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Casse investigation - Page 8

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CARNAVALE MATIN
26/03/2019


Octave Jumentfleur gracié : la coup de billard à trois bandes politiques d'Améthyste Castelage


Octave Jumentfleur gracié : la coup de billard à trois bandes politiques d'Améthyste Castelage
Coup de théâtre dans le petit monde de la politique municipale carnavalaise : Améthyste Castelage vient officiellement de gracier Octave Jumentfleur, héroïque adjoint aux espaces verts, qui vivait en exil en Poetoscovie depuis maintenant plus de deux ans. Loin de n'être que symbolique, le retour d'Octave Jumentfleur inaugure une nouvelle séquence dans les intrigues internes de la Principauté, sur fond de rivalités internes redynamisées entre les grandes familles historiques de Carnavale.

On croyait leur rivalité mise de côté le temps de la guerre et on n'avait pas tort. Mais les derniers et retentissants succès des Laboratoires Dalyoha sur le champ de bataille, ravageant à eux seuls plus de la moitié des troupes de l'OND débarquées sur le sol carnavalais, contribue à éloigner la menace de l'OND et rend moins nécessaire l'union sacrée. La trêve tacite entre le clan Castelage et la maison Dalyoha vient-elle de s'éteindre avec le coup de maître des Laboratoires éponymes face à l'alliance morale ? C'est bien possible car si tous croyaient Améthyste Castelage en passe de triompher à Carnavale, en témoigne la part toujours grandissante de ses actifs dans l'économie de la Cité noire, au détriment proportionnel de ceux de la Dalyoha Compagnie, Blaise Dalyoha vient de montrer qu'il était encore loin d'être hors jeu et les équilibres menacent maintenant de se retourner en faveur de ce-dernier.

S'il y a de quoi se réjouir de voir l'OND défaite sur le champ de bataille, une nouvelle partie commence à présent au sein de la Cité noire. Elle oppose les deux grandes familles historiques de Carnavale, chacune au sommet de sa puissance. Améthyste Castelage, dont l'influence n'a cessé de grandir depuis la chute de la noblesse suicidée, voit son hégémonie à Carnavale disputée par le retour en gloire de la maison Dalyoha et de ses Laboratoires, qui viennent de faire la démonstration que leurs capacités militaires sont intactes. Craignant certainement de perdre du terrain face à son concurrent, Améthyste Castelage rappelle qui est la patronne à Carnavale en annulant le mandat d'arrêt émis à l'encontre d'Octave Jumentfleur et en l'amnistiant de tous ses crimes. La mesure est particulièrement symbolique au regard du profil du personnage.

Candidat à la mairie de Carnavale, Octave Jumentfleur est l'un des derniers membres en vie de l'ancienne municipalité, que le clan Castelage a fait arrêter dans le but de constituer des boucs émissaires à marchander si d'aventure Carnavale se retrouvait en difficulté militaire. Mais le temps où les Castelage préparaient leurs cartes pour satisfaire l'OND est loin désormais : "tout le monde s'en branle de ce que pense l'OND" confirme un conseiller militaire proche d'Améthyste. La principale menace, désormais, c'est Blaise Dalyoha. Or qui de mieux pour affronter les influents Jardins Botaniques que l'ancien adjoint aux espaces verts, héros de guerre à la popularité immense, dont la seule aura est capable de faire de l'ombre à celle que vient de s'offrir Blaise Dalyoha ?

En rappelant Octave Jumentfleur à Carnavale, Améthyste Castelage y met en concurrence deux figures politiques et militaires que tout oppose dans le cœur et l'esprit des Carnavalais. Qui du vieux général, héros du peuple face à l'avancée des Jardins Botaniques, ou du jeune noble qui vient de défaire à un contre dix la plus grande alliance militaire du monde, remportera le suffrage de la population ? Pour pousser son champion, Améthyste Castelage a laissé entendre qu'elle pourrait bien aller jusqu'à lui offrir la mairie, actant ainsi la fondation d'un nouvel axe politique à Carnavale, union du pouvoir économique et municipal. Alors que la Principauté existait décousue par l'équilibre de ses puissances internes depuis la mort d'Eugénie de Vale, le rêve d'Améthyste d'unir les Carnavalais derrière un État centralisé pourrait voir le jour avec le concours de Jumentfleur.

