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Peut-être que le régime politique du Drovolski est trop violent, mais il est certainement providentiel. Le service public y est puissant, dispendieux et presque total. Il est difficile de passer à côté ou de vivre sans, car il détient de nombreux monopoles d’État et fournit une grande partie des services essentiels par le biais de l’impôt. Les institutions les plus directement liées au service public sont les Maisons du Peuple et le Réfectoire central. Dans la première, on trouve l’équivalent d’un magasin, d’un hôpital et de services administratifs courants. Dans le second, on bénéficie d’une restauration collective et sociale, sans réel coût pour l’usager. Sur le plan des services, les Mesolvardiens reçoivent, au titre de l’impôt, la gratuité du transport public, de la restauration centrale, du logement, des vêtements, de l’éducation, de l’énergie, de l’eau courante, des services de communication et des soins garantis. À cela s’ajoute le recyclage des déchets; y compris des corps humains.

Cependant, ces droits sont limités par de nombreuses obligations qui en réduisent la portée. Par exemple, l’hôpital n’intervient que si l’espérance de gain futur est positive, c’est-à-dire si l’individu dispose encore d’assez d’années de travail potentielles ou si un essai clinique requiert sa condition physique. Il en va de même pour l’éducation, dont le déterminisme social est absolu. Le devoir le plus direct associé à ces droits est l’obligation de répondre à son affectation, déterminée par La Nouvelle, le logiciel du service public chargé du suivi du plan industriel. Il faut noter que les services proposés par le service public sont tous en situation de monopole : il est donc impossible de s’en défaire ou de renoncer à ces droits pour échapper aux devoirs qui en découlent.

D’un point de vue plus pratique, certaines dispositions influencent directement l’organisation sociale. Le gouvernement garantit la capacité de production des unités humaines, notamment en assurant les citoyens contre le suicide, ce qui permet de contractualiser la grossesse volontaire. Par ailleurs, puisque l’attribution des postes de travail est effectuée par l’État, et que la plupart des entreprises sont publiques; ou, au minimum, dépendantes de la planification industrielle, on peut affirmer, de manière justifiée, que l’emploi et l’industrie font partie intégrante de la providence du service public. Certains affirment qu’il s’agit d’un totalitarisme, d’autres de l’œuvre d’un État de raison. Quoi qu’il en soit, le service public, par ses monopoles et sa programmation industrielle, constitue l’essence même de la vie des Mesolvardiens.
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Comité central de la magistrature

Comité permanent de la magistrature


Magistrature Unifiée

Magistrature Unifiée est le principal courant de consensus de la magistrature au Drovolski. Elle est majoritaire au comité central et se trouve donc nécessairement en position très dominante au sein du très puissant comité permanent. De doctrine collectiviste, ce courant se traduit par une profonde volonté d’administrer la société de la manière la plus complète possible, afin d’unifier la rationalité du droit et l’existence sociale. Les magistrats qui s’y inscrivent participent au maintien du régime et de ses vertus : la société doit, par le droit, offrir à tous les moyens de leur subsistance matérielle, par l’affectation d’un travail, d’un logement et de rations de consommation. Abolissant le droit de propriété et d’entreprise, Magistrature Unifiée est le promoteur et le concepteur d’un régime sans pouvoir exécutif, remplacé par un pouvoir judiciaire total.

Profondément opposés aux structures traditionnelles et à la construction de la bourgeoisie industrielle, les unificatistes développent une pensée en trois volets, encore appliquée de nos jours : la redistribution du produit du travail, les communs sociaux et de production, et enfin le concept central d’union rationnelle du droit et de la société. L’idéal des unificatistes est une société dont les structures sociales seraient parfaitement et rationnellement calquées sur le droit, d’où découlerait une organisation légalement contrainte à la redistribution selon ses principes.

