15/01/2020
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[Épigraphie/Grammatologie] Inventaire raisonné des hiéroglyphes et pétroglyphes muloquois

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Titre de la section dans une esthétique barberienne : Inventaire raisonné des hiéroglyphes et pétroglyphes muloquois
Mlle Hochet présentant son livre dans son bureau de l'Université de Barbery

On se figure souvent, et bien à tort, que Barbery, et la Nouvelle-Gallouèse en général, serait une terre dont l’histoire débuterait avec l’arrivée de colons eurysiens au début du XVIIe siècle. Qu'avant cela, il n'y avait rien qu'une terre vierge, une forêt primaire de l'hémisphère nord. Cela vient du fait que les premiers colons, qui ont remplacé les populations autochtones, n’ont jamais manifesté un désir bien grand d’en savoir plus sur ces païens barbares qu’ils croisaient peu au début de la colonisation et qu’ils ne croisèrent bientôt plus du tout quand elle se trouva plus avancée et que plus aucune transaction avec les peuples locaux n'étaient nécessaires à la survie des colonies. Il n’est pas question dans cette introduction de faire l’histoire des dernières années des peuples indigènes, ce n’est pas le propos, mais tâchons tout de même de rappeler que si, à l’exception de quelques religieuses courageuses et dévouées, les Néo-Gallouésants n’ont jamais montré un grand intérêt pour leurs hôtes, c’est bien la maladie et non leurs lames qui ont éliminé ces populations. Maladie qui, il est vrai, venait bien d’Eurysie et que véhiculaient les colons (intentionnellement ou non) lors des rares rencontres. On remarquera cependant que l’on n’est pas propriétaire de ses germes et que les Eurysiens devaient vraisemblablement la plupart des leurs — dont certains causèrent de terribles épidémies dans l’Ancien Monde — aux Nazumites ou aux Afaréens sans qu’il ne vienne à personne de leur en adresser le moindre reproche.

Mais laissons cela. Actons seulement le fait que, de nos jours, il n’existe plus d’Aleuciens en Nouvelle-Gallouésie, si l’on excepte quelques populations muloquoises dans les collines du cœur de l’État de Barbery. Et encore ces communautés sont-elles fortement métissées, naturellement christianisées et finalement largement déculturées. Néanmoins, elles n’ont pas tout oublié, et c’est à partir de leurs témoignages, collectés depuis le siècle dernier par des anthropologues savants et curieux, que l’on a pu commencer à détricoter le fil des pétroglyphes. Car, chose plus méconnue encore que les Aleuciens eux-mêmes, on trouve partout en Nouvelle-Gallouésie des inscriptions épigraphiques, la plupart dans la pierre, mais aussi quelques-unes dans de l’écorce, notamment de bouleau. Plus intéressant encore, il apparaît clairement que l’ensemble de ces inscriptions soient écrites dans la même écriture et peut-être, bien que l’on n’en soit pas certain, dans la même langue. Naturellement, ces écrits s’étendent sur des millénaires et connaissent de fortes modifications et une nette complexification avec le temps.

On distingue concrètement trois écritures hiéroglyphiques muloquoises. Le haut muloquois, qui est une écriture sans doute beaucoup plus rustre et dont la structure, archaïque, semble manifestement consister en l’agglomération d’idéogrammes simples pour constituer des aides-mémoire facilitant la conservation d’histoires. Le moyen muloquois, qui est déjà nettement plus construit, où la combinaison d’idéogrammes semble y être quasi systématique, et où l’on voit apparaître la récurrence de certains symboles indiquant clairement l’apparition d’un embryon de grammaire — et en réalité, avec l'avancé des recherches, cet "embryon" se révèle être en réalité de moins en moins embryonnaire, ce qui fait dire à certain qu'il existerait un muloquois classique distinct du muloquois moyen. Et Le bas muloquois, enfin, qui est attesté par les témoignages des colons, correspond à un large abandon de l’idéographie en faveur de la phonétique, pure selon certains, partielle selon d’autres.

Comme nous l’avons indiqué, ces inscriptions se trouvent partout en Nouvelle-Gallouésie, bien qu’elles soient de fait beaucoup plus nombreuses en Barbery qu’au Dakora ou au Makota. On ne peut pas exclure non plus qu’il en existe ailleurs dans les pays limitrophes, mais, pour l’heure, aucune inscription n’a été relevée à l’étranger. La répartition des inscriptions incite à penser que cette écriture aurait comme berceau la Barbery, et plus précisément sa principale ethnie, la tribu des Muloquois, et qu’elle se serait ensuite répandue chez les aleuciens Dakora puis chez les aleuciens Makota. Certains aleuciologues audacieux ont prétendu à l’existence d’une superfédération dite « Fleuve Makota » qui correspondrait très exactement à la zone dans laquelle on a retrouvé ces écritures. Mais c’est une opinion controversée, car elle ne repose sur pas grand-chose d’autre que la présence des pétroglyphes, qui peuvent, en réalité, s’expliquer de bien d’autres façons que par la conquête d’un de ces peuples sur les autres. Du reste, il semblerait que l’on observe des variantes locales dans le tracé des glyphes et dans leur fréquence d'apparition, ce qui semble indiquer l’existence de plusieurs nations influencées les unes par les autres mais aux dialectes divers, ou peut-être même s'agit-il de plusieurs langues distinctes employant une seule écriture.

