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CARNAVALE INTERNATIONALE
12/05/2020


De la résilience carnavalaise et du lent pourrissement de l'OND

De l'étrange succès messaliote et du prévisible échec azuréen


Guerre à Carnavale : le cas d'école qui rebat les cartes de la stratégie militaire

C'est un paradoxe ne manque pas de piquant : après trois ans de siège de la Cité noire, alors que tous prédisaient son effondrement rapide, Carnavale se porte mieux que jamais, ayant presque triplé son PIB et recouvré la totalité de ses forces armées (avec en bonus quelques déserteurs sylvois). L'OND, en revanche, connait la pire crise de son histoire. Après l'effondrement rapide de Caratrad, connu pour être, avec le Faravan, l'un des deux faucons de l'organisation, c'est au tour du duché de Sylva, membre fondateur et seconde économie de l'OND, de s'écrouler sur lui-même, rongé par trois ans de guerre. Comment expliquer que ce soit l'assiégeant qui s'effondre, tandis que l'assiégé prospère ? Il y a là comme un contre-sens à toutes les lois connues de la guerre. Mais c'est qu'une guerre Carnavale ne se mène pas comme les autres et que le sol carnavalais est toxique pour les envahisseurs mal préparés. Cela mérite quelques explications.

Perçons l’abcès sans délais : une guerre ne se gagne pas par la force des armes. Oh les armes sont nécessaires, bien sûr, et il faut des hommes pour tenir les fusils (votre serviteur en profite d'ailleurs pour saluer l'héroïsme des milices carnavalaises qui chaque jour protègent la veuve et l'orphelin de la barbarie étrangère), il faut des armes et des armées, ne serait-ce que parce que cela se vend. Mais ce n'est pas tout ! La guerre se gagne d'abord et avant tout par la résilience des populations. Or en la matière, Carnavale ne connait pas d'égale. La Cité noire pourrait être rasée en totalité que resurgirait de ses égouts des hommes et des femmes prêts à rebâtir à partir des ruines une nouvelle ville, plus florissante et prestigieuse encore. Le Chaos et plus récemment encore l'Armageddon't ont démontré ce théorème qui semble se confirmer une fois de plus pendant la guerre actuelle. Les états-majors qui comptent trop sur la force de leurs armées se trouvent démunis dès lors que, plutôt que de se soumettre, la population d'en face se rebiffe et rend coup pour coup. Dès lors, ce qui devait être une guerre fulgurante devient un bourbier dont personne ne sort grandi.

Car les chiffres ne mentent pas : les derniers sondages d'opinions, réalisés par des organismes indépendants, montrent que les Carnavalais sont de plus en plus enthousiastes et croient à la victoire. Du côté de l'OND au contraire le moral chute en flèche, au point que deux nations se sont écroulées sur elles-mêmes. Caratrad la première et plus récemment le Duché de Sylva, dont la désertion des officiers ayant pénétré dans la Cité noire aura convaincu le pays de lâcher l'affaire. Si on ne sait pas encore ce qui a lâché en premier (économie ? coup d'Etat ? retrait progressif de la scène politique internationale comme cela arrive parfois), le Duché de Sylva donnait depuis plus d'un an des signes de ralentissement et de fragilité intérieure qui avait laisser présager cette funeste conclusion.

Il n'est pas toujours aisé de savoir ce qui préside à la chute des nations mais la résilience nationale est l'un des facteurs les plus importants. Bien peu de pays savent encaisser les conséquences d'une défaite militaire. La Loduarie en est l'exemple le plus récent, après avoir échoué à envahir l'Antares, le pays connut d'importants troubles internes menant à son effondrement. Le bilan est comparable en Sylva et à Caratrad où les déboires répétés de l'armée de l'OND sur le terrain auront eu raison de la ferveur de guerre des populations et poussé les états-majors à reconsidérer leur engagement à Carnavale. S'il faudra certainement compter avec les restes de l'armée sylvoise sur le sol carnavalais, tout comme l'agent GILGAMESH a neutralisé des soldats caratradais même après l'effondrement de leur nation, c'est malgré tout un envahisseur de moins pour la Cité noire qui, de ce point de vue, peut se féliciter de sa bonne fortune.

Bien sûr il existe quelques âmes romantiques qui auraient trouvé appréciable de rencontrer en Sylva un adversaire honorable, mais le ralentissement progressif du Duché au fil du temps aura empêché les manœuvres les plus ambitieuses et il n'y a guère d'intérêt à affronter une armée déprimée et fantomatique. L'officier Beaugalond et ses hommes, qui composent désormais la totalité de l'état-major sylvois encore actif, expliquaient ainsi que l'apathie de leur nation de naissance, comparée au dynamisme carnavalais, a contribué à leur désertion. Les signaux étaient donc là pour qui savait les lire. Saluons un adversaire qui n'aura pas démérité. Mais l'analyse politique se doit d'aller un peu plus loin que de simplement constater ce qui saute aux yeux.

