26/03/2005
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Activités étrangères au Quechaïmar

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Activités étrangères au Quechaïmar

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants au Quechaïmar. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur du Quechaïmar, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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17 juin 2003 - Le Quechaïmar sort le grand jeu pour tenter de séduire les investisseurs arkencans.



Secteur primaire quéchaï

Pour dynamiser son économie, le Quechaïmar doit développer d'autres secteurs d'activité après celui du primaire, mais les investisseurs arkencans traînent encore des pieds devant cet état classé "autoritaire".



Une rencontre diplomatique en attente de confirmation par les autorités arkencanes.


Dans une parution journalistique émise par l’organe de presse quechaïs “La Republica” le 15 juin dernier, El Condor/Presidente Stefano Espinar n’a pas caché ses ambitions pour son économie nationale, qu’il entend outiller au contact de l’Arkencheen. Le Quechaï promet l’ouverture de son pays pour démarrer une inscription régionale favorable au développement de son économie, jusqu’ici très dépendante de ses secteurs primaires que sont l’agriculture et l’extraction minière.

Pour accompagner cette ambition, le Condor (autorité suprême Quechaïs) Stefano Espinar a annoncé par la voix de son conseiller aux affaires étrangères Luis Sánchez, une rencontre diplomatique imminente avec la Présidence fédérale de l'Arkencheen. Si celle-ci n’a pas encore confirmé la tenue d’une telle rencontre au sommet, la feuille de route du Condor semble suffisamment claire pour interpréter ses grandes lignes directrices.

L'économie quechaïs, pilier agricole et minier de l'hémisphère sud.



Une économie quechaïs jusqu’ici cantonnée au secteur primaire. Pour développer son économie, le Quechaï mise sur l’identification de dynamiques commerciales nées des investissements arkencans auprès des industriels quechaïs. Mais dans le fond, de quelles billes disposent réellement le Quechaï pour gagner le cœur des investisseurs arkencans? En considérant l’écart entre ses ressources naturelles et le taux d’industrialisation ou encore de produits manufacturés commercialisés chaque année, nous pouvons considérer le Quéchaï comme un pays relativement inexploité.

Son économie, cantonnée à la production de matières agricoles et à l’extraction de ressources naturelles, passe à côté de nombreuses opportunités en l’absence d’une manufacturation notable dans les secteurs de la métallurgie, de la mécanique ou encore de l’électronique. “Le Quechaï a développé un outil industriel tourné vers l’extraction des minerais. S’il souhaite valoriser sa balance commerciale, il doit songer à fournir davantage de produits manufacturés sur le marché des exports, jusqu’ici limité à la vente des matières premières” constate l’économiste Felicity Edminston.

Développer l’industrie nationale passe inéluctablement par le développement d’une certaine respectabilité internationale du Condor.


“Mais si le gouvernement quéchaïs veut industrialiser des produits issus de la transformation des matières premières, il va devoir favoriser l’installation de pôles technologiques. Et dans ce domaine, le pays accuse un important retard” prévient sans détour l’experte en économie. Le caractère fréquentable du régime d’Espinar est effectivement un axe stratégique en voie de développement, pour impulser les investissements étrangers sur le sol quéchaï.

Quel modèle libéral? Quelles libertés individuelles et collectives pour de potentiels investisseurs étrangers? Tout cela est autant de questions d’ordre politique, associées à des contraintes économiques réelles, qui s’avèrent susceptibles de priver la modeste République côtière de l’hémisphère sud-ouest, des investissements humains et matériels nécessaires pour s'inscrire à un niveau régional...
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El Boletin

25 juin 2003 - POLITIQUE : Une nouvelle coopération Arko-quechaïs pour influencer le continent.



coopération militaire Quechaïmar/Arkencheen
Les récentes activités militaires du Quechaïmar ont traduit une nouvelle coopération entre ses forces armées et celles de la Fédération d’Arkencheen.


Trouver des partenaires Paltoterrans.


Les futurs exercices militaires conjoints entre les milices quechaïs et l’armée fédérale mettent au jour le renforcement d’une présence Arkencane en Paltoterra de manière substantielle. A mi-chemin entre les deux continents, la Fédération a effectivement dans ses intérêts la recherche de partenaires stables et tournés vers des objectifs de croissance en Aleucie et en Paltoterra.

La Federal Army débute donc une présence militaire durable en Paltoterra, pour y sauvegarder les acteurs de la paix et de la stabilité locale. Centre de coordination des opérations militaires conjointes entre les deux états, la base opérationnelle avancée “Odysseo” située à Malx commencera son installation en juillet. Pour lui donner vie, deux milles soldats viendront y prendre leurs quartiers d’ici janvier 2005, accompagnés d’unités navales itinérantes chargées d’entamer des actions de lutte contre la piraterie. “La coopération militaire entre la Fédération d’Arkencheen et la République du Quechaïmar est le terreau sur lequel nos deux nations cultiveront les fruits nécessaires au rayonnement de notre région” promet la conseillère fédérale aux affaires étrangères Martha Fulton.

“Les manœuvres présentent sur place resteront malgré tout dirigées par les états majors respectifs des deux pays” insiste de son côté le conseiller fédéral à la défense Mauricio Sáenz. “Apprendre à une armée étrangère une nouvelle approche du combat n’est pas chose aisée, mais apprendre à deux armées comment combattre ensemble l’est d’autant moins. C’est pourquoi l’entretien d’une cellule de commandement distincte pour chaque partie prenante de ces manoeuvres militaires, est encore indispensable.”

Un échange de bons procédés.


Par cette présence, la Fédération d’Arkencheen assure également au 7e condor quechaïs Stefano Espinar, une force contre-révolutionnaire opérationnelle permanente. “La présence d’une puissance étrangère sur son territoire présente paradoxalement de réelles garanties vers le maintien du pouvoir en place. Dans un pays à l’économie dégradée, il est possible que les populations se soulèvent et entrainent dans leurs sillages une partie des forces. Il est possible que ce soit ces forces armées elles-même qui provoquent la révolution parce qu’elles sont insuffisamment payées et en recherche d’une considération auprès des élites du pays. Dans le cas du Quechaïmar, la situation n’est pas suffisamment florissante et le climat social apaisé bien mal acquis pour écarter définitivement ce risque… Les troupes de l’armée fédérale sont étrangères à ces facteurs qui peuvent faire varier les allégeances. En conclusion, la présence d’une force armée étrangère est présentement, une action de consolidation du pouvoir” finit de conclure la politologue Ayalga Cuervo.

