Il était débordé, avait des cernes noires et courrait dans tous les sens derrière son comptoir. Décidément, pas le même accueil que le soldat. Edwige l'interpela en plein milieu de sa valse.

"Bonjour, nous sommes venus consulter les archives sur des détenus libérés durant l'attaque loduarienne."

"Ah, oui, oui. Vous avez un formulaire ?"

Edwige lui tendit le papier, l'homme le prit en main pour y jeter un coup d'œil et prit une moue rassurée.

"Parfait, merci. Enfin quelqu'un qui remplit ça correctement. Je vais vous chercher ça."

Il disparut pendant un instant avant de revenir avec deux énormes cartons empilés les uns sur les autres. Edwige eut une petite réaction en voyant cette véritable montagne de documents.

"Mon Dieu, autant que ça ?"

"Oui, ça couvre toute la période dont vous avez besoin. Il y a aussi d'autres trucs à l'intérieur, vous devez faire la liste de tout ce que vous avez consulté pour qu'on puisse mettre ça dans le registre. Il y a des tables et des bureaux dans la salle de consultation, profitez en car elle est vide."

"Très bien, merci beaucoup !"

"Oui, pas de soucis."

Luca aida Edwige à porter les cartons dans la salle où ils furent posés sur une grande table, parfaite pour y poser leur plan de travail.

"Bon, on s'y met ?"

"On s'y met."

Pendant l'heure qui suivait, ils l'ont passée à éplucher des centaines de rapports, des transcriptions d'entretiens, des articles et des factures notamment sur le fonctionnement de la zone humanitaire indépendante jusqu'à présent. En réalité, il y avait très peu de mentions des détenus, seulement quelques trouvailles qui ont été faites dans et autour de la ville de Roncevaux. Au contraire, il y avait surtout un nombre prépondérant de plaintes et de mentions à propos d'agents de la MIRA stationnés dans la zone humanitaire de manière illicite. En effet, la zone était ouverte aussi aux blessés de la guerre, à conditions que ceux-ci soient blessés de manière "permanente" et ne puissent pas reprendre les armes en ayant bénéficié de soins civils. Une règle à laquelle la MIRA avait désobéi à quelques reprises, et justement une enquête venait d'être clôturée à ce sujet et annoncée par le Président de la République la semaine dernière.

Mais de leur côté, rien qui les aidait. Aucune mention d'un certain Exply, pas même sur les factures et les lettres qu'ils retrouvaient en provenance de la MIRA.

Et pourtant, après le petit scandale, des indices auraient dû remonter à cet homme là puisqu'il était le responsable de la logistique.

À court d'options, les deux se consultèrent. Edwige interrogea son partenaire.

"Tu trouves quelque chose ?"

"Rien. C'est énervant, il n'y a rien à propos de lui. Même pas une piste, rien !"

"C'est pas possible, il gère toute la logistique ! Il n'y a pas une signature, une adresse, un code postal ?"

"Pas vraiment, non."

Ils passèrent dix autres minutes à chercher, avec une cadence bien plus réduite. Fatigués de tourner des pages, de les regarder de près et de les trier sur la table qui était devenu un bordel sans nom, ils n'en pouvaient plus de terminer sur des impasses.

Jusqu'à ce que Luca tombe sur quelque chose.

"Attends. Je crois que j'ai un truc."

"Quoi ? Sérieux ?"

"Regarde. Y'a un truc qui n'a rien à faire là."

Luca montra à sa partenaire un bon de commande tout abîmé qu'il avait trouvé entre deux pages d'un rapport.

"C'est quoi ?"

"C'est un bon de commande pour des uniformes."

"Des uniformes ?"

"Oui, pour une éventuelle armée du Concordat de Shaula, lorsqu'on croyait que la guerre contre la loduarie allait durer bien plus."

"Et c'est important ?"

"En tout cas ça n'a rien à faire en zone neutre. Et regarde, sur la signature il n'y a pas de nom. Juste un code."

Edwige regarda le morceau de plus près, avant de s'exclamer.

"Attends, maintenant que tu le dis. J'ai déjà vu ce code quelque part."

Elle commença a fouiller frénétiquement dans la pile de documents qui s'était amassée sur la table, jusqu'à trouver un autre document. C'était justement l'une des notes d'inscription pour l'un des agents de la MIRA stationnés illicitement dans la zone humanitaire indépendante. Et dans la signature de la lettre d'envoi, le même code.

"Regarde, c'est le même. Tu as vu passer ce code ?"

"Alors, je n'ai pas aussi bonne mémoire que toi, mais il me semble que oui..."

