08/10/2020
05:13:36
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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 8

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[♠] Kaptënÿn tÿtar
Kapöli IV: Merën Särnat

Heykÿ Darlington

Heykÿ Darlington



Depuis le début de la guerre, loin des explosions et toujours dans leur petit appartement surdécoré, au rez-de-chaussée d'un immeuble, les fenêtres microscopiques et une odeur de feu de bois et de pin constante, Klarnä et Heykÿ avaient partagé une vie et des aventures.

Ex-amants il fut un temps, ces deux adultes s'étaient retrouvés à travailler ensemble malgré le fait qu'ils se chamaillaient toujours parfois sur les circonstances de leur séparation. Elle n'avait pas été si rude, hormis le simple fait que Heykÿ avait eu la très bonne idée de la tromper avec sa propre demie-sœur lors d'un voyage à des fins universitaires en Clovanie. Mais bon, à présent ces écueils appartenaient au passé, et les deux avaient bien d'avantage à régler que de passer du temps sur des discours aussi puérils.

D'autant plus qu'ils avaient passé la grande partie de leurs études supérieures côte à côte. Tous les deux étaient issus de la meilleure faculté journalistique de Henne, et c'est seulement grâce à Heykÿ que Klarnä avait su apprendre le français à l'oral un peu mieux, malgré le fait qu'elle l'écrivait parfaitement bien. Et ce talent s'est révélé être très utile lorsque la guerre touchait à ses débuts.

Originellement engagés pour garder un œil sur l'ex maire de Henne autrefois enlevé, faute d'endroit suffisamment inconnu pour pouvoir le dissimuler, ils avaient fini par le relâcher vers la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux après que le conflit s'était réellement enflammé, lui ayant offert au passage un accueil dont il admettra plus tard avoir apprécié malgré les circonstances. Mais leur réel rôle s'était cimenté dans ce pour quoi ils avaient étudié, très justement le journalisme.

Même avant que la guerre ne prit réellement la forme qu'elle a aujourd'hui, Klarnä écrivait déjà des pamphlets en tous genres, discours retranscrits, mémorandums divers sur l'état de la culture corvienne ainsi que de la propagande incitant les jeunes à se réassimiler leurs origines. Heykÿ, bien qu'il écrivait lui aussi, n'arrivait jamais tout à fait à la cheville de sa partenaire, tantôt en termes de qualité du récit, tantôt en termes de cadence. Il s'était trouvé mieux dans la relecture et tous les processus de publication et d'édition qui entouraient le travail de l'écrivaine. Et il fallait dire que du travail, il en avait à faire.

Klarnä n'écrivait pas sur un ordinateur. Ni à la main. Mais bien sur une machine à écrire vintage, d'une autre époque, et pourtant reluisantes de certaines parts et bien huilée d'autres. Malgré le caractère très original de l'outil, il était entretenu comme s'il venait utilisé pour la première fois à chaque nouvelle utilisation. Après tout, c'était sur cette pauvre machine qu'avait débuté l'un des volets les plus importants de la guerre, soit celle médiatique.

Il fallait dire que les lettres tapées comme cela donnaient un certain style aux écrits, et surtout une bonne lisibilité. Klarnä faisait très rarement des fautes de frappes malgré sa cadence encore une fois plus rapide que la norme, ce qui facilitait le travail de son partenaire de ce point de vu là, mais devoir ensuite numériser et imprimer ce qui aurait pu être un document texte déjà numérique rajoutait là où l'impeccabilité de la jeune femme retirait.

Mais tout de même, les deux avançaient bien. L'armée corvienne avait évidemment remarqué leurs progrès, et leur avaient fourni avec tout le matériel nécessaire pour augmenter leur production et pouvoir répandre les nouvelles plus facilement. C'est ainsi qu'ils firent connaissance de Avÿkÿ, leur correspondant avec le reste de la force opérative fédérale, et l'homme du milieu entre eux deux et Lÿsä Köwnatör qui leur passait parfois des requêtes. C'était un homme très poli, la cinquantaine environ, il était surtout très pragmatique dans son travail. Lui aussi semblait passionné par le journalisme, mais d'un point de vue purement performatif de ce qu'en déduisait les deux ex-universitaires. En tout cas, cela les soulageait beaucoup dans leur quotidien, et ils n'hésitaient pas à sortir ensemble de temps en temps, notamment pour assister aux conseils du Pieu Vert où ils étaient souvent les bienvenus. Après tout, c'était à eux qu'on devait la plume interne de Corvus.

Depuis quelques jours, le "département" journalistique était complètement en feu. Avec la surprenante nouvelle qu'une certaine sous-ethnie rattachée à Corvus avait pris en otage la base navale militaire de Gardevant, au sud-est du pays, tous les corvuns du nord cherchaient de manière désespérée à s'informer sur qui étaient ces potentiels héros, s'ils pouvaient retourner les cartes de la guerre civile qui les gardaient bloqués jusqu'à présent et surtout qu'en pensait la MIRA. Bien évidemment, dès que Lÿsä avait des informations à ce sujet, celles-ci étaient relayées. Mais en réalité, le journal semblait décrire bien plus que les personnes en savaient déjà, au point où l'état major lui même semblait s'y référer pour se renseigner. Comment l'écrivaine se procurait ces informations ? C'était justement la question que Heykÿ brûlait de lui poser depuis un moment à présent, à mesure qu'il continuait à lire des pages et des pages d'infos dont ils n'ont jamais formellement eu source.

Profitant d'une courte pause dans le travail acharné de sa camarade, le jeune homme toqua à la porte du bureau de la prodige avec un grand sourire et lâcha.

"Bon, alors ?"

La jeune femme se retourna, un léger sourire aux lèvres aussi, comme si elle l'attendait depuis longtemps. Son accent s'était grandement amélioré, au point où elle parlait français comme une vraie antarienne, à part pour quelques sonorités comme les K qui restaient plus durs. Ce n'était pas un vrai problème, cependant. Au contraire, cela donnait une touche unique à son discours. Sa voix, sa manière de parler, on pouvait la reconnaître parmi des milliers d'autres.

"Qu'il y a-t-il ?"

"Rien de spécial. Je voulais juste de poser une petite question de rien du tout."

"Mais encore ?"

"Oh, je sais pas. Le fait que même l'Etat Major corvun se renseigne sur nos articles. Au point où je me demande si tu vois l'avenir."

"Non, je ne vois pas l'avenir."

"Dommage en vrai, ça aurait été très cool."

Cette fois-ci, Klarnä se retourna complètement sur sa chaise de bureau, fixant l'homme dans les yeux. Sans changer d'expression, elle articula.

"Vööib-olla on aeg, et sa teaksid mööningaid asju minu päritolu kohta..."

Heykÿ fit une mine extrêmement confuse, comme si elle venait de parler une langue paumée du Nazum, s'attendant à ce qu'il comprenne. Cela ressemblait à du Corvun, mais prononcé par un ivrogne en fin de soirée.

"Hein ? Tu peux répéter ?"

Klarnä soupira, avant de rajouter.

"Il est peut être temps que tu saches deux ou trois choses sur mes origines..."

"Attends... Attends une seconde... Je rêve où c'était..."

"Dialecte Sud-Corvun. Si tu t'y connaissais, tu saurais que selon la manière que j'ai de prononcer le mot 'Vööib' vient typiquement de Gardevant."

"Je rêve ! Je te connais depuis cinq ans et tu n'as jamais pensé à me dire que tu venais de Gardevant ?!"

"Tu sais que je garde mes informations personnelles privées. Surtout après ce qui est arrivé à Lékibourg."

"C'est bon, je comprends... Bon... Donc pendant tout ce temps là, tu fais que parler d'une culture que tu connais déjà ?"

"Je peux faire mieux que parler. Je peux documenter moi-même."

"Pardon ?"

"Fais tes valises, on part à Gardevant."

Heykÿ se redressa d'un coup, mettant ses mains devant lui pour montrer le refus.

"Attends, tu plaisantes j'espère ?"

"Non."

"Comment tu comptes y aller à Gardevant sans qu'on se fasse fusiller ?"

"Lÿsä me doit beaucoup de services. Elle nous en doit à tous les deux. Je pense qu'il y a très bien moyen de passer par exemple par Karty, et revenir. On trouvera une solution, le temps ne presse pas."

"Comme ça, sur un coup de tête ?"

"Non, je comptais déjà te l'annoncer, j'ai déjà pris ma décision et elle est irrévocable. J'attendais juste que tu te rendes compte de la performance que j'étais en train de réaliser, et visiblement ça t'a pris du temps... À savoir si tu lis vraiment les articles que je te donne."

"Sympa, et moi qui voulait simplement pas déranger..."

"En tout cas, c'est une occasion en or pour nous. On peut partir et laisser Avykÿ ici s'occuper de l'appartement et le reste de nos affaires, on lui transmettra de quoi publier."

"Donc quoi, on deviens reporters de guerre ? C'est sympa comme vacances hivernales, ça."

"Non, pas exactement. Je veux dire, assurer une connexion stable entre les deux parties peut jouer en notre faveur en tant que groupe. Lÿsä m'a dit qu'ils parlent mal le corvun, une traductrice ne leur fera pas de mal."

"Ça alors... Désolé, mais ça fait beaucoup à digérer d'un coup."

"Et encore, tu n'as pas entendu la meilleure partie !"

"En tout cas, je t'ai rarement vu de si bonne humeur. C'est pas comme si on allait à la plage, si ?"

"Non. Si je veux aller à Gardevant, c'est pour retrouver quelqu'un qui m'est cher."

"Bah, je suppose que tu as de la famille là bas, si tu viens de là ?"

"En effet, il semble que je ne t'ai jamais présenté mon père."

Klarnä se mit à ranger son bureau, comme si elle n'attendait seulement que Heykÿ vienne lui poser cette question pour pouvoir débuter son remballage et partir pour sa ville natale, emportant avec elle la fameuse machine, toute la trousse pour la réparer et l'entretenir, du papier en quantité et d'autres papeteries à mélanger avec une multitude de vêtements qu'elle devait encore sortir de son armoire.

La voyant si tranquille, Heykÿ ne cherchait pas à freiner l'action. À vrai dire, il aimait bien être surpris de cette manière, surtout par Klarnä qui d'habitude était un peu plus routinière et prévisible. Il la regardait ranger ses affaires toujours avec ce sourire aux lèvres, regrettant amèrement le fait d'avoir trompé une femme comme elle. Elle était vraiment géniale, sans l'ombre d'un doute, peut être même un peu trop pour quelqu'un d'aussi simple que lui...

Haussant les épaules et se préparant à rejoindre ses quartiers pour faire sa valise et au passage prévenir Avÿkÿ, il posa une dernière question de curiosité.

"Et il fait quoi de beau ton père du coup ?"

"Oh, rien de très spécial. Il tenait une poissonnerie autrefois."

"Et maintenant ?"

"Et maintenant, il fait la une des journaux."

Elle finit de ranger quelques affaires dans un sac à dos avant de se retourner, fixant son partenaire, souriant davantage cette fois-ci, sourire mesquin comme à son habitude.

"Ah, c'est vrai, j'oubliais. Ça aussi je te l'ai jamais dit. Mon nom de famille, c'est Nëëkermän."

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
À Henne, dans l'effervescence journalistique que provoque la nouvelle de la prise de la base navale de Gardevant, Heykÿ s'interroge depuis un moment sur les sources mystérieusement précises de sa partenaire et ancienne compagne Klarnä, dont les articles semblent parfois devancer l'État-Major corvun lui-même. Elle avait tenu secrètes, pendant cinq ans, ses origines sud-corvunes, avant de les lui révéler ce soir-là et de lui annoncer une décision déjà arrêtée: partir pour Gardevant. Le motif se dévoile en dernier lieu. Elle y a un proche à retrouver, et un nom de famille jusque-là jamais partagé.
1801
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Holleux-la-Forêt
15 Décembre 2018

Alors qu'une partie importante des conscrits corvuns semblent se diriger vers le front de Henne pour stopper la nouvelle avancée antarienne, les forces républicaines tentent une nouvelle offensive cette fois visant le deuxième cœur du soulèvement corvun, nulle autre que la région de Robaltes. Tout comme à Henne, l'assaut mêle une grande partie de force mécanisée ainsi qu'une grande quantité d'infanterie sur pied pour espérer effectuer un contre-blitz face aux forces fédérales.

Du côté corvun, la zone est déjà très lourdement fortifiée et abrite sans que la MIRA ne le sache une grande partie de l'effectif de l'armée attendant les ordres pour partir à la conquête de Tableroi.

Deux forces importantes se retrouvent ainsi dans la petite ville de Holleux, dans la matinée du 15 septembre.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 15 Décembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1260 MORTS
411 Corvus / 849 MIRA


La MIRA sous-estime très largement la résistance corvienne, dépassant son propre régiment dans presque tous les aspects techniques, et se retrouve à devoir combattre un ennemi averti par la précédente attaque sur Henne en plus de cela.

En effet, Corvus s'attendait à voir Robaltes violée après le sort qu'il avait été réservé à la région de Henne, et ainsi des positions plus cimentés avaient été posés là où un bataillon se préparant à une offensive était de toutes façon déjà présente. Dès qu'ils apperçurent le convoi républicain, ils ouvrirent ainsi le feu sans discriminer, mettant à bon usage les appareils lourds des hommes du Capitaine Corvinal pour déjouer toute percée. Même au niveau de l'infanterie, des positions tenues par des postes de mitraillettes lourdes effectuant un tir croisé continuaient de faire grimper les victimes. Le seul facteur que n'avaient pas prévu les corvuns était l'artillerie antarienne, qui réussit à infliger des dégâts humains à la force jusque là inébranlée, mais ne suffit pas à percer.

Abattus, les antariens battent en retraite, surclassés dans cette tentative.


2245
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Sainte-Lunelle
15 Décembre 2018

Alors que plus au nord la MIRA lance son offensive sur Robaltes pour la reconquérir, un régiment entier décide de sécuriser du territoire à l'ouest de la région de Daxe pour multiplier les points de pression sur la ligne et créer un tampon pour contrer toute tentative de parage du blitz.

L'opération est censée être rapide, employer peu de moyens mécanisés et se concentrer sur les moyens aériens. Le pari des forces républicaines est que la petite mais performante aviation corvienne soit trop occupée sur le front de Robaltes pour se pencher véritablement sur une défense de Sainte-Lunelle.

Du côté corvun, Daxe est sur les nerfs depuis des mois à présent, étant la région ayant subi le plus de bombardements et tentatives de reprises diverses et variés de la MIRA. Les positions sont très fermes, bétonnées parfois, et des guet apens et obstacles jonchent la ville frontalière pour forcer les antariens à devoir saigner pour pouvoir récupérer le centre.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 15 Décembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

838 MORTS
205 Corvus / 633 MIRA


Contre toute attente, la MIRA arrive à percer dans la ville par des entrées non-conventionnelles avec l'utilisation d'engins de destruction de terrain comme des CEV et des Bulldozers blindés pour réussir à naviguer la ville très densément urbanisée de Sainte-Lunelle. Corvus hésite à résister, mais décide de commencer à battre en retraite pour cause des bombardements localisés des aéronefs antariens qui contribuent aussi aux dégâts et à la destruction des fortifications.

Cependant, l'aviation fédérale arrive bien plus tôt que personne n'avait prévu. Ayant prêté leur support à d'autres points d'offensive plus au nord et abattu toutes les cibles, leur viseur se tournait à présent vers les quatre chasseurs et deux bombardiers antariens qui semaient la terreur dans la ville jusqu'à maintenant.

Le trio corvun accompagné d'un avion d'attaque au sol fut très rapide à sécuriser les premiers avantages, réussissant à abattre un chasseur et un bombardier en quelques minutes de combat seulement. Le reste des pilotes antariens décidèrent immédiatement de voler en direction de leur base d'appui, abandonnant ainsi le champ de bataille et les troupes amies qui s'y trouvaient.

La maigre force au sol fut décimée par l'avion d'attaque au sol et les positions corviennes qui reprenaient leur efficacité sans menace aérienne, si bien que le régiment républicain fut obligé à déclarer forfait et suivre les aviateurs dans la voie de la retraite, couronnant Corvus victorieux.


1953
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Ruy-Tours
15 Décembre 2018

Suivant leur startégie de blitzkrieg pour espérer reconquérir la région de Robaltes, la MIRA lance aussi un assaut sur la petite commune unie de Ruy-Tours, avec tout autant de force d'infanterie, moins de force mécanisée mais compensant cela par une escadrille de trois chasseurs et un bombardier lourd pour aider les forces au sol.

Du côté corvun, la commune étant très éparpillée et au terrain boisé, on s'attend à une attaque majoritairement composée d'infanterie avec quelques véhicules faisant office de couvert. La défense de celle-ci est donc pensée autour de cela, avec moins de moyens anti véhicules mais un nombre très important de positions dissimulés de mitrailleuses lourdes couvrant chaque point de passage.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 15 Décembre 2018





Résultat :Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1376 MORTS
316 Corvus / 1060 MIRA


L'offensive s'avère être une catastrophe pour la MIRA, non pas pour sa stratégie au sol mais par l'effet de surprise créé par Corvus. En effet, l'infanterie avançait même plutôt bien sur la ligne, réussissant à infliger d'important dégâts aux positions dissimulés grâce à la large couverture de feu des largages du bombardier lourd.

Cependant, dès que les troupes corvinnes aperçurent les aéronefs et en informaient le commandement central, la riposte arriva dans la minute avec nul autre que le trio de l'aviation fédérale venant tout droit de Robaltes, et avec eux un avion d'attaque au sol.

Les trois chasseurs d'escorte au bombardier lourd furent abattus à une vitesse impressionnante par les pilotes corvuns, si bien que celui-ci restait complètement exposé se faisant neutraliser lui aussi en à peine quelques minutes de contre-attaque. Cependant, ce n'était que le précurseur de la catastrophe à venir. En effet, l'infanterie antarienne était à présent extrêmement exposée à la menace aérienne de l'avion d'attaque au sol qui infligea des pertes désastreuses au régiment, si bien que le nombre de morts explosa la borne des mille soldats pour le camp de la MIRA.

