
l'Amirraglio Luigi Serantino
La Rimaurie était l'une d'elles, et de l'avis des velsniens, malgré son adhésion à la Ligue de Velcal, l'une des grenouilles les plus isolées. Il était difficile sur la scène internationale de concevoir entretenir des relations normales avec un État à la gouvernance si anormale. Ce genre de considérations, les velsniens les réservaient à d'autres: libertaires, onédiens, océniens... Cela n'était pas dans la culture politique des élites dirigeantes de la cité de se soucier de la façon dont les étrangers se gouvernaient eux-même. La Rimaurie était à leurs yeux une patrie comme une autre, quoiqu'il y faisait peut-être moins bon vivre qu'ailleurs pour les oppositions...là encore, c'était l'affaire des étrangers...
L'Amirraglio et sénateur Luigi Serantino, surnommé affectueusement Becko par ses subordonnés, était de ces hommes là, qui se contrefichait royalement de la moralité des personnes avec qui il s'entretenait. L'homme avait tout pour lui: une position prestigieuse dans la hiérarchie militaire de la Marine velsnienne, occupant le commandement de la Classis II "Fortuna", la flotte la plus puissante de la cité. Celle qui avait la lourde charge de surveiller les eaux de la Manche Blanche occidentale, en particulier l'île celtique, qui était tant l'objet des attentions du gouvernement communal. A la dernière minute, et pour une raison encore obscure, il avait enjoint le Sénat de déplacer la rencontre, de la déplacer des couloirs du Sénat au pont du destroyer amiral de sa flotte (HRP: la raison hrp étant que j'avais pas envie de faire une énième rencontre dans un endroit que j'ai déjà présenté 40 fois). Dans son esprit, il s'agissait de montrer aux rimauriens que Velsna était capable de se projeter en Manche Blanche, de quoi rassurer un pays dont ils entendaient se rapprocher, et démontrer la capacité navale à laquelle la Rimaurie pouvait accéder par le biais de la clause de défense de la Ligue de Velcal.
On accueillit donc les rimauriens avec révérence et attention sur le pont principal de cet immense vaisseau. Il y avait du respect dans ces salutations que les marins velsniens faisaient à leurs homologues, en plein milieu de cette Manche Blanche si hostile. Pour dire, l'Amirraglio avait réservé une surprise à l'égard de ses homologues, qui étonnerait probablement leurs invités.
On fit directement venir les étrangers dans la cabine principale de la capitainerie, où Luigi Serantino avait posé quartier. On aurait pu entrevoir, dés la porte passée, que l'Amirraglio avait la lecture facile, et y passait le plus clair de son temps. Si il y avait quelques objets de collection laissant transparaître le soucis du luxe mêlé à l'amour des antiquités militaires, comme un sabre de marine du siècle dernier pendu derrière le bureau, c'est bien les ouvrages et la littérature qui envahissait la plupart de cet espace disponible. Les livres empilés prenaient les trois quarts de la place. De la littérature classique, de la stratégie militaire, de la lecture plus sommaire...aucun genre n'avait l'air d'être épargné par les appétits de l'homme. Celui-ci salua bien bas les arrivants, s'inclinant comme ses subordonnés l'avaient fait à l'égard de ces derniers tout du long de leur trajet jusqu'à la cabine.
- Mes excellences. C'est un véritable honneur de vous recevoir. J'espère que votre voyage s'est déroulé sans encombre. Je sais que certains peuvent avoir le mal de mer. Prenez place, je vous en prie. Il y a beaucoup de choses dont nous voulons vous parler, et je suis certain que vous y trouverez votre compte.
L'un des subordonnés de l'Amiral tira les chaises derrières les hôtes afin que ceux ci puissent s'assoir. L'Amirraglio fit un geste de main en direction du domestique:
- Mattia, veux tu rapporter à nos invités de quoi se sustenter. Du café peut-être, excellences ? Vous en aurez peut-être besoin. Je réserve le champagne dans le cas où nous tomberions d'accord d'ici la fin de notre entrevue. Mais entrons dans le vif du sujet, voulez vous.
Vous devez trouver notre démarche légèrement imprévue, et nous nous excusons grandement de cela. Nous avons certes noué des liens par notre clause de défense mutuelle, mais nous ne pouvons pas dire qu'il y a un dialogue soutenu entre nos deux nations. C'est cela, justement, que je trouve fort dommage, et qui m'a convaincu de prendre part à cette rencontre, à ma propre demande vis à vis de mon gouvernement. Je pense en ffet, que nous pourrions tirer bien mieux de notre relation bilatérale qu'un simple et silencieux respect de nos deux souverainetés. La Manche Blanche est une jungle, et gare à ceux qui s'isolent diplomatiquement, car il y a tôt fait d'être seul contre tous. C'est exactement ce que notre gouvernement entend éviter. Et si c'est vous que nous avons invité, c'est que nous estimons que votre situation politique est similaire à la notre, et que ces deux dernières peuvent se compléter.
L'Amiral se lève et regarde par l'un des hublots de sa cabine, tournant momentanément le dos aux rimauriens.
La Manche Blanche est un bel endroit, tout comme nos deux patries le sont. Et pour couronner le tout, nous n'avons pas des visions politiques que j'estime différentes l'une de l'autre. Velsna n'aime pas le changement, et la Rimaurie se bat contre le changement. La Ligue de Velcal est une roue de secours pour beaucoup de ses participants, il m'est d'avis, et nous pensons qu'elle n'est pas suffisante pour assurer notre avenir. Nous ne savons que trop bien qu'à choisir entre le Bloc nationaliste eurysien et la Ligue, vous choisiriez le BNL, même si vous y êtes les derniers membres avec Menkelt. Ce n'est pas un reproche, croyez moi bien. Il est bien normal d'être attaché à sa propre création. C'est pourquoi j'ai proposé à mes confrères du Sénat une solution des plus radicales, mais dont nous pensons qu'elle sera efficace. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire l'impasse sur une perspective de bonnes relations avec Menkelt et la Rimaurie. C'est pourquoi, au nom de mon gouvernement, j'aimerais vous faire la proposition suivante. Vous tenez à l'organisation que vous avez crée, et celle-ci est au point mort. Il se trouve que Velsna pourrait la revitaliser par une éventuelle adhésion, ne pensez vous pas ?
"Becko" se retourne vers les rimauriens et s’affale dans son fauteuil de velours, tout en continuant son laïus.
Je pense que la Grande République serait le candidat idéal: notre régime est l'image même du conservatisme et nos institutions sont vieilles de nombreux siècles. D'un point de vue idéologique, rien ne s'oppose donc selon moi sur ce point à notre candidature. D'un point de vue militaire, votre organisation disposerait enfin de moyens de projection maritime, ce dont vous et Menkelt êtes actuellement dépourvus. Et cela pourrait permettre à votre gouvernement de disposer plus amplement de la Manche Blanche en toute sécurité. D'un point de vue commercial, si l'on se fie à votre charte, cela signifierait également que votre nation aurait accès pour des tarifs douaniers réduits, à un marché immense et riche de débouchés économiques. Enfin, pour votre organisation, l'adhésion de la troisième puissance économique mondiale à votre organisation pourrait créer un effet de masse qui pourrait mener à d'autres adhésion ultérieures de la part de nos alliés. Rasken, Hotsaline, Valkoinenland... Toutes des nations qui seraient compatibles à notre avis, avec les idéaux portés par votre organisation. Avant de m'avancer davantage, j'aimerais entendre votre avis.