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Image de la politique nordiste à un mois des élections et du troisième anniversaire de l'Holocauste - 11 décembre 2019


À moins d'un mois des élections constituantes convoquées par Sa Majesté à la suite du référendum historique approuvé à plus des deux tiers des suffrages exprimés et un taux de participation historiquement haut avec près de 88% d'électeurs inscrits s'étant déplacé ou ayant fait procuration, l'Empire du Nord connaît sans doute l'un des débats intellectuels et politiques les plus profonds de son histoire moderne depuis la fin de la dictature fasciste à la moitié du siècle dernier, et alors qu'à présent s'ouvre une nouvelle décennie après des années 2010 extrêmement mouvementées. Rarement les questions institutionnelles avaient occupé une telle place dans la vie publique. Trois ans après l'Holocauste d'Estham, les cicatrices demeurent ouvertes, mais l'urgence de la reconstruction a progressivement laissé place à une autre interrogation : comment organiser durablement l'Empire afin qu'une telle catastrophe ne puisse plus jamais entraîner l'effondrement de l'État ? Comment redéfinir les règles communes de notre nation qui a perdu en une nuit 2 millions de ses citoyens pour aborder l'avenir plus sereinement ? Cet exercice politique sous tension mais déterminent apporte malgré tout une véritable respiration démocratique après près de 3 ans sans élections, justifiées par les guerres militaires et hybrides qui se déroulaient et par l'urgence de la reconstruction lors de la première moitié de la << régence >>.

Loin d'une simple révision technique, c'est la nature même du régime qui se trouve en discussion à l'approche du ce scrutin historique. Monarchie, République, centralisation, autonomie, citoyenneté, démocratie participative, rôle des communautés historiques, place des forces armées, organisation économique, outre-mer : les projets présentés dessinent des visions parfois irréconciliables du futur impérial sur une quantité importante de sujets très politiques. Dans cette bataille des idées, trois pôles disposent actuellement des programmes les plus élaborés et les plus cohérents selon les chercheurs de l'Université Nationale de l'Avenir (spécialisée en sciences politiques) de Kuja. Le Parti Solidariste et Unioniste, principal moteur intellectuel du Front Commun Constitutionnel, le Parti Communiste Radical et ses grands théoriciens et cercles de pensée extrêmement prolifiques malgré la quasi inexistence politique communiste sur la scène politique nationale durant les 10 dernières années, et le Front du Renouveau National se distinguent par l'ampleur des travaux produits par leurs instituts et fondations idéologiques d'extrême droite, alimenté par tout l'écosystème néo-fascistes et ses nébuleuses. Autour d'eux gravitent des formations plus fragmentées et aux programmes moins précis.

Le Parti Communiste Radical, crédité de 9,6 % des intentions de vote, est probablement celui qui propose la rupture la plus radicale. Le document fondamental élaboré par l'Institut Simon Carrell et plusieurs centres d'études marxistes affiliés imagine une transition constitutionnelle devant mener à une République Populaire Transitoire Nordiste. Dans cette vision, la monarchie serait abolie et remplacée par une assemblée révolutionnaire centrale permanente chargée d'organiser progressivement la construction du socialisme puis du communisme, qui déclinerait sur le territoire d'autres assemblées plus locales ou spécialisées et une forte présence syndicale afin de mener à bien cette transition. Le PCR entend constitutionnaliser un ensemble nouveau ou réformé de droits économiques et sociaux : droit au travail garanti, droit au logement, droit à la santé intégrale, droit à l'éducation permanente, droit à la culture populaire et contrôle ouvrier sur les entreprises. La grande propriété privée serait abolie constitutionnellement et la question de la petite propriété reste elle en suspend, probablement pour ménager les tensions internes entre les différents courants. Les secteurs stratégiques seraient nationalisés et placés sous planification démocratique. Le mot d'ordre économique est la planification, quand bien même la planification écologique reste aussi un point d'achoppement entre les nouvelles générations de membres et d'élus sensibles aux questions climatiques et les membres de la vieille garde resté dans une mentalité de << béton et électricité pour le progrès >>. Les partis considérés comme réactionnaires pourraient être interdits au nom de la défense révolutionnaire mais surtout de la lutte contre le fascisme et l'extrême droite. Les territoires d'outre-mer accéderaient eux à l'indépendance par référendum et négociation, dans une logique anticoloniale assumée qui ne cache pas son désir de voir des liens étroits conservés après l'indépendance sous forme de proximité idéologique dans l'espoir d'un État afaréen socialiste ou communsite. L'État lui-même serait progressivement remplacé, selon les différentes sensibilités du parti, soit par un système de conseils ouvriers, soit par une démocratie communaliste fortement décentralisée, ou pour certains la continuation de la dictature du prolétariat centralisé tant que la révolution mondiale ne sera pas aboutie. Cette coexistence entre marxistes orthodoxes, communalistes, autogestionnaires et loduaristes (ainsi que d'autres courants) produit parfois certaines ambiguïtés, mais le travail doctrinal réalisé depuis trois ans impressionne même ses adversaires qui à l'image du PSU reconnaissent au PCR une force de théorisation que peu de formations politiques peuvent se prétendre d'avoir.