Enfin, les unificatistes récusent le salariat et l’idée de démocratie représentative. Pour eux, le salariat inscrit une dépendance qui déroge directement au principe d’égalité promu par le droit. Sur ce fondement, seul le travail affecté par la loi et les organes publics peut être admis, dans la mesure où celui-ci ne serait pas perverti par des intérêts privés. La représentation, quant à elle, ne peut correspondre à l’idéal de raison légale.

Concepts propres : union rationnelle du droit, pensée en trois volets, dicastocratie.
Dérives : collectivisation de l'individus, totalitarisme judiciaire.



Représentation Industrielle

La Représentation Industrielle est un courant du pragmatisme économique. En effet, si le Drovolski est piloté de façon très planifiée, il n’en reste pas moins que, dans les faits, de grandes sociétés très spécialisées demeurent des organes essentiels de la réussite économique. La Représentation Industrielle constitue le principal courant de la magistrature en faveur des industriels et agit comme un relais d’influence. Elle a pour principe le pragmatisme industriel et propose que le droit s’adapte aux situations concrètes afin de rendre son application soutenable et de promouvoir les activités économiques du pays. À la différence des unificatistes, les pragmatiques suggèrent que la cohérence rationnelle entre la société et le droit doit être atteinte par la descente du droit vers la société, plutôt que par la montée de la société vers le droit. Cette dialectique, foncièrement opposée, permet au consensus de la magistrature de rester « terre à terre ».

Les pragmatiques sont les bâtisseurs de la conception suivante : « deux systèmes, un pouvoir », qui permet aux industriels de bénéficier de certaines souplesses par rapport au plan et de la capacité à échanger à l’étranger sans l’assentiment direct du pouvoir. En échange, les industriels sont soumis au contrôle de la magistrature, chargée de s’assurer que les idéaux et les intérêts nationaux sont préservés.

Concepts propres : deux systèmes, un pouvoir ; pragmatisme légal ; unité de production humaine.
Dérives : pollution comme réussite ; surinvestissement productif.



Union Solidaire des Magistrats

L’Union Solidaire des Magistrats est un courant très minoritaire mais relativement stable. Idéologiquement, il se veut modéré, suivant une synthèse entre le pragmatisme et l’unification. Il existe à travers la critique des autres courants, en suggérant que la société totalitaire promue par les unificatistes ne peut advenir sans impliquer une forme de destruction de l’humain. De même, il estime que la proposition pragmatique, si elle a permis la réussite commerciale du pays, a surtout contredit les idéaux des communs de production en substituant à la propriété privée une forme de subordination du fonctionnariat aux industriels. Cette critique, bien que fondée, demeure cependant peu convaincante d’un point de vue doctrinal pour la majorité des magistrats. Cette force modératrice reste donc principalement minoritaire.

Concepts propres : totalitarisme modérateur, péréquation public/privé.
Dérives : surindustrialisation.


Soleil noir Scientiste

Enfin, on peut trouver, au sein de la magistrature, des partisans de la politique « Centron ». Bien que ce courant soit interdit de siéger dans quelque comité que ce soit, le Soleil noir scientiste, ou simplement Soleil scientiste, est une organisation syndicale qui se veut transpartisane afin de faire survivre l’idéal du Centron à Mesolvarde. Ses encartés, très minoritaires et discrets, sont appelés les SS, pour Soleil scientiste, et sont régulièrement exclus de la magistrature dès qu’une questure entrevoit un entrisme au sein d’un des courants légaux. Depuis le procès des dirigeants translaves, le syndicat est en relatif sommeil et attend le moment propice pour trouver un nouvel appui. Les dirigeants du Soleil noir scientiste sont des descendants plus ou moins directs des dignitaires scientistes ayant fui le régime pour le Drovolski. Aux yeux de ces derniers, ils sont donc réputés comme des traîtres, ou pire, des modérés. À Mesolvarde, on se contente d’avoir apprécié leur soutien à la recherche scientifique et leur participation à la première industrialisation du Drovolski.

Concepts propres : pragmatisme scientifique, rationalisme d'état, « La Méthode » [scientifique].
Dérives : eugénisme, politique du missile, surindustrialisation.

