Il paraît que le blocus azuréen fait des victimes parmi vous, nos frères. Comment est-ce possible ? Les Dalyoha n'ont-ils en réalité même pas assuré l'autosuffisance alimentaire pour ceux qu'ils occupent, comme ils le proclamaient ? Que se passe-t-il chez vous ? Est-il vrai que les nomades aient besoin du commerce mondialisé via porte-containers pour survivre, là où les colons peuvent s'abriter des perturbations du commerce international ? Pourquoi les pouvoirs publics de la R.A.D. ne font-ils rien pour les Kabaliens alors qu'ils prétendent en être l'émanation même ? La situation est confuse. Aidez-nous à la clarifier, et nous clarifierons ce qui doit l'être, en interrompant toute mesure qui nuise effectivement aux Kabaliens innocents.
Nous ignorions également l'existence d'un Parti communiste en Kabalie. Quels sont ses objectifs ? Quelle est sa stratégie ? Le Diwan, qui n'a que le souci d'une Kabalie débarrassée de la morgue coloniale, est un appui, non un meneur, de la lutte des Kabaliens pour leur liberté. Vous avez dit à bien des puissances de ce monde votre attachement à la Déclaration mondiale sur la Cramoisie. Qu'en est-il de la réunification des deux Kabalies ? Qu'en est-il des menaces à l'arme chimique proférées contre ceux qui s'opposent à la colonisation ? Qu'en est-il de la propriété coloniale des actionnaires ? Qu'en est-il de l'idéologie totalitaire, sectaire et autoritaire des Lucifériens ? En un mot, comment pouvons-nous vous aider ? Pourquoi refuseriez-vous notre aide ?
Ne présumez jamais de nos intentions. Nous avons dit n'avoir aucun intérêt expansionniste ni en Kabalie ni dans la région ; c'est bel et bien le cas.
Qu'Allâh vous facilite et vous nimbe de Sa lumière.
L’écureuil dit : multiplie tes cachettes, et ta vie sera longue. Proverbe tamasheq Amastan Ag Amenay Ministre des Affaires étrangères 25.05.2019
Bureau des Affaires Étrangères du Royaume de Finejouri
Très Chers Homologues,
Le Royaume du Finejouri a pris connaissance avec la plus grande gravité de l’ultimatum adressé à l’Azur.
Dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions, et alors même qu’une mission d’observation est en cours afin d’établir les faits, d’apporter de la clarté et de permettre une désescalade durable, cette décision apparaît comme une remise en cause directe des efforts diplomatiques engagés par l’ensemble des acteurs régionaux.
Le Finejouri tient à être parfaitement clair.
Depuis le début de cette crise, notre Royaume a fait le choix de la médiation, du dialogue et de la responsabilité. Nous avons œuvré sans relâche pour éviter une confrontation et pour offrir à toutes les parties un cadre permettant d’avancer sans recours à la force. Mais cette position ne saurait être interprétée comme une passivité ou une absence de ligne rouge. Aujourd’hui, le Finejouri constate que les actes posés par la Kabalie Rouge menacent directement l’équilibre fragile que nous avons contribué à construire. En adressant un ultimatum assorti d’une menace de guerre, vous prenez le risque de faire basculer l’ensemble de la région dans une escalade que chacun prétend pourtant vouloir éviter. Le Finejouri ne peut et ne tolérera pas une telle évolution.
Nous réaffirmons ici notre engagement plein et entier aux côtés de nos alliés. Toute attaque dirigée contre l’Azur ne saurait être considérée comme un acte isolé. Elle engagerait de facto l’ensemble des équilibres régionaux, y compris ceux du Pacte Afaréen de Sécurité. Le Finejouri en est membre, le Finejouri en assume les responsabilités, et le Finejouri agira en conséquence. À ce titre, et afin de garantir la stabilité régionale, des mesures concrètes sont désormais à l’étude, incluant le renforcement de nos dispositifs de défense et notre capacité à soutenir nos partenaires si la situation l’exige. Le temps où le Finejouri ne s’exprimait que par des mots est révolu si ces mots ne sont pas entendus.
Nous vous posons donc une question simple : pourquoi faire basculer la région aujourd’hui ? Pourquoi remettre en cause une mission d’observation dont l’objectif est précisément d’apporter des réponses, de clarifier les responsabilités et de permettre un traitement structuré des enjeux que vous-mêmes soulevez ?
Le Finejouri reste convaincu que le dialogue est la seule voie viable. Mais ce dialogue exige des actes cohérents. Il ne peut exister sous la menace permanente d’une guerre imminente. Nous appelons donc la Kabalie Rouge à revenir à une posture responsable, à respecter le cadre diplomatique en cours et à permettre à la mission d’observation de se dérouler sans entrave.