Luca déterra un énorme bloc de documents sous l'un des cartons, le feuilleta rapidement jusqu'à trouver une page avec cette fois un récépissé de commande.

"Regarde ce récépissé. La MIRA a livré des autobus et des camions de transport aux autorités de la zone humanitaire indépendante pour acheminer des gens depuis Laxande et Riaux vers Roncevaux, ainsi que pour transporter le matériel humanitaire éverien qui venait de débarquer après l'invasion loduarienne. La mise en service a aussi été commandité par ce mec, toujours pas de signature, même code. C'est pas un hasard."

"Tu crois que c'est lui ? Tu crois que c'est Exply ?"

"Des uniformes, des blessés, des camions de transports, tout ça c'est de la logistique. Si notre mec gère bien la logistique, alors ce code ça doit être un moyen d'éviter de mettre son nom en gras sur des documents officiels. Et si c'est pas lui, c'est quelqu'un qui travaille avec lui. Dans tous les cas, si on donne ça à Corvus avec des infos en plus, ils vont pouvoir remonter au lieu où ces ordres ont été expédiés, c'est à dire probablement là où il travaille."

"Et on peut donc le retrouver ?"

"C'est ça. Lis et retiens tout, faut qu'on essaye de voir où apparait le code, peut être qu'on peut en savoir plus."

Enfin quelque chose. À présent, ils avaient retrouvé leur rythme d'avant, mais cette fois-ci avec le sourire aux lèvres. Ils tenaient leur homme, ils devaient simplement mettre en commun leur trouvailles et Edwige devait mémoriser son contenu. Ils n'allaient pas pouvoir partir avec quoi que ce soit, et ne voulaient pas prendre le risque de prendre des notes ou des photos. Heureusement, Edwige était très forte lorsqu'il s'agissait de se passer de son bloc notes, elle s'entraînait à le faire à chacune de ses missions si bien qu'elle pouvait souvent retenir des discussions entière pendant assez longtemps pour venir tout noter une fois à la maison.

Edwige continuait donc à parcourir les documents nouveaux, ainsi que ceux qu'elle avait déjà consulté pour les relire, épaulée bien sûr par son compagnon. Au fil des minutes, ils trouvaient de plus en plus de mentions de ce code de signature qui leur permettaient de se faire une idée des mouvements de cet individus et ses interactions avec la zone humanitaire neutre de Roncevaux.

C'est là que tout à coup, Edwige déterra une circulaire sans nom apparent dessus, ni de date d'ailleurs. Curieuse, elle décida d'y jeter un œil. Nul ne pouvait la préparer pour ce qu'elle allait y trouver.

À l'intérieur, sur la première page, un simple croquis de police. Un croquis représentant clairement et nettement Kira.

Elle eut du mal à cacher sa réaction, mais Luca n'y prêtait pas attention. Il était trop investi dans sa recherche de nouvelles mentions du code. Il commençait notamment à ranger tout le matériel de trop, désengorgeant leur plan de travail. Elle ne voulait pas mentionner sa trouvaille, pas pour l'instant. Ils étaient en mission, et Omër leur avait interdit de faire un détour sur Kira.

Mais bien évidemment, elle ne pouvait pas laisser cette chance couler entre ses doigts. Elle se mit à feuilleter la circulaire, en y trouvant d'autres croquis, des mentions de son enfermement et autres détails comme ses rapports médicaux. Mais il y avait une page qui parlait de quelque chose d'important. Sa sœur.

Avant son "voyage" en Loduarie Communiste, Kira leur avait notamment révélé le fait que sa sœur lui avait été arrachée par une bande de Corvuns, comme ça au milieu de la nuit. Ils en avaient aussi discuté un peu durant leur évasion, mais elle semblait éviter le sujet.

Et si c'était la solution pour la convaincre ? L'aider à retrouver sa sœur ?

Ce qu'elle lisait dans le formulaire lui glaçait le sang. L'enlèvement n'avait même pas été balayé par la police, il avait été classé directement sans suite par la MIRA.

Un officier douteux avait néanmoins cherché à enquêter, et avait trouvé que cette sœur n'avait pas été réellement enlevée, mais qu'il s'agissait d'une mise en scène pour l'éloigner de Kira.

Pourquoi ? Pour la recruter. Dans la MIRA.

