29/08/2005
19:15:15
Index du forum Continents Eurysie Walserreich

Médias Walserreichiens - Page 3

3306
bannière

LA MAJORITE PLUS UN SUFFIT-ELLE ?
LA CDU RELANCE LE DEBAT SUR LA DEMOCRATIE WALSERREICHIENNE



AS

Edda Steinwald, la présidente de la Christliche Demokratische Union (CDU) n’a décidément plus aucune idée pour faire parler d’elle. Désireuse de ne pas se faire oublier dans l’ombre de ses deux partenaires de coalitions, le Nazionaldemokratische Partei (NP) et l’Agrarpartei (AP), elle tente tant bien que mal de faire parler d’elle et d’essayer de faire imaginer qu’il y a encore de la vie au sein de son parti. Il s’agit toutefois, à n’en pas douter, d’une tromperie d’une rare grossièreté. Hier, à la Diète, alors même qu’elle n’avait qu’un temps de parole limité, elle a été prise à parti par un membre de l’opposition (le député Frederik Lindkvist – Volkspartei) qui a rappelé qu’elle avait coupé court trop violemment au débat quant à la tenue du référendum sur l’augmentation du budget de la défense qui, rappelons-le, a été remporté par ceux qui l’avaient proposé. Toutefois, loin de se démonter, Edda Steinwald a fait preuve d’une rare assurance et a affirmé qu’elle n’était pas opposée à ce que l’acceptation d’une loi, d’un référendum ou d’un quelconque verdict juridique, ne se fasse plus à partir du moment où la majorité +1 s’était exprimée en sa faveur mais au moment où trois cinquièmes des voix, c’est-à-dire 60%, étaient atteints. Un étrange brouhaha d’approbation traversa la Diète ; chacun approuvait une face différente de cette proposition. Les membres de la coalition voyaient là une dangereuse arme qu’Edda Steinwald pourrait donner à leurs ennemis de l’opposition (la majorité coalisée à la Diète reste sous les 60%) et s’accordaient ainsi pour une certaine méfiance envers la Présidente de la Diète. Sur les bancs de l’opposition, à l’inverse, c’était une approbation du type « Chiche ? » qui s’était fait entendre, comme si Steinwald leur avait subitement accordé le doublement de leur temps de parole.

A l’heure actuelle, aucune proposition ni aucune loi quelconque ne semble se diriger vers une modification du seuil électoral de validité. Toutefois, une source proche du groupe parlementaire du Linkepartei affirme que certains députés de ce parti seraient en train de rédiger un court texte de loi visant précisément à accorder à certains niveaux administratifs (notamment aux tribunaux et assemblées municipales) la possibilité de rehausser leur seuil de validité de 50 à 60%. Les arguments avancés apparaissent convaincants aux yeux de tous ; plus de démocratie, plus de consensus, plus de dialogues, plus d’argumentations, plus de chances de mettre tout le monde d’accord etc. Toutefois, une foule d’arguments s’oppose strictement à une telle modification profonde de la teneur de la vie politique walserreichienne : nécessité de mettre en place tout un dispositif législatif de prévision au cas où le seuil ne serait atteint par aucun des camps, « blablacratie » insupportable etc. Le mieux étant l’ennemi du bien, selon les opposants à cette proposition jetée en l’air par inadvertance par Steinwald, il fallait s’en tenir à un système traditionnel, celui qui est présentement utilisé, pour garantir l’intégrité et la solidité de toutes les fonctions politiques et institutionnelles de la Bundesrepublik.

Toutefois, il n’est pas impossible de voir là un véritable signe de détresse dans les yeux de Steinwald. Des trois partis de la coalition, le sien est celui qui a obtenu le score le plus faible et n’est déjà plus depuis quelques années que le faire-valoir du parti conservateur actuellement au pouvoir qui l’a depuis longtemps satellité. Si c’est par ce genre de dérapages contrôlés que Steinwald entend se faire une place dans le nouvel échiquier politique, sa survie est peut-être sérieusement mise en danger.
8278
drapeau

INTERVIEW EXCLUSIVE DE SVEA JOHANSSON (LINKEPARTEI)
L’AVENIR OU LE PASSE DU LINKEPARTEI ?


sce

Journaliste : Madame Johansson, Guten Abend.