Le choix qui se présente aujourd’hui est clair, celui de la coopération et de la stabilité, ou celui de l’escalade et de ses conséquences.
Le Finejouri, pour sa part, n'a pas fait son choix mais nous espérons pouvoir le faire avec des gages de maintient de la paix. .
Veuillez recevoir l’expression de la détermination du Royaume du Finejouri.
Mdm Linehart Conseillère au prêt de Sa Majesté sur les affaires étrangères
Nous venons d'apprendre que le Pape Noir retire ses menaces de fripon. Bon. Nous attendrons de voir.
Figurez-vous qu'il commence à se faire tard dans la soirée des Temps et que nous avons aussi d'autres projets. Comme je vous l'ai dit, la levée du dispositif azuréen est possible. Pour que cela puisse survenir rapidement, j'ai besoin d'en démontrer l'intérêt au Diwan.
Je vous prie donc de dissiper les confusions qui hélas entourent encore ma compréhension de la situation. Hier abondante et prospère, l'économie de la R.A.D. vient de se raréfier, soudainement au détriment des nomades. Nomades sur lesquels nous avons d'autres informations que vous mais admettons. La République actionnariale a assez fait la publicité de son exceptionnalisme et de son autosuffisance, nous avons assez constaté son isolement commercial, pour être surpris des nouvelles que vous apportez.
Vous pointez des budgets rectificatifs qui pénalisent les populations en marge, est-ce bien cela ? Je me demande de quels financements gouvernementaux dépendaient ces groupes qui se sont mis, justement, en marge du régime. Je me demande surtout qui a pu prendre, par exemple, la décision de pénaliser les plus précaires plutôt que les actionnaires au sein du régime. Appartenez-vous à l'opposition politique ? Quel regard portez-vous sur ces décisionnaires ?
Marxiste ou idéologue, je suis bien en peine d'assumer ces qualificatifs. Le Diwan est sans doute trop brachycéphale pour comprendre les abîmes métaphysiques d'idées pesantes comme des monolithes théoriques que distille la phraséologie communalosoviétique. Nous espérons que vivre votre communisme vous apporte de la joie, c'est tout, ça sera bien assez. Nous la côtoierons amicalement et sans la partager. L'esprit azuréen, loin des astronomiques quotients intellectuels des créatures stupéfiantes de Carnavale, est assez simple et basique : nous comptons sur nos doigts et nous faisons des schémas faciles à comprendre.
Avec un schéma facile, expliquez-moi, je vous prie, comment il se fait que l'économie hier florissante de la R.A.D. n'est aujourd'hui plus en mesure de subvenir aux besoins élémentaires de la population, et comment, dans ce cas de figure, le Parti communiste kabalien identifie l'Azur, un acteur éloigné, qui compte peu de navires et dont la présence en mer semble relativement superflue étant donné la faible dépendance de la R.A.D. au commerce extérieur, comme le responsable de cette situation. Je vous en prie, adressez-vous à moi comme si j'avais cinq ans : les considérations grandiloquentes de la théorie praxéologique me passent vraiment au-dessus de la tête. Je ne vise qu'à l'efficacité des arguments que je présenterai au Diwan.
Ainsi l'Azur pourra adopter les changements réellement efficaces que nous appelons l'un et l'autre de nos vœux.
Je m'étonne cependant du peu de cas que vous faites de la préoccupation liée aux armes chimiques, liée à la sécurité des autres peuples afaréens, et enfin au caractère colonial de la R.A.D. C'est une surprise, pas forcément une mauvaise d'ailleurs. Petit à petit nous découvrons la Kabalie, qui se révèle sous le vernis cramoisi, et c'est une bonne chose. L'Azur, bien entendu, n'y est pour rien dans cette révélation progressive.
Sur les armes chimiques, autant qu'on puisse admettre qu'une hypothétique République populaire de Kabalie veuille en user pour sa force de dissuasion, il faut cependant noter la cruauté particulière de ces armes, qui ne peuvent par nature faire de distinctions entre militaires et civils, humanitaires et blessés, adultes et enfants, et dont l'usage est particulièrement risqué. Vous qui vivez parmi les cendres d'un tel anéantissement, n'auriez vous donc aucun regret à ce qu'on inflige pareil traitement à nouveau ? La dissuasion militaire, mon frère, est une question passionnante, beaucoup plus intéressante d'ailleurs que ne le laisse supposer l'approche binaire que vous semblez imputer à l'Azur, mais celle-ci peut s'optimiser. Un jour, nous partagerons autour d'un café dans le soleil de la Porte Splendide des éléments sur la technologie dont s'est doté l'Azur pour dissuader, jusqu'ici avec succès semble-t-il, qu'on s'en prenne à ses intérêts vitaux. Dans tous les cas, la question des armes chimiques ne peut être balayée comme vous le faites avec la fougue inconsciente de la jeunesse. Elle ne peut qu'être remise dans son contexte stratégique. Finalement, je crois que la meilleure piste reste celle de cadres stratégiques suffisamment équilibrés pour qu'on ne recoure ni à la menace ni aux armes chimiques. La cruauté de s'en servir reste à un coût beaucoup plus élevé que vous ne le pensez.
