13/11/2004
17:26:33
Index du forum Continents Afarée Cémétie

ACTIVITÉS | Ο Αετός του Θάον

943
ACTIVITÉS INTERNES
Ο Αετός του Θάον
L'Aigle du Thaon

Dernière mise-à-jour : 02/09/2003

Aigle Cémétie Egypte pyramides Sphinx
La Cémétie regorge de vallées, oasis et ruelles grouillant de complots, histoires et affaires.

Cémétie croix symbole dynastique

La Principauté de Cémétie et les régimes l'ayant précédé le long des berges du Thaon ont connu et continuent à connaître une effervescence, entre autres politique, malgré l'apparente immobilité des institutions et des façades ; la monarchie cémétéenne est millénaire, tout comme ses ennemis et rivaux. Des conspirations visant à renverser les princes de la Cémétie antique aux trahisons politiques modernes, en passant par les assassinats et traquenards en tout genre, et le passé, le présent et l'avenir de la Principauté restent et resteront marqués par ces histoires en-dessous de la surface, sorte de fresque des gargouillements immoraux des bas-fonds de la société cémétéenne - mais aussi et surtout, des hautes sphères.

SOMMAIRE
  • ...
6433
RÉCIT

L'arène des fauves


08/09/2003

Président Vouli Cémétie Parlement Alexis Tsipras Antonis Nicopoulos

Être invité dans le bureau du président du Parlement cémétéen n'est jamais de bonne augure.


Au siège du parti conservateur cémétéen, le Χριστιανοδημοκρατικό Μέτωπο (ΧΔΜ, « Front Chrétien-Démocrate »), l'heure n'était pas aux réjouissances

: alors que l'opposition parlementaire fêtait le début des hostilités avec la majorité en place, les conservateurs accusaient le coup après un recul historique en voix et en sièges obtenus au cours du dernier scrutin. Il faut dire que le parti n'avait pas atteint le seuil critique de « seulement » cent-quatre-vingt-dix députés élus au cours d'élections législatives depuis la fondation du mouvement, sur les ruines de la précédente organisation politique conservatrice. Diriger le seul parti de la droite parlementaire cémétéenne était une tâche ardue : chacun y allait de sa sensibilité pour briser l'union précieuse, mais fragile.

Les conservateurs cémétiens ont beau apprécier l'unité, nationale entre autres, nombreux étaient les parlementaires à vouloir marcher seuls

, quitte à faire payer à la majorité fragilement entretenue le prix de leur départ capricieux. Du moins c'était ce qu'en pensait Antonis Nicopoulos, le président de la Vouli, le Parlement cémétéen : devenir l'arbitre suprême du pouvoir législatif de la Principauté de Cémétie n'était pas dans les ambitions de tout le monde, mais s'y maintenir était une autre paire de manches que d'y arriver. Car pour s'accrocher à une position aussi précaire, il faut savoir composer avec toutes les opinions qui composent une majorité battant aussi large que celle établie entre le ΧΔΜ, très conservateur, et les libéraux du Κεμετιακό Φιλελεύθερο Κόμμα (ΚΦΚ, « Parti Libéral Cémétéen »).

Les libéraux du ΚΦΚ, eux, pouvaient se réjouir : ils progressaient dans les urnes et les sondages, malgré leur alliance récente avec les conservateurs en pleine perte de vitesse

. La perte de plusieurs dizaines de députés en une seule échéance politique n'était pas un coup de semonce de l'opinion publique adressé aux conservateurs : c'était un désaveu, un coup de tromblon qui avait fini de mettre le feu aux poudres. L'aile libérale du ΧΔΜ avait quitté le navire aux profits d'un parti moins réactionnaire, l'aile réactionnaire avait déserté pour rejoindre un parti moins libéral. Déchiré entre ses deux ailes, le ΧΔΜ ne pouvait aujourd'hui plus compter que sur son noyau, qui avait aussi fait sa grandeur : son conservatisme bon teint, qui avait fait fureur à une époque où il faisait croire à une troisième voie entre socialisme et nationalisme.

Mais la partie n'était pas fini, encore moins commencée : le ΧΔΜ conservait, grâce à son alliance de circonstance avec le ΚΦΚ, la majorité absolue

- ç'en était joué à quelques voix près. Le tiers des citoyens cémétiens qui avait honoré l'appel au vote conservateur était le noyau dur ; Antonis Nicopoulos, qui avait annoncé il y a plusieurs mois une contre-offensive face aux velléités de l'opposition, préparait désormais une invasion. Beaucoup de terrain avait été perdu par le parti au pouvoir au cours de ces longues années de règne incontesté, mais avoir l'aval du prince ne faisait pas tout. Sur le plan politique, économique, financier, social et religieux, les autres mouvements politiques avaient une longueur d'avance : les groupes de réflexion et les cercles d'étude allaient bon train pour un « renouvellement idéologique », là où les conservateurs stagnaient.

