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Activités étrangères en Sylva - Page 8

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Quotidia, Le média de l'excellence conservatrice, informations offertes par le Groupe Falieri a écrit : 8 février 2019

Politico, votre émission Géopolitique
L'impasse Carnavalaise expliquée


a
Liz Liotta, votre spécialiste



Votre rendez vous géopolitique aviné, avec Liz Liotta



Liz Liotta: Bonjour chers *hics* téléspectateurs. Terreur et guerre souterraine, tel est devenu depuis de longs mois un conflit carnavalais qui s'enlise et qui, mine de rien, pourrait bien marquer un moment de recomposition politique majeure en Eurysie *hics* occidentale. En effet, plus de deux ans après le massacre d'Estham ayant causé la perte de plus de deux millions de civils nordiens, l'OND avait fait de la neutralisation de l’État carnavalais un totem dont la simple remise en question paraissait alors tout bonnement innimi...inna...*hics*...inimaginable.

Le plan onédien paraissait aussi simple qu'implacable tant il avait déjà fait ses preuves sur d'autres théâtres d'opérations, comme en Vaikonenland en 2013-2014: une opération visant à verrouiller une suprématie aérienne, devant permettre un débarquement amphibie et la prise de contrôle du territoire métropolitain de la cité-état. Deux ans et demi plus tard, quel bilan ? Une Carnavale qui si elle a perdu le contrôle de la quasi totalité de son territoire, tient bon dans le cadre d'un siège dont personne n'avait prévu qu'il dure aussi *hics* longtemps. En face une OND manquant de répondant, et ne parvenant pas à adapter sa doctrine militaire à la réalité du terrain: celle d'une élite carnavalaise qui n'entend pas se résoudre à une capitulation sans conditions qui était le but de guerre onédien, et d'une population relativement hostile à l'occupation onédienne. Pour nous aider à décrypter cette situation, nous accueillons l'ancien sénateur-stratège Lazaro Espero. Bonjur Lazaro.


Lazaro Espero: Bonjour Liz.

Liz Liotta: Vous qui vous êtes distingué dans les années 1990 par vos actions dans le cadre d'une guerre asymétrique qu'est le conflit de l'AIAN en Achosie du nord, pensez vous que Carnavale n'est pas devenu tant un Vaikonenland qu'une Achosie du Nord pour le commandement oéndien ? Comment expliquer ce manque de progression là où le corps expéditionnaire onédien est pourtant considéré comme la force d'intervention la plus numériquement importante jamais mise sur pied dans l'Histoire récente eurysienne, une force dotée de moyens que l'on pourrait considérer comme quasi illimités. Et pourtant...pourtant patatra deux ans plus tard, on se retrouve avec une armée onédienne dépassée qui non seulement n'arrive pas à prendre l'objectif principal de ce conflit, et qui par dessus le marché subit une forme de guerre d'attrition et de guérilla.

a

Lazaro Espero: En effet Liz. Il y a deux ans, voire trois ans, je pense que pas grand monde aurait parier quelque chose sur un tel étalement de la guerre dans le temps. Il faut le savoir, qu'il y a plusieurs facteurs qui déterminent le vainqueur d'un conflit, et contrairement à ce que l'on pense, ce n'est pas tout le temps la force brute, et ce que je nomme la "résilience des nations". C'est quoi la résilience d'une nation ? Eh bien c'est tout simplement l'aptitude, en premier d'un gouvernement à continuer un conflit, en puisant non seulement dans des ressources matérielles, mais surtout morales. Le ressort moral, je le pense, à de grandes conséquences sur la conduite d'un conflit, et surtout sur la volonté politique qui permet de le poursuivre. Cette puissance de la volonté politique, elle est déterminée par deux choses: en premier lieu la légitimation du confit auprès des masses. La plupart des pays onédiens sont des démocraties libérales où l'opinion publique joue un rôle fondamental. A ce titre, le massacre d'Estham paraît comme une raison amplement légitime de faire la guerre. Le problème, je le pense, c'est que ces populations qui n'ont pas l'habitude du conflit, qui n'ont jamais vécu le conflit avant cela, ces populations ne se doutaient peut-être pas d'un tel étalement du conflit et surtout, de pertes militaires qui augmentent au fil des mois. Si bien que je le dis: on était parti pour une guerre du Vaikonenlkand bis, on se retrouve avec une guerre de l'AIAN bis. Et pour mener une guerre de l'AIAN bis, il faut puiser des ressources matérielles et morales autrement plus considérables que dans le cadre d'un simple conflit périphérique.

Avant tout je pense que l'OND a peut-être sous-estimé la volonté politique des élites carnavalaises, et aussi la réception de l'occupation du territoire carnavalais par la population locale. Et c'est là un autre facteur compliquant l'intervention onédienne: celles ci font face, non seulement à une élite politique aux méthodes maximalistes, mais également à une population qui pour le moment, n'a pas exprimé la volonté en quoi que ce soit de faire rupture avec cette élite. Toutes les sociétés reposent sur un contrat social, et j'ai bien peur que pour le moment, celui qui lie la population carnavalaise à ses élites tienne bon.


Liz Liotta : Mais donc, qu'est ce qu'i faudrait pour que cette situation change ? L'OND est coincée ou ça se passe comment ? Quand un combat se déroule à 1 contre 10, qui en a quoi que ce soit à foutre de vos histoires de contrat *hics* social ?



Lazaro Espero
: J'y viens Liz. En théorie, l'OND n'est pas du tout coincée, car si elle s'en donnerait les moyens, il serait tout à fait possible de terminer ce conflit en l'espace de quelques semaines, voire quelques mois. Les problèmes auxquels l'OND fait face sont avant tout dans leur propre camp. En premier lieu, il faut que les nations onédiennes admettent que la nature de leur adversaire ne leur permettra pas de faire une guerre propre. Les onédiens, depuis le premier jour de l'intervention à Carnavale, sont obsédés à l'idée de minimiser au strict minimum les pertes civiles au sein de la population carnavalaise. C'est louable certes, mais le but dés lors qu'il s'agit de partir en guerre, c'est de gagner cette guerre. Or, le replis mental des élites carnavalaises, qui a acté le fait d'une guerre totale, ne permet plus aux onédiens d'avoir le luxe de faire la distinction entre personnel militaire et civil, encore plus lorsque le pouvoir carnavalais utilise délibérément les populations civiles dans le cadre de ses plans de bataille. C'est cette même barrière mentale qui ralentit considérablement la prise de contrôle de la cité-état, qui rallonge le siège et provoque de fait davantage de pertes militaires aboutissant à une baisse sensible du moral des troupes onédiennes. Le jour où les onédiens accepteront l'état des choses, qui est que la population civile leur est majoritairement opposée, et que de fait, ceux ci ne pourront pas éviter les victimes civiles, je pense que ce sera déjà un premier avancement de leur cause. Cette question est centrale en vue de la prise de Carnavale proprement dite, qui je le rappelle, n'a toujours pas été conquise.


Liz Liotta: En langage scientifique, on pourrait appeler ça une "fragilité de gauchiste mental" vous pensez ?


Lazaro Espero
: Je ne serais pas aussi catégorique voyons...mais il est indispensable que pour l'emporter, l'OND appréhende la nature profonde des motivations qui animent les individus qu'elle combat, ainsi que leur univers mental, et une chose est apparue clairement: Carnavale ne se rendra pas parce que l'OND lui aura demandé poliment. Ce n'est pas une guerre ordinaire qui se joue, les carnavalais sont entrés dans une logique de guerre totale, et il va falloir que les onédiens, si je puis me permettre, se "bougent le fion", et aillent chercher cette victoire au bout d'une baïonnette: il est temps, pas seulement de décapiter le pouvoir politique, mais de détruire l'appareil de production, et ce qui permet à cet appareil de production de fonctionner: c'est à dire les ouvriers dans les usines. Lorsqu'on entre dans une logique de guerre totale, je pars du principe que ce sont des sacrifices auquel il faut consentir, et que le drapé de la pureté morale de l'OND rencontre des limites évidentes. Si ces derniers veulent vaincre les carnavalais, l'occupation du territoire ne suffit pas. Regardez toutes ces attaques en arrière front, elles le prouvent. Il ne faut pas seulement vaincre l'armée carnavalaise, il faut briser le moral de ses habitants, et faire tapis de bombe jusqu'à ce que "le fruit soit mûr" pour continuer l'assaut terrestre.


Liz Liotta: Des paroles humanistes qui manquent à notre classe politique Lazaro... Dites moi: dans l'un de vos articles paru sur le sujet du conflit carnavalais, vous identifiez des failles fondamentales dans le dispositif d'occupation de Carnavale, que vous comparez à la Guerre de l'AIAN, que vous avez connu, et qui était également un conflit mettant aux prises une force armée conventionnelle et une autre contrainte à des tactiques de guérilla. En quoi ces deux exemples démontrent qu'il existe une "bonne" et une "mauvaise" contre-guerilla.