On aurait tort de ne voir chez ce-dernier qu'une ancienne gloire, un personnage désuet dans l'écosystème carnavalais et dont l'influence ne serait que symbolique. Car Octave Jumentfleur ne rentre pas à Carnavale les mains vides : auréolé de son exil, il est au cœur du réseau administratif de l'ancienne municipalité, notoirement inféodée aux intérêts du clan Obéron. Or s'ils se font discrets aujourd'hui, les millénaristes catholans et agents de feu la Sainte Pervenche n'ont pas disparus de la Cité noire. Le tortueux système d'influence mis en place tout au long du XXème siècle par le clan Obéron est encore vivace et ne demande qu'à prendre sa revanche, malgré sa décapitation. Pour tous ceux qui ont perdu beaucoup pendant l'Armageddon't et gravitaient autour de la noblesse suicidée, le retour en grâce d'Octave Jumentfleur est un signe politique extrêmement fort et bien compris. Quelques unes de leurs figures les plus influentes et médiatiques, tel Octobre Diabledhomme, PDG de l'entreprise Métal Hurlant spécialisée dans l'informatique militaire, ont d'ores et déjà salué vigoureusement le retour de leur héros national.

Mais Octave Jumentfleur acceptera-t-il de jouer le jeu d'Améthyste ? S'il a remercié officiellement la matriarche du clan Castelage pour sa grâce et a confirmé à la presse avoir prévu de rentrer à Carnavale dans les prochains jours, l'ex adjoint aux espaces verts est aussi connu pour sa pugnacité et n'en faire qu'à sa tête. Il n'est pas sûr qu'il pardonnera si aisément à Améthyste Castelage de l'avoir condamné pour contumace alors qu'il se trouvait en réunion secrète en Poetoscovie. Sa rancœur légitime prendra-t-elle le pas sur son combat historique face aux Jardins Botaniques ? Ou le général Jumentfleur reprendra-t-il sa croisade là où il l'a laissé en 2017 ? L'avenir nous le dire mais une chose est certaine, le retour d'Octave Jumentfleur à Carnavale n'est pas quelque chose à négliger pour la suite de notre aventure.


Un article signé Philippe Pine.

L'horticulture n'est pas une sous-culture : profitez du retour du printemps pour découvrir la pharmacopée Dalyoha

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CARNAVALE MATIN
06/05/2019


BonSecours : Xaviver Billancourt inaugure un nouveau programme de recherche sur la lobotomie appliquée


BonSecours : Hubertrand Billancourt inaugure un nouveau programme de recherche sur la lobotomie appliquée
Rationaliser l'esprit humain ou le laisser s'épanouir à son plein potentiel ? Ces deux doctrines que tout oppose sont celles, respectivement, de l'Empire du Dovolski et de la Principauté de Carnavale, chacune de ces deux nations s'étant engagé sur un chemin différent. Faut-il tenter de contrôler sa population au point de la réduire à un simple facteur d'une équation productiviste ? Ou au contraire la laisser en permanence grouiller dans un chaos incontrôlable, afin d'y prélever les éléments les plus prometteurs afin de les placer au service d'une cause supérieure ?

Ce sont deux stratégies d’ingénierie sociale qui se comprennent et se valent, même si leurs implications sur la société sont radicalement opposées. Ce n'est toutefois pas une raison pour se censurer et si la Principauté de Carnavale a fait le choix ambitieux de laisser grandir son peuple comme des bactéries dans une boîte de pétrie, les Laboratoires Dalyoha n'ont jamais caché leur intérêt pour l'art du lavage de cerveau, l'hypnose de masse et la création d'agents dormants conditionnés et prêts à s'éveiller au moment propice. Les besoins du Drovolski sont donc une aubaine pour les chercheurs des Laboratoires qui souhaitent faire carrière dans les sciences de l'esprit... et de son contrôle.