Cémétie croix symbole dynastique

Antonis Nicopoulos (Alexis Tsipras) président de la Vouli, Parlement de Cémétie Christodoulos Perrakos (Geórgios Alogoskoúfis) premier ministre du gouvernement de Cémétie
Antonis Nicopoulos, chef du Parlement cémétéen
et Christodoulos Perrakos, premier ministre de Cémétie

ANTONIS NICOPOULOS : « Christodoulos. Je suis rassuré de vous avoir à mes côtés en ces heures sombres ; je sais comment vous comptez sur mon aide et moi sur la vôtre : sortir de cette impasse nous coûtera beaucoup à tous les deux, je n'en doute pas. C'est pour cette raison exacte que je vous ai contacté pour que ce rendez-vous ait lieu : nous ne pouvons pas permettre aux nationalistes de conquérir une once de plus. L'affaire Correa est un premier revers que nous leur infligeons, mais pas le dernier ; nous devons poursuivre cette contre-offensive médiatisée. Maintenant qu'ils ont dévoilé leur jeu, à nous d'utiliser le nôtre. Nous montrons notre dos depuis bien trop longtemps. »

CHRISTODOULOS PERRAKOS : « Antonis, j'entends votre colère mais à trop nous hanter dans la reconquête de l'électorat perdu, vous l'avez dit très justement, nous pourrions y perdre des plumes... N'engageons pas le parti dans plus qu'il ne peut supporter : 2003 l'a peut-être essoufflé, mais les années à venir n'en seront pas moins difficiles. De plus, pour une affaire de leur côté, nous en cumulons beaucoup plus. L'affaire Bordèlès ne fait que commencer : l'instruction judiciaire et l'enquête ont été retardées pour les élections, mais nous ne pouvons nous permettre de faire durer plus longtemps l'attente sinon les soupçons de la presse deviendront des armes pour l'opposition. »

ANTONIS NICOPOULOS : « Personne n'aime les lengadociens à part eux-mêmes, mais nous ne pouvons pas enterrer cette histoire... La direction du parti est restée très vaguement au courant sur ce dossier. Christodoulos, je sais que vous le démentirez, mais je vous pressens impliqué dans cette histoire. Pour le bien du parti, il faudra peut-être montrer patte blanche, voire faire un pas vers l'opinion publique. Rappelez-vous que vous ne dirigez jamais seul ; même le prince ne peut se targuer d'être seul aux commandes. Mais investi par un mandat électoral comme je le suis, je ne peux vous assurer mon plein soutien, affiché qui plus est, qu'à la condition de votre honnêteté la plus totale. »

CHRISTODOULOS PERRAKOS : « Nous... Nous verrons plus tard en ce qui concerne l'affaire Bordèlès. De mon temps, on ne chassait pas les sorcières pour un enlèvement, encore moins un journaliste, lengadocien qui plus est ! Ces fichus latins se sont mieux intégrés en moins d'un siècle dans notre société que les hiptiques en plusieurs millénaires. Mais le parti a d'autres dossiers brûlants, Antonis : vous et votre justice n'irez pas loin sans le comité national. Ne vous mêlez pas d'affaires liées à l'exécutif, encore plus quand il s'agit de votre propre camp. Le ΧΔΜ accomplit les besoins du prince depuis plus longtemps que vous n'êtes en vie, Antonis, et la monarchie a toujours su récompenser la loyauté de notre parti. Contentez-vous de tirer à boulets rouges sur l'opposition. Oh, et tâchez d'amadouer les lengadociens : eux au moins, ils ne peuvent pas nous faire de mal... »
5209
RÉCIT

L'arène des fauves


07/01/2004

Réunion politique Cémétie Grèce

Les réunions de militants sont souvent l'occasion pour les cadres des partis de rappeler leur engagement.


Bain de foule. Au milieu des militants haletants brandissant des étendards aux couleurs du drapeau hiptique - le bleu et le blanc rappelant étrangement la bannière cémétéenne, d'origine hellénique -, un cortège d'agents de sécurité évoluait, entourant avec précaution un vieil homme, courtaud et basané, présentant un faciès souriant mais railleur, ses dents brillantes fendant son visage d'une oreille à l'autre, narguant les classes populaires aux dents jaunies venues observer le phénomène de foire politique se pavaner devant sa clientèle nouvellement acquise. En grand prince, le politicien laissait ses mains traîner parmi ses fidèles, haranguant la masse en lui donnant l'espoir infime de toucher un des grands hommes de Cémétie.