En tout état de cause, ce sujet servira à accueillir toutes les informations disponibles sur ces curieux symboles et leur signification. Il s’agira de cours, d’extraits d’articles, de rapports d'études, et de communications diverses produites par Mlle Marie-Ambre Hochet, docteur en langues anciennes, grammatologue, experte en idéographie, et qui occupe actuellement la chaire d’épigraphie muloquoise à l’Université de Barbery. Chaire qu’occupait son père avant elle, le docteur Hubert Hocher, l’inventeur de la muloquoisologie moderne. Notons, c'est une obligation légale de vous en informer, que cette chaire est financée par le fonds Hoctemare pour la Préservation et l'Etude des Peuples Premiers de Barbery.

Liste des Leçons

Leçon 1 : Déchiffrer et comprendre une inscription en haut muloquois : Lire les Pierres d'Eau ou Pierre de Polmakotamakota
Leçon 2 : Déchiffrer et comprendre une inscription de plusieurs phrases en haut muloquois : l'Inscription de l'Aire des chefs

Répertoire des Glyphes du haut muloquois

B
Bo (Glyphe du Feu principiel)

E
Eau Vive (Glyphe Ta)

F
Feu principiel (Glyphe Bo)

M
Mako (Glyphe du Sanctuaire)

P
Pol (Glyphe du Tabou)

S
Sanctuaire (Glyphe Mako)

T
Ta (Glyphe de l'Eau vive)
Tabou (Glyphe Pol)
8574
Déchiffrer et comprendre une inscription en haut-muloquois :
Lire les Pierres d'Eau ou Pierre de Polmakotamakota

Photographie
Mlle Marie-Ambre Hochet posant pour nous à coté d'une Pierre d'Eau bien connue que l'on trouve aux abords du site de Molpatakopo

Voici les notes d'un étudiant suivant le cours de Muloquois de Mlle Hochet :

Bien que paraissant hermétique aux premiers abords, le haut-muloquois est en réalité éminemment simple à comprendre pour quiconque prend la peine d’étudier un peu le sujet. Cela demande seulement de connaître les symboles et leurs différentes acceptions possibles ; le sens apparaît pour ainsi dire de lui-même. Le haut-muloquois est cependant une écriture hautement lacunaire, dénuée de toute indication phonétique, de tout marquage grammatical et de tout signe de ponctuation. Cependant, la pauvreté objective de ce système d’écriture et la confusion qu’elle engendre mécaniquement dans le travail de déchiffrage sont largement contrebalancées par la simplicité des modes d’expression qu'ils permettent. Il n’y a pas de conjugaisons, pas de pronoms, pas de relatifs, pas de distinction entre noms propres et noms communs et peu de noms propres, pas de genre ni de nombre. En un mot, rien. Rien sinon des concepts qui s’enchaînent sur une ligne pour former un mot-phrase. Car, s’il est vraisemblable que plusieurs langues aleuciennes se sont partagé l’écriture muloquoise à laquelle elles ont donné une valeur phonétique différente, toutes ont adopté une morphologie polysynthétique. Il s’agit, du reste, d’un grand classique dans les langues aleuciennes.

Concrètement, cela signifie que les mots sont des entités isolées, indépendantes et composites qui forment des phrases à part entière et sont le fruit de combinaisons de racines souvent nombreuses, parfois établies sur l’instant (on forge beaucoup en muloquois), parfois établies par l’usage comme on le voit en contexte religieux et rituel. La seule unité de sens connue pour le haut-muloquois est la ligne (ou parfois la colonne) car c'est elle qui forme le mot. Ainsi que le sens de lecture, toujours de haut en bas et de gauche à droite. Ainsi, un texte, car nous avons un certain nombre de textes en cette écriture et certainement beaucoup encore à découvrir, se compose d’une série de lignes (ou de colonnes) dont chacune est un mot-phrase. Comme nous le disions, les modes d’expression sont pauvres en haut-muloquois, et les inscriptions que l'on trouve sur la pierre (pétroglyphe) ou sur l'écorce (hiéroglyphes) s’adaptent admirablement à cette pauvreté. Aussi est-ce une écriture que l’on emploie essentiellement comme aide-mémoire pour les contes et la mythologie, ou comme avertisseur ou symbole sacré, comme nous allons le voir à présent avec les Pierres d’Eau.

Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les vestiges que l’on trouve en Nouvelle-Gallouèsie, on appelle Pierre d’Eau toute une série de pierres gravées que l’on trouve aux abords du fleuve Makota et ce de sa source en République du Makota, en passant par la République du Dakora jusqu’à son estuaire dans la baie de Barbery, en la République du même nom. Ces pierres portent toutes la même inscription ou presque, et que nous allons apprendre à décoder ensemble. Avant d’attaquer le texte, tâchons déjà de savoir devant quoi l’on se trouve. Les Pierres d’Eau ont longtemps fait l’objet de nombreux fantasmes quant à leur fonction car les colons ne savaient pas ce qu’elles voulaient dire. Comme elles se trouvent toutes, sauf quelques contre-exemples de pierres manifestement déplacées, à proximité immédiate du fleuve, à quelques centaines de mètres, on considérait qu’il s’agissait d’avertisseurs pour les passants, leur indiquant la présence d’un obstacle proche et dangereux. Naturellement, c’était une interprétation fausse, mais le hasard a fait que ce n’était pas si éloigné de la vérité. En réalité, il s’agissait bien d’avertisseurs, mais pas pour indiquer la présence du fleuve, que l’on peut difficilement rater, mais bien plutôt pour indiquer que l’on entrait dans une terre sacrée et que, par conséquent, il y avait un tabou qu’il fallait prendre en compte. C’est pour cette raison que l’on classe aujourd’hui les Pierres d’Eau dans une catégorie contenant beaucoup d’inscriptions et que l’on appelle les pierres de Tabou. Mais l’on reviendra sur tout cela. Attaquons, à présent, la traduction.


Gravure
Reproduction de l'inscription classique que l'on trouve sur les Pierres d'Eau

Voici, donnée ci-dessus, l’inscription classique que l’on trouve sur les Pierres d’Eau. Comme vous le constatez, il n’y a qu’un mot, écrit en ligne, et il se compose de quatre glyphes. Sachez que l’on appelle glyphe ces symboles qui forment les mots. Chaque glyphe se compose lui-même d’un certain nombre de signes différents pouvant être disposés de manière elle aussi assez variable. N’entrons pas trop dans le détail de la composition des glyphes, mais retenez seulement qu’en haut-muloquois il n’existe que cinq signes : le trait épais, le trait fin, le disque, le triangle et le carré vide. Un glyphe s’écrit toujours dans un espace carré, même si le carré n’est pas nécessairement dessiné (en réalité, le carré autour du glyphe a une signification, laquelle change d’ailleurs selon qu’il est tracé en trait fin ou en trait épais, ou même les deux). Idéalement, si l’on excepte quelques coquetteries comme le raccourcissement des traits fins, il est d’usage d’exploiter totalement au moins deux bords opposés d’un glyphe, gauche-droite ou haut-bas, et idéalement on emploie tout le carré si l’on peut. Mais, contrairement à d’autres langues idéographiques, ce n’est pas une obligation d'optimiser l'espace pourvu cependant que les proportions soient respectées. Mais laissons là ces considérations typographiques qui nous éloignent de notre sujet du jour. Nous aurons naturellement l’occasion d’y retourner en détail.

Il y a donc quatre glyphes, et le premier que nous allons voir est celui qui se situe tout à gauche et qui est donc le premier dans l’ordre de lecture du muloquois. Il s’agit d’un carré plein en trait épais dans lequel l’on trouve un carré plein en trait fin, au centre duquel l’on trouve un carré vide. Vous voyez le glyphe de Pol, c’est-à-dire le glyphe du Tabou. Il n’est pas question ici d’aborder en détail le sens de ce glyphe, nous n’en avons pas le temps, car cela impliquerait d’aborder largement la notion de tabou dans le mode de pensée muloquois et, vous vous en doutez, il recouvre pas mal de choses et mérite un long développement. On y reviendra dans une autre leçon. Retenez seulement que ce glyphe a un sens de mise en garde et d’avertissement solennel. En somme, il nous prévient que quelque chose de dangereux sur le plan du sacré peut avoir lieu ou est en cause : « attention, il y a un tabou ici; fait attention à ce que tu vas faire ».

Le deuxième glyphe est presque identique à Pol, c’est-à-dire qu’il se compose d’un carré plein à trait épais dans lequel l’on trouve un carré plein à trait fin. La seule différence avec Pol, vous le constatez, est l’absence du carré vide. Cette différence, bien que minime, en fait un glyphe totalement différent, et ce glyphe c’est Mako. Ne vous formalisez pas sur les noms des glyphes, ce sont les noms académiques qui s’appuient sur la prononciation des derniers locuteurs de cette langue, les aleuciens des villages muloquois de Barbery. On a de bonnes raisons de penser que les valeurs phonétiques ont beaucoup changé dans le temps, et que celles d'aujourd'hui ne doivent pas avoir de rapports avec celles qui étaient en vigueur il y a des siècles. Mais enfin on utilise celles-ci car ce sont les seules que nous ayons. Donc le glyphe Mako renvoie à la notion de sanctuaire, terre sacrée, lieu saint et là encore, nous ne pouvons pas nous arrêter mais nous le ferons en son temps.

