06/09/2005
06:23:21
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Activités étrangères en Magermelk

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Activités étrangères en Magermelk

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants en Magermelk. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur de Magermelk, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Des intrus


Il semblerait que dans la nuit du 27 au 28 Juillet deux hommes armés ce soit introduit dans la résidence de l'impératrice de l'empire latin francisquien, Eugénie de Malatios. Les deux hommes se serait introduit en franchissant un mur en se faisant la courte échelle. Après s'être introduit dans la propriété les deux hommes auraient cherchés dans toute la propriété l'impératrice pour finalement la trouver dans le jardin puisqu'elle effectuait une balade nocturne. Les deux hommes l'ont ensuite menacée avec un couteau sous la gorge et emmenée dans son salon. l'Impératrice faisait acte de résistance, les deux individus lui on plantés 3 fois le couteau dans la main gauche avant que l'Impératrice ne cesse de se débattre. Après cela les deux individus l'auraient enfermés dans sa chambre mais l'Impératrice a eu le réflexe de sauter par sa fenêtre avant que son équipe de surveillance ne le remarque enfin et qu'ils arrêtent les deux individus. Les deux individus sont actuellement en détention et sont en attente d'être interrogés.
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7 août 2004

Rue

Les rues de Tarkeft étaient faiblement éclairées à cette heure de la nuit. Mais avaient-elles seulement besoin de l'être davantage ? Dans la capitale d'un pays où les lois encadraient si fermement les mœurs de la population ; qui n'en avait d'ailleurs presque pas besoin pour s'auto-inhiber, tant l'attitude générale était à la condamnation de la première déviance se détournant des voies tracées par le dogme catholique ; la vie nocturne était relativement peu agitée, si bien que déjà, à minuit et demi, ses rues semblaient quasiment désertes. Cette ambiance morose facilitait malgré tout le travail des agents des services de renseignement fédéraux, bien que ne favorisant pas leur discrétion. Disposés à une douzaine de points stratégiques de la capitale, ils conduisaient en effet leurs opérations sans l'aval des autorités locales, qui n'avaient pas même connaissance de leur présence sur le territoire maguerrois. Leur activité y était récente, puisqu'elle suivait directement les tentatives d'assassinat perpétrées contre Eugénie de Malatios. De toute évidence, les mesures de sécurité mises en œuvre pour protéger la propriété où résidait l'Impératrice déchue n'étaient pas suffisantes, puisqu'elles avaient permis à deux ressortissants francisquiens armés d'approcher leur victime et de la blesser. Même si la surveillance des lieux avait certainement dû être renforcée depuis ce triste incident, il n'en demeurait pas moins qu'Albel ne pouvait en aucun cas permettre que l'Impératrice soit l'objet d'un nouvel attentat, alors que le gouvernement fédéral espérait parvenir à agir dans le sens d'une transition politique au sein de l'Empire Francisquien, impliquant un retour sur le trône de la mère de l'actuel Empereur.

Jérôme Escoffier, agent des services de renseignement de la Fédération d'Albel

Cela faisait plus de six heures que Jérôme Escoffier patientait au volant de sa voiture, lumières éteintes. L'agent était positionné au plus près de l'enceinte cernant la résidence de l'Impératrice, dans une rue adjacente échappant toutefois à la surveillance des gardes gouvernementaux qui effectuaient des rondes régulières autour du bâtiment. Et pourtant, il s'ennuyait comme un rat mort. Il n'était certes qu'un maillon au sein d'un dispositif censé couvrir l'ensemble des accès possibles au lieu de résidence de la cible, dans l'objectif de repérer toute personne suspecte susceptible de représenter une menace pour l'hôte du gouvernement maguerrois. Mais que n'aurait-il pas donné pour voir surgir un groupe d'individus louches, histoire qu'il se passe enfin quelque chose. Il semble que Dieu entendit ses pensées, puisqu'alors qu'il s'apitoyait sur son sort d'agent de renseignement ayant passé tous les concours les plus sélectifs pour finalement mener des missions si pauvres en action, son téléphone portable se mit à vibrer. Il ouvrit rapidement le clapet de l'appareil et appuya sur le bouton de décrochage, avant de le porter à son oreille.

« Secteur 5, ici Secteur 3. Un individu suspect se dirige vers votre position. Vous avez la permission de l'appréhender.

- Bien reçu. »

Jérôme Escoffier raccrocha et scruta attentivement la rue qui se trouvait face à lui. Après quelques minutes, il vit effectivement une silhouette faire son apparition à l'angle de la rue voisine, et marcher en direction de la zone où se situait la résidence de l'Impératrice. Portant un chapeau et un long manteau noir, l'homme avançait d'un pas précipité, tout en se retournant régulièrement pour regarder derrière lui, comme s'il craignait d'être suivi. L'agent albelais ouvrit la portière de son véhicule et se dirigea vers l'individu suspect pour l'interpeler.

« Bonsoir.

L'homme se retourna dans un sursaut, et fixa le visage de Jérôme Escoffier de ses yeux écarquillés à travers ses épaisses lunettes.

Individu suspect

- Qu... qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?

- Rien de particulier. Je me promène... Et vous, où allez-vous d'un pas si pressé ?

- Je... je... Je fais la même chose que vous, je me promène...

- À cette heure de la nuit ?

- Je... C'est bon, laissez-moi ! »

L'homme tourna les talons et reprit sa marche, d'un pas encore plus rapide qu'auparavant. Cependant, l'agent albelais ne pouvait se permettre de le laisser disparaître ainsi. Il bondit sur l'inconnu et passa son bras gauche autour de son cou, avant de commencer à le serrer de toutes ses forces. L'homme tenta de réagir en levant ses mains vers le bras qui serrait sa gorge, pour essayer de forcer son agresseur à relâcher son étreinte, mais ses efforts étaient vains. Après quelques secondes d'une lutte inutile, il eut tout juste le temps de sentir la pointe du poinçon que Jérôme Escoffier lui enfonçait dans la gorge à l'aide de sa main restée libre, avant que ses forces le quittent et que ses deux bras retombent, ballants.

Sans retirer son bras du cou de sa victime, l'agent albelais tira le corps en laissant trainer ses pieds sur le sol, pour le mener à l'arrière de sa voiture. Il ouvrit le coffre de sa main droite, et souleva le cadavre pour l'y hisser. Avant de refermer la porte arrière du véhicule, il fouilla rapidement la veste du malheureux pour en extraire son portefeuille, puis retourna à sa place initiale, au volant de la voiture, pour aller en inspecter le contenu. De toute évidence, sa victime n'avait rien d'un assassin francisquien, les papiers qu'il portait sur lui étant bel et bien maguerrois.

L'espace d'un instant, Jérôme Escoffier crut avoir exécuté un homme innocent. Ce n'était pas que cela gênait sa conscience, puisque cet inconnu était loin d'être le premier innocent qu'il abattait froidement. C'était son métier après tout, et il l'accomplissait dans l'intérêt supérieur de la Fédération, ainsi que de sa propre personne, au vu des larges indemnités qu'il touchait de la part de l'État pour accomplir ces basses besognes. Cependant, il trouva un autre élément intrigant dans le portefeuille du macchabée. Un morceau de papier, sur lequel il était écrit à l'encre noire : « Le Secours du Pèlerin, 94 rue Saint-Eustache, 1h du matin ». De toute évidence, l'homme qu'il venait d'abattre avait un rendez-vous prévu à deux pas de la résidence de l'Impératrice, ce jour même, et dans une dizaine de minutes seulement. La nuit ne faisait visiblement que commencer pour l'agent albelais.
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Les prisonniers

Cela fait déjà environ 5 jours qu'ils ont tentés d'enlever l'impératrice Eugénie de Malatios et l'enfant qu'ils portent. Ils sont deux francisquiens et leur plan semblait parfait mais manifestement l'impératrice déchue cache ses talents et n'a pas besoin de gardes du corps dans toutes circonstances pour se défendre. Tout avait été préparé mais plus rusée qu'eux, elle avait réussie à les faire emprisonner et désormais le Magermelk attend des informations d'un pays qui refuse désormais tout contact diplomatique avec eux.