En plus d’une recherche de stabilité politique au Quechaïmar, la coopération militaire entre les deux nations vient alléger le poids que font peser les actes de piraterie en hautes mers Paltoterranes ainsi que les différents trafics illicites, essentiellement tournés vers la drogue et l’orpaillage. “Le 7e condor Stefano Espinar, malgré les critiques dont il souffre autour des libertés individuelles et collectives, tient son pays d’une main de fer et les trafiquants ainsi que les pirates en pâtissent également. Cette gestion musclée de la criminalité profite à la Fédération de l’Arkencheen dont le territoire est en situation d’interface avec ces réseaux criminelles.”

Au-delà de la coopération militaire, la Fédération et le Quechaïmar entretiennent donc une diplomatie bilatérale pour la restauration du pouvoir régalien, agressée par des facteurs divers et susceptibles de détériorer la situation commerciale, et donc la situation économique des deux nations.

Également sur la table, la question de l’immigration.


Le contexte économique et politique du Quechaïmar est susceptible d'entraîner certains flux migratoires à destination des îles fédérées. Miser sur le développement du Quechaïmar est un investissement sur le devenir des questions migratoires en Arkencheen.

“La nature est bien faite, si l’écart est trop grand entre deux nations, les citoyens de l’état en peine s’expatrieront vers celui qui entretient sa réussite et leur venue viendra à terme, réguler la bonne santé économique de cet état. Dans le cas présent, c’est une projection que les élites arkencanes ont manifestement considéré, en cherchant à éviter les flux de migrants qui voudraient fuir le QuechaÏmar” confie l’économiste Delfina Andino. “Quand une nation entretient à la fois un régime antidémocratique et une situation économique précaire, vous prenez le risque de voir cet état devenir un centre de gravité des déplacements forcés…”

Dès lors, une série de mesures concrètes s’est déployée au Quechaïmar, pour entretenir un développement dynamique à destination de l’économie quechaïs.

Des échanges universitaires entre les principaux établissements de l’enseignement supérieur.


Pour stimuler la connaissance et la recherche internationale, les universités de Chitapa (Quechaïmar) et de Pomosejo (Arkoha) ont entamé des travaux, tant d’aménagement que pédagogiques, pour permettre l’intégration de nouvelles équipes enseignantes étrangères au sein de leurs établissements. Après les équipes enseignantes, ce sont également plusieurs classes étrangères qui accompliront temporairement leurs études au-delà des frontières. L’objectif? permettre un meilleur accès aux connaissances internationales et une meilleure diffusion de celles-ci dans son pays natal.

“L’éducation est un préalable à la performance des hommes” défendait vigoureusement le conseiller fédéral pour la recherche, le développement humain et les sports Ajax Sinclair, “il est donc normal qu’elle soit partie prenante de tout programme de développement d’un territoire.” Des infrastructures ont été aménagées pour permettre le développement commercial entre les deux nations.

Des aménagements portuaires qui affichent une complémentarité avec de nouvelles installations industrielles.


Pour mettre en place des échanges, y compris en circuit court, il faut aménager les infrastructures nécessaires à la réception et au départ des marchandises. Si la Fédération de l’Arkencheen possède sur la majeur partie de son territoire, des infrastructures portuaires et aéroportuaires attestant d’une certaine maîtrise en génie civil, le Quechaïmar ne dispose actuellement pas d’installations similaires.

“Pour permettre le développement des flux commerciaux et donc in fine, le développement de l’activité économique entre le Quechaïmar et l’Arkencheen, il faut identifier des installations étendues pour permettre une capacité de transit plus importante. Au termes de plusieurs mois de travaux, il est primordial que les principaux points d’entrée quechaïs pour les flux commerciaux, soient dans la possibilité d’accueillir des navires de fret plus grands tels que les cargos ou encore les vraquiers. Rappelez-vous cette devise: transporter plus, c’est payer moins” vient quant à lui énoncer le conseiller fédéral aux transports, Alden Perking. Selon les premières estimations, les aménagements des principaux points portuaires quechaïs devraient permettre une capacité d’accueil des marchandises revalorisée de +30%.

C’est d’une logique imparable, pour commercialiser davantage, il faut produire plus et mieux. Si l’économie quechaïs est jusqu’ici très limitée aux activités du secteur primaire que sont l’agriculture ainsi que les exploitations minières, le Quechaïmar ne pourra connaître de véritable croissance que par sa capacité à travailler les matières premières dont son pays regorge.

Conscients des opportunités offertes par le Quechaïmar, plusieurs investisseurs arkencans ont fait le choix de ce territoire pour l’implantation de manufactures tournées vers le secteur de la métallurgie. L’économiste Felicity Edminston nous explique pourquoi. “Une installation au Quechaïmar est la garantie d’un approvisionnement des principaux minerais en circuit court, rendu possible par la proximité des sites d’extraction quechaïs.

La mécanisation des principaux sites d’extraction quechaïs, serait aussi un axe de développement majeur pour permettre une plus grande offre en matière première sur les marchés liant d’une part les acheteurs arkencans, et d'autre part les grossistes quechaïs. Permettre aux sites d’extraction de produire plus permettra des tarifs en baisse et donc des achats plus importants à destination des industries arkencanes.

Par sa diplomatie flexible et étendue aux différentes sphères alimentant l’économie, la Fédération est décidée à explorer toutes les pistes permises pour la réussite collective et l’inscription des acteurs régionaux, au sein d’une dynamique commerciale croissante.
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26 août 2003 - Échanges universitaires avec le Quechaïmar: les enfants de bonne famille arkencans se lâchent lors de soirées étudiantes.



soirée étudiante

3 enfants de députés arkencans ont été filmés en train de consommer de la drogue et de tirer à l’arme à feu lors d’une soirée étudiante au Quechaïmar.



Un programme d’échange universitaire récent.


La presse arkohane a récemment mis en avant la nouvelle coopération débutée auprès du Quechaïmar. Une coopération notamment tournée vers le développement de programmes universitaires interculturels. Son objectif? niveler les compétences par le haut en proposant des échanges universitaires de cursus supérieurs, afin de croiser plusieurs programmes d’enseignement.

Le projet de rapprochement entre les deux états bénéficiait alors d’une forte visibilité jusque dans les instances politiques du pays.

Des échanges universitaires filmés et qui mettent en lumière les dérives des étudiants.


La visibilité autour de ce projet était donc suffisante pour relever le partage de plusieurs vidéos en ligne, immortalisant les séjours de ce qui a vocation à constituer la future “élite intellectuelle” de la Fédération.

Initialement prévus pour suivre des programmes de formation à l’ingénierie ou autres enseignements supérieurs, ces échanges entretiennent également à la marge des agendas universitaires, une série de manifestations étudiantes d’ordre privé ou public. Et une fois les étudiants arrivés sur le sol quechaï, le programme prend une toute autre tournure.