"Rationaliser l'esprit, c'est rationaliser le corps, car l'esprit domine la matière" déclare Xaviver Billancourt, chercheur des Laboratoires Dalyoha au Drovolski, qui vient d'obtenir l'ouverture d'un nouveau programme de recherche sur la lobotomie appliquée. "Jusqu'ici la lobotomie était principalement utilisée à des fins chirurgicales, afin de retirer des parties malades ou défectueuses du cerveau qui en menaçaient l'intégrité. On l'a également utilisé pour retourner des individus, modifier leurs souvenirs ou causer des lésions stratégiques. L'utilisation de lasers permet de séparer des liaisons neuronales stratégiques, c'est un champ de recherche d'une grande profondeur. Toutefois la lobotomie n'a jamais été utilisée à grande échelle en raison des coûts d'une opération et de sa complexité. Nous sommes heureux et fier d'inaugurer au Drovolski ce programme de recherche qui vise à démocratiser et massifier la lobotomie à l'échelle d'une population et pour un cout supportable."

Le défi est de taille et si rien n'est impossible lorsqu'on travaille avec des professionnels et du matériel de pointe, c'est une autre affaire de rendre une pratique médicale populaire pour des milliers voire des millions d'individus. "Certaines pratiques carnavalaises, comme la lobotomie chimique des condamnés, présente d'importants désagréments car elle détruit en partie les fonctions intellectuelles des sujets, ce qui réduit grandement leur efficacité au travail. Même un travailleur - ou une unité de production - sous-qualifié a besoin de comprendre des instructions et la monté en gamme des industries nous prouve que nous avons besoin de gens à la fois dociles et capables de réaliser des tâches précises et complexes sans se baver dessus."

L'enjeu est donc de trouver ce subtile équilibre entre rationalisation des coûts, suppression des variables humaines inutiles au travail voire au quotidien, tout en préservant des fonctions cognitives minimales afin de garantir d'une part l'autonomie des unités de production, mais également leur capacité à réaliser des tâches complexes et à demeurer polyvalentes face aux imprévus. "Nous devons penser à tout : imaginez qu'un incendie se déclenche dans une usine, il faut que l'unité de production ait le réflexe de sauver la marchandise, voire de se sauver elle même si c'est possible. La lobotomie chimique lorsqu'elle est pratiquée grossièrement tend à rendre les individus apathiques et perdus face à des situations qu'ils ne connaissent pas. Nous devons donc continuer de cartographier le cerveau afin de comprendre les zones supprimables et celles nécessaires au travail attendu, tout en développant des méthodes et des outils qui rendent ce procédé applicable à l'échelle d'une société."

Un travail titanesque et ambitieux mais qui, s'il aboutit, ouvrira de nouvelles perspectives en ingénierie sociale pour les sociétés qui feront le choix de la lobotomie de leur population. Les sociétés de castes, de classe, les aristocraties seront sans doutes intéressées par acquérir la technologie car il n'est pas nécessaire à tout le monde de conserver une population avec de l'individualité. Cette même individualité trop souvent facteur de troubles sociaux, d'initiatives malheureuses, de criminalité et d'une perte générale d'efficacité. "Si au lieu de vendre du shit dans la rue la jeunesse lobotomisée se rendait docilement à l'usine, imaginez les gains de productivité !" se réjouit Xaviver Billancourt. "Ce que nous perdrons en créativité humaine, nous le compenserons par une croissance bien supérieure. C'est un modèle de société intéressant et je suis heureux que l'Empire du Dovolski souhaite l'expérimenter sur son sol. Plus l'humanité testera de systèmes politiques différents, plus nous serons libres de choisir le plus efficace, ou celui qui nous convient le mieux."