Essayant de battre en retraite sous ce feu infernal, ils furent finalement épargnés dans leur échappatoire puisque l'escadrille aérienne fédérale avait été appelée en support plus loin dans la région de Daxe.


13345
[♠] Tayvanräntan takäna
Kapöli IV: Merën Särnat

"Atchoum !" Sally Väytkä, 2019 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Atchoum !"
Sally Väytkä, 2019 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Qu'est-ce qu'il faisait froid putain, à Robaltes.

C'était la phrase qui passait sûrement par la tête de tous les membres de l'Etat Majors, commandants et autres membres des forces armées qui animaient la ville, déplaçaient du matériel et assistaient à des réunions, se déplaçant de bâtiment en bâtiment, cherchant la chaleur à tous les recoins et surtout un endroit assez sec pour ne pas y glisser.

En effet, alors que les fêtes de Noël approchaient, la neige n'avait pas arrêté de tomber sur toute la ville et la périphérie comprise, le verglas avait envahi les craquelures des pavées et les allées bétonnées, tous les mouvements internes avaient été haltés ou bien ralentis, et chaque décision devenait de plus en plus pénible à prendre. La météo, c'était certainement l'une des entités qui les dérangeaient le plus à présent, plus que les combats eux mêmes surtout après leur défense réussie de la région. Mais malheureusement, un ennemi dont ils ne pouvaient faire grand chose, à part utiliser leurs réserves de sel pour éviter que les axes majeurs ne se glacent pas. En d'autres termes, tout était plus gris, et plus lent.

Encore une fois, les fêtes de fin d'année ajoutaient un peu de joie à cette période si morose, et les conscrits n'allaient pas se démotiver pour si peu. Même si cet hiver était particulièrement rude, sûrement le bon Dieu cherchant à freiner le massacre fratricide de ses enfants, tout le monde gardait son poste et faisait son travail, redoublant d'envie de voir leur tour se terminer et déguster un bon cidre chaud robaltois en tout aussi bonne compagnie.

Ainsi, le conseil de la ville de Robaltes, censés garder le front solidement et orchestrer au passage l'offensive au nord prévue par Corvus dont l'attaque sur Tableroi bloquait encore les choses, désireux de pouvoir profiter des intempéries baissant aussi la vigilance de leur adversaires pour essayer de tirer quelques cordes, s'était réuni comme à son habitude autour d'une grande table avec à sa tête l'officier en charge de la ville. C'était l'un des seconds les plus importants sous les ordres de Nörä Köwnatör, et était un pilier logistique considérable pour les forces armées. C'est aussi à lui qu'on attribuait l'efficacité de l'artillerie fédérale et sa participation importante jusque là.

Mais aujourd'hui, la discussion portait sur un tout autre sujet, certes en rapport avec l'artillerie, mais dont personne ne s'attendait à parler.

Le capitaine, prenant place en face de ses aides de camps et autres officiers moins gradés ainsi que ses spécialistes, il débuta son discours.

"Bon. Bonjour à tous, citoyens de Corvus. Déjà, je vous remercie de vous êtres déplacés malgré le temps de merde qu'il fait dehors. Personnellement, je ne vois rien qu'on bon manteau ne puisse contrer, mais certains semblent être plus frileux que d'autres, ou bien ont oublié tous les hivers qu'on a transcouru ici par le passé. En tout cas, votre présence reste indispensable, et le fait que vous ne preniez pas cette évidence à la légère est quelque chose dont je dois absolument vous féliciter en premier lieu.

On va commencer par les rapports. Déjà, la logistique."


L'un des officiers les plus proches du capitaine se râcla la gorge avant de prendre la parole.

"Rien de spécial à déclarer. On a commencé à saler les routes, depuis le trafic est bien plus fluide. Les munitions partent et reviennent sans problème, la production est très stable. Pour l'organisation, les parties responsables des tours de rôles et des recrutement ont fait un très bon travail, on a réussi à insérer des milliers de nouveaux conscrits en un rien de temps. Tout est en ordre et tout marche très bien, il faudra juste penser à mettre à jour les cycles de change pour la vérification des relèves."

"Encore ces putain de cycles de change !"

"Ça fait un mois que je demande et ça continue à traîner. Personne veut faire ça, mais je compte m'en occuper dans le courant de la semaine."

"Hésitez pas à prendre l'aide dont vous avez besoin. Je ne plaisante pas, je veux que ce soit réglé."

"Oui mon capitaine."

"Bon... Sinon, comment est-ce que ça va niveau blindés ?"

Un autre officier prit la parole, cette fois-ci à une certaine distance du bout de table.

"On a eu quelques soucis au début pour harmoniser notre système avec celui des hommes du Capitaine Corvinal, mais nous y sommes parvenus au final. On ne gère plus grand chose à présent, il a pris la relève dans tout ce qui est blindés offensifs. Pour ce qui est du transport de troupes cependant, on gère encore."

"Vous avez réussi à vous entendre sur le plan pour l'invasion de Tableroi donc ?"

"Alors... Il y a eu des hauts et des bas, surtout qu'il a commencé à bouger des blindés sur la frontière pour aller aider des positions à Daxe voire même à Henne, mais il est en train de revenir sur sa décision et les recentraliser ici peu à peu. Après, les tankistes qui étaient pas dans son régiment de base n'étaient pas très contents, mais ça c'est un détail."

"On s'en fout, ils sont jamais contents les tankistes dès qu'on leur demande de se déplacer de toutes façons. Va pour ce qui est de Corvinal. J'aurai une discussion avec lui et Nörä à ce sujet."

"Oui mon capitaine."

"Et sinon, pour les troupes spécialisées ? Ceux censées aider les hommes de Vitriers ?"

Un troisième officier prit la parole.

"Ils sont en entraînement encore, l'instructeur dit qu'ils sont prêts à partir dès la semaine prochaine. On parle de quelques milliers de conscrits spécialistes qui devraient pouvoir combler une partie des pertes subies jusqu'ici."

"Ils vont en avoir besoin. Selon leur renseignement, les brigades de Blisonne commencent à bouger dans leur direction. Si on agit pas rapidement, ils vont se faire rouler dessus."

Le capitaine leva les yeux, cherchant parmi ses hommes, jusqu'à trouver le fameux Pare-Lances, assis là à la table des grands.

En effet, ses exploits passés lui avaient valu plusieurs promotions, mais avec l'expansion de Corvus et l'utilisation de systèmes plus modernes et électroniques, ses savoirs obsolètes étaient devenus moins utiles, alors que ses connaissances théoriques servaient toujours au cœurs de conseils comme celui-ci. Il travaillait à présent proche des opérateurs de batteries qui utilisaient les systèmes pour les micro corrections et le quadrillage des cibles. Après tout, si le capitaine avait eu du succès avec son artillerie, c'était aussi et surtout grâce à Pare-Lances.

Mais à présent, le capitaine avait d'autres plans pour le jeune homme.

"Justement, en parlant d'agir rapidement. Lances, si j'ai appelé cette réunion aujourd'hui c'est aussi pour vous."

Le spotter plissa des yeux, confus. Il était rarement autant au centre de l'attention pour ce qui concernait des sujets visiblement sensibles. Il travaillait normalement, suivait sa routine toujours et ne demandait pas beaucoup. Se voir demander au contraire une tâche était assez étonnant donc.

"Moi ? J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?"

"Non, pas du tout. Mais j'ai besoin de vous."

Le jeune homme essaya de réfléchir à quoi pouvait il bien faire référence. Encore une fois, il faisait tout ce qu'il savait faire et le faisait bien. Il voyait mal réussir à faire un autre travail, ou quelque chose d'autre de spécial.

"Besoin de moi ? C'est à dire ?"

"C'est à dire que vous partez pour Tableroi, mon cher Lances."

Cette fois-ci, Pare-Lances s'arrêta net. Tableroi ? Lui ?! Qu'allait-il faire chez l'ennemi, bon sang ?! Il balbutia quelques mots en guise de réponse, complètement incrédule à ce qu'il venait d'entendre.

"Tableroi ? Pardon, mon capitaine, mais... Je ne suis pas sûr de comprendre."

"Il n'y a rien de sorcier, Lances. On vous envoie en mission d'infiltration pour nous faire une cartographie des lieux à bombarder avec notre artillerie à mesure que nous avançons sur Tableroi, pour que nous puissions constamment recevoir du support et éviter de s'arrêter en cours de route pour reprendre notre souffle. Il faut faire comme Vitriers à Séralpine, et le seul moyen que nous avons nous de reproduire cette performance c'est envoyer quelqu'un comme vous directement derrière les lignes ennemies pour faire du travail de reconnaissance sans utiliser des outils électroniques."

"Mais, avec tout le respect, je ne suis point un espion !"

"Vous l'avez été alors que la ville était occupée. Vous avez su faire du travail clandestin sans problèmes, et donner des relevés papier impeccables."

"Mais Robaltes est ma ville, j'y ai grandis. Je ne connais pas Tableroi."

"Nous non plus. C'est pour cela qu'on vous y envoie sous couverture."

"Mais pourquoi moi ? Pourquoi un autre individu ? Je ne sais pas m'infiltrer, je ne sais même pas par où commencer !"

"Je ne me fais aucun soucis pour vous, Lances. Vous serez accompagné pendant une bonne partie de votre aventure, vous aurez un contact sur place. Tout ce que vous devrez faire, c'est vous faire passer pour un photographe de guerre et nous envoyer des coordonnées sur une ligne de trente kilomètres et au cœur de Tableroi."

"Je..."

Pare-Lances n'aimait vraiment pas les surprises. Il n'aimait pas être sorti de son confort, ou avoir de trop grandes responsabilités. Toute sa vie, il s'était considéré comme un petit engrenage dans une plus grosse machine. Il ne voulait pas être le protagoniste de quoi que ce soit.

Mais d'un autre côté, on avait besoin de lui. Il se souvenait encore de cette fois où on lui avait demandé de faire des relevés en urgence qui avaient permis au Général de Vitriers de rejoindre Robaltes et puis percer le siège à nouveau. C'était lui l'artificier de cette victoire. Il savait qu'il pouvait faire plus, mais il se restreignait.

L'officier remarquant sa détresse chercha de le rassurer.

"Lances. Vous croyez qu'on est tous nés officiers sur cette table ? Vous croyez qu'on a un talent inné pour le commandement ? On a rien de tout cela. On est des hommes avec de l'expérience, et avec l'envie de construire d'avantage. C'est le seul facteur qui nous différentie d'un autre conscrit. Nous n'étions pas ce que nous sommes. Nous le sommes devenus. Et si je vous donne cette mission à vous, c'est parce que vous aussi, vous pouvez devenir. Je savais très bien que vous auriez été réticent à l'idée. Mais malheureusement, je ne crois pas trop que nous ayons le choix si nous voulons réellement percer à Tableroi. Vous comprenez ?"

"Je comprends..."

"Donc, acceptez vous ?"

Pare-Lances prit une grande inspiration ainsi que son courage à deux mains et lâcha.

"J'accepte."

Et comme s'il ne s'était rien passé, le capitaine acquiesça et la réunion continua.

* * *

Pare-Lances faisait tranquillement ses valises et rangeait ses affaires pour pouvoir être déployé à tout moment, lorsque le centre de commandement était prêt à lancer l'opération. Il n'avait pas grand chose à son nom, des vêtements, carnets, quelques accessoires divers et variés et surtout ses paires de jumelles. On lui avait aussi donné une panoplie d'appareils et objectifs pour qu'il puisse réellement se faire passer pour un photographe auprès de possibles inspections de la MIRA. Tout était en ordre pour pouvoir partir.

Alors qu'il finissait d'organiser sa trousse de toilette, il entendit quelqu'un sonner à la porte de son petit appartement. Avait-on déjà pris la décision de l'envoyer, même pas quelques heures après la réunion ? Allait-il vraiment partir comme cela, alors que ce matin il se croyait passer une journée normale au travail ?

Il se dépêcha d'aller ouvrir, mais à sa grande surprise il se trouva nez à nez avec l'abbé de la cathédrale ainsi que les deux enfants, Romain et Capucine. Les trois avaient une moue triste, les deux enfants plus que le vieil homme, comme s'ils venaient d'apprendre une mauvaise nouvelle. Et dans l'état, c'était le cas.

"Mon père ! Qu'est-ce qui vous amène ici ?"

"Mon fils... Nous vennons d'être informé par votre centre de commandement que vous alliez être affecté à un travail d'infiltration sur Tableroi."

"Ah... Oui, je m'excuse... Dans la foulée, j'ai oublié de vous prévenir de cela..."

La petite Capucine intervint, toute triste de voir leur père adoptif devoir s'en aller.

"Donc... Vous partez mon capitaine ?"

"Ne t'en fais pas Capucine, je rentrerai bientôt."

Romain s'interposa lui aussi.

"Mais vous allez nous manquer, capitaine ! On ne peut pas travailler sans vous !"

"Allons les enfants, ne vous en faites pas. Je sais, c'est dur pour moi aussi, mais avec cela nous gagnerons la guerre."

"Tu nous promet que tu gagneras la guerre ?"

Pare-Lances était extrêmement touché par l'innocence de ces deux enfants. Durant ces derniers mois, il avait passé du temps avec ces orphelins, les avait amenés à des parcs et autres activités variés, et leur avait même proposé de l'aider dans son travail, ce qui à sa grande surprise avait été très bénéfique pour lui. Il leur devait beaucoup, notamment le fait de se désenchaîner de ce problème qu'il avait de ne pas supporter de trop grandes responsabilités. Il avait su devenir un père plus ou moins responsable, être présent socialement auprès des pratiquants de la cathédrale dont il avait su devenir un des leurs, et avait aussi passé du temps avec l'abbé. C'était grâce à ce trio si aujourd'hui il avait trouvé la force d'accepter de repousser ses limites encore une fois.

Il s'agenouilla et pris les deux enfants dans ses bras, les caressant et murmurant.

"Je vous le promet. Quand je rentrerai, je vous amène où vous voulez."

"Tu pourras nous rapporter des friandises ?"

"Ahah ! Si j'en trouve, d'accord. J'aurai bien voulu passer Noël avec vous, mais je vous garantis que j'aurai des cadeaux à mon retour."

"Nous aussi on vous fera un cadeau, Capitaine !"

"On verra ça..."

Ils restèrent là un long moment à se dire au revoir, les rassurer, parler de l'avenir. Réellement son cœur s'était attendri depuis le début de la guerre civile, il regrettait presque de ne jamais avoir voulu se marier malgré son jeune âge.

L'abbé aussi semblait tout chamboulé, il avait beaucoup apprécié son aide surtout avec son état de santé qui commençait à fléchir. Certes, il avait une petite communauté de fidèles à qui il faisait confiance. Mais l'histoire qu'il avait vécu avec cet héros de l'ombre était certainement unique.

"Nous nous retrouverons, mon fils. Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous, et que le Saint-Esprit vous guide durant cette période de l'avent jusqu'à Noël et à votre retour. Et puisse aussi Shaula vous accompagner au quotidien, perpétrant la miséricorde de Dieu."

Le jeune spotter lui serra la main, le remerciant pour sa bénédiction. Après quelques dernières salutations et quelques larmes coulées par la petite fille et le garçon, les trois firent leur retour vers la cathédrale tandis que Pare-Lances résuma son travail de mise en commun de ses affaires personnelles.

Ces proches qui l'avaient soutenu et l'avaient rendu plus fort le poussaient de manière assez paradoxale à accomplir plus. Ils allaient lui manquer, certes. Mais d'un autre côté, il savait pouvoir compter sur leur prières pour se donner le courage de faire d'avantage.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
À Robaltes, en plein hiver, le commandement de la ville charge Pare-Lances, vétéran discret de l'artillerie locale, d'infiltrer Tableroi sous couverture de photographe de guerre. Sa mission consiste à transmettre des coordonnées de tir sur une ligne de trente kilomètres, alors que le temps presse et que les brigades de Blisonne commencent à se rapprocher de ses positions de Séralpine. Peu enclin à ce rôle, Pare-Lances a fini par accepter. Il fait ensuite ses adieux aux deux orphelins, Capucine et Romain, et à l'abbé de la cathédrale, devenus au fil de la guerre sa famille de Robaltes.
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Département de la Presse Nationale Antarienne


Date de la Dépêche: 25 Décembre 2018
Pays Concerné: Antares
Code d'Identification DPNA: BN-65323



Dépêche du DPNA:

Respectant le profond héritage catholique du pays, le gouvernement antarien siégeant dans la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux a annoncé la mise en place d'une trêve de Noël, approuvée par les deux belligérants, durant du 23 Décembre à 23h59 au 26 Décembre à 00h01, englobant donc deux jours entiers de veille et de célébrations le jour J.

La grande majorité des soldats des deux camps, désireux d'observer ce jour saint en bonne compagnie et cherchant à oublier l'horreur de la Guerre des Ombres, ont été aperçus en train de traverser la ligne de front pour venir assister aux messes de parts et d'autres du pays scindé, jetant symboliquement leurs armes devant les églises avant d'y pénétrer pour un moment de recueil uni. Des grands dîners à ciel ouverts ont aussi été organisés, notamment dans la région Henne où des groupes de tankistes se sont réunis dans un champ pour échanger en tant que frères et oublier qu'ils étaient ennemis.

Ces gestes ont été salués de parts et d'autres, illustrant la conservation d'une humanité profonde qui continue à nous relier malgré les combats. Il rappelle aussi au public la vraie nature de cette confrontation, qui relève moins de la haine mais plutôt de la différence d'appartenance. Le Président du Conseil a notamment partagé le fait qu'un appel téléphonique conjoint avait été organisé entre lui-même et les chefs des deux groupes belligérants, montrant d'avantage un sentiment de fraternité.

Deux autres occasions ont été célébrés durant ces deux jours. Tout d'abord, les quatre mois de l'invasion Loduarienne, elle aussi mise en avant comme exemple d'unité antarienne plus profonde en dessous de la superficie de la guerre. Mais aussi l'essor économique important dont la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux serait la responsable, propulsant malgré l'instabilité régionale le pays parmi les vingt premières fortunes mondiales en dépassant le Talaristan et l'Empire Burujoa en termes de Produit Intérieur Brut. Cet exploit a notamment été mis en avant auprès des travailleurs de Roncevaux a qui est attribué le mérite de cet exploit là. La République Fédérale Kartienne avait elle aussi été félicitée publiquement pour avoir continué à maintenir l'ordre et l'organisation nécessaire dans la zone pour permettre un tel essor.