Prises de drogue, tirs au fusil automatique, orgies, les témoignages audio et vidéos de ces périodes d’échanges universitaires laissent apparaître une série d’actions “défouloires”. Des actions commises par des étudiant(e)s pour lesquels, leurs familles a été prête à débourser plus de 20 000 arkams pour chaque année de scolarité.

Trois enfants de députés arkencans identifiés sur les vidéos.



Parmi les auteurs de ces actions de débauche, se trouvent trois enfants majeurs de plusieurs députés fédéraux et arkohans. Carola del Junco (la fille du député fédéral au FPR Sidoro del Junco), Tiadoro Miyares (l’aîné de la députée arkohane au MIU Diana Miyares) et enfin Gonzalo Gaona (fils du député fédéral LS Alan Gaona) sont vus en train de commettre des agissements qui sur le territoire fédéral, tomberaient sous le coup de la Loi.

“Les vidéos montrent des jeunes encore vêtus de leurs uniformes universitaires et s’adonner à différents excès tels que la prise de drogues dures ou l'exécution de tirs à l’arme automatique lors de défis entre étudiants sous l’emprise de l’alcool…” commente le sociologue Felix Dengra. “N’oublions pas que les jeunes poursuivant leurs études au Quechaïmar sont parfois issus de cercles entretenant une pression familiale forte, pour aider le jeune à imiter un parcours professionnel identifié comme réussi. L’éloignement des parents d’une part, la pression familiale de l’autre, ajoutés à la mise en place d’un cadre de vie qui autorise et donne l’accès sans condition aux produits stupéfiants et aux armes à feu,tout cela donne un cadre favorable aux excès pour ces jeunes.”

Pas de poursuites pénales en vue.


Malgré l’émotion suscitée par ces images montrant des jeunes étudiants arkencans à priori respectables, s’adonner à tout un éventail d’agissements qui marqueraient l’entrée dans la délinquance s’ils avaient été accomplis sur le territoire fédéral, aucune poursuitep énale n’est permise.

La consommation de drogues et l’usage d’armes à feu au Quechaïmar ne souffrent pas de la même réglementation que celle identifiée en Arkencheen. Donc il n’y a aucune infraction relevée du côté Quechaïs tandis que du côté de la Fédération celle-ci n’a aucune juridiction pour l’ouverture d’une enquête sur ce territoire.

Et la coopération entre le Quechaïmar et l’Arkencheen n’intervenant pas sur le domaine de la justice, il est très peu probable qu’une action soit entreprise malgré la colère montant de plusieurs collectifs étudiants dénonçant le caractère onéreux d’études, finalement entreprises par des riches prétentieux.

Visés par les forfaits de leurs progénitures, les trois députés concernés par ces révélations ont d’ores et déjà expliqué les avoir retirées de ces enseignements interculturels, pour finalement leur faire suivre des programmes d’enseignement par correspondance.
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Implantation d'un réseau d'espionnage milicien au sein du Quechaïmar Suyu.


aéroport nuit

Tepetontli ihtlacauhpiloa, ce qui pouvait se traduire par la « Colline enceinte », était un site archéologique assez méconnu de la population générale, et donc assez peu visité si ce n’était par des experts internationaux et des étudiants. C’était en gros ce que lui avait expliqué le conducteur lors du petit trajet depuis Cuetlachquiauhco (prononcée Cuetlaxiaco), la grosse ville régionale. C’est vrai que l’identité touristique locale tournait plus autour des magnifiques forêts avoisinantes et des fameuses Chutes du Auhcotlep qu’autour de cette étrange colline. C’était sans doute pour ça, conclu Nahahuilt, qu’on lui avait donné rendez-vous là-bas. Dans son corps de métier on ne cherchait pas vraiment à se faire remarquer. Parfois ça voulait dire faire tout comme tout le monde, parfois ça signifiait s’écarter radicalement des sentiers battus. Et puis c’était bon pour sa culture.

Il était arrivé en ville en matinée, après un trajet en train à grande vitesse depuis la capitale. Il y était arrivé la veille, en urgence après avoir été retenu plus longtemps que prévu à l’étranger par une salle affaire; comme il les appelait en son for intérieur. Il avait rencontré un vieux collègue, «Le Rat», l’un de ceux qui jouaient au Grand Jeu depuis plus longtemps que tous les autres, et avait assisté sans trop pouvoir y faire grand-chose à sa mise à pied définitive et expéditive. Mise hors-service, plutôt. Allez directement à la case « cimetière », ne passez pas par la case départ. Ne touchez pas vingt-mille francs. Au moins, les types avaient fait un boulot propre. Rien à redire sur ce point. Mais enfin : c’était toujours sale de voir un vieux de la vieille, un type qui avait eu une belle carrière, bouffé à tous les râteliers, éliminé de toutes les façons pour tous les pays, tous les groupes, une expérience pareille de la vie et du Jeu, retiré du circuit. Et dans des chiottes d’aéroport, avec ça ! Mais bon, les aéroports c’était un coupe-gorge impossible ; alors rien de surprenant, passé l’indignation que ça pouvait provoquer chez un esprit un tant soit peu juste, ou assez naïf pour croire à l’honneur chez les tueurs. Fut un temps les gens de la profession prenaient plutôt le bateau. Mais depuis un bon demi-siècle c’était devenu un truc de prolo' ou d’hyper-riche, et dans la profession mieux valait passer pour un gars moyen. Classe moyenne. Budget moyen. Et donc, naturellement, ça voyageait en avion. Bon naturellement ça voulait aussi dire plus de boulot sur les faux papiers, les identités tronquées, etc. Mais c’était du boulot pour l’employeur ça, pas pour l’agent. Le Tulpa, comme on disait au Kah. Au final ce qui importait c’est que maintenant ils infestaient les aérogares, et qu’on ne pouvait plus s’acheter des clopes en duty free sans rencontrer un gars du métier en pleine affaire, ou croiser du regard une ancienne du service passée chez ceux d’en-face. Au moins ça avait ce côté vaguement romantique. C’est qu’à force de se croiser on apprenait à s’apprécier. Et puis rien n’était fixe, et les affiliations changeaient souvent ; Alors oui, vraiment, ça permettait au moins de se tenir informé et de prendre des nouvelles.