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Gosplan

Les services de planification du Drovolski sont sans doute l'un des éléments les plus présents de la vie courante partout dans le pays. Le service de planification est en effet un organe d'État dont l'existence est prévue par la constitution pour administrer l'économie, la vie sociale et les naissances. Son rôle principal est d'agréger l'ensemble des demandes individuelles vers la planification de l'offre suivant la demande formulée par la population et le rendement des industries. Le cas échéant, il produit des quotas de production et l'ensemble des calendriers de production des usines du pays sous l'administration de l'État, duquel découlent les emplois du temps. Enfin, sans trop d'aspect de liberté, la planification impose les couples, les quelques occupations privées et les plannings alimentaires et médicaux pour la population. Les promoteurs déclarent que ce mode de gestion est profitable aux indécis et aux conformistes. Les autres n'ont pas l'occasion de s'exprimer. La planification prévoit avec soin le recyclage prioritaire des mauvais éléments.

Pour produire l'ensemble de ses prévisions, le service a l'usage d'un grand ordinateur, aujourd'hui sous le nom commercial de Salomon. L'objectif est de simuler, à travers des modèles universitaires, le pays ; dans les faits, le pays est contraint de se plier au modèle du régime, ce qui occasionne des paradoxes assez absurdes. En particulier quand la planification ordonne la reproduction, il est difficile de recevoir cette demande comme recevable pour quiconque, mais fort heureusement, les questures veillent au grain et organisent des contrôles de fécondation.

Originellement fonctionnant sur des cartes perforées, le système de planification a accompagné les évolutions de l'électronique et a permis au LHV de maintenir une certaine expertise dans la demande des puces informatiques en restant un client régulier et légalement fidèle au seul industriel national du secteur. En effet, même de nos jours, le service de planification utilise ME-Assembly dudit laboratoire.

Enfin, sur un plan pratique, chaque unité de production reçoit un matricule qui l'identifie et qui correspond à tout instant et à tout moment à un journal qui retrace l'ensemble de ses faits et ordonne en conséquence les ordres de planification sous forme d'injonctions. Encore peu numérisés, les retours sont faits par papier et transmis le plus souvent par des contremaîtres. Et toute entrave à la réalisation des ordres, ou pire falsification, est réputée susceptible de provoquer une perte de droits allant de la réduction du temps de loisir (40 minutes par mois) à l'envoi prématuré au recyclage.

Cette tradition dirigiste n'est pas remise en question et se traduit essentiellement par l'absence de liberté directe fondée sur la libre appréciation de la demande, laquelle, bien évidemment, impose ses propres besoins à l'égard de la demande extérieure. Sans trop l'admettre, le service de planification est surtout un reliquat des influences du Centron sur le Drovolski, on y reconnaît le même humanisme, les directives et l'envie de faire de la société le résultat d'un programme informatique, certains disent même que le logiciel a des inspirations plus directes qu'on ne veut voir. Le Centron, à Mesolvarde ?

La planification du Centron a du bon
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Carte<br> des chemins de fer du Drovolski
Carte des chemins de fer du Drovolski

Le Drovolski n'a jamais connu une forte mécanisation du transport. Pendant longtemps, malgré l'industrialisation forcée, les marchandises étaient transportées à dos d'hommes. Quand la situation devint impossible, il fallut trouver une solution. Sans pétrole, et ayant consommé tout son charbon, le pays développa en premier lieu les trolleybus, puis de puissants trains pour acheminer les matières premières depuis la périphérie vers la capitale. De nos jours, l'ensemble est vieillissant et dans un état de décrépitude avancé.