21:30, Magermelk :

Kidnappeur 1 : T'es sûr que tout est bon pour ce soir?

Kidnappeur 2 : Certains, si on ne le ramène pas ici c'est que nous sommes idiots

Kidnappeur 1 : Je ne crois pas non, bref tu as des lampes torches?

Kidnappeur 2 : Oui mais je pense que si la résidence de l'Impératrice est surveillée il vaudrait mieux s'armer

Kidnappeur 1 : T'es bête ou quoi? Deux hommes armés qui se dirigent vers la résidence de l'impératrice on aura l'air très sain d'esprit

Kidnappeur 2 : Bon alors au moins un couteau ou quelque chose

Kidnappeur 1 : D'accord pour le couteau mais on ne la blesse pas c'est l'impératrice

Kidnappeur 2 : Bien, bien. J'ai aussi pris une corde pour escalader car apparemment il y aura un mur

Kidnappeur 1 : C'est exact. Bon voilà le plan :

Nous arriverons par derrière vers 1h15 du matin, généralement les gardes prennent une pause et l'arrière de la résidence est délaissé grâce au mur. À 1h20, on escalade le mur et on se rend sous le balcon de sa fenêtre. 5 minutes plus tard, l'impératrice se lève pour boire un verre d'eau et à ce moment là on crochète la serrure de la porte de derrière et on entre. À partir de là c'est compliqué car on a aucune connaissance sur l'intérieur mais on doit essayer de monter à l'étage et si il y a un agents de sécurité on le tue immédiatement. On prendra les escaliers en restant le plus discret possible puis finalement, quand on sera dans la chambre de l'impératrice on fera preuve de diplomatie mais si elle n'écoute pas on l'emmène avec nous.

Kidnappeur 2 : Mais comment tu sais qu'elle se lèvera à 1h25?

Kidnappeur 1 : Je l'ai observé pendant 4 nuits et elle se lève toujours entre 1h20 et 1h30

Kidnappeur 2 : Mais si elle se débat et qu'elle arrive à alerter les agents?

Kidnappeur 1 : Le but est de justement l'en empêcher. On doit couvrir sa bouche et l'empêcher de crier y comprit si cela nécessite de lui mettre le couteau sous la gorge

Kidnappeur 2 : Je croyais que tu ne voulais pas qu'on lui fasse du mal

Kidnappeur 1 : Si tu l'égorge elle aura mal mais sinon elle ne souffrira pas, réfléchis

Kidnappeur 2 : Bien alors on part pour quelle heure?

Kidnappeur 1 : Le temps de se rendre là-bas je dirais 20:15

Kidnappeur 2 : Bien alors on se rejoint au point de rendez-vous?

Kidnappeur 1: C'est ça, à 20h14 tu es là-bas je te préviens

Kidnappeur 2 : Oui oui j'y serais

La fin d'après-midi passèrent et pourtant le premier kidnappeur ne pu s'empêcher de tout revoir toutes les 10 minutes afin d'être sûr que tout soit parfait.

20:10, la route

Kidnappeur 2 : C'est bon je suis la

Kidnappeur 1 : Parfait, on va se mettre en route dès maintenant au cas où on prend du retard

Kidnappeur 2 : Tu n'espère quand même pas qu'il y aura des embouteillages à une heure pareille?

Kidnappeur 1 : Évidemment que nous mais simplement au cas où nous avons un problème sur la route il vaut mieux partir en avance

Les deux kidnappeurs se mirent en route en direction de la résidence d'Eugénie de Malatios dont leur but était de la libérer car ils estiment encore qu'elle est prisonnière de cette endroit et qu'on l'emprisonne à l'intérieur pour mieux la tenir à l'écart du trône francisquien qui a été prit illégitimement par son premier fils qui a assassiné l'empereur et son propre père.

Kidnappeur 2 : J'en reviens pas, ils ont quand même réussit à emprisonner l'impératrice et le prince ne dit rien

Kidnappeur 1 : Le prince est un idiot. Il soutient sa mère mais ne fait rien pour la libérer mis à part se mettre en colère contre le Margermelk ce qui n'avancera à rien

Kidnappeur 2 : Il ne peut pas envoyer de force armées celui-là?

Kidnappeur 1 : Tu penses, ils emprisonnent l'impératrice mais lui il est sur le trône. Ça l'arrange bien

Kidnappeur 2 : Il avait l'air sincère pourtant

Kidnappeur 1 : Il l'est mais si il n'agit pas il doit comprendre qu'il ne retrouvera jamais sa mère

Kidnappeur 2 : Alors nous nous sommes les justiciers c'est ça?

Kidnappeur 1 : Si c'est les légitimistes n'agissent pas, qui le fera?

Kidnappeur 2 : Effectivement.

Après plusieurs discussions sur le Prince Impérial, actuel empereur, l'impératrice et la politique, les deux hommes arrivent finalement derrière la résidence de l'impératrice et décharge leur matériel afin de pouvoir escalader le mur

Kidnappeur 1 : Attends

Kidnappeur 2 : Quoi?

Kidnappeur 1: 3...2...1...Maintenant

Kidnappeur 2 : C'est parti

Les deux hommes escaladèrent le mur arrière de la résidence de l'impératrice et comme ils l'avaient prévus, l'impératrice est déjà levée et personne n'est la pour les attendent. Tout se passe bien, il arrive en dessous du balcon, crochète la serrure et sont plus silencieux que le silence lui-même. Tout à l'air de fonctionner et ils rentrent finalement et personnes ne les attends mais un détail va attirer leur attention.

Kidnappeur 1 : Regarde ça, une lettre

Kidnappeur 2 : Mais attends il n'y a pas de sceau dessus? Et la couleur de la feuille c'est du bleu impérial?

Kidnappeur 1 : Apparemment l'Impératrice cache bel et bien quelque chose, moi qui ne voulait pas croire le journal de presse

Kidnappeur 2 : "Cher Louis, mon fils."

Kidnappeur 1 : C'est une lettre au Pri-

Un cri surgit derrière eux. C'est l'impératrice

Kidnappeur 1 : Votre majesté n'ayez craintes nous venons vous sauver!

Eugénie de Malatios : Laissez-moi tranquille! Je suis en sécurité ici!

Kidnappeur 1 : Vite retient-là!

Le second kidnappeur ne pu s'empêcher de lui écraser la cheville pour qu'elle ne puisse pas s'enfuir alors qu'elle venait de tomber au sol

Kidnappeur 2 : Votre majesté nous avons besoin d'informations!

Kidnappeur 1 : Absolument pas! Nous voulons vous conduire à l'empire et jusqu'à votre trône

Eugénie de Malatios : Laissez-moi tranquille! Je suis en sécurité ici! L'empire me hait et seul mon fils me soutient! Le peuple est contre moi et me prend pour une criminelle tandis que personne n'ose se mettre en travers de leur chemin! Seul mon fils essaye de m'aider et vous, vous! Vous vous pensez agir en son nom? Vous n'êtes que deux idiots qui pensez pouvoir me faire monter sur le trône alors que mon propre peuple me déteste!

Kidnappeur 2 : C'est faux! Il y a encore vos soutiens! Le Prince est certes, contre certains d'entre nous mais dans la démocratie de l'empire il y a un parti politique entier qu'il a reconnu et ils vous soutiennent tous!

Eugénie de Malatios : Bande de sots, le peuple francisquien est fait de 19 millions d'hommes et de femmes. Il ne suffit pas de 3000 pour pouvoir me faire monter sur le trône même si l'empereur lui-même le demande. Il attend mon retour sur le trône, je le sais. Il n'a jamais voulu le trône il me l'a confié, c'est pour ça que je porte cet enfant.

Kidnappeur 1 : Attendez une minute, le prince ne veut pas le trône?