La Rédaction du DPNA souhaite par cette occasion souhaiter un Joyeux Noël à tout ses compatriotes, antariens ou corvuns, ainsi qu'on bon nouvel an à venir.


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[❀] Punaynën räya
Kapöli IV: Merën Särnat

Arthur Dabi

Arthur Dabi



Le lendemain de la trêve de Noël, le 26 Décembre, la vie avait repris son cours normal, comme si rien ne s'était vraiment passé durant ces jours là. Et pourtant, tout le monde avait célébré le jour saint en bonne compagnie, la classe politique comprise avec leurs familles respectives. Le Président du Conseil avec sa femme la sœur de celle-ci, les Malmaison ensemble comme à leur habitude, et le Président de la République avec sa famille à lui. Tout le monde était reparti dans son univers familial durant cette trêve, oubliant la politique, et surtout la guerre.

À présent cependant, il fallait retourner au travail, s'assurer que tout le monde allait bien et se préparer à célébrer le nouvel an. Que des tâches importantes, en fin de compte.

Le Président de la République était donc là, assis à son bureau, attendant de recevoir des rapports et dirigeant les siens. À sa grande surprise, beaucoup de personnes avaient profité de cette pause pour s'accorder quelques jours de congés en plus, histoire de faire durer la période de bonheur qui leur était rare. Mais après tout, un essor économique ne s'improvise pas, le travail allait leur retomber dessus tôt où tard. Cela faisant, une bonne partie de ses rendez-vous journaliers avaient été annulés ou reportés, y compris un déjeuner qu'il avait prévu avec le chef des opérations de sauveteurs-extracteurs faute de temps pour le caser autre part. À présent, il devait donc réfléchir à comment il allait se restaurer dans moins d'une heure pour faire en sortes qu'il continue son rythme.

C'est alors que le Président du Conseil entra dans son bureau, sans toquer. Une première pour l'individu, qui marqua Arthur Dabi au point où il était surpris par ce comportement, voire un peu inquiet.

"Bonjour Arthur, comment vas-tu ?"

"Très bien écoute, ça ne te ressemble pas par contre de rentrer comme cela sans toquer."

"Je suis de bonne humeur aujourd'hui, saches le."

"J'en connais un qui a passé de bonnes fêtes."

"Entre autres, oui. Pamela était elle aussi de très bonne humeur."

"C'est bien, je suis content."

"Et toi ? Comment va ta femme, et tes enfants ?"

"Ils se portent tous merveilleusement bien, mes enfants étaient très heureux de me voir pour une fois que je ne rentre pas tard."

"Tu ne comptes pas passer un peu plus de temps avec eux ?"

"J'aurai du temps plus tard."

"On dit toujours ça jusqu'à ce que ce ne soit trop tard, Arthur."

"Je sais, mais là c'est vrai. Quel genre de Président est-ce que je serais si je mettais quelque chose que je peux faire plus tard avec mes enfants devant les intérêts de vingt millions de réfugiés ?"

"Je comprends, mais en attendant, ils grandissent. On ne sais pas combien va durer cette guerre et ce qui va changer. Et selon ce que je vois, on est prêts pour passer un nouveau noël à Roncevaux l'an prochain."

"On verra... En tout cas, j'ai du travail."

"Hum, je ne crois pas."

"Pardon ?"

"J'ai appelé le chef de la division des sauveteurs-extracteurs, entre deux conversations il m'a glissé qu'il était censé déjeuner avec toi aujourd'hui dans un très joli restaurant. Il voulait annuler la réservation, mais je l'ai retenu."

"C'est une blague ?"

"Quoi ? Tu ne veux pas ? Je t'avais pourtant prévenu, je t'ai dit qu'on allait déjeuner un de ces quatre."

"Je..."

"Allez, soit pas timide. Je sais que t'as rien d'autre à faire."

"Si, je peux toujours faire quelque chose."

"Certes. Mais tu peux aussi oublier cela un instant. Tu fais déjà beaucoup."

"Et si ce n'était pas assez ?"

"Bah, on discutera de tout cela autour d'une assiette. Allez, on y va."

"Hein ? Maintenant ?"

"Bien sûr, je meurs de faim."

"C'est à dix minutes en voiture, il sera encore à peine midi quand on arrivera."

"Non, allez. On y va à pied."

"Luca, s'il te plaît, arrête avec tes conneries."

"Quoi, tu as peur qu'on te reconnaisse ?"

"Ce n'est pas ça, c'est..."

"Je sais. Je sais c'est quoi, je te taquine. À ça je te réponds, tu dois apprendre à ralentir la cadence et profiter un peu. Et un peu d'air frais, ça n'a jamais tué personne."

"Bon... Soit..."

Et ainsi, les deux bons amis se retrouvèrent presque une heure plus tard, attablés dans une brasserie très chic du centre ville de Roncevaux, en vitrine, vue sur une des esplanades les plus importantes du milieu urbain. Ils avaient fait un détour par divers quartiers à la demande de Luca, ce qui avait fait un peu broncher Arthur, mais il devait admettre que la petite promenade l'avait aidé à se détendre. À mesure qu'ils marchaient, son langage devenait plus familier, et son expression plus chaleureuse. Tous deux entrèrent enfin dans le restaurant le sourire au lèvres, riant d'une blague qu'ils avaient partagé plus tôt.

Attendant leurs plats sans grande impatience, les deux continuaient donc à échanger.

"Et donc tu vois, j'ai fait l'erreur un jour de toucher à l'un des yaourts préférés de Pam, je te dis même pas la scène qu'elle m'a fait quand elle l'a découvert !"

"J'y crois pas, elle est vraiment folle quand elle veut celle là !"

"Nan mais je te jure, des histoires comme ça j'en ai des milliers, c'est interminable."

Riant de bon cœur, Arthur recentra soudain la discussion sur eux deux, toujours le sourire aux lèvres.

"Bon, mais alors dis moi, qu'est-ce que tu penses faire après la Guerre des Ombres ?"

"Bah ! Tout sauf de la politique. J'aime bien écrire, je peux tenter ma chance à l'ALMA. Même si, avouons le, Clara me devancerait très facilement là dessus."

"C'est clair, j'attendais pas que tu me le dises."

"Après bon, elle m'a un peu influencé là dessus je vais pas te mentir."

"Mais nan, vraiment !"

"Nan alors, c'est pas ce que tu penses. Elle écrit déjà elle, tu le sais bien. Mais elle veut continuer à faire de la politique, il se trouve qu'elle aime ça."

"Et toi non ?"

"Plus maintenant, en tout cas. C'est bon, j'ai servi un mandant absolument interminable, je comprends qu'on me fasse confiance et je suis bon dans ce que je fais, mais faut pas abuser. La guerre c'est ce qu'il fallait pour m'achever."

"Allons, tu sais bien que ça ne sera pas toujours comme ça."

"En tout cas, ça sera pire. Et tu le sais bien. Que la MIRA ou Corvus gagne, on n'est pas sortis d'affaire."

"Je crois que tu te fais trop de soucis là dessus, en vrai."

"Ah, bah tiens ! C'est Arthur qui me parle de me faire du soucis ! On aura vraiment tout vu."

"Ahaha, mais admets que je n'ai pas tort !"

"Peut-être, peut-être. En tout cas, pas moyen de vérifier ça."

"Une bonne raison de faire son travail."

"Je sais pas si ça suffira, tu sais..."

"Allez, soit un peu positif, de toutes façons tu sais très bien qu'il n'y a aucun moyen que la MIRA gagne cette guerre."

Le Président du Conseil était presque choqué par cette déclaration soudaine. Comment se permettait il de dire cela alors qu'il était le plus neutre de toute la classe politique. Il prit une moue intriguée avant de répondre.

"Attends, comment ça ? C'est quoi ce bordel ?"

"Tu sais Luca, tu n'as pas été le seul qui a pris le temps de réfléchir à la guerre."

"Ah, donc tu vois que t'avais le temps !"

"Malgré moi. Ça fait maintenant un bon mois que j'arrive plus à trouver le sommeil."

"Après je veux dire, c'est normal avec tout le travail."

"Le travail était là avant aussi, et pourtant je dormais comme une pierre. Je ne sais pas pourquoi, y'a quelque chose qui me tracasse."

"Je te parie que c'est la culpabilité de pas m'avoir emmener déjeuner avant aujourd'hui."

"Peut-être, ahah."

"En tout cas, je dois dire que tu as très bon goût, c'est vraiment un endroit pas mal."

"Mhm, si tu le dis..."

"Mais oui, donc. Dis moi, c'est quoi ces histoires d'insomnie ?"

"Ecoute, pas grand chose. Mais du coup, quand j'arrive pas à dormir, je réfléchis."

"Tu réfléchis ?"

"Oui, figure toi."

"Au sport ?"

"Non, à des trucs sérieux Luca."

"Ah..."

"J'ai réfléchi à tout ce truc de la MIRA, de tout cela... Je suis pas convaincu."

"Tu m'étonnes."

"Non, pour le coup c'est différent. La MIRA fait tout proprement, c'est légal, et il font le travail qu'on leur a demandé, n'est-ce pas ?"

"Dans les faits oui, c'est vrai."

"Ils sont irréprochables. Oui, c'est des manipulateurs, mais ça c'est juste car on les connais personnellement. Il y a la moitié du pays qui croit en la MIRA, et qui même s'ils aiment Corvus, ils ont vécu des années dans un environnement où la MIRA les protégeait."

"Ouais, c'est vrai."

"Mais regarde, dans les mois avant la guerre. Soudain, la MIRA se met à faire de l'archéologie. Ils contactent des personnes qui ont travaillé sur Corvus et s'intéressent à des communautés en ligne qui parlent de ce folklore. Tu vois quelque chose ?"

"J'y vois surtout qu'ils préparaient un coup à l'avance et ont bien choisi leur cibles. C'est typique de la MIRA."

"Non ! Justement ! C'est là où tu te trompes. La MIRA n'avait aucune intention d'utiliser Corvus pour déclencher une guerre civile !"

"C'est toi qui le dis ça ou tu le sais ?"

"C'est une hypothèse, certes. Mais regarde, réfléchis y un instant. Tu te souviens ce qui est arrivé entre la MIRA et Thomas Alénan quelques semaines avant la guerre ?"

"Oui, ils avaient demandé à faire passer des mesures spéciales, et ils s'étaient embrouillés."

"Exactement, avec tout ce qui était arrivé en Loduarie ils ont dit qu'ils voulaient plus de libertés. Concrètement, ils voulaient in fine être rattachés à l'armée et pas être quelque chose d'indépendant."

"Oui, sauf que Alénan s'en est battu les couilles, il leur a bien dit d'aller se faire foutre."

"Non, il a pas dit ça. C'est ce que tout le monde croit. Il m'a glissé un appel, je m'en souviens encore mais je n'y avait pas prêté autant d'attention avant maintenant."

"Hein ?"

"En gros, Alénan avait peur de voir un conflit d'intérêt se produire dans la MIRA, surtout avec les derniers rapports à propos d'Electre."

"Je comprends pas..."

"C'est normal, parce que tout cela s'est produit exclusivement en un seul appel entre moi et lui."

Il s'avança sur la table, prenant une expression plus sérieuse.

"Alénan m'appelle un bon matin en me faisant le rapport habituel, il parle des nouveaux plans de l'armée, de la loduarie, bref. Sauf que là, il se met à me parler de la MIRA. Déjà, il dit qu'il est énervé parce que il a du taf, et malgré cela le haut conseil a le culot de venir lui parler d'un projet d'intégration de l'ordre. N'importe qui aurait dit oui, même moi. Le fait que la MIRA fasse partie de l'armée ça évite toutes les conneries qu'on a eu par le passé avec les manques de communications. Sauf que Alénan ce goat il dit non. Et à ton avis, pourquoi il dit non ?"

"Parce qu'il les voulait pas dans les parages ?"

"Exactement ! Très précisément parce que ces gens là sont un enfer à travailler avec. Ils n'ont aucune clairvoyance, gardent tout sous scellé, ça aurait amené plus de problèmes que de solutions. Mais tout de même, Alénan fait quelque chose d'intelligent. Il leur laisse le bénéfice du doute, mais en échange il veut faire une revue complète de l'ordre. Et là il commence à me raconter toute une histoire que j'écoutais qu'à moitié à l'époque, je vais être honnête. Moi aussi j'avais mieux à faire. Mais j'y ai repensé."

"Du coup ?"

"Du coup Alénan fait le check, et il commence direct en trouvant un truc suspect à propos d'Electre. Tu la connais Electre, elle est bizarre."

"Oui, enfin elle est schizophrène, extrovertie, soldat modèle, rien de plus."

"Oui, mais tu sais ce qu'il trouve ?"

"Quoi ?"

"Tu sais me dire combien de fois par an un agent de la MIRA fait un contrôle psychologique ?"

"Une fois par an de mémoire ?"

"Deux pour les hauts gradés. Donc Electre aurait du en faire huit. Elle en a fait quatre-vingt douze."

"Hein ?"

"Quatre-vingt douze, Luca. Quatre-vingt douze putain de contrôles psychologiques."

"Mais encore une fois, elle est schizophrène, en quoi c'est suspect ?"

"Elle prend des médicaments, il n'y a aucune raison de devoir aller chez le psychiatre une fois toutes les deux semaines. De toutes façons, ce n'est pas elle qui décide de si oui ou non elle doit faire un contrôle. À ton avis, c'est qui ?"

"Bah, l'Escoffier."

"Et L'Escoffier qui demande à Electre d'aller se faire contrôler par un psychiatre quatre-vingt douze fois, ça te paraît normal ?"

"Okay, c'est vrai que c'est bizarre. Mais l'Escoffier est très proche d'Electre de ce que je sais. Il voulait sûrement juste son bien."

"En tout cas, ça c'est le contexte. Maintenant, la partie importante. Celui qui accompagnait Alénan dans le rundown, à ton avis c'était l'Escoffier ? Non, c'était Mauser."

"Je connais pas très bien, de mémoire lui et Electre sont les deux seconds de l'Escoffier."

"Oui, exactement. Et bah c'est lui qui aide Alénan à tout passer en revue. Et les dossiers médicaux de Electre ne font absolument pas partie de ce qui est à revoir. Mais le mec en fait tout une histoire, au point où Alénan me dit qu'il comprend pas pourquoi il fait une fixette sur elle. Là je me dis, y'a un truc qui cloche avec Electre. Si ça se trouve, Mauser cherche à lui montrer qu'elle est infidèle, ou que c'est une taupe."

"Ça me surprendrai quand même pas mal si Electre était une taupe. À mon avis, Mauser voulait juste se débarrasser d'elle car il était jaloux si je devais deviner. Ces trucs là, ça arrive tout le temps dans la MIRA."

"Et figure toi que je pensais exactement la même chose. Sauf qu'en y repensant, je crois que c'est complètement l'inverse. Mauser cherchait à la protéger."

"Hein ? La protéger ? Mais de quoi ?"

"Alors, je t'explique. Ça, c'est l'appel. Alénan m'avait appelé en me disant tout ça. Tu sais ce qui arrive une semaine après cet appel ? Des documents de la MIRA fuitent et arrivent directement sur son bureau au centre de commandement de Roxbourg. Donc il va à Camille pour aller voire ça et lancer une enquête sur la MIRA. Et là, il disparaît, on a plus entendu parler de lui depuis le début de la guerre. Toi, est-ce que tu crois une seule seconde que l'une des unités les plus performantes au monde, l'élite de notre pays fait fuiter des documents comme ça, en les envoyant par accident dans le bureau du ministre des armées ?"

"Ils ont fait bien pire comme connerie, personnellement."

"Oui, mais là c'est d'une incompétence absolue. Si ils nous faisaient ça à nous avec un autre pays, je les aurai démarrés, t'es pas d'accord ?"

"Mais du coup, c'est quoi le rapport ?"

"Le rapport, c'est que Alénan m'envoie un message en me disant qu'il a trouvé des documents, et que c'est vraiment moche selon lui, qu'il compte lancer une enquête de grande envergure sur la MIRA. Et puis, on entend plus parler de lui. Il disparaît, et on le retrouve toujours pas. Donc, toi tu vois ça. Tu te dis quoi ?"

"Si je dois être honnête, ils ont cherché à faire un truc, ça n'a pas marché, et ils l'ont enlevé."

"Non, je te parle à propos du dossier."

"Ah... Je sais pas, mais c'est quand même bizarre, il aurait pas dû relever ça quand il a fait le rundown ?"

"Voilà, tu comprends putain ! Tout était impeccable il y a une semaine. Et puis tout à coup, on retrouve des dossiers qui parle d'un truc si moche que Thomas se rend à Roxbourg pour lancer une enquête contre la MIRA ?"

"Ça sent la douille."

"Non, ça sent pire. Moi je crois que c'est Mauser qui a fait exprès de faire fuiter les documents."

"T'es en train de me dire qu'il est en train de saboter la MIRA ?"

"Je sais pas. Probablement. Mais je crois surtout qu'il veut que lui et Electre soient immunisés. Il a passé tout le rundown a expliquer tous les alibis possibles de Electre, et lui a probablement fait fuiter les documents. Ça voudrait dire que quand Alénan verra ça, il va se dire que ça vient de plus haut. Que ça vient de l'Escoffier. Surtout que y'a deux autres thématiques. La première, c'est que la seule manière que Mauser pouvait faire le rundown à la place de l'Escoffier c'est si lui même lui avait demandé de le remplacer, visiblement il n'avait aucune raison de refuser. Le deuxième point, c'est que si ces documents étaient pas trouvés durant le rundown, ça veut dire qu'ils étaient soit nouveaux, soit fabriqués. Autrement dit, il a fabriqué quelque chose pour provoquer une enquête. Et si il l'a pas juste dit durant le rundown, c'est qu'il l'a utilisé pour pouvoir immuniser Electre."