Effondrement sylvois, hommage et clefs d'explication

Ce qui a manqué au Sylvois est exactement ce dont Carnavale déborde : de rage de vivre. Il n'y a en effet pas grand chose de comparable entre le climat doux et les forêts généreuses du Paltoterra, où l'on dort dans des hamacs et où on mange des fruits en buvant du rhum, et les faubourgs obscurs de Carnavale où, au contraire, la vie est dure et courte. Tout y encourage à la grandeur et à l'ambition car tout est possible, à condition de s'en donner les moyens. La Cité noire constitue de ce point de vue le laboratoire de l'imaginaire et propice aux grands hommes qui, comme chacun sait, font l'histoire.

Le Duché de Sylva, à l'inverse, n'était que douceur et paisibilité. Des voisins sympathiques, des alliances solides, autant dire que rien n'inquiétait réellement les Sylvois. Il faut leur reconnaitre, les pays de l'OND sont passés maîtres dans l'art de produire des petits paradis administratifs. Or c'est précisément ce qui semble aujourd'hui les conduire à leur perte : les gouvernements indolents avaient promis à leurs administrés des victoires rapides et une guerre juste. Ils cumulent aujourd'hui les défaites lentes et une guerre sale. Les populations de l'OND, habituées au confort d'une vie sans histoire ne supportent pas toujours d'être jetées dans le grand bain. Carnavale est un baptême du feu et si certains, comme l'Empire du Nord, font preuve de résilience et s'endurcissent, d'autres nations ne tiennent pas le choc et s'effondrent ou se murent dans l'apathie politique.

Caratrad, puis Sylva, mais que dire de Tanska et des autres ? Les sociétés civiles des nations de l'OND semblent, pour beaucoup d'entre elles, prises de stupeur face à la brutalité du monde et aux horreurs de la guerre. Ce sont "les doux enfants de l'été" pour reprendre l'expression, aujourd'hui perdus et effarés dans les brumes toxiques de la Cité noire. Les Carnavalais à l'inverse sont habitués aux désastres. Mieux : ils en font leur force, s'en nourrissent et en sortent grandis. Carnavale ne sera jamais une nation molle et repue, comme peuvent l'être les pays de l'OND, il y a dans ces rues une rage intense qui n'est pas prêt de s'éteindre, quelle que soit l'issue de cette guerre. Le paradis moral que cherche à bâtir la coalition et ses alliés est précisément le piège qui scellera sa perte : il y a des gens dans ce bas monde qui ne se contenteront jamais d'une vie paresseuse et cherchent avec hargne et détermination tous les brins de grandeur à leur portée. Ils les arrachent avec les dents ou produisent le chaos nécessaire à leur apparition. Non, les peuples du monde ne seront jamais un grand troupeau indolent, réglant ses affaires par la diplomatie et s'enivrant de rhum et de papaye. Si les agneaux peuvent bien s'unir pour résister face au loup, force est de constater qu'un mur de laine est un piètre mur.

La guerre que l'OND ne peut pas gagner

J'avais déjà, dans de précédents articles, exploré les impossibilités de certaines ambitions en matière de géopolitique. Je pense en effet que nous ne réunirons jamais la communauté internationale autour de lois et de règles. D'une part car certains puissants pays s'y opposent, et Carnavale est du lot, d'autre part car il y a chez les peuples une soif d'action et de distinction qui les empêchent de se condamner à n'être qu'un vote, un discours, un débat civilisé pour régler leurs affaires. Face au sentiment d'injustice, à l'ambition dévorante d'une poignée, face à la soif de terres, de progrès, de conquête, les lois internationales seront un tigre de papier. Au mieux instrumentalisées par quelques lobbys efficaces, au pire déchirées à la première occasion.

Cette analyse vaut pour Carnavale elle même, dans une autre mesure. L'OND ne peut pas gagner la guerre car ses ambitions pour la Cité noire entrent en profonde contradiction avec la puissance vitale des Carnavalais. Élections subverties, institutions parodiées, l'originalité partout, l'ordre nul part, même si l'OND envahissait finalement la Cité noire et y imposait un souverain tyrannique, ou une démocratie éclairée, celle-ci s'effondrerait aussitôt, dévorée par les énergies qui parcourent la ville et ne sauraient se contenter d'une résolution aussi médiocre. L'OND ne peut gagner cette guerre car elle n'a pas l'imagination pour. La chute de Caratrad et de Sylva en fait la triste démonstration : il y avait, ô, tant à faire, tant à proposer. Mais certaines nations préfèrent l'effondrement interne plutôt que la conflictualité or Carnavale n'a que du conflit à proposer. La Cité noire est une bête furieuse jamais rassasiée, elle dévorera tout ce qui l'approche de trop près, et quand elle en aura fini, elle se dévorera elle même.

Il est un adage populaire par lequel je conclurai : "Seule Carnavale peut vaincre Carnavale". Cela n'a jamais été aussi vrai. Les conclusions d'un conflit seront nécessairement un pas de côté des attentes de ses protagonistes. Reste deux choix : l'accepter et faire avec pour y prendre son plaisir, ou le refuser et s'enterrer dans la frustration, jusqu'à en mourir.

Un éditorial signé Hyppolicare Épithète.

Pénurie de rhum sylvois
Essayez sa contre-façon "c'est presqu'aussi bon !"


Carnavale Internationale
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