Dans la tête d'Edwige, l'histoire prenait forme petit à petit. Les deux filles souffraient des mêmes syndromes, avaient une autonomie hors pair pour leur âge puisque la sœur avait seize ans et Kira onze ou douze au moment de l'enlèvement, et surtout survivaient sur des rations limités des mêmes médicaments, soit cette fameuse Clozapine. D'ailleurs, après l'enlèvement et dans leur domicile, plusieurs cartons de cette substance en comprimé portées disparues par des entités pharmaceutiques avaient été retrouvés, ce qui indiquait le vol. Même si la MIRA avait à plusieurs reprises insisté pour classer l'affaire sans suite, Edwige comprenait à présent.

Et surtout, sa sœur était à présent majeure. Si Kira avait seize ans, elle en avait vingt. Et si elle travaillait chez la MIRA, alors traquer Exply pourrait les aider à la retrouver.

Edwige tressaillit d'émotion après cette découverte. Elle voulut en lire plus, bien plus, éplucher de A à Z les rapports pour tenter d'en extraire des détails en plus. Mais malheureusement, c'est à ce moment là que le soldat kartien fit irruption dans la pièce, interrompant le travail de recherche des deux individus.

"Jeunes gens, j'ai besoin de remplir la partie des documents consultés sur le registre. Sur quoi avez-vous travaillé ?"

Luca s'empressa de lui présenter les documents.

"Pas grand chose à vrai dire, surtout ces documents là sur les convois. On a trouvé que très peu à propos des détenus eux-mêmes, mais comme certains d'entre eux ont été retrouvés dans la zone humanitaire ou bien fondus dans la masse des convois humanitaires, on a orienté nos recherches là dessus. Voilà ce qu'on a."

"Très bien, c'est parfait. Et vous mademoiselle ? Vous avez consulté autre chose ?"

"J'ai... Euh... Oui, cette circulaire là, elle parle juste d'une détenue en particulier."

"Très bien, je prends note. Circulaire, voilà. Il vous faut plus de temps ?"

À ce moment là, le téléphone d'Edwige sonna. Bien évidemment, c'était sa technique signature pour s'exfiltrer des situations. Elle annonça à Luca.

"C'est monsieur Thibault."

Elle posa le téléphone à son oreille et fit mine de parler.

"Bonjour monsieur. Oui. Oui. Ah oui ? Bien sûr, alors actuellement je ne suis pas au bureau mais... Ah, je vois. Très bien, je vous envoie ça dans l'heure. Oui, absolument."

Elle couva le micro de son téléphone avant de s'adresser à Luca.

"On doit rentrer, c'est important."

Luca acquiesça, et s'adressa au soldat alors que Edwige continuait de faire mine de parler à monsieur Thibault.

"Je m'excuse, ça tombe un peu au mauvais moment mais on doit y aller. C'est vraiment un bordel ici, je vais rester pour ranger pendant que Edwige repart si c'est pas un problème."

Le soldat, toujours serviable, répondit chaleureusement.

"Ne vous en faites pas, je peux m'en occuper. L'archiviste a une journée chargée, et un collègue s'occupe déjà de la réception."

"C'est adorable, merci beaucoup. Nous, on doit filer."

"J'ai juste besoin d'une signature de votre part."

"Ah oui, bien sûr. Tu veux signer Edwige ?"

Edwige prit le stylo tendu par le soldat et gribouilla sa signature, toujours en gardant son jeu d'actrice au téléphone.

Luca remercia une nouvelle fois le soldat qui leur sourit en retour, et les deux s'empressèrent de rejoindre la rue.

Une fois dehors, Edwige fit mine de raccrocher et souffla un bon coup. Luca avait un large sourire, ils avait réussi haut la main et ressortaient du commissariat avec les informations nécessaires à délivrer à Corvus sur Exply. Voyant sa compagne presque essoufflée et étrangement muette, il l'interrogea.

"Alors ? Qu'est-ce qui se passe ? Ils nous manque des infos ?"

"Non, on a tout, c'est pour ça que j'ai préféré faire l'exfiltration à ce moment là."

"Mais y'a un autre truc quand même, c'est quoi cette circulaire ?"

"C'est rien, je... Je t'explique quand on est à l'hôtel."

"C'est aussi grave que ça ?"

"Faut qu'on soit discret. Mais... Je crois que j'ai mis la main sur une infos très, très importante..."

"Ah bon ? Comment ça ?"

"Je t'explique ce soir. On se dépêche de rentrer."

"Comme tu veux. En tout cas, on a fait du super boulot tous les deux."

"Ouais. Je crois que Omër va être assez fier de nous."

"Putain, Märtÿ aurait dû voire ça, paix à son âme..."

"C'est clair, il nous aurait payé une tournée au bar d'en face !"

Ils rirent tous les deux de bon cœur après leur réussite foudroyante sur une opération pourtant mis sur pied en une matinée. C'était cette efficacité qui les rendait un duo incontournable, et sûrement l'une des armes les plus redoutables dans l'arsenal de Corvus.

