26/03/2019
Octave Jumentfleur gracié : la coup de billard à trois bandes politiques d'Améthyste Castelage

Coup de théâtre dans le petit monde de la politique municipale carnavalaise : Améthyste Castelage vient officiellement de gracier Octave Jumentfleur, héroïque adjoint aux espaces verts, qui vivait en exil en Poetoscovie depuis maintenant plus de deux ans. Loin de n'être que symbolique, le retour d'Octave Jumentfleur inaugure une nouvelle séquence dans les intrigues internes de la Principauté, sur fond de rivalités internes redynamisées entre les grandes familles historiques de Carnavale.
On croyait leur rivalité mise de côté le temps de la guerre et on n'avait pas tort. Mais les derniers et retentissants succès des Laboratoires Dalyoha sur le champ de bataille, ravageant à eux seuls plus de la moitié des troupes de l'OND débarquées sur le sol carnavalais, contribue à éloigner la menace de l'OND et rend moins nécessaire l'union sacrée. La trêve tacite entre le clan Castelage et la maison Dalyoha vient-elle de s'éteindre avec le coup de maître des Laboratoires éponymes face à l'alliance morale ? C'est bien possible car si tous croyaient Améthyste Castelage en passe de triompher à Carnavale, en témoigne la part toujours grandissante de ses actifs dans l'économie de la Cité noire, au détriment proportionnel de ceux de la Dalyoha Compagnie, Blaise Dalyoha vient de montrer qu'il était encore loin d'être hors jeu et les équilibres menacent maintenant de se retourner en faveur de ce-dernier.
S'il y a de quoi se réjouir de voir l'OND défaite sur le champ de bataille, une nouvelle partie commence à présent au sein de la Cité noire. Elle oppose les deux grandes familles historiques de Carnavale, chacune au sommet de sa puissance. Améthyste Castelage, dont l'influence n'a cessé de grandir depuis la chute de la noblesse suicidée, voit son hégémonie à Carnavale disputée par le retour en gloire de la maison Dalyoha et de ses Laboratoires, qui viennent de faire la démonstration que leurs capacités militaires sont intactes. Craignant certainement de perdre du terrain face à son concurrent, Améthyste Castelage rappelle qui est la patronne à Carnavale en annulant le mandat d'arrêt émis à l'encontre d'Octave Jumentfleur et en l'amnistiant de tous ses crimes. La mesure est particulièrement symbolique au regard du profil du personnage.
Candidat à la mairie de Carnavale, Octave Jumentfleur est l'un des derniers membres en vie de l'ancienne municipalité, que le clan Castelage a fait arrêter dans le but de constituer des boucs émissaires à marchander si d'aventure Carnavale se retrouvait en difficulté militaire. Mais le temps où les Castelage préparaient leurs cartes pour satisfaire l'OND est loin désormais : "tout le monde s'en branle de ce que pense l'OND" confirme un conseiller militaire proche d'Améthyste. La principale menace, désormais, c'est Blaise Dalyoha. Or qui de mieux pour affronter les influents Jardins Botaniques que l'ancien adjoint aux espaces verts, héros de guerre à la popularité immense, dont la seule aura est capable de faire de l'ombre à celle que vient de s'offrir Blaise Dalyoha ?
En rappelant Octave Jumentfleur à Carnavale, Améthyste Castelage y met en concurrence deux figures politiques et militaires que tout oppose dans le cœur et l'esprit des Carnavalais. Qui du vieux général, héros du peuple face à l'avancée des Jardins Botaniques, ou du jeune noble qui vient de défaire à un contre dix la plus grande alliance militaire du monde, remportera le suffrage de la population ? Pour pousser son champion, Améthyste Castelage a laissé entendre qu'elle pourrait bien aller jusqu'à lui offrir la mairie, actant ainsi la fondation d'un nouvel axe politique à Carnavale, union du pouvoir économique et municipal. Alors que la Principauté existait décousue par l'équilibre de ses puissances internes depuis la mort d'Eugénie de Vale, le rêve d'Améthyste d'unir les Carnavalais derrière un État centralisé pourrait voir le jour avec le concours de Jumentfleur.
On aurait tort de ne voir chez ce-dernier qu'une ancienne gloire, un personnage désuet dans l'écosystème carnavalais et dont l'influence ne serait que symbolique. Car Octave Jumentfleur ne rentre pas à Carnavale les mains vides : auréolé de son exil, il est au cœur du réseau administratif de l'ancienne municipalité, notoirement inféodée aux intérêts du clan Obéron. Or s'ils se font discrets aujourd'hui, les millénaristes catholans et agents de feu la Sainte Pervenche n'ont pas disparus de la Cité noire. Le tortueux système d'influence mis en place tout au long du XXème siècle par le clan Obéron est encore vivace et ne demande qu'à prendre sa revanche, malgré sa décapitation. Pour tous ceux qui ont perdu beaucoup pendant l'Armageddon't et gravitaient autour de la noblesse suicidée, le retour en grâce d'Octave Jumentfleur est un signe politique extrêmement fort et bien compris. Quelques unes de leurs figures les plus influentes et médiatiques, tel Octobre Diabledhomme, PDG de l'entreprise Métal Hurlant spécialisée dans l'informatique militaire, ont d'ores et déjà salué vigoureusement le retour de leur héros national.
Mais Octave Jumentfleur acceptera-t-il de jouer le jeu d'Améthyste ? S'il a remercié officiellement la matriarche du clan Castelage pour sa grâce et a confirmé à la presse avoir prévu de rentrer à Carnavale dans les prochains jours, l'ex adjoint aux espaces verts est aussi connu pour sa pugnacité et n'en faire qu'à sa tête. Il n'est pas sûr qu'il pardonnera si aisément à Améthyste Castelage de l'avoir condamné pour contumace alors qu'il se trouvait en réunion secrète en Poetoscovie. Sa rancœur légitime prendra-t-elle le pas sur son combat historique face aux Jardins Botaniques ? Ou le général Jumentfleur reprendra-t-il sa croisade là où il l'a laissé en 2017 ? L'avenir nous le dire mais une chose est certaine, le retour d'Octave Jumentfleur à Carnavale n'est pas quelque chose à négliger pour la suite de notre aventure.