Un article signé Philippe Pine.

Chimythologie : les Laboratoires Dalyoha publient une nouvelle version du roman national mettant davantage en avant la centralité des sciences dures dans l'histoire de la Principauté.

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CARNAVALE INTERNATIONALE
08/06/2019


Après un an et demi :
où en sont l'Azur et la Messalie ?


Un an et demi après : où en sont l'Azur et la Messalie ?


Il y a un an et demi, j'écrivais dans ces colonnes un article qui fit grand bruit : De l'étrange succès messaliote et du prévisible échec azuréen. J'y décrivais comment la république actionnariale de Messalie était parvenue à fédérer autour d'elle de nombreux acteurs internationaux, là où, par comparaisons, le Pacte Afaréen de Sécurité et les initiatives diplomatiques internationales azuréennes peinaient à aboutir à quelque chose de concret. Cet article s'inscrivait d'ailleurs dans la continuité d'un précédent, Il faut prendre au sérieux les critiques contre l'OND : ou le rejet de son projet, j'invite donc mes lecteurs à s'y reporter pour comprendre plus en détail le fond de ma pensée. Il est bon pour les journalistes politiques de parfois s'adonner à la prévision et d'ainsi soumettre leurs méthodes d'analyse à l'épreuve du réel. Nous avons désormais suffisamment de recul pour y voir un peu plus clair sur la situation de ces deux pays et vérifier si mes prévisions se sont avérées vraies, ou s'il me faut faire mon mea culpa.

Disons le tout de suite : je me suis à moitié trompé. Les projets azuréen ET messaliote s'avèrent finalement tous deux des échecs. Si à l'époque j'avais vanté le modèle de la république actionnariale, qui avait su, grâce à des règles politiques et économiques claires, rassurer et attirer à elle la communauté internationale, créant un dynamisme rarement observé auparavant, un an et demi plus tard, force est de constater que le projet semble au mieux grippé. Les actionnaires ne touchent plus leurs dividendes promises, la guerre civile menace sur fond de progression des mouvements populistes violents et de rejets de l'étranger. Dernier indice de cette malheureuse décrépitude : des entreprises par ailleurs florissantes et renommées comme la Dalyoha Compagnie semblent progressivement retirer leurs billes de la "perle de l'Espérance". Des médecins qui désertent, ce n'est jamais très bon signe et la fuite des cerveaux menace la Messalie, qui avait pourtant fait de les attirer le cœur de sa stratégie économique.

Les raisons des succès de la Messalie sont les mêmes que celles de son échec : règles claires, dynamisme économique, concurrence bienveillante et respect du droit, tous les éléments qui visaient à mettre en confiance les investisseurs étrangers ont tout simplement disparu. La réquisition arbitraire des usines culturelles messaliotes par l'Azur en Kabalie rouge n'aura fait grincer des dents qu'à leurs propriétaires. Dans cette affaire, le parquet s'est-il saisi ? Le tribunal du commerce dort-il ? L'Azur, en détournant au nez et à la barbe des actionnaires le fruit de leurs investissements, a surtout planté un clou dans le cercueil de la république actionnariale d'Eurysie. Car qui voudra investir son argent dans un pays qui peut le saisir à chaque instant et s'en servir dans le cadre de guerres étrangères, au profit d'un camp afaréen par ailleurs très controversé ? Imaginez investir en Gallouèse et découvrir que votre pécule finance l'invasion loduarienne de l'Antares ? Il y a de quoi refroidir...