Face à lui, le Front Commun Constitutionnel apparaît comme le grand favori des élections. Il réunit le PSU, le Mouvement du Lendemain, l'Alliance Chrétienne Démocrate, le Parti de l'Avenir Afarée et l'Union Native Démocrate. Ensemble, ces formations représentent plus de 60 % des intentions de vote, ce qui met cette alliance programmatique dans une position plutôt confortable à un mois de ce scrutin.

L'accord qui les unit ne porte pas sur tous les détails institutionnels mais sur un socle fondamental et consensuel entre ses membres. Tous souhaitent conserver la monarchie impériale constitutionnelle. Tous défendent une décentralisation profonde inspirée des leçons d'Estham. Tous soutiennent la création d'États constitutifs, notamment en Afarée ainsi qu'en Aleucie pour les peuples natifs. Tous souhaitent renforcer la démocratie parlementaire et les mécanismes de participation citoyenne. Le projet commun prévoit une Chambre Nationale élue à la proportionnelle, un Sénat représentant les territoires et les communautés historiques et locales ainsi qu'un Conseil Nobiliaire aux compétences limitées et symboliques, réunissant la noblesse impériale et les aristocraties locales reconnues. Il prévoit également la création d'une seconde capitale impériale en Afarée, complémentaire de celle d'Aleucie, afin d'éviter qu'une nouvelle catastrophe puisse décapiter l'État et dans l'objectif de matérialiser l'effacement progressive des logiques << métropole / outre-mer >. Cette proposition est devenue l'un des symboles de la reconstruction post-Estham et de la pensée d'un nouvel État.

Si le Front Commun s'est accordé sur ces grandes lignes, c'est incontestablement le Parti Solidariste et Unioniste qui a fourni la majeure partie de l'architecture intellectuelle du projet. Ses douze manifestes, rassemblés récemment dans l'ouvrage << Douze manifestes pour cinq révolutions >>, constituent probablement le travail constitutionnel le plus ambitieux publié à ce jour. Le PSU défend ce qu'il appelle cinq révolutions douces : démocratique, écologique, économique, géostratégique et esthétiquo-sociétale. Son projet envisage une démocratie participative particulièrement développée. Assemblées citoyennes locales, tirage au sort de magistratures civiques, tribuns citoyens, mécanismes d'alerte constitutionnelle, dualité du pouvoir exécutif avec deux Premiers Ministres issus de chambres différentes, principe de collega donnant obligation à certaines institutions de prendre des décisions collégiales, autant d'idées qui nourrissent les débats intellectuels depuis plusieurs mois. Les solidaristes souhaitent également inscrire dans la Constitution la continuité permanente de l'État, la transparence administrative, des limitations strictes des pouvoirs d'urgence et un système empêchant les dérives autoritaires. Leur devise implicite demeure celle formulée après Estham : survivre pour autrui. L'ambition est grande : changer le rapport de la société à la politique et plus que cela, changer la société pour contrer l'essor de l'extrême droite, pour faire progresser le féminisme et l'écologie, pour démanteler également l'adultisme de la société. C'est par ailleurs l'un des seuls partis à mettre autant la jeunesse au centre de son programme. Âge de vote à 16 ans, éducation politique, auto-gestion des universités et des lycées, ministère de l'Enfance et un arsenal de propositions rares dans le débat public pour ne plus considérer les jeunes et les mineurs comme des citoyens de seconde zone.