Pas pour autant qu’on aimât y rester plus longtemps que raison, dans ces lieux de passage. Et son affaire réglée, Nahahuilt était rentré au Kah – par avion, donc – puis s’était directement rendu chez son intermédiaire auprès des comités pour transmettre son rapport. Le type l’avait reçu comme d’habitude dans son office un peu moisie, soi-disant qu’il vendait des jeux de carte et des journaux, fallait juste pas trop faire attention aux gorilles qui montaient la garde. L’échange avait été bref. Nahahuilt était entré dans le bureau après avoir frappé, poussant la porte en bois naze pour arriver dans cette petite pièce constamment enfumée par l’encens, mal éclairée, pleine d’un bordel tout droit sorti d’une peinture néo-noire. Monticules de papelard, boites anonymes s’empilant sur les meubles, tasses sales agglutinées à côté du téléphone filaire, un ordinateur à l’opposée sur le bureau, qui ronronnait de façon irrégulière, un peu comme un chat asthmatique. Et derrière, l’intermédiaire. A ce qu’il parait il avait été beau, mais le passage avait fini par en faire un genre de tas de merde, plus ou moins. Petit, flétri, regard plein d’une intelligence sournoise, ses doigts comme des pattes d’araignée qui tapait incroyablement vite sur un clavier et se saisissait de ce qu’on lui tendait comme un prédateur sur une proie. Il grinça et se redressa à l’entrée du Tulpa, ce qui ne le rendait pas beaucoup plus grand que ça.

« On t’attendait hier, avait-il lâché en matière d’introduction. Nahahuilt qui avait déjà prévenu de son retard se contenta de lui lancer le dossier renfermant son rapport. Le type s’en saisit pour le faire disparaître dans un tiroir du bureau.
— Alors, ma prime ?
— Du calme citoyen. Ton salaire universel te suffit pas ? »

Il affichait un sourire irrégulier, ses dents comme des pierres tombales mal alignées. Un cimetière médiéval, donc. Nahahuilt secoua la tête.

« Commence pas.
— Ta prime t’attends chez toi. Mais tu ne vas pas en profiter avant un moment.
— C’est-à-dire ? »

Il était maintenant méfiant.

« Notario veut te parler. »

L’agent cligna des yeux. Notario ? Styx Notario ? C’était une membre du comité de Salut Public. Dans la hiérarchie volontairement floue du service, elle faisait office de matrice. C’était d’elle que partaient les complots, les coups fourrés. On prétendait même qu’elle s’affranchissait de toute collégialité pour certaines affaires. Elle générait jusqu’aux espions, dont les recrues prétendait qu’elle les surveillait et les faisait tomber d’elle-même dans les conditions nécessaires à l’entrée dans le Grand Jeu. Le nom avait de quoi provoquer un certain malaise, en tout cas elle traînait une réputation qu’on ne pouvait pas ignorer. Pour Nahahuilt, en bref, c’était la patronne. Il renifla bruyamment, l’encens lui attaquait les muqueuses.

« J’ai compris, direction Axis Mundis.
— J’en suis pas si sûr, on m’a pas demandé de t’y convoquer. » Il ouvrit un autre tiroir et en fit émerger une enveloppe cachetée. « Maintenant dégage. »

Le tulpa ne s’était pas fait prier et était tout de même rentré chez lui, prenant un tram jusqu’aux pourtours de la ville où il avait un bel appartement – selon les standards du Kah. Il avait toujours fait en sorte de se limiter à ce que permettait son salaire de subsistance universelle, ses primes de mission répondaient quant à elles à ses caprices du moment et étaient pour le reste envoyé à des projets l’intéressant dans la grande tradition du mécénat populaire. Film, livre, œuvre diverse. Nahahuilt se considérait modérément cultivé, mais était très fière des lettres de remerciement que ne manquaient pas de lui envoyer les communes, groupes et individus qu’il soutenait.

Une fois chez lui il rangea la lettre dans un compartiment verrouillé – il n’était pas question de laisser le moindre document important à la vue de tous, même s’il était théoriquement chez lui, dans un appartement surveillé par d’autres agents et équipé des derniers systèmes de sécurité en date – et se dirigea vers la petite salle de bain à laquelle le limitait son statut de célibataire et son caractère assez peu dépensier.

Il voulait se laver, c’était nécessaire pour son bien-être psychologique. À la fin de chaque mission il avait besoin d’une douche, de préférence froide, comme pour laver toute la crasse, tous les péchés, tout le sang... Et la persona qu’il avait édifiée durant les semaines, mois, années de boulot. Un rituel dont il ne pouvait pas se passer et qui prenait chez lui une signification pseudo-mystique, justifiant au moins à ses yeux le choix du nom Tulpa, emprunté aux philosophies orientales et faisant référence à un être créé par la concentration d’une volonté autour de l’idée de son existence. En bref, une métaphore, dans le cas du Jeu, des identités d’emprunt. Après cette douche rituelle, l’homme ouvrit enfin ouvert la lettre cachetée, en assimila le contenu en une fois et malgré l’important cryptage protégeant son contenu, puis la brûla sommairement avant de faire disparaître les cendres dans un vide-ordure. On l’attendait dès le lendemain au sud-ouest du pays, sur... Une colline enceinte ? Sans doute une curiosité locale... Soit. Il ne prit pas la peine de s’interroger sur le pourquoi du comment son agent de liaison pouvait savoir ce que contenait cette lettre – une invitation de la citoyenne Notario – sans l’avoir ouverte – les implications sur le niveau réel de pouvoir et de connaissances du tas de merde le fatiguaient d’avance – et fit ses affaires. Ce soir il prit le premier train de nuit partant pour la région de Cuetlachquiauhco. Le lendemain il y était.

Cuetlachquiauhco n’était pas à proprement parler une ville monde. Gentil euphémisme pour indiquer que même au sein du Kah, la ville avait des aspects proprement modestes. A force de voyager aux quatre coins du monde, de traîner dans les lieux les plus cosmopolites de la planète et de ne voir que des horizons bouchés par les tours les plus hautes que permettait l’architecture moderne, on avait vite fait de mépriser la province, les lieux « normaux », en fait. Nahahuilt, au contraire, les appréciait en toute sincérité. Et sans cette espèce de mépris un peu bourgeois. Il ne les trouvait pas « mignonnes », « typique », « charmante », « délicieusement calme » ou autre. Il les aimait bien, voilà tout. Il y avait déjà vécu, en connaissait le milieu, les méthodes, la culture, et leur trouvait des qualités qui raisonnaient plus avec sa personnalité propre que les citadelles grouillantes à la gloire nationale que représentaient inévitablement les capitales. De plus, le communalisme était un modèle pensé pour les villes réduites. Les métropoles n’étaient qu’une incarnation bétonnée de la folie hyper-consommatrice et envahissante, si on en croyait la théorie. Bien entendu il ne s’agissait pas de diaboliser les citadins ou de prêter à la paysannerie une quelconque forme de vertu supérieure ou souhaitable. Non. Comme en toute chose les mégalopoles n’étaient qu’un symptôme. La nuance était souvent utilisée par les adversaires politiques du Kah présenter son idéologie sous un jour déplaisant. Dans les faits la philosophie officielle de la Révolution reconnaissait simplement que les villes qui grandissaient au-delà d’un certain palier le faisaient mécaniquement en profitant de ou générant une situation de déséquilibre politique et économique. Chose que Nahahuilt n’ignorait pas. Il avait une très bonne connaissance des écrits théoriques et avait, avant de devenir tulpa pour le compte de Notario, eu une carrière assez prometteuse de philosophe politique et de harangueur de foule. Qualité qui avait d’ailleurs précipité son inclusion au Grand Jeu, il avait débuté sa carrière en tant qu’agent provocateur. Les éliminations et sabotages étaient venu plus tard.