Du moins, c'était ainsi que se présentait Iskandar Kanaan : homme politique sulfureux, sa réputation le précédait et faisait de lui un roc incontournable de la vie politique nationale - odieux avec les uns, il savait aussi se montrer un redoutable chef de guerre en temps de campagne électorale pour assurer des sièges à ses ouailles. Si son fréquent manque de loyauté par pur intérêt personnel en avait fait un homme redouté, cette absence de constance en avait fait la bête noire du cirque politique ; mais son isolement dans les années 1990 après quelques sorties médiatiques désastreuses avait aussi eu l'avantage de l'éloigner des élites et de le rapprocher, toujours selon lui, des masses populaires.

Une affiliation qu'il revendiquait désormais comme sienne, se faisant le porte-parole des « oubliés de Cémétie » : classes populaires, ouvriers mais surtout hiptiques. La foule venue l'acclamer aujourd'hui était principalement constituée d'hiptiques, alors même que les helléniques sont majoritaires au niveau national : son populisme ethnocentré avait su plaire à la communauté hiptique, mais avait aussi eu l'effet de lui aliéner de fait plus de la moitié de la population nationale. En dénonçant « l'État bourgeois, libéral et hellénique », Iskandar Kanaan n'était plus le bienvenu au sein des structures politiques dans lesquelles il avait fait ses armes.

Mais il avait su s'y accoutumer : aujourd'hui, la Νότια Συμμαχία/ⲣⲉϥⲡ ⲣⲏⲉ (ΝΣ, « Ligue du Sud »), un parti politique régional qu'il avait élevé sur la scène politique nationale en 1999 en faisant entrer onze députés affiliés au mouvement nationaliste hiptique dont il était aussi président, rayonnait au sein de la vie politique du pays, allant jusqu'à occuper soixante-dix sièges au cours du dernier scrutin législatif - un score sans précédent pour un parti supposé enterré et un homme politique présumé en fin de carrière. Malgré son grand âge, Kanaan assurait lui-même ses réunions politiques avec les militants, occupant la scène plusieurs heures durant pour vanter ses idées et son parcours.

Cémétie croix symbole dynastique

Iskandar Kanaan (Boutros Boutros-Ghali) président de la Ligue du Sud parti copte de Cémétie
Iskandar Kanaan, président du parti nationaliste hiptique

ISKANDAR KANAAN : « Mesdames, messieurs, coreligionnaires et frères de sang, je viens à vous avec d'heureuses nouvelles. Le bureau national de la Ligue du Sud et moi-même avons défini notre stratégie ainsi que nos listes pour les élections municipales de cette année. Vous savez combien les élus locaux du parti ont contribué à notre grandeur, notre place sur la scène politique régionale puis sur la scène politique nationale. Dans cette ville d'Ischopolis qui nous a vu naître, moi et nombre d'entre vous, nous entamons une tournée nationale pour réaffirmer mon attachement aux territoires et aux hiptiques qui y habitent et y prospèrent, contre l'hostilité générale de la population dominante.

Comme vous le savez, nous sommes forts de notre glorieux passé, mais nous devons aussi en tirer des conclusions. Là où les autorités voudraient nous faire croire et vous faire avaler que nous, les hiptiques, sommes les acteurs d'une agression ayant eu lieu à Ménorophon l'an dernier, montant en épingle une affaire judiciaire qui n'en est pas une, je sais où repose la vérité et où réside le mensonge éhonté ! Nous savons qui tremble derrière ces fausses accusations, ces pantomimes de procès d'intention, alors même que nos scores sont hauts, autant dans les urnes que nous remplissons que dans les sondages pourtant falsifiés par l'élite pour nous faire croire à notre marginalisation !

Non, nous ne sommes pas marginaux, non, nous ne sommes pas les violents. Les perpétuateurs des crimes commis contre notre peuple sauront être entendus devant la justice populaire ! Les helléniques continuent à monopoliser les meilleurs emplois, les meilleures maisons, les meilleurs patrimoines. Dans leur tour d'ivoire, les riches n'entendent pas les ventres des affamés ! Trop longtemps, nous avons cru en une communauté de destin, simulacre de Nation qu'aucune réalité ne justifie. Les helléniques monopolisent notre démocratie et nous accusent d'en être les saccageurs ! Pourtant, nous ne sommes pas de ceux qui appellent à la guerre civile, au soulèvement populaire et au nettoyage de notre pays.

