15/01/2020
21:35:30
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Au port, il y a un Royaume |Teyla-Altrech]

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Une rencontre imprévue pour l'Altrech, pas pour Teyla.

Le capitaine de vaisseau était debout au quai numéro B de la base navale militaire teylaise, regardant le navire cargo de l'Altrech se rapprocher lentement dans le port militaire. L'ombre massive du bâtiment s'approchait lentement d'un des quais du port militaire du Royaume de Teyla, là où voulait réceptionner le Royaume les chalands de la République Translavique, commandés par cette dernière. Le capitaine regarda le vaisseau, sûrement civil, bien que son esprit militaire ne put s'empêcher de penser à un vaisseau civil avec un armement militaire à l'intérieur, un Q-ship comme diraient les anglophones. Il le regarda donc, et il trouva le navire moche. Il n'avait pas d'autre terme pour décrire ce qu'il voyait s'approcher dans le port militaire dont il était le commandant. Aldric Seyrac était un militaire et il aimait les lignes subtiles et parfois cassantes des vaisseaux militaires. Le cargo n'offrait que trop de lignes droites, d'angles droits et assez peu de courbes, de profondeur.

Il regarda le cargo s'offrir tout en pensant qu'une année plus tôt, ce cargo n'aurait pas franchi le port militaire sans subir des tirs de toutes parts, de la part des hommes sous son commandement. À cette pensée, il eut un sourire carnassier qui apparut sur son visage, l'instant de deux secondes, puis son visage redevint celui du professionnel qu'il était. Un officier de Sa Majesté au service du Royaume de Teyla.

Son esprit le projeta, dans l'attente du cargo, à son bureau il y a temps de cela. Cinq jours plus tôt. L’horloge au bas de son écran affichait quatorze heures treize quand le premier coup, sec et mesuré, avait frappé la porte de son bureau. Avant même d’ordonner d’entrer, Aldric savait à la régularité du rythme qu’il s’agissait de son aide de camp. Le son des coups donnés et leur nombre avait révélé l'identité de son aide de camp. La lieutenante avait ouvert la porte d'une façon qui avait alarmé l'esprit du capitaine de vaisseau. Puis son regard s'était baissé vers les mains de son aide de camp et il vit ce que tout commandant reconnaissait d'un coup d'œil même en pleine nuit. Une lettre qui pouvait en temps de guerre faire figer le sang de tout officier de Sa Majesté ou en temps de paix ravir les gens avec de l'ambition. Bordée de noir et d’or, frappée aux armes du Royaume de Teyla, elle portait en son centre les lettres capitales "TRÈS SECRET DÉFENSE." En haut à gauche, son propre nom, à droite, l’expéditeur, l’État-major général. C’était, sans l’ombre d’un doute, une révision de ses ordres ou alors une promotion.

Le commandant Aldric ne s'attendait ni à une promotion ni à une révision de ses ordres dans le contexte actuel. La surprise s’était traduite par le haussement de son sourcil droit. Un mouvement infime, mais que l'aide de camp avait intercepté à la seconde même. Sans un mot, la lieutenante posa sur le bureau, le centre du bureau, la lettre prioritaire et, sans hésitation, elle tourna les talons, sortit de la pièce en fermant la porte et retourna à ses anciennes tâches, sans émettre de jugement trop hâtif.

Sa surprise ne cessa pas de se révéler à la lecture de la lettre venant de l'État-major du corps d'armée auquel il était rattaché, c'est-à-dire la marine nationale. Tout d'abord, il était demandé au Commandant Aldric Seyrac de s'assurer de la sécurité du convoi dans les eaux proches du Royaume de Teyla. Cela ne fut pas une surprise, c'était une procédure normale pour un convoi allant dans un port militaire teylais. Le Royaume de Teyla cherchait toujours à prendre aussitôt que possible part à l'escorte pour être dans la chaîne de décision en cas d'imprévu. Toutefois, la surprise fut lorsqu'il lut la nationalité du convoi. Altrechtoise. Il ne s'attendait pas à ce qu'un convoi de l'Altrech, devenu communiste depuis les événements en Eurysie centrale, vienne accoster dans un port teylais et, de surcroît, militaire.

Mais le véritable coup de semonce de l'État-major se trouvait dans les paragraphes suivants. Pour un document qui mettait simplement à jour des ordres, celui-ci était tout à fait détaillé. Il y avait trois annexes, adossées à l'unique feuille qui mettait les ordres du Commandant par écrit. Des annexes faites par le ministère des Affaires étrangères, seulement une sur les trois était une annexe de l'État-major. Celles du ministère des Affaires étrangères détaillaient, que trop bien, le passé entre l'Altrech et le Royaume et les événements en Eurysie centrale du point de vue du Royaume de Teyla. Deux paragraphes se contentèrent de transposer ces événements sous une vision de l'Altrech. Il avait fait la moue. Visiblement, il avait mal lu ses ordres, car ces annexes n'avaient aucun sens. Une annexe du ministère portait aussi sur le régime de l'Altrech, ses symboles, son fonctionnement et d'autres informations qui seraient utiles en cas... Le Commandant avait plissé les yeux et avait remis ses yeux sur la feuille qui transposait ses ordres par écrit, noir sur blanc.