Svea Johansson : Guten Abend.

Journaliste : Je suis ravi de vous recevoir pour cet interview qui sera dans les colonnes du Freie Mann dès demain. Bien que nous ayons largement entendu parler de vous récemment, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Svea Johansson : Eh bien, je siège à la Diète en tant que représentante d’une circonscription urbaine de Sällen, sous l’étiquette du Linkepartei, que j’ai rejoint quand j’avais vingt ans, c’est-à-dire il y bientôt dix ans.

Journaliste : Sans indiscrétion aucune, je crois avoir bien calculé que vous allez avoir trente ans cette année. Cela fait de vous une très jeune députée, presque aussi jeune que la secrétaire générale de votre parti, Hannah Drexler, qui n’a pas trente-cinq ans. Vous incarnez le visage jeune et neuf du Linkepartei ?

Svea Johansson : Je ne suis pas sûre que l’on puisse dire qu’Hannah et moi représentons un seul et même visage, mais notre jeune âge, si c’est là que vous voulez en venir, est plutôt le reflet d’un électorat jeune, dynamique et ambitieux, qui est le nôtre, et que nous représentons chacune à notre manière.

Journaliste : Vous paraissez assez frileuse, et même agacée, quand je vous mets côte-à-côte avec Hannah Drexler, qui est pourtant votre chef, votre boss, n’est-ce pas ? Je ne me cacherai pas derrière mon petit doigt, vous saviez de toute façon, en acceptant de me rencontrer, où irait cet interview. Que s’est-il passé l’autre soir ?

Svea Johansson : Vous imaginez bien que si la jauge de journaliste a été sévèrement tenue, c’était pour une raison. C’était un congrès interne à notre parti, nous ne nous attendions pas à ce que les égouts se déversent sur la scène publique, on s’en serait bien passé.

Journaliste : Cela dit, c’est fait, et vous n’avez pas répondu.

Svea Johansson : Vous êtes trop impatient pour être Walserreichien, vous, non ?

Journaliste : Curieux en ce qui concerne la scène politique de mon pays, je dirais plutôt. Ce n’est pas du commérage, mais maintenant que vous êtes là et qu’il semblerait que vous étiez à la racine de ce qui s’est passé, j’aurais été un mauvais journaliste de ne pas vous demander quelques précisions, celles que vous voulez.

Svea Johansson : Bon. Il y a eu deux désaccords profonds qui ont miné nos discussions et provoqué ce que les Anglo-saxons appellent des « clashs », dont j’ai été, c’est vrai, l’un des protagonistes. Le premier réside dans notre position vis-à-vis du Volkspartei. Il ne vous a pas échappé que ce parti, incarné par sa secrétaire générale Angela Schutzbaum, a eu des mots très durs et très insultants à l’encontre du Linkepartei récemment. Aux dernières élections fédérales, après les deux mandats du Chancelier Stutzberg, le Volkspartei a fait un score plus que moyen qui, à mon avis, remet en cause son leadership de la gauche. Et malgré cela, ce parti s’est permis de s’en prendre à son meilleur –et presque seul- allié, c’est-à-dire nous, le Linkepartei, en lui demandant de rester dans le rang en attendant qu’il définisse une ligne pour les prochaines élections. C’est un comportement que j’ai jugé détestable : quand on se plante aux élections, on se retire, on se couvre la tête de cendres et on réfléchit. On n’essaie pas de bander des muscles qu’on a perdus comme un père qui s’est fait faire une vasectomie et qui cherche ensuite à singer une autorité virile sur ses enfants. Ce n’est pas une relation saine entre deux alliés politiques.

Journaliste : Fort bien, c’est du bon sens, mais où est le problème alors ? En quoi cela a-t-il provoqué un tollé au sein du Linkepartei ?