Eugénie de Malatios : Vous n'êtes vraiment que deux id-

Le second kidnappeur ne pu contenir sa rage. Il venait libérer l'impératrice et elle les insultaient de tous les noms alors il lui planta 3 fois son couteau dans la main

Kidnappeur 1 : Tu es fou ou quoi!

L'Impératrice se saisit du couteau et le planta à son tour dans sa main avant de s'enfuir par les escalier

Kidnappeur 1 : C'est malin ! Idiot !

L'Impératrice courue de toutes ses forces malgré l'enfant qu'elle porte en elle et elle réussi a avertir les agents de sécurité sous une fenêtre qui arrivèrent d'une minute à l'autre pour interpeller les deux kidnappeurs. Heureusement, l'impératrice s'en tirera sans séquelles pour elle et son enfant malgré sa blessure à la main. Les deux kidnappeurs quant à eux seront emmenés par les autorités Marguerroises afin d'être intérrogés.
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7 août 2004

Suite directe du RP précédent

Si l'on en croyait le numéro indiqué sur le palier, c'était bien ici. L'enseigne était plutôt discrète, s'agissant seulement d'une petite pancarte posée sur la porte, indiquant simplement « Le Secours du Pèlerin - Bar Tabac - Ouvert ». Jérôme Escoffier pouvait effectivement apercevoir de la lumière à travers le carreau, ce qui signifiait qu'il y avait bien de l'activité. Il poussa la porte d'entrée, et entra dans l'établissement. Sans cesser d'avancer afin de ne pas paraître trop suspect, il tournait la tête à droite et à gauche afin d'inspecter les lieux. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, le bar semblait plutôt fréquenté à cette heure de la nuit. Des petits groupes d'hommes étaient attroupés ici et là autour des tables qui garnissaient la pièce, échangeant entre eux sans même prêter attention à l'entrée de l'agent albelais. Ne sachant pas trop où se mettre, celui-ci s'avança vers le comptoir et prit place sur l'un des tabourets restés vides.

De l'autre côté de la pièce, il pouvait apercevoir le tenancier du bar, qui faisait la conversation à un groupe de clients attablés un peu plus loin. L'homme ne l'ayant probablement pas vu entrer, il pouvait sûrement attendre un moment avant d'être servi. Quoi qu'il en soit, il n'était pas là pour se rafraichir. Il jeta quelques coups d’œil autour de lui, et n'avait pour seul voisin qu'un petit homme rondouillard et barbu qui gardait les yeux fixés sur son verre de cognac. Cependant, après quelques secondes d'observation, Jérôme Escoffier constata que l'homme en question lui adressait quelques regards en coin, de manière régulière. Afin d'en avoir le cœur net, il se tourna carrément vers lui, et l'autre homme fit de même.


Jérôme Escuffon au comptoir avec un Maguerrois inconnu
Jérôme Escoffier, accoudé au comptoir face à un Maguerrois inconnu

« C'est vous, Cédric ? » lui demanda le barbu.

Cédric était le prénom du Maguerrois qu'il avait étranglé quelques minutes auparavant, de ce qu'il avait pu lire sur ses papiers en fouillant dans son portefeuille un quart d'heure plus tôt. De toute évidence, il était au bon endroit, et son interlocuteur le prenait pour sa victime, ne connaissant probablement pas le visage de celui qu'il aurait normalement dû rencontrer.


- Euh... Oui. C'est bien moi.

- Enchanté. Je suis Philippe, celui avec qui vous aviez rendez-vous.

- Ah, et bien... je me doutais que c'était vous !

- Pour ma part, j'ai mis un moment à comprendre que c'était vous. À vrai dire, je vous imaginais plus vieux que ça.

Il est vrai que l'homme qu'il avait abattu juste auparavant paraissait plutôt âgé.

- Tiens donc !

- Remarquez, ce n'est pas plus mal. Vu ce dans quoi vous vous embarquez, il vaut mieux que vous ayez encore toute votre forme. Et dire qu'on m'a raconté que vous aviez dans la cinquantaine. Les idiots ! ajouta-t-il en avalant une gorgée de cognac.

- On vous en a dit beaucoup à propos de moi ?

- Pas plus que ça, rassurez-vous. Vous savez que dans notre milieu, il vaut mieux en savoir le moins possible sur les autres, pour notre sécurité à tous. Surtout dans ce pays où tout est surveillé...

Jérôme Escoffier ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en coin. Il n'était pas venu pour rien, car visiblement, quelque chose d'illégal se tramait. Étant donné la position du bar, il s'agissant probablement d'un attentat ou d'une nouvelle tentative d'enlèvement tournés contre l'Impératrice. Au moins, les propos de son interlocuteur, ce « Philippe », lui indiquaient que celui-ci en savait très peu sur l'homme pour qui l'agent albelais se faisait passer, ce qui laissait peu de risque qu'il trahisse sa propre couverture. Le Maguerrois avala une nouvelle gorgée avant de reprendre :

- Du peu que l'on m'a dit de vous, il me semble que ça va être votre première fois, n'est-ce pas ?

- En effet. Pour ne rien vous cacher, j'appréhende un peu la chose, à vrai dire.

- C'est bien normal.

L'Albelais tentait d'en apprendre davantage sur l'opération que préparaient son interlocuteur et le cadavre qui se trouvait encore dans son coffre.

- Mais ça me rassurait sûrement si vous m'expliquiez un peu la manière dont les choses vont se dérouler.

- Ça viendra, naturellement, répondit Philippe, mais pas ici, évidemment. Il y a trop de monde autour de nous, et on ne peut être sûr de personne. Pour commencer, dîtes-moi plutôt, vous concernant, jusqu'où vous êtes prêt à aller.

- Je suis prêt à absolument tout, et ne laisserai rien au hasard. Vous pouvez avoir confiance. Je suis un homme fiable, motivé, et actif.

Il ne jouait presque pas un rôle en se décrivant de la sorte. Les agents de renseignement étaient sélectionnés après des épreuves assez dures, auxquelles son succès conféraient à Jérôme Escoffier la prétention de mériter ces qualificatifs.

- J'aime entendre ça, rétorqua le Maguerrois. Vous êtes le genre de personne qui ne manque que trop dans nos milieux. Cependant, pour les premières fois, c'est moi qui me chargerai de mener la barque. Vous, vous suivrez. Bien sûr, ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas prendre des initiatives lorsque ça vous semblera opportun. Au contraire, c'est même plutôt souhaitable. Mais pour des raisons évidentes, il vaut mieux laisser les personnes plus expérimentées mener le jeu.

- Bien sûr, c'est bien normal.

Joseph, le barman
Joseph, le tenancier du Secours du Pèlerin

Le tenancier de l'établissement, qui devait avoir fini sa conversation avec les clients situés à l'autre bout du bar, passa derrière le comptoir. Il saisit un verre qu'il posa face aux deux hommes, et commença à le remplir. Pendant que le liquide s'écoulait de la bouteille, il leva le regard vers eux et leur adressa un léger sourire. De toute évidence, il semblait être au courant de quelque chose.

- Ne vous inquiétez pas, le rassura Philippe, Joseph en est aussi.

Il adressa un hochement de tête en direction du barman, qui répondit par le même signal. Celui-ci referma la bouteille de cognac qu'il tenait en main, et sortit une clé de sa poche.

- Suivez-moi dans la pièce de derrière, dit Philippe en se levant de son siège. Je vais vous donner un aperçu de ce qui vous attend.

Impatient d'apprendre enfin quelque chose de concret, l'agent albelais se leva à son tour et emboîta le pas de son interlocuteur, suivant le tenancier qui les menait vers une porte située à l'arrière de la salle. À l'aide de la clé qu'il tenait en main, Joseph ouvrit la porte et la tint pour laisser entrer ses deux hôtes. Après avoir fait quelques pas dans la pièce, Jérôme Escoffier jeta un coup d’œil par-dessus son épaule en entendant le barman refermer la porte à clé derrière eux, après leur avoir emboité le pas. Lorsqu'il se retourna, il vit que Philippe s'était accroupi par terre devant lui. Il eut à peine le temps de hausser un sourcil surpris, que déjà le Maguerrois avait approché ses deux mains au niveau de son entrejambe, et commencé à déboucler sa ceinture. Par réflexe, Jérôme fit un bond en arrière et recula de trois mètres, manquant de peu de heurter le patron du bar, qui se trouvait toujours derrière lui.