Lazaro Espero: En effet, je pense que la position de l'OND gagnerait à être renforcée si celle ci appliquerait les méthodes de contre-guerilla qui ont montré leurs preuves en Achosie du Nord dans les années 1980-1990. La politique de terreur dont je parlais, ce n'est qu'un aspect parmi d'autres de cette pratique de la petite guerre, ce n'est qu'un outil parmi d'autres qu'il s'agit d'utiliser au moment opportun, et ce pour un seul but: la destruction de l'unité sociale d'une population. La contre-guerilla n'obéit qu'à une règle: fractionner, diviser, obstruer toute tentative de communication au sein d'un groupe de population. E, premier lieu, il faut établir le cadre de cette entreprise: occuper un territoire ne suffit pas: il faut le doter d'une administration militaire propre, le quadriller du mieux possible avec un dispositif certes gourmand en ressources humaines et matérielles, mais qui est nécessaire. Et c'est là un premier problème de l'OND: ils ne sont tout simplement pas assez nombreux pour subvenir à ce besoin fondamental qui est le contrôle du territoire. Au bas mot, je pense qu'il faut entre 200 000 et 250 000 hommes pour occuper efficacement le territoire métropolitain de Carnavale. Cela représente un coût énorme, mais je rappelle qu'il s'agit d'une guerre totale et que la nécessité fait loi.

Une fois qu'on dispose de ce cadre, qu'est ce qu'on fait ? Eh bien on a deux options pour fragmenter une population: la carotte ou le bâton. En premier lieu, il est nécessaire d'amadouer, stratifier, faire des traitements différenciés entre les différents groupes sociaux qui composent une population à un endroit donné, c'est comme cela qu'on brise une unité sociale. Cela comporte le don de privilèges à certains éléments de cette population, à des faveurs: dans une zone de guerre, cela se traduit par des distributions de nourriture, à des initiatives mettant en valeur l'armée d'occupation, à une propagande constante. Il faut s'interposer entre la population et l'armée carnavalaise, de sorte à rompre le contrat social existant entre les deux. Le succès ultime est remporté en protégeant la population, pas ses propres forces. Si les forces militaires restent bloquées dans leurs bases, elles perdent le contact avec la population, donnent l'impression d'avoir peur et cèdent l'initiative aux insurgés. Des patrouilles doivent être menées, le risque partagé et le contact maintenu en permanence. Et une armée de guerilla qui perd le contact avec la population d'un territoire, c'est une armée impuissante. Là aussi, l'OND a des lacunes considérables, et je pense qu'elle ne comprend qu'avec peine cet enjeu.

Une fois que la carotte fonctionne sur la population, il est temps d'utiliser le bâton contre toute forme d'opposition que l'on aurait réussit à isole, et de détruire les foyers de résistance par le force. Encore une fois, mes observations sur place font état d'une OND qui retient ses coups en permanence, dans des situations où il serait indispensable qu'elle le fasse. La mort des civils n'est pas chose souhaitable bien entendu, mais là encore...guerre totale, j'ai envie de dire. Il est grand temps que les onédiens finissent le travail, quitte à faire des petits morts par ci par là. L'Achosie du Nord ne s'est pas pacifiée avec la magie du saint esprit, pas plus que Carnavale ne se rendra pas sans un "petit coup de main", et sans quelques missiles tactiques dans deux ou trois hôpitaux.


Liz Liotta: Encore une fois nous vous remercions pour ces paroles de sagesse excellence Espero.

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Logo beau livre habitation Soulange


L'étonnant lien qui unie la Maison Impériale au Duché de Sylva prend place en 1969 avec Sa Majesté Émérite Ling Chongsheng, alors Premier Prince d'Empire. À cette époque, celui qui allait être connu dans le petit bourg de Manate sous le surnom de Grand-père lingois initia un tour du monde en yacht avec sa jeune épouse qui le conduisit en Paltoterra et plus particulièrement dans le Duché de Sylva.
Il tomba rapidement amoureux de ses lieux enchanteurs, de sa culture chantante, de sa cuisine savoureuse et surtout, de ses habitants amusants grâce à leur irrésistible résilience et à une joie de vivre bien singulière qu'une seule expression locale pourrait expliquer : Sa ka alé. Ça va aller. Cet amour incompréhensible pour la majorité de ses contemporains connu son paroxysme lorsque Ling Chongsheng acquit un ancien domaine sucrier en ruine, l'habitation-sucrerie Marboussier, en périphérie de Bourg des Mahoganys pour 35'000 cuivrettes.
C'est à ce moment qu'il serait de bon ton de revenir sur l'histoire de l'habitation-sucrerie Marboussier, vendue par certains locaux de Manate comme la plus ancienne sucrerie du duché. Une affirmation qui, si elle est fausse, n'efface en rien la richesse de son histoire passée.

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Logo Histoire : Origine familiale.Pour comprendre comment fut fondée l'habitation-sucrerie et par qui, il est de bon ton de faire un retour dans l'Histoire et surtout celle du Duché de Gallouèse.
La famille Marboussier prend ses racines à la fin du XVe siècle, au sein de la petite noblesse de robe gallèsante des plaines du bassin ligorien, en Françisc, non loin de Valteuse. Fais de commerçants et de juristes – notamment de notaire, permettant d'acheter ses titres –, la famille Marboussier s'enrichit progressivement et gagne une influence auprès des ducs de Gallouèse puis de la nouvellement créée Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes.
Au début du XVIe siècle, principalement en 1514, l'Organisation Gallésante des Comptoirs Maritimes entama une phase de colonisation d'un siècle sur le territoire de l'actuel Sylva, appelé par les locaux Kazannou et Sylvie par les colons eurysiens. De nombreuses familles de petite noblesse comme celle des Marboussier émigrèrent sur place et cherchèrent à y convertir leurs titres de service en concessions foncières. C'est ainsi que la famille s'enracina durablement en Aleucie du sud.

La fondation d'une branche sylvoise est attestée en 1585 lorsque Armand-Hercule de Marboussier (v. 1550 – v. 1600), officier de plume au service de l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes, arriva sur le littoral de la Sylvie et participa à la consolidation administrative des premiers comptoirs. Il devint un acteur de l'administration de l'Organisation en faisant le lien entre les Moundlo et les Eurysiens. Chargé par les administrateurs locaux de participer à l'organisation du comptoir de l'actuel Bourg des Mahoganys jusqu'ici connu sous le nom maïkawa de Okaïbari (/o.ˈka.i.ba.ɾi/ – litt. la pointe sur l'eau), il développa le tissu commercial fort en s'inspirant des coutumes marchandes autochtones et participa aux premières expéditions en terre mounbwa.
À ce stade, une digression s'impose. Sur l'actuel comté de Boisderose, de part en part du fleuve Timawato — qui par évolution phonétique diachronique donna Chimendlo —, coexistaient trois tribu-familles plus ou moins liées. D'une part les Maïkawa, habiles commerçants réputé pour leurs embarcations, leurs techniques de culture et tribu la plus puissante des trois. D'autre part, les Karaïka, tribu martiale douée pour la guerre et moins intéressés par le commerce que par réaliser des raids et des enlèvements de tribus mounbwa. Enfin, complétait ce tableau les Tawané et leur phénoménale capacité à se trouver là où le commerce fleurissait, changeant d'allégeance comme de femme ce qui dans une tribu polygame telle que leur était approprié. L'union de fait de ces peuplades moundlo ne tenait que par un statu quo fragile et des alliances de circonstances. Ils tiraient la plupart de leurs richesses dans le commerce. Les Karaïka revendant le fruit de leurs méfaits aux autres tribus qui se chargeaient d'écouler les marchandises tantôt aux Eurysiens, tantôt à d'autres tribus moundlo éloignées tout en nourrissant une culture de la différenciation et du rejet envers les Maïkawa.
C'est sur cette base que s'appuyèrent les colons, et entre autre Armand-Hercule de Marboussier, pour fragiliser leur confédération. Son rôle était d'exacerber la concurrence des familles de la Fédération Marchande Moundlo pour y asseoir l'autorité des colons gallèsants et s'installer durablement. Un jeu d'influence et de pouvoir se mit en place dans l'ombre. Marboussier fut chargé par l'Organisation d'identifier les maisons à favoriser de celle à exclure en réduisant l'approvisionnement en acier et en outils de l'une au profit d'une autre. Cette politique, qui dura jusqu'à la mort d'Armand-Hercule, provoqua l'accroissement des tensions entre Kaïraka et Maïkawa. En parallèle, il rendit la circulation du fleuve moins sûre pour ces peuples en accusant les Mounbwa d'en être les auteurs ce qui provoqua des pertes inévitables dans leurs approvisionnements en marchandises provenant des terres plus au centre du Duché et conduisit irrésistiblement à la Guerre du Bois aux termes de laquelle, la Fédération s'effondra, gangrené par ses rivalités avec les autres peuples autant que par les hostilités internes initiées par les colons.