"Attends..."

Luca était visiblement confus, mais commençait à comprendre. À mesure qu'il réfléchissait, ses yeux s'écarquillaient.

"... C'est vrai ça... Attends, mais c'est vrai, ça fait sens !"

"Et c'est pas fini, attends ! Alénan disparaît dès que l'enquête est lancée. Mis à part le fait que c'est incroyablement suspect, qu'est-ce qui arrive pile au moment où il disparaît ?"

"Je ne me souviens plus exactement..."

"Mais si, réfléchis bordel ! Le maire de Henne se fait kidnapper par Corvus ! T'en connais des mouvements culturels qui arrivent à passer la sécurité et le prendre en otage ?"

"Bah, le seul moyen qu'ils auraient eu c'était soit d'être surarmés, soit que la MIRA..."

Soudain, il eut un éclair de réalisation. Il s'arrêta net, bouche bée, les yeux complètement écarquillés. Consterné, il lâcha.

"...soit que la MIRA les ait laissés faire."

"Voilà putain ! Voilà ! T'as tout compris !"

"Attends, attends, pause une seconde, pause. T'es en train de me dire que Mauser a essayé de faire péter le truc, ça a foiré, et du coup seulement après coup ils ont utilisé Corvus comme bouc émissaire et comme distraction pour relancer l'opération ?"

"C'est ce que je crois. Mais il y a tellement que je dois vérifier encore..."

"Mais tu attendais maintenant pour me le dire ?!"

"C'est toute une grande hypothèse Luca, je n'étais sur de rien. Et vu que tu es parano, j'étais réticent. Mais hier j'y ai repensé une dernière fois, et j'ai compris un truc."

"Non, attends. Je croyais que tu étais neutre, comment ça se fait que d'un coup tu te retrouves contre la MIRA ?"

"C'est parce que c'est pas la MIRA qui tire les cordes, Luca. La MIRA, c'est un grand mot. Ce que je suis en train de te dire, c'est que le haut conseil est profondément divisé. La vraie raison du début de la guerre c'est l'échec de notre service le plus haut classé et le plus performant du pays. C'est pas la MIRA qui fait de la merde. C'est une partie de la MIRA."

"Ça explique toujours pas pourquoi tu me dis ça maintenant sur un coup de tête !"

"Je voulais t'appeler ce soir à vrai dire. Je suis assez content qu'on soit allés déjeuner pour en parler en personne."

"Putain, il faut absolument que je le dise à Clara."

"Ça ne sert à rien, Luca. Il y a autre chose."

"Ah bon ? En plus de tout ça ?"

"C'est justement pour cela que je t'ai dit au début que je croyais que la MIRA allait perdre selon moi."

Il se pencha sur le dossier de sa chaise et croisa les bras, avant de continuer.

"J'y ai pensé, Luca. À mon avis, c'est les divisons internes qui vont marquer la fin de l'ordre."

"Je n'arrive toujours pas à comprendre. Y'a un truc qui manque dans ton histoire. Tout ça c'est juste des hypothèses, elles marchent très bien ensemble, mais y'a rien de concret."

"C'est justement car j'ai omis un détail important. Je vais te poser une dernière question, on va voir si tu l'auras. Qu'est-ce que Mauser, l'Escoffier et Electre ont tous en commun ?"

"C'est des tarés ?"

Arthur se mit à rire.

"Pas exactement. Entre autres, oui. Mais la vérité, c'est que ces gens là sont..."

Soudain, la vitrine du restaurant directement adjacente à leur table vola en éclats, et une balle vit percuter le crâne du Président de la République avec un sifflement strident.

Luca Ravenne ne prit pas une seule seconde pour réfléchir et se jeta à terre, se collant contre le muret qui séparait le sol de la vitre alors que deux autres tirs successifs se firent entendre passant directement au dessus de lui et qui l'auraient touché aussi s'il n'avait pas réagi aussi rapidement.

Autour de lui, le chaos. On criait, on hurlait, tout le monde s'était couché au sol ou bien courrait dans tous les sens. Tous ces bruits, toute cette panique. Mais rien de cela n'avait de l'importance. Tout était sourd aux oreilles de Luca.

Alors que le Président du Conseil relevait lentement la tête, regardant devant lui, il vit couché à terre son ami de longue date et partenaire de travail, la boîte crânienne ouverte, et une flaque de sang qui ne cessait d'engloutir les dalles en céramique parsemées d'éclats de verre, inondant le lieu.

Ses mains tremblaient. Sa vision avait rougi. Il clignait des yeux, se frottait les orbites avec ses mains, convaincu de vivre un mauvais rêve.

Mais Arthur Dabi était là, gisant sans vie au sol, tué par balle.

Arthur Dabi était mort.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
À Roncevaux, Arthur Dabi tient enfin la promesse de déjeuner qu'il devait à Luca Ravenne. Rongé par une insomnie inexpliquée depuis un mois, le Président du Conseil lui confie une théorie mûrie en secret sur une fracture interne à la MIRA, remontant à la disparition de Thomas Alénan et à l'enlèvement du maire de Henne par Corvus. Il allait révéler ce que Mauser, l'Escoffier et Electre ont en commun lorsqu'un tireur a ouvert le feu depuis l'extérieur du restaurant. Arthur Dabi, Président de la République, est mort sous les yeux de Ravenne, sans avoir pu achever sa phrase.
10701
[❀] Kädumÿnen
Kapöli IV: Merën Särnat

"Et tu seras libre..." Sally Väytkä, 2020 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Et tu seras libre..."
Sally Väytkä, 2020 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



L'après midi suivant l'assassinat du Président de la République Arthur Dabi avait été un chaos absolu pour Luca Ravenne.

Durant la scène, il n'avait pas osé bouger pendant une trentaine de minutes, même après l'évacuation du lieu, même après la sécurisation du périmètre. Il avait vu les secouristes arriver et essayer de l'arracher de ce dessous de table, sans succès. Il avait observé avec un regard vide son ami se faire photographier par des enquêteurs avant d'être soulevé de son lieu de mort et emporté pour autopsie. Pendant ce temps, ses mains n'avaient pas arrêté de trembler non plus. Il était resté là, paralysé, comme si lui aussi avait été touché par cette même balle qui avait touché Arthur Dabi. Et en quelques sortes, c'était le cas.

Il ne pouvait pas réfléchir. Il ne pouvait tout simplement pas. Si bien que les secouriste ont dû l'hospitaliser pour choc traumatique important. Ce n'est que plusieurs heures après l'événement qu'il réussissait enfin à reprendre ses esprits, et c'est à ce moment là enfin que ses larmes commencèrent à tomber.

Décongelé et prenant conscience de ce qui était réellement arrivé, il pleura pendant des heures, entouré d'une part de personnel médical et de l'autre d'officiers de police cherchant à comprendre ce qui a bien pu se passer. Malgré tout, sa femme avait réussi à se frayer un chemin pour venir l'embrasser et le rassurer avec du contact physique.

Peu à peu, alors que le soleil se couchait sur Roncevaux, les battements de cœur du Président du Conseil s'apaisaient. Quelques autres de ses proches étaient venus de toute urgence le rassurer également, et il avait fini par outrepasser le chagrin pour se tourner lentement au contraire vers la rage.

Insistant auprès de tout son cortège, il avait fait étape au domicile du décédé pour venir prêter main forte à sa femme et ses deux enfants, complètement en état de choc. Là aussi, tout était fait pour offrir du contact humain à ceux qui en avaient besoin. Mais alors que tant d'autre continuaient à verser des larmes, Luca n'avait plus qu'une idée en tête. Retrouver le responsable.

Il avait dû s'emporter face à ses collègues pour obtenir leur aval et prendre la parole devant les antariens le soir même. Malgré le fait que Ella de Flandres, la porte-parole du gouvernement, avait proposé de le faire à sa place, il avait promis de pouvoir garder son calme et s'exprimer avec clarté. Tout le monde voulut s'y opposer, mais après tout, lui seul savait ce qui devait être dit réellement.

Ainsi, avant de passer devant les caméras du pays entier. Il ravala ses larmes et se présenta avec une expression sérieuse et déterminée.

Luca Ravenne, Président du Conseil a écrit :
"Antariens, antariennes. Corvuns, corviennes.

Ce midi, dans l'un des moments les plus ordinaires de la vie d'une personne, assis à une table de restaurant, une scène d'une impensable violence s'est déroulée sous mes yeux. Arthur Dabi, Président de la République d'Antares et Président de la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux, a été assassiné. Tué en face de moi, alors que nous conversions.

Je ne saurais par où commencer. C'est une nouvelle douloureuse, surprenante, qui n'avait aucun lieu d'être. Mais il faut bien que quelqu'un commence, alors je vais m'y employer.

Nous déjeunions. Rien de plus. Un déjeuner que je lui devais depuis un mois, qu'il avait failli annuler comme il annulait tout depuis le début de cette guerre, et que je l'ai contraint à honorer. Nous avons parlé de nos femmes, de ses enfants, de ce que nous ferions une fois la paix revenue.

Le Président avait dédié sa vie à faire de cette zone celle qu'elle est devenue. C'est à lui, et à lui seul, que nous devons tous les efforts accomplis dans cet aspect là : les couloirs humanitaires, les quinze millions de personnes mises à l'abri, les rues rendues aux piétons, les emplois temporaires, les unités d'extraction, la ville qui ne dort jamais. Il avait aussi su garder les deux belligérants à leur place et sanctionner les débordements des deux parts avec une autorité incontestée. Il l'a fait sans armée, sans frontière, sans autre pouvoir que celui de dire la vérité en public et de refuser de mentir. Il l'a fait en sachant parfaitement ce que cela lui coûterait un jour.

Mais à présent, il est mort.

Je vais être bref sur les faits, d'autant plus que la plupart d'entre vous cherchent ce soir des réponses plutôt que des questions supplémentaires.

Le responsable n'est pas identifié. À cette heure, l'enquête n'a permis de désigner ni un individu, ni un camp. Nous n'avons aucune idée de si le tireur était antarien, corvun, ou d'un tout autre groupe. Mais ce qui est certain, c'est que le geste a été réalisé par un professionnel: un tir unique, à distance, depuis l'extérieur de l'établissement, sur une cible qui n'avait pas annoncé sa présence. Cela suppose une préparation, un renseignement, une chaîne. Cela suppose des moyens que ni un déséquilibré ni un vengeur solitaire ne possède. Ainsi, nous avons toutes les raisons de croire que l'un des deux belligérants soit derrière ce geste.

J'ajoute un détail que je n'ai pas l'intention de dissimuler, parce que vous l'apprendrez de toute façon. Deux autres balles ont été tirées après la première. Elles m'étaient destinées. Elles m'ont manqué.

Je ne vous décrirai pas ce que cela fait. Je vous dirai seulement ceci: je suis en vie par accident, et j'entends bien me servir de cet accident.

Que l'on soit clairs, je ne suis pas ici pour pointer mon doigt. Pas encore. Je ne prononcerai aucun nom que je ne puisse prouver, car ce serait offrir au coupable exactement ce qu'il attend de moi: une accusation précipitée, une riposte mal dirigée, et un pays qui se déchire pendant qu'il s'éloigne tranquillement. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Mais que personne ne confonde ma prudence avec de l'hésitation.

Ainsi, par décret présidentiel pris ce soir même, j'ordonne l'enquête officielle et en profondeur des chaînes de commandement des deux parties.

Premièrement, une commission d'enquête est constituée dès cette nuit, présidée par un magistrat du siège, dotée de la plénitude des pouvoirs d'instruction et adossée aux forces de la République Fédérale Kartienne pour l'exécution matérielle de ses actes sur le territoire de la Zone.

Deuxièmement, la MIRA et Corvus disposent de soixante-douze heures pour remettre à cette commission, sans expurgation, l'intégralité de leurs journaux d'opérations, de leurs registres d'armement, ainsi que les affectations nominatives de tous leurs tireurs et de tous leurs agents ayant transité par la région de Roncevaux durant les trente derniers jours.

Troisièmement, tout refus, tout retard, toute pièce falsifiée, tout comportement suspect ou toute défaillance à l'autorité de ce décret sera immédiatement sanctionné par une riposte militaire.

Je ne demande pas votre coopération. Je l'exige.

Et je le dis sans gêne: quiconque sera trouvé coupable de cet assassinat sera visé par une perte de légitimité dans le cadre de la guerre, et donc exposé à une attaque armée en sanction. Il n'y aura ni négociation, ni compensation, ni arrangement de fin de conflit. Ce dossier ne se refermera pas avec la guerre. Il lui survivra.

Car ce geste, cet assassinat, c'est la plus haute forme de tricherie qui puisse être commise dans le contrat de guerre civile que nous avons établi. Vous vous êtes fait la guerre pendant des mois selon des règles que vous aviez vous-mêmes acceptées, et un arbitre veillait à ce qu'elles soient respectées. Abattre l'arbitre, ce n'est pas gagner la partie. C'est avouer qu'on ne pouvait pas la gagner autrement. Cet acte, c'est une déclaration de guerre envers le peuple antarien et envers le peu de neutralité qui subsiste désormais dans ce pays.

La guerre est emplie de personnes qui ont perdu leur vie en combattant. Des soldats, des conscrits, tous tombés parce qu'ils se sont battus. Ils avaient choisi, ou du moins savaient-ils ce qu'ils risquaient. Et puis, il y a les innocents. Innocents qui, jusqu'à présent, ont été si bien protégés par notre Président de la République que davantage de civils ont été tués durant la seule nuit de l'invasion loduarienne que durant toute la guerre civile. Retenez ce chiffre. Il n'est pas de moi, il n'est pas de la propagande d'un camp ou de l'autre: il est le bilan d'un seul homme, et c'est son épitaphe.

S'attaquer à l'artificier d'un tel bouclier, c'est s'attaquer directement aux innocents qui siègent en dessous. Ce n'est plus de la guerre civile. C'est un véritable crime de guerre. Et aucune demi-mesure ne sera prise contre les responsables.

Il y a quelques années, devant ce même micro, alors que je n'étais que Président du Conseil d'un pays encore entier, je vous ai demandé de méditer trois mots d'ancien antarien: si vis pacem, para bellum. Nous nous sommes préparés. La guerre est venue quand même, et pas celle que nous attendions. Ce soir, je vous en confie quatre autres, et ce seront les derniers que je vous demanderai de retenir de moi.

Fiat iustitia, ruat caelum.

Que justice soit faite, dût le ciel nous tomber dessus.

Je veux être compris sur ce point, et je ne le dirai qu'une fois, lentement. Je ne rechercherai aucun mandat. Je n'aurai pas d'autre programme, pas d'autre ambition, pas d'autre héritage. Tant que je serai en vie, ce dossier restera ouvert. Et s'il devait m'arriver quelque chose, il resterait ouvert quand même: j'ai pris ce soir les dispositions nécessaires pour que ce travail se poursuive sans moi, entre des mains qui ne dépendent d'aucun des deux camps. On ne peut pas tuer un décret. On ne peut pas assassiner une commission. Que ceux qui envisageraient de recommencer en tirent les conséquences qui s'imposent.

À celui qui a tiré, et surtout à celui qui s'y cache derrière, je n'ai qu'une chose à dire. Vous avez cru abattre un homme. Vous avez abattu la seule raison pour laquelle ce pays vous accordait encore le bénéfice du doute. Je ne sais pas votre nom. Vous savez le mien. Vous m'avez manqué deux fois; je n'ai pas l'intention de vous manquer.

Fiat iustitia, ruat caelum.

Il me reste une dernière annonce, et elle concerne la continuité de l'État.

L'article de succession de responsabilité indique qu'il me revient de porter la charge de Président de la République. Je l'assume à compter de cet instant, sans joie aucune, et je prête devant vous le serment de la rendre à un successeur élu dès que les circonstances le permettront. Le même article me désignerait également comme Président de la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux. Je refuse cette seconde charge, et je m'en explique.

Cette Zone abrite quinze millions de personnes. Elle exige un dirigeant présent, disponible et entièrement dévoué à leur sort, et non un homme qui passera ses nuits sur des registres d'opérations et ses journées à réclamer des comptes à des services de renseignement. Je ne peux pas faire les deux, et je refuse de faire mal l'un des deux. J'entends me pencher de toutes mes forces sur cette enquête et retrouver quiconque a pu commettre un acte aussi horrible. C'est pourquoi je lègue cette responsabilité à la seconde personne en file selon la constitution, et je désigne comme nouvelle Présidente de la Zone Humanitaire Indépendante de Roncevaux la Première ministre Pamela Roos.

Je remercie enfin la République Fédérale Kartienne, son excellence la gouverneure Angèle Orlovski et son état-major, qui ont l'un comme l'autre confirmé cette nuit que la sécurité de la Zone et l'intégrité du Gouvernement Légitime demeuraient garanties. Rien de ce qui a été promis aux réfugiés ne sera repris. Les couloirs restent ouverts, les extractions continuent, les aides sont maintenues. Le travail d'Arthur Dabi ne s'arrête pas ce soir. Ce serait la seule victoire réelle du tireur, et il ne l'aura pas.

Je vous invite à prier pour lui, pour sa famille, et pour tous ceux, antariens comme corviens, qui tombent en ce moment même sans que personne ne prononce leur nom à la télévision. Que Dieu, et Shaula, les gardent.

Ce soir, je ne vous souhaiterai pas la prospérité. Ce ne serait ni sincère, ni décent. Je vous souhaite la vérité, et je vous promets d'aller la chercher.

Merci à tous pour votre attention. Gloire à notre nation."


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
À Roncevaux, Luca Ravenne a passé l'après-midi prostré sous une table, puis hospitalisé pour choc traumatique, avant que le chagrin ne cède à la rage. Contre l'avis de tous, il a exigé de parler lui-même le soir même. Devant le pays, il assume la succession d'Arthur Dabi, refuse la présidence de la Zone Humanitaire au profit de Pamela Roos, et met en demeure la MIRA comme Corvus de livrer leurs chaînes de commandement sous soixante-douze heures, faute de quoi la riposte sera militaire. De la confidence interrompue de Dabi, il ne dit pas un mot.
6870
[ ♄ ] Künÿngatar
Kapöli IV: Merën Särnat

"Pas étonnant que tu n'arrives pas à dormir" Sally Väytkä, 2019 (Construction Photographique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Pas étonnant que tu n'arrives pas à dormir"
Sally Väytkä, 2019 (Construction Photographique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Je dois dire, Saturne. Tu es particulièrement coriace.