Svea Johansson : Deux camps se sont dessinés suite à ces déclarations. Le premier s’est immédiatement rangé derrière Angela Schutzbaum et a demandé une réunion des états-majors des deux partis pour définir une ligne commune pour les élections régionales qui auront lieu dans quelques semaines maintenant. Et là… l’orage a commencé à gronder au loin, car nous nous sommes vite aperçus dans la salle que les personnes qui étaient de cet avis n’étaient pas si nombreuses que ça. Schutzbaum a délibérément ignoré le problème et a continué comme si de rien n’était. Ce fut sa première erreur.

Journaliste : Pourquoi ne pas l’avoir interrompue là pour régler cette question avant qu’elle ne s’infecte ?

Svea Johansson : Nous avons essayé de demander la parole mais elle nous a été refusée. Il était supposé que cette question ne devait pas souffrir de contradictions, car la réponse donnée était celle qui avait été formulée les dernières décennies, mais nous pensions justement que le moment était venu de remettre ce dogme en question.

Journaliste : Qui ça « nous » ?

Svea Johansson : Des députés du Linkepartei et de nombreuses petites-mains du parti qui font tourner la machine depuis des années sans avoir leur mot à dire depuis longtemps.

Journaliste : Et qu’auriez-vous préféré ?

Svea Johansson : Une séparation nette avec le Volkspartei. C’est brutal, je sais, mais je ne vois pas pourquoi nous devrions rester attachés à un cadavre qui est en train de tomber. Stutzberg a tué la social-démocratie walserreichienne, et il était du Volkspartei, il n’a jamais écouté les recommandations de leurs alliés, c’est-à-dire nous, et n’a pas cessé de diminuer notre rôle au sein de la coalition, jusqu’à nous réduire à un satellite grotesque. Il nous faut sortir de ce rôle et reconstruire notre propre identité politique qui est, je le rappelle, différente du social-libéralisme du Volkspartei.

Journaliste : Vous êtes particulièrement dure à l’encontre du Volkspartei. Il a fait des efforts après la fin de huit années de Stutzberg, la nomination d’Anglea Schutzbaum en est une preuve.

Svea Johansson : Tout changer pour ne rien changer. Qu’a apporté Angela Schutzbaum ? A part maintenir les meubles en place et les lustrer un peu ? Rien, absolument rien. Elle n’a rien proposé de neuf et n’a voulu que prolonger les courbes en resserrant un pouvoir qu’elle sentait glisser entre ses mains.

Journaliste : C’est votre avis bien, on a bien compris que la position vis-à-vis du Volkspartei a été la première ligne de rupture de ce fameux Congrès. Vous avez parlé d’une seconde. Quelle est-elle ?

Svea Johansson : Elle est une conséquence de la première, comme si cette dernière avait allumé le petit feu de tourbière qui a jailli ensuite. La seconde ligne de rupture est selon moi la plus grave : la redéfinition de notre ligne politique. Pour moi, en se séparant du Volkspartei, nous devons aussi renier son social-libéralisme et recréer une offre politique de gauche populaire.

Journaliste : La gauche populaire ? Ca fait longtemps que nous n’avons plus entendu cela, que pouvez-vous en dire ?

Svea Johansson : Je crois que ce travail commence par élaguer les branches qui parasitent l’arbre de la gauche. J’entends par là d’un côté les libéraux du Volkspartei et de l’autre, les libertaires du SGP (Sozialitsichegerichtigkeit Partei). Si notre base est jeune et populaire, nous ne devons ni nous engouffrer dans un libéralisme suranné ni nous précipiter dans un progressisme délirant, les deux vont totalement à l’encontre des valeurs chrétiennes de notre nation.

Journaliste : Chrétiennes ? Vous parlez de chrétiens, vous ?

Svea Johansson : Et pourquoi pas ?