Pour ces services rendus au Duché de Gallouèse et à l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes, Armand-Hercule de Marboussier se vit offrir une concession à cultiver aux alentours de 1587 sur un coteau orienté plein Est en surplomb du Timawato, au cœur même de la colonie de Bourg des Mahoganys dont le nom provint de la fascination des Eurysiens pour la quantité de mahoganys poussant dans la région. Primitive, l'installation ne permit pas à Armand-Hercule d'y vivre et il ne chercha pas non plus à quitter le comptoir duquel il administrait toute sa mission coloniale. Il n'y résida pour ainsi dire jamais et ne s'y rendit que quatre fois dans sa vie.
Les régisseurs locaux tentèrent de mettre en valeur le terrain par une culture vivrière rudimentaire composée principalement de manioc, et de patate douce auxquels s'ajoutèrent des cultures héritées des Moundlo comme le maïs, les haricots ou certaines variétés de courges. Les fruits n'étaient pas en reste, car de nombreuses papayes ou goyaves avaient trouvés seules le chemin des champs tandis que furent plantées des ananas, des corossols et des bananes qu'amenèrent les gallèsants avec eux.
Mais, Armand-Hercule de Marboussier ne put profiter plus longtemps de son domaine. Il mourut à la fin du XVIe siècle, probablement entre 1599 et 1601 des suites d'un raid meurtrier des Mounbwa laissant derrière lui toute une politique colonialiste et surtout, un fils de quatorze ans.

Maïkawa voyant l'arrivée des colons eurysiens.
Tribu Maïkawa voyant l'arrivée des colons eurysiens.

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Logo Histoire : Théophile et le tabac.L'histoire de l'habitation aurait pu s'arrêter là si le Destin n'avait pas été aussi capricieux. Théophile était un Mounmélé, c'est-à-dire un métissé. Armand-Hercule, personnage complexe, s'était rapproché d'une Moundlo — initialement pour servir les desseins de la colonisation — et avait fini par tomber sous les charmes de la jeune femme que les registres paroissiaux désignèrent par « Clara, sauvage alliée ». Originaire du village Maïkawa de Manati — devenu Manate avec le glissement phonétique —, la jeune femme s'appelait dans sa propre culture Kaïara. L'accouchement avait été difficile, Théophile se présentant par le siège. Elle en était sortie exténuée et extrêmement faible. La fièvre jaune n'eût aucun mal à la terrasser dans les premières semaines de vie de son jeune fils.
Jusqu'à la mort de son père, Théophile était éduqué selon sa double culture. Il passait le plus clair de son temps avec sa tante Tawila — la sœur de Kaïara — et le reste avec son père. Il se rendait bien plus souvent que lui sur la plantation de laquelle il participait aux travaux avec les régisseurs.
Son idyllique vie prit une autre saveur à l'aube du XVIIe siècle lorsque son oncle, Honoré de Marboussier, débarqua d'Eurysie pour poursuivre le travail d'Armand-Hercule. En métropole, des rapprochements dangereux avec les mauvaises personnes et des dettes contractées au jeu avait poussé ce vallètois d'origine à venir en Sylvie sans pour autant y avoir l'intérêt de son frère pour la question coloniale. Il se contenta de rester à Bourg des Mahoganys et d'administrer le commerce avec la métropole autant que la guerre du Bois qui faisait rage dans l'arrière-pays entre Moundlo et Mounbwa. On pouvait reprocher de nombreuses choses à l'homme, la pire était de ne pas être présent pour son neveu.
C'est naturellement que Tawila devint sa figure tutorale malgré les interdits formulé par Honoré de Marboussier. La matriarche, presque génétiquement conçue pour cela, ignora sans vergogne son beau-frère blanc.
Théophile participa de plus en plus aux travaux des champs avec Moundlo et régisseurs, il en profita pour en apprendre plus sur les techniques agricoles des natifs et notamment sur leur jardin botanique riche et foncièrement permacole. C'est de cet enseignement qu'il profita pour développer le domaine familial lorsqu'il eût été débarassé de la tutelle administrative de son oncle en 1604, alors âgé de dix-huit ou de vingt ans.
Le jeune de Marboussier tenait plus de l'homme de terrain que de l'administrateur né ce qui justifia son installation sur la concession la même année et la réorientation de la production pour passer de simplement vivrière à commerciable. Sous son autorité, l'habitation prit sa première forme physique en l'espèce d'une case en bois et de quelques autres batiments de même envergure dont un séchoir. Bénéficiant de quelques engagés sylvois et par l'intermédiaire de ses relations de bon voisinage nouées avec les communautés moundlo riveraines, héritées de la politique d'alliance de l'Organisation tout autant que par son histoire familiale, Théophile fit défrîcher deux hectares en bordure de la forêt et y fit planter du tabac.
La culture se voulait capricieuse, les bras pas assez nombreux et la forêt cherchait systématiquement à reprendre ses droits ce qui nécessitait un entretien régulier des bordures. Le petit rendement se dégageant de la concession serva uniquement à rembourser les dettes qu'il avait contracté auprès de l'Organisation pour payer ses engagés et acheter du matériel de construction.
La situation s'améliora difficilement sans être acceptable lorsque les premiers déplacés Mounbwa arrivèrent. Capturés par les Moundlo et utilisé comme main d'oeuvre servile payée au lance pierre, ils travaillaient dans des conditions pitoyables sur les plantations coloniales et au sein des cultures moundlo, subissant un racisme et des sévices exacerbés particulièrement chez les Kaïraka.

En parallèle, Théophile s'éprit d'amour pour son amie d'enfance Iara, une Maïkawa du village de Manati. Cette union ne plu ni à Tawila, ni à Honoré de Marboussier qui firent tout pour y mettre un terme. La tante du jeune homme pensait que pour protéger l'héritage de son père et ne pas contraindre les administrateurs eurysiens, il fallait qu'il épouse une blanche sylvoise ou gallèsante tandis qu'Honoré était d'avantage répugné par le métissage que par une réelle volonté d'offrir à son neveu et ses enfants un héritage.
Sans conviction, il se résigna à abandonner Iara pour épouser une certaine Perrine de la Hardays, fille de l'armateur Pierre de la Hardays. De cette union naquit Joachim en 1610. Le couple eût quatre autres enfants et des propres mots de Théophile, « Perrine avait la douceur de Iara sans être elle ». Il confia dans une lettre adressé à un ami en 1612 « Je pense avoir trouvé le moyen de l'aimer ».
Le plantation ne connue aucune autre évolution significative sous Théophile. Il mourrut en 1629 des suites d'une morsure de serpent alors qu'il travaillait aux champs. Il avait quarante-trois ans. Selon son testament, il fut enterré sur la plantation selon la tradition moundlo des Maïkawa. Il connut une vie difficile et arrassante, son repos éternel se devait d'être salvateur selon les mots de son propre fils aîné.

Travailleurs dans un champ de tabac.
Travailleurs dans un champ de tabac.

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Logo Histoire : Joachim et la canne.Joachim de Marboussier naquit sur la plantation de Théophile et Perrine de Marboussier, née de la Hardays, en 1610. Blanc de papier mais mounmélé par sa grand-mère et sylvois de naissance, Joachim grandit dans la concession de la famille sous la tutelle d'un percepteur dont on supposa être financé par son grand-père, probablement pour surveiller de loin l'éducation de son petit fils. Durant son enfance, le jeune Joachim fréquenta sa grand-tante Tawila — qu'il nomma affectueusement Tantie — et les Moundlo riverains de manière générale ; marchant sur les traces de son père. De culture eurysienne, Perrine était quant à elle plus intéressée par le fait que ses enfants aient une éducation plus formelle n'oubliant pas leurs racines gallèsantes. Fille de Pierre de la Hardays, un riche armateur sylvois opérant pour l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes, la jeune femme cherchait par tous les moyens de limiter son sang moundlo. C'est autour de 1626 qu'elle convainquit son époux de laisser leur fils aîné travailler avec son grand-père Pierre. Bien plus pragmatique, elle vit rapidement ce que Théophile ne voulait pas voir : la concession ne prospérait pas, les dettes devenaient asphyxiantes et Théophile n'était pas tant réputé pour son instinct commercial que par sa prédisposition à être un homme de terrain. Perrine était bien consciente que l'avenir de leurs enfants ne passerait pas par le tabac mais par le commerce et les réseaux marchands, particulièrement ce que Pierre de la Hardays représentait pour elle. Théopile de Marboussier, conscient de ses propres faiblesses, se laissa convaincre sans grande résistance d'autant que Joachim se montrait très intéressé par la chose commerciale. En effet, lorsqu'il n'était pas à Manate, le jeune homme allait avec en ville à Bourg des Mahoganys voir les navires du port, regarder les marchés, la criée et écoutait bien volontier les nouvelles du monde marchand venant des nombreux marins débarquant sur le port de la colonie qui avait subit des mutations impressionnantes en une dizaine d'année. Les cases s'étaient transformées en maison de briques et de bois, les quais avaient revêtis des vêtements de pierre et les rues s'étaient étendues jusqu'à englober le village moundlo d'Okaïbari.