Le réseau du Drovolski est relativement peu dense mais constitue l'axe vital du pays. En effet, aucune route ne connecte les villes. L'absence de réseau interurbain contraint donc le système ferroviaire à fonctionner à près de 100 % : aucune rame n'est à l'arrêt, le moteur ferroviaire est constamment en mouvement. Il est responsable de 13 % de la consommation électrique du pays, juste derrière les tunneliers. Les trois axes principaux sont l'axe Kotüme -> BonSecours, qui occupe près de 50 % des voyages de personnes et 80 % du fret ; l'axe Kotüme -> Bénodïle pour 48 % des voyages de personnes et 15 % du fret ; et enfin un axe aujourd'hui peu fréquenté, l'axe Verbonal -> RAD, qui ne représente plus guère que 2 % des voyages et à peine 5 % du fret à destination du centre géologique de RAD1-2.

Le réseau est essentiellement occupé par des trains mixtes de plusieurs kilomètres, propulsés par des motrices électriques, sur des lignes comprenant systématiquement deux rails de 1 435 mm électrifiés en courant alternatif monophasé. Ce choix n'a pas été fait pour permettre des allers-retours sans contrainte, mais pour des raisons de vitesse. En effet, les trains en cours de remplissage minier sont à l'arrêt et prennent le plus souvent plus de 5 heures à être pleinement chargés, selon les terminaux. Une opération qui coûterait bien trop cher au système industriel si les travailleurs ne pouvaient pas rejoindre les mines suivantes.

Enfin, du fait de son manque de modernité, le réseau ferroviaire du Drovolski ne possède que très peu de gares formelles. Comme les réseaux miniers et industriels ont tendance à se déplacer là où les filons de minerais sont les meilleurs, il est de coutume que les trains puissent s'arrêter presque n'importe où pour déposer les travailleurs vers les sites miniers. De fait, les trains s'arrêtent systématiquement, soit pour déposer du personnel minier, soit pour charger les wagons via convoyeur. Demeurent néanmoins trois « vraies » gares dont les rôles sont semblables à ceux des pays occidentaux. Tout d'abord la gare centrale de Mesolvarde, un grand bloc rectangulaire où les motrices sont réparées ou remplacées ; ensuite la gare aéroportuaire de Kotüme, qui sert de liaison vers l'aéroport pour Mesolvarde, qui ne possède pas d'aéroport ; et enfin la dernière et la plus grande, la gare « Notre-Dame des receveurs », une gare souterraine à BonSecours chargée de l'aiguillage vers les centres de soins des populations demandeuses. Comme son nom l'indique, les départs y sont bien moins nombreux que les arrivées.

LHV-60
LHV-60

La quasi-intégralité du réseau ferroviaire est équipée de LHV-60. On comprend donc qu'il s'agit de motrices construites par la société éponyme — et en effet. Il s'agit d'une locomotive électrique pouvant recevoir du courant alternatif 25 kV à 50 Hz par pantographe. Ce courant est ensuite redressé en courant continu grâce à un réseau analogue de diodes de puissance, puis dirigé vers six moteurs continus entraînant la locomotive. Avec la modernisation de l'électronique, l'allumage et le pilotage se font numériquement via un brin de transmission. En dehors des accidents de personnes, le système est réputé fiable.

En situation normale, les trains circulent autour de 25 km/h pour les convois essentiellement miniers et à 50 km/h pour les convois majoritairement voyageurs. Éventuellement, dans le cas exclusivement voyageur, ils peuvent atteindre 60 km/h. Il est relativement fréquent que certains trains possèdent plusieurs locomotives, la puissance demandée pouvant dépasser la capacité de traction d'une seule locomotive, et afin de pallier les pannes relativement fréquentes dues à la corrosion des alternateurs en cuivre que la pluie acide tend à oxyder.


Puissance : 6 700 kVA
Traction : 5 620 kW
Tension : 25 kV
Fréquence : 50 Hz
Écartement des rails : 1 435 mm
Fabricant : LHV
Tolérance : 250 tonnes
Force de traction : 560 kN
Rayon de courbure : 135 mètres


Enfin, le dernier transport sur rail est le réseau de métro. Il a été construit de façon relativement organique avant la réforme d'urbanisation de Mesolvarde, et il serait aujourd'hui trop coûteux de le remplacer sans causer une interruption de service dommageable à toute la ville. Il comprend actuellement 111 stations et 9 lignes de métro, dont les interconnexions sont relativement nombreuses. Chaque station permet de circuler dans les deux sens sur chacune des lignes auxquelles elle est connectée.