Le troisième glyphe n’est pas de forme carrée mais s’inscrit dans un rectangle ; il fait partie de ceux qui n’exploitent pas tout le carré mais seulement deux bords opposés, ici les bords horizontaux. Il se compose de deux traits épais horizontaux parallèles entre lesquels il y a un trait fin. Vous le voyez, le trait fin est raccourci, il s’agit d’une coquetterie d’écriture. Il y a de nombreuses petites règles de tracé comme celle-ci, nous les verrons petit à petit. Ce glyphe, qui s’appelle Ta, signifie plusieurs choses et notamment l’eau vive (fleuve, rivière, torrent), qui est le sens qu’il faut retenir ici. Là encore, il n’est pas question de décrire ce glyphe avec rigueur, nous le ferons plus tard. Sachez qu’il peut également signifier l’eau que l’on peut boire ou l’eau claire, ainsi que l’eau qui est adaptée pour les rites.

Enfin, le quatrième glyphe est le signe le plus compliqué. Il s’agit d’un glyphe composé d’un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un carré plein en trait fin dans lequel se trouvent deux traits parallèles épais entre lesquels se trouve un trait fin. Et si vous avez bien suivi, alors vous reconnaissez les composantes du glyphe : il s’agit de Mako, le deuxième glyphe, dans lequel on a glissé Ta, le troisième. En conséquence de quoi ce glyphe se dit Makota. Et il signifie, littéralement, le lieu saint aux eaux pures, mais, vous l’aurez deviné, il s’agit du fleuve éponyme ici. Remarquez, dans un autre contexte on aurait pu faire référence à un autre lieu saint aux eaux pures, par ailleurs on écrit ce glyphe quand on veut parler de la tribu des Makota, il faut alors y joindre le glyphe de tribu. Les noms propres n'en sont pas vraiment en muloquois, ou plutôt, ils ne le sont que par l'usage que l'on en fait, rien d'autre. C'est dans ce sens que l'on dit qu'il n'existe pas de noms propres dans cette langue.

Voyez, nous avons fini le déchiffrage. Voici ce que nous obtenons : Tabou, Sanctuaire, Eaux Vives, Fleuve Makota. Voici comment nous devons traduire : « Il faut porter une attention sacrée au sanctuaire des eaux pures du fleuve Makota »,. Et en muloquois actuel : Polmakotamakota. Naturellement, vous l’aurez compris, c’est un jeu de mot. Ou plutôt, c’est un effet de répétition qui amplifie la mise en garde. Voilà donc ce que sont les Pierres d’Eau : des panneaux qui indiquent que l’on entre dans un sanctuaire dédié au culte du fleuve Makota. Naturellement, il y aurait encore beaucoup à dire, mais je pense que cela suffira pour aujourd’hui. J’espère que ce premier cours vous aura intéressé et que je vous reverrai la semaine prochaine.

Fin de la retranscription des notes




2151
Le Glyphe Pol ou Glyphe du Tabou (AA)

le glyphe

Ce glyphe, attesté dès le haut-muloquois, est carré et se compose d’un carré plein au trait épais dans lequel se trouve un carré plein au trait fin, au centre duquel se trouve un carré vide. Sa valeur phonétique chez les derniers Aleuciens muloquois de Barbery est Pol. Sa signification est le tabou, l’interdit, la mise en garde. On pourrait le traduire par « Attention à ce qui se passe ici, dans cet endroit, ou bien prend garde où tu pénètres ou bien ce que tu serais tenté de toucher ». Dans son usage pétroglyphique, ce glyphe permet d’indiquer que l’on pénètre dans un lieu sacré ou, dans le contexte hiéroglyphique, que l’objet ou l’inscription elle-même est sacré. En effet, les Muloquois, anciens comme modernes, ainsi que les autres Aleuciens de Nouvelle-Gallouésie, avaient une conception du monde, somme toute assez classique, qui opposait le sacré et le profane. Et la fonction de l'écriture, et surtout du Glyphe Pol était d'informer de la présence d'un lieu sacré. Certaines choses étaient permises en lieu profane qui étaient strictement défendues dans les lieux sacrés. D’ailleurs, il était possible de doubler Pol pour indiquer que l’endroit était interdit aux simples membres de la tribu et réservé aux seuls gardiens de la foi, c’est-à-dire, en muloquois, les Dotmaki. Il était aussi possible de tripler Pol, avec ou sans explication, indiquant par là que l’endroit était interdit à l’ensemble des êtres humains, y compris ceux qui sont initiés et proches des esprits. Cependant, les effets magiques (et préventifs) de Pol ne sont effectifs qu’à la condition que ce glyphe soit placé en début de mot, car s’il est placé ailleurs dans le mot il devient alors purement indicatif et perd sa fonction d’interjection pour devenir un substantif classique faisant référence à la crainte sacrée et à l’interdit, c'est de cette manière que l'on peut parler du tabou sans poser un tabou. En ce qui concerne l’usage de ce mot, il est attesté vraiment un peu partout, dans des contextes extrêmement divers, en pétroglyphe comme en hiéroglyphe, car on le trouve aux abords de l’ensemble des sanctuaires aleuciens qui bordent le fleuve Makota et plus généralement qui se trouvent en Nouvelle-Gallouésie, mais aussi dans de nombreux mobiliers funéraires et globalement nombre de choses ayant quelque importance cultuelle.