Joachim embarqua sur les navires de son grand-père comme simple commis. Il voyagea aux quatre coins du monde grâce aux routes commerciales ouvertes par l'Organisation, et particulièrement la ligne Trouffles – Setamaghani en Jashurie où Paulin Tersai d'Empor, célèbre explorateur gallèsant avait établi sa base. Malgré ses liens avec l'armateur, Joachim n'était ni officier, ni épargné par ses capitaines qui n'étaient jamais avare de corvées pour lui comme faire briquer le pont du navire ou pomper la sentine. Pour le compte de Pierre de la Hardays, il dû tenir les registres commerciaux, observer les échanges et surtout apprendre. Cette expérience lui permit de voir comment fonctionnait le système marchand de l'Organisation de l'intérieur. Il assimila rapidement comment était rédigés les contrats et à quelles fins, quelles marges observées pour être rentables, par quelle manière l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes entretenait les rapports de force avec ses prestataires et d'autres choses propre à la mission commerciale de la compagnie marchande.
Pendant un temps, probablement dû à une maladie, Joachim fut débarqué à Setamaghani pour y être soigné. Il y resta six mois durant lesquels il pu sympathiser avec les gallèsants sur place autant qu'avec les natifs jashuriens. Il apprit beaucoup sur la culture locale, visitant des lieux jugés plus tard comme « féérique autant que pauvres ». Et dans la campagne environnante, le ganna, compagne discrète des champs de son enfance, semblait avoir trouvé sa terre promise ; elle foisonnait en un océan végétal. Lorsqu'elle était récoltée et pressée, le ganna donnait un sel aussi sucré qu'un ananas appelé sarkara — qui donna en azuréen sukkar, en rhêmien saccharum puis en teylois sucre. Ce ganna n'était ni plus ni moins que de la canne à sucre dont la culture balbutiante en Sylvie débutait à peine. Ici, elle semblait bien plus grosse et juteuse, les jashuriens utilisaient des moulins en pierre actionnés par des boeufs pour en extraire le jus qu'ils bouillaient. Cette sorte de mélasse odorante était ensuite séchée et unifié en pains de sucres. Cette observation donna l'idée au fils de Théophile de Marboussier de planter sur la concession de ses parents des champs entiers pour les revendre à prix d'or à la métropole et surtout, court-circuiter les producteurs locaux sylvois et leurs cannes plus rudimentaires. Mais Joachim ne faisait pas que voir, il écoutait surtout et il écouta d'Empor, lors de certaines veillées, racontant ses voyages passés. Pour une raison qui échappe encore aujourd'hui, le gallèsant se prit d'affection pour le jeune Marboussier. Cette sympathie alla jusqu'à le convier à Talo, en pays wan, où il devait se rendre pour le compte de la couronne ducale. Toutefois, il ne put jamais s'y rendre : son grand-père, Pierre de la Hardays lui intima de rentrer à Trouffles et de là gagner Vellatèz pour être admit dans une université où il suivrait un parcours juridique nécessaire pour un jour reprendre les rennes de la compagnie familiale.

Village typique de la région de Setamaghani.
Village typique de la région de Setamaghani

Le jeune Marboussier quitta Setamaghani le 28 mars 1628 pour ne plus jamais revenir en Orient. Il emporta avec lui un trois noeuds charnus de roseau à sucre et un rizhome de curcuma qu'il cacha dans son coffre de bord. Arrivé en métropole pour la mi-juillet, il se laissa volontier aller à l'oisiveté, rêvant tant de l'Orient que de la Sylvie tout en surveillant minutieusement sa précieuse cargaison. Si le curcuma s'accomodait bien d'un sac de cuir bouilli rempli de sable sec. Le roseau de sucre, canne à sucre telle que nommée en Sylvie, nécessitait des soins plus complexes : le plant avait été installé dans une caisse en bois de l'orangeraie familiale où séjournait Marboussier, prête à être déterrée ou replantée au besoin.
Il avait vu les océans verts de Setamaghani, les amphithéâtres poussiérieux lui semblaient alors dérisoires. Sans réellement s'intéresser à ses études, il ne manqua cependant aucun jour de travail jusqu'à recevoir, un jour de début mars, une lettre aussi salvatrice que destructrice. Théophile de Marboussier était mort brutalement des suites d'une morsure de serpent à l'aube de 1629. La lettre avait mit près de cinquante jours à lui parvenir, il n'avait donc aucune seconde à perdre. Il rejoignit Trouffles le dix mars 1629 et de là, l'Aleucie du Sud pour retourner sur sa terre natale en avril 1629.
Lorsqu'il pose les pieds à Bourg des Mahoganys, l'air y est lourd. La ville continuait sa lente mutation et de plus en plus de Mounbwa travaillaient comme auxiliaires. Sur le terrain de son père, les choses n'avait pas été glorieuses : le tabac rivalisait avec les friches tandis que les bâtiments dont la case présentaient d'hallucinants signes de dégradation. Sa mère et ses frères n'y vivaient plus depuis le lendemain du décès de Théophile.
Le jeune de Marboussier entreprit de relancer l'activité familiale de la concession. Il commença par renouer les liens avec les Moundlo de Manati et particulièrement avec Tawila que l'âge avait rattrapé et s'éteignit avant l'automne de la même année. Les dettes s'étaient accumulées et la compagnie menaçait de récupérer sa concession, Joachim ne l'entendit pas ainsi et rétablissa une partie de la culture de tabac, aidé de Mounbwa captifs et des Moundlo. Le très faible rendement permit tout juste de rembourser les sommes les plus urgentes et offrir une unique bulle d'air à Joachim. Il profita de celle-ci pour planter sa canne et son curcuma dans le champ vivrier de la plantation.

La chose était relativement simple : il fallait dresser un état des lieux précis de ce que le coteau était à même d'offrir et comment s'en servir. Il s'y attela durant tout le reste de l'année 1629 et poursuivit cela jusqu'en 1632. Lorsqu'il parvint à stabiliser la situation, il utilisa la plus grande largesse que lui permettait ses créancier pour négocier ardemment avec son grand-père un important prêt de 4'000 galliques. Il bénéficia de la sympathie du vieil homme autant que de son expérience pour faire valoir son idée de convertir la concession en sucrerie en s'appuyant sur ses observations de Setamaghani et sur la guerre des deux cités wan qui rendait l'approvisionnement en sucre relativement difficile. Pierre de la Hardays accepta à l'unique condition que son petit-fils rembourse cinq cent galliques d'intérêts. La chose était assez logique, la Guerre du Bois s'achevait et elle apportait une main d'oeuvre ne coûtant presque rien tandis que le cour du sucre augmentait eu Eurysie, porté par différentes sources d'approvisionnement lointaine et incertaine.
Joachim de Marboussier ne mit pas longtemps à recevoir l'argent, au lieu de rembourser ses créanciers, il embaucha une forte main d'oeuvre pour défrîcher le coteau et tripler la surface de son terrain le faisant passer de deux hectares à six en 1634.
Alors que la main d'oeuvre mounbwa permit d'accélérer le mouvement sans trop dépenser des fonds prêtés, des Sylvois et Moundlo affluèrent pour se faire embaucher comme auxiliaires et contremaîtres. Joachim put ainsi déléguer encore plus la tâche et entreprit la construction du tout premier moulin à bêtes de la plantation en utilisant des cylindres de pierres recouverts de bois. La hiérarchisation sociale de la plantation commença à se dessiner, elle perdurerait jusqu'à la faillite de l'habitation Marboussier.

Moulin à bêtes.
Illustration typique d'un moulin à bêtes de l'époque.

La fondation effective de l'habitation-Sucrerie Marboussier fut en 1635. Au cours de l'année qui venait de s'écouler, les de Marboussier érigèrent plusieurs cases pour loger les Mounbwa captifs de fait et une case à sucre comprenant deux batteries de chaudières et une purgerie. Les plans de canne jashurienne s'étaient bien développés et multipliés si bien que la première récolte pu se faire sur la quasi totalité des six hectares de plantation.
Pendant les sept années qui suivirent, l'habitation se consolida. Si la production demeurait irrégulière et que les dettes persistaient, les revenus de la canne permettait d'engager plus de main d'oeuvre pour défricher et entretenir dix hectares supplémentaires. Lorsque Joachim n'était pas occupé avec sa plantation, il allait en ville vendre ses marchandises et visiter sa famille. Une de ces visites lui fit rencontrer Anne. C'était une Maïkawa de bonne famille, originaire de Okaïbari, qui s'était convertie au christianisme. Pendant deux ans les deux jeunes gens se tournèrent autour jusqu'à se marier en 1644. Joachim avait trente-quatre ans, Anne vingt-deux. Anne, devenue de Marboussier, arriva à l'habitation et y prit la place centrale, fidèle à ses origines moundlo.
En 1645, le couple donnèrent naissance à François-Armand suivit de Clément en 1647 puis enfin de Clara en 1650. Cette même année, l'habitation était déjà l'une des plus importantes de la colonie. Elle comptait trente hectares et donnait suffisament de recette pour vivre confortablement sans extravagance et rembourser en même temps ses dettes.

