Destinataire : Jamal al-Din al-Afaghani, Ministre des Affaires étrangères du Califat constitutionnel d'Azur
Objet : Au sujet de l'appel à une trêve globale
Excellence,
Nous vous prions de bien vouloir excuser le délai de notre réponse : il n'est nullement le reflet d'une hésitation de principe, mais procède de la nécessité, partagée et assumée, de consolider les termes de l'accord avec les autres composantes du front révolutionnaire gondolais. L'Armée Démocratique, pour sa part, a apposé sa signature à la déclaration dès sa réception. Il nous importait cependant que cette adhésion formelle s'accompagne d'une coordination réelle, afin d'éviter toute disjonction stratégique ou toute perception de désunion au sein des forces qui assument aujourd'hui la responsabilité politique du territoire libéré.
Cela dit, permettez-nous d'exprimer certaines réserves, que nous croyons légitimes, quant à la configuration générale de l'initiative portée par votre coalition. L'attention manifestée par plusieurs États signataires semble, à nos yeux, moins guidée par des impératifs humanitaires sincères que par des logiques de stabilisation régionale à visée néo-impérialiste. Nous ne faisons là que nommer, sans affect ni outrance, ce que les faits eux-mêmes suggèrent. Le rôle dévolu à des puissances telles que les Saint-Empires de Menkelt ou de Karty, aux régimes autoritaires d'Hotsaline, ou encore au Beylicat Aykhanide n'est pas sans susciter de profondes inquiétudes.
Si nous reconnaissons la présence, dans votre assemblée, d'États de droit authentiques, engagés dans la défense des principes démocratiques, leur influence demeure marginale dans un ensemble dominé par des préoccupations géopolitiques, énergétiques ou sécuritaires - bien éloignées de l'idéal de justice qui, seul, pourrait rendre crédible un processus de paix durable.
Mais que cela ne prête pas à confusion : nous ne faisons pas commerce de la vie de nos concitoyens : nous sommes ces concitoyens. Et s'il est vrai que la guerre tue, il est plus vrai encore que l'ordre ancien tuait en silence par la brutalité des inégalités qu'il entretenait. Depuis notre prise de responsabilité territoriale, des avancées concrètes ont été observées dans l'accès à l'eau potable, à l'éducation, au logement et au travail. Ce sont là des marqueurs tangibles, difficilement réfutables, qui devraient guider toute évaluation honnête de la situation.
Dans ce contexte, une suspension unilatérale des hostilités, en l'absence de garanties sérieuses, reviendrait à figer un rapport de force injuste, à offrir une respiration stratégique à un gouvernement que nous considérons, en conscience et en droit, comme illégitime - soutenu artificiellement, de surcroît, par une puissance coloniale, la Clovanie. Or, nous ne discernons à ce jour, de la part de nos adversaires, ni intention de dialogue, ni reconnaissance minimale des dynamiques prolétariennes en cours.
Nous demeurons néanmoins disposés à examiner toute proposition alternative qui respecterait l'inclusion pleine et entière des mouvements révolutionnaires dans leur diversité ; la reconnaissance de la souveraineté populaire gondolaise dans sa réalité présente, non comme fiction diplomatique ; et la mise en œuvre de garanties concrètes, susceptibles d'apaiser les légitimes appréhensions des comités civils et des cadres militaires.
Respectueusement,

Ekasé Assanda,
Commissaire provisoire aux Affaires Extérieures de l'Armée démocratique du Gondo