En effet, il avait mal lu. En plus de la simple protection, la directive principale lui imposait d'endosser le rôle délicat de premier intermédiaire depuis les évènements en Eurysie centrale. Les ordres allaient plus loin, toujours plus loin. Il ne s'agissait pas d'une rencontre diplomatique officielle, mais d'un contact entre un officier de Sa Majesté et soit un militaire de l'Altrech, soit tout autre actif pouvant être lié au gouvernement de l'Altrech. À la suite d'une discussion, qui devra passer comme naturelle, le Commandant Seyrac remettra son rapport officiel à l'État-major et au ministère des Affaires étrangères, pour savoir si un rapprochement pourra avoir lieu. Un officier de Sa Majesté agissant comme un diplomate, l'idée ne plaisait vraiment pas à l'officier. Il ne savait pas à quand remontait la dernière fois qu'un officier de Sa Majesté devait jouer au diplomate, mais cela devait remonter à très loin, disait son esprit.

Sur le quai numéro B, le capitaine de vaisseau souriait bêtement. Il avait, selon lui, relevé d'ingéniosité afin d'avoir un contact physique avec les Altrechois, c'est-à-dire faire descendre de leur navire l'équipage. Il avait fait transmettre par radio l'invitation officielle du commandant de la base navale (c'est-à-dire lui) au capitaine du navire et à tout l'équipage afin de visiter la base navale, une invitation de courtoisie. Il fallait les faire descendre à terre et il ne voyait pas autre chose qu'une invitation de courtoisie pour cela. Il se prit à rigoler lui-même alors que le cargo était presque à quai. En effet, il avait vu la tête des membres de la sécurité de la base lorsqu'il avait annoncé qu'il allait suivre à la trace des dizaines de membres d'équipage, d'une nation considérée comme hostile, dans une base sensible militaire teylaise.

Il avait entendu les questions légitimes et il avait balayé lesdites questions. Au contraire, il avait pris son téléphone et appelé, il y a dix heures, en pleine nuit, le commandement d'une base militaire locale des forces armées terrestres, afin d'être appuyé. Son collègue et ami, réveillé en pleine nuit, lui avait envoyé une dizaine d'hommes dont un officier de Sa Majesté, moins gradé que le Commandant Seyrac. Un geste qu'apprécia Seyrac, il restera l'officier le plus gradé dans sa base, toujours appréciable. Il détourna la tête et vit au loin deux frégates teylaises s'assurer de la sécurisation du convoi et de la base. Les silhouettes sombres des deux frégates se découpaient à l'horizon. Leurs dômes radar tournaient avec une régularité presque hypnotique. C'était son assurance-vie. Si le ventre de ce cargo de l'Altrech recelait autre chose que des chalands inertes, si la moindre trappe d'artillerie masquée venait à s'entrouvrir, les équipages des deux bâtiments de guerre réduiraient le navire en un amas de ferraille fumante en quelques minutes. C'était sa décision qui respectait les ordres reçus. Assurer la protection du convoi ; et les frégates avaient pendant plus de deux heures protégé le convoi en pleine mer. Il s'assurait simplement que le cargo ne soit pas un Q-ship. Et l'Altrech ne verrait rien d'inhabituel, étant donné qu'il avait insisté pour que les frégates reprennent l'escorte du convoi lorsque ce dernier prendrait la route du retour.

Alors que le cargo était enfin à quai, Aldric sentait le poids du sabre de cérémonie contre sa cuisse gauche. Le fourreau noir battait doucement contre son pantalon au rythme du vent, et Seyrac résista à l'envie de poser la main sur le pommeau pour le faire taire. Il portait la tenue de commandant de cérémonie. Celle brodée d'or et majoritairement noire, ses galons dessinés sur son col et ses manchettes. Ses manchettes offraient des informations capitales pour ceux qui savaient lire les uniformes navals teylais. Quatre ronds d'or entourant la manchette. Un rond voulait dire que l'homme qui portait la tenue avait commandé un vaisseau. Un rond par vaisseau différent. L'homme qui servait de diplomate avait commandé quatre bâtiments de guerre navals différents.

Alors que le moment fatidique allait venir d'un moment à l'autre, il jeta un dernier regard à l'ensemble. La haie d'honneur, il l'observa avec patience. Elle était en place et disposait de deux rangées de fusiliers marins disposés qui se faisaient face à face, avec à son bout, au centre, l'officier de Sa Majesté Seyrac. Les sabres n'étaient pas encore devant les visages, ils le seront uniquement, oui uniquement pour le capitaine du cargo ou un membre militaire de la délégation s'il a un grade de commandement dans la marine altrechoise. Contrairement à la diplomatie teylaise qui utilisait les gardes royaux pour les rencontres diplomatiques permettant de faire ce geste du sabre devant n'importe quelle personnalité, les fusiliers marins avaient une tradition. Celle du capitaine, commandement. Il espérait sincèrement que les Altrechois connaîtraient cette tradition de la marine teylaise et n'y verraient aucune insulte si un diplomate se cachait dans le cargo et qu'ils ne verraient aucun sabre levé pour lui.