Non, nous ne cèderons pas aux appels de haine des plus riches. Nous devons assurer cette main que nous tendons aux helléniques du reste du pays pour construire un avenir d'abord ensemble, puis séparément. L'avenir des hiptiques doit se faire par notre propre main. La gestion des dominants touche à sa fin : gouverner n'est pour eux plus qu'une question de temps. Notre poussée populaire à la Vouli a su faire craquer les digues ! Quand les puissants se rendront compte de leurs trop nombreuses incuries par nos cris, las de gouvernance mais assoiffés de pouvoir, oseront-ils abandonner les rênes du gouvernement à des hommes véritablement libres, et laisser les hiptiques décider pour eux-mêmes ? »
21123
RÉCIT

L'arène des fauves


27/05/2004

Ménorophon ville de Cémétie Le Caire en Egypte pyramides

Ménorophon est la seconde plus grande ville de Cémétie et chef-lieu du gouvernorat du Bas-Thaon.


L’audience était aux anges. Sur la scène de la salle de l’Unité (Ενότητα) à Ménorophon, deuxième plus grande ville de la Cémétie et chef-lieu du gouvernorat du Bas-Thaon, trois personnalités politiques parmi les plus connues du pays se serraient la main. Si le caractère peu pratique de la poignée de main était pourtant si peu visible de l’auditoire, c’était en raison de la symbolique forte de l’instant : les trois hommes forts des gauches, aux postures différentes mais aux objectifs peu ou prou similaires ; à savoir, l’union de la gauche. Pourtant, il restait à savoir qui des trois remporterait le meilleur accord pour son propre parti : d’une part, les sociaux-démocrates du Λαϊκό και Κοινωνικό Κίνημα (ΛΚΚ, « Mouvement Populaire et Social ») souhaitaient renouveler le corpus idéologique de leur parti après plusieurs défaites électorales retentissantes pour ce qui était jusque-là le second parti politique en Cémétie ; d’autre part, les agrariens de l’Αγροτική Συνέλευση του Κεμέτ (ΑΣΚ, « Assemblée Agrarienne de Cémétie ») se savaient ayant le vent en poupe mais désirant à nouveau siphonner l’électorat traditionnel du ΛΚΚ. Restait les sociaux-libéraux de l’Εναλλακτική Αλληλεγγύη (EA, « Alliance Solidariste »), nouveaux sur la scène politique nationale mais fraîchement récompensés de leur opportunisme politique par la victoire aux élections municipales dans le dème – plus petite division administrative de la Cémétie, équivalent de la commune – de Ménorophon sous la houlette de leur président, le chanteur ex-arkencan Raul Correa.

Trois hommes politiques se tenaient ainsi sur l’estrade devant les centaines de chaises alignées, lorgnant tous ces militants de gauche venus réclamer l’union salvatrice d’une tendance politique en plein renouveau. Positionnement sans doute involontaire, les trois hommes se tenaient dans l’ordre qu’occupaient leurs partis respectifs au sein de la vision hémicyclique de la vie politique nationale : de gauche à droite, Yiorgos Soout pour l’ΑΣΚ, Theodoros Petrotis pour le compte du ΛΚΚ et Raul Correa pour l’EA. Si le premier et le troisième étaient présidents respectifs de leurs mouvements, Theodoros Petrotis n’était lui que membre du bureau national du ΛΚΚ en tant que vice-président du parti. Un léger écart de prérogatives entre les trois personnages, qui pour l’heure n’était pas visible mais pouvaient constituer un frein à un renforcement de l’union – dans la mesure où la présence d’un second ne vaut pas celle du chef dudit parti.

Tous les trois armés d’un microphone dans une main, les interlocuteurs affichaient une certaine aisance accompagnée de larges sourires forcés. L’observateur attentif pouvait également relever la cordialité des relations interpersonnelles, si ce n’est qu’elles relevaient purement du jeu politique. L’expression corporelle jouait un rôle quasi-essentiel dans l’expression publique, au point de rendre l’art oratoire esclave d’une communication gestuelle cruciale. Avant d’entamer la discussion en elle-même, celle pour laquelle tous les spectateurs étaient présents dans la salle ce soir-là, les orateurs échangeaient des banalités – untel se félicitait pour la victoire dans une commune notable du pays, un autre revendiquait un plus grand nombre d’adhérents cette année que l’an passé. Sans crier gare, Raul Correa se racla la gorge, se saisit de son microphone après que ses deux confrères se furent tu et pris la parole.