Tout ça, cependant, lui semblait bien loin. Et tout ce à quoi il pensait en descendant de l’express sur l’un des quais de la gare centrale de Cuetlachquiauhco, c’était que la verrière à motifs traditionnels étaient de toute beauté, et les lieux très propres. Pour une ville « réduite » implantée au cœur d’une région de jungles sauvages et de montagnes escarpées, c’est vrai qu’elle s’en sortait plutôt bien. Avisant des directions prises par les autres voyageurs, Nahahuilt grimpe des marches jusqu’à une plateforme accessible depuis les trois quais, et se dirigea vers un panneau d’affichage où était placardé un plan. Louée soit la standardisation signalétique, il repéra bien vite le chemin des comptoirs d’accueil et se dirigea vers un escalier dans la continuité de la plateforme, ramenant au niveau du sol dans la section principale de la gare, un bâtiment néo-classique – au sens Kah, donc autochtone du terme – flanqué d’un gros beffroi octogonal faisant office d’administration et installé le long des voies ferrées. Une petite foule de voyageurs s’y amassait. La faune typique des gares du Kah, avec son lot de jeunes gens en groupe, avec leurs sacs de voyage, d’adultes solitaires occupés à lire les actualités, un ou deux vieillards pour la forme, un groupe de miliciens qui avait sans doute reçu un ordre de migration vers les camps d’entraînement du nord du pays... Nahahuilt navigua parmi eux comme l’aurait fait un voyageur normal, cependant persuadé qu’au moins trois agents de la Notario lui filaient dors-et-déjà le train. Deux en poste dans la gare, un autre qui l’aurait suivi depuis Lac-Rouge. Ce n’était pas impossible après tout. Il ne s’était même pas mis en tête de les semer. Non pas que l’idée ne lui avait pas traversé l’esprit, principalement par sens du défi et du jeu, mais plutôt qu’il tenait à faire bonne impression à Styx, pour leur première rencontre face à face. Ces choses-là c’était comme les rendez-vous galants. Il fallait bien se préparer et éviter de médire sur la ou le chanceux s’il pouvait l’entendre. En l’occurrence il allait sans dire qu’elle pourrait l’entendre.

L’hôtesse d’accueil était une jeune noire propre sur elle, coincée dans un élégant costume de gare et dont le regard intelligent jaugeait chaque voyageur avant même qu’il n’approche de son poste. Comme pour la plupart des métiers « déconsidérés », la commune en charge de la gare organisait sans doute des postes tournants parmi les populations oisives, estudiantines ou simplement volontaires. Il y avait aussi des communes ferroviaires où ces postes était permanent et pour tout dire Nahahuilt aurait été bien incapable de déterminer si c’était ou non le cas ici. De toute façon ça ne changeait pas grand-chose à sa situation. Il approcha de l’hôtesse, la gratifia de son habituel sourire moyen d’homme moyen en situation somme toute assez moyenne, ainsi que d’un petit signe de tête destiné à lui indiquer sur le sourire était sincère. Grand classique.

« Salut et fraternité citoyenne.
— Salut et fraternité, que puis-je faire pour vous aider ? »

Il nota avec surprise qu’elle n’avait pas du tout l’accent de la région, ce qui pouvait amener à un certain nombre de théorie. Et si... Et si elle était avec Notario elle aussi ? Avec ce genre de pensée on devenait paranoïaque, d’autant plus qu’il y avait d’autres agents d’accueil, que rien n’indiquait donc qu’il lui parlerait à elle spécifiquement, et que si Styx avait besoin de tulpas dans la région, elle en aurait récupérée qui seraient passés inaperçus à tout point de vue. Donc, qui auraient l’accent local. Malgré tout, Nahahuilt fut incapable de chasser l’idée ; Et si... ? Il tâchâ de ne rien laisser paraître.

« Je cherche... » Feignant de chercher ses mots, malgré sa connaissance parfaite de la langue indigène. «Tepetontli ihtlacauhpiloa ? La... Butte enceinte.
— Ah ! » Elle semblait un peu surprise, ça n’était probablement pas l’activité touristique la plus ne vogue dans la région. Ou bien pas à cette saison. La raison devint rapidement évidente aux yeux de Nahahuilt. Dès que l’hôtesse lui répondit, en fait. « Les ruines ? C’est au sud d’ici, à peut-être... Vingt ou trente kilomètres de la ville. »

Elle sembla réfléchir et fit signe à l’agent de patienter alors qu’elle quittait son poste pour interroger un collègue. Ce n’était pas forcément étonnant, la pratique archéologique était considérée comme scientifique et très détachée de la pratique touristique au sein du Grand Kah. Encore plus dans le cas des sites dont les fouilles étaient récentes ou n’avaient pas encore données grand-chose de spectaculaire à offrir aux masses avides d’en apprendre plus sur le passé de la région (ou plutôt d’en voir, pour Nahahuilt il s’agissait plus de voyeurisme que d’apprentissage). Quoi qu’il en soit la femme revint, et lui offrit un grand sourire.

« Pardon citoyen. Il n’y a pas de ligne directe de bus, mais vous pouvez louer un véhicule, il y a un centre à la sortie nord de la gare, et si vous voulez une carte détaillée de la route pour y aller je peux m’en faire faxer une par l’Université, si vous n’êtes pas pressés ? »

Un véhicule de location aurait été utile pour faire des allers-retours et visiter librement la région, mais il sembla à Nahahuilt que ce n’était pas exactement au programme le concernant ; Il secoua doucement la tête.

« Il n’y a pas des véhicules enregistrés au covoit’ passant par là ?
— Je vais appeler le centre de covoiturage. »

Bon. Eh bien pour la discrétion, en tout cas, c’était raté. Maintenant il sembla au tulpa que c’était ce que voulait Styx. Peut-être par jeu pervers, elle lui donnait rendez-vous dans un lieu improbable dont elle savait certainement que s’y rendre provoquerait obligatoirement des questions. Malgré tout, Nahahuilt s’en voulut. Il aurait pu ne pas poser la question, obtenir les informations qu’il cherchait sans passer par les services officiels, et s’y rendre sans un bruit. Il grinça des dents. Ce n’était pas parce qu’il était de retour au pays qu’il pouvait se permettre de se laisser aller. Du boulot d’amateur. S’il continuait comme ça il n’atteindrait jamais l’âge du Rat. Quoi que si ça pouvait lui épargner de finir plombé dans des chiottes d’aéroport...