François-Armand grandit sous le regard attentif de ses parents, en effet il était prédestiné à devenir l'héritier de l'habitation. Il receva le meilleur de la double culture familiale à cet effet et passait le plus clair de son temps entre son père et son percepteur. Clément, quant à lui, semblait prédisposé pour les chiffres. Une anecdote voudrait qu'à sept ans seulement, il ait donné la solution à un problème de superficie que se posait les régisseurs et Joachim.
Clara, outre le fait de porter le nom de son ancêtre, était le soleil de la famille. Elle était le ciment de sa fratrie et s'embelissait de jour en jour. Cependant, son sang moundlo hérité de sa mère en faisait également une redoutable adversaire, têtue comme un âne.
L'année 1660 fut celle d'un profond bouleversement pour les de Marboussier. En effet, la mère de Joachim mourru tandis que son fils Joachim était à son chevet. Depuis le décès de Théophile dont elle connaissait la nature des sentiments, elle s'était remariée avec son cousin éloigné Renaud de la Hardays, plus par confort que par conviction : elle avait donné tout son amour à Théophile et à leurs enfants. Perrine avait donné à Renaud un fils, Charles, qui avec le temps s'était affirmé pour être l'héritier de l'entreprise familiale et un habile commerçant auprès de l'Organisation.
Si personne ne sait la nature des derniers échanges entre Perrine et Joachim ; il est pourtant impossible de contredire qu'ils changèrent le Marboussier à jamais. Âgé de cinquante ans, Joachim se mit à déléguer progressivement la gestion de l'habitation à François-Armand. François-Armand avait été formé pour cela et il reprit aisément la suite de son père qui préfèra marcher dans ses champs, aider de temps en temps, s'occuper de son épouse ou de son jardin sylvois.
Clément, quant à lui, reçu de son père la charge de négociant. Grâce à son habilité avec les chiffres et les mots ; Clément obtint des de la Hardays une renégociation à leur avantage du contrat d'exclusivité. En parallèle, il mit un nez dans les dépenses de l'habitation et pu faire réaliser des économies substantielles dont la différence servit à rembourser plus rapidement les créanciers de la plantation.
Clara épousa Antoine Devaux en 1668. Sylvois de bonne famille et petit fonctionnaire de l'administration ducale. Elle dû quitter l'habitation pour vivre à Bourg des Mahoganys avec son époux mais fit plusieurs allers-retours entre Bourg des Mahoganys et l'habitation.
En 1672, au crépuscule de sa vie, Joachim de Marboussier possédait cinquante hectares de terrain bien portante. Une famille aimante et aimée et surtout des fonds. Il mourrut à 62 ans, dans son sommeil.

ambiance

Logo Histoire : Fratrie et indépendance.Les enfants de Joachim et d'Anne de Marboussier s'attachèrent à consolider leur héritage. François-Armand était, sur le plan administratif, le propriétaire de la plantation mais il se refusa à travailler sans le concours de Clément et de Clara, pas plus que sans celui de leur mère Anne.
De la mort de Joachim en 1670 à la moitié des années 1690, ils poursuivèrent le développement allant jusqu'à atteindre les cent hectares sur la fin de la période. Pour se faire, deux biais principaux furent exploités. D'une part, l'habitation Marboussier utilisa sa petite trésorie pour racheter à très bas coût de plus petites concessions voisines abandonnées ou endettées qui avaient tout misé sur le tabac et la canne à sucre sylvoise. La période d'après-guerre avait laissé beaucoup de terres sans maître ce qui en simplifia la chose.
D'autre part, les Marboussier acquirent des terres moundlo riveraines par convention négociée. Le sang moundlo d'Anne jouait un rôle déterminent, car elle usa de ses origines maïkawa et de ses réseaux familiaux pour en négocier les termes là où un Sylvois pur n'aurait eu aucune légitimité à le faire.
Le développement de l'habitation passa également par une diversification de la production. En effet, en 1655, certains Mounbwa travaillant comme main d'oeuvre servile à l'habitation Rougail — fondée en 1638 par Charles de Rougail — découvrirent par erreur que la mélasse fermentée donnait une eau-de-vie assez forte. De cette découverte, l'habitation Rougail en fit une boisson pour ses corvéables.
François-Armand de Marboussier, pragmatique, investissa dans un premier alambic rudimentaire et récupèra l'idée de l'eau-de-vie à base de canne pour la commercialiser auprès des apothicaires de la colonie comme nettoyant avant d'être rapidement approprié par les travailleurs et les marins pour ses propriétés stimulantes. Ce proto-rhum fut connu sous le nom de tafia (du nom donné par les moundlo à une boisson similaire). Le tafia était une eau-de-vie non raffinée et pas toujours filtrée correctement. Son degré d'alcool était assez complexe à maîtriser à l'époque ce qui le rendait difficile à boire. Il oscillait entre 55° et 71°, obligeant à le consommer dilué avec de l'eau ou du jus de canne voir d'ananas.

C'est à cette même époque que Clément de Marboussier réitéra son exploit d'arracher un accord favorable à la famille de Marboussier. Il était déjà parvenu à renégocier les marges faites par les de Hardays sur le transport des marchandises jusqu'en métropole quelques années avant le décès de son père. Fort de ce précédent, il renégocia en position de force avec la famille de sa grand-mère — dont Renaud de la Hardays était devenu le représentant — le contrat. Celui-ci libéra les de Marboussier de l'exclusivité commerciale mais maintenait les de la Hardays comme transporteurs privilégiés. A cela, s'ajoutait sa gestion minutieuse des finances de l'habitation-sucrerie au point de procéder au remboursement total du prêt de 4'000 galliques fait par Pierre de la Hardays à Joachim de Marboussier. Les de la Hardays n'avaient, de toutes manières, pas beaucoup de lattitude sur la question. En effet, il était dans leur intérêt de maintenir une relation commerciale solide avec l'habitation plutôt que de perdre un client captif devenu trop encombrant.
A la fin de l'année 1695, Anne de Marboussier s'éteignit paisiblement. Elle qui avait été la matriarche de l'habitation et avait apporté sa sagesse comme son tempérament à ses enfants alla rejoindre son époux. Elle fut respectée jusqu'au bout y comprit par les Mounbwa de la plantations qui s'adressaient à elle en l'appelant « Tantie Maboussié » ou « Tanti An ».
Sans plus aucuns filets, François-Armand se retrouva seul pour administrer l'habitation de cent hectares tandis que le crépuscule de la colonie de Sylvie pointait son visage sous les convulsions de la guerre d'indépendance. La disparition d'Anne laissa un vide que ni Clément depuis Bourg des Mahoganys, ni Clara depuis sa maison Devaux ne pouvaient combler. L'amour et la bonne volonté ne manquaient pas, mais ce vide était celui d'une autorité naturelle et emblématique que personne d'autre ne su incarner.
François-Armand n'avait jamais été son père, il n'avait ni l'esprit aventurier de Joachim ni sa capacité à tenir ensemble des irréductibles contradictions. Lui, était méthodique, solide et avait eu la chance d'apprendre aux côtés de son père durant vingt années.

Mounbwa travaillant la canne.
Mounbwa servils travaillant la canne à sucre.