Cémétie croix symbole dynastique

Yiorgos Soout (Naguib Sawiris) premier secrétaire de l'Assemblée Agrarienne parti de gauche radicale de Cémétie Theodoros Petrotis (Leonídas Kýrkos) vice-président du Mouvement Populaire et Social parti de gauche de Cémétie Raul Correa (Francky Vincent) président de l'Alternative Solidariste parti centre-gauche de Cémétie
De gauche à droite : Yiorgos Soout (ΑΣΚ), Theodoros Petrotis (ΛΚΚ) et Raul Correa (EA)

RAUL CORREA : « Camarades, citoyens, citoyennes, merci. Merci tout d’abord d’être ici présents ce soir seulement deux semaines après le raz-de-marée électoral qui a permis à l’union de la gauche, que j’ai présidé pour cette victoire-là, de triompher dans la municipalité de Ménorophon. Comme vous le savez, si j’ai participé à la présidence de cette union politique locale, c’était aussi et avant tout pour construire une union plus large, nationale cette fois-ci. Alors bien sûr, traiter d’union avec des comités politiques locaux ça n’est pas la même affaire que lorsque l’on s’adresse directement à des pontes de formations politiques d’ampleur nationale – et pourtant, les voici. Ces messieurs, mes confrères de la gauche, ont accepté mon invitation ce soir dans le but de présenter notre ligne commune, mais aussi nos divergences – car nous en avons et nous souhaitons les rappeler, afin de souligner ce qui a été sacrifié afin d’arriver à un consensus. Au-delà de toutes nos positions passées, il s’agit de transcender les principes stériles et les positions obsolètes pour faire triompher la cause de gauche : l’outil social, l’égalité des chances et la justice. Afin de laisser mes camarades s’exprimer plus amplement sur le sujet de l’union et leurs points de vue respectifs, je les invite à prendre la parole à ma suite. »

THEODOROS PETROTIS : « Et je remercie Raul Correa de nous inviter ce soir pour ce congrès politique qui est on ne peut plus prometteur. Comme vous le savez, mon parti, le ΛΚΚ, est la deuxième formation politique du pays, tant dans les urnes qu’au Parlement cémétéen. Aussi, je souhaite rappeler que l’union de la gauche est aujourd’hui possible grâce à la bonne entente entre les trois partis concernés, et grâce à d’âpres discussions qui ont permis de dégager une ligne claire – au prix de, comme le soulignait à l’instant Raul Correa, quelques menus sacrifices. Grâce à ces efforts communs, nous sommes fiers d’aujourd’hui présenter au monde une plateforme politique commune aux gauches cémétéennes, car il est de notre devoir de permettre l’alternance en brisant le monopole politique des conservateurs sur les institutions, en offrant une véritable alternative politique au flou idéologique de la droite traditionnelle tout en refusant l’accession au pouvoir de la droite radicale et en rendant à la gauche et au peuple le pouvoir qu’ils méritent. »

YIORGOS SOOUT : « Je remercie moi aussi mes camarades Petrotis et Correa, grâce à qui nous sommes présents ici ce soir. Si les récentes réussites électorales de mon parti ont permis d’imposer la vision agrarienne à gauche, la prétendue radicalité de notre programme politique n’est qu’un mirage entretenu par les autorités en place afin de discréditer l’alternative de gauche, en radicalisant un parti qui ne l’est pas. Si je ne nie pas le positionnement à la gauche radicale du parti agrarien, je remets cependant en question la grille de lecture des conservateurs, qui voudraient voir dans le parti agrarien le « péril rouge » qu’ils ont décidé de combattre en signant récemment le « Pacte anti-bolchévique ». Mais trêve de clarifications : aujourd’hui est un jour unique pour la gauche cémétéenne, qui va connaître son renouveau alors même que l’offre politique se morfond entre nationalistes racistes et libéraux-conservateurs. Mais comme vous le savez, pour arriver à trouver un terrain d’entente pour cette union de circonstance, nous avons tous dû faire des concessions. L’union et la démocratie ne sont possibles que si tous les participants se mettent d’accord et trouvent un consensus. »

RAUL CORREA : « Bien. Comme vous le savez, chaque parti a sa propre ligne, qu’il convient également de rappeler avant de présenter notre plateforme politique commune, afin de nuancer nos positions et ne pas léser la potentielle union en faisant fi des intérêts de chaque parti dans la course politique. Comme vous le savez, je préside l’EA, que j’ai moi-même fondé, et j’y ai établi ma ligne politique afin d’en faire un parti d’appoint à la gauche mais aussi une formation politique représentative de ce qui pourrait se rapprocher d’une gauche centriste et libérale – libérale tant sur le plan moral et politique qu’économique. Ayant grandi en Arkencheen, je puis revendiquer de connaître des paysages politiques où le social-libéralisme et la sociale-démocratie sont un succès, et avec lesquels nous devrions composer.