L’hôtesse lui fit signe.

« Un agriculteur prend une route qui passe devant le site d’ici une heure. Il peut passer vous chercher ici ou vous attendre au centre de Covoiturage de Cuetlachquiauhco sud.
— Je vais m’y rendre, c’est loin à pied ?
— Vous en aurez pour beaucoup moins d’une heure en tout cas. » Elle avertit son interlocuteur à l’autre bout du combiné puis raccroche avant de fixer Nahahuilt en souriant. « C’est indiqué, mais en sortant par la porte dans mon dos vous vous orientez vers le sud – sur votre droite – et continuez sur le boulevard pendant à peu près trois-cent mètres. Si vos bagages sont trop lourds le tramway suit le même chemin.
— D’accord. » Nouvel acquiescement, là aussi pour indiquer qu’il le pensait vraiment. Un coup classique. « Merci en tout cas, et bonne journée.
— Bonne journée à vous. » Et elle passa instantanément à la passagère suivante, une adolescente avec un gros sac de voyage qui semblait un peu perdue, comme en témoignait l’énorme carte mal repliée qu’elle tenait encore en main. Nahahuilt, pour sa part, quitta la gare et suivit la direction donnée par l’hôtesse, jusqu’au centre de covoiturage où s’installa pour lire le journal jusqu’à l’heure prévue et l’arrivée de l’homme qui allait l’amener sur le site archéologique. Celui-là, un bon gros communard « de la première heure » qui avait participé à la dernière révolution et en était particulièrement fier, s’étendit brièvement sur ses années de clandestinité puis expliqua ce qu’il y avait à savoir, dans les grandes lignes, sur la région. C’était le bon client par excellente, le type volubile qui, à défaut de ne pas dire un mot, s’auto-alimentait et tenait à lui seul des discussions complètes. Le genre qui, si on lui demandait de parler de Nahahuilt, aurait simplement donné une description physique vague, incomplète, et quelques remarques générales. En tout cas il avait l’air d’être un bon gars. Quand il déposa le tulpa à proximité de la Colline enceinte, il lui demanda tout de même s’il était archéologue et, face à une réponse délibérément vague, lui souhaita la bonne journée et repris sa route.

Bon.

On y était.

À première vue, Tepetontli ihtlacauhpiloa n’avait franchement rien de bien extraordinaire et on pouvait même aller jusqu’à se demander s’il y avait vraiment des fouilles dans la région. C’était une colline. Aussi bête que ça. Une colline au dénivelé inhabituel pouvant effectivement faire penser au ventre gonflé d’une femme enceinte. Ou plutôt des collines, en ça que si le tulpa se doutait que le nom était attribué à la motte centrale du complexe, les autres buttes rocailleuses qui l’avoisinait, un peu plus hautes que celles qui ponctuaient la région, devaient aussi en faire partie.

La route prise par l’agriculteur s’était éloignée de la ville à travers la forêt primordiale. Suivant d’abord puis s’écartant du large fleuve qui avait changé une partie de la région en marécage pour se diriger en pente douce vers les versants rocailleux, terre d’herbe folle, des monts qui délimitaient la frontière sud du Grand Kah. Là, le pays était comme une peau grêle. Instable, irrémédiablement scarifié par le temps. Des collines et des fossés qui s’enchaîneraient à perte de vue si ce n’était pour la forêt qui cloisonnait la région. Et la route qui sillonnait entre ces monticules similaires entre-eux, semblant couper en direction des plateaux montagneux où l’on cultivait des plantes typiques de la région. Tepetontli ihtlacauhpiloa était indiquée par des panneaux et une petite route en gravier y amenait. Plutôt que de demander à l’homme de l’emprunter, Nahahuilt le remercia et descendit au niveau du parc de stationnement sommaire qu’on avait créé sur le bord de la route. Il fit le reste du chemin à pied, lançant des regards tant intrigués que déçu à l’espèce de colline très vaguement boisée. Plus il en approchait, plus a forme rendait difficile de discerner ce qui se trouvait à son sommet. Pourtant il se doutait bien que c’était là que résidait tout l’intérêt de la chose. C’était l’évidence même. D’autant plus que la route de gravier – qui se changeait peu à peu en un simple chemin, ne s’arrêtait pas devant une éventuelle entrée de tertre mais continuait, grimpant sur les côtés du « ventre », se dirigeant vers sa cime. Nahahuilt s’arrêta devant la butte, mains sur les hanches, et siffla entre ses dents. Eh bien ça n’avait rien de bien folichon. Il chercha de l’ombre où attendre la patronne et, à défaut d’en trouver, resta planté là, attentif.

Il n’eut pas à attendre très longtemps. Rapidement – après deux ou trois minutes, se dit-il sans avoir vraiment pris le temps de vérifier, des pas approchèrent de sa direction. Styx Notario.

C’est qu’il connaissait déjà son visage, après tout elle était membre du Comité de Volonté Publique. Alors il l’avait déjà vu. En visite à tel endroit, en discours devant le parlement. Ses intonations, ses inclinaisons de voix, la manière que les muscles de son visage avaient d’agir sur sa peau et l’expression faciale qui pouvait ou non en découler ; Il connaissait tout ça. Pourtant, sans qu’il ne sache trop se l’expliquer, elle arriva à le surprendre.

Elle avait quelque-chose de très simple, et de très sûre d’elle. La certitude d’un prédateur, cependant, et pas d’une jeune première. Une femme seule, dans un uniforme élégant et portant une serviette noire à double verrou. Un sourire un peu bizarre. Elle avait quelque-chose du serpent. Élégant, mortel, sang définitivement froid. Pas une once d’émotion sous la beauté des écailles. Elle devait sans doute en jouer, maintenant. C’était son image de marque. À n’en pas douter elle pouvait aussi se faire très douce, ou très oubliable. Selon les circonstances, probablement. Elle approcha de Nahahuilt et le jaugea des pieds à la tête. Puis, d’une voix fort aimable.

« Salut et fraternité, citoyen ! Vous avez fait bon voyage, j’espère ?
— Sauf votre respect, vous le savez bien. Non ? »

Styx ne répondit pas, mettant plutôt une main en visière avant d’indiquer le sommet de la colline, dans le dos du tulpa.