Le Mouvement du Lendemain, se revendiquant socialiste et plus proche des traditions sociales-démocrates classiques, lui, a du mal à faire vivre un discours singulier quand la lecture historique du PSU le place au centre gauche mais qu'il promeut des idées souvent plus à gauche que celle du MdL qui souhaitait << rompre avec le glissement vers le social-libéralisme >>. Cela semble pourtant être dans les faits la position d'un certain nombre de cadres du MdL. Ses enjeux habituels de l'écologie, du féminisme, de la justice sociale et des services publiques ont été récupérés par le PSU qui déploie des propositions plus fortes et plus concrètes et qui dispose de relais plus forts au sein de la population. L'Alliance Chrétienne Démocrate, elle, voit la renaissance indépendante de la démocratie chrétienne mais n'offre que peu de perspective au delà d'un électorat catholique social relativement restreint. Le Parti de l'Avenir Afarée qui peut s'appuyer sur les solides réseaux de son prédécesseur, le Parti du Renouveau Afaréen et qui est fort d'un bilan relativement salué par les populations locales en Afarée affiche toujours des intentions de votes solides bien que l'union périlleuse des indépendantistes afaréens capte une partie de son électorat le plus radical et limite ses intentions de votes qui se retrouvent en deçà des scores passés du PRA. L'Union Native Démocrate, réorganisée et formation politique respectable qui a réussi aussi à se construire un réseau favorable chez d'autres partis arrive elle à pousser la question de la reconnaissance d'un pays constitutif natif au même titre que ce qui est envisagé en Afarée.

À la droite du Front Commun, la Plateforme Progressiste Nationale, créditée de 8,8 %, partage une partie importante des orientations générales mais refuse ce qu'elle considère comme une << fédéralisation excessive >> qu'elle a combattue sur la période 1990-2009 en observant dès la campagne législative de 1992 pour ses plus vieux membres proches de ce mouvement d'alors, des positions pour la réforme des institutions impériales. L'Empire fédéral de l'époque montrant de plus en plus de défaillances et des élus du Front Nordiste (centre) et de la formation Empire d'Acier (centre droit) avaient commencés à émettre des volontés de réforme. Celles-ci ont abouties en 2009 avec la disparition du système fédéral grâce au PSI et à l'influence qu'avaient gagnés cette faction au sein du parti. Aujourd'hui ces élus ou leurs héritiers se sont principalement dirigés vers la PPN et restent extrêmement frileux sur ce point, y voyant un recul en arrière et un retour partiel à la situation de 2009.
Héritière des milieux technocratiques et administratifs de l'ancien PSI, la Plateforme accepte certaines autonomies mais refuse la création de deux capitales et s'oppose à l'intégration du vote blanc ou de l'abstention dans les mécanismes de légitimité électorale comme souhaité par le Front Commun. Elle défend une vision plus classique d'un État régionalisé mais demeurant fortement unitaire. En dehors de ces questions, elle reprend pour elle un certain nombre des propositions du front commun.

En termes d'héritage il y a également l'Union Conservatrice Impériale de l'ancien Premier Ministre Cayden Wiseman, avec 6,5 % d'intention de vote, qui représente quant à elle la continuité institutionnelle et une droite conservatrice qui a définitivement digéré son divorce avec le centre qui a glissé vers la gauche. Ses juristes, principalement des notables de province, proposent de préserver l'essentiel de la Constitution actuelle tout en renforçant les pouvoirs de l'exécutif et de l'Empereur. Les conservateurs rejettent les États constitutifs, craignant une fragmentation progressive de l'Empire et plaident pour une décentralisation administrative limitée, une plus grande stabilité gouvernementale et une restauration de l'autorité publique.

Plus marginal mais extrêmement visible, le Mouvement Anticolonial Afaréen rassemble 2,1 % des intentions de vote à l'échelle nationale mais qui au sein des territoires afaréens représentent bien plus. Ces territoires à la population d'environ 5,9 millions d'habitants disposent de 3,95 millions d'inscrits sur les listes électorales. Au sein de ces territoires, le PAA représente 55% des intentions de vote et le MAA 11%. Sa cohésion demeure fragile et le profil de ses électeurs extrêmement fragmenté. Tous ses courants réclament l'indépendance des territoires afaréens, mais divergent profondément sur les institutions futures. Certains souhaitent des républiques socialistes, d'autres des monarchies traditionnelles, d'autres encore des fédérations panafaréennes ou des démocraties parlementaires, et d'autres des États forts et une démocratie << à l'afaréenne >> cachant bien souvent des volontés autoritaires. L'absence de projet constitutionnel unifié limite son influence mais il capte le vote des indépendantistes de tous bords, des communistes locaux, des mécontents du PRA ou des membres de communautés peu convaincues par l'idée de pays constitutif.