Pourtant, Edwige avait un mauvais présentiment.

Du coin de l'œil, elle aperçu une silhouette de l'autre côté du trottoir, de l'autre côté une foule de passants.

Une fille. Une jupe noire, des chaussettes longues, un pull noir à col en V. Une chemise blanche et surtout une cravate rouge. De la même couleur de ces deux yeux perçants.

Avant que la jeune femme ne puisse réagir à cette apparition, un groupe de jeunes traversa son champ de vision, et une fois passé, la silhouette avait disparu.

Ils avaient les cartes en main. Edwige avait tout pour changer la donne. Mais le temps pressait. Et Kira semblait vouloir en découdre.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Première commande d'Omër: retrouver Exply, laisser Kira de côté. Faute de visage à suivre, Luca suit la paperasse, et le partenariat avec Margaux Est leur ouvre les archives du commissariat de Roncevaux en toute légalité. Ils en repartent avec le code de signature du logisticien de la MIRA, de quoi remonter jusqu'à son bureau. Et Edwige avec la preuve que la sœur de Kira n'a jamais été enlevée par des Corvuns. Reste qu'elle a signé le registre pour avoir consulté cette circulaire-là.
16241
[♠] Kohtälö
Kapöli III: Västäyokäÿs

"Sainte Faustine Larmoyante" Pacsä Näär, 2014 (Statue Calcaire, Parc des Augustines, Ville de Roncevaux)

"Sainte Faustine Larmoyante"
Pacsä Näär, 2014 (Statue Calcaire, Parc des Augustines, Ville de Roncevaux)



Une jeune femme filait dans les rues de Henne, l'esprit libre.

La soirée était calme, mais elle présageait des changements. Et en effet, elle se rendait à la taverne du Pieu Vert, lieu de prédilection des révolutionnaires corvuns et là où ils organisaient leurs réunions les plus importantes. La jeune femme était loin d'être quelqu'un d'important, mais elle aimait bien assister aux discussions et essayer de rencontrer de nouvelles personnes.

Essayer, c'était un grand mot. Elle était d'une timidité surprenante, elle arrivait difficilement à se démarquer et dans tous les cas, elle n'avait pas besoin de le faire. Elle restait dans son coin, silencieuse, sans dire un mot, et l'appréciait.

D'autant plus que son comportement timide cachait une solidité d'esprit dont l'efficacité était prouvée. Son père venait tout juste de perdre la vie lors du blitzkrieg depuis Robaltes, mais au fil des semaines elle s'y était remise. Elle avait décidé de se retirer à Henne et espérer trouver un poste administratif dans l'état major, mais avec aucune option et sa personnalité physique très loin d'être adaptée pour le combat comme l'avait fait son père, elle se retrouvait à court d'options et dans une situation proche du chômage qui la laissait dans un espèce de vide où seule sa prise d'initiative pouvait la sortir de là.

Cette jeune femme, c'était Marceline.

De l'extérieur, c'était juste une personne qu'on croisait ou qu'on trouvait dans une foule, sans réelle importance. Mais chez elle, c'était différent. Depuis sa poche s'agitait un porte-clef avec une petite peluche d'ourson qu'elle tenait de sa mère, elle aussi ayant disparu il y a longtemps. À la mort de son père, elle se souvenait avoir pleuré pendant des semaines sans interruption avant de laisser tout cela derrière elle et reprendre son jeu d'actrice. Mais il n'empêche que ce petit objet était le témoin de cette douleur refoulée, et il était là accroché à son pantalon, au regard de tout le monde. Mais bien sûr, personne ne connaissait cette signification.

Arrivée enfin à la taverne, elle pris place sur une table et commanda une limonade, attendant patiemment l'arrivée du reste des représentants et le début des discussions.

C'est là qu'un individu décida de s'assoir à côté d'elle. Au fond, Marceline était un peu agacée. Il y avait de la place partout, et ce con décide de s'assoir là, à la même table ! Mais bien sûr, elle ne montrait pas cette face cachée. Au contraire, elle faisait semblant de ne pas le remarquer, mais comme toute personne sensible, l'homme l'aborda.

"Alors, du nouveau ?"

Marceline regarda en sa direction. Une jeune personne, sûrement la trentaine, tenait dans la main un large verre de bière et un sourire aux lèvres. C'était probablement l'un de ces individus qui abordent tout le monde comme si ils les connaissaient, et allaient les casser à ceux qui voulaient la paix. D'habitude, Marceline aurait été trop timide pour dire quoi que ce soit. Mais pour une raison qui lui échappe encore, elle décida de jouer le jeu pour une fois.