La jeune fille était assise comme à son habitude devant son ordinateur, les mains sur son clavier. En face d'elle, rien de bien spécial. Une interface, avec écrit en gras "Tu as perdu".

Encore une fois, elle avait perdu au Maropol face à Malice, et allait devoir encore une fois attendre des semaines interminables avant de pouvoir repasser à l'attaque de Corvus qu'elle avait pris soin de commencer à revoir et mettre à jour pour qu'elle soit encore plus assassine le jour où elle tombera. Mais en attendant, elle allait devoir battre son "ami".

Mais cette fois, quelque chose était différent. Saturne avait changé depuis les quelques semaines où elle avait passé son temps à étendre son réseau, engager des mercenaires, construire plus de drones.

Et à présent, elle savait exactement comment faire.

Contrairement aux quelques autres fois où elle avait évidemment perdu, où elle s'était emportée au point de casser l'un de ses monitors, arracher un câble HDMI et manqué de percuter l'un de ses serveurs, à présent, elle demeurait calme. Elle avait perdu pire que d'autres fois cette fois-ci, mais pour autant ne se voyait pas alarmée de sa régression. Au contraire. Cette fois, elle avait décidé d'apprendre. D'apprendre mieux.

Comme à son habitude, elle devait assister maintenant à une conversation avec Malice et répondre à des questions personnelles. Elle ne pouvait pas dire qu'elle n'appréciait pas de pouvoir parler avec quelqu'un, mais elle trouvait cela tellement inutile.

Et pourtant, cette fois-ci, Malice semblait plus sympathique. C'était presque faux. Presque factice.

Il semblait faire exprès de faire des erreurs durant la partie, et donnait des conseils, ce qui était assez anormal. Saturne n'aimait pas la sympathie qu'il présentait soudain.

Tapant rapidement sur son clavier, elle répondit à l'affirmation de son interlocuteur.

Je suis juste déterminée.

Il en faut pour essayer de me battre autant de fois, je croyais que tu allais abandonner.

Je n'abandonnerais pas. Si j'abandonne, je continuerais à me faire hanter par Corvus. Je combat pour ma propre liberté.

C'est quand même curieux, non ?

Qu'est-ce qu'il l'est ?

Cette histoire de malédiction.

Il n'y a rien de curieux. Corvus me déteste car je les déteste aussi.

Je comprends... Mais ne crois-tu pas qu'il y a une autre solution dans tout cela ?

Il n'y a pas d'autre solution. Quoi, tu essayes de me dissuader d'attaquer Corvus ?

Non, je dis simplement que je peux t'aider.

Je n'ai pas besoin d'aide, tu le sais.

Et pourtant, tu continues à vouloir parler avec moi ?

Saturne s'arrêta. Elle serra ses dents en faisant une grimace, mécontente de ce qu'elle venait de lire. Sa vie se résumait donc à cela ? Un espèce de jeu de psychiatrie qu'elle devait subir ?

J'ai pitié pour toi. Tu crois que tu peux simplement me comprendre, et comprendre ma souffrance ?

Si je te disais que je comprenais, tu ne me croirais pas.

En effet, je ne te crois pas.

Et pourtant, figure toi que c'est le cas. Tu sais Saturne, je crois simplement que tu as besoin de quelqu'un qui s'inquiète pour toi. C'est mon cas.

Saturne tapa son bureau avec son poing. Elle n'en revenait pas. Tout ce qu'elle ne voulait pas entendre de quelqu'un avec qui elle conversait depuis un semestre. Elle se sentait trahie, comme si elle avait fait confiance à la mauvaise personne.

Tu fais erreur. Je saurais trouver des personnes qui me sont chères si je le veux. Mais je n'en veux pas. Je suis la seule responsable de ma situation et je serai la seule à construire mon échappatoire. Mon destin est entre mes mains, pas celles de quiconque. Je ne regrette pas de m'être maudite, malgré toute l'injustice que j'ai souffert, malgré les personnes qui m'ont arrêté. Au final, on cherche tous quelque chose qui finira par nous avantager. Et montre moi une seule personne qui ne serait pas prête à faire de même. Comme tu l'as dit, tu étais étonné du fait que je n'abandonne point. C'est ça, la différence entre moi et quelqu'un d'autre. Je n'attends rien. Je deviens. Et si tu penses une seule seconde que je m'arrêterai dans ma course pour t'écouter dire ces conneries, tu fais erreur.

Et d'un geste de souris, elle ferma la page et son ordinateur avec.

Elle resta là, devant un écran éteint, le reflet de son visage en transparence.

C'était fini si rapidement. D'habitude, ils auraient parlé pendant au moins une demie heure. Mais cette fois-ci, Malice semblait vouloir quelque chose.

"Pourquoi... Pourquoi me fais-tu cela ?"

Devant l'écran, aucune réponse. Elle avait l'impression jusque là de pouvoir lui faire confiance. Elle lui avait confessé plus que quiconque. Et à présent, il se mettait à jouer les salvateurs.

Il fallait se rendre à l'évidence après tout. Malice n'était qu'un obstacle technique. Et elle savait à présent exactement comment le battre.

Depuis sa poche, elle sortit une clé USB, ralluma son ordinateur et la brancha sur un port latéral. Une myriade de fenêtres s'ouvrirent en même temps, avec des dizaines de grilles de Maropol dessus. Elle avait recensé toutes les parties qu'elle avait joué contre Malice, contre l'ordinateur en difficulté la plus élevée, les parties les plus connues des divers tournois ainsi que des stratégies complexe. Elle avait réalisé une bibliothèque entière et essayé tout ce qu'elle pouvait face au style de jeu de son adversaire. Ce soir là, elle comptait le ramollir. Et en soi, elle avait réussi.

Devant son interface, le sourire aux lèvres, elle émit un gloussement qui se transforma lentement en rire. Saturne se pencha sur le côté pour attraper son masque, et d'un coup de main elle l'enfila sur son visage. Des milliers d'anneaux à l'effigie de son pseudonyme, et un œil au centre, omniscient.

Elle avait infiltré toutes les strates de Corvus. Elle était prête à frapper lorsque le moment allait se présenter. À présent, plus que la MIRA, Saturne était la plus grande menace qui trônait sur les révolutionnaires.

* * *

Cette nuit là, comme elle se voyait arriver tous les soirs à peu près, elle se réveilla dans son lit, immobile.

Elle était comme toutes les fois incapable de bouger, incapable de faire autre chose que de regarder, et de hurler.

Mais ce soir là, elle ne hurla point.

Devant elle, au fond de la salle, une créature rouge fit son apparition. Le Cierge Dévoreur, prêt à lui infliger l'une des pires souffrances, prêt à la châtier pour ses péchés. Elle aurait dû crier à l'aide, voire pleurer.

Mais ce soir là, elle ne pleura point.

À mesure que la créature approchait, Saturne se mit à rire. D'abord un rire normal, puis un rire de plus en plus hystérique. Le Cierge se jeta sur elle, débutant son supplice, rognant les membres de la jeune fille de ses incisives acérées. Et pourtant, elle continuait à rire. Encore, et toujours plus fort.

Alors qu'elle était sur le point de succomber, entre deux ricanements stridents, elle lâcha.

"Punissez moi, je n'en ai plus rien à branler !! J'ai déjà tout perdu !! Je tomberai, mais vous tomberez avec moi !!"

Et sans attendre autre chose de sa part, le monstre lui arracha la tête d'un coup de gueule, coupant son hystérie dans sa course.

Cette nuit là, la Saturne qui croyait encore en l'humanité était morte. Une nouvelle Saturne était née à la place, une matriarche, une qui était prête à subir les pires tortures imaginables pour exterminer une ethnie entière.

Et elle était à une partie de Maropol de voir cette apocalypse s'accomplir.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Après une nouvelle défaite au jeu de stratégie Maropol contre Malice, Saturne, qui a désormais infiltré toutes les strates de Corvus, a gardé pour la première fois son calme habituel. Malice, plus conciliant qu'à l'accoutumée, lui a proposé son aide et s'est inquiété pour elle, ce qu'elle a rejeté avec colère avant de rompre la conversation. Cette nuit-là, son cauchemar récurrent du Cierge Dévoreur tourne autrement: elle n'y pleure ni ne supplie, elle rit, jusqu'à y laisser une part d'elle-même. À son réveil, une nouvelle Saturne, prête à tout pour anéantir Corvus, n'est plus qu'à une victoire de Maropol.
1944
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Amatricienne
1 Janvier 2019

Au tournant du nouvel an 2019, alors que les troupes commencent déjà à oublier la période de fêtes, la MIRA décide de continuer à pousser le bouchon de son offensive dans la région de Henne, décidant de diviser l'attaque en trois piliers ou axes majeurs.

L'un de ces axes, celui le plus à l'est longeant la frontière gallèsante rencontre le premier bouclier fédéral dans le village de Amatricienne, à l'époque très prisé pour sa culture de vin blanc, à présent une position défensive stratégique pour Corvus.

Celle-ci peut compter sur la large exploitation de vignoble, créant une barrière importante pour stopper quelconque avancée sur pied comme en véhicule. Des barbelés et autres explosifs à fil improvisés sont aussi dissimulés entre les vignes, pour créer une véritable forteresse naturelle autour du village.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 1 Janvier 2019





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1268 MORTS
498 Corvus / 770 MIRA


L'offensive qui devait durer quelques heures se transforme en véritable guerre d'attrition alors que la MIRA se rend rapidement compte de la complexité du terrain dans lequel elle doit évoluer. Ne voulant pas forcer et réduire le nombre de pertes qu'elle avait déjà commencé à accumuler, elle décide de compter sur ses chars et son artillerie pour livrer du feu indirect sur les palissades de la ville tandis que des commandos de désamorçage creusent discrètement un couloir entre les vignes.

Corvus vient rapidement à manquer de munitions, et alors que les forces républicaines encerclent lentement la petite colline sur laquelle est situé le village, ils décident enfin de se replier et d'abandonner le point à l'ARA.

Cependant, la discrétion inédite du repli précoce parvient à tromper l'adversaire, croyant toujours devoir être prudent et continuant à tirer sur un objectif vide pendant une heure au moins après le départ de la dernière unité corvienne. Ce n'est que quand les commandos pénètrent dans la ville qu'ils se rendent compte que le lieu a été déserté.

Ainsi, malgré les pertes importante et les munitions tirées en superflu, l'armée antarienne parvient à sécuriser un nouvel échelon de la défense corvienne dans la région de Henne.


1766
⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Marion
2 Janvier 2019

Cherchant à pousser davantage sur la ligne défensive de Corvus, la MIRA lance à l'aube du 2 Janvier 2019 une offensive mécanisée importante dans la prairie de Marion, au large de la commune portant le même nom. Le déplacement était censé prendre les forces de la ville par surprise avant que l'artillerie ne s'organise, rejoignant ainsi de l'espace couvert avant de subir des pertes.

Du côté corvun, contrairement aux estimations de la MIRA elle ne possédait pas de pièce d'artillerie dans la commune, mais tenait d'importantes positions de fusils sans recul pour couvrir la superficie de la prairie. À court aussi de mitraillettes, elle mise sur la nature mécanisée de la vague qui l'attend pour pouvoir intercepter et repousser l'envahisseur.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 2 Janvier 2019





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1352 MORTS
893 Corvus / 459 MIRA


L'assaut débute très bien pour Corvus, qui surprend les forces de la MIRA avec du feu directement pointé sur les effectifs blindés, les forçant à perdre une quantité importante de véhicules avant d'atteindre la ville.

Cependant, les rechargements longs et une sérénité trop installée dans les rangs des forces fédérales permet aux antariens de se rattraper et de surprendre à leur tour leurs adversaires à l'intérieur de la commune de Marion. Ne pouvant relocaliser leurs positions à temps, les Corvuns sont violemment repoussés à l'extérieur de la ville, subissant des pertes catastrophiques en un temps record, perdant le contrôle face à l'ARA.

L'escadrille aérienne des forces corviennes avait tout de même répondu présent, tentant d'offrir du support grâce à son avion d'attaque au sol, mais la perte décisive déjà cimentée dans les rangs nullifièrent complètement les effets du coup de main arrivé trop tard à côté d'une défense qui n'avait pas su tenir.

En fin de compte, la MIRA réussit à capitaliser sur une erreur défensive des forces fédérales pour sécuriser rapidement la zone et ancrer leur avancée dans la région.


2338
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Rassec-Saliotte
2 Janvier 2019

Axe principal du développement de la MIRA dans la région, les forces républicaines entament une nouvelle offensive dans le village de Rassec pour garder la cadence avec les poussées à l'est et à l'ouest de sa position et ainsi profiter de l'élan pour sécuriser d'avantage. Au programme, un assaut mixte, avec un nombre important de commandos sur pied et dans des véhicules léger ainsi que des blindés lourds pour attaquer la commune de taille moyenne.

Du côté corvun, la même garnison qui avait combattu à Barette-sur-Ronce décide d'opter sur la même stratégie et prévoit en avance une ligne défensive longue de plusieurs arrêts, faibles en comparaison avec les défenses des villages avoisinants mais assez long pour pouvoir durer. Tout est pensé pour la mobilité, et une quantité importante de lance-roquettes et lance-missiles antichar est sorti des emballages pour l'occasion.

Carte des AffrontementsCarte Stratégique, datée du 2 Janvier 2019





Résultat :Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

1909 MORTS
321 Corvus / 1588 MIRA


L'assaut qui était censé durer quelques heures se transforma en une bataille interminable caractérisée par l'avancée lente et douloureuse de la MIRA dans la ville. Dominant de peu tout le long de l'affrontement, elle subit des pertes colossales au profit de Corvus, malgré la sécurisation au final de la commune ainsi que d'une autre avoisinante.

Du côté des forces fédérales, le lieutenant ayant été à l'origine du succès à Barette remet un coup d'accélérateur dans cette nouvelle prestation encore plus efficace que la précédente. En effet, les nombreux replis stratégiques de ses forces ainsi que la mobilité hors pair des positions défensives, comptant des mitraillettes lourdes et lance-projectiles divers, parvient à faire saigner la MIRA sur plusieurs kilomètres, convaincu d'avoir le dessus.

La stratégie marche si bien que la garnison décide de pousser le repli plus loin une fois Rassec perdue, dans la commune avoisinante de Saliotte où d'autres lignes similaires avaient été prévues dans le cas d'une attaque trop importante. Les antariens mordent à l'hameçon et continuent à poursuivre les corvuns, jusque là totalisant seulement quelques centaines de pertes sur l'entièreté de l'affrontement.

Après près de cinq heures de combat et de retraites constantes, à court de munitions et de projectiles, le lieutenant appelle finalement le repli général de la zone, laissant derrière eux et avec le sourire un assaut antarien complètement saigné à blanc comptant cinq fois plus de morts que sa contrepartie, prenant le contrôle de deux communes au prix de quinze centaines d'hommes et des dizaines de carcasses fumantes et noircies de véhicules.


7432
[♠] Kÿtka
Kapöli IV: Merën Särnat

"Les larmes de Celle qui t'a créé" Sally Väytkä, 2019 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Les larmes de Celle qui t'a créé"
Sally Väytkä, 2019 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)


Le Capitaine Corvinal travaillait tranquillement dans son bureau, toujours ce petit sourire aux lèvres, faisant tourner son stylo dans ses mains à mesure qu'il réfléchissait. La semaine avait été difficile pour eux, notamment avec la nouvelle vague d'attaques de la MIRA qu'ils devaient à présent analyser en détail s'ils ne voulaient pas reproduire cela jusqu'au portes de là où ils siégeaient. Malgré la situation qui devenait de plus en plus brûlante cependant, le jeune homme ne semblait pas alarmé plus que cela. Il voyait de l'espoir dans cette ligne défensive qui avait déjà coûté bon nombre de professionnels et de conscrits à la MIRA, et surtout qui semblait avoir un axe central particulièrement faible pour une raison qui lui échappait. Lui savait faire confiance à ses hommes. D'autres, pas autant.

C'est ainsi que Nörä Köwnatör entra tout à coup dans la salle, s'exclamant furieusement.

"Putain, Corvinal ! Ils sont où vos blindés quand on en a besoin ?!"

Surpris par cette entrée si soudaine, il se leva de son siège pour essayer d'apaiser la situation, ses deux mains devant lui faisant signe de ralentir.

"Oh ! Du calme ! C'est quoi cette histoire ?"

"Cette histoire, c'est celle où on est en train de se faire poutrer dans la région de Henne parce que vous êtes pas foutus de ramener vos blindés bordel !"

"Mes blindés ? Ils sont censé faire quoi mes blindés ?!"

"Putain, mais vous êtes teubé ?! À Henne, on a besoin de défense à Henne !"

"À quel moment est-ce qu'il faut des blindés pour défendre alors qu'ils sont largement plus avantageux sur l'attaque ?!"

"C'est pas la question ! Je vous demande où vous étiez putain !"

"À Robaltes, je suis à Robaltes avec mon équipe, et on attends depuis des mois de passer à l'attaque de Tableroi, une attaque que vous avez mis en place je vous rappelle !"

Nörä s'arrêta l'espace d'une seconde, regardant le sol et soupirant bruyamment. Sans rien de pertinent à rajouter, elle lâcha.

"Kuykämÿnen..."

"Eh, oh. On va se calmer sur les jurons. J'ai bien l'impression que y'a quelque chose qui vous met en mauvais état."

"Allez savoir pourquoi ! La MIRA continue de se rapprocher, nos défenses sont en train de lâcher village par village. C'est une putain de catastrophe."

"Vous appelez sérieusement cela une catastrophe ? Vous avez vu combien ils ont perdu sur cet assaut ? Sans compter celui sur Robaltes ?"

"Oui, et vous avez vu combien on a perdu nous ? On aurait pu les stopper net, et au lieu on doit les traîner jusqu'au portes de Henne !"