Journaliste : Ce ne sont pas des termes qu’on entend souvent au Linkepartei, pas plus qu’au Volkspartei, et le SGP je n’en parle pas même pas.

Svea Johansson : Notre nation fut pourtant fondée sur des valeurs chrétiennes et même ceux qui ont abandonné la foi sont aujourd’hui sensibles aux thématiques qui sont les siennes, c’est-à-dire la charité, le libre-arbitre, l’ordre, la paix et le respect de chacun. Il n’y a aucun sens à se couper d’un héritage qui irrigue toute notre société. Si je voulais être cynique, je dirais même que ce serait une erreur politique de ne pas profiter d’un tel avantage, mais j’ajouterai à cela qu’il faut faire preuve d’intégrité et d’honnêteté, ce qui manque aujourd’hui au sein du Linkepartei, et croyez-bien que je le regrette. C’est toutefois une ligne gagnante en politique mais aussi juste et honnête pour le respect de l’âme de notre nation.

Journaliste : Et comment réconcilier la gauche que vous représentez au sein du Linkepartei avec ces valeurs chrétiennes ?

Svea Johansson : Par le peuple, et par une redéfinition de notre ligne politique. J’entends par là un retour au peuple, un retour aux racines culturelles de notre nation par une meilleure écoute des préoccupations de notre peuple. Je prends deux exemples ; personne ne demande une plus grande libéralisation de nos services publics, alors pourquoi le faire ? Et pourquoi en faire moins si le statut quo plait ? Second exemple : qui s’intéresse aux droits des minorités sexuelles ? Celles-ci se voient déjà garantir tous les droits humains fondamentaux au Walserreich, le reste n’est que futilité progressiste moderne qui ne doit pas encombrer la gauche que nous représentons. Nous devons nous concentrer sur nos idées fondamentales : participation populaire, démocratie de proximité, mutualisme, défense des droits fondamentaux, respect de notre environnement et protection des nôtres avant les autres. C’est la ligne que j’entends défendre prochainement lors des élections régionales et que je soumettrai au Linkepartei.

Journaliste : Et si la tête pensante de votre parti ne vous écoute pas ?

Svea Johansson : Nous en tirerons les conséquences. Mais la grogne est grandissante, il serait bien idiot d’ignorer notre voix.

Journaliste : C’est-à-dire ?

Svea Johansson : A bon entendeur.
5833
bannière

LA CAMPAGNE DES REGIONALES OFFICIELLEMENT LANCEE
ETATS DES LIEUX, ESPOIRS ET DIFFICULTES



AS

La campagne des régionales est officiellement lancée et se tiendra dans exactement trois mois. Juridiquement, cela signifie que chaque parti a désormais un temps de parole identique et peut intervenir équitablement sur la chaîne du service publique. Toutefois, ce qui est réellement dans le collimateur des experts politiques, c’est la répartition des partis au sein de chaque Land. En effet, tous les partis n’ont pas les moyens –financiers et sociologiques- de présenter une liste dans chacun des douze Länder. Avant de considérer ce point, il faut rappeler le fonctionnement d’un Land. Dans une Bundesrepublik (République Fédérale) comme le Walserreich, chaque Land est dans une certaine mesure une version réduite de la Republik. Cela signifie que les citoyens doivent élire une Diète régionale, que l’on appelle « Landtag », composé d’un nombre variable de membres selon le Land, allant du simple au quadruple selon la population de chaque Land, et ce Landtag doit ensuite élire un gouvernement régional. Toutefois, aucun « chancelier régional » n’est élu, bien que le ministre de l’ordre (équivalent régional du Ministre de l’Intérieur fédéral) est parfois appelé « ministre en chef », fait partie de la majorité du Landtag, et représente le Land devant le gouvernement fédéral. Il peut arriver que le « ministre en chef » ne soit pas de la majorité, mais la jurisprudence déconseille fortement ce cas de figure, qui a donné lieu à des cacophonies politiques monstrueuses dans le passé.