"Rien. Il ne se passe jamais rien."

"Bah si quand même, vous étiez là durant les bombardements ?"

"Oui. Mais j'étais en périphérie."

"Heureusement pour vous. C'était sale à voir, des façades entières défigurées, un complexe rasé. Pas trop de bonnes nouvelles. Et je crois que le conseil va pas nous apporter beaucoup de réponses."

"Vous croyez qu'il n'y aura rien de nouveau ?"

"Ah si, on s'est prit une sale raclée dans la région de Carnaux qui nous a coûté plus de dix mille hommes, c'est absolument horrible. Surtout qu'on s'est fait prendre comme des cons par leur aviation, et notre DCA peut pas contrecarrer."

"Donc, que des mauvaises nouvelles ?"

"Je ne crois pas. Je crois qu'ils vont surtout discuter de fonder une aviation. Après, je ne m'y connais pas en avions. Je ne saurais pas vous dire. Vous ?"

"Mon père voulait devenir pilote de chasse. Mais il a été refusé car il était daltonien. Donc il a essayé de me transmettre sa passion."

"Et ça a marché ?"

"Je sais piloter un avion, j'ai un brevet, mais je n'ai jamais pu avoir la chance d'essayer de devenir chasseuse. Avec la guerre, mon père s'est inscrit comme conscrit pour aller se battre depuis Robaltes."

"Un grand respect à votre père alors, c'est un héros."

"C'était. Il est mort à Arboussole."

"Ah, mes plus sincères condoléances dans ce cas. Cela a dû être une épreuve."

"Je m'en suis remise, mais je n'ai plus grand monde. Pas d'amis, pas de famille, et je cherche du travail."

"Bah, ça se trouve, surtout en ce moment. Puis, si vous êtes là, c'est que vous avez de la chance. Vous pouvez demander à n'importe qui dans la pièce de vous offrir un poste et il vous l'offrira."

"Pourquoi, vous faites quoi de beau vous ?"

"Je travaille sur la logistique, surtout le carburant. Je vous assure, c'est pas le métier le plus amusant. Mais si vous n'avez vraiment rien, j'ai peut-être quelque chose pour vous."

"Ah bon ?"

Marceline n'en revenait pas. Cela faisait un mois qu'elle cherchait à se rendre utile, et un poste lui était littéralement tombé du ciel. Peut-être qu'elle avait jugé trop rapidement ce jeune homme...

"Bien sûr, tout le monde cherche des gens. On a des centaines de milliers d'hommes qui sont prêts à se battre ou bien à contribuer. Et figurez vous que ce n'est pas assez. On peut vous trouver quelque chose à faire, c'est certain. D'ailleurs, on s'est pas présentés ! Marc, enchanté."

"Marceline. Merci beaucoup, ça me touche."

"Attendez, vous avez perdu votre père et vous êtes au chômage, c'est le moins que je puisse faire."

"Vraiment, vous n'avez pas à vous sentir responsable de quoi que ce soit..."

"Si, allez. Vous êtes drôlement timide vous, dis donc ?"

"Un peu..."

"Un peu beaucoup ?"

"J'ai... Je ne sais pas... Peut-être..."

"En tout cas, il faut que vous vous donniez du nerf."

"À quoi bon ?"

"Eh bien, voyez vous, tout le monde a ou aura des pertes durant cette guerre. C'est mathématique. Que la vôtre soit advenue si tôt, c'est triste mais c'est aussi positif, la guerre ne va faire que s'empirer à ce stade. Et comme on le dit, seul les morts ont vu au delà de l'ombre. Par contre, les pertes ne doivent pas être une excuse qu'on utilise pour se recroqueviller. Au contraire, vous devez aller de l'avant et utiliser les défaites comme celles-ci pour nourrir votre courage. Je ne pense pas parler au nom de qui que ce soit, mais votre père serait surement fier de voir sa fille occuper un poste au sein de la révolution. Vous y croyez ?"

"Peut-être, je ne sais pas trop. Je préfère oublier."

"Oublier, c'est la pire chose à faire. Il faut se souvenir. C'est notre mémoire qui fait vivre nos héros, et qui nous pousse à voir plus grand. Et à faire plus grand surtout. Vous n'avez pas d'ambition ?"

"Pas trop... Je ne me pose pas beaucoup de questions. Je préfère occuper un petit rôle."

"Et rester timide comme cela toute votre vie ? Allez, un peu de nerfs !"

"Je n'ai pas les nerfs pour. Je ne saurais pas me débrouiller."