"Parce que vous pensez qu'une attaque ça se stoppe net comme cela ? Une attaque, ça s'amortit, ça se ralentit. On ne cherche pas à mettre un gros mur et parier sur lui. On parie sur un système de murs de plus en plus solides. C'est une question d'élan, Mademoiselle Köwnatör."

"Il n'empêche que je ne vous vois pas réactif sur la question !"

"C'est plutôt vous qui vous faites trop de soucis pour les vies individuelles de nos conscrits. Certes, un blocage direct de l'offensive comme il est arrivé à Robaltes est possible, avec de la préparation préalable. Mais si celle-ci existe que peu, comme à Henne, il est inutile de faire ce pari. Oui, on perdra des gens. Oui, beaucoup vont mourir. Mais c'est comme ça. C'est la guerre. Et ces personnes se sont inscrites pour mourir, ou être prêts à donner leur vie du moins. Vous ne les honorez point en leur faisant croire que cela n'arrivera pas."

À présent, Nörä semblait plus fatiguée qu'enragée. Elle frottait ses yeux, soupirant.

"J'en ai marre de faire tout toute seule..."

"Et qui a dit que vous deviez faire cela toute seule ? Venez, asseyez-vous."

Les deux prirent place dans leurs fauteuils respectifs, avant que le Capitaine ne continue.

"Déjà, arrêtez de rester éveillée jusqu'à pas d'heure. Que vous dormiez la nuit ou non, les batailles vont quand même se produire et les personnes vont quand même combattre. Au contraire, acceptez d'avoir des nuits complètes et demandez à être réveillée en urgence quand elles se présentent. Si déjà vous êtes déglinguée et qu'on doit en plus vous réveiller, ça va pas marcher."

"Je suppose..."

"Deuxièmement, j'ai envie que vous arrêtiez de croire que vous pouvez tout faire toute seule. Vous devez apprendre à déléguer."

"La dernière fois que j'ai fait cela, c'était à Carnaux. Allez savoir ce qui s'est passé."

"Carnaux est un autre souci. Vous le savez très bien. Je sais que vous ne faites plus confiance à des officiers pris à la va-vite. Mais là, je vous demande de déléguer à d'autres personnes. Y compris moi-même. Y compris Vitriers. On est tous à votre écoute malgré le fait que nous ayons plus d'expérience sur le terrain. Car nous croyons en votre intelligence pour parvenir à trouver des failles là où la MIRA n'en voit pas."

"Oui, si seulement je connaissais une personne capable de vraiment organiser une défense, alors je pourrais me concentrer sur la coordination d'une attaque sur Tableroi. Déjà Vitriers prépare de partir pour Javellaux, alors le temps presse. On doit agir vite, et ils nous faut quelqu'un pour assurer la ligne de Henne coute que coute. Si Henne tombe, Corvus tombe avec."

Corvinal réfléchit un instant avant de se pencher sur la table et répondre à son interlocutrice, toujours aussi fatiguée vue de l'extérieur.

"Je crois bien que je peux trouver quelque chose si je me penche sur une analyse plus complexe du front. Mais vous devez me promettre une chose. Vous allez faire de même, Mademoiselle Köwnatör, et nous travaillerons ensemble pour mettre nos recherches en commun. C'est tout ce que je peux faire pour vous, quand aux blindés, ils restent à Robaltes."

"Je suis... Désolée si je me suis emportée comme cela..."

"C'est normal ! Cette satanée guerre continue de me donner des migraines quotidiennes, c'est un casse-tête absolu et sans nom. Mais quel choix avons nous vraiment ? Nous sommes humains, nous exprimons des sentiments humains. Mais c'est justement cela qui fait notre force, ne croyez vous point ? C'est l'Etat Major qui fera preuve de changement, de développement et d'adaptation qui gagnera en fin de compte. Moi, je ne peux pas changer, je suis trop con pour le faire. Vitriers, disons qu'il est trop vieux pour réellement changer. Mais vous, vous êtes encore jeune. Vous êtes une éponge vide, vous avez la possibilité d'absorber de l'expérience et des conseils qu'on vous donne pour vous forger ou reforger une identité et un style. Le meilleur des généraux n'est pas celui qui a une stratégie gagnante, c'est celui qui a dans son arsenal des dizaines de stratégies caractérisée par des officiers qui les incorporent, et les jouer là où ils feront le plus mal. Après tout, vous n'allez pas jouer aux échecs qu'avec des pions, ou des cavaliers, non ?"

"C'est vrai..."

Nörä était pensive, mais elle comprenait. Ce qui la tracassait, ce n'était pas réellement l'avancée de la MIRA, c'était plutôt comment celle-ci touchait à ses valeurs et à sa personnalité. Cette invasion était une épreuve non seulement pour ses hommes, mais pour elle-même et sa personne. Et Corvinal avait raison sur cet aspect là.

Elle se leva du siège et lâcha, avant de se diriger vers la porte.

"Bon... On va oublier ce qui s'est passé ici. J'avais besoin de me lâcher sur quelqu'un, c'est tombé sur vous. Mais j'apprécie vos conseils. J'aimerais seulement que vous soyez aussi de bon conseil plus souvent plutôt que faire votre con à deux balles."

Et à mesure qu'elle sortait, le jeune homme répondit.

"Pas de soucis, j'en suis honoré Mademoiselle Köwnatör !"

"Pour la dernière fois, c'est pas Mademoiselle, c'est Ma Commandante !"

Et elle ferma la porte d'un coup sec, faisant trembler les murs l'espace d'un instant, canalisant la force de ce dernier sursaut de rage. Malgré cela, le capitaine riait doucement sur son fauteuil. Il fallait dire qu'après tous ces mois à la côtoyer, il y avait une certaine énergie entre les deux, et il trouvait son caractère assez mignon au final.

Quoi qu'il en soit, Corvus devait se mettre au travail. Henne n'allait pas se défendre toute seule.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Au centre de commandement corvun, Nörä Köwnatör est venue réclamer à Corvinal les blindés qu'elle juge indispensables pour tenir Henne, dont les défenses reculent village après village. Il refuse, croyant en la doctrine d'une ligne qui absorbe plutôt qu'elle ne bloque, et profite du moment pour la pousser à mieux dormir et à enfin déléguer, elle qui n'avait plus osé le faire depuis Carnaux. Épuisée, elle admet que ce qui la ronge dépasse la seule avancée de la MIRA. Elle est repartie apaisée, laissant deviner, malgré elle, une complicité naissante entre eux.
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[❀] Skÿsma
Kapöli IV: Merën Särnat

"La fleur noircit mais ne fane pas" Sally Väytkä, 2022 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"La fleur noircit mais ne fane pas"
Sally Väytkä, 2022 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



La ministre des affaires étrangères Clara Malmaison était quelqu'un de toujours très organisé. Son bureau était impeccable, pas la moindre trace de poussières même au milieu de toute la paperasse bien rangée par ordre alphabétique sur le coin de la table. Les stylos étaient aussi classés par taille et par couleur, son ordinateur était branché à un câble parfaitement lisse et arborait un style très sobre. Et surtout, tout était calme et silencieux. C'était cette atmosphère là qui lui permettait de travailler, parfois plusieurs dizaines d'heures à la suite, sans affecter son mental d'acier. Après tout, elle n'avait pas besoin de grand chose. Son bureau était notamment l'un des plus petits dans le bâtiment.

Cependant, il était évident qu'un calme comme celui-ci n'allait point durer.

En effet, Luca Ravenne fit violemment irruption dans la salle, sans toquer, s'exclamant.

"Clara. On se taille."

La jeune femme ne leva même pas un sourcil, elle ne fit même pas l'effort de sursauter ou de regarder dans sa direction. Elle lâcha simplement.

"Je te demande pardon ?"

"On va a Henne."

"Et je peux savoir ce qui me vaut cet honneur ?"

"Clara, je te l'ai déjà dit. Avant qu'Arthur ne meure, il m'a dit que y'avait des trucs bizarres qui se passaient dans la MIRA. Et si c'était ça, notre voie de sortie ?"

"Tu veux dire, pour le fait qu'on va en tôle quoi qu'il arrive ?"

"Oui, si tu veux..."

"Et ta solution, c'est qu'on aille à Henne tous les deux ?"

"Non, toi tu restes ici."

"C'est qui « on » alors ?"

"Moi et Evelyne."

"Ma sœur ?"

"Ouais, tu connais beaucoup d'autres Evelynes ?"

"Luca, je comprends rien à ta merde. Tu viens dans mon bureau sans toquer pour me dire que tu pars à Henne avec ma sœur sur un truc que Arthur t'a dit ?"

"Ecoute, je sais que c'est un peu le bordel, mais je t'appelle plus tard dans la semaine pour t'expliquer tout ça. Mais je crois qu'on touche à quelque chose de gros. Et j'entends en parler à Corvus en personne."

"Tu sais qu'ils vont te couper en morceaux dès que tu te pointes devant eux ?"

"C'est pour ça que je ramène Evelyne."

"Et elle est censée faire quoi ? Te défendre ?"

"Tu verras. Juste... Fais moi confiance pour une fois."

"Si tu veux..."

"Mais j'ai besoin de toi."

"Ah, voyons voir."

"Sérieusement, Clara. Tu dois déjà aider Pam à s'occuper de la région. Mais au delà de ça, faut impérativement que tu fasses des recherches pour trouver deux membres du haut conseil de la MIRA, Electre et Mauser."

"Electre et Mauser ?"

"Ils savent quelque chose qu'on ne sait pas. En tout cas selon Dabi. Et on a pas vraiment d'autres pistes."

"Déjà, il s'agirait de savoir ce qu'ils font dans la MIRA, je dois encore enquêter là dessus."

"Très bien, ça pourra peut être nous permettre de remonter à eux. Je te fais confiance. Mais garde ça sous couvert, s'il te plaît."

"Luca, je ne suis pas une gamine. Je sais ce que je fais."

"Bon... D'accord. Du coup je t'appelle pour t'expliquer tout ça plus tard. Et tu me diras ce que tu en penses. Mais là, on a pas le temps."

"Ça marche. Bon courage."

"Merci."

Et comme il était venu, le Président du Conseil tourna les talons et se dirigea vers la sortie. Cependant, avant qu'il ne puisse mettre un pied en dehors du bureau, Clara leva enfin les yeux de son ordinateur pour le fixer et lâcher.

"Et fais en sortes qu'Evelyne fasse pas de conneries."

Luca se retourna brièvement avant de répondre.

"On verra."

Et cela dit, il referma la porte derrière lui.

Décidément, les choses allaient bouger au gouvernement. Et Clara avait comme le sentiment que cette histoire allait bien plus en profondeur que quiconque ne le pensait.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans son bureau habituellement d'un calme parfait, Luca Ravenne fait irruption chez Clara Malmaison, décidé à partir pour Henne avec Evelyne, la sœur de Clara, afin de se présenter en personne devant Corvus. Il y voit peut-être, sur la foi d'une confidence que lui avait faite Arthur Dabi avant sa mort, une issue à leur sort commun, promis à la prison quelle que soit l'issue de la guerre. Sans expliquer le rôle réservé à Evelyne, il a chargé Clara d'enquêter discrètement sur Electre et Mauser, du Haut Conseil de la MIRA. Elle a accepté, mais reste convaincue que cette histoire va bien plus loin qu'ils ne le croient.
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[♏︎] Wir werden niemals kapitulieren
Kapöli V: Vöynÿan Läpsët

Les Apôtres de Jade

Les Apôtres de Jade



"Par pitié... Je parlerai, je vous en supplie..."

Un homme en combinaison militaire était assis à une chaise en métal, ligoté des mains et des pieds, dans une salle obscur avec une seule lumière pointant sur lui, tel un interrogatoire des plus clichés. Il transpirait, saignait de parts et d'autres et avait du mal a respirer, souffrant comme nul autre personne. Il venait de passer des heures cloué là, incapable de bouger, rongé par la soif et bientôt par la faim. À présent, il était au bord de l'évanouissement.

Devant lui, une personne de petite taille assise à cheval sur une chaise à l'envers, accoudée sur le dossier, dont on ne distinguait pas le visage, couvert par un masque de soudeur gris matte, mais dont on pouvait apercevoir une tresse blonde reposée sur son épaule gauche. C'était de toute évidence une jeune fille, riant d'une voix claire et maniaque, dont la personnalité semblait frôler la folie sans aucune compassion envers la personne qu'elle avait faite souffrir jusque là. Finalement, ses efforts avaient payé, puisqu'il semblait enfin prêt à confesser.

"Pitié..."

Entre deux ricanements, la jeune fille lui répondit d'une voix insinuant sa cruauté.

"Je t'en prie, parle donc. Qui dirige la base avancée ?"

"C'est... Je..."

"Tu vas parler ou pas ?!"

"C'est Cassandra... Cassandra a pris les commandes de la base depuis que..."

"Mais putain, c'est qui Cassandra ?! J'ai une gueule à savoir qui c'est Cassandra ?!"

"C'est... Une agente du haut conseil... de la MIRA..."

"Et elle loge où ?"

"Dans... Dans un couvent abandonné qui fait partie de la base... À l'écart, pas dans le bâtiment central. J'y ai livré des rations hier..."

"Le couvent, celui sur la place ?"

"Oui... Celui-là..."

"Et comment on y entre ?"

"Je... Je ne sais pas..."

Ayant ouï cela, la jeune fille décrocha de sa ceinture un chalumeau et vint l'allumer à proximité du visage de l'individu, le menaçant de parler. Le soldat prit immédiatement peur, gesticulant dans tous les sens malgré le fait qu'il était ligoté, la suppliant de baisser son arme.

"Répète un peu ?"

"Je... J'ai... L'entrée est tenue par sa garde rapprochée... Ce sont des tireurs d'élite, c'est impossible de se rapprocher du bâtiment sans autorisation !"

"Et tu sais si le couvent est connecté aux souterrains de la ville ? Ou aux égouts ?"

"Je..."

À mesure que le soldat hésitait, la jeune fille rapprocha la flamme du chalumeau de plus en plus vers sa joue.

"Oui ! Oui, il y a des couloirs de service au sous-sol... Ils sont attachés aux souterrains !"

"Et je suppose que le dépôt de munitions aussi ?"

"Je... Je crois... Je ne sais pas, je travaille pas là bas !"

"Bon... C'est les infos qu'il nous faut. Il en a fallu du temps."

"Je vous en supplie... Je peux rester ici, vous pouvez m'amener où vous voulez, je ne dirais rien... Par pitié..."

La jeune fille ne répondit rien. Au lieu de cela, elle éteignit et replaça le chalumeau sur sa ceinture, e se leva et fit le tour jusqu'à se retrouver derrière lui, sans prononcer la moindre parole. L'homme était en panique, il croyait déjà savoir ce qui l'attendait, cherchant à se débattre de toutes ses forces. C'est alors qu'elle dégaina un cran d'arrêt de sa poche, empoigna sa tête pour la faire basculer vers l'arrière et lui scinda la gorge en deux avant de venir planter l'arme dans son thorax. Le soldat ne bougea plus, il était à présent immobile, se vidant lentement de son sang.

Une fois l'exécution accomplie, elle se frotta les mains et releva son masque de soudeur pour respirer un grand coup avant de lâcher.

"Bon, voilà. Je sais pas ce qu'il y avait de compliqué Cléo."

Dans un coin sombre de la pièce, observant la scène depuis le début, une autre jeune fille cette fois plus petite, installée sur une chaise et accoudée sur ses genoux, secouant lentement de la tête. Elle portait un masque caractéristique de ceux des agents de la MIRA, son seul élément distinctif était un chignon brun attaché au niveau de la partie haute de l'arrière de sa tête. Elle prit la parole, répondant avec une voix ressemblant celle d'une gamine.

"C'est répugnant, Céleste. Je comprends pas comment tu peux faire ça."

"Allons, je fais juste mon travail. Et je vous ai obtenu les infos qu'il fallait, je vous signale ! Un peu de nerfs ça n'a jamais tué personne... Enfin, sauf lui."

Amusée par la tournure qu'elle venait de prononcer, elle se pencha sur le cadavre du soldat pour récupérer son cran d'arrêt et le ranger dans sa poche sans même pas prendre la peine de le nettoyer. Ce n'était certainement pas un geste discipliné, mais Céleste n'en avait que faire de la discipline. Après tout, c'était elle la maniaque du groupe. Cléo au contraire était celle qui paradoxalement était la plus raisonnable malgré son jeune âge.

"Bon, on va voir les deux autres pour leur communiquer ça."

"Ça marche."

Les quatre rescapés de la ronde de patrouille meurtrière qui avait eu lieu il y a maintenant plusieurs mois au large de la tanière des scorpions qui les avait forcés par mesure de sécurité à lever les voiles et se détacher du reste de leur groupe pour vagabonder et tenter de survivre sans contact radio avec la base.

Après de longues semaines et des discussions importantes, ils avaient pris la décision d'aller vers Blisonne et passer d'un état passif à un état agressif, déterminés à pouvoir effectuer des attentats variés au sein de la MIRA et au profit de Corvus. Ils avaient ainsi passé tout le mois de Décembre à observer inlassablement la base avancée qui couvrait une large partie de la ville, les déplacement des militaires, les rondes, la quantité d'effectifs, tout cela en enlevant discrètement plusieurs agents pour nourrir leurs renseignements. Au nombre important de victimes qu'ils comptaient, ils avaient commencé à collectionner les masques des hauts gradés qu'ils empruntaient des cadavres de leurs informateurs, les utilisant eux mêmes pour masquer leurs identités et passer d'avantage inaperçu. Dans les premières semaines, ils auraient vraiment pu passer pour des soldats, surtout avec leur accoutrement tactique similaire à celui des soldats de l'ARA. Cependant, alors que le nouvel an avait fait son effet et que les quatre s'étaient endurcis, ils avaient chacun appris à adopter leur style en fonction de leur rôle dans l'escouade.