Les mots commençant par Pol

A : Pol, interjection de tabou léger.<br>AA : Polpol, interjection de tabou fort.  <br>AAA : Polpolpol, interjection de tabou absolu.<br>ABCD : Polmakotamakota : "Attention, sanctuaire des eaux du Makota".
1672
Le Glyphe Mako ou Glyphe du Sanctuaire (AB)

le glyphe

Ce glyphe est attesté dès le haut-muloquois. Il s’agit d’un glyphe carré formé d’un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un carré plein en trait fin. Sa prononciation chez les derniers Muloquois est Mako. Ce glyphe signifie « sanctuaire, lieu saint, espace sacré ». Selon certains grammatologues s’étant penchés sur le muloquois, Mako pourrait avoir été, au tout début de l’histoire de cette écriture, une forme atténuée de Pol : l’absence du carré vide en son centre aurait permis d’ôter la puissance magique de ce glyphe sans cependant le rendre illisible. Le sanctuaire aurait alors été un tabou désactivé. Ce procession d'atténuation ou de désactivation d'un mot craint est, il est vrai, quelque chose qui est bien attesté dans le développe des langues et ne serait pas inédit. Cependant, d’autres savants, comme le professeur Hubert Hochet, le meilleur expert en muloquoisologie, ont estimé au contraire que c’est le glyphe du Tabou qui procède du glyphe du Sanctuaire et qu’au tout début de cette écriture, l’interjection Tabou n’existait pas car la langue était purement indicative, mais qu’elle a été ajoutée par la suite pour dynamiser l'écriture et en se basant sur le glyphe, déjà existant, du Sanctuaire. Pour l’heure, nous ne disposons pas de témoignage épigraphique d’époque attestant de l’absence de l’un des deux glyphe dans un cadre attendu et grâce auquel il serait possible d’établir avec exactitude le rapport entre les deux glyphes, qui en tout état de cause sont intimement liés. Pour en revenir à Mako, il s’agit d’un glyphe assez fréquent que l’on rencontrer un peu partout, avec, naturellement, une sur-représentation sur les bords du fleuve Makota, notamment sur les Pierres d’Eau ou Polmakotamakota, que l’on trouve aux abords des nombreux sanctuaires consacrés aux eaux du fleuve.
Les mots commençant par Pol

B : Mako, sanctuaire, terre sacrée.  <br>BC : Makota, sanctuaire des eaux.<br>BCD : Makotamakota : Sanctuaire des eaux du Makota..
1361
Le Glyphe Ta ou Glyphe de l'Eau vive (AC)

le glyphe

Ce glyphe est rectangulaire dans le sens horizontal. Il se compose de deux traits horizontaux épais entre lesquels se trouve un trait fin. On constatera un raccourcissement purement esthétique du trait fin qui, contrairement aux traits épais, n’atteint pas les bords du glyphe. Il s’agit d’un choix délibéré des sculpteurs qui n'a aucun impact en terme de sens mais qui est une norme d'écriture à peu prés générale, bien que l’on retrouve ça et là, le plus souvent en haut-muloquois, des témoignages archéologiques dans lesquels la ligne fine n’est pas raccourcie. En tout état de cause, ce glyphe est attesté dans nombre des plus anciennes inscriptions dont nous disposons. Les Aleuciens des derniers villages muloquois en Barbery le prononcent Ta. Ce glyphe peut être traduit comme : « Fleuve ou cours d’eau, eau vive, eau pure et potable apte aux rites ». Naturellement, on le trouve fréquemment aux abords du fleuve Makota, fleuve Makota qui d’ailleurs, avant de disposer de son glyphe dédié, s’écrivait par le moyen du glyphe Mako (sanctuaire) et de ce glyphe Ta (fleuve) : le fleuve sacré. Cependant, il est important de comprendre que toute source d’eau vive faisait l’objet d’une vénération par les Aleuciens de Nouvelle-Gallouésie et que l’on est donc susceptible de voir ce glyphe apparaître dans toutes les inscriptions se situant à proximité de cours d’eau, que ce soit le Makota, mais aussi ses affluents. Notons que ce glyphe ne peut jamais désigner la mer, les lacs, les puits et les marais, qui sont des eaux impures et néfastes dans la culture muloquoise.
Les mots commençant par Ta