"Et pourtant vous vivez bien toute seule non ? Vous avez quelle âge ? Excusez moi si je demande."

"Dix-huit ans."

"Bah alors ? Moi à dix-huit ans, je vivais encore chez mes parents. Votre problème, c'est pas que vous n'êtes pas capable, c'est que vous ne croyez pas en vous. J'ai tort ?"

"...Non."

"Et je vais vous dire mieux, si vous ne croyez pas en vous, c'est parce que peu de personnes, voire personne croient en vous déjà. Et du coup, ça vous rend timide. Et puis vous êtes trop timide pour rencontrer des gens, donc personne ne croit en vous. C'est un cercle vicieux !"

"Vous avez peut-être raison, mais je préfère prendre les choses à mon rythme."

"Bien sûr, mais je ne vous parle pas de rythme là. Il n'est pas une question de faire à son rythme. Il est question de faire tout court. Vous comprenez ?"

"Un peu..."

"Vous comprendrez. Mais si vous voulez, je peux vous aider."

"Je ne sais pas si j'ai vraiment besoin de cette aide..."

Avant que l'homme ne puisse répondre, les discussions dans la salle se turent à mesure que Lÿsä Köwnatör, la porte parole de la révolution, monta sur une table pour s'adresser à tous.

"Corvuns, Corviennes. Aujourd'hui, comme vous le savez tous, nous nous sommes réunis pour nous pencher sur nos erreurs de la campagne de Carnaux qui a coûté la vie à beaucoup de nos confrères tombés en héros. Certes, nous avons fait des erreurs stratégiques, et notre avancée n'était pas soutenue correctement. Cependant, le vrai problème est un seul, la MIRA est mieux équipée que nous. Nous nous battons contre des professionnels, qui tiennent dans leur mains la grande majorité de l'arsenal du pays. Jusque là, nous avons réussi nos exploits car ils ne mettaient pas en service ces moyens, et cela a joué en notre faveur. Mais à présent, nous nous devons de voir plus grand. Si nous sommes réunis ici aujourd'hui, c'est parce que nous devons voler vers de nouveaux horizons et battre la MIRA à leur propre jeu. Ce soir, nous formons l'armée de l'air corvienne."

Une volée d'applaudissements et d'encouragements enflamma la salle, tout le monde semblait si soudainement réjoui malgré les funestes nouvelles qui avaient été rappelées plus tôt dans le discours. Marceline aimait bien écouter les paroles de Lÿsä, elle avait un certain charisme et une concision surprenante lorsqu'il s'agissait de choses importantes. Elle avait toujours voulu être quelqu'un d'aussi important quand elle était petite, mais à mesure qu'elle grandissait, elle se rendait compte de la nature irréaliste de cette vocation.

Tout de même, Marc l'interpela au milieu des applaudissements.

"Attendez, vous avez dit être pilote, non ?"

"Euh... Oui, sur les bords..."

"Bah c'est parfait ça, pourquoi vous rejoignez pas le programme ?"

"Je... J'en sait rien..."

Lÿsä continua son discours, surfant sur la vague d'euphorie crée par l'annonce.

"Si je vous ai appelé à vous réunir, c'est qu'on a besoin de vous. Une armée de l'air, ça ne s'improvise pas. Surtout qu'elle va devoir rivaliser avec celle de la MIRA même en étant en sous effectif. Mais nous avons quelques dizaines de chasseurs grâce au Général de Vitriers lorsqu'il a conduit sa division vers Robaltes, des chasseurs qui n'attendent que d'être utilisés. Y'a-t-il des expérimentés ou aspirants parmi vous, ou est-ce que vous en connaissez ?"

Marc se retourna vers Marceline.

"Mais attendez, c'est génial ! C'est exactement ce que vous vouliez ça, elle est pas belle la vie ?"

"Hein ? Quoi ? Non, non je ne suis pas faite pour ça..."

"Vous plaisantez ?! Vous venez de me dire qu'être chasseuse était votre rêve !"

"Mais je ne peux pas, je n'ai jamais touché à un avion de ce genre, je n'en ai pas les capacités !"

"Essayez, qu'est-ce que ça vous coute ?"

"Je... Non, il y a sûrement bien meilleur que moi qui se portera volontaire..."

De l'autre côté de la salle, un jeune homme se leva de son siège et se présenta.

"Athelon, Simon. Alias Siam. J'ai participé aux entraînements de pilote de chasse de l'Armée Républicaine Antarienne avant de me retirer momentanément pour poursuivre des études d'aéronautique à Robaltes."