Par exemple, Vesper étant le leader, il portait simplement un masque de la MIRA et nul autre signe distinctif, tandis que Cléo étant la soigneuse de l'équipe avait dessiné sur son masque à elle une petite croix bleue dans un cercle blanc, symbolisant la croix bleue antarienne. Au contraire, Céleste étant farouche et amatrice de la non-discrétion, elle avait débusqué un superbe masque de soudeur qu'elle décida de porter à la place du générique. Et quand à Estéban, il se plaignait ne pas pouvoir viser correctement, et a donc décidé d'opter pour un style plus léger avec des lunettes et un bandana couvrant son visage. On aurait vraiment dit une escouade de commandos tous droit sortis d'un film d'action, et dans les faits, ils l'étaient. Les quatre comptaient à présent à eux seuls au moins une trentaine de victimes, sans avoir éveillée la moindre suspicion et sans avoir encaissé aucune perte. Après tout, leur synergie était au cœur de leur réussite, et surtout la rage qu'ils avaient accumulé au fil des semaines à ne pas pouvoir parler à leurs proches qu'ils avaient laissé dans la précipitation.

Mais surtout, c'était ce surnom qu'ils s'étaient donnés, au fur et à mesure de leurs succès sur le terrain: les Apôtres de Jade, sans peur malgré seuls, refusant d'abandonner. C'était cette détermination qui les poussaient à faire d'avantage. Pour Corvus. Pour leur ordre. Et surtout, pour Jade.

Arrivés dans leur salle commune, un "petit endroit sympa" dont ils avaient développé le confort au vingt-cinquième étage d'un large bâtiment résidentiel, où ils avaient une vue périphérique, ils furent tout de suite approchés par Vesper qui se releva d'un canapé, tandis que Estéban était comme à son habitude accoudé à la fenêtre avec des jumelles observant la base avancée.

Ainsi, le chef de l'escouade aborda les deux filles.

"Alors ?"

Céleste prit les devants de la réponse.

"On a les infos qu'il nous faut. Askip la base est gérée depuis peu par une certaine Cassandra, membre du haut conseil. Elle est dans le vieux couvent, à l'écart de tous, entouré par sa garde rapprochée."

"Et vous en avez fait quoi du mec ?"

"Je l'ai butté, c'est bon, on a pas que ça a faire que de s'occuper d'un mec qui allait mourir de toute façon."

"Ça marche. Je suppose que Cléo s'y est opposé ?"

La jeune fille répondit.

"J'ai arrêté de questionner ce que fait Céleste, ça ne me surprend plus de toute façon. Je l'ai laissée faire."

"Bon, le problème est réglé du coup. Je crois que dès cette nuit, on peut faire l'attentat alors. Allez, venez, on se réunit."

Estéban leva enfin les yeux de la fenêtre, comme si de rien n'était, sans un mot, venant s'approcher de la table à manger où était entreposés des milliers de petits papiers ainsi qu'une grande carte dessinée à la main de la zone, gribouillée de marqueurs de toutes les couleurs. Les deux autres filles virent aussi se réunir autour de cette table, écoutant attentivement le monologue de Vesper.

"Je crois que vous êtes déjà assez familiers avec tout ça, mais ça fait pas de mal de le répéter. Comme vous le savez, apparemment depuis les nombreuses sources qu'on a eu, Blisonne est l'une des bases avancées les plus importantes pour l'ARA. Ce truc là, si Corvus s'approche de Javellaux ou de Tableroi, ils sont cuits. Y'a au moins une bonne centaine de blindés et de quoi faire fléchir un régiment entier. Bref, à mon avis si on fout le bordel, on leur rend sacrément service, même si ça reste un pari osé pour quatre personnes.

Donc apparemment, le lieu est supervisé par une certaine Cassandra qui siège dans le vieux couvent abandonné, là. C'est à l'écart du reste, et surtout du bâtiment principal, à mon avis ils font exprès pour leurrer l'ennemi ou des bombardements aériens sur la mauvaise cible. En tout cas, c'est tant mieux pour nous, ça nous économisera des explosifs pour la diversion. En parlant de diversion, on a 50 kilogrammes de trinitrotoluène à faire péter dans leur stock de munitions et d'obus, ça fait faire un sacré spectacle et ça va largement les distraire. Je vais m'occuper de ça, comme convenu. En attendant, les filles vous filez vers le couvent. On va utiliser les égouts pour se déplacer, ils sont connectés aux réseaux de souterrains comme on les a trouvés lors de notre dernier renseignement.

Vous allez rentrer dans le couvent et buter cette Cassandra, une fois que c'est fait je viens vous chercher et on se taille en laissant derrière nous de l'incendiaire pour éviter qu'on nous suive et pour enfumer le tunnel. En attendant, Estéban sera posté dans un bâtiment à l'écart si y'a besoin de nous couvrir. On garde contact sur la radio tout le temps. Et surtout les gars, pas de conneries. Si on fait de la merde, y'aura rien ni personne pour venir nous sortir de là. Si on arrive à marquer le coup ce soir, on se taille et on va à Tableroi. La nouvelle va sûrement rejoindre Corvus et ils vont vouloir pousser, on doit donc être prêts à Tableroi pour qu'on puisse passer de leur côté une fois qu'ils auront pris la ville. Tout pigé ?"


Les autres acquiescèrent, tandis que Céleste ricanait sous son masque.

"On va lui enculer sa daronne à Cassandra. T'es prête Cléo ?"

"Euh... Oui, je suppose..."

"Nan, c'est quoi cette attitude ? Je te signale que c'était ton idée de venir à Blisonne !"

"Non ! J'ai juste accepté !"

"Eh bah ? T'as changé d'avis ?"

"Non... Juste que j'ai pas un bon présentiment."

"T'as le trac, c'est normal. Tu t'y feras. C'est la guerre, Cléo. C'est la guerre."

"Bon... Si tu le dis..."

Vesper reprit ainsi la main de la conversation et donna ses dernières recommandations.

"Allez les gars, on peut le faire. Ça fait un mois qu'on fait que ça. On a tous un rôle à jouer ce soir, et une personne à descendre aussi. Je crois en vous, et nous croyons en Jade."

Toujours avec sa bonne humeur, Céleste hurla.

"Pour Jade hip hip hip !"

Et les autres répondirent.

"Hourra !"

À présent, ils étaient de nouvelles personnes. Ils n'étaient plus des fugitifs ou des vagabonds qu'ils étaient auparavant. Ils étaient coupés du monde sans aucun toit permanent. Tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était attendre. Ou bien devenir l'épine dans le pied la plus coûteuse possible pour la MIRA, ne s'attendant pas à voir un sabotage se profiler à l'horizon.

* * *

Le tunnel des égouts de Blisonne était si froid que même avec leurs combinaisons, les opérateurs avaient du mal à ne pas grelotter. Il faisait sombre, les forçant à garder leurs torches pointés vers l'avant, mais pas trop haut pour éviter d'alerter des gardes qui pourraient s'y trouver. L'atmosphère était lourde malgré la température basse, et l'odeur fétide de l'eau stagnante était sans doute l'une des parties les plus désagréables de la traversée. Ils avaient aperçu quelques rats courir ça et là, se baigner dans l'eau et monter par des canalisations ouvertes, à l'insu de tout ce qui pouvait se trouver au dessus de leurs têtes. Eux aussi étaient comme des rats, pensait Cléo. Discrets, intelligents, et surtout très proches de la base avancée de la MIRA. Mais à la différence de ces mammifères nuisibles, les trois avaient avec eux assez de munitions pour tuer une centaine d'hommes, des armes de dernière génération subtilisées aux militaires interrogés ainsi que cinquante kilogrammes de dynamite que Vesper portait péniblement sur son dos. En somme, ils tenaient entre leurs mains de quoi faire plier l'un des organes les plus importants de la chaîne d'approvisionnement et de support antarien sur toute la ligne du front est, le pilier impassable de la ville de Blisonne. Personne ne s'attendait à voir débarquer quatre adolescents surarmés défier l'autorité de la MIRA, et surtout personne ne s'attendait à ce que ce soient des scorpions.

Ils avançaient doucement mais d'un pas décidé, à trois allures différentes les uns derrière les autres. Céleste était décidément la plus impatiente du lot, ricanant de temps en temps comme elle le faisait d'habitude, tapotant sur son fusil d'assaut. Bien au contraire, Cléo était presque cinq pas derrière ses deux coéquipiers, avançant plus doucement, pensive et tripotant son masque à mesure qu'elle suivait le groupe. Elle était certes nerveuse, mais elle savait que cela n'allait rien lui apporter. Elle allait se contenter de suivre et de tirer lorsqu'il fallait tirer.

Les trois purent enfin respirer lorsqu'ils avaient atteint un croisement, avec une salle beaucoup plus large qui ne les forçaient pas à marcher en file indienne et à baisser leurs têtes. Ils prirent un moment pour faire les checks de dernière minute et s'assurer que tout était en ordre avant que Vesper ne casse le silence.

"Bon, les filles. C'est ici qu'on se quitte. Moi, j'y vais. Souhaitez moi bon courage. Attendez l'explosion pour faire votre truc."

Céleste répondit immédiatement, claquant des doigts.

"On est prêtes chef. Ça va envoyer du lourd."

"Je te le fais pas dire. Cléo ?"

Cléo leva la tête et lâcha timidement.

"Parée aussi."

"Bon. Je crois en vous les filles. Pour Jade."

Les deux répondirent en unisson, telle une prière.

"Pour Jade."

Et cela étant dit, le duo assassin se mit en route seul cette fois, dans un réseau plus large de canalisations.

Malgré le manque de sources de lumière hormis leurs torches, ils n'avaient aucun mal à trouver leur chemin. Ils avaient trouvé et étudié ces tunnels pendant un bon moment, même décidé d'en illustrer une carte, et ils savaient exactement où se diriger. Pour une fois, c'était Cléo qui était dans son élément, c'était elle le cerveau du groupe après tout, et c'était à elle qu'on devait les illustrations et les cartes diverses de reconnaissance sur le terrain qu'elle avait effectué. Elle avançait cependant moins rapidement que la tête brûlée qu'elle avait comme coéquipière, certainement parce qu'elle était plus grande et elle avait bien moins de matériel à transporter sur le dos que celle en charge de l'état de santé du groupe. Un désavantage pourtant compensé par les deux armes différentes qu'elles tenaient, l'une un fusil d'assaut fait pour le combat prolongé, tandis que la cadette tenait un pistolet-mitrailleur compact et avec une puissance de recul terriblement élevé. Cela ne l'empêchait pas d'avoir l'un des tirs les plus précis de l'équipe, presque autant que celui d'Estéban, qu'elle n'exploitait pas souvent à cause de son manque de confiance.

Mais à présent, aux portes du début de l'opération, c'était comme une vague d'adrénaline qui s'était emparée d'elle. Elle se sentait déterminée, toujours quelque peu hésitante, mais déterminée du moins.

Arrivés à la hauteur d'une porte de service donnant sur les égouts, Cléo l'ouvra d'un coup sec, suivie par Céleste toujours derrière elle. Elles montèrent quelques marches pour se retrouver dans un réseau de vieux sous-sols, probablement des vestiges de voie de sortie reliant les maisons du quartier historique les unes avec les autres. C'était en tout cas bien plus accueillant que les égouts depuis lesquels elles venaient de sortir, au moins ici il faisait sec.

Après quelques minutes de déambulation calculée, ils parvinrent enfin en face d'une porte en bois avec une croix plantée au dessus, signe assez clair qu'il s'agissait de la porte d'accès souterraine du couvent désaffecté. À présent, il ne leur était donné que d'attendre le signal.

Céleste pris place sur le sol, dos contre le mur, étirant ses membres en essayant de se détendre et évacuer la pression qui malgré sa bonne humeur existait toujours. Cléo fit de même, copiant les mouvements de sa coéquipière, ne sachant que faire d'autre. Elle en profita pour observer la jeune fille et son attitude, notamment les petits gestes qu'elle faisait. D'habitude, Céleste était quelqu'un d'assez hyperactif, elle souffrait notamment de troubles bipolaires qui la mettaient dans tous ces états là. Et pourtant, elle parvenait à rester calme et calculée quand le devoir l'appelait. Mais cette fois-ci, elle semblait nerveuse du moins selon ses petits mouvements de doigts et son regard fuyant.

Tentant de casser le silence, Cléo osa l'aborder.

"Bon... Je suppose qu'on attend maintenant ?"

"Ouais, Vesper y mettra des plombes comme d'habitude mais on y sera bientôt."

La cadette marqua une pause avant de relever la tête et de demander.

"Tu as peur de quelque chose ?"

Céleste ricana avant de répondre, toujours le regard fuyant.

"Si j'ai peur ! Bien sûr que j'ai peur, qui n'a pas peur ?"

"Ah bon ? Ça m'étonne de toi..."

"Quoi ? Juste parce que je suis une tête brûlée j'ai pas le droit d'avoir peur ? Putain, je te parie que même Vesper a peur. Il doit bien se chier dessus avec la tonne d'explosifs qu'il a sur lui là !"

"Mais, je veux dire... T'as toujours l'air super confiante."

"Et ? Ça veut pas dire que je le suis. Mais dis moi, ça te motiverai toi de venir en mission avec quelqu'un qui traîne des pieds en disant qu'il a peur de mourir ?"

"Non, mais..."

"Eh bah ? Je contribue à l'humeur du groupe."

"Mais t'es aussi toujours la première à te jeter dans le feu, c'est toujours toi qui prend les risques."

"Bah, écoute. On ne vit qu'une fois. Si ce soir on crève, au moins je pourrai me vanter d'être morte dignement. Ma pire phobie c'est mourir sur un lit d'hôpital. Immolez-moi avec le feu, peut être qu'avec ça ça pardonnera tous les ploucs que j'ai buté. Même si bon, on va pas se mentir, j'irai en enfer quoi qu'il arrive."

"C'est quand même assez courageux, tu ne trouves pas ?"

"Après, Cléo. On ne naît pas comme ça. Courageuse, je le suis devenue. Après ça m'a pas empêchée de faire des conneries, hein ! Attention !"

"Ouais, c'est vrai que tes conneries on en a fait un beau palmarès..."

"Bah ! On est encore en vie. Ça, tant que je suis en vie, des conneries je continuerai à en faire. Mais bon, tu peux très bien être courageuse sans faire de conneries."

"Je vois..."

"Mais bon... Pour répondre à ta question... Oui, j'ai peur. J'ai carrément peur, même. Plus que toi à mon avis. Mais ça n'aide personne la peur, c'est qu'un réflexe. Au bout d'un moment, il faut savoir doser entre quand tu combats en réfléchissant, et quand tu combats par réflexe. Forcément réfléchir va donner de meilleurs résultats, mais plus tu réfléchis, plus tu as peur. À mon avis, tu réfléchis trop. Et ça, y'a pas de secrets, faut canaliser. Garde pas les mots pour toi, hurle, tire, bouge, fait quelque chose. C'est comme le froid, si tu restes statique tu vas te congeler comme un glaçon."

"Ouais... Je comprends..."

"T'es forte Cléo. On te respecte et on t'estime beaucoup. Mais toi, tu dois apprendre à t'estimer aussi. C'est tout simple."

Céleste avait raison. Cléo était toujours du genre à trop réfléchir, à être distraite, et finalement à manquer sa chance de pouvoir faire un tir qui aurait été décisif. Elle hésitait trop souvent, et avait une personnalité trop réservée. Ce qu'elle devait faire, c'était agir. Elle ne devait plus réfléchir, simplement exécuter.

Elle acquiesça lentement, regardant ses jambes, réfléchissant à ce que Céleste venait de lui dire. Elle n'aurait jamais cru apprendre quelque chose d'une folle comme elle, et pourtant elle disait bien la vérité. Autour d'elle, le calme avant la tempête. Cléo était sur le bord d'une opération d'assassinat qu'elle ne pouvait pas rater. Elle était certes accompagnée mais comme sa coéquipière l'avait souligné, tous avaient besoin de son support. C'était elle au final, le pilier de l'équipe, qu'elle le voulait ou non.

Regardant ses mains cette fois, elle les inspecta longuement avant de les serrer symboliquement sous ses yeux. Et Pour la première fois depuis un moment, un léger sourire se dessina sur ses lèvres.

Pendant ce temps, Vesper était au pied d'une échelle de service donnant sur une bouche d'égout fermée, complètement essoufflé par la course qu'il venait de réaliser avec la charge qu'il portait sur le dos. Il était aussi pas mal stressé, peut être à cause de celle-ci, mais aussi car il dépendait à présent du feu vert d'Estéban pour pouvoir sortir de sa cachette.

Reprenant peu à peu sa respiration, il dégaina sa radio et prononça quelques mots à travers le micro.

"Alors Estéban, c'est quand que je peux y aller ?"

De l'autre côté du quartier, couché sur un balcon et scrutant la base à l'aide de la lunette télescopique de son fusil de précision, le jeune homme regardait attentivement les environs de la bouche d'où son coéquipier devait sortir. Il dégaina aussi sa radio et transmit la réponse.

"Pas encore, y'a un groupe dans les parages."

"D'accord, tu me dis hein ?"

Après même pas quelques secondes, il rectifia.

"En fait je crois que c'est bon..."

"Je peux y aller ?"

"Ouais je crois."

"Tu crois ou je peux bordel ?!"

"Vas-y, vas-y, allez !"

Vesper commença donc à grimper sur l'échelle rouillée, chaque échelon étant un supplice pour lui. Il aurait vraiment beaucoup aimé avoir un cinquième membre avec lui pour diviser la quantité d'explosifs à porter. Mais il n'était pas l'heure de se plaindre, il avait une mission à accomplir, et il allait aller jusqu'au bout.

Alors qu'il était sur le point de pousser d'un coup sec la tuile en fer qui bloquait sa sortie, Estéban hurla dans sa radio.

"Non ! Non ! N'y vas pas, c'est pas bon !"

"Putain Estéban, un seul travail je te demande, c'est pas compliqué, si ?!"

"Non, désolé... C'est bon, ils étaient juste de passage. C'est clear."

"Allez. T'as pas intérêt à me faire un mauvais coup cette fois."

Ainsi, Vesper poussa d'un coup la trappe, une bouffée d'air froid envahissant l'accès par lequel il était en train de remonter. Doucement, il se releva depuis le trou, et sans même prendre la peine de refermer l'accès derrière lui il fila vers le bâtiment juste en face.