La sécurité des autres peuples afaréens, et non afaréens d'ailleurs, devrait également être pensée par vous qui faites des préconisations à l'international. Vous savez comme moi que l'hubris militaire, les intentions conquérantes, et le sadisme des chefs, est une chose qui existe. Vous le savez en tant que Kabalien. Dès lors, je m'étonne que vous n'exprimiez pas de pensée sur les causes du génocide et de la colonisation, ni ne disiez vouloir vous en prendre à elle. Pourtant vous en avez, une pensée à ce sujet. La connaître me permettra de convaincre le Diwan du bien fondé de nos éventuelles divergences. Des concessions, le Diwan y est prêt avec des acteurs transparents, tels que vous bientôt.
Le caractère colonial, enfin, n'est pas aussi central pour vous qu'on pourrait l'imaginer. Vous préférez une expropriation honorable pour continuer les projets de « reconstruction » ; vous honorez cependant aussi le luciférisme d'épithètes heureux à vos oreilles. Sur ce point, je crois que le Diwan sera vigilant. Nous pouvons soutenir un projet d'expropriation des Dalyoha, pas une guerre civile kabalienne au motif révolutionnaire. Ne devenez pas l'instrument de Carnavale pour continuer de semer la mort et la division en Afarée : les problèmes ici se règlent en tenant conseil. Ne cédez pas à l'assimilation aux mœurs barbares de gens qui tuent pour des valeurs qu'ils ne respectent pas. Ce serait devenir l'idiot utile des détestateurs de l'Afarée libre, et imiter ce qu'il y a de plus pathétique dans la civilisation occidentale.
En résumé, et pour en revenir aux bêtes évidences qui me tiennent à cœur, je vous confirme que l'Azur fera tout le nécessaire tel que vous en avez besoin pour mettre fin à la République actionnariale, dans la mesure où nous comprendrons réellement ce que vous voulez et d'où vous parlez, chers communistes révolutionnaires enflammés par la sincérité de la Révolution.
De façon plus prosaïque, en ce qui concerne les couches pour bébé, l'eau potable et l'alimentation, je vous confirme que le Diwan va faire le nécessaire pour vous apporter ces éléments. L'Azur sait aussi faire de jolies choses. Vous pouvez laisser la fascination Dalyoha et les fantasmes de supériorité scientifique de côté, ils sont out of the date.
« Embrassons ensemble le monde nouveau de notre égalité, camarade » : c'est comme ça qu'on dit ?
L’écureuil dit : multiplie tes cachettes, et ta vie sera longue. Proverbe tamasheq Amastan Ag Amenay Ministre des Affaires étrangères 25.05.2019
Bureau des Affaires Etrangères du Royaume de Finejouri
Très Chers Homologues,
Le Royaume du Finejouri a pris connaissance de votre message et tient à répondre avec clarté.
Nous appelons avant toute chose à la retenue. La situation actuelle est trop fragile pour être alimentée par des déclarations menaçantes, des ultimatums ou des insinuations d’actions “inattendues”. Une telle posture ne peut qu’aggraver les tensions et compromettre les efforts de médiation en cours. Nous ne cherchons pas à nier les faits ni à protéger aveuglément qui que ce soit. Oui, certaines actions de l’Azur ont pu être discutables, et nous l’avons déjà exprimé lorsque cela était nécessaire. Mais nous vous posons une question simple : ces opérations que vous évoquez ont-elles conduit à une déstabilisation réelle de votre État ? Ont-elles provoqué l’effondrement de vos structures, une atteinte directe à votre fonctionnement interne ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer.
Concernant le blocus, il convient également de revenir à une lecture factuelle. L’Azur affirme qu’il s’agit d’un dispositif visant à empêcher le transfert d’armements vers votre territoire, et non d’un blocus total destiné à affamer ou asphyxier votre population. Oui, cela ralentit vos échanges. Oui, cela crée des contraintes. Mais cela ne constitue pas, en l’état, une fermeture totale de vos flux vitaux. Dès lors, il est légitime de poser une question de fond. Si un blocus ciblé sur les armements constitue pour vous une ligne rouge absolue, alors cela interroge nécessairement sur la nature des flux que vous souhaitez préserver. Cette interrogation est légitime dans le contexte actuel.