Aujourd'hui, le réseau de métro est utilisé presque exclusivement par les classes supérieures et sert donc de palliatif au réseau de trolleybus, qui est bien plus dense. En effet, le métro est très coûteux à maintenir, sujet à de nombreuses pannes et surtout largement sous-dimensionné par rapport à la population de la ville. 111 stations pour 21 millions d'habitants, cela représente près de 190 000 personnes par station. Aucun réseau ne peut supporter cela sans s'effondrer.

Réseau<br> de métro
Réseau de métro
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Drovolski

Manifeste du socialisme légaliste - Dicastocratie Mesolvardienne

À l’heure où la noblesse inféodée à notre condition prend à ravir d’intégrer la bourgeoisie la plus prédatrice de nos droits, les travailleurs de Mesolvarde doivent prendre conscience de leurs conditions. Éminence et combattants de la justice, nous devons mettre fin à la tyrannie de la propriété qui, de la nécessité de tous, commue les droits de chacun en obligations pour d’autres.

Force du politique, exécutants des bourgeois, les gouvernements n’ont jamais fait que s’incliner devant ceux qui ont, face à ceux qui meurent. La nécessité de justice passe toujours avant les impératifs de certains.

Cette situation de servitude aux nobles et bourgeois conditionne l’existence à une servitude consentie par les moyens viciés d’une démocratie d’apparence qui ne fait que répondre au capital. Vous l’aurez compris, les avancées sociales permises par la fin de la féodalité ne sont là que pour continuer de contenir la révolte. La violence des titres de noblesse n’est remplacée que par celle des titres de propriété !

Les conditions matérielles d’existence, justifiées par le besoin de certains d’en dominer d’autres, conduisent à l’errance de la faim celui qui refuse d’être le servant d’oligarques. Cela en est trop pour ma décence humaine. La condition première de cette hiérarchie artificielle demeure dans l’existence d’un État de gouvernement [1] qui protège ceux qui ont.

Les moyens de production, par le capital, sont la propriété de certains, desquels ils récoltent toujours une part du travail des autres sans que jamais les questions de justice ne puissent être évoquées. Cette situation déloyale, où les conditions matérielles enjoignent à céder aux puissants le temps d’une vie, ne saurait être résorbée par quelques soins et bons grés de ces derniers.

L’infamie de la charité n’est que le résultat d’une conscience intériorisée de nos dominants quant à la condition qu’ils nous donnent. Alors, plutôt que mourir face au vol de notre force de travail, les modes de production doivent pouvoir être organisés dans la justice de chacun et dans le respect de la position qui est due à chacun. La marchandisation n’a que faire du mal qu’elle produit tant que le capital est récompensé, fût-ce en provoquant davantage de malheur que d’accomplissement. La magistrature s’ordonne en force politique et revêt le vêtement du protecteur des droits pour vous les révéler. Sans l’État de gouvernement, sans propriété sur les moyens matériels d’existence, la justice sociale ne pourra plus qu’être incarnée par l’ensemble des travailleurs.

Nous voulons pour société une société fondée sur la plus juste organisation, telle que, par l’édifice réfléchi du droit et ses procès contradictoires, émane la fin des luttes sociales.

Pendant que le lumpenprolétariat [2] se veut esclave des révolutions par le communisme le plus destructeur, le prolétariat doit s’organiser avec morale et rigueur ; la justice n’émane pas du désordre mais de sa définition la plus formelle. Capables de morale, nous devons nous allier aux socialistes et aux grands techniciens qui, par l’ingéniosité de la fin de la propriété, n’auront comme résolution que d’être intégrés à la grande classe des travailleurs.

Par nos fins, nous vaincrons le capital. Seul le régime de possession collective aura du sens pour nous, rien hors de l’entendement du plus juste pour chacun. La justice comme politique, pour que plus aucune injustice ne soit tolérée. La magistrature s’ordonne en force politique contre l’État de gouvernement.