« Vous savez ce que c’est ? »
Il se retourna pour suivre son regard et secoua la tête. « Pas vraiment.
— Vous ne vous êtes même pas renseigné sur le lieu avant de venir ? » Elle se laissa aller à une mine réprobatrice un peu maternel d’autant plus étrange, selon Nahahuilt, qu’il était à priori son aîné. « La curiosité n’est pas un défaut, vous savez. Pas dans votre corps de métier en tout cas.
— En toute honnêteté, citoyenne, je n’ai pas eu le temps de m’y intéresser. Vous savez que je suis rentré à Axis Mundis hier.
— Ah. » Elle acquiesça comme pour signifier qu’elle comprenait bien et se mit en route, suivant le chemin qui montait le long de la colline et lui faisant signe de le suivre. Sans attendre, Nahahuilt lui emboîta le pas, se plaçant à sa gauche, observant le paysage. Il faisait relativement beau, c’était une fin d’après-midi typique de la saison, quoi que sans une once de vent pour la rafraîchir, et la température générale revenait vers des niveaux plus tolérables. La terre sèche du sentier s’effritait sous leurs pas, le petit chemin en gravillon qu’on avait placé plus par principe que dans le véritable espoir de créer une piste, avait un quelque-chose de diablement campagnard. Ce n’était pas pour déplaire à Nahahuilt. Il fixa le sol.

« Ce ne sont pas des graviers, lâcha-t-il enfin. On dirait des silex taillés.
— Vous avez des connaissances en archéologie ?
— En armes contondantes, citoyenne. » La réponse lui arracha un petit sourire approbateur. Ils arrivèrent au sommet de la colline et Nahahuilt dû s’admettre un peu circonspect. En bref il ne savait pas du tout ce qu’il était en train d’observer.

Le site était encadré d’une ligne sommaire de barrière de fil dressé entre des poteaux tendus, et un petit passage en planches de bois permettait de naviguer entre les structures le composant. Pour autant que puisse en juger Nahahuilt, il s’agissait de genre de cercles de pierre enfoncés dans le sol. Relativement espacés entre eux et de taille relativement similaire, les cercles couvraient l’essentiel des collines avoisinantes. Ils étaient tous plus ou moins faits sur le même modèle. Des piliers rectangulaires plus long que large, à sommet plat, agencés en cercle et servant de liaison à des murs de briques ou de pierre taillée inégales faisant comme office de banc. Au centre des cercles, deux piliers se faisant face l’un à l’autre, sur lesquels il devinait très vaguement des silhouettes sculptées d’animaux. Le tout n’avait rien de réellement extraordinaire à première vue – une ruine de plus dans le paysage d’un continent qui en était plein. Pourtant, et pour autant qu’il puisse en juger, Nahahuilt cru comprendre que le lieu était important. En fait, ces cercles de pierre, ces piliers et les sculptures qui les ornaient ne semblaient pas appartenir aux cultures typiques de la région. C’était très inhabituel. Il pivota vers Styx. Elle secoua la tête et lui fit signe de continuer son observation.

« Qu’est-ce que vous en pensez ?
— Je ne sais honnêtement pas. Qu’est-ce que je suis en train de regarder ?
— Ah... » croisa les bras et inspira profondément. « Cette structure, pour autant que nous le sachions à ce jour, est séparée dans le temps des concepteurs des pyramides de Kemet d’autant que temps que ceux-là sont séparés de nous.
— Ce qui fait...» Il mit en marche sa culture générale. « Huit mille ans avant notre ère ?
— À peu près neuf mille six-cent ans. Pas mal.
— C’est vieux.
— C’est plus encore. Venez. »

Elle s’engagea sur le chemin de planche que les archéologues avaient installés pour faciliter leur passage. Nahahuilt la suivit.

« On ne risque pas d’être surpris par une bande d’universitaires, au moins ?
— Non. » Réponse catégorique qui se suffisait à elle-même. « À une époque le site archéologique le plus ancien était les ruines de la cité d’Achad. Ensuite nous avons trouvé le cimetière du Vieux Crayman. À ce jour Tepetontli ihtlacauhpiloa est le site monumental le plus ancien que nous ayons découvert. Son existence même compose un véritable mystère archéologique » Elle descendit dans l’un des cercles et s’installa à l’ombre d’une des stèles, sur celle-là était gravé une espèce d’oiseau au long cou. Nahahuilt remarqua avec curiosité qu’une sculpture de crocodile était accrochée au centre du pilier, et que des mains était accrochées de part et d’autre. Styx continua. « Une première expédition par un archéologue du Walserreich attribua la colline au royaume qui s’étendait ici au sixième siècle. Pour l’archéologue en charge, il s’agissait d’un cimetière militaire ou des fondations d’un avant-poste quelconque. C’était dans les années soixante et la réhabilitation du site ne fut possible que grâce au passage d’un alors tout jeune doctorant dans la région qui remarqua – comme vous – que le sol était jonché de pierres taillées. Il fit un lien rapidement avec son domaine d’expertise – le néolithique – et entama des fouilles avec l’autre d’une université locale. C’était en quatre-vingt-six. Après ça ils ont découverts les différents cercles, les différentes sculptures et plusieurs propriétés très étonnantes des lieux. » Elle fit un geste général semblant indiquer les cercles adjacents à celui où ils se trouvaient. « Par exemple il y a plusieurs phases de construction distincte. Nous nous trouvons dans le cercle central, le plus ancien. D’autres cercles plus récents le bordent, ceux-là sont eux-mêmes bordés par des cercles plus récents et d’autres plus récents encore sur les pentes de la colline. L’aspect notable c’est que contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, les structures les plus récentes – séparées de leurs aînées par plusieurs siècles voir millénaires – sont moins bien réalisées. Moins bien sculptées ; Moins tables. Vous savez où en était l’humanité, en moins neuf-mille avant notre ère, Nahahuilt ?
— Non citoyenne.
— On mangeait des baies, voilà où elle en était. Il n’y avait pas d’élevage, pas d’agriculture, et pas de sédentarisation. »

Moment de flottement. Elle le fixant droit dans les yeux, l’air très grave. Le tulpa hésita

« Pourtant il y a ces cercles.
— Pourtant il y a ces cercles. Nous n’avons pas trouvé de restes témoignant d’une forme d’agriculture ou de sédentarisation dans la région. Il n’y avait pas non-plus d’irrigation ou de puits – la source d’eau fraîche la plus proche est à huit kilomètres, quoi que le lit de la rivière était plus proche, cinq kilomètres, à l’époque.
— Ah.
— La poterie, même la poterie, est censée arrivée plus tard ; Dans les millénaires qui suivront. Pourtant vous avez bien vu les sculptures. » Elle indiqua l’alligator scotché au pilier, et secoua la tête ; « Des peuples qui n’avaient ni société sédentaire, ni poterie, ni agriculture, ni rien, ont mis en commun leur nourriture issue de la chasse et de la récolte, sont allés chercher de l’eau et se sont rassemblés pour mettre en place un chantier visant à créer... Eh bien, ça. Et leurs descendants ont reproduit l’expérience, peu à peu. Jusqu’à arrêter. Plus tard la civilisation comme on l’entend habituellement, prendra le relais et créera de grands temples partout sur le continent. C’est tout de même impressionnant, non ?
— Eh bien oui. Quand on y pense. » Il se passa une main dans les cheveux, appréciant certes l’aspect unique du lieu et les questions qu’il pouvait soulever, mais se demandant aussi ce que tout ceci avait à voir avec le Grand Jeu. Il fixa Styx, qui s’était levée pour observer le pilier de pierre. Celle-là s’immobilisa – elle lui tournait désormais le dos.