Lÿsä répondit d'un ton chaleureux.

"Très bien Siam, nous sommes tous heureux de te voir prendre les devants de cette initiative."

Un autre jeune homme se leva, dans un autre endroit.

"Loère, Estéban. Alias Sparrow. Aspirant pilote, j'ai aussi suivi des études d'aéronautique à Lyra. Je souhaite participer aussi."

"Bienvenue dans l'équipe, Sparrow. D'autres personnes ici présentes ?"

Marc murmura à l'oreille de Marceline.

"Allez, c'est ton moment."

"Hors de question. Je te l'ai dit, je ne peux pas !"

Un homme dans la foule s'avança.

"Je connais une paire de personnes qui seraient intéressés. Ils étaient pilotes de chasse dans l'ARA avant de devenir pilotes de ligne. Ils ont l'expérience."

"Parfait. D'autres personnes ?"

"Il me semble que le Général de Vitriers a rammené avec lui trois chasseurs actifs, dont un instructeur. Ils seront précieux."

"C'est parfait, ça nous fait six personnes de confirmées. Un septième pour clore le cortège ?"

Tout le monde restait silencieux.

"Personne ?"

Marc ne pouvait plus se retenir.

"Allez Marceline putain, c'est ta chance !"

"Je n'ai pas le courage, arrête ça !"

"Très bien, puisque c'est comme ça. Tu me remercieras plus tard."

"Hein ?"

Marc se leva et cria de toutes ses forces.

"Je connais une pilote aspirante. Juste ici !"

Tout le monde se tourna en leur direction pour regarder Marceline. Elle était devenue rouge comme une tomate et avait du mal à retenir ses tremblements. Elle se jurait d'étrangler Marc dès sa sortie de la taverne, comment il osait lui faire ça alors qu'ils venaient de faire connaissance ?!

Marceline se résigna, se leva et balbutia une introduction.

"Je... Le Fur. Marceline Le Fur. Je suis aspirante, j'ai un brevet de pilote, rien de plus..."

"Juste Marceline ? Pas d'alias ?"

"...Oui... Juste Marceline."

"Eh bah très bien Marceline. Bienvenue à toi dans l'équipe. J'espérais bien trouver de l'effectif féminin pour diversifier un peu tout ça ! Si tu sais piloter un avion, c'est tout ce qu'il nous faut. Bon, pour le reste, continuez vos recherches. On aura besoin de plus de gens pour gérer les pistes, les bombardiers si on met la main dessus ainsi que toute la logistique derrière. Les chasseurs, suivez moi à l'arrière, j'ai deux mots à vous dire. Je transmettrais à ceux qui sont pas là."

Lÿsä marcha vers l'arrière boutique, suivi des deux autres jeunes hommes. Elle fit signe à Marceline de les suivre.

La jeune femme pouvait difficilement bouger. Elle lança un regard foudroyant à Marc qui était en train de lui sourira en retour. Il lui fit une petite tape amicale dans le dos avant d'ajouter.

"Allez Marceline, ton destin t'attends."

Sans rien ajouter, elle se dirigea vers la pièce pendant que les discussions reprenaient derrière elle.

Une fois dans la salle, elle prit place sur une chaise à côté des deux autres en face de Lÿsä, qui commença son discours.

"Bon. Je vais être brève, puis je vais vous laisser discuter entre vous. Ce projet, il est en marche déjà depuis un moment. On a des bases, des chasseurs fonctionnels, et toute une organisation déjà montée. Le problème, c'est qu'on a besoin de personnes. En particulier des chasseurs. Et des chasseurs compétents. Ils ont au moins quatre fois notre effectif aérien, et ce sont des professionnels du métier. Pour la plupart, vous êtes aspirants. Mais on a une arme secrète, l'un des meilleurs instructeurs de pilote de chasse antarien s'est joint à nos forces très tôt dans la guerre. On va pouvoir vous entraîner pour vous ramener à un bon niveau. Mais j'attends de vous de la détermination, car c'est beaucoup de responsabilité qui pèse sur vos épaules. Chaque petite erreur, chaque avion ou pilote perdu pour nous est une perte énorme, plus que pour la MIRA. Mais au stade où nous en sommes, vous êtes l'un des peu d'espoirs que nous avons de faire la différence. Nous vous soutenons, et surtout, nous croyons en vous. Je crois en vous. Personellement."