Il regarda ensuite le bosco. La tenue n'était pas parfaite mais correcte. Il avait le sifflet de manœuvre pendant à son cou. Il hocha la tête en direction du bosco pour valider tout ce qu'il venait de voir. Le maître d'équipage se tenait droit, le buste légèrement cambré contre les assauts du vent marin qui faisait claquer les drapeaux du port. Dans l'univers très codé de la flotte teylaise, le bosco n’était pas un simple exécutant. Il était à la fois un gardien des vieilles traditions de la marine teylaise tout en étant à la fois le chef d'orchestre des honneurs. Il était prêt à faire résonner le sifflet comme jamais à la vue du capitaine altrechois, même si celui-ci n'était pas un militaire, une petite digression au règlement que les deux hommes avaient acceptée. Mais Harker savait aussi, d'après les instructions muettes de Seyrac, que cet instrument resterait silencieux si la silhouette qui s'avançait sur la passerelle ne portait pas l'autorité du commandement naval. On ne sifflait pas pour un technocrate, un bureaucrate ou n'importe quel civil qui n'était pas lié à la mer, fût-il le maître de l'univers. Une question d'honneur et de sang. La marine teylaise reconnaissait en ce geste la peine des autres marines et marins, fussent-ils non teylais.

Ensuite, le commandant porta son regard sur les diverses équipes de sécurité chargées d'accompagner différents groupes de l'équipage pour faire des visites de la base. Il avait bien l'intention de recevoir à part le capitaine ou un militaire du cargo s'il en comportait un dans son bureau pour se faire une idée de la pensée altrechoise, ou il le ferait pendant la visite. Quoi qu'il arrive, il devait permettre à l'Altrechois librement et non devant d'autres hommes de sa nation. Une prudence qu'il ne savait pas si elle était nécessaire pour l'instant, mais il ne voulait causer aucun souci à l'homme auquel il allait parler. Quoi qu'il arrive, il avait augmenté le niveau d'alerte de la base en interne deux heures auparavant. Permettant la fermeture de certains accès de la base, les plus sensibles, le renforcement de la sécurité. Les équipes de secours locales et civiles étaient, grâce à ce relèvement, en état d'alerte et en contact permanent avec un officier de communication. On ne sait jamais, si le cargo avait prévu d'exploser, valait mieux être prêt.

Quoi qu'il en soit, la cape de Seyrac flottait au vent, et son regard se portait sur le cargo et sur les femmes et les hommes qui en descendaient.


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Image pour illustrer la tenue de cérémonie de Commandant. Le second héritier du trone n'est donc pas présent.

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Un voyage court, une rencontre imprévue : Teyla - Altrecht


Le voyage fut rude, la mer était agitée, peut-être sentait-elle l'arrivée des intrépides marins altrechtois vers les côtes teylaises. Partant de Sankt Arnd, les 17 marins composant l'équipage du navire "Der Duftstoff", traduit strictement par "L'Odorant", furent stupéfaits de la destination qu'il leur était demandé d'entreprendre. Ainsi, malgré certaines réticences à cette idée, le navire quitta le port altrechtois, prenant le large en direction de Teyla. Cependant, certains marins demandèrent des comptes au camarade responsable de vaisseau (CRV), celui-ci avait eu l'occasion de discuter avec le service diplomatique altrechtois, comme à son habitude. En effet, l'Altrecht considère que le camarade responsable de vaisseau dispose, lors de son voyage, du rôle de représentant du pays lorsque la cargaison est des armes. Ainsi, Ludwik Kuźnicki, militaire de carrière, promu il y a plus de 2 ans CRV du navire "Der Duftstoff", fut mis au courant de la situation politique et géopolitique de Teyla, ainsi que de la posture à adopter à l'encontre de cette nation.

Quoi qu'il en soit, le navire approchant petit à petit de Teyla, ce dernier fut contacté par l'escorte envoyée du Royaume afin de les guider et d'assurer leur protection jusqu'au port. Une chose inhabituelle, mais acceptée par le commandant qui fit étrangement grésiller la radio en communiquant avec son escorte. Chose étrange, l'escorte put apercevoir enfin l'équipage du navire travaillant sur le cargo. Il en était presque drôle de voir qu'à la fois le navire était rouge, mais que l'équipage l'était aussi. Selon l'État-major altrechtois, cette décision survenait afin de pouvoir repérer facilement les cargos au transport sensible altrechtois en pleine mer, mais également, dans le cas des marins, de pouvoir les ramener à bord lors d'un accident amenant certains à tomber à l'eau. De plus, le rouge allait si bien aux Altrechtois...

Quelque chose d'étrange se produisit sous les yeux des marins teylais observant l'embarcation. En effet, sortant du poste de commandement blanc du navire, trois individus se mirent à entourer le poste de commandement. Des individus toujours vêtus de rouge, mais n'ayant pas d'uniforme militaire ; ils portaient plutôt une sorte de longue robe rouge et étaient enveloppés de câbles et autres implants mécaniques sur leurs corps mutilés. En observant avec précision via les appareils d'observation des navires teylais, il apparut, après avoir agrandi l'image sur ces individus, qu'ils disposaient d'un masque dégageant une étrange fumée verte. De plus, on retrouvait des symboles récurrents, comme une tête de mort entourée d'un engrenage, comme logo qu'ils arboraient. Enfin, il semblait avoir en main une sorte de sceptre fait de métal et décoré de la fameuse tête de mort et de l'engrenage, qu'ils semblaient agiter autour du bâtiment principal du navire. Ni une ni deux, après quelques secondes depuis leur arrêt, les individus se mirent à danser, de manière coordonnée, millimétrée et avec énergie, comme pris d'une folie simultanée. Accomplissant ce qui semblait être un rituel, le navire se mit à gronder d'un son lourd, lent et pénétrant. Comme si la machine répondait à cette danse...