« Vous êtes déjà allé au Quechaïmar Suyu, il me semble. »

Il se raidit mais acquiesça, lançant malgré lui un regard dans la direction des hautes montagnes qui séparaient le Kah de son voisin communiste.

« C’était il y a quelques années, citoyenne.
— Peut-être, oui. » Elle se retourna pour lui faire face. « Qu’en avez-vous pensé ?
— C’est une dictature communiste de la pire espèce. L’incompétence chronique de son gouvernement donne lieu à des violences hiérarchiques et culturelles répugnantes et son économie a été scarifiée par une planification discutable et une ouverture violente au marché capitaliste. C’est, si vous me permettez l’expression, le pire des deux mondes. »

Elle évacua la question d’un geste de main et repris.

« Et les gens ?
— La population, citoyenne ? » Il commençait à entrevoir ce qui se dessinait à l’horizon. « Ce sont... Des gens. Vous savez un humain n’est pas si différent d’un autre, une fois qu’on retire le glaçage culturel. Ce glaçage, a sein du Quechaï, c’est plutôt traditionaliste, conservateur, et agricole. » Il réfléchissait, fouillant sa mémoire. C’est qu’il n’était passé là-bas que brièvement, et lors d’une opération principalement urbaine d’assassinat de dissident. Il ne voyait pas vraiment quoi ajouter dans l’immédiat. Elle le relança.
« La religion ?
— Ils peuvent pratiquer librement.
— Les cultures locales ?
— Dans une dictature marxiste ? »

Il avait un ton un peu ironique. Elle acquiesça, bien d'accord avec lui.

« Bonne réponse. Ce sera votre levier d’action, avec les échecs du gouvernement, la faillite économique et la limitation des droits des travailleurs et des individus.

« Il me faudra plus que ça. Aurais-je une équipe ? Du matériel ? Du soutien des communes ?
— Le but c’est que la population doit penser – et sincèrement penser – qu’elle se soulève d’elle-même. La forme communaliste que prendra la désobéissance et la potentielle révolte ne devra être comprise que comme un résultat logique de la porosité frontalière. Après il sera bien naturel que le Kah soutienne ses frères et dénonec une éventuelle répression d'un mouvement par essence pacifique, si capable de se défendre. Non ? »

Il pencha la tête sur le côté.

« L’Union niera, donc.
— Ne me dites pas que ça vous surprend.
— Le contraire m’aurait paru étrange, je ne vais pas vous mentir. » Il se leva. « Quels sont les objectifs, à terme ?
— Oh l’administration a préparé de très jolis dossiers, vous verrez bien. Sur le principe nous voulons tuer cette dictature et faire Union avec les communes qui fleurirons en se nourrissant de son corps. Dans les faits nous allons sans doute simplement la déstabiliser.
— Quel réalisme glaçant... »

Elle fit une moue tragique puis repris le plus sérieusement du monde.

«  À court terme, cependant, nous avons un but bien plus pragmatique. Créer et étendre un réseau d’influence, avoir une idée de ce qui se passe, agiter, pousser à la désobéissance civile, cerner l’esprit général du pays et l’utiliser contre son gouvernement. Les moyens classiques seront les bons : médecine à domicile, éducation itinérante, acte de prêche pseudo-religieuse, pseudo-politique. N’oubliez pas une chose : le Communisme autoritaire n’a aucune raison d’être quand en partant des mêmes postulats nous arrivons à obtenir un régime libertaire. Je crois qu’aucun oppressé ne peut y être insensible. Pas vous ?
— Si, citoyenne, c’était même ma thèse d’étude. »

Elle lui sourit et tout deux ressortirent du cercle de pierre, descendant la colline par un autre chemin qui permit à Nahahuilt d’apercevoir le véhicule tout terrain gardé par quelques miliciens-aigles qui attendait tout bêtement à l’opposé de la route vis-à-vis du site archéologique. Un peu amusé, il se racla la gorge et, comme Styx lui fit signe qu’il pouvait parler, se permit de poser la question qui le taraudait depuis maintenant quelques bonnes minutes.

« Et donc, quel rapport entre ces ruines et ma mission ?
— Il n’y a aucun rapport. Mais vous partez de l’autre côté de la frontière et je cherchais une occasion de quitter Axis Mundis pour visiter cet endroit depuis... Hm. Un bon moment déjà.
— Oh. »

Il avait l'air un peu déçu, elle plissa les yeux et leva le menton.

«  Mais la visite guidée vous a plu, non ? »

Elle lui offrit un sourire vraiment joli, et il se sentit obliger d’acquiescer. Elle n’ajouta rien de plus.

Les mois qui suivirent furent particulièrement chargés et l’occasion d’une préparation intense qui lui rappela un peu sa carrière estudiantine. Relire la théorie communaliste, les journaux officiels et officieux du pays voisins, se renseigner sur la culture, apprendre à parler la langue sans accent – sinon avec un accent local – histoire de passer pour un autochtone. La sélection de son équipe, aussi, fut sujet à de longs débats et à de nombreux questionnements. Il avait besoin d’ingénieurs, de médecins, de types capables de tuer, de saboter, mais aussi d’éducateurs, de prêcheurs politiques. Enfin, quand tout fut près et les groupes d’infiltration formés, on coupa le contact et les cellules furent expédiés tout le long de la frontière, se dispersant dans les régions les plus pauvres, isolées et paysannes, se dispersant comme autant de graines de liberté soufflées sur le pays par un enfant joueur.


Malgré ce qu’avait pu dire Styx, Nahahuilt décida tout de même que cette affaire avait une morale.

La civilisation était le propre de l’humain, quel qu'en soit ses moyens. Il existait donc bien un genre de nature universelle et la barbarie en était nécessairement exclu. Si marxiste soit-elle.


Restait à savoir si, dans plus de dix mille ans, on retrouverait des ruines communistes, ou celles du Grand Kah.

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