Outre cette outrance, la Messalie s'est révélée être un mauvais payeur. Les promesses de dividendes semblent de l'histoire ancienne et c'est comme si tout le monde s'était résigné à s'être fait avoir. La "perle de l'Espérance", qu'on surnomme désormais "le ponzi de l'Espérance", en prend un sacré coup à son image et bien fou serait celui qui voudrait désormais y investir. La "hype", pour parler comme les jeunes, est retombée à mesure que les promesses étaient trahies les unes après les autres. Mais faut-il y voir la trahison des capitalistes messaliotes ? Ou simplement la conclusion tragique d'un système trop ambitieux pour être soutenable ? La Messalie n'a pas démérité d'avoir essayé de faire vivre un système actionnarial, mais elle a probablement eu les yeux plus gros que le ventre en faisant miroiter des dividendes insoutenables et un système de suivi de l'économie et de la politique intérieure quasiment en temps réel. La république actionnariale, malgré sa croissance rapide, reste un nain économique qui aura voulu concurrencer les grandes places boursières internationales sans peut être en avoir les épaules. Devenir un acteur majeur de l'économie mondiale demande du temps et des investissements importants, surtout, cela demande de la constance. La captation des capitaux et la confiance des actionnaires se forge dans la durée car on n'investit pas en espérant être rentable sous trois mois. Les rares grandes banques à succès que sont celles de l'Alguarena et de Carnavale ont d'ailleurs toutes deux fait le pari d'une croissance tranquille et méthodique, plutôt que de partir vite et de s’essouffler. En finance internationale, il vaut mieux courir le marathon que le sprint.

Voilà pour la Messalie. Cher lecteur, dresser ce bilan m'attriste autant que vous car c'est un compagnon de route du capitalisme qui s'effondre et, pour la Principauté de Carnavale, la perte d'un allié potentiel dans la région. Le joyau noir et "la perle" ont plus en commun qu'ils ne veulent se l'avouer, mais la résilience de l'économie de la Principauté s'appuie davantage sur le dynamisme de ses acteurs internes, fleurons et grandes entreprises nationales, et de son secteur de R&D, plutôt que sur la captation des capitaux étrangers, stratégie plus hasardeuse. La république actionnariale n'aura pas survécu à ses compromissions avec l'Azur, preuve qu'il faut toujours se méfier des Afaréens.

En parlant de l'Azur, quoi de neuf du côté du Califat ? Il y a un an et demi, je prédisais l'échec de sa politique internationale. Un an et demi plus tard, je ne m'étais pas trompé. Depuis trois ans, le Califat constitutionnel multiplie les initiatives diplomatiques pour imposer à l'Afarée un ordre régi par le droit et de grands traités internationaux. Comme toutes les initiatives de ce genre, elles sont un échec. L'analyse formulée dans mon dernier papier vaut toujours, les nations ne semblent pas prêtes à adhérer massivement à des structures politiques supra-nationales coercitives. Le seul contre-exemple connu, l'OND, est lui même en état de mort cérébrale. Blessée à Carnavale où elle a perdu des dizaines de milliers de soldats sans remporter aucune victoire réellement décisive passés les premiers jours du conflit, la collaboration stratégique tant vantée de l'OND n'a pas réussi à obtenir, en trois ans de guerre, autant que le Grand Kah en quelques missives diplomatiques. C'est que la force n'est pas très efficace face à un adversaire déterminé et en alliance comme en guerre, on ne peut rien faire si son ennemi ne décide pas un minimum de collaborer. Or avec leurs exigences maximalistes et leurs valeurs brandies comme des lignes rouge, l'OND à Carnavale et l'Azur en Kabalie rouge se heurtent au même obstacle : que faire quand l'ennemi ne cède ni au bluff, ni à l'intimidation diplomatique, et choisit de se battre ?