Après plusieurs secondes de grondement du navire, les individus revinrent à l'intérieur du bâtiment qu'ils avaient quitté quelques minutes plus tôt. Ainsi, le temps passa, laissant perplexes les marins teylais devant la scène dont ils étaient désormais les témoins. Le temps de l'amarrage était déjà venu ; alors, les marins altrechtois, vêtus d'une tenue militaire caractéristique, sortirent à la manœuvre. On pouvait noter une différence certaine. Certains disposaient de masques sur la bouche dégageant cette mystérieuse fumée verte et avaient des têtes de mort entourées d'engrenages sur le corps comme logo ou symbole, tandis que d'autres, eux, semblaient tout à fait normaux ; ils étaient même majoritairement à arborer les simples grades et décorations de la marine altrechtoise. Tous semblaient cohabiter sans souci. Certains étaient même marqués des décorations de la marine champalaise, signe de la coopération profonde entre les deux unions de communes.

À quai et ayant entendu l'invitation de l'officier de Sa Majesté Seyrac à la visite du port, le camarade responsable de vaisseau Ludwik Kuźnicki demanda d'abord l'autorisation de sa hiérarchie en rapportant ce qu'il se passait ici même. Ainsi, la porte de coque du navire s'ouvrit. Dès lors, une légère fumée verte sortit rapidement de la porte de l'embarcation, très fine, subtile et douce. Sans perdre plus de temps, une rampe fut descendue depuis la porte pour permettre à l'équipage d'atteindre le quai. Ainsi, les 17 marins descendirent un à un, seulement, se mettant en ligne une fois descendus respectivement à droite et à gauche de la rampe, laissant place aux trois individus étranges puis, en dernier, à Ludwik Kuźnicki. La seule différence apparente entre lui et son équipage était le couvre-chef caractéristique des capitaines de vaisseau, ainsi que les maigres décorations qui étaient accrochées à sa tenue. Il n'avait pas de masque, pas de symbole étrange ; c'était un officier arborant les insignes et décorations de la marine altrechtoise.

Il avança donc petit à petit vers la personne centrale du dispositif teylais, sans crainte, sans trop d'hésitation, gardant tout de même une certaine prudence caractéristique. Aucun membre de l'équipage n'était armé, aucun outil dangereux, ni même un taser. Le seul objet étrange dont disposait l'équipage était les sceptres des trois individus précédemment cités. Ainsi, Ludwik Kuźnicki s'avança, souriant légèrement et plissant les yeux à cause de la lumière du soleil l'éblouissant. Sans arrogance ou méchanceté. Il savait que ce protocole spectaculaire n'était pas anodin, quelque chose se tramait et il allait très bientôt le savoir.

illustration inexacte :Femme marinMarin à bordCommandant de vaisseauIllustration des individus inconnus
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Image d'illustration

Le Royaume de Teyla pouvait-il encore être surpris ? C'était une question que personne ne posait et qui pourtant relevait d'une importance presque capitale. Après les différentes guerres par le Royaume de Teyla et surtout après le bombardement d'Estham, il semble difficile de surprendre à nouveau ce Royaume d'Eurysie de l'Ouest, dont les actions à travers le monde lui ont permis d'échanger avec plus de cultures que jamais. Ses relations diplomatiques à travers les siècles ont aussi, malheureusement ou heureusement selon le point de vue, permis de créer un esprit critique et la plupart du temps l'obligeaient à chercher une explication rationnelle à ce qu'il voyait autour de lui. En ce jour, la tentative de chercher des raisons scientifiques et des explications rationnelles à ce qu'il allait se passer fut toujours présente, sûrement heureusement pour le rapport que fera le capitaine de vaisseau Aldric Seyrac.

Alors lorsque les premiers masqués du navire cargo sortirent et furent visibles par le capitaine de vaisseau, Seyrac ne montra rien. L'homme avait vécu les opérations de sauvetage autour d'Estham et savait l'horreur que provoquaient les attaques chimiques et il espérait au fond de lui que cela n'était pas une attaque chimique. Conformément à la direction ministérielle, il activa sa radio, avant que les Altrechois soient à sa hauteur, et demanda la mise en état d'alerte maximale d'une unité militaire NRBC et décrivit très brièvement la fumée verte qui s'échappait des masques à gaz puis du poste de commandement du navire Altrechois. Il reprit ensuite sa position normale et d'attente, tout en se posant tout un tas de questions, comme les marins de la base teylaise qui avaient l'occasion de voir ce spectacle.

Le cerveau de Seyrac travaillait, il avait lu les notes du ministère des Affaires étrangères. Dans celles-ci, un court passage mentionnait les pratiques culturelles de l'ancien régime et il y voyait peut-être une correspondance. Cependant, il fut intérieurement surpris. Au regard du nombre de morts (vague de suicides, etc.), il s'était attendu à ce que le nouveau régime jette aux oubliettes les us et coutumes de l'ancien régime, notamment sur les choses les plus contrôlables pour un gouvernement. C'est-à-dire l'appareil gouvernemental, l'appareil diplomatique et enfin l'appareil militaire. Pour Seyrac, sans avoir la certitude de la réponse, les Altrechois masqués avaient mis simplement un colorant vert dans leurs masques à gaz pour que, lors des expirations, ils sortent du gaz vert à travers la respiration normalement humaine.