- Wow ! Qu'est ce que vous faîtes !? s'exclama l'Albelais.

- Qu'est ce qu'il y a ? demanda Philippe après s'être relevé. Vous trouvez que j'ai été trop rapide ?

- Pff... c'est toujours pareil, Philippe ! s'écria le barman. Au début, ça joue les vaillantes, mais dès qu'il s'agit de passer à l'action, y a plus personne !

Joseph se positionna face à Jérôme Escoffier et posa ses deux mains sur ses épaules.

- Arrêtez d'écouter les autres, mon vieux. Acceptez d'être qui vous êtes, sortez du placard !

L'agent albelais se dégagea des mains du patron de bar et recula encore davantage.

- Attendez, il doit y avoir un malentendu. Je ne... je ne suis pas...

- Pas quoi ?

- Oh ! Ça y est, je comprends tout, Joseph ! s'écria Philippe en se précipitant d'aller se blottir dans les bras du barman maguerrois. C'est un flic ! Il est venu enquêter sur nous, et maintenant il va nous dénoncer !

Joseph leva vers l'Albelais des yeux écarquillés.

- Non non, rassurez vous, se défenda-t-il, je ne suis pas flic. D'ailleurs, je ne suis même pas maguerrois !

- Ah, c'était donc ça cet accent bizarre ! répliqua le barman.

- Mais on s'en fout de son accent ! cria Philippe d'une voix suraiguë. Ça change rien, il va nous dénoncer quand même !

- Non non, ne vous inquiétez pas. Je ne vais pas vous dénoncer...

- C'est vrai ?

- Oui.

Le petit homme barbu se libéra de l'étreinte de Joseph, pour aller prendre l'Albelais dans ses bras.

- Oh merci ! Merci monsieur, merci ! Vous êtes un homme bon, comme en croise rarement au Magermelk ! J'aurais envie de vous embras...

Jérôme Escoffier le repoussa avant de tirer sur les pans de sa veste pour la repositionner correctement.

- Bon, ça suffit, n'abusez pas. Lâchez-moi ! »

Il ouvrit la porte dans la serrure de laquelle le patron du bar avait laissé sa clé, et quitta l'établissement. Un quart d'heure plus tard, il était de retour au volant de sa voiture, dont le coffre contenait toujours le même cadavre. Au bout de quelques minutes, son téléphone se mit à vibrer.

Joseph Escoffier au volant de sa voiture
Joseph Escoffier, de retour au volant de sa voiture

« Secteur 5, ici Secteur 3. Vous avez pu vous rendre au rendez-vous du suspect ? demanda la voix au téléphone.

- En effet, mais... ce n'était pas ce qu'on croyait...

- C'est-à-dire ?

- C'était... il n'y avait rien, en fait. Le rendez-vous devait être prévu un autre jour. Ce n'est pas la peine de faire figurer ça dans le rapport. »

Il raccrocha, et lâcha un profond soupir. Vraiment, qu'est-ce qu'il faisait ici ?
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Message secret
Information secrète réservée aux personnes autorisées
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Plusieurs semaines après la nouvelle de tentative d'enlèvement de l'impératrice déchue Eugénie de Malatios, certains marguerrois et principalement des ultra-nationalistes s'étaient posés une question : Pourquoi s'immiscer dans les affaires des autres si c'est pour que ça ne rapporte que des problèmes? Cette question oubliée a pourtant refait surface autour d'un conversation dans un bar.

Barman : Je vous ressert quelques chose messieurs?

Jacques : Non merci ça ira pour moi

Philippe : Eh les gars! Vous connaissez pas la dernière? Apparemment le lit de la Malatios est bien occupé!

Fernand : Au lieu d'écouter les rumeurs sur elle surveille celui de ta femme

Philippe : Qu'est-ce que t'as dis toi?!

Jacques : Allez ça suffit vous la fermez vous deux

Philippe se rassoit et Fernand commence à parler à voix basse avec Jacques

Fernand : Je me demande vraiment ce qu'elle fout encore au Magermelk celle-là

Jacques : Intérêts politiques, rien de plus

Fernand : Cacher une impératrice pour ne pas lui permettre de remonter sur son trône ça fait gros

Jacques : J'ai arrêté de me mêler de cette histoire depuis déjà très longtemps

Fernand : Et bien il serait peut-être temps de s'y réintéresser tu pense pas? Elle apporte que des problèmes et des francisquiens en plus

Jacques : Tu doute du maréchal et du gouvernement?

Fernand : Absolument pas mais je me dis que les deux zigotos qui sont venus pour la ramener dans leur empire étaient pas si débiles que ça

Jacques : Explique-toi

Fernand : Deux francisquiens qui passent la frontière sans problèmes et qui arrivent même à pénétrer dans la maison de la Malatios et finalement ils se font chopper alors que la Malatios veut reprendre son trône et que les deux franciquiens sont des fidèles. Tu trouve pas ça bizarre?

Jacques : J'en sais rien. C'est pas logique c'est vrai mais je laisse ça au gouvernement et aux politiciens, ça me concerne pas
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Moins d'une semaine après la discussion entre Jacques et Fernand, Philippe arrive au bar vers 9 heures tout excité

Philippe : Eh les gars! Vous vous fichiez de moi pour l'impératrice mais vous devinerez pas qui elle se fait!

Jacques : On s'en fout

Fernand : Dit toujours

Philippe : Son chef de sécurité!

Deux [policiers] en civil nom a modifier en fonction du vrai nom donné par le joueur se lève au fond du bar et commence à parler aux gens présents dans le bar

Policier : Vous la! Vous êtes mis aux arrêts pour atteinte à l'autorité, tous les autres vous sortez!

Tous les gens sont évacués du bar tandis que Philippe est embarqué pour avoir insulté le chef de sécurité

Fernand : Et bien il n'aura pas fait long feu celui-là

Jacques : C'est exactement pour ce genre de raison que je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas

Fernand : Parfois peut-être qu'on devrait

Jacques : Aucune utilité

Fernand : Si le gouvernement héberge une catin pour son plaisir peut-être que si

Jacques : Tu as une idée derrière la tête et je le sais

Fernand : Allons plus loin

Quelques minutes et quelques mètres dans un coin reculé, Fernand explique son plan à Jacques

Jacques : Bon alors, c'est quoi ton idée?

Fernand : Tu t'y connais en imprimerie n'est-ce pas?

Jacques : Et donc?

Fernand : "L'insoumis"

Jacques : C'est hors de question j'ai arrêté et tu le sais

Fernand : Mais réfléchit! Un journal clandestin qui dénoncerait tout ce qui ne va pas pourrait très bien encourager le peuple à renvoyer la Malatios d'où elle vient!

Jacques : Je t'ai dis que de toute façon je m'en foutais de cette histoire d'impératrice

Fernand : Tant pis, on aurait pu gagner gros

Jacques : Attend une minute, comment ça?

Fernand : Bah les francisquiens ils la veulent leur impératrice nan?

Jacques : Il faut vraiment que tu apprenne à développer ce que tu dis

Fernand : Mais réfléchit! On aura qu'à leur dire de financer le journal pour qu'ils puissent directement s'adresser aux marguerrois!

Jacques : Ça commence à devenir intéressant ce que tu me dis

Fernand : Apparemment il y aurait un parti bien nationaliste dans leur pays qui veut récupérer l'impératrice et les deux francisquiens qui sont venus en faisait parti

Jacques : C'est quoi son nom?