Afin de lever toute ambiguïté et d’éviter les interprétations divergentes, le Finejouri est prêt à s’impliquer directement. Nous proposons de participer à un mécanisme de contrôle ou d’observation du blocus, afin de vérifier de manière indépendante sa nature réelle qu’il s’agisse bien d’un dispositif anti-armement et non d’un blocus généralisé. Une telle transparence serait bénéfique pour toutes les parties et permettrait d’apaiser les tensions.
Par ailleurs, vous évoquez une riposte et l’intervention potentielle d’acteurs tiers. Le Finejouri vous le dit sans détour, toute initiative visant à élargir le conflit ou à provoquer une confrontation indirecte ne fera qu’aggraver la situation. Ce type de dynamique échappe rapidement à tout contrôle et met en péril l’ensemble de la région.
Enfin, nous revenons à l’essentiel.
Une mission d’observation est en cours de mise en place. Elle constitue aujourd’hui le seul cadre crédible permettant d’établir les faits, de répondre aux accusations mutuelles et d’éviter que chacun n’agisse sur la base de perceptions ou de récits contradictoires. Dans ce contexte, maintenir des menaces d’escalade est incohérent. Le Finejouri maintient sa position qui est que le dialogue doit primer. Mais ce dialogue exige des actes cohérents. La retenue n’est pas une option, c’est une nécessité.
Nous vous invitons donc à revenir à une posture compatible avec les efforts engagés. Le choix qui se présente aujourd’hui n’est pas entre faiblesse et fermeté, mais entre responsabilité et imprudence.
Le Finejouri, pour sa part, continuera d’agir avec lucidité, indépendance et détermination.
Mdm Linehart Conseillère au prêt de Sa Majesté sur les affaires étrangères
Salutations au PDG Protecteur Balsilek Ishak et au Pape Noir de la Kabalie Rouge,
La délégation d'observatrices est toujours en mission en Kabalie Rouge et pourtant les évènements internationaux n'attendent pas.
Icemlet a été mis au fait des actions Azuréennes quant aux accès maritimes de la Kabalie Rouge. Nous comprenons la pression que suscite une telle action, surtout du fait de la démographie Kabalienne très forte à comparer avec les moyens actuellement investis et effectifs d'autosuffisance pour les besoins élémentaires dans le Désert Rouge.
Icemlet et le FCAN souhaiteraient obtenir en amont des conclusions de la mission d'observation, les besoins actuels en terme de nourriture, d'eau et de toute autre éléments essentiels aux Kabaliens, qui manquent et qui peuvent faire l'objet d'un acte humanitaire du Forum. La Kabalie Rouge est un havre en transformation et il est vital que les populations soient épargnées d'affres politiques. Nous sommes disposées à obtenir les autorisations auprès du PAS afin de permettre à ces vivres de passer et ainsi rompre tout impact civil des désaccords internationaux actuels.
Cette prochaine demande prend en considération la position unique de la Kabalie Rouge et qui se retrouve exposée plutôt que rassurée. Nous souhaiterions que votre retenue soit maximale autant que cela s'avère praticable. Un acte militaire ou de guerre saborderait les avancées actuelles avec le Royaume du Finejouri et qui permettent à Icemlet de mieux comprendre les desseins et moyens employés par la Kabalie Rouge afin de répondre à des objectifs d'intégrations Afaréennes.
Azur dispose de ses méthodes et suit le Plan R qui impose d'accélérer la pression sur la Kabalie Rouge. La tentation du conflit, dissimulée à demi mot par les nations les plus acerbes, a été repoussée par les Tamurt n Althalj par le passé lors de l'entrevue avec le PDG Protecteur Petipont. Ce rejet d'Icemlet de la guerre reste aujourd'hui la bonne décision et elle nous faut accepter que les actes des unes, aussi innocentes ou conscientes, nécessiteront un courage et une maîtrise d'un paroxysme hors norme.
Le Diwan a pris connaissance de votre proposition philosophique ample et profuse. Avant de l'aborder avec tout l'intérêt qu'elle mérite, je regrette de n'avoir pas lu dans votre message, mon frère, d'explication économique. L'économie, plus bête, simple et concrète que les grandes spirales idéelles qui vous animent et nous étonnent, ne semble pas vous intéresser. Ainsi, nous demeurons dans l'impossibilité de comprendre ce qu'il se passe concrètement chez vous.