Ta : eau vive.
1416
Le Glyphe propre du fleuve Makota (AD)

le glyphe

Ce glyphe est de forme carrée. Il se compose d’un carré plein en trait épais dans lequel se trouve un carré plein en trait fin, dans lequel se trouvent deux traits épais horizontaux et parallèles entre lesquels se trouve un trait fin horizontal. Ce glyphe, qui est attesté dès le haut-muloquois, est un glyphe propre, c’est-à-dire qu’il évoque explicitement un être précis. Ici, il s’agit du fleuve Makota. Dans sa construction, on constate que ce glyphe est le résultat de la combinaison de deux glyphes. Concrètement, le glyphe Mako (lieu sacré, sanctuaire) dans lequel on a inséré le glyphe Ta (eau vive). Très logiquement compte tenu du caractère polysynthétique du muloquois, et comme le confirment ses derniers locuteurs, ce glyphe se prononce Makota. Notons que le mot Mako-Ta en deux glyphes existe toujours et sert à désigner un sanctuaire fluvial ou une source d’eau vive, que ce soit sur le fleuve makota ou sur ses influents. Les noms propres sont assez rares en écriture muloquoise, ce qui indique que le fleuve Makota occupait une place importante dans la vie et la culture des peuples autochtones de Nouvelle-Gallouèsie. L’importance de ce fleuve est également confirmée par les très nombreux sanctuaires que l’on trouve le long de son cours et par le fait que l’une des principales tribus se nommait Makota. Notons enfin que ce glyphen, bien que propre, se rencontre très fréquemment dans le registre épigraphique car on le retrouve gravé sur de nombreux témoignages pétroglyphiques aux alentours des sanctuaires du fleuve, notamment sur les célèbres Pierres d'Eau ou Polmakotamakota.
Les mots commençant par Makota

Makota fleuve Makota
Déchiffrer et comprendre une inscription de plusieurs phrases en haut muloquois : l'Inscription de l'Aire des chefs

photographie
Mlle Hochet posant devant le sanctuaire de l'aire des Chefs sur le flanc de la montagne de Polbakbo (République de Barbery)

Début de transcription des notes

La semaine dernière, nous avons commencé une modeste initiation à l’écriture du haut-muloquois en nous bornant à déchiffrer et à traduire une inscription simple de quatre glyphes seulement. Rappelez-vous, il s’agissait du texte des Pierres d’Eau, autrement dit le Polmakotamakota. Cette semaine, si vous le voulez bien, puisque vous me faites l’honneur de revenir dans cet amphithéâtre pour assister de nouveeau à mon cours, nous allons aller plus loin et nous fixer un objectif nettement plus ambitieux. Nous allons nous attaquer à la traduction d’un vrai texte et non plus d’une simple inscription monophrasique.

Vous devez savoir que, contrairement à ce que l’on rencontre ça et là en Aleucie chez les autres peuples premiers qui ont adopté l’écriture, les Muloquois et ceux qu’ils ont influencés — je pense notamment aux tribus Makota et Dakora et globalement aux autres tribus de la vallée du Makota — ne se sont pas bornés à quelques petites inscriptions lacunaires, mais ont au contraire rédigé de véritables textes, parfois copieux. Avant de nous atteler à la présentation du texte que nous allons déchiffrer, tâchons d’abord de voir quels sont ces textes que les Muloquois ont écrits et quel besoin ils avaient de faire une telle chose. Contrairement à ce que l’on peut voir chez certaines civilisations anciennes de Nazum, il ne s’est jamais agi de tenir des comptes, puisque les tribus de Nouvelle-Gallouèse sont demeurées, pour ainsi dire jusqu’au bout de leur existence, dans un état technologique et social que l’on pourrait qualifier de paléolithique ou de mésolithique, dispensant ces populations d'avoir recours à une comptabilité rigoureusement tenue, car la contrainte comptable, vous le savez certainement apparait avec ce qu'il est d'usage d'appeler la Révolution néolithique. C'est ce qui fait, d'ailleurs, que les nombres comme les opérandes ne sont apparues que très tardivement dans cette écriture, on ne les voit apparaitre que dans le bas muloquois, et vraisemblablement sous influence des colons eurysiens. En fait, l’écriture muloquoise sert principalement à trois choses : marquer des informations sur des lieux, comme nous même nous le faisons encore aujourd'hui avec les panneaux indicatifs ou les enseignes de boutique ; fixer dans la pierre des histoires (ou rédiger des pense-bêtes pour ne pas les oublier) ; et inscrire des formules magiques ou religieuses.

Ici, nous allons voir le premier et le troisième cadre, à savoir l’indication et la magie, mais nous aurons l’occasion de revenir sur les histoires, qui, vous vous en doutez, sont nombreuses et très fleuries en muloquois. Avant cela, un peu de contexte. Nous nous penchons aujourd’hui sur ce que l’on nomme l’inscription de l’Aire des Chefs. Il s’agit d’une inscription que l’on trouve sur un promontoire rocheux planté à flanc de la montagne Polbakbo, non loin de la ville de Venon, en Barbery mais très au nord, non loin de la frontière avec le Dakora. Cette aire, qui à l’époque de l’activité du lieu accueillait était surmonté d'un sanctuaire dédié à Polbakbo, la divinité muloquoise du feu, était flanquée d’une inscription frappée sur la sur la roche que l’on avait préalablement remarquablement bien aplanie pour recevoir la taille. Inutile, à ce stade, d’entrer trop dans le détail : disons simplement que cette inscription sert à indiquer que l’endroit était réservé aux seuls chefs et qu’il servait d’espace de discussion, de palabre comme on dit, pour apaiser les conflits entre les tribus, le tout sous la protection de la divinité du lieu dont le sanctuaire se trouvait juste au-dessus.