Il avait atterri dans une allée juste derrière un gigantesque hangar érigé avec le seul but de conserver la totalité des munitions de la base, là où une explosion aurait été absolument catastrophique et en plus de cela, une diversion importante. Et justement, c'était probablement le meilleur endroit pour planter ses cinquante kilogrammes d'explosifs.

S'introduisant par une porte de service, il enleva son sac à dos pour pouvoir le porter à la main et avoir le contrôle de si oui ou non il allait être vu. À l'intérieur, tout était rangé nettement, sur des palettes organisés, avec des allées mises en place pour ceux qui travaillaient dans le secteur logistique de la base. Cela permettait à Vesper de passer inaperçu, à moins qu'il n'arrive à jeter un œil pour éviter d'être pris par surprise.

Il prit le temps de faire le tour du lieu, repérant des endroits où il pouvait glisser ses explosifs et le câble qui allait les relier. Une boîte qui manquait par exemple, la position parfaite pour y enfiler une de ses briques rouges, ou bien entre deux obus. Il s'était aussi assurer que personne n'était en train de faire des rondes, avant de commencer à préparer le feu d'artifice.

Rapidement et avec des gestes calculés, il dressa à l'arrière de tout ce stock un réseau filaire de dizaines de stations de détonations, toutes prêtes à sauter dès qu'il aura appuyé sur le fameux bouton rouge. Le fil était très évident dans certains endroits, et le jeune homme priait pour que personne ne vienne voir cela de trop près. Il avait bientôt terminer de dérouler la fin de sa bobine quand il entendit des soldats au loin s'appeler entre eux.

"Eh, Luc ! C'est quoi ce bordel là, pourquoi y'a des câbles dans toutes les allées ?"

"Des câbles ?"

Vesper se mit à paniquer. Il ne lui restait que quelques mètres à faire dérouler avant de pouvoir détonner en sécurité. Par réflexe, il répondit à voix haute.

"C'est moi ! Laisse ça !"

Le soldat répondit, confus.

"C'est qui, moi ?"

Vesper alors de plus en plus proche de la sortie, tenta une dernière diversion.

"Bouge pas, j'arrive !"

"Hein ?"

Il n'avait pas eu le temps d'écouter la réponse qu'il avait déjà refermé la porte de service derrière lui.

Arrivé au bout du fil, il s'empressa de sortir le détonateur de sa poche, le connecter au câble avec les mains légèrement tremblantes et sans attendre de feu vert, il appuya d'un coup sec.

À présent, impossible de faire demi-tour. La mission pure et dure débutait.


⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩


La première explosion était si assourdissante que Vesper dut couvrir ses oreilles pour éviter de se détruire les tympans dans la cacophonie qu'était devenue en une seconde la zone du dépôt de munitions. Alors qu'il cherchait à rejoindre sa porte de sortie, plusieurs autres petites et moyennes explosions se firent entendre à mesure que le feu et la réaction en chaîne consumait les tonnes et les tonnes de poudre et de matériaux réactifs entreposés dans le lieu. Déjà il entendait des sirènes sonner, des personnes hurler à l'aider et courant dans tous les sens. C'était un chaos indescriptible, tout le monde avait par ailleurs les yeux rivés vers le ciel, croyant à un bombardement. Sans le savoir, les détonations avaient fait des dizaines de victimes déjà, et la plupart du personnel inactif avait été réveillé en urgence.

Alors qu'il s'approchait de la bouche d'égouts par laquelle il allait devoir s'exfiltrer, il rencontra un soldat courant à toute allure, s'arrêtant devant lui.

"Eh ! Vous..."

Vesper ne pensait même pas à le laisser finir qu'il brandit son arme à feu et le tua de quelques balles, coups de feu parfaitement masqués par les explosions répétés qui continuaient à faire rage au sein de l'arsenal antarien.

Arrivé enfin à son échelle, il referma la trappe d'égout et sortit sa radio d'un seul mouvement, hurlant dans le micro.

"C'est bon, les filles, c'est bon !!"

De l'autre côté de la base, Céleste et Cléo sursautèrent toutes les deux dès la première détonation, d'une magnitude si importante qu'elle faisait trembler le plafond. Même si Vesper était sur le point de leur donner le feu vert, elles ne durent pas attendre son aval pour se relever et se préparer.

"T'es prête ?"

"Je suis prête."

Céleste enfila son masque de soudeur, suivie de Cléo avec son masque de la MIRA modifié, et toutes les deux firent discrètement irruption dans le sous-sol du couvent, armes à la main.

La cadette était bien plus confiante qu'elle ne l'était il y a vingt minutes, à présent elle avançait rapidement, à la même vitesse que sa coéquipière. Les deux parcouraient les couloirs en trottinant, regardant de tous les côtés, se penchant aux angles pour s'assurer de leurs devants comme de leurs arrières.

Arrivés à la hauteur d'un escalier, elles ralentirent la cadence et brandirent leurs armes comme deux professionnelles. Doucement, elles s'approchèrent de la porte qui donnait sur le rez-de-chaussée, prêtes à tirer sur la gâchette. Céleste, placée devant Cléo qui gardait ses arrières, tendit sa main vers la poignée et essaya doucement de la tourner, sans succès.

"C'est verrouillé. Plan B."

Elle ressortit le chalumeau qu'elle avait encore accroché à sa ceinture et l'alluma, décidant de fondre les gonds de la porte plutôt que le verrou lui même. Sa coéquipière observait avec fascination alors qu'elle travaillait méticuleusement et avec une rapidité surprenante.

"Un jour, tu devras vraiment m'apprendre à utiliser ça !"

"Tu verras, c'est plus simple qu'on ne le pense."

Son plan d'entrée terminé, elle s'arrêta, rangea son outil pour reprendre son arme à feu et regarder Cléo une dernière fois avant que celle-ci n'acquiesce. Il était temps de passer à l'action.

D'un coup, elle tira la porte dans sa direction, celle-ci se décrochant de son cadre pour venir glisser sur les escaliers et s'écraser plus bas, ouvrant la voie aux deux commandos. Dès leur entrée, ils surprirent nul autre que deux hommes de la garde rapprochée de Cassandra que Céleste tua sans réfléchir, d'une balle dans la tête chacun, avec une précision chirurgicale malgré sa vision obscurcie par son masque. Cléo de son côté eut le réflexe d'assurer ses arrières, et en faisant cela tua un troisième garde venu les intercepter depuis un autre couloir, contrôlant son recul malgré son arme non adapté au combat à moyenne distance. Malgré le fait qu'elle était satisfaite d'avoir descendu une nouvelle personne dans son palmarès, elle n'eut pas le temps de réfléchir à cela. Elle ne devait pas réfléchir de toutes façons, elle devait exécuter.

Les deux avancèrent rapidement vers la cage d'escalier dans l'entrée, d'où ils surprirent un autre garde qui descendait, sûrement à cause des coups de feu. Celui-ci résistait, mais malgré cela Céleste parvint à le toucher à l'épaule, avant de se rapprocher et porter le coup fatal. Derrière elle, Cléo pointa vers les marches avant de s'exclamer.

"C'est là haut, ils viennent de là haut !"

"Reçu."

Les deux filles montèrent rapidement les marches, leurs armes toujours pointés devant elles, veillant à ne pas se faire surprendre. En haut des marches, il y avait une porte entrouverte au fond d'un étroit couloir, avec d'autres portes sur le côté à première vue verrouillées. Céleste continua d'avancer, ayant remarqué la porte, et décida de s'y diriger. Seulement, elle fut retenue par sa coéquipière.

"Attends. Reviens."

Sans poser de questions, elle fit quelques pas en arrière et plus bas, pour être presque à niveau avec le sol. Et comme par hasard, un autre soldat pencha sa tête à travers la portière, tirant sur les deux héroïnes. La soudeuse essaya de répondre comme elle le pouvait, alors que Cléo se pencha au dessus de son épaule et avec quelques tirs précis réussit à toucher son objectif, tombant à terre, gémissant.

"Maintenant !"

Les deux se dépêchèrent d'arriver à la hauteur de la porte, puis sans attendre firent irruption dans la salle.

Celle-ci était pleine de meubles anciens recouverts de draps, des déchets jetés ça et là, des couchettes éparpillées ainsi que des rations et de la paperasse sur des tables arrangées sans ordre véritable. C'était comme un espèce de camp, diablement mal organisé pour une unité aussi d'élite que la MIRA. Autout d'elles, rien d'anormal, personne à première vue. Tout semblait avoir été déserté, comme si leur cible venait tout juste de leur échapper.

Tout à coup, ils entendirent quelqu'un se relever et tirer au fusil d'assaut sur eux, se baissant juste à temps. Les filles n'eurent pas le temps de voir leur assaillants, et se dépêchèrent de rejoindre l'arrière d'un piano pour se couvrir des tirs qui venaient de l'autre côté de la salle.

Cléo avait repris ses marques, elle tenta de pencher sa tête pour voir qui leur tirait dessus avant d'éviter de justesse une nouvelle salve de projectiles. Elle se tourna vers sa coéquipière assise à terre, se tenant l'épaule.

"T'es touchée ?"

"C'est rien, t'inquiète !"

"Non, attends !"

De l'autre côté de la grande salle, une voix féminine résonna soudain.

"C'est quoi cette histoire ? Des gamines ?"

Cléo profita de ce moment pour se pencher et tenter un tir à l'aveugle, sans succès. Cependant, cela eut le mérite de forcer leur adversaire à prendre du couvert elle aussi alors qu'elle était visée. La cadette put apercevoir l'espace d'un instant à qui ils avaient réellement à faire: Une figure imposante, deux mètres de stature, des bras musclés, cheveux noirs attachés en deux fines tresses, et surtout la caractéristique la plus importante: un masque, noir comme la nuit, et deux croix blanches à la place des yeux. Il n'y avait aucun doute dans son esprit, c'était bien elle Cassandra.

"C'est donc toi Cassandra, hein ?"

"Tu devrais faire attention à ce que tu dis petite fille, ici c'est pas une cour de récré ! Vous avez ptet descendu les incapables que j'ai comme escorte mais vous vous trompez si vous croyez vraiment vous sortir de là !"

Cléo continua à tirer à l'aveugle, cherchant à la pousser hors de sa cachette, mais rien n'y faisait. Surtout, à chaque fois elle manquait de se prendre une riposte alors que Cassandra se levait pour lui renvoyer ses balles. Elle ne pouvait pas continuer comme ça, ils allaient finir à court de munitions et tôt ou tard, des renforts allaient arriver.

Elle se replia derrière le piano, se baissant, cherchant à aider son amie qui depuis s'était remise sur pied.

"Ecoute moi, Céleste. Continue de tirer sur elle. Je vais faire le tour."

"Mais..."

"Fais moi confiance !"

Céleste ne réfléchit pas deux fois. Elle empoigna son arme et se pencha à intervalles régulières, échangeant des coups de feu avec l'agente plusieurs mètres plus loin. En attendant, Cléo s'agenouilla et commença à se faufiler discrètement entre les meubles, cherchant à trouver un angle de frappe en se rapprochant d'elle à son insu.

Alors que les deux filles cherchaient désespérément à tuer leur adversaire, des cris commencèrent à se faire entendre à l'extérieur du bâtiment. La soudeuse s'exclama.

"On n'a pas le temps putain !"

À son tour, l'agente répondit, presque en riant.

"Regardez dans quel trou vous vous êtes fourrés, bande de cons ! C'est vraiment vous que Corvus paye pour faire de l'espionnage ?"

Cléo resta silencieuse, se rapprochant de plus en plus de Cassandra sans faire le moindre bruit alors que les coups de feu continuèrent à retentir. Mais à un moment donné, Céleste émit un gémissement avant d'arrêter de tirer.

"Argh, putain !"

Par réflexe, Cléo se retourna et s'exclama.

"Céleste !"

Elle se rendit compte bien trop tard de son erreur, révélant sa position alors qu'elle n'était qu'a quelques mètres de l'agente de la MIRA, prête à la surprendre et à la tuer. Dans son ventre, elle eut cette impression de vomir, cette nausée qu'est l'appréhension de la mort, celle de l'erreur fatale qui tue. Pour la première fois depuis que la fusillade avait débuté, elle se sentait vaciller.

Soudain, la porte de la chambre s'ouvra en grand, et Vesper débarqua triomphant, vidant un chargeur entier sur la position de Cassandra, la forçant à se replier derrière un meuble et oubliant dans le feu de l'action la voix de Cléo qu'elle avait entendu.

La cadette ne prit pas une seconde de plus pour réfléchir. C'était le moment qu'elle attendait.

Elle prit son courage à deux mains, se releva et plongea en direction du meuble pour venir trouver un angle de frappe sur l'agente, vidant ce qui lui restait de ses munitions sur elle, complètement découverte. Elle émit un puissant hurlement à mesure que les balles venaient cribler son flanc droit, lâchant son arme et venant s'écrouler à terre, toussant.

La jeune fille expira longuement. Sa stratégie avait fonctionné, et Cassandra était à terre.

Doucement, Cléo se releva pour aller inspecter le corps. Elle était toujours en vie, mais sa bouche était complètement ensanglantée. Elle allait mourir bientôt, se vidant progressivement de son sang.

Agonisante, l'agente déclara.

"Putain... Sales gosses... Vous êtes qui... Pour vous battre comme ça ?"

Cléo s'agenouilla sur elle, ouvrit la trousse de secours qu'elle tenait attachée à sa ceinture et en extrait un scalpel. Elle regarda longuement sa victime avant de lâcher.

"On est les Apôtres de Jade. Gloire aux Scorpions."

Et d'un coup sec, elle scinda la gorge de Cassandra avec sa lame l'achevant définitivement. L'agente du haut conseil en charge de la base avancée de Blisonne, et celle censée stopper Vitriers, était tombée. Et ce, grâce à eux. Grâce à Cléo.

Vesper et Céleste se dépêchèrent de venir rejoindre Cléo, la surprenant dans l'acte de son exécution. La soudeuse émit son ricanement comme à son habitude, tandis que le jeune homme lâcha.

"Beau travail Cléo. Je savais que je pouvais compter sur toi."

"C'est pas trop tôt bordel, en attendant Céleste s'est prit deux balles !"

"Hein ?"

Céleste secoua la tête, toujours en train de ricanner.

"C'est rien, putain. Elle m'a juste gratté l'épaule et la main, ça va. Je vivrai pour mourir un autre jour."

En attendant, des cris semblaient s'accentuer à l'extérieur du bâtiment. Cléo se releva rapidement, mais Vesper semblait calme malgré la situation.

"On doit se tailler d'ici tout de suite."

"Attends. Je veux faire un truc."

Lentement, le jeune homme se baissa sur le cadavre de l'agente. Il l'inspecta rapidement, avant de lui arracher son masque révélant un visage couvert de cicatrices, défiguré.

"Putain, quelle garce... Tu m'étonnes qu'elle porte un masque avec ça !"

Vesper à son tour retira son masque pour l'échanger avec celui qu'il venait de trouver. Il lui allait comme un gant, à tel point qu'il se retourna pour demander l'avis des deux autres.

"Alors, il est pas beau le trophée ?"

Céleste ricanna à nouveau.

"Trop la classe. Là on fait vraiment peur !"

"Haha !"

C'est alors qu'ils entendirent des soldats forcer la porte du couvent en bas de l'escalier. Immédiatement, ils sautèrent à l'action, rangèrent leurs affaires et se dépêchèrent de rejoindre le couloir avec leurs armes à feu braquées devant eux.

La rencontre avec les soldats fut assez rapide, ils réussirent à en tuer trois avant de les forcer à se replier derrière la porte. À ce moment là, Vesper décrocha de sa ceinture une espèce de grenade fumigène qu'il lança pour couvrir l'entrée avant de faire signe aux deux de le suivre.

Les trois s'élancèrent donc sur le chemin du retour, jetant toujours un coup d'œil derrière eux par peur d'être suivis, parsemant leur chemin d'écrans de fumée pour retarder toute poursuite. Comme à l'allée, ils empruntèrent le même tunnel pour rejoindre leur point d'exfiltration, mais cette fois à toute vitesse et avec le sourire aux lèvres, pour enfin débarquer en lieu sûr où Estéban les attendait avec un véhicule.

"Montez, on se taille !"

Les trois prirent place dans la jeep avant de détaler à toute vitesse plus loin, loin de la base, dans un endroit où ils allaient pouvoir descendre et continuer à pied, et espérer rejoindre Tableroi en priant que leur attentat eut un effet sur la campagne du nord.

Quoi qu'il en soit. Ce soir là avait été un grand soir pour Cléo. Tout le monde la félicitait durant le trajet, tous contents de leur coup magistral réalisé sans accroc majeur, tous fiers d'avoir pu contribuer à cette guerre d'une manière ou d'une autre. Et si seulement Jade pouvait voir ce qu'ils avaient fait...

Après ce soir là, la MIRA ne finira jamais par comprendre ce qui est réellement arrivé, par combien de personnes ils ont été pris d'assaut et surtout, par qui. Personne ne se doutait qu'il s'agissait de trois-quatre gamins schizophrènes avec des ambitions plus grandes que leurs moyens et motivés par leur religion et leur leader. Mais au delà de tout cela, personne ne se doutait que cela pouvait venir d'un belligérant tiers de la Guerre des Ombres.

Sans le savoir, sans même que les quatre abandonnés ne le sachent, cet attentat marquait le début de l'action concrète de Scorpius dans le théâtre antarien.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
À Blisonne, quatre anciens détenus évadés, devenus les "Apôtres de Jade", ont arraché sous la torture les informations nécessaires pour localiser Cassandra, du Haut Conseil de la MIRA, avant de faire sauter le dépôt de munitions de la base en diversion. Cléo, jusque-là réticente à tuer, franchit ce cap en portant elle-même le coup de grâce à l'agente, malgré une Céleste blessée au passage. Cassandra avait justement la charge d'arrêter l'offensive de Vitriers vers le nord. Les quatre s'exfiltrent par les égouts, espérant que leur coup profite à Corvus, et comptent rejoindre Tableroi si la ville venait à tomber.
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