Fernand : Souverain tragique ou souveraine nostalgique enfin quelque chose dans ce genre

Jacques : Pour les contacter on va devoir passer par des réseaux clandestins

Fernand : Ça je m'en occupe aussi. Pour le moment il faudrait juste que tu t'occupe de tout ce qui est illustration et mise en forme

Jacques : Je m'y met dès aujourd'hui et je te tiens au courant
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État-Major de la Fédération d'Albel

16/01/2005

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Arts Libres et les tlacuiloque, échange de bons procédés

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Ernst Bosch, Smuggler in a Boat

Côtes Magermelkoises, quelques kilomètres au sud d'Ormans, en pleine nuit. La situation avait quelque-chose de folklorique tant elle était typique de l'idée que l'on se faisait de la contrebande. L’opération, cependant, demeurait d'une complexité aïgues, soulignée par la faible quantité de territoire côtier couvert par le pays, imposant une prudence de tout instant aux intrus. Il était trop simple, pour la dictature, de sécuriser ses eaux. Beaucoup plus que si tout son long touchait la côte.

Mais les hommes que les tlacuiloque avaient mobilisés étaient des experts en la matière. Des sympathisants de la cause, d'une part, des pirates de métier de l'autre. En faisant appel à la flottille des poisons lunes, les scribes avaient parié sur le bon cheval.

On était entré dans les eaux nationales Magermelkoise avec une grande prudence. Quelques bateaux passant sans difficulté pour des navires de pêche mais équipage armés jusqu'aux dents, sauter sur les gardes-côte si la situation s'envenimait au point que la fuite n'était plus possible. Quoi qu'on espérait plutôt s'en tirer avec des pots-de-vin et un bon jeu d'acteur. Vraiment, messieurs ? Les eaux nationales de ?... Mince, ça nous apprendra à naviguer à l’œil, pas vrai ? Bon.

Le gros de la flottille restait à l'écart, en attente, et un navire seul s'avança plus en avant vers les côtes, à la tombée de la nuit. Il était assez simple de se faire passer pour un chalutier du cru. Surtout quand des alliés, de l'autre côté de la frontière, faisaient en sorte de fournir l'immatriculation d'authentiques appareils mouillant habituellement dans la région. La technique était bien rodée. On passait ainsi inaperçu, ou plutôt on passait pour à sa place. Puis, quand la lumière ne permettait plus de distinguer une barque au milieu de l'océan, quand la nuit s'installait pour de bon, on disparaissait des radars. Le moteur, coupé, naviguant à la voile, déployant quelques barques qui partaient vers les côtes, chargés de pirates armés et de scribes. Il aurait fallu que quelqu'un, là-bas, surveille précisément tous les mouvements du navire pour que la supercherie soit détectée. Et c'était très improbable. Personne n'avait de temps à perdre avec un vaisseau de pêche parmi d'autres. C'était ce que se disait le scribe-auxiliaire Corotalt Xérophon. Natif du Grand-Kah, expert en art Magermelkois, volontaire pour cette mission. La première opération notable de l'Ordre auprès d'Arts Libres. Sa première opération sur le terrain. Il était tout à la fois extatique et inquiet à en mourir. Il avait de quoi.

Le tout était très pictural. Un petit homme, dans un imperméable noir dissimulant un gilet pare-balle, posé sur une petite barque à moteur. Autour de lui, des pirates armés, aux aguets. Dans son dos, pilotant l'appareil, équipée d'une lourde combinaison de combat, une Chevalière-universitaire. Une membre de l'Ordre qui avait dédié sa vie à deux choses : l'archéologie et la préservation par les armes du savoir. Fut un temps où les Chevaliers montaient de véritables opérations de guérilla pour protéger des lieux historiques, lors de guerres. Celle-là s'appelait Wilhelmina Célestine III de la maison Kirkwall-Ostreburg, d'une longue lignée toute dédiée à l'Ordre, qui avait survécu aux épurations successives effectués par le Kah contre sa noblesse grâce à, d'une part, la protection des Scribes, et de l'autre de très nombreux points de remplis de sa riche famille sur d'autres continents. Elle n'était pas kah-tanaise, d'ailleurs. Ou plutôt Kah-tanaise d'importation. Revenue participer à la lutte Universitaire armée au sein de l'Union grâce aux liens entre la Convention Générale et certains des scribes les plus notables. Elle parlait Syncrelangue avec un accent terrible accent allemand.

« Alors, Xérophan. C'est comme vous l'imaginiez ? »

Contrairement à lui, elle avait déjà connu l'action. Contrairement à lui, toujours, elle n'était pas très douée pour faire la conversation. Si la propension de sa collègue à appeler les gens par leur nom de famille tendait à agacer le scribe, il nota l'effort et décida de lui répondre, doucement, comme si le moindre éclat de voix involontaire risquait de compromettre l'opération.

« Je ne m’imaginais rien. On intellectualise trop l'action. » Il s'arrêta pour réfléchir. « Je ne m'attendais pas à trouver ça excitant, prenant, inquiétant. Je m'attends simplement à trouver nos contacts, à leur remettre ce que nous leur apportons et à repartir avec des œuvres inestimables. C'est tout. »

Ses mots étaient presque inaudibles sous le bruit des vagues. Pourtant Wilhelmina Célestine acquiesça et donna un petit coup de pied dans une espèce de caisse, maintenue au centre de la barque par une bâche et des câbles.

« Il y a une notice, là-dedans ? »

Il haussa les épaules. Qu'est-ce qu'il en savait. Lui il était surtout là pour réceptionner et authentifier les œuvres qui devaient être exfiltrées. Le trajet de la barque se termina dans le silence relatif qu'offrait le ronronnement de son moteur. On accosta entre plusieurs monticules rocheux, deux des pirates dessanglèrent la caisse pour la poser sur la terre ferme pendant que les autres, accompagnant la chevalier-universitaire, sécurisaient les lieux. Ils étaient à l'endroit prévu au moment prévu. Leurs contacts ne devraient plus tarder. Il y avait toujours le risque d'une embuscade, et dans ce cas là on ne pouvait plus faire grand-chose que lutter et tenter de fuir. Mais c'était très improbable. Si les gens d'Arts Libres avaient la moindre suspicion – ou le moindre problème – ils avaient de nombreux moyen de contacter l'Ordre, d'une part, ou de le faire savoir à ses envoyés avant qu'ils n'accostent. Par principe, Corotalt se dirigea quand-même vers la petite cache située à quelques mètres de là, dont il savait qu'elle pouvait être occupée par un message d'alerte, en dernier recours. Il la trouva vide. Quand il revint vers la barque. Les pirates tenaient en joue des hommes tout aussi suspicieux, mais qui ne ressemblaient en rien à des membres de la police ou de l'armée. Le scribe se dépêcha d'approcher, mains levées en signe d’apaisement.

« Illumination et victoire sont les ordres du jour !
– Car la lumière ne s'éteint que dans le cœur des morts. » Les bons mots dans le bon ordre. Corotalt fit signe aux pirates de baisser leurs armes. Les cinq hommes venus à leur rencontre firent de même, et celui qui avait répondu – dont le scribe déduisit qu'il devait faire office de chef pour cette opération, approcha de quelques pas. Wilhelmina approcha aussi.

« Vous n'avez pas été suivi ?
– Non.
– Vous en êtes sûrs ?
– Autant que possible. Je passe inaperçus. »

Il avait affiché un sourire franchement triste, qui accompagnait magnifiquement la réponse. La chevalière croisa les bras.

« J'imagine que vous n'êtes qu'un intermédiaire…
– Je viens de vous le dire. »

À côté d'eux, sans qu'un mot n'eut été dit, les pirates firent signes à leurs homologues magermelkois de récupérer la caisse, réceptionnant en échange plusieurs tubes de carton étanche.

« Je me demandais, par simple curiosité… Comment est-ce que vous avez fait pour approcher sans problème ?
– Le Magermelk ne surveille pas autant ses côtes qu'il le prétend.
– Arrêtez. »

Un moment de latence. Le scribe lança un regard à sa compagnonne, qui secoua doucement la tête pour lui faire signe de garder le silence ; Elle ne faisait pas vraiment attention, gardant son regard figé sur l'horizon, les mains crispées sur son fusil, mais elle ne tenait pas à ce qu'il en dise plus que nécessaire. Il soupira.