Pour rappel, le Diwan a besoin d'explication sur le rôle que jouent six de ses navires dans la tétanisation de l'économie de la République actionnariale, et comment il se fait que hier, la R.A.D. multipliait les lancements vers Mars, l'ensemencement du désert, le déploiement des robots et des trains, et qu'aujourd'hui, il manque jusqu'aux ressources les plus élémentaires dans certaines parties du territoire occupé. Nous ne comprenons pas comment ce manque peut être autre chose que la conséquence de décisions internes à la R.A.D. qui demeurent masquées. Nous ne comprenons pas le fonctionnement de ces groupes nomades que vous présentez comme les victimes des freins au commerce international par porte-containers. Vous parlez du « coût du mode de vie nomade », supposément plus cher que celui de la vie dans les zones urbaines coloniales. Si un coût doit être payé à vivre avec quelques sacs, une tente et un troupeau, je ne crois pas qu'il soit économique : je crois qu'il est consacré par l'attachement à d'autres valeurs qu'au confort matériel justement. De là que le Diwan considère avec étonnement, et comme un contresens total à la réalité du nomadisme, votre affirmation : non, nous ne comprenons pas le lien entre la misère des nomades et le blocus azuréen, et vous n'avez pas encore donné d'éléments qui éclairerait notre compréhension de cette affirmation. C'est votre droit, mais cela ne nous aide pas à nous comprendre, si tel est bien le but de ce dialogue. En tout cas sur le plan des choses concrètes, nous en restons là.
Sur le plan de l'idéologie, de la philosophie, de la poésie et des figures de style, je vous remercie, mon frère, pour l'exposé détaillé et argumenté de votre vision politique de la situation et de la République actionnariale, de la nation pyrokabalienne, et même de l'Histoire. En tant que communiste, nous comprenons que vous adhérez aux concepts de classes sociales, de capitalisme, de la nécessité d'amener le prolétariat au pouvoir pour abolir les classes. Le prolétariat est une classe sociale, qui devrait parvenir à la conscience de son état de classe, pour se mobiliser en tant que classe et prendre le pouvoir en vue d'instaurer une société communiste. Cette vision est bien articulée, vous connaissez vos textes. Mais dites-moi, comment le prolétariat, une classe agissant en tant que classe, pourrait-elle abolir les classes ?
... Vous reconnaîtrez à cette petite blague à quel niveau de compréhension du sujet vous vous situez. Nous ne doutons pas qu'il est très avancé. A vrai dire, nous vous remercions pour ces explications théoriques assez clairement écrites. Nous en prenons très bonne note et nous les rangerons dans les dossiers importants et sérieux à consulter régulièrement. En effet, comprendre nos interlocuteurs est essentiel pour en avoir une intelligence. Et le Diwan n'est pas du genre à se formaliser de premières impressions : nous étudions bien à fond les gens qui nous parlent, nous scrutons les plis de leur visage, les mouvements de leurs cils, pour comprendre qui ils sont.
Vous, Baki Tabet, semblez avoir ignoré un détail, qui est que le Diwan n'est pas gouverné par un parti anticapitaliste, et que nous ne promouvons nullement la destruction du capitalisme en soi. Nous n'avons aucune lutte théorique similaire à la vôtre. Nos idéologies divergent dans la philosophie : par égards pour votre migraine, je ne vous assommerai pas de théologie mystique sur la volonté créatrice de Dieu, Ses décrets et Sa Loi, et comment l'islam nous enseigne les voies de la connaissance du divin autant que la pratique de la vie triviale parmi les humains. Permettez-moi d'interroger certains pans de votre édifice théorique pour que nous puissions aller rapidement au concret : réadapter le dispositif militaire azuréen, et si nécessaire la position diplomatique de l'Azur, en vue de favoriser ces enjeux que nous avons en commun.
Car nous n'avons pas besoin de nous épouser théoriquement pour cheminer ensemble. Tous les communistes savent quel appui précieux ils doivent à toute sorte de chrétiens sociaux, de musulmans coopératifs, de patriotes anticoloniaux, de francs-maçons, de mouvements confessionnels divers, dans la défense de ce prolétariat qui vous est cher, dans la lutte contre les excès du capitalisme, et parfois contre le capitalisme lui-même. Réciproquement, tous les mouvements de libération nationale savent que le camp communiste est régulièrement leur allié dans la reconquête de leur dignité et de leur souveraineté contre les empires coloniaux. Les forces capitalistes et les empires coloniaux sont, la plupart du temps, parties liées et on ne peut que gagner à les attaquer de front tout ensemble. Notons néanmoins que cet alignement n'est pas toujours systématique. Nous connaissons des forces capitalistes qui se développent sans devenir des empires coloniaux, voire en s'affirmant contre eux ; et nous connaissons des empires coloniaux qui ne sont pas assis sur des forces capitalistes. Cette nuance vous permet de bien noter qu'une convergence théorique entre nous sera limitée à la question concrète, circonstancielle et située dans un contexte bien particulier, de notre coopération commune pour la résolution du problème en Kabalie occupée.