facsimile
inscription en fac similé de l'inscription du sanctuaire des chefs

Commençons, si vous le voulez bien, par une analyse d’ensemble de l’inscription. Comme nous l’avons vu la semaine dernière, un texte muloquois peut se lire dans deux sens : de gauche à droite ou de haut en bas, selon qu’il est écrit en ligne ou en colonne. De plus, il n’y a ni majuscule, ni point, ni aucune autre ponctuation en haut-muloquois. Il n'y a qu'une seule règle de ponctuation et elle est simple : une ligne équivaut à une phrase, ou une colonne équivaut à une phrase si le texte est rédigé en colonne. Ici, vous le voyez, il s’agit de lignes, et il y en a quatre. Vous pouvez donc conclure qu’il y a quatre phrases. Nous allons analyser et traduire ces phrases une par une.

La première phrase, si vous avez été attentifs la semaine dernière, vous êtes déjà capables de la traduire. Mais, je n’ignore pas que la pédagogie c’est la répétition, alors je reprends. Vous voyez que cette phrase se compose de deux glyphes identiques, et ce glyphe, vous le connaissez : il s’agit de Pol, c’est-à-dire le glyphe du Tabou. Rappelez-vous, le sens de ce glyphe est assez particulier car il évolue et se renforce par itération. Ainsi, Pol signifie qu’il faut faire attention car l’endroit est sacré ; Polpol indique que seules les personnes aptes peuvent pénétrer (cela dépend du contexte : il peut s’agir des initiés, des hommes, des sorciers ou des prêtres ; ici, nous le verrons, il s’agit des chefs). Donc, cette première phrase, que vous êtes déjà capables de traduire seuls, se prononce Polpol et signifie : « Attention, vérifie bien que tu as le droit d’être ici, cet endroit est tabou et réservé à un nombre restreint d’individus, en l’occurrence les chefs ».

La deuxième phrase se compose de quatre glyphes dont le premier doit également vous être connu, car nous l’avons déjà vu. Il s’agit du glyphe de Sanctuaire, c’est-à-dire le glyphe Mako. Il indique que l’on parle d’un lieu sacré où le monde spirituel et le monde matériel se rencontrent. Il est suivi d’un glyphe fait d’un triangle en trait épais. Ce glyphe, c’est Pok, le glyphe de la montagne. C’est un glyphe simple qui signifie quelque chose de simple : la montagne. Par extension, il peut aussi signifier un massif montagneux ou même l’idée de hauteur. Avec le troisième glyphe, nous entrons dans les glyphes hautement composés. Je vous en touche deux mots maintenant, mais vous en saurez plus en vous reportant au répertoire des glyphes. Il s’agit du glyphe de la déité, ou glyphe de Polmakopalpok. Littéralement, il signifie : « le chef qui est dans le sanctuaire, au-dessus de la montagne et qu’il faut craindre », mais concrètement c’est le glyphe que l’on emploie quand on veut introduire une divinité. Donc, le quatrième glyphe donne le nom de cette divinité par un glyphe propre : le glyphe de Polbakbo, c’est-à-dire « le chef qui commande au feu et qu’il faut craindre ». On en tire la phrase suivante : « Sanctuaire de la montagne du dieu Polbakbo ».

La troisième phrase se compose elle aussi de quatre glyphes. Le premier nous est bien connu : il s’agit de Pol, le glyphe du Tabou. Employé seul, il signifie, vous vous en souvenez, que l’on doit prendre garde car on entre dans un lieu sacré et qu’il y a donc un tabou. Ici, il nous prévient d’être attentif à ce qui va suivre. Le deuxième glyphe vous est inconnu, bien qu’il ressemble, vous le voyez, au glyphe de l’eau vive mais retourné à 90° et entouré d’un carré plein en trait épais. Il s’agit en réalité du glyphe Boko, ou glyphe du feu matériel, feu de camp. Le troisième glyphe est semblable à Pol, le glyphe du Tabou, mais le carré vide est remplacé par un triangle vide. Ce glyphe se nomme Pak, c’est le glyphe du chef, littéralement « celui qui commande dans le monde terrestre et spirituel » ou bien « celui qui commande dans le sanctuaire », mais le premier sens est le plus probable. Le quatrième glyphe est le plus complexe. Il se compose d’un carré plein en trait épais avec, à l’intérieur, deux traits épais verticaux au centre desquels l’on trouve un trait fin vertical, et les traits épais verticaux sont flanqués de six triangles vides de chaque côté. Ce glyphe se nomme Bokopak, ou glyphe du conseil des chefs, littéralement : « le feu de camp autour duquel se réunissent les chefs ». On obtient donc le sens suivant pour cette phrase : « Attention, ici se trouve le feu de camp autour duquel les chefs se réunissent entre eux ». Et l’on comprend clairement que le tabou fort de la première phrase s’applique aux non-chefs, mais la dernière phrase nous le fera encore plus clairement comprendre.