« La présence de Fortuna, à quelques kilomètres… Disons que ça facilite les choses.
– Ah…
– Nous vous avons amenés une imprimante de presse, des postes-radios et quelques armes.
– Ça permettra de lancer nos opérations. » L'homme indiqua les tubes que les pirates commençaient à ranger dans la barque. « Vous en prendrez soin ?
– Il faut bien, ces pièces retourneront ici quand votre pays sera libéré. » 

L'autre acquiesça vivement. C'était ce qu'il voulait entendre. Wilhelmina se racla la gorge.

« Nous devrions partir, maintenant.
– Oui.
– Cette fois ça s'est bien passé mais selon l'ampleur que prennent ces réseaux il faudra multiplier les canaux d'exfiltration. » Elle indiqua la barque. « Je tiendrai l'Ordre au courant de la diligence et du professionnalisme d'Arts Libres. Nos moyens sont encore limités mais ce que vous faites ici et très important.
– Merci.
– Nous devrions peut-être vous transférer des chevaliers, cependant. Ou exfiltrer des volontaires pour les former au Kah. »

Elle n'ajouta rien, se contentant de saluer l'homme avant de retourner à la barque, que les poissons lune commençaient déjà à retourner en préparation de leur départ. Et ils se séparèrent, discrets comme des ombres. Première opération qui en ouvrirait de nombreuses autres.
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Là où d'autres pouvaient y voir des missions intensément stressantes, des environnements durs, un déracinement constant, je voyais une vie satisfaisante me permettant de goûter à la réalité concrète de la lutte. De participer à l'extension pleine et entière son domaine, en des lieux où elle pouvait être absente avant mon arrivée. J'étais une facilitatrice, c'était tout ce qui comptait.

L'extrait venait d'un livre auquel le temps avait réservé l'un de ces quelques succès d'estime, insuffisant pour catapulter l'écrit hors des sphères très cloisonnées du monde politique auquel il était destiné, mais suffisant pour accroître encore le prestige de l'auteure dans son milieu. « Les Carnets de Baidhenor », d'Antigone Ornan-Munch, étaient de ces livres de guerre, de ces autobiographies en même temps profession de Foi et discours véhément. Un compte rendu minutieux des jours passés à parlementer avec les leaders nationalistes Damann, un récit rencontre diverses d'Antigone au sein du pays, de ses discours politiques, universitaires. Le tout sertis des commentaires lapidaires ou excessifs d'une des dernières pure fasciste de son époque. C'était, enfin, une analyse de la défaite Damann et des moyens dont disposait encore sa droite pure et dure pour revenir au pouvoir, profitant de l'aversion toute naturelle des libéraux pour la pensée socialisante. « Ils serreront bien volontiers la main de nos frères s'ils leur offrent les moyens d'abattre l'Ennemie ».

Le livre avait d'abord été diffusé par le mouvement réactionnaire de l'Iris d'Argent, qui visait principalement à déplacer la fenêtre d'Overton à droite au sein du Grand Kah, dans le but de prôner des valeurs conservatrices quant au droit de femme. Le groupe était aussi de ces quelques-uns capables de diffuser un livre dans l'ensemble des diasporas fascistes, royalistes, ultra-nationalistes et conservatrices kah-tanaise. Ces nations en exil furent les premiers lecteurs des Carnets. Cette fois, cependant, le sujet était plus général et moins centré autour de l'Union. Alors les Carnets continuèrent leur chemin. D'abord parmi les survivants du fascisme Damann, puis chez les volontaires qui les avaient aidés, depuis rentrés dans leurs pays respectifs. Enfin dans quelques-uns des pays les plus réactionnaires et fermement anti-rouges de la planète. Parmi lesquels, donc, le Magermelk.

C'était bien pour ça qu'Antigone s'y rendait. La république chrétienne militaire avait offert un joli succès à son bouquin, engraissé ses comptes en banque et officialisée, en quelque-sorte, son statut de penseuse reconnue du fascisme. Une maison d'édition de la capitale lui avait proposé de faire le voyage pour donner une conférence, signer des exemplaires, et elle avait accepté. Si elle n'était pas entièrement partisane des décisions Magermelkoise, et reprochait à la république quelques aspects de son système, la jeune fasciste admirait tout de même le pays pour sa pureté et son implication dans la Lutte. Elle espérait aussi profiter de l'occasion pour rencontrer des officiels, signer des mains, solidifier sa position. Elle était un peu le Juif errant de l'extrême-droite. Disons plutôt l'antisémite errant.

C'était donc plein d'entrain et d'une certaine joie de vivre renouvelée – le malheur des fascistes Damann faisait en quelque-sorte son bonheur – qu'elle quitta son avion, récupéra ses valises, et quitta l'aéroport international de Tarkeft à la recherche d'un taxi. Elle en repéra bien vite un. Le chauffeur lui fit signe de s'installer tandis qu'il montait ses bagages. Antigone ne remarqua pas immédiatement qu'il avait quelque-chose d'anormal. En fait, les problèmes se présentèrent à elle avant qu'elle-même qu'elle ne puisse commencer à en soupçonner leur présence. Ce fut une fois bien installée sur la banquette arrière, les yeux rivés sur la une d'un grand journal local, qu'elle reconnut pour de bon la voix qui s'adressait à elle.

« Alors, Ornan-Munch, on prend des vacances ? »

Elle se figea, hésita entre plusieurs réactions. Elle pouvait bien ouvrir la portière et prendre la fuite. L'idée lui sembla vaine, aussi se contenta-t-elle de froiser le journal pour le jeter, en boule, dans la direction générale du pare-brise. C'était la voix du Tulpa – agent secret du Grand-Kah – qui l'avait surveillé au Damann, où elle était une agente double.

« Mais merde ! Merde, merde à la fin ! Vous ne pouvez pas me foutre la paix pour une fois ?
Ton petit cul nous appartient. » Il marqua un temps d'hésitation, se rendant sans doute compte qu'il avait manqué de classe, puis lança le taxi sur la route. « L'Union et moi avons encore besoin de toi.
Arrêtez, je suis sûr que vous avez déjà des dizaines de types occupés à la surveillance des expats.
C'est confidentiel.
Quelle purge.
Ta mission dépend du Panopticon un. Nous ne cherchons pas un expatrié mais quelqu'un qui pourrait les côtoyer. Tu me suis pour le moment ? »

Elle ne répondit pas directement, foudroyant le siège avant du regard. Finalement, un peu boudeuse, elle détourna les yeux pour plutôt regarder la route et les rues de la capitale. Ce n'était pas exactement comme ça qu'elle s'imaginait son premier voyage. Elle aurait dû être émerveillée par la propreté des rues, le respect des règles de conduite, les affiches de propagande gouvernementale appelant au respect de la morale du dieu des catholiques. Elle aurait dû trouver ça inspirant, grandiose même, et improviser les bases d'un des discours qu'elle espérait donner. En bref ç'aurait dû être un bon moment, un terreau fertile pour sa pensée. Au lieu de quoi le Kah venait une fois encore la frustrer dans ses projets. Elle grogna.

« J'ai une adresse où je dois me rendre. Je ne veux pas arriver en retard. »

Le tulpa dû trouver sa réponse amusante, car il eut un petit rire. Puis, ralentissant pour changer de voie. « On sait. Je ne crois pas que tu arriveras en retard. »

Elle soupira, l'agent repris.