A moins que vous ne précisiez un autre jour vos vues, le Diwan constate que nous ne voyons vraiment pas le problème de la même manière, et que nos points de vue demeurent aussi contradictoires qu'ils le sont entre l'Azur et Balsilek Ishaq, entre l'Azur et la Maison Dalyoha. Avec franchise, nous constatons que vous cochez toutes les cases essentielles qui vous logent dans le même camp qu'eux. Votre degré de différence avec eux est beaucoup plus ténu que l'évidence de vos convergences. J'en fais la liste.
Premièrement, vous niez le caractère colonial du problème. Vous n'avez ainsi aucune revendication précise à faire valoir, par exemple, sur la question des réparations matérielles et symboliques attendues dans un processus de justice contre le génocide. Vous attendez simplement qu'elles arrivent d'elles-mêmes. Vous n'avez aucune attente sur ce point, vous ne formalisez rien, vous témoignez à ce jour de votre totale disponibilité à ce que les génocidaires voudront bien faire pour vous. Dans ce cadre, les politiques de Balsilek Ishaq, qui consistent à « punir » le capitaliste Dalyoha en lui offrant un monopole public sur la santé, l'alimentation et l'environnement, n'ont rien pour vous déplaire. Cette récompense dans les faits pourrait très bien vous convenir en guise de « réparation », à moins que vous n'ayez un avis clair sur la question ? A moins que n'exigiez quelque chose de plus précis et de plus crédible, en matière de justice ? L'énormité du crime est sans rapport avec votre timidité à en demander la réparation. Aller, courage, courage ! Formulez des revendications claires et nous reconsidérerons ce constat. Rappelez-vous à la dignité kabalienne précoloniale, à son histoire et à son existence, et nous aurons des raisons de penser que vous êtes un opposant à la colonisation.
Deuxièmement, vous modérez votre anticapitalisme quand celui-ci pourrait s'aligner avec l'anticolonialisme. Alors que vous appelez en ouverture à la victoire du prolétariat et à l'expropriation des capitalistes, vous contresignez en fin de soirée le principe même de la propriété capitaliste et de sa primauté sur toute autre légitimité politique. Vous notez ainsi, en parlant des capitalistes : « Les actionnaires dont vous parlez, la plupart sont des Carnavalais lucifériens. L'argent ne va pas dans leur poche si c'est ce que vous pensez. Il est réinvesti dans les infrastructures du pays, un pays prospère, un nouveau départ sera leur rétribution. Tel est le contrat social noué avec les colons et avec les Kabaliens. » Les appels à la subversion de la bourgeoisie sont loin : le contrat social actuel vous convient donc. Vous écrivez : « pénaliser les actionnaires, excellence, c'est pénaliser le peuple, c'est couper dans les budgets qui devraient être alloués à l'amélioration du niveau de vie pour favoriser ceux liés à la défense. » Vous êtes sûrs que vous n'êtes pas des sociaux-démocrates ? Des réformistes ? Il faudrait donc défendre les responsables et les profiteurs de la colonisation ? Nous constatons ainsi, une nouvelle fois, que vous partagez l'orientation politique de Balsilek Ishaq. A moins que vous ne vous dédisiez de ce soutien aux actionnaires, nous actons ce deuxième constat de l'alignement des communistes kabaliens sur le régime actuel.