L’EA est avant tout un parti social-libéral ; libéral keynésien, trouvant dans les libertés économiques individuelles une forme de continuation de la démocratie directe et un affranchissement des carcans corporatistes qui bloquent le développement économique du pays. En outre, le conservatisme social et moral ambiant est un frein à l’égalité des chances et aux libertés individuelles, et contre lequel il convient d’agir afin d’assurer aux différentes communautés vivant sur le sol cémétéen des traitements idoines, en lieu et place des inégalités existantes. Pour les travailleurs comme pour les employeurs, il est essentiel d’assouplir les réglementations très lourdes du corporatisme afin d’assurer une plus juste et saine concurrence, tout en individualisant les outils de production par l’entreprenariat ainsi encouragé. La monarchie n’est foncièrement pas un obstacle à l’égalité, dans la mesure où la Σύνταγμα, la Constitution cémétéenne, reste le garant des libertés individuelles contre l’arbitraire d’une monarchie trop forte. Je persiste à croire qu’il existe un électorat pour la gauche libérale en Cémétie, une frange de la population qui reste fermement convaincue de la nécessité d’une justice sociale et d’une plus grande égalité des chances mais aussi une plus ferme défense des libertés individuelles contre les comportements monopolistiques – qu’il s’agisse de comportements anticoncurrentiels dans le domaine politique ou dans le domaine économique. C’est ainsi que je présenterais la pensée qui anime la formation politique que je préside ; j’invite mes confrères ici présents à définir succinctement leurs lignes politiques respectives. »

THEODOROS PETROTIS : « Ce que je vais m’empresser de faire. De par son ancienneté et son positionnement sur certaines questions, le ΛΚΚ a eu plus d’une fois l’occasion de renouveler son corpus idéologique ; de parti social-conservateur à sa fondation, « monarchiste de gauche », le ΛΚΚ a évolué vers des positions plus égalitaires, prônant un interventionnisme économique étatique et un secteur public renforcé au profit de meilleurs services assurés par l’État aux citoyens, tout en assurant une égalité de traitement et des mesures sociales concernant le travail, l’éducation et le niveau de vie en général, en renforçant les dépenses étatiques. Pourtant, le parti ne prône pas seulement l’État-providence à l’occidentale : par réformisme, il convient de jouer le jeu démocratique et de participer aux élections afin d’assurer l’alternance ; jamais le ΛΚΚ ne s’est destiné à être autre chose qu’un parti de gouvernement. La démocratie chrétienne est également un des piliers fondateurs de la gauche sociale-démocrate. En outre, le ΛΚΚ revendique l’héritage monarchiste comme véritablement social et populaire, les princes de Cémétie ayant montré leur grand attachement au peuple et aux intérêts des classes moyennes et populaires ; une position qui, comme je le sais, n’est pas véritablement partagée par les autres sensibilités du spectre politique de la gauche. »

YIORGOS SOOUT : « La question des institutions politiques est un de nos points de divergence ; là où les solidaristes et les sociaux-démocrates s’accommodent facilement de l’autorité princière, les agrariens voulaient jusqu’à présent apporter une réflexion sur le républicanisme, le monarchisme et les alternatives. Mais si la ligne du parti agrarien reste profondément républicaine, cette position reste secondaire et peut être sacrifiée sur l’autel de l’union dans la mesure où d’autres revendications du parti sont intégrées au programme commun. Pour décrire plus longuement l’ΑΣΚ, il est essentiel de rappeler que les mouvements ouvriers et paysans ont trouvé leur écho direct dans notre parti et que nous comptons bien représenter ces strates-là de la société dans nos revendications, chose que je pense nous avons correctement réussi à faire jusque-là au sein de la plateforme commune que nous allons vous présenter ici-même. Pour aller plus loin, je décrirais l’ΑΣΚ comme défendant une redistribution juste des terres agricoles dans les milieux ruraux, une plus grande représentation syndicale et associative des producteurs et des travailleurs dans les institutions cémétéennes, mais aussi la nationalisation de nombreux secteurs stratégiques – au profit de la communauté. En plus de vouloir porter une réflexion sur le monarchisme ambiant, nous souhaitons également réformer les institutions religieuses et leur influence dans la société ; de manière plus générale, l’ordre moral religieux est en lien direct avec l’ordre socio-économique – trop rigide pour nos concitoyens. »

RAUL CORREA : « Maintenant que nous avons fait un premier tour de table des intérêts recherchés par chacun des partis dans cette plateforme politique commune, nous pouvons passer à la présentation de celle-ci. Après plusieurs semaines de débats plus ou moins intenses entre les différentes structures qui composent nos partis respectifs, nous sommes arrivés à dénicher des terrains d’entente : concernant le rôle de l’État, concernant l’alignement géopolitique de la Cémétie, concernant la démocratie et concernant les affaires sociales.