Ce qu'il nota intérieurement et s'empresserait d'énoncer dans son rapport à l'État-major général, c'étaient les multiples mutilations de certains corps humains. De là où il était, à cause de la distance, il avait du mal à voir les mutilations, mais les rapports dans sa radio faisaient mention de possibles mutilations. Il ne savait pas encore la nature ni l'étendue des mutilations mais cela intéresserait sans doute le gouvernement de Sa Majesté pour prendre sa décision. Cependant, en tant qu'officier de Sa Majesté, il nota d'énoncer dans le texte "Sont-ce des mutilés par l'ancien régime fasciste de l'Altrech ou de nouveaux mutilés ? Si ce sont de nouveaux mutilés, il revient au gouvernement de Sa Majesté d'émettre une politique diplomatique. Si ce sont des anciens mutilés, il convient de se renseigner sur le respect fait à eux par le nouveau régime. Bête de foire ? Traitement adéquat ? Autre ?" Quant aux tenues rouges de l'équipage altrechois, c'en fut presque drôle tellement cela semblait caricatural.

Cette note faite dans son esprit, l'officier de Sa Majesté revint sur l'homme qui s'avançait vers lui. Il avait étudié, pendant la guerre en Eurysie centrale, les insignes de la marine altrechoise et reconnut, avec un temps de latence qu'il trouva trop lent, l'insigne sur l'homme. D'un geste, visible mais discret, il ordonna à la haie d'honneur de faire ce qu'elle devait faire.

Ainsi, d'un geste clair et rapide, le bosco porta le sifflet qui était deux secondes plus tôt autour de son cou, à sa bouche et siffla dedans. Une note suraiguë, d'une pureté presque douloureuse, déchira l'air de la base navale. Puis, avant même le dernier écho du sifflet, les deux rangées de fusiliers marins s'actionnèrent dans une synchronisation parfaite. D'un mouvement sec, sans hésitation les mains allèrent vers les fourreaux et prirent les sabres. Les sabres jaillirent de leurs fourreaux. Les lames de cérémonie s'élevèrent d'un geste vif au-devant de leurs visages. L'acier poli présenta son plat à hauteur des yeux des fusiliers, figeant la perspective en un hommage rigide et étincelant. Ce salut suprême de la flotte royale teylaise, d’une exigence absolue, n’était offert qu’au commandement militaire, ignorant superbement toute présence politique ou civile.

Le commandant Seyrac attendit et ne bougea pas de sa position, comme le voulait la tradition de la marine. Il attendit, toujours les sabres de la haie d'honneur levés, que l'Altrechois soit à sa hauteur, puis dans le geste le plus humain possible, il tendit la main. L'esprit d'une quarantaine d'années du commandant Seyrac travaillait tout autant qu'avant. Son avenir était en jeu, il le savait, par cette rencontre diplomatique. Si cela se passait bien, alors il pourrait viser une promo de contre-amiral, enfin, et peut-être atteindre avant la fin de sa carrière la position de vice-amiral. Si au contraire, cela se passait mal pendant la rencontre, il ne savait pas si ses supérieurs hiérarchiques allaient prendre des mesures contre lui. Enfin, se dit-il intérieurement, on lui avait demandé simplement de faire un rapport, pas d'arriver à des accords diplomatiques avec l'officier en face de lui.

Puis il parla. Sa voix était d'un aigue clair et presque métallique. Une voix qui avait connu les ponts de commandement à n'en pas douter.

- Officier Kuźnicki. Il hocha la tête. Le commandant teylais avait fait son travail et avait lu la liste des passagers demandée par le Royaume, puis transmise à son aide de camp. Permettez-moi de vous rappeler ce que vous a dit le capitaine de vaisseau Humort, commandant d'une des deux frégates. Si vous avez besoin de ravitaillement, le prix sera le même que pour les ports civils. Si l'un ou plusieurs membres de votre équipage ont besoin de soins médicaux, nous avons les installations pour leur prise en charge.

Votre équipage participera à la visite de la base ou seulement une partie de celui-ci ? J'oubliais. La République Translavique m'a transmis de vous transmettre le plus prompt remerciement pour les délais courts et l'acceptation du commandement militaire. Selon les mots que je dois transmettre, la République Translavique est honorée.

Les premiers mots de l'officier teylais ne disaient rien de ses objectifs pour l'instant. Bien que l'accueil fût peut-être trop chaleureux pour une nation qui officiellement considérait l'Altrech comme hostile. Puis, le commandant teylais, face à l'un de ses homologues, semblait retrouver une certaine naturalité, en gloussant.

Si je peux me permettre, officier Kuźnicki. La République Translavique souhaite parler à tous les camps, y compris à la Démocratie Communiste de Translavya afin de préserver la paix. Ils rappellent sans cesse leur constitution fondée sur la paix et leur impossibilité d'attaquer les premiers. Il fit un geste de la main et continua. Ils sont lourds et chiants avec ça. Croyez-moi. Mais visiblement, si la livraison se passe bien, je pense qu'ils voudront entamer des contacts diplomatiques plus poussés avec votre nation.

Le ton était celui d'une confidence personnelle, d'un officier à un autre.