Troisièmement, vous adhérez au principe trop subtil et trop intelligent de l'assimilation coloniale au luciférisme. Les institutions de la République actionnariale sont pourtant claires. Cette doctrine carnavalaise, importée de l'étranger, est la négation de tout autre attachement culturel, spirituel ou éthique à des références qui lui seraient extérieures. Le luciférisme est une idéologie sectaire, construite contre les religions humaines et en particulier contre l'islam, explicitement visé par la profession de foi du sommet carnavalo-kabalien. C'est une idéologie produite à Carnavale, par les employés des compagnies carnavalaises, et dans l'intérêt de ces compagnies : technoenthousiasme, mépris de la réalité humaine au profit de l'adoration d'un super-homme à venir, conduisent naturellement à un programme de reconstruction radicale de l'Humanité. Cette reconstruction radicale se réalise sous nos yeux par la conduite d'un génocide, la terraformation, la lobotomie, et la recherche de la suprématie coloniale face à l'Humanité que la R.A.D. méprise. Le luciférisme n'est pas égalitaire ni syncrétique avec aucune croyance, avec aucune valeur afaréenne indigène. Il s'impose à elles. Il est un acte de mépris suprême envers l'individualité kabalienne, exiger l'assimilation des Kabaliens constitue une violence totale. Il n'y a aucune critique de la R.A.D. qui puisse faire abstraction de la critique du luciférisme : et vous n'en faites pas. Au contraire, vous contresignez tous les projets du luciférisme, qu'il s'agisse de la technophilie suspecte, des projets de terraformation pensés par les génocidaires, et le mépris à l'égard du reste de l'Humanité, surtout de celle qui n'a pas renoncé à ses croyances et à sa culture : l'Azur, qui est un modèle d'ipséité à cet égard, apparaît dans votre bouche, comme dans celle de Balsilek Ishaq, comme dans celle du Pape Noir, comme l'ennemi radical et total de vos projets. Bon. Le fait est que nous voyons le problème bien autrement. Le Diwan se fiche des intentions des uns et des autres, par contre il s'occupe de choses concrètes : tant que la colonisation se poursuivra, son écrin idéologique qu'est le luciférisme ne fera pas l'économie d'être combattu. Tant qu'on prônera la destruction de notre écosystème en vue de construire une nouvelle Humanité, nous nous y opposerons : comme vous l'avez dit personne n'aime les missionnaires armés, inclus les lucifériens. Néanmoins le Diwan n'en fait pas une question théorique. Le jour où la colonisation cessera, la foi luciférienne en un super-homme, voire en un super-environnement, cessera d'être criminelle, et elle deviendra une opinion comme une autre. L'Azur n'a aucun combat civilisationnel en cours en Kabalie occupée ; c'est bien la croisade coloniale de la Noire Eglise qui en est un. Ne prétendez pas l'ignorer par matérialisme : le matérialisme n'ignore aucunement le rôle des représentations et des systèmes de pensée dans les dynamiques historiques. Ignorer le luciférisme, c'est plutôt montrer qu'on est aussi aveugle que celui qui ne veut pas voir. Ce troisième point nous invite à vous considérer comme un collaborateur de la Noire Eglise, collaborateur passif, mais bon dans la Noire Eglise on trouve de tout : essayez tout de même de toquer à l'antichambre du Pape Noir d'ailleurs, vous êtes assez jeune pour qu'il ait envie de vous laisser entrer.
En définitive, nous avons trois raisons importantes de considérer que vous, Baki Tabet, et sans doute les communistes kabaliens dans leur ensemble, n'êtes pas des opposants au régime de Balsilek Ishaq. Or nous avons déjà épuisé la conversation avec ce personnage : nous n'avons ainsi pas besoin d'un deuxième cycle, si vous n'en êtes qu'une version plus attrayante, l'avatar d'un énième changement de façade de cette entité coloniale.
Que les choses soient claires, mon frère, nous ne vous le souhaitons pas. Nous espérons que vous n'êtes pas un nouveau T.O.K.E.N., et que le disque qui vous invente n'est pas rayé. Nous espérons que vous nous rassurerez sur les points d'inquiétude que le temps sédimente en certitudes fatales à votre sujet.
Car vous parlez en des termes de plus en plus encourageants de la Kabalie, de ses désirs et de son avenir. Le Diwan mesure cette avancée, je vous dirais donc, réciproquement, que votre présence incite le Diwan à bouger, bien que vous ne vous en rendiez pas forcément compte, et lorsque le Diwan envisage de réajuster son positionnement, il y a dans sa voix en écho celle des porte-paroles natifs kabaliens officiels. Le sujet de la reconstruction infrastructurelle et écologique, notamment, n'est nullement ignoré.
A ce sujet, vous dites en parlant des actionnaires génocidaires : « laissons-les bâtir. » C'est invraisemblable ! Dans ce cas pourquoi ne pas réinstaurer le Protectorat colonial et ramener de son excursion Camille Printempérie aux affaires ? Nous attendrons que ses projets soient entièrement réalisés, que le pays tout entier soit réaménagé à la volonté des colons, pour « nationaliser » l'existant. Ce faisant vous aurez donc laissé se faire la colonisation, vous vous serez assimilé, vous serez devenu un Carnavalais comme un autre.