Carnavale, par sa résistance, aura peut-être réussi à briser l'une des plus grandes alliances du monde. Non par les armes, mais par une diplomatie habile, des complots méthodiques et surtout une détermination à toute épreuve. La Kabalie rouge pourrait bien réitérer l'exploit alors que la menace du PAS s'éloigne paradoxalement. L'Azur agit seule dans les mers de Leucytalée et d'Espérance, la grande coalition n'a pas eu lieu et les déclarations sur la Cramoisie s'avèrent, en définitive, des pétitions de principe. Interrogé sur ses actifs en Kabalie rouge et s'il ne craignait pas de se les voir saisis par la force des armes, le docteur Géminéon m'avait un jour répondu "les signatures, combien de bataillons ?" La réponse est sous nos yeux : zéro. A part le Churaynn et l'Azur, bien peu de pays semblent prêts à aller mourir en Kabalie rouge, y affronter les guerriers du désert, les armes chimiques et les soutiens des guérilleros internationaux qui ne laisseront pas le PAS devenir une puissance hégémonique en Afarée.

Car ce n'est pas par amour de la Kabalie rouge que Balsilek Ishak (son PDG-Protecteur, successeur de Printempérie) est parvenu à attirer autour de lui des nations d'importance. C'est la détestation du PAS, que je décrivais dans mon précédent article, la détestation de ses prétentions géopolitiques, de sa volonté de devenir un pôle militaire et diplomatique inféodé à l'Azur, qui fait que les autres acteurs de l'Afarée lui savonnent la planche. Althalj, Banairah, Fortuna, Grand Kah, et même le Finejouri à sa manière, autant de mastodontes afaréens qui ne jouent pas le jeu et réduisent le PAS à l'expression de ses membres les plus infréquentables : Antérie, Churaynn, Azur. La clique des théologies et des dictatures, empires coloniaux et génocidaires qui prétendent malgré tout imposer leur loi sur le continent. Ce trio infernal, qui réunit ce qu'il y a de pire en termes de régimes politiques, serait la pierre angulaire du droit international ? Personne n'y croit et c'est pour cette raison que la Kabalie rouge a de beaux jours devant elle. Les investisseurs ne s'y trompent pas : malgré le blocus azuréen, l'argent continue d'affluer et les projets se font par des moyens détournés. Si Balsilek joue bien son coup, la Kabalie pourrait même devenir un acteur central de l'Afarée de l'ouest, ce qui scellerait la mort du PAS et de ses prétentions.

Le PAS, comme les grands traités internationaux, sont des coquilles vides. Carnavale s'en est toujours tenue éloignée ou n'a jamais signé que ce qui ne lui coûtait rien. L'ordre du monde fondé sur le droit international est un vœux pieu. Pieu car il est inapplicable, pieu car nous nous y opposons de toutes nos forces. La diplomatie internationale, c'est malheureux pour ceux qui en attendaient davantage, se limite à l'action additionnée de chacun des membres qui y adhèrent, or les nations du monde n'ont pas le temps de faire vivre de telles architectures. Elles ont d'autres agendas et d'autres priorités. Ainsi les grandes alliances se limitent-elles à des traités de défense passifs, qui ne s'activent qu'en dernier recours et dissuadent surtout de s'y attaquer. Même ce modèle là, en vérité, touche à sa fin. L'échec de l'OND en Carnavale, dont les exigences maximalistes semblent plus que jamais s'éloigner, montre que l'accumulation de matériel ne suffit plus à remporter la victoire. Il faut diplomater, ce qui prend là encore du temps et mobilise des affects autrement plus complexes que l'adrénaline recherchée dans les victoires rapides et stupéfiantes.