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Ludwik Kuźnicki, camarade responsable de vaisseau "Der Duftstoff" venant d'amarrer au sein d'un port militaire teylais, avança jusqu'à son interlocuteur. Il avança lentement, regardant dans les yeux les soldats à sa droite et à sa gauche, jusqu'à arriver devant l'officier de Sa Majesté Seyrac qui baissa son épée afin de débuter cette rencontre qui promettait. L'Altrecht, contrairement à la croyance commune, n'a que peu de rancune envers ce royaume lointain. Il y avait des accords de défense et puis, c'était du passé. Cela se confirmait avec la carte des visas, permettant depuis peu aux citoyens teylais de venir en Altrecht malgré les restrictions, chose qui n'a pas été accordée à des nations comme l'Hostaline ou le Drovolski. Ainsi, malgré le froid imposé entre les deux pays, l'Altrecht n'avait pas intérêt à se mettre à dos la puissance teylaise pour un simple jeu d'alliance régional. Des conflits, il y en aura, l'objectif est de les limiter, et pour cela, il faut parler. Comme le dicton le dit, nous ne pouvons faire la paix qu'avec nos ennemis. C'était l'objectif de l'Altrecht, enterrer la hache de guerre, normaliser ses relations. La doctrine révolutionnaire altrechtoise était d'ailleurs en ce sens, resserrer les liens, influencer les populations soumises au capitalisme en montrant la réussite du système altrechtois pour changer les régimes non pas par la violence, mais bien en profondeur. En gagnant les cœurs, telle était la voie que l'Altrecht a toujours suivie depuis sa propre révolution.

Nous vous remercions, commandant Seyrac, notre navire se ravitaillera dans votre port suivant votre directive amicale. Quant à nos marins, ils sont tous en relativement bonne santé, une petite écorchure à cause de la houle, rien de bien grave, ou du moins, rien que nous ne puissions soigner par nous-mêmes. Cependant, cette proposition médicale est soulignable, nous vous en remercions aussi. Serrant la main de l'officier en face de lui.

Si vous êtes d'accord, mon équipe suivra la visite "essentielle" du port, cependant le navire doit être prêt au départ et nous avons besoin d'eux pour les préparatifs. Toutefois, les laisser se dégourdir les jambes ne leur fera pas de mal.

Avançant pendant la visite, admirant l'avancée militaire en matière navale du royaume de Teyla, le camarade Ludwik Kuźnicki fut impressionné par le tonnage total entreposé dans le port. Il y voyait là la démonstration d'une vraie puissance maritime. Tout à coup, il se sentait ridiculement petit avec son navire cargo, pourtant aussi grand que les plus grands navires teylais.

Nous retournons à la République translavique nos compliments, c'est nous qui sommes honorés de pouvoir commercer avec eux, comme nous sommes honorés de pouvoir le faire en passant par Teyla d'ailleurs. Entendant la confidence de son interlocuteur, Ludwik se sentait plus à l'aise, il n'avait plus l'impression d'être l'objet principal d'un guet-apens.

Comme la République translavique, nous avons cette même idée du pacifisme et de la diplomatie, nous ne sommes pas une nation qui se ferme à une autre pour une différence idéologique. Ce n'est d'ailleurs pas pour autant que nous nous retiendrons de critiquer ce même régime. Mais nous sommes en faveur de la diplomatie, parler prévaudra toujours à nos yeux face à la force armée ou aux complots belliqueux. Ainsi, nous serions ravis de pouvoir discuter d'accords plus profonds avec cette nation, d'importance stratégique qui plus est en vertu de sa position dans le détroit de Mésalvarde. Ainsi, ce conflit, qui, je préfère vous prévenir, je ne connais pas assez sur le sujet, nous semble lointain, voire arriéré en cette année 2020. Le temps des armes doit être révolu au profit de la diplomatie. Voilà notre conviction, nous comprenons donc parfaitement la République translavique dans cette volonté.

Le camarade Ludwik Kuźnicki se demandait où voulait en venir le commandant teylais. Voulait-il que l'Altrecht pousse à un rapprochement entre les deux Translavies ? Il se demandait également les intentions du Royaume de Teyla, souhaitait-il normaliser ses relations avec l'Altrecht, voulait-il passer des accords avec lui ? Nul ne saurait le dire à l'instant même. Une chose est sûre, l'Altrecht cherche à sécuriser à tout prix ce qu'il considère comme vital : son commerce. Il avait notamment déjà conclu un accord avec Velsna concernant une circulation garantie et protégée par la flotte velsnienne dans la Manche Blanche, lui permettant ainsi de commercer aujourd'hui avec Teyla sans avoir besoin de protection militaire. Mais la principale route commerciale utilisée par l'Altrecht est bien celle du détroit de Mésalvarde, il y a peu attaquée par le Drovolski à son encontre, voilà quelle était la problématique de l'Altrecht : commercer en paix et avec tous.

Femme marinMarin à bordCommandant de vaisseauIllustration des individus inconnus
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Image d'illustration

Le vent n'avait pas encore faibli dans le port militaire teylais. Il transmettait par ses rafales l'odeur de sel habituelle pour les marins, qu'ils soient militaires ou civils. L'officier Seyrac n'avait pas baissé son sabre car il ne l'avait jamais monté au-devant de son visage. Son sabre était resté dans son fourreau, battu par le vent contre sa cuisse gauche, et il y resterait. La haie d'honneur dégaina et rendit les honneurs. Le commandant de la base, ici le capitaine de vaisseau Seyrac, accueillait ceux qui doivent être accueillis. C'était la règle selon une tradition et le commandant Seyrac respectait les traditions. Les fusiliers portaient toujours devant leurs visages l'acier de leur sabre, dans une posture figée. C'étaient deux rôles différents et par leurs différences, les mélanger aurait été une erreur.