L'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes, animée par une avidité prédatrice, avait fait de l'exploitation du Nouveau Monde un dogme absolu. Pour financer ses expéditions et assurer la rentabilité de l'Aleucie du Sud, elle avait imposé une marche tentaculaire qui laissait les ressources de la colonie exsangues. Un fossé irréconciliable s'était alors creusé entre la nouvelle bourgeoisie moundlo et l'ancienne aristocratie coloniale sylvoise, dont la colère fut portée à ébullition par le nouvel impôt sucrier de la Couronne ducale. La jeune industrie locale, refusant de voir ses marges broyées par cette hégémonie fiscale, choisit la rupture. Cette opposition atteignit son paroxysme la nuit du Grand Sabordage Blanc. Sous un ciel sans étoiles, les insurgés investirent les quais du port de Bourg des Mahoganys pour s'emparer des cargaisons de l'Organisation. En quelques heures, des milliers de pains de sucre furent précipités dans l'océan sous le regard impuissant des commis de la compagnie maritime et des badauds observant la lièce populaire. Au matin, les flots n'étaient plus qu'une mélasse saumâtre et écœurante.
En réponse, la Gallouèse dépêcha le Général en chef Tugdual Dè Balde et son Chef d'Escadre Antoine Fierpanse — respectivement chargé de mener les troupes à terre pendant que l'autre réalise un blocus naval tout en bombardant depuis ses positions — pour mater l'insurection menée par les Boisderose. Le fait le plus marquant de celle-ci fut le siège du fort Yolotli-Dè Balde en 1696 qui se solda par une victoire des inssurgés sylvois face aux troupes de Dè
En face, François-Armand n'hésita pas longtemps à rejoindre le camp indépendantiste. Mounmélé assumé, il fit prendre aux de Marboussier la direction de la révolution. Tant sur le plan culturel que politique, il s'agissait d'une évidence pour la famille au sang et à l'histoire profondément sylvoise.
Clément de Marboussia usa de ses réseaux commerciaux pour faciliter discrètement l'effort de guerre en se chargeant d'approvisionner, financer et informer le camp Boisderose tandis que Clara et Antoine Devaux jouaient le rôle de relais propagandiste dans la société civile sylvoise. Multipliant réunions clandestines et pamflets dévastateurs à l'encontre de la compagnie maritime et de la Gallouèse.

Du côté des de la Hardays, la situation fut moins évidente malgré les liens inextricables avec les de Marboussier. Les intérêts commerciaux de Renaud de la Hardays étaient encore partiellement liés à l'Organisation, mais il disposait également d'accord solide avec l'habitation-sucrerie. Il chercha le compromis un temps, temporisa pour mieux observer et négocia longuement avec les deux camps, fidèle à sa réputation d'habile commerçant.
Au fur et à mesure de l'évolution de la guerre, la victoire des Boisderose était inévitable. Renaud de la Hardays finit par se ralier à la cause Boisderose en basculant franchement du côté indépendantiste. Il proposa ses services et usa de sa marine marchande pour participer à l'effort de guerre en assurant la transmission d'information, le ravitaillement des territoires les plus éloignés et en jouant les espions dans les rangs gallèsants. Après l'indépendance, Renaud espérait pouvoir servir de transporteur maritime pour la nouvellement créée couronne ducale sylvoise, changeant de maître mais pas de savoir-faire.
La guerre d'Indépendance de la Sylvie mit à mal les activités de l'habitation-sucrerie. Les routes commerciales furent fortement perturbées tandis que les marchés devenaient de plus en plus instables et que la Gallouèse pesait de tout son poids pour prélever des quantités entière de sucre afin de financer sa guerre. Si la production sucrière ralentissa, elle ne s'arrêta pas pour autant. François-Armand maintint l'habitation en activité avec rigueur. La production du tafia, bien plus facile à écouler, compensa très partiellement les pertes de débouchés habituels. L'incompréhension gagna les Mounbwa avec une ambiguité profonde : la guerre leur était dédiée en quelque sorte mais ne les concernaient pas. Pire encore, les quelques mounbwa voulant profiter de l'ambiance indépendantistes cherchèrent à fuir par tous les moyens les plantations pour gagner les hauteurs de la Sylvie et rejoindre les Mounlao. Ils étaient traqués par les régisseurs et les auxiliaires moundlo puis punis une fois ramené dans les plantations. Soit par des coups de fouets, soit par des sévices corporels inhumains tels que couper les seins des femmes mounbwa ou les marquer au fer rouge. La chose se produisait avec la complicité silencieuse des Boisderose et des moundlo.
Des pendaisons pour acte malveillant était occasionnellement pratiquées, quoi que plus rare. Leurs corps étaient ensuite brûlés ou donnés à manger aux cochons.

Le XVIIIe siècle s'ouvrit sur la reconnaissance formelle de l'acte d'Indépendance par les autorités de l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes et du Duché de Gallouèse.
La Sylvie prit le nom de Duché de Sylva et s'étenda à ses frontières actuelles. Le choix politique des de Marboussier les firent sortir de la guerre du bon côté. Par leur soutien précoce aux Boisderose, ils reçurent une reconnaissance locale et une position renforcée dans la nouvelle hiérarchie sylvoise qui, finalement, ne fit que réinverser le rapport de force entre Sylvois et Moundlo sans toucher aux autres strates sociales et ethniques. Par Clément, l'accord commercial avec les de la Hardays, désormais prestataires de la couronne ducale, se renforça encore, permettant à l'habitation d'embrasser ce nouveau siècle sous de meilleurs hospices.
Avec le retrait des gallèsants, les circuits commerciaux se libérèrent. Pour la première fois depuis la fondation, les de Marboussier purent vendre leur sucre et leur tafia à qui voulaient.
Par ailleurs, Clément de Marboussier fit valoir auprès de la dynastie Boisderose l'annulation pure et simple des dettes de l'habitation à l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritime ce qui conclua les près de deux siècles de dette chronique de la plantation. François-Armand profita de cette époque pour former son fils Henri à la gestion de l'habitation et tel Joachim, pouvoir petit à petit abandonner les rennes de l'exploitation et se reposer. Henri avait la vingtaine et l'optimisme de l'indépendance, François-Armand approchait doucement de la soixantaine et de la sagesse de l'âge.

ambiance

Logo Histoire : Henri à Nathan et âge d'or.À ce stade, il est de bon ton de se permettre une petite ellipse temporelle ou, tout du moins, quelques avancées rapides. La période post-indépendance n'est, pour dire vrai, pas la plus épanouissante en détails ni celle qui comporta le plus d'événements dignes d'être racontés dans le présent livre.
Entre 1700 et la fin des années 1730, l'habitation-sucrerie connue une modernisation continue. Sur cette période, la plantation gagna cinquantes hectares pour atteindre un pic à cent cinquantes hectares, principalement de canne à sucre, et dans une moindre mesure de tabac, d'arbres fruitiers ou de cultures. Le moulin à bête en en pierre et de boisi construit par Joachim de Marboussier devint un moulin à vent tandis que la chute de l'hégémonie de l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes offrit la possibilité d'importer de nouvelles chaudières type « Père Labat », c'est à dire une chaudière permettant une défécation d'un jus de canne bien plus pur. S'ajouta à cela quelques années plus tard un alambic Cognaçais.
L'esthétisme de l'habitation fut également revue. Sur les hauteurs du coteau fut hérigé un petit belvédère d'où observer les terres de la plantation.
Le tafia extrêmement impur et fort du début de l'habitation devint un rhum recherché en ville grâce à son distillat très aromatique et beaucoup plus raffiné. En ville, les locaux se mirent à parter du « Marboussier » dans les estaminets d'Aleucie du Sud. C'était un alcool recherché, y comprit au sein des établissements de Bourg des Mahoganys où il était plébiscité. Sa commercialisation offrit aux de Marboussier une renommée nationale et participa à la popularisation de cet eau-de-vie dans le Duché et le monde. Si les de la Hardays demeurèrent les négociants privilégiés de la famille, il n'en demeura pas moins qu'une myriade de petits commerçants se mirent à transporter et commercialiser les produits de l'habitation.

A 66 ans, Henri laissa la main à ses successeurs qui durant quarante ans gérèrent d'une main de maître l'habitation et la commercialisation de ses produits. De 1740 à 1780, ces notables consolidèrent grandement leur terroir mounmélé notamment en améliorant sans cesse la maison de maître et en l'ornant de galeries ombragées, de décoration et faisant rebâtir une habitation plus moderne et plus adaptée au prestige de la Maison. La table des de Marboussier fut réputée pour être hospitalière ce qui participa à renforcer la famille comme pillier social de Manaté et dans une moindre mesure, la cour Boisderose. Le Vieux Marboussier était parfois sollicité pour arbitrer les litiges fonciers ou pour parrainer les enfants des bourgs voisins. Il n'était, d'ailleurs, pas rare qu'on l'invite à rendre un avis judiciaire ce qu'il déclinait systématiquement en renvoyant vers les tribunaux sylvois.
Dans le silence le plus total, la plantation gagna encore des terres par le rachat de parcelles contiguës, d'héritages, de déchifrement et de manière globale ; par une gestion rigoureuse des affaires. Elle atteingit les deux cent hectares à la fin de l'année 1782. Cette machine infatigable et bien huilée finançait la vie de la famille, les investissements de l'habitation, l'entretien de ses bâtiments mais également l'éducation des enfants de Marboussier qui se retrouvaient parfois projetés aux quatre coins du globe.

Illustration de Bourg des Mahoganys.
Illustration de Bourg des Mahoganys, l'habitation-sucrerie apparaît
au dernier plan à droite sans être fidèle à la réalité.