[1] « État de gouvernement » désigne, chez les partisans de la magistrature unifiée, un régime politique dans lequel un gouvernement a l’ascendant de facto sur le pouvoir judiciaire.
[2] « Lumpenprolétariat » désigne un prolétariat incapable de s’organiser et dépourvu de morale, entendu à Mesolvarde comme opposé à la définition légale des droits. En ce sens, le communisme traditionnel est réputé anarchique.

Ascension de la magistrature

Si le manifeste explique l’idéologie, rien ne permet de savoir quel événement conduisit à la fin du régime politique antérieur, étant donné que la magistrature refuse la révolution et le désordre. Mais cette conception, qui paraît étrange pour un régime collectiviste traditionnel, s’explique historiquement.

Mesolvarde est née comme un marquisat très instable durant une longue période de son existence, marqué par une hypercentralisation des pouvoirs. Lors de la seconde révolution de 1876, à la suite de l’exemple translave, un régime d’exception est mis en place, dont le naufrage déclasse le petit État pendant plus de neuf ans avant une restauration timide de l’Empire, lequel consent à une démocratie.

Cette situation d’État bourgeois consentie par la noblesse conduit à une révolution industrielle rapide et à une amélioration des conditions de vie de tous, mais sans aucune justice sociale. Cependant, au regard des exemples étrangers et de leur application concrète à Mesolvarde, l’essentiel de la population avait bien trop peur de perdre à nouveau le peu qu’elle possédait, sans espoir pour le lendemain. Cette peur, très particulière à Mesolvarde, de la révolution et de la violence a larvé l’essentiel des mouvements sociaux.

Un organe toujours très actif de Mesolvarde, son Tribunal central, demeurait idéologiquement très marqué, non remplacé par la restauration et très puissant dans le contrôle des gouvernements locaux pour le compte du pouvoir central ; ce dernier avait abordé un syncrétisme très particulier à l’égard de la sphère politique. De fait, les nobles avaient cédé leur pouvoir de justice à un organe de techniciens, finalement relais du pouvoir mais acquis au collectivisme.

Substitut du pouvoir du jeune Serge XIV, le pouvoir judiciaire prit acte d’éliminer les pouvoirs du gouvernement par la voie populaire et nobiliaire. De fait, en 1923, la chambre basse élue du peuple vote la réformation de la Constitution et la chambre haute, soumise à un empereur alors âgé de dix-sept ans et très manipulable, finit de céder ses pouvoirs d’exception aux magistrats sans vraiment y songer.

Par la concentration déjà opérée par les empereurs eux-mêmes, aucune fronde nobiliaire ne naquit ; celle des bourgeois les plus aisés fut violemment opposée à la collectivisation et ces derniers furent jugés ennemis du socialisme. La société nobiliaire est rabattue au rang de symbole et l’ensemble des biens est remplacé par des tours de logements sociaux et des usines d’État. Rien du passé ne survit vraiment tant l’ardeur des juges est forte à effacer le passé.

Jusqu’en 1957, le régime vit au rythme des purges et d’intégrations. En 1958, la Constitution est à nouveau modifiée et met en place le régime que nous connaissons aujourd’hui. La magistrature intègre l’ensemble du pouvoir politique et pilote l’économie vers une profonde industrialisation lourde. Très peu agile, ce régime hypercentralisé se consacre entièrement à des domaines très spécialisés et peu propices au désordre du marché.

Cette stratégie conduit le régime entier à une paranoïa intrinsèque. En effet, un État gouverné par la justice conduit essentiellement à un engluement de cohérence : si aucun ménage législatif n’est opéré, le régime stagne, d’autant que la moindre erreur de planification pourrait détruire sa légitimité.