Le capitaine de vaisseau Seyrac écouta l'officier altrechois parler. Il resta debout, le regard plaqué sur l'officier altrechois, au niveau du visage. Seyrac nota que l'officier altrechois avait avoué qu'il ne connaissait pas pleinement le dossier du détroit gris, voire ne le connaissait pas. Seyrac avait hoché la tête à ces mots-là, signe qu'il avait apprécié la confidence de l'officier altrechois. Était-ce de la prudence envers un officier teylais ou encore de l'honnêteté ? Aldric n'avait pas la réponse, malheureusement pour lui, mais il était prêt à accorder à un officier de marine de l'honnêteté, bien qu'il n'écartât pas l'idée d'une malice accouplée à une prudence. Cependant, un navire qui venait à quai après quelques jours d'un incident de ce calibre-là, c'était assurément l'un des sujets qui allaient être discutés entre les membres du port et les membres de l'équipage.

- Je vous entends, officier Kuźnicki. Je note vos remarques, officier. J'y reviendrai plus tard, dit-il promptement, laissant peu de place à la négociation sur ce sujet. Il était le commandant de la base et il avait promis une visite de la base à l'équipage du vaisseau. Mais d'abord, permettez-moi d'honorer mon invitation. En mettant le pied à terre, je considère que l'invitation fut acceptée deux fois. Seyrac sourit, un vrai sourire, pas un sourire de façade ou de politesse. Non, c'était un homme content de sa remarque.

Le commandant Seyrac se mit en marche au sein de la base et alors que les deux hommes quittaient la haie d'honneur, les sabres retrouvèrent leurs fourreaux. Puis les fusiliers marins rompirent la formation et reprirent leurs postes, le bosco enroulant le cordon de son sifflet autour de son cou d'un geste qui trahissait des années de service. La cérémonie était finie. Seyrac laissa le choix à l'équipage d'accompagner l'officier supérieur altrechois ou de faire une visite tête-à-tête. Si la deuxième option était choisie, le commandant avait anticipé et des hommes, des marins, se dirigèrent vers les groupes des équipes et firent des groupes de trois, entourés d'hommes et de femmes de la sécurité de la base navale. Seul le tête-à-tête avait le droit à un unique homme de la sécurité, passant les badges et arme en main.

Seyrac guida l'officier altrechois (ou le groupe) le long du quai B. En plus du cargo actuellement à quai, au bout du quai, à ses débuts, le quai accueillait deux patrouilleurs de la dernière génération construits par le Royaume de Teyla et aussi par la République Translavique dorénavant. Les échanges technologiques, les ventes de licences, s'étaient faites nombreuses entre le Royaume et la République, notamment dans le domaine naval. La République Translavique avait plus ou moins les mêmes classes de vaisseaux sur de nombreuses coques que le Royaume. Cependant les classes n'étaient pas exactement les mêmes. Comme une nation fière, la République Translavique avait fait des changements sur les classes teylaises. Parfois des changements majeurs ou mineurs, mais des changements pour adapter les classes à ce qu'elle pensait être les besoins de la République Translavique. Une classe eut même le droit à un radar plus performant que les radars teylais, ce qui avait surpris les industriels teylais qui avaient recherché à comprendre comment les Translaves avaient fait, sans réussir pour l'instant.

L'officier teylais parla :

- Nous en possédons quinze de cette classe, dernière génération. Des patrouilleurs comme vous l'aurez remarqué à l'armement, dit-il en désignant de sa main droite l'un des patrouilleurs. Je pourrais aussi vous montrer nos frégates, une classe commune que nous avons avec la République Translavique, mais cela n'a pas grand intérêt, je pense, dit-il en plissant les yeux et réfléchissant à sa propre remarque et à la suite.

Ils quittèrent le quai B par un chemin goudronné qui longeait les hangars de maintenance. Tous les hangars n'étaient pas ouverts. Mais cela ne voulait pas dire qu'on ne travaillait pas dans les hangars fermés. Au contraire, si Kuźnicki faisait attention, il pouvait parfois entendre du bruit venant de l'intérieur de certains hangars fermés. Pas tous, mais certains. La base s'était adaptée à son visiteur, c'était un fait. Dans les hangars ouverts, des équipes travaillaient sur des pièces de différentes natures mais qui visiblement n'étaient pas assez sensibles pour qu'on ferme les hangars.

Sans paroles, les deux hommes allèrent vers le bâtiment le plus imposant mais aussi le plus banal par son architecture. C'était le centre (non pas stricto sensu) de la base militaire. Le centre était placé, non pas au centre, mais vers l'entrée principale de la base afin d'y faciliter l'accès pour le personnel administratif et militaire. Les portes du bâtiment étaient ouvertes mais gardées. Deux fusiliers marins en tenue de service, arme à la bretelle, se mirent au garde-à-vous à l'approche du commandant Seyrac. Le claquement de leurs talons sur le béton résonna dans l'entrée du bâtiment. Seyrac ne ralentit pas, après tout c'était "sa porte d'entrée". Cependant son regard s'accrocha deux secondes sur l'officier de gauche, une vérification involontaire comme un réflexe, de la tenue de la sentinelle.