C'est en 1784 que Nathan de Marboussier vit le jour. A l'inverse de ses ancêtres, il pu profiter dès sa plus tendre enfance d'une habitation prospère et stable. Héritier d'une lignée résistante aux âges, ce n'était pas en le regardant faire des bulles de morve en gazouillant gaiement que la famille de Marboussier présagea de l'avenir étonnant du très jeune Nathan.
A 22 ans, en 1806, Nathan hérita de toute l'habitation-sucrerie. Malgré son imposante taille, nombreux étaient les bâtiments — dont la maison de maître — qui semblait dater d'une autre époque. Nathan voyait grand, il voulait construire un empire qui survivrait aux âges et réunifierait autant les Moundlo que les Sylvois.
Bercé par les exploits de Joachim comme de la lièce de l'Indépendance, Nathan fut convaincu qu'il pourrait transformer la plantation en une industrie florissante. Il lisait les informations et la révolution industrielle batait son plein à Caratrad où la machine à vapeur émerveillait le monde depuis son invention en 1763. Pour Nathan, la révolution de la vapeur devait être exploitée. Ce n'était pas les Boisderose qui diraient le contraire. Il existait quelques machines sans grande envergure dans le Duché, Nathan de Marboussier ferait partie de ceux qui démocratiserait cette source d'énergie infinie.
Le premier chantier fut, tout naturellement, celui du moulin. Tradition familiale oblige, il fit construire aménager un grand bâtiment à côté de l'habitation pour y installer un moulin à vapeur qu'il importa à grands frais depuis Caratrad, en passant par le port de Bourg des Mahoganys. Naturellement, il demanda aux de la Hardays de s'occuper de la livraison ce qu'ils ne purent pas refuser. Les de la Hardays entreraient dans l'Histoire, d'après eux, pour avoir participé à l'entrée dans l'ère de la vapeur de Sylva.

Pour faire simple, une chaudière en fonte alimentée par du bois, du charbon ou plus souvent de la bagasse — c'est à dire des fibres de canne séchées après le broyage — chauffait une réserve d'eau qui se transformait en vapeur sous pression. Cette vapeur était acheminée via des tuyaux jusqu'au cylindre de la machine où elle poussait un piston entraînant par sa bielle un vilebrequin relié à un volant d'inertie. Tout un jeu de pignons et d'engrenages était relié à cette roue et permettait de démultiplier la puissance afin d'entraîner trois cylindre entre lesquels les cannes étaient broyées. Les cannes subissaient deux passages afin de permettre d'en extraire l'intégralité du jus appelé le vesou.
Là où le vent était par nature intermittant, sitôt qu'il y avait du combustible et de l'eau, le moulin à vapeur pouvait tourner.
La batterie de chaudières fut également améliorée. Là où avant un seul foyer alimentait plusieurs cuves de tailles différentes, un unique foyer servait à alimenter la première cuve. Le vesou y était chauffé jusqu'à ébullition. La vapeur qu'il dégageait permettait de chauffer la cuve d'après et ainsi de suite. Par ailleurs, des tubes de cuivre disposés en serpentins passait à l'intérieur du jus ce qui répartissait mieux la chaleur et permettait un meilleur contrôle de la température.
Enfin, par l'usage de la clarification, on obtenait un sirop plus blanc et pur. En effet, l'ajout de la chaux dans les cuves à défécation avant la cuissson permit de faire remonter les impuretés à la surface sous formes d'écumes qui étaient ensuite retirées à l'aide d'outils à main dédiés. Il en ressortait un sirop de sucre épais qui était ensuite envoyé à cristalliser dans des moules coniques appelés pains de sucre. Ce sirop était de couleur noir car il fait de mélasse, c'est à dire des résidus de canne au goût terriblement amer.
Nathan de Marboussier profita de la modernisation des procédés pour agrandir la Purgerie. Celle-ci servait à séparer le sucre des restes de mélasse par gravité. Les pains de sucre étaient placés à la verticale dans des pots percés pour que la mélasse s'écoule au fond. L'ajout d'eau ou de sirop de sucre permettait d'en accélerer le processus appelé clairçage. L'étape finale consistait à laisser s'affiner ces pains de sucres pour en extraire plus ou moins de mélasse. Ce sucre était alors divisés en deux catégories dépendant de son taux de pureté. Le sucre royal, appelé plus tard sucre blanc, ne contenait plus aucune trace de mélasse tandis que le sucre brun aux notes de caramel était appelé la moscouade, plus connu sous le nom de sucre brun ou cassonade en raison de sa couleur marron lié à la présence résiduelle de mélasse. Nathan revisita cette pratique en recouvrant les moules d'une fine couche d'argile humide. Il en ressortait trois type de sucre en un lié à leur proximité avec l'argile : Sur le haut, le sucre était d'un blanc pur tandis qu'au milieu il disposait d'une légère coloration jaune-brune et qu'à la pointe du pain — là où la mélasse s'accumulait avant de s'écouler — il était d'un roux brun pétillant.
La purge était une étape lente prenant entre vingt et quarante jours. Elle occupait une place importante dans plantation notamment car la Purgerie, le bâtiment dans lequel se faisait la purge, servait également de lieu de stockage.

La route du sucre - Les Revues du Bourg.
La route du sucre, Les Revues du Bourg, avril 1851. 🔎

Si Henri de Marboussier avait fait réaliser des travaux de modernisation et d'ornement de la maison de maître, elle n'en restait pas moins une maison faite de bois aux murs peints. C'est à Nathan de Marboussier qu'il revint la tâche de raser complètement la case vieille de deux cent ans pour bâtir à la place une grande maison en pierre aux ornements riches. L'architecture s'inspira fortement du style colonial sylvois, reprenant des airs métissés. Les murs étaient fait de pierre épaisse de soixante centimètres, construits en moellons de calcaire et en roche volcanique locale, liés par un mortier de chaux et de sable. La maison ainsi faite permettait de conserver une fraîcheur à l'intérieur en toute circonstance, y comprit lorsque la sucrerie tournait à plein régime. Le rez-de-chaussée était soutenu par des arches de pierre ceintrées à l'image des manoirs aristocratiques gallèsant ou teylais. La structure était entourée d'une vaste galerie couverte, portée par des colonnes de bois élancées en chapitaux permettant au soleil de ne pas taper sur les murs. L'intérieur de l'habitation était tout de bois faite : un escalier monumental en mahogany permettait d'accéder aux étages tandis que le salon et les parquets en pointe de Hongrie (HRP : le nom peut évoluer en fonction de si des pays d'inspiration culturelle hongroise se manifestent) étaient en Bois de Rose, laissant derrière eux une fine odeur. Les plafonds étaient à quatre mètre du sol, ornés de corniches en plâtre. Ils mêlaient motifs de feuille de vigne et de fleurs de canne. Mais l'élément le plus emblématique était sans conteste l'imposant fronton de l'entrée principale reposant sur des colonnes de bois blanc et où Nathan fit graver les armes de la famille avec M central entouré de feuilles de cannes. La dernière transformation de la maison ne devait survenir qu'en 1902 par son raccordement au réseau électrique du duché. Non loin de l'entrée, se flottait au vent sur un mat le drapeau du Duché de Sylva. Il y vivait avec son épouse Céleste et leurs deux enfants Octave et Victor.

Sous l'administration de Nathan de Marboussier, l'habitation connu son extension maximale qui la porta à trois cent hectares. Les mêmes procédés ancestraux avaient été usés à savoir le rachat de terres voisines, défrichement du haut du coteau et l'acquisitions négociées auprès de familles moundlo. Elle devint à l'époque la plus grande habitation-sucrerie de Manate mais également du Duché. Une armée de fourmis mounbwa de deux cent âmes y travaillait tout autant qu'ils y vivaient. On la surnomma La Ville car elle disposait de son propre dispensaire, de nombreuses cases de travailleurs, d'une forge, d'une menuiserie, d'une écurie, d'une école, d'une épicerie, d'un bureau administratif, d'une tonnellerie, d'une chapelle, d'un grand jardin vivriers créole et de toutes les installations industrielles nécessaires à son exploitation c'est à dire un moulin à vent, une chaufferie à vapeur, une sucrerie, une purgerie, une distillerie et d'un magasin d'entreposage.
Nathan de Martboussier profita également de la vapeur pour produire son propre rhum commercialisé un temps sous le nom « Rhum Marboussier » avant de devenir le rhum « Moyetta » du nom moundlo d'Anne de Marboussier, sa grand-mère.
Pour produire ce rhum fin, Nathan dépensa des fortunes dans de nouveaux alambics industriels en cuivre et standardisa la recette. Sa production s'exporta rapidement vers Bourg des Mahoganys puis vers le marché international via les de la Hardays et la myriade de négociants gravitant autour, hérités de l'époque de Clément de Marboussier. La production de rhum représenta à la fin de sa vie, le deuxième poumon économique de l'habitation, aussi important que le sucre mais au combien plus résistant aux cruelles variations de prix.