L’Alliance Nationale Démocratique, la Christlich Demokratische Union et le Volkspartei sont les trois seuls partis qui présenteront une liste dans chacun des douze Land. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Sozialistichgerichtigkeit Partei (SGP) est le quatrième parti en termes de présence politique. Il présentera dix listes ; seuls le Kupferland et l’Holzland (respectivement 4 et 5 sur la carte) lui demeurent hermétiquement fermés et c’est de toute façon dans ces états que le SGP réalise ses scores les plus mauvais. Le Linkepartei suit la liste et se présentera dans neuf états ; seuls le Kupferland et l’Holzland, décidément ancrés à droite, lui seront fermés, ainsi que le Suhlingen, plus par manque de moyens qu’autre chose. L’augmentation du nombre de cadres catholiques au sein du Linkepartei aurait pu faire croire à une implantation du parti dans le Suhlingen, mais il n’en fut rien. Les autres partis jouissent d’un ancrage régional assez fort, qui explique souvent leurs très bons scores à ces élections et les scores moyens qu’ils obtiennent aux élections fédérales. Ainsi, l’Agrarpartei ne se présente pas dans les territoires suédophones (11 et 12 ; Sonderland et Nörteborg), ainsi qu’à Gütthaven (7) et dans le Saalhausen (10). Les autres partis sont particulièrement locaux : c’est le cas des Kinder des Herrn, présents uniquement dans le Saalhausen (10), les territoires suédois (Nörteborg et Sonderland) et cette année à Westerburg (1). La Walserreich Kreuz, quant à elle, est uniquement présente dans les trois grands états centraux, Wartberg, Kupferland et Holzland (3, 4 et 5), décide généralement de ne pas s’étendre afin de concentrer ses efforts dans ces Länder.

La coalition gouvernementale National-Demokratische Partei, Agrarpartei et Christlich Demokratische Union (NP-AP-CDU) a choisi de présenter ses listes séparément mais a publiquement annoncé qu’elle renouvellerait au niveau régional la coalition construite au niveau fédéral. Toutefois, s’il y a bien un parti dont il faudra regarder de près le score, c’est l’Agrarpartei, qui a réussi à exploser ses scores l’Holzland et qui a débuté aux dernières élections fédérales une percée prometteuse dans le Kupferland et le Wartberg. La victoire du référendum proposé par le président du parti, Friedrich Wolffhart, sur l’augmentation du budget de la défense, est probablement un indicateur très positif pour le parti agrarien. Les estimations attendues pour le NP et la CDU sont moins prometteuses mais loin d’être mauvaises. Aucun obstacle ne s’étant frontalement opposé à la coalition depuis son accession au pouvoir, ni aucun scandale d’une quelconque ampleur, aucune tollé n’est à attendre, et il semblerait même que la CDU se maintienne plutôt bien dans ses fiefs traditionnels du Nord et de l’Ouest.

En ce qui concerne l’opposition de gauche, Volkspartei et Linkepartei, la situation est beaucoup plus tendue. Alors que de profondes divisions internes lézardent l’édifice déjà fragile du Linkepartei, il semble que les relations très bancales avec le Volkspartei ne conduiraient pas à une victoire éclatante de la gauche à ces élections. Toutefois, Angela Schutzbaum et Hannah Drexler se seraient téléphonées et auraient décidé d’annoncer publiquement leur alliance au sein d’une habituelle coalition sociale-démocrate pour les élections régionales, nous devrions être fixés dans les jours à venir. Toutefois, d’autres sources internes évoquent un rattachement du SGP à cette coalition, en échange de quelques compromissions sur des sujets difficiles, sur lesquels le secrétaire général du SGP, Ralf Schulz, devrait pouvoir compter pour obtenir la tête de Gütthaven, largement à sa portée en cas de coalition social-démocrate. Toutefois, l’alliance avec le SGP pourrait aussi faire reculer les sociaux-démocrates dans d’autres Länder. Les deux Länder à surveiller seront les deux du Nord, Sonderland et Nörteborg, où le Linkepartei ne cesse de progresser et pourrait bientôt surpasser le Volkspartei et ainsi exiger une meilleure représentation au sein des coalitions qu’ils constituent ensemble.