L'officier teylais entra en premier puis attendit son homologue et dit : Bienvenue à vous à la base navale d'Hellemar, officier Kuźnicki. Il hocha la tête et tendit la main vers le comptoir où attendait un sous-officier à l'accueil. Puis, marchant vers le sous-officier, il dit simplement à l'Altrechois : Officier, on va vous créer un badge temporaire. C'est la procédure standard, personne n'y échappe, même pas Sa Majesté. Il faudra donner au sous-officier votre nom, grade, et votre nationalité. Le protocole veut que le badge que vous allez recevoir soit porté de manière visible pour la sécurité et tout personnel de la base, même une secrétaire.

Puis il ajouta : Si vous voulez m'accorder quelques autres minutes de votre temps, j'aimerais vous recevoir dans mon bureau.
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Le vent soufflant dans les cheveux du camarade Ludwik Kuźnicki lui rappelait sa terre natale, une petite île solitaire du nord de l'Altrecht, un endroit continuellement frappé par des bourrasques. C'était là-bas qu'il avait grandi, qu'il s'était formé, et qu'il fut recruté dans la prestigieuse unité des marins de l'Empereur. Une unité de zodiacs, chargée d'intercepter les mouvements d'individus inhabituels en mer, mais aussi d'intervenir sur les fleuves. C'était une unité d'intervention, réputée pour son courage et son professionnalisme. Malgré la tyrannie, Ludwik Kuźnicki ne s'est jamais laissé emporter par la violence gratuite, ce qui lui vaudra d'ailleurs, lors de la révolution, de ne pas être tué. Après un court séjour en prison, il fut réhabilité dans son unité, prenant même du grade jusqu'à commander celle-ci. Ainsi, lorsque la marine eut besoin de commandants de vaisseau, Ludwik Kuźnicki se proposa, au grand désarroi de sa famille et de son entourage, y voyant une rétrogradation. Mais il n'en était point, Ludwik Kuźnicki était fils de pêcheur, sa place n'était pas dans un bureau à terre, rien de tout ça pour lui, il voulait être libre. Ainsi, après une formation de plus d'un an, il fut promu à ce poste et dirigea son premier vrai navire, "Der Duftstoff".

Ce navire était particulier, il était un symbole pour l'Altrecht, symbole des promesses du nouveau régime. C'était d'ailleurs le premier navire mis à l'eau par l'Altrecht. Il regroupait des membres d'équipage féminins, des citoyens de tout le Gemeindebund, des marins de toute confession, y compris de cette religion nouvelle se répandant en masse après la révolution et la fin de leur traque sous l'ancien régime, le culte mécanique. L'Altrecht est notamment aujourd'hui passé à près de 40 % de citoyens s'y proclamant. Il ne fallait donc pas les oublier sur un tel navire. De plus, les prêtres de ce culte sont connus pour leur habileté sur tout objet mécanique, ainsi le gouvernement altrechtois décida de les former à la maintenance et à la manœuvre des bâtiments de combat en mer afin de pouvoir les inclure légitimement. A contrario, des membres de l'équipage sont également croyants, notamment chrétiens catholiques, orthodoxes, archaïques ou encore sans revendication religieuse. C'était là la force de ce navire, sa diversité, sa tolérance.

Quant à la visite, Ludwik permit à ceux le souhaitant de la poursuivre, mais il exprima le souhait de rester globalement en tête à tête avec son interlocuteur. Durant celle-ci, il semblait émerveillé, les navires étaient si nombreux et si impressionnants. Malgré qu'il avait eu vent de la construction de navires altrechtois de dernière génération et disposant de technologies similaires, il n'en avait jamais encore vu. L'équipage aussi était impressionné, sauf quelques-uns, portant des masques fumants. Eux voyaient en cette visite un moyen de communiquer avec ces morceaux de ferraille flottants. Un des individus, prêtre de l'équipage, avait l'air très intéressé par les radars tournoyants. Comme s'il pouvait les entendre lui parler, comme si l'Omni-Messie était là pour lui chuchoter des instructions.

Arrivant petit à petit au bâtiment central, il fit ordonner que l'équipage rejoigne le bord du navire. La machine devait être prête pour le départ, dit-il. Ainsi, sous la surveillance des marins teylais, l'équipage remonta pour s'occuper du cargo, certains aux machines, d'autres au ravitaillement, ou encore certains au nettoyage de la coque, du pont et des intérieurs. Quant au camarade commandant de vaisseau Ludwik Kuźnicki, celui-ci poursuivit la visite à l'intérieur, mené par l'officier Seyrac. Entendant le plaidoyer du commandant pour l'ajout d'un badge à ses décorations, il accepta et décrivit minutieusement son nom, son prénom, son grade et sa nationalité. Il n'y avait pas d'entourloupe de son côté, rien de suspect ou d'inhabituel. Ainsi, à l'invitation de son homologue militaire, il hocha la tête en signe d'accord pour "poursuivre la visite" dans le bureau du commandant Seyrac, en tête à tête.

Femme marinMarin à bordCommandant de vaisseauIllustration des individus inconnus
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