Tout d’abord, le premier combat mené par le programme commun sera le rehaussement du niveau de vie par des mesures sociales fortes : la mise en place d’un temps de travail, fixé à une semaine de quarante heures de travail maximum, figure parmi les propositions de notre programme. À cette mesure moderne, nous souhaitons ajouter l’augmentation du salaire minimum. En plus de cela, la discrimination à l’embauche entretenue entre hiptiques et helléniques – et vice-versa – doit cesser, par des mécanismes incitatifs et la répression des comportements économiques discriminatoires ; des comportements qui aboutissent également à des inégalités territoriales, à l’encontre des communautés hiptiques rurales en opposition avec les villes helléniques malheureusement mieux desservies. À ce combat social, s’ajoute également une meilleure éducation, plus centralisée : un plus grand contrôle du travail des mineurs, mais aussi une meilleure scolarisation de ceux-ci figurent dans les mesures fortes de notre programme.

Au-delà du simple aspect social, c’est tout le rôle de l’État qui doit être revisité : sans plus être simplement un arbitre des relations économiques, il doit participer activement à celles-ci et encourager par ses investissements et sa direction planifiée des tendances et des secteurs économiques. En outre, le dirigisme économique viendra supplanter les mécaniques corporatistes et balayant les corporations qui exercent encore aujourd’hui une influence anticoncurrentielle et contraire aux libertés économiques. L’atomicité des acteurs économiques doit être rétablie, afin que seul l’État soit le véritable maître et arbitre des comportements économiques, un rôle d’acteur providentiel que nos contemporains ont trop oublié au profit des corporations et comportements monopolistiques. Les entreprises-clés devront également être nationalisées, afin d’assurer des services publics pas soumis à des besoins de rentabilité tout en maintenant également des moyens vitaux pour ces entreprises par les deniers de l’État.

Le troisième point de la plateforme politique commune est celui des libertés démocratiques et individuelles ; nous ne pourrons dire que nous vivons en démocratie qu’une fois que nos libertés individuelles seront assurées, non plus uniquement par les textes de la Σύνταγμα, la Constitution cémétéenne, mais par une application stricte et rigoureuse de celle-ci en toute circonstance. Les exceptions à celles-ci et les comportements antidémocratiques doivent être, comme il en paraît primordial mais parfois trop anodin pour être considéré par nos dirigeants, sévèrement réprimandés comme garanti par la loi. Un rappel juste et nécessaire, alors même que les accusations vont bon train contre l’exécutif. Les libertés économiques devront être consacrées et les comportements oligopolistiques des corporations sanctionnés, au risque de voir celles-ci écraser toute concurrence au détriment de la démocratie économique.

Sur le plan géopolitique, nous devons reconsidérer le rôle de la Cémétie. D’une part, la Principauté est désormais engagée dans un traité anticommuniste qui constitue un obstacle évident aux libertés politiques, dans la mesure où des organisations marxistes pourraient ne pas pouvoir concourir aux élections dans les instances officielles quand bien même lesdites organisations prôneraient le réformisme démocratique. Sur le plan international, la coopération doit être de mise : en Leucitalée avec l’Empire rémien, mais aussi avec des États qui pour l’instant ne sont pas le bienvenu en Cémétie, comme la République populaire d’Astac. De manière plus générale, le pragmatisme diplomatique doit servir les intérêts populaires, assertissant la position de la Cémétie comme démocratie-phare et modèle d’inspiration sociale pour les puissances riveraines de la mer leucitaléenne et au-delà, en Afarée. Une vraie réflexion géopolitique et géostratégique doit être menée ; l’isolationnisme traditionnellement cultivé par les instances dirigeantes du parti conservateur doit être rompu, et la relative ouverture de la Cémétie sur le monde, entretenue par l’influence libérale du Κεμετιακό Φιλελεύθερο Κόμμα (ΚΦΚ, « Parti Libéral Cémétéen ») au sein du gouvernement cémétéen, doit être élargie afin de renforcer notre force économique et nos intérêts étrangers ; la Cémétie prend une place toujours plus importante sur la scène politique mondiale sans pour autant assurer d’aucune manière le rôle de chef afaréen qui lui incombe. Pourtant, il convient de démarquer toute politique étrangère issue de l’union de la gauche cémétéenne d’un quelconque rapprochement avec les États communistes, autoritaires et antidémocratiques, de l’Internationale, à laquelle il convient également de refuser toute concession, qu’il s’agisse du sol cémétéen ou d’autres territoires proches pouvant avoir une influence sur notre propre pays. À ce sujet, le président et représentant ce soir de l’ΑΣΚ, Yiorgos Soout, souhaite s’exprimer. »