Étiquette Rhum Moyetta.
Étiquette du rhum Moyetta, standardisée.

Le succès de l'habitation ne fut pas sans susciter des jalousies. La plus inattendue fut celle de la dynastie Boisderose elle-même. Si la justification officielle tint longtemps à une question de légitimité foncière, les titres des de Marboussier remontant aux concessions de l'Organisation Gallèsante des Comptoirs Maritimes, la crainte d'un contre-pouvoir économique pesait au moins autant dans la balance. La fortune des de Marboussier ne connaissait pas d'austérité, leur domaine était le plus vaste du Duché et leur rhum Moyetta s'exportait jusqu'aux marchés internationaux. C'était beaucoup pour une famille mounmélée dont le sang sylvois dérangeait autant que la réussite.
Il convient de noter que Nathan de Marboussier n'était pas un saint. Si son épouse Céleste de Marboussier avait obtenu de lui l'interdiction des sévices corporels sur les engagés Mounbwa, réforme notable pour l'époque, la hiérarchisation ethnique héritée de deux siècles de colonisation perdurait sur la plantation comme ailleurs dans le Duché. Les Boisderose, qui la pratiquaient tout autant, n'en firent pas moins un argument commode.
Leurs actions restèrent insidieuses, jamais frontales. Les routes menant à Bourg-des-Mahoganys empruntées par les convois de Marboussier traversaient des parcelles appartenant à des alliés de la Couronne. Du jour au lendemain, des péages y furent installés, officiellement dédiés à l'entretien des voies. En pratique, ils servaient à retenir les charrois suffisamment longtemps pour leur faire manquer les navires auxquels ils étaient destinés. Nathan répondit en faisant construire un entrepôt au port et en différant ses envois. Les autorités allongèrent alors les durées de rétention, ce qui conduisit les de Marboussier à acquérir des terrains et à construire un chemin de fer agricole reliant l'habitation directement à leurs entrepôts portuaires. Ce fut, par ailleurs, le premier chemin de fer du pays.

Les alambics furent ensuite l'objet d'inspections de plus en plus fréquentes de la part des autorités ducales, accompagnées d'une inflation de normes sur le degré d'alcool autorisé. Les de Marboussier renforcèrent leurs propres contrôles qualité et abaissèrent leur production à 59° lorsque la Couronne imposa une taxe sur tout alcool dépassant les 60°. Les registres fonciers de Bourg-des-Mahoganys et de Manate furent discrètement passés au crible à la recherche d'une irrégularité dans l'acquisition de parcelles clés. La rumeur se répandit que Nathan avait usurpé des terres de la Couronne ou d'anciens domaines ecclésiastiques, sans fondement sérieux mais suffisamment persistante pour entacher la réputation de la famille dans certains cercles.
Nathan ne protesta pas. Il paya les taxes avec une facilité déconcertante, ce que de nombreuses autres habitations ne pouvaient se permettre car les vieilles familles, elles, peinaient à s'en acquitter. Aux grandes réceptions ducales auxquelles les de Marboussier continuaient d'être conviés en leur qualité de notables sylvois, il ne demandait rien et ne protestait pas contre sa relégation systématique parmi les négociants et les techniciens. Il s'assurait simplement que son sucre, le plus pur du pays, et son rhum vieux soient les seuls servis lors des banquets officiels. Chaque fois qu'un Boisderose portait un verre à ses lèvres, il goûtait malgré lui la supériorité des de Marboussier. À la sortie de la messe du dimanche, on saluait Nathan et sa famille d'un signe de tête millimétré. Il rendait le salut avec la même mesure, ni plus ni moins.
Le Marboussier était parfaitement conscient que toutes ces nouvelles lois, normes, règlements et autres désagréments étaient destinés à son empire sucrier. Mais il se refusa systématiquement à répondre frontalement, préférant choisir les mêmes armes que ses adversaires qu'il ne manquait pas d'encenser aux receptions fastueuses qu'il organisait « en l'honneur de la duchesse et de sa Maison ».

Cette guerre froide dura jusqu'à l'été 1853. Nathan de Marboussier s'éteignit le 14 août de cette année, dans le lit de la grande maison de maître qu'il avait fait construire un demi-siècle plus tôt, sans que les Boisderose n'aient jamais eu gain de cause. Il avait soixante-neuf ans et cinquante-cinq ans à la tête de l'habitation. Céleste l'avait précédé de quelques années. Octave et Victor étaient à son chevet.
Il laissait derrière lui trois cents hectares de terres défrichées et cultivées, deux cents travailleurs mounbwa, un moulin à vapeur, une purgerie modernisée, un chemin de fer agricole, des entrepôts au port de Bourg des Mahoganys et une marque de rhum servit à la table de nombreux puissants du Monde. La grande maison de maître se dressait toujours sur le coteau, ses murs de pierre épais de soixante centimètres, ses colonnes de bois blanc et son fronton gravé aux armes de la famille. Le drapeau du Duché de Sylva flottait sur son mât comme il l'avait toujours fait. Les Boisderose envoyèrent leurs condoléances dans les formes.
Nathan de Marboussier laissait également deux fils qui ne se ressemblaient pas.

ambiance

Logo Histoire : Octave, Victor et descendants.Octave et Victor furent tous deux cités dans le testamennt de Nathan comme héritiers légitimes de l'habitation et de sa marque commerciale. C'est assez naturellement qu'Octave de Marboussier prit le rôle de gestionnaire de l'exploitation, il avait passé beaucoup de temps avec son père à gérer l'habitation pour simplement se former tandis que Victor était plus attacher à faire monnayer ses services. Tous deux ne s'entendirent jamais vraiment sur la gestion de leur héritage.
Si Octave aurait pu faire un excellent gestionnaire par mer calme, il se retrouva très rapidement dépaassé par la pression conjugée des Boisderose et des tensions interne avec son frère. Ses réponses avaient quelque chose de très archaïque et animal, préférant se référer aux papiers, notes et aux précédents qu'il connaissait plutôt qu'à l'instinct et l'esprit comme l'avait fait son père des décennies durant. Octave avait tendance à perdre trop de temps sur des détails futils mais ne voyait pas le problème de fond. Par exemple, Octave entretenait religieusement la sucrerie, dépensant des fortunes dans la maintenance car il était plus obsédé à l'idée que si l'usine tournait alors tout irait bien et l'argent continuerait d'affluer. Il ne voyait pas que le prix des matières premières ou que celui des pièces de rechange faisaient régulièrement des bonds détestables.
Octave cherchait par tous les moyens à ce que l'ordre ancien l'accepte, accepte sa légitimité et son statut de descendant du Grand Marboussier. Ce fut probablement le premier fruit pourrit de la branche et la porte ouverte aux attaques de la Couronne. Se confondre en remerciement lorsqu'il était invité à une reception ou à une partie de chasse organisée par les Boisderoses était devenu une obligation sincère quand son père, lui, se moquais du mépris que cela dissimulait. Pire encore, il se laissa même influencé par une vague promesse d'intégration au conseil ducal en échange de droits de passage ou de taxes négociés contre la famille de Marboussier. Octave était persuadé qu'il achetait sa paix social sans se rendre compte qu'il était instrumentalisé dans l'unique but de vider le domaine de toute substance politique.

Les générations qui suivirent Octave et Victor ne firent jamais mieux et continuèrent de s'entredéchirer sur un avenir fantasmé, emprunt de la nostalgie de la grande époque du début du siècle. Cette lente agonie que quelques soubresauts temporaires prolongèrent s'acheva aux alentours des années 1920, dans l'indifférence de la société sylvoise qui poursuiva son développement tranquille, ponctué par quelques événements internationaux. A la fin du dernier des de Marboussier, l'habitation était dégarnie, elle ne comptait plus que quelques engagés et 144 hectares d'une canne dont tout le monde — peut-être par influence ducale — qualifiaient de passablement oubliable.
Mais comme pour Théophile, le Destin s'en mêla par un beau jour d'avril 1969. Un jeune prince oriental affable d'Histoire et d'aventure, fit amarer le yacht impérial dans le port industrialisé de Bourg des Mahoganys et s'intéressa à la culture locale pour en tomber amoureux. Il découvrit un coteau rongé par la forêt, en friche, avec quelques bâtiments en pierre ravagés qu'il rachetta pour une bouchée de pain et la transforma en habitation Soulange. Ce jeune homme, sous couvert d'un anonymat total, n'était autre que Ling Chongsheng de la Maison Ling, Premier Prince d'Empire du Grand Ling et qui devint, dix ans plus tard, le 6ᵉ empereur de la Dynastie Ling et le 103ᵉ empereur du Grand Ling


Armoiries du Grand Ling.
Taux de change1€ = 2,34 cuivrettes (2019).
1 gallique = ~ 22 euros (sous réserve d'accord avec le joueur).
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