Ce diagnostic conduit le régime à organiser un appauvrissement généralisé au moyen du mensonge d’État. L’ensemble de la société se veut figé et la bureaucratie tente de tout contrôler pour maintenir l’état d’égalité et la légitimité des institutions. La rupture avec la réalité est consommée en 1978, lorsque l’empereur décède : le régime, si frileux au moindre élément non planifié, invente alors le mensonge d’État le plus improbable. Encore de nos jours, l’Empereur est supposé être en vie, dans l’attente du bon moment pour le révéler.

Dans les années 1980, le régime aborde les sciences nucléaires et y réussit. Cette réussite de l’organisation planificatrice donne un répit à la fureur et à la nervosité des magistrats, qui commencent à tolérer davantage de libertés au sein du régime. Cet événement conduit à une très forte seconde industrialisation, poussée par le nucléaire et par des latitudes planificatrices accrues. La bureaucratie se mue en technocratie en intégrant au régime des corps étrangers à la justice. Plusieurs syndicats de magistrats sont tolérés. La magistrature unifiée reste prédominante, mais la représentation industrielle se veut une force pragmatique, une façade qui soulage les élites intellectuelles du pays sans rien changer aux principes. La justice qui se veut politique demeura formelle et dans un procès contradictoire.

De nos jours, une forme de capitalisme d’État existe de fait, mais la propriété privée reste toujours très limitée. L’ensemble de la vie des Mesolvardiens est régi par des organes planificateurs où rien n’est laissé au hasard de l’existence. Les logements et les travaux sont affectés, et rien de la subsistance moyenne n’est payé sous forme marchande. Reste que le régime asservit sa propre population au profit de la mondialisation afin de maintenir son système au bénéfice d’acteurs étrangers, eux-mêmes capitalistes. Un paradoxe que la magistrature s’efforce de dissimuler : une égalité par le bas plus qu’une prospérité partagée.

Manipulation de la population

Comme tout nouvel entrant dans la société est avant tout un contestataire en devenir, l’essentiel du système politique vise à en faire des alliés. C’est pourquoi la société mesolvardienne est organisée selon des modes d’enseignement très portés vers les sciences dures, les techniques appliquées et le droit. L’objectif est de convaincre, par la force de l’enseignement et des symboles, que le consensus scientifique et celui du droit sont connexes au sein du pouvoir, et que seul le débat formel peut faire advenir la vérité.

Très influencé par les translaves et le scientisme, le système mesolvardien met beaucoup l’accent sur le rationnel en donnant voix à des interprétations très dirigées des débats. L’objectif est de montrer qu’un débat politique sans forme ni ordre conduit à des désaccords.

Cette pensée émane de la philosophe mesolvardienne Henriette Holtman, après son séjour en Translavya. Elle se fonde sur l’objectivation du conflit politique. En effet, si chaque argument peut avoir la même force par les mots, il n’en est pas de même pour la logique. De fait, un propos qui ne devrait pas recevoir le consensus se voit soutenu politiquement car il n’est pas soumis à un véritable contradictoire.

De fait, sans rationalité, les apparences font qu’aucune proposition ne peut être examinée à la lumière de faits exposables. En requérant un formalisme strict, des sources fiables et des méthodologies transparentes, le consensus averti peut être examiné et permettre de convenir des conclusions à adopter. De fait, seul le raisonnement formalisé et valide devrait avoir voix au chapitre politique. Il n’y a pas de raison que le fait politique échappe à un entendement logique, afin d’éviter tous les biais et tromperies qu’introduisent naturellement les plus avertis des logiciens.

En contraignant par la force des choses le débat contradictoire et l’examen des démonstrations de chacun, adviendra un consensus qui dépeint le réel. De fait, si la science propose la méthode, c’est à la justice de l’appliquer au fait politique. La politique doit proposer un raisonnement sur les grands principes d’un droit convenu comme non négociable et soutenir des conclusions examinées face à des adversaires.

De sorte seront évacués par le formalisme tous les vices des sociétés, comblées de persuasion infondée. Convenons que le matérialisme scientifique, par la méthode, est une œuvre de la raison uniquement. Abolissons la discorde pour la démonstration, fusse-t-elle idéologique et juridique.

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