Monsieur le porte-parole des natifs kabaliens, vous multipliez les confusions entre les colons et les colonisés. Cette distinction est pourtant essentielle pour que votre opposition au régime soit crédible à nos yeux. Vous invoquez des questions pertinentes pour définir votre espace politique en tant qu'opposition au régime mais vous y répondez avec les arguments du régime. Vous ne portez aucune vision alternative à celle du luciférisme technoenthousiaste. Vous contresignez le principe de la colonisation et de la carnavalisation du territoire. Vous ne défendez pas la nation kabalienne : vous défendez sa fusion dans Carnavale. Non pas avec Carnavale : dans Carnavale.
Car ce qui est le plus regrettable, et qui nous fera sincèrement pleurer, c'est votre totale ignorance de l'existence de la Kabalie, préexistante, distincte, autonome, en tant que nation. Vous ne portez aucune lecture historique des événements, vous ne manifestez aucun caractère particulier, vous ne revendiquez aucun trait culturel propre, vous ne manifestez aucune intention d'être véritablement le porte-parole d'une nation à part entière. Ni la grande Histoire, ni les petites histoires ne vous viennent aux lèvres. Nous ignorons le nom de vos parents, le nom du village où vous êtes nés, si vous avez grandi parmi les éleveurs de chameaux, les pêcheurs de la côte, les arboriculteurs des oasis. Vous n'avez pas d'histoire, Baki Tabet, tout comme Balsilek Ishaq n'a pas d'histoire, tout comme la Kabalie n'a pas d'histoire. Sans passé, inutile de parler d'avenir. Vous avez laissé derrière vous l'islam et les autres croyances. Vous parlez désormais avec la voix artificielle d'un Carnavalais. Vous louez les bienfaits de la technologie carnavalaise, et vous n'appelez qu'à contresigner, qu'à laisser faire, toute l'entreprise carnavalaise de colonisation. Celle-ci vous a déjà effacé en tant qu'individu, et vous la remerciez.
Vous avez pourtant écrit ne plus vouloir être une victime. Mais cela ne tient qu'à vous. Le Diwan attend désespérément que l'opposition kabalienne rappelle qu'avant qu'il y ait une colonie, il y avait un Pays. Et que celui-ci n'a pas été effacé ni par les bombes, ni par le génocide, ni par la religion luciférienne, ni par les mensonges et les inextricables jeux d'écriture de la R.A.D. En vous assimilant à Carnavale, songez, mon frère, à la dialectique de l'esclave et de l'aristocrate, de l'homme médiocre et de l'übermensch, méditez et envisagez votre propre puissance. Votre puissance serait anéantie en confirmant celle d'un autre. Votre puissance, c'est votre individualité. Vivez-la à fond. Ne soyez pas un Carnavalais. Ne soyez pas un Azuréen non plus, cela va de soi. Soyez un Kabalien. Retrouvez votre histoire, et suivez-en le fil : nous ne sommes décidément que vos alliés.
Si l'anticolonialisme commence bien quelque part, c'est par la pulsion vivante d'autodétermination. Déterminez vous-mêmes votre avenir, Monsieur le porte-parole. Ne feignez pas de le faire : faites-le vraiment. Libérez-vous du carcan moral carnavalais qui vous sangle aux projets technologiques et à la colonisation. Interrogez-vous spontanément. Que pouvez-vous faire, avec vos moyens propres, selon votre histoire propre, vos valeurs propres, vos désirs propres, de ce territoire ravagé ?
Vous n'avez pas besoin de Carnavale pour cela. Cessez de le rabâcher comme un T.O.K.E.N. mal digéré. Il est temps d'aller de l'avant. L'Azur préférerait ne pas être votre tuteur sur ce chemin, mais c'est parfois bien le rôle d'une figure masculine que d'aider un enfant à se libérer des passions incestueuses de sa mère. L'Azur est la force virile qu'il manque à l'entourage veule, pervers, hypocrite, matriarcal et finalement castrateur de la R.A.D. Il n'est qu'un protagoniste. N'y voyez pas obsessionnellement une figure malveillante.
Le blocus a coupé le cordon : en poussant ton cri de nouveau-né à la conscience, peuple kabalien, l'Azur s'écartera. Montre-nous désormais ce que tu vaux en propre.
L’écureuil dit : multiplie tes cachettes, et ta vie sera longue. Proverbe tamasheq Amastan Ag Amenay Ministre des Affaires étrangères 11.06.2019
Il est fini le temps des colonies, notre génération n'a plus le temps de faire semblant. Retournez faire l'avocat du génocide dans la skibidi tentafruit
La moitié pour nous deux, le reste je le garde. Proverbe tamasheq Amastan Ag Amenay Ministre des Affaires étrangères 15.06.2019