YIORGOS SOOUT : « En effet, et je remercie Raul Correa de m’accorder ce temps de parole pour traiter d’un sujet certes différent mais néanmoins éminemment inquiétant pour la gauche cémétéenne. Comme vous devez vous en douter, ce congrès n’est pas uniquement une réunion servant de conférence de présentation de la nouvelle plateforme commune de la gauche. Je cherche ainsi à ouvrir une parenthèse pour débattre plus amplement de ladite Internationale ; si le marxisme et le communisme n’ont pour l’instant qu’une influence lointaine en Cémétie, sans doute parce que des mouvances politiques préexistantes ont su capter les revendications et les complaintes des classes ouvrières, il n’est pas à exclure que la gauche cémétéenne ne s’étoffe dans les années à venir de nouveaux mouvements, qui sont bien entendus invités à traiter avec nous au sein de la plateforme commune. L’ΑΣΚ en particulier se revendique comme une fédération de partis locaux et d’assemblées, et est donc largement ouverte à l’adhésion de nouvelles structures politiques, qu’elles soient agrariennes ou marxistes. Néanmoins, la mise en place d’instances internationales partagées avec des régimes hautement autoritaires constitue un frein majeur à l’intégration du marxisme dans le corpus idéologique de la gauche cémétéenne, y compris au sein du parti agrarien. En aucun cas le débat démocratique ne doit être bouleversé par la coercition ; sortir de l’ordre établi oui, mais pas par les armes. De même, si nous prônons le retrait des forces cémétéennes engagées au Varanya, nous ne pouvons pleinement encourager les factions communistes varanyennes, de peur de les voir s’en prendre à l’ordre démocratique proposé par la faction révolutionnaire majoritaire. »

RAUL CORREA : « Parfait. Maintenant que nous avons clôt cette parenthèse sur le marxisme en Cémétie, je propose d’avancer dans notre présentation ; en l’occurrence, nous avons un calendrier électoral à mettre en place pour ladite plateforme commune. Comme il a été entendu entre les différentes parties prenantes, ce programme politique commun est valable pour une durée de dix ans jusqu’en 2014 ; date à laquelle nous déterminerons l’utilité du renouvellement du programme commun. Il est bien entendu envisageable de revisiter ce programme en y intégrant des enjeux modernes qui auraient pu ne pas exister au moment de la signature du programme commun, je pense notamment aux enjeux du monde numérique, de l’anonymat et des libertés en ligne que nous aurons tout le loisir d’explorer et de débattre au cours des années à venir. Pour l’instant, nous nous en tenons aux aspects précédemment cités : le social, le dirigisme, la démocratie et la sortie de l’isolationnisme. Je laisse la parole à Theodoros Petrotis pour présenter le calendrier électoral et les enjeux de l’union de la gauche pour ces échéances. »

THEODOROS PETROTIS : « Étant donné les circonstances actuelles et l’absence d’alternance de la part des conservateurs, il devient crucial d’assurer la victoire électorale. Si les idées sont une part importante de toute victoire électorale, elles ne doivent pas empiéter sur le jeu démocratique où tout se joue : pour cette raison, les listes d’union de la gauche sont vouées à se multiplier au niveau national comme local. Aussi, il a été entendu d’une juste répartition des listes et têtes de liste sur tout le territoire national pour les prochaines élections législatives, qui auront lieu en 2007. Si les législatives restent les élections incontournables de notre paysage politique, les autres échéances électorales et démocratiques ne sont pas en reste : pour les gouvernatoriales de 2008 et les municipales de 2009, des candidats et listes d’union de la gauche sur le modèle expérimental de ce qui a été négocié et établi à Ménorophon devrait permettre aux gauches de s’établir fermement dans le paysage local après le reflux politique des dernières élections. »

RAUL CORREA : « Voilà un calendrier politique et électoral qui saura répondre aux attentes et aux revendications des cémétiens, en tout cas nous l’espérons. Ce congrès est le point de départ d’une reconstitution de l’offre politique nationale, qui saura causer suffisamment de remous sur la scène politique pour faire renouer l’électorat avec les idées de gauche, loin du marasme intellectuel que sont les droites entre libéraux, conservateurs, populistes et nationalistes. L’union de la gauche est devenue la seule sortie de l’impasse conservatrice, alors que la droite peine à renouveler son corpus idéologique et que la situation sociale ne cesse de stagner ; tandis que la Cémétie connaît une embellie économique depuis deux ans, il paraît incongru de ne pas profiter du regain d’activité économique pour favoriser les vrais moteurs de notre économie, à savoir le secteur privé, tout en assurant une plus grande égalité dans l’éducation, le niveau de vie et la justice, le tout assuré par un État dopé par des dépenses publiques en bonne santé ; cessons l’État régalien, vivons l’État-providence. »
Haut de page