L'Azur n'a pas à rougir de l'échec du PAS car le Liberalintern, l'ONC, la ligue de Velsna ou même l'OND sont, eux aussi, des échecs. Ce sont des traités zombis qui ne survivent pas au temps, alimentés parfois le temps d'une crise, pour retourner dans l'ombre ensuite. Carnavale a fait un autre choix : celui de la souveraineté et de l'indépendance. Elle n'a pas à demander de votes pour frapper où elle veut et quand elle veut. Elle n'a pas à rendre de comptes. Elle demeure imprévisible, brutale et flexible. En ne s'arrimant à aucune valeur autre que celle du succès et de la victoire, elle adapte son jeu en temps réel et fait feu de tout bois. Se fait-elle liquider sa noblesse qu'une bourgeoisie aux dents longues surgit des ombres prête à la remplacer. Perd-elle des kilomètres de territoire nationale qu'elle signe de nouveaux traités, des alliances et des compromissions avec tout ce qui peut nuire à l'occupant. La Principauté ne croit, en définitive, qu'en la victoire, c'est son unique principe. Cette solitude l'expose, ce qui explique que l'OND ait fondu sur elle quand elle en a eu l'occasion, mais elle nous offre également une grande liberté d'action et la Cité noire a toujours inspiré plus de crainte, de méfiance et de fascination, que n'en provoqueront jamais les grandes alliances et leurs règles rigides et prévisibles. Il y a bien longtemps que l'Alaguarena n'a fait trembler personne. Carnavale, elle, hante tous les esprits.

Je terminerai ce papier sur une réflexion personnelle. Une alliance ne vaut rarement plus que son dénominateur le plus puissant et actif. Ainsi, le Liberalintern peut se résumer au Grand Kah. L'ONC à l'Alguarena (c'est à dire à rien), l'OND à Sylva, le FCAN à l'Althalj, l'UICS à la Loduarie et le PAS à l'Azur. Ce sont ces nations qui sont à l'initiative des principaux engagements de leurs alliances. Faites les bouger, l'alliance bouge dans leur sillage. Si elles restent immobile, l'alliance ne bougera pas. Cela a pour conséquence qu'une alliance peut se résumer à la volonté de son membre leader. Ainsi, le Liberalintern est le Grand Kah, il serait idiot de prétendre le contraire. Dès lors, l'alliance pâtit de l'image de son leader et de son agendas. Je pense qu'une partie de l'échec du PAS à s'imposer en Afarée provient de ce que de nombreux pays qui ont des intérêts dans la région n'ont pas voulu laisser un outil potentiellement puissant entre les mains de l'Azur. L'Azur qui a dès le départ revendiqué une ligne décoloniale radicale a de quoi faire grincer des dents à tous ceux qui possèdent en Afarée des terres volées. C'est le cynisme des grandes alliances, l'ennemi de mon ennemi est mon ami et en s’aliénant les grandes puissances coloniales, l'Azur les a poussé dans les bras de la Kabalie rouge. Ne restent plus, pour soutenir le Califat, qu'une poignée d’État faillis afaréens, sans armées ni crédit. Le double-discours azuréen, qui condamne la Kabalie mais ferme les yeux sur le génocide commis par l'Antérie, son allié, n'aide également pas à rendre sa ligne géopolitique lisible et le constitue comme un acteur opportuniste qui provoque la méfiance chez les pays en quête de stabilité. Enfin, le PAS s'est constitué en concurrent du FCAN, provoquant l'ire de ce dernier qui a pu craindre, à un moment, de se faire éclipser. Les bons sentiments du Califat l'auront ainsi mené à sa perte car en défendant d'abord ce qui lui semblait juste, il a fini par en oublier que les nations défendent avant tout des intérêts. L'Azur s'est ainsi en partie retrouvée bloquée par le Finejouri, pays voisin de la Kabalie rouge et qui n'a donc aucune envie d'importer la guerre dans la région. Le Finejouri dispute aujourd'hui la place de leader au sein de l'organisation au Califat. Ainsi l'Azur se retrouve à agir seule, faute de pouvoir emporter derrière elle les nations de l'Afarée, secondée seulement par le Churaynn, pays plus encombrant que vraiment utile.

Peut-être faut-il que l'Azur meurt diplomatiquement pour que le PAS vive ? Ce sera notre conclusion. Affaire à suivre, on en rediscute dans un an et demi peut-être ?

Un éditorial signé Hyppolicare Épithète.

Élections municipales : plusieurs candidats appellent à faire barrage à l'acide, dont les infrastructures vieillissantes font craindre une catastrophe


Carnavale Internationale
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