Lÿsä regardait notamment Marceline dans les yeux lorsqu'elle prononçait ces mots. Croire en elle. Mais qu'est-ce qui leur prenait à tous aujourd'hui ? Elle n'avait pas de problèmes dans sa zone de confort personnelle, hormis un chômage un peu embarrassant, et maintenant elle avait l'impression que tout le monde se souciait d'elle et cherchait à l'aider. Oui, elle avait certainement besoin qu'on croit en elle. Mais pourquoi l'univers a décidé de se réveiller soudainement pour la tirer de sa situation qui n'était même pas si misérable ?

Une autre personne fit irruption dans la salle, quelque peu paniqué. Il s'adressa à Lÿsä.

"Mademoiselle, on doit traiter d'autres sujets. Et les gens doivent partir."

"Très bien. J'arrive. En attendant, faites connaissance entre vous, pilotes. Et n'oubliez pas ce que je vous ai dit."

Et la diplomate quitta la salle, les laissant dans le silence.

Siam fut le premier à prendre la parole, d'un ton amical.

"Bon, je suppose que tout repose sur nous à présent... Je ne sais pas si je me serais présenté si il y avait une telle responsabilité derrière, ahah !"

Sparrow continua.

"Bah ! Si c'est pas nous, ils n'ont pas trop d'autres options. D'ailleurs, tu as dis que tu suivais des cours d'aéronautique, non ?"

"Oui, j'étais en troisième année. Mais du coup j'ai déjà passé deux ans avec l'ARA en tant qu'apprenant."

"Ah, donc tu as déjà volé avec des chasseurs ?"

"Bien sûr !"

"Et donc tu as quel âge toi, vingt trois ?"

"Par pitié, j'en ai vingt-neuf. Je suis plus tout jeune ahah ! Toi ?"

"Vingt-six. Mais moi j'avais fini mes études, et justement je prétendais rejoindre l'ARA avant le début de la guerre."

"C'est sympa ça. Et toi ? Marceline, c'est ça ?"

Marceline était encore rouge de honte, une expression qu'elle peinait à cacher. Elle balbutia une réponse approximative.

"Moi ? Je n'ai pas suivi des études. J'ai un brevet d'aéronautique, c'est tout."

"C'est déjà pas mal. T'as quel âge ?"

"J'ai dix-huit ans..."

"Ah putain ! On est des papy à côté de ça ! Bah dis donc, franchement bravo à toi, il en faut du courage pour devenir chasseuse à dix-huit ans !"

"Je... Je n'avais pas le courage de base, justement..."

"Oui, j'ai vu que c'est l'autre mec qui t'a poussé sur l'estrade, ahah ! C'est un ami à toi ?"

"Non, pas du tout, on venait tout juste de se rencontrer. Je vais l'étrangler dès qu'on sort d'ici."

Les deux jeunes gens eurent un instant de fou rire avant que Siam ne reprenne.

"Bah il a raison, attends ! On a besoin de gens motivés. Tu es motivée ?"

"Mon père à toujours voulu que je devienne chasseuse..."

"Et t'avais pas le courage de te présenter plus tôt ?"

"Je... Je suis un peu timide..."

"C'est bon, ça s'arrange. Tu verras, dès qu'on aura nos premiers décollages, je suis sûr que tu vas t'en sortir. Et puis, t'as de la chance. Là y'a aucune sélection, parce que des chasseurs on en a pas. Une opportunité comme celle-ci, ça se rate pas."

Sparrow ajouta.

"D'ailleurs c'est normal d'être timide, hein ! Putain, t'as dix-huit ans et tu es la première pilote féminine de l'histoire de Corvus ! C'est pas balèze ça ?"

"Je suppose..."

"Allez, on doit se boire un verre quand même, histoire qu'on fasse connaissance !"

Siam répondit.

"Complètement. À la santé de Corvus, et aux débuts de Marceline !"

Il lui fit un petit clin d'œil avec cette phrase. De son côté, la jeune femme s'était apaisée. Peut-être que c'était vraiment une chance au final, et ces deux là semblaient être sympathique et "croire en elle". Il n'empêche qu'elle voulait toujours étrangler ce pauvre Marc dès sa sortie.

En tout cas, cette soirée là, Marceline avait la possibilité de devenir quelqu'un d'autre. Et peut être aussi, au passage, changer l'histoire. Comme le voulait le destin.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Après le désastre de Carnaux, plus de dix mille morts, le conseil corvun se réunit au Pieu Vert : la MIRA tient l'essentiel de l'arsenal, il faut fonder une armée de l'air. Quelques dizaines de chasseurs, un instructeur, une poignée d'aspirants qui n'ont pour la plupart jamais quitté le sol. Parmi eux, poussée sur l'estrade malgré elle, Marceline Le Fur, dix-huit ans, aucune envie de servir à quoi que ce soit.
Haut de page