La dernière phrase, donc, n’est composée que de trois glyphes. Le premier est un glyphe rectangulaire — rappelez-vous, nous en avons vu un dans la première leçon, et d’ailleurs le glyphe de la divinité Polbakbo est aussi de ce genre. Cela n’a aucune importance pour le sens, il s’agit simplement d’un type de graphie de glyphe. Donc ce premier glyphe est rectangulaire dans le sens vertical et se compose de deux carrés pleins dont celui du haut est en trait fin et contient un triangle vide surmontant un carré plein, et le rectangle du bas est épais et contient un rond vide. Ce glyphe se nomme Polpakkojumma, ou glyphe de Malédiction ou de Détachement divin, littéralement : « Le chef qu’il faut craindre (c’est-à-dire le dieu) reste dans le monde des esprits, l’homme est seul dans le monde matériel ». Ce glyphe est celui que l’on emploie généralement pour indiquer une malédiction. Ici, c’est comme cela qu’il doit être entendu : « Que soit maudit… ». Le deuxième glyphe est le plus compliqué de cette inscription mais, vous allez le voir, il n’est pas aussi difficile à comprendre qu’on pourrait le croire. D’ailleurs, si vous y réfléchissez bien, vous constaterez que vous en connaissez toutes les clés. Mais prenons le temps de le décrire : dans un carré plein en trait épais, deux traits épais parallèles reposent entre lesquels se trouve un trait fin reposant sur un cercle vide et que surmonte trois carrés vides, et que flanquent de chaque côté six triangles videss. Ce glyphe est celui du profanateur, ou glyphe de Jumbokopak, littéralement : « l’homme (sous-entendu profane) qui se rend au feu de camp des chefs » (on peut remplacer chefs par dieux car la clef de chef est l'élement essentiel de la glyphe de la déité), et il indique, sans surprise, un acte de profanation, ou bien le profanateur lui-même. Quant au dernier glyphe, on vient de le voir plus haut, il s’agit du glyphe Bokopak, le feu des chefs. Ce qui nous donne pour cette phrase : « Que soit maudit celui qui [n’étant pas chef] profane le feu de camp où se réunissent les chefs ».

Et voici donc la traduction que l’on peut en faire :

Ce lieu est très sacré, assure-toi que tu as le droit de pénétrer ici.
C’est le sanctuaire de la montagne du dieu Polbakbo (Le-chef-qui-commande-au-feu-et-qui-est-à-craindre).
Attention, ici se trouve le feu de camp autour duquel les chefs se réunissent entre eux.
Que soit maudit celui qui [n’étant pas chef] profane le feu de camp où se réunissent les chefs.


Fin de la transcription des notes
1574
Le Glyphe Bo ou Glyphe du feu élémentaire (AE)

le glyphe

Ce glyphe est rectangulaire sur l’axe vertical et consiste en deux lignes verticales en trait épais entre lesquelles se trouve une ligne verticale en trait fin. Ce glyphe est identique au glyphe Ta, ou glyphe de l’eau vive, mais incliné à 90° et donc vertical plutôt qu’horizontal. On peut certainement voir dans ce choix des scribes de se contenter de tourner le glyphe de l'eau une volonté de figurer symboliquement le fait central dans la culture muloquoise que le feu et l’eau s’opposent en quelque sorte comme des antagonistes dans un système dualiste, c'est qui est en parti le cas du système mythologique muloquois puisque qu'on y retrouve ces deux éléments qui s'opposent frontalement (cependant on ne peut pas réellement parler de dualisme puisqu'on y trouve plus d'éléments que ces deux seuls et qui eux aussi sont principiels). Cette opposition apparait notamment dans la guerre perpétuelle qui déchire Makota, le fleuve sacré que les muloquois divinisent et qui règne sur les plaines, à Polbakbo, Le-chef-qui-commande-au-feu-et-qui-est-à-craindre, le dieu du feu, et qui règne sur les hauteurs, c'est à dire les montagnes. Notons cependant que les deux glyphes ne sont en réalité pas de parfaits antonymes, car là où Ta a un sens très concret — l’eau vive, l’eau potable, l’eau claire —, en plus de son sens plus mystique d’eau pure, Bo, quant à lui, ne renvoie exclusivement qu’au feu élémentaire, principiel, subtil ou spirituel, en un mot dissemblable au feu naturel, pour lequel les Muloquois emploient plutôt son dérivé, le glyphe Boko, c’est-à-dire le feu de camp ou feu terrestre. Cette division entre le sens mystique et le sens pratique fait que Bo est finalement un glyphe assez rare et d’emploi essentiellement magique ou religieux, contrairement à son quasi antonyme Ta qui est d'usage courant.
Les mots commençant par bO

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