Les petits partis sont les vrais vainqueurs des régionales, car ils s’appuient généralement sur des réseaux locaux qui sont très solides pour gagner des petites voix mais trop faibles pour porter un mouvement national. Ainsi, les Kinder des Herrn n’ont aucune prétention nationale, et ne l’ont jamais revendiquée de toute manière, et l’archevêque Siedentopp semble bien décidé à mener une campagne sérieuse en Sallhausen pour espérer augmenter son nombre de députés dans ce puissant Landtag. Quant à la Walserreich Kreuz, elle est particulièrement observée par les politologues, car cela fait des années qu’elle travaille au corps de nombreux districts et les dernières régionales avaient fait du parti l’un des premiers dans un nombre grandissant de districts, lui donnant même accès à certains Landtag. Si la tendance se confirme, alors il sera intéressant de voir comment, en certains endroits, la Walserreich Kreuz s’imposerait comme un allié aussi potentiel qu’indispensable.
3989
bannière

L’AGRAPARTEI DEBUTE SA CAMPAGNE POUR LES REGIONALES
LE MINISTRE WOLFFHART DANS SON FIEF



AS

La coalition gouvernementale NP-AP-CDU s’est lancée pour objectifs de conserver ses fiefs et de gagner au moins deux Länder supplémentaires, ce qui serait assez exceptionnel, mais les bons résultats du Chancelier Hammerthal (NP) ne devraient pas poser de problèmes majeurs, et au contraire profiter largement à une coalition solide, parfois trop vite accusée d’attentisme. Nos sources au sein de l’état-major de la coalition font état d’une stratégie assez inédite. Dans les rangs de la gauche social-démocrate de Stutzberg, la stratégie consistait à unir les deux ou trois partis à tous les niveaux, y compris régionales, pour former un bloc puissant mais lourd capable d’écraser toute opposition. Les Coalisés ont choisi une nouvelle stratégie, plus féodale, plus souple, et peut-être plus risquée : se répartir savamment les fiefs à remporter. Le Sud du pays est terre à conquérir pour l’Agrarpartei, le Nord pour le Nazionaldemokratische Partei, tandis que la Christlich-Demokratische Union servira de force d’appoint, dans le Sud pour les zones urbaines, et dans le Nord pour les zones à plus forte tendance religieuse. S’il fallait une preuve supplémentaire que la CDU d’Edda Steinwald est en train d’être écarté et sérieusement satellisé par ses partenaires de coalition, nous l’avons sous les yeux.

Il y a cependant un autre point qui vient d’apparaître, c’est la motivation et le dynamisme de l’Agrarpartei. Il n’était pas forcément prévu que le parti fasse des scores si excellents aux dernières élections nationales, et son entrée dans la coalition gouvernementale fut une surprise pour beaucoup, et nombreux sont ceux qui ont du mal à saisir la puissance de cette lame de fond, d’autant plus que personne ne sait où elle s’arrêtera… si elle s’arrêtera. Pendant les deux premières années du règne du Friedrich Wolffhart, le président du parti, au Ministère de la Défense, l’Agrarpartei a été le militant principal d’un projet de loi visant à augmenter le budget de la défense et qui fut massivement remporté par le Ministre, positionnant son parti sur une intéressante rampe de lancement, et il reste maintenant à savoir comment il va capitaliser sur un tel acte. Les régionales, et il l’a bien compris, seront une des épreuves majeures à passer et c’est la raison pour laquelle il s’est précipité dans son fief, dans l’Holzland, au Sud du pays, pour débuter une vaste opération séduction. Il semblerait que son objectif ne soit pas forcément de reproduire à l’échelle du Land la coalition nationale, mais plutôt d’obtenir une majorité absolue pour régner seul et continuer à faire ses preuves. La CDU lui emboîte par ailleurs le pas avec une étonnante docilité dans ce