« Tu pourras suivre tes activités, on se chargera même de ta sécurité. Nous sommes mieux implantés ici que tu ne peux l'imaginer.
Arrêtez avec les menaces creuses, s'il vous plaît. Ce voyage doit être court et si vous avez prévu de me déposer à l'heure vous n'avez vraiment pas le temps de faire des phrases.
On aimerait bien que tu nous renseigne sur la présence d'un certain Ollin Sacxoch dans le pays. Le nom t'es familier ? »

Familier, c'était le terme. Elle se concentra un peu, les vagues contours d'un visage lui revinrent. Elle avait écrit quelques signes sur le bonhomme, pour un discours, peut-être. Pas un fasciste. Pas même un vrai autoritariste. Juste un leader d'une corruption décomplexée. Elle n’éprouvait au final que beaucoup de mépris pour lui.

« Je vois de qui il s'agit. Il est ici ?
Ce n'est pas sûr à cent pour cent. Beaucoup d’expatriés te doivent des faveurs. Il y a aussi des Damanns en exil.
J'avais prévu de les rencontrer. Et ne me dites pas que vous savez déjà
Les expatriés ont tendance à connaître tout leurs semblables. Alors tu va aller les rencontrer et déterminer si le vieillard est là ou non.
Seule ? C'est complètement con.
Tu as connaissances des parties te concernant. Le reste est... »

Elle le coupa, agacée.

« Je sais. C'est confidentiel. »

Il acquiesça puis s'arrêta en double-file devant un vieux bâtiment de la capitale, appartenant à la maison d'édition qui avait importé l'ouvrage de la fasciste. Celle-là se leva pour quitter la voiture.

« Je peux vous aider avec les bagages, madame ?
Non merci»

Le tulpa la fixa qui descendait sur le trottoir, et eut un sourire franchement cynique.

« Eh bien j'espère que vous passerez un bon séjour en Magermelk ! »
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Drapeau

MESSAGE DU MINISTERE DES RELATIONS EXTERIEURES DE LA REPUBLIQUE DE PELOUSIE





Aux responsables de la République Chrétienne-Militaire du Magermelk

Nous accusons réception de votre message. L'indépendance accordée à notre Etat en 1980 et concrétisée sur Acte de foi en 1981 avec les deux sceaux des deux nations ne faisait et ne fera jamais l'objet d'aucune contestation d'autant plus que cet indépendance fut approuvé par l'ensemble de la communauté internationale ainsi que votre peuple qui avait alors un Gouvernement démocratique aimé par tous et de tous.

Le Peuple pelousien est depuis lors un peuple souverain responsable de sa destinée. Aucune intimidation ou aucune menace ne fera reculer la Pelousie dans sa démarche de la recherches des solutions pouvant amener la paix et la prospérités entre nos deux nations liées par un destin commun quoique tragique et difficile dans l'histoire commune.

Dans l'espoir de voir un jour nos deux peuples diner sur la même table au concert des nations, nous restons entièrement disponibles à tout initiative de dialogue et d'ouverture.

Très cordialement
Le Ministre des Relations Extérieures: Louis MBADINGA
Drapeau
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Leroux se rendit au lieu de rendez-vous. C'était un genre de vieux boui-boui dégueulasse, qui faisait à moitié office de boxon, même si on ne s'en vantait pas. Des comme ça on en comptait légion qui fleurissaient partout où il n'était pas essentiel pour le régime de faire bonne figure. Il y a avait de la misère dans tous les pays, quoi qu'en disaient les affiches de propagandes. De la misère partout, même ici. Seulement ici, on la foutait sous le tapis, la misère. On enfermait ses rejetons les plus problématiques et le reste était laissé à lui-même, à macérer dans ces ghettos. C'était comme ça. Les dictatures étaient faites par les plus puissants et s'appuyaient sur les intermédiaires. Ceux qui croyaient vraiment aux conneries idéologiques, ou bien à l'idée d'un avenir meilleurs, d'une possibilité de rejoindre l'élite. Leroux l'avait observé à de nombreuses reprises. Faut dire que pour certain le rêve était accessible. Malgré le formidable appareil de reproduction social, un fils de petit bourgeois pouvait employer la fortune de ses parents à obtenir des études, à grimper l'échelle, à devenir quelqu'un, comme ils disaient. Les pauvres, eux, n'avaient pas cette possibilité. C'était un fait du monde autocratique, bien connue des sociologues comme des tyrans. Le pauvre servait en gros à faire tourner les machines. Il produisait la nourriture, les biens de consommations, les armes qui tueraient ses avocats et ses camarades au sein du pays ou au-delà de ses frontières. La propagande ne s'adressait jamais vraiment aux pauvres. Et la police servait bien souvent à les tenir à leur place. On ne réglait pas vraiment les problèmes que générait leur situation. Ce n'était pas le but. Ces problèmes étaient une conséquence, au même titre qu'une voiture polluait en roulant. Un petit sacrifice acceptable, en somme.

Voilà ce qu'en comprenait Leroux. Le crime était inconvenant, nul ne pouvait prétendre le contraire. Mais problématique ? Allons. Il offrait du grain à moudre aux autorités, aidait à justifier toutes les politiques, permettait d'accéder à des produits qu'on interdisait officiellement, à condition d'être un peu malin. Il y avait une tonne de raison de ne pas vraiment entrer en guerre contre le crime. Ce n'était pas cynique, il y avait bien des gens qui voulaient le faire disparaître. Toute la classe moyenne, pour commencer. Elle en avait vraiment peur, ne l'aimait pas, ce sale crîme. Mais les puissants ? Ils ne pouvaient pas craindre ce qui ne pouvait pas les atteindre. Il suffisait de pacifier les prolétaires. Une fois calmes, ils ne représentaient plus aucun risque. Ils pouvaient bien se prostituer, trafiquer des drogues, jouer aux jeux d'argents s'ils le voulaient. Tant qu'ils étaient discrets. Tant que les rues semblaient propres. Tant que les médias étrangers, limités dans les quartiers qu'on voulait bien leur montrer, ne voyait ni n'entendaient parler de ce fait tout à fait normal du genre humain.

Le crime pouvait bien exister tant qu'on ne le voyait pas. Au Magermelk, les trains arrivent à l'heure, les rues sont impeccables. C'était l'idée, en tout cas.

Seulement voilà. Un pays sans crime, ça n'existait pas. Surtout un pays aussi inégalitaire. Aussi répressif. Surtout un pays qui fait du crime une hydre, qui ne s'attaque pas à ses raisons, à son corps, mais à ses têtes. Qui ne cautérise pas les plaies à l'aide de politiques sociales, mais les engraisse par son système même.

Mais pour autant que Leroux était concerné c'était une bonne chose. Le crime était un allié utile pour les tulpas et autres libérateurs obstinés. Et puisque les pays qui avaient besoins des services si particuliers du Grand Kah tendaient à faire partie de ceux qui poussaient leurs classes ouvrières vers les voies les plus violentes et critiquables…

Il poussa la porte du café minable, arrêtant son regard sur l'enseigne qui indiquait « Chez Manfred ». Une odeur prenante de sueur et de clope empestait l'air, mais au moins il y faisait plus frais que dehors, où régnait une chaleur humide, orageuse. Il fit quelques pas en laissant la porte se refermer dans son dos. On accédait à la salle par un escalier étroit. Quand on entrait on faisait directement face à un piano, vestige d'une époque où l'endroit faisait café barre. Les lieux enfumés par les cigarettes d'une dizaine d'individus qui jouaient au billard dans l'arrière-salle. Il y avait un gros type avec des bretelles et un béret, qui lui avait un cigare entre ses lèvres. On devinait qu'il était important grâce aux deux hommes de main noirs qui l'entouraient. De véritables buffles. Énormes et larges d'épaules. L'un d'eux fixa Leroux et chuchota quelque-chose à son patron qui haussa les épaules avant de se pencher pour donner un coup de quille. L'homme de main fixa encore Leroux. Il avait un faciès de boxeur et le visage couvert de vieilles scarifications. De sales coups, assurément, dont un qui lui avait même brisé le nez. Le tulpa décida de ne pas se formaliser, et avança jusqu'au comptoir, cherchant son contact des yeux. Le serveur s'approcha. Un vieux qui avait dû en voir quelques-unes. Un visage tout sec, au sein duquel brillait un regard las. Il observait Carter comme s'il se demandait dans quel genre de coup pendable il traînait. Le tulpa acquiesça en guise de salutation et fit claquer sa langue contre son palais. Il s'était forgé un caractère de vieux cynique. Toujours le mot pour rire, même si rarement vraiment drôle. Qui observait le monde de son air détaché et faisait ce qu'il avait à faire sans fioriture ou sentimentalisme expansif. En un sens, le barman était tout pareil.

Qu'est-ce que ce sera ?
On m'attend.

Le serveur haussa un peu les sourcils. Il n'eut rien à ajouter, un type venait d'approcher du comptoir. Plutôt jeune, bien propre sur lui. Des cheveux blonds plaqués en arrière et une veste noire sur mesure. Leroux reconnu aussitôt l'homme à qui il avait affaire. Il le salua d'un large signe de main.

Roméo, mon grand ! Puis à l'adresse du serveur. Vous me versez un whisky, et le Républicain du jour.
Tu lis ce torchon ? Roméo Courtial semblait incrédule. Leroux haussa les épaules et fit glisser un billet sur le comptoir, récupérant son journal et son verre avant de suivre le jeune homme. Le liquide tiède avait quelque-chose de rassurant. Si infâme qu'il soit dans ce pays, il rappelait tout de même que l'espèce qui y vivait était aussi humaine qu'ailleurs. Les deux hommes s'installèrent à une petite table ronde, à l'écart, loin des fenêtres et du gros de la clientèle. Carte posa son verre et déplia son journal pour en lire les gros titres. Rien que de la saloperie de propagande. Il jeta un regard grave à Roméo.

Faut bien s'informer, non ? Comment tu fais, toi ?
Oh non je suis très patriote, tu le sais bien. Quand je ne lis pas le Républicain j'écoute la première chaîne, et quand je suis chez moi je passe la journée devant les informations en continue.
Eh bien voilà, tu me comprends. Il renifla et indiqua l'arrière-salle. Dis donc, je ne savais pas que des noirs bossaient pour le Milieu.
C'est peut-être le domaine où ils sont le mieux payés tu sais. Ici on pose pas de question. Quand on sait ce qu'on sait, on apprend à aimer l'efficacité d'un petit personnel redevable.
Et qu'est-ce qu'on sait ?
Qu'ils sont pas plus cons que d'autres. En plus personne n'enquête vraiment quand un nègre se fait buter, alors bon Dieu, ce serait stupide de ne pas les employer.
Ah !…

Il acquiesça comme si son compère venait de lâcher une quelconque grande vérité philosophique. Son regard se perdit sur un passage issu de la bible catholique, citée dans une espèce de variante catholique et fascisante d'un horoscope classique. Face à lui, Roméo maugréait un peu.

Enfin c'est vraiment dommage. Maintenant que l'échelle des races est abolie ils ont moins besoin de nous. De protection. Oh ça va pas tuer les pensions, mais... Il fit un geste de main qui se voulait fataliste, et attrapa son verre pour en faire doucement tourner le contenu. Ils faisaient de bons hommes de main.

Et il éclata d'un rire gras, révoltant, auquel Leroux ne répondit même pas par un sourire. Il en avait sa claque du racisme. Partout dans ce pays, depuis son arrivée. C'était une véritable obsession. Impossible de dire si c'était lié à l'actualité politique, à la récente abolition de l'échelle des races, mais aucune conversation ne pouvait durer trop longtemps sans qu'on parle de travail de singe, d'odeur de nègre, qu'on fasse une blague, une métaphore, une comparaison, ciblant spécifiquement une minorité ethnique. Le tulpa soupira par les narines.

Te bile pas Roméo. C'est pas comme si les choses allaient vraiment changer pour eux ou pour vous.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Qu'ils vont pas sortit du ghetto du jour au lendemain. Elles ont de beaux jours devant elles, vos pensions. Moi je pense que t'auras le temps de finir ta carrière avant qu'il ne faille trouver de nouveaux gorilles.

Il marqua un temps. Gorilles. Le terme était discutable, dans ce contexte, mais eut au moins le méride d'arracher un franc sourire à son contact. Leroux replia son journal et le posa sur un bord de la table.

Bon. C'est sûr, comme endroit ?
C'est pas mal. Il se pencha un peu en arrière, jetant un regard au comptoir où s'était installée une jeune. Et j'ai aussi des trucs à y faire.
Ici ?
Ouais.

Le voyou se redressa et fixa Leroux, qui commençait à franchement tirer la gueule.

Et t'as pas peur que les gens parlent ? Si tu fais une bêtise y pourrait m'arriver des broutilles tu sais.
C'est bon. Il leva la main et l’abattit dans le vide, comme pour lui dire de lâcher l'affaire. Leroux acquiesça un peu. Roméo aussi avait sa réputation. L'un des meilleurs, sinon le meilleur dans le Milieu. Mais aussi un gros casse-couille. Il fallait faire avec.
Ce mec on peut vous aider à le retrouver, et pour le prix convenu.
Discrètement ?
Discrètement.
Et tu m'assures que les types du haut marcheront ?
Si tu alignes la monnaie, moi je peux jouer sur mes contacts et les faveurs qu'on me doit. Les types « du haut », comme tu dis, ils danseraient si je leur demandais. Il referma fermement sa main face à son visage et afficha un sourire vicelard. Je les tiens comme ça. Comme ça tu vois ?
Bon, si tu le dis.

Il acquiesça pour lui signifier que le concernant l'affaire était conclue. Il évitait pour autant de montrer le moindre enthousiasme. Tant par professionnalisme que pas pure disposition de personnalité ; Face à lui, Roméo acquiesçait.

Je vais te présenter aux autres. Tu pourras leur expliquer tous les détails.
Tu ne peux pas le faire pour moi ?
Habituellement les types qui vont vers nous sont du genre culs serrés. Ils aiment bien tout contrôler. Mais si tu veux que je les briefs pour ton compte…

Roméo leva les mains pour indiquer que ce n'était pas son problème. Comme Leroux sentait qu'il mourrait d'envie de se lever, il vida son verre et le prit de court.

Je te ferais passer une valise avec tout ce qu'il vous faut.
Tu veux pas rester ? Tu vas manquer un truc amusant.
Je ne suis pas sûr de vouloir être là quand ça aura lieu.

Leroux haussa un peu les épaules. Roméo lui sourit.

C'est toi qui vois mon ami.

Puis il se dirigea vers l'arrière-salle, attrapa le type au cigare par l'épaule et dégaina une arme pour tenir les deux gardes du corps à distance. Leroux entendit distinctement son collègue leur expliquer que personne n'enquêterait sur la mort de deux « nègres », avant de pousser le gros à l'écart. Le tulpa attrapa son journal et s'éloigna. Il n'avait pas besoin de rester pour savoir comment ça allait se finir. Autour de lui, certains clients s'alarmaient et se dirigeaient vers la sortie pendant que d'autres, les habitués, ceux qui étaient initiés au Milieu voir bien intégrés à son jeu mortifère, se contentaient de grogner, de maugréer dans leurs barbes. Plus possible de boire un canon tranquille, il fallait que des types viennent régler leurs comptes en public, s'humilier pour faire passer le message. Foutus connards de mafieux.

Au moins, se dit Leroux, ils n'avaient pas tort sur un point. S'il y avait un mort, personne n'appellerait la police. Personne ne voulait d'une enquête dans le secteur, et il aurait été très improbable que des gardiens de la paix fassent le déplacement pour ce qui serait sans doute noté, par défaut, comme un quelconque crime intracommunautaire. Pour ça aussi, le Milieu pouvait remercier le racisme systématique de l’État.

Quand il eut descendu les marches de Chez Manfred et passé la porte séparant le café de la rue, l'agent secret pris une grande inspiration et soupira. Il regarda sa montre. Il avait le temps de manger un bout avant la prochaine étape de sa soirée.

Foutue pays de merde. Il détestait vraiment ce qu'il faisait ici.
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