Plus radicale encore, l'Action Native Souverainiste, créditée de 0,7 %, réclame la création d'un État indépendant exclusivement natif, fondé sur les traditions claniques ancestrales. Son discours sur le renvoi des descendants de colons et sa tolérance envers la violence politique l'ont largement marginalisée mais le parti représente tout de même une part non négligeable de l'électorat natif dans des proportions importantes pour une formation politique si extrême. Les multiples condamnations de ses membres n'ont pas empêchés d'attirer à eux les natifs les plus conservateurs et les plus hostiles à l'Empire. Il n'y a d’ailleurs comme partis réellement structurés que l'UND partisane de maintien dans l'Empire et sur une ligne allant du centre gauche au centre droit, et l'ANS qui attire les plus extrêmes, parfois même l'extrême gauche native. Entre ces deux propositions il y a peu d'alternatives natives à moins de se reporter sur des partis nationaux.

À l'autre extrémité du spectre, Nouvel Horizon d'Atlas Solomon, le riche homme d'affaire multipliant les déclarations contradictoires, provocantes et extrême poursuit son ascension pour un mouvement créé il y a peu avec 5,1 %, concurrençant directement l’extrême droite traditionnelle et dure incarné aujourd’hui par le FRN. Inspiré par d'autres hommes d'affaires lofotenois ou akaltiens lancés en politiques et par les sphères techno-libertariennes, le mouvement propose une Constitution réduisant drastiquement le pouvoir parlementaire et recentrant l'État sur les fonctions régaliennes. L'économie serait presque entièrement libéralisée. Les protections sociales seraient réduites selon une lecture ultra-libérale relativement classique et des phrases chocs populistes à base << d'assistanat >> et de << parasites >>. Les politiques migratoires deviendraient extrêmement restrictives et l'organisation territoriale serait recentralisée.
Le mouvement imagine une sorte de présidentialisme impérial puissant autour de la figure du premier ministre, hostile aux corps intermédiaires et méfiant envers les institutions internationales et le multilatéralisme. Ses cadres évoquent régulièrement une << Constitution de front pionnier >>, orientée vers la conquête spatiale, virtuelle, commerciale, l'innovation technologique et la défense d'une identité chrétienne et kentoise jugée menacée.

Mais c'est sans doute le Front du Renouveau National qui propose la rupture la plus inquiétante pour nombre d'observateurs et que le front commun, et en premier lieu le PSU, tâche d'inlassablement dénoncer. Héritier direct des courants issus de la dictature fasciste des années trente et quarante, le FRN, crédité de 6,2 %, a élaboré un véritable projet d'État << régénéré >> à travers les travaux du Club des Pendules. La monarchie y serait abolie au profit d'un exécutif fort incarnant la nation. Le Parlement deviendrait essentiellement consultatif et les élections modifiées pour intégrer également les corporations que le FRN souhaite mettre en place. Les forces armées seraient élevées au rang de pouvoir constitutionnel autonome. Les territoires d'outre-mer, à l'heure où l'autonomie a le vent en poupe, seraient à nouveau considérées comme des colonies administrées comme telles par des gouverneurs coloniaux nommés. La préférence nationale serait inscrite dans la Constitution et les citoyens divisés en catégories hiérarchisées en fonction des doubles nationalités ou des degré de parenté avec l'immigration. L'économie serait organisée comme dit autour d'un corporatisme que l'on devine aisément autoritaire et protectionniste. L'éducation militaire obligatoire serait généralisée et entre tant de propositions révoltantes mettant ce parti dans l'impossibilité de toutes alliances politiques avec d'autres partis pour qui fréquenter celui-ci serait un suicide, la reconquête du Mokhaï inscrite comme objectif historique permanent.

Si les deux partis d'extrême droite représentent ensemble environ plus de 11 % des intentions de vote et l'extrême gauche 10%, ainsi que le reste des autres factions 18%, la dynamique actuelle semble nettement favorable au bloc réformiste dominé par le PSU. Les derniers sondages accordent au Front Commun Constitutionnel une majorité potentiellement écrasante avec au cumulé près de 60% d'intentions de votes, un socle solide et nécessaire au vue de la tâche qui attendra la formation vainqueuse.



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