
Le Sadr fixait son téléphone, le regard perdu dans les volutes de fumée de sa cigarette. L'attente était une torture. Voir des Chiites churaynns partir chaque jour vers le Byb-Razad pour prêter main-forte aux Sunnites était une insulte à la cohésion de l'Empire. Pour Yazido, cette hémorragie humaine était inacceptable.
Les Adrs (le haut commandement) avaient longtemps pesé le pour et le contre : fallait-il écraser le Byb-Razad ? Transformer cette terre en un immense champ de tir pour tester les missiles de nouvelle génération et endurcir la troupe à moindres frais ? La tentation était grande. Mais les Aykhanides, frères de sang et de foi de la Maison Impériale, ne pourraient pardonner un tel massacre entre musulmans.
Le dilemme était total : préserver l'alliance Aykhanide ou stopper l'immigration par le fer.
La solution résidait dans cet appel. Le chef des Razidis allait devoir choisir. À l'autre bout du fil, le destin du Byb-Razad allait se jouer : l'intégration pure et simple à l'Empire, ou une souveraineté chèrement négociée. Le Sadr le savait : si les groupuscules razidis franchissaient la frontière, la logistique churaynne ne pourrait pas les arrêter avant Kaziran. Et si Kaziran tombait, c'est le cœur de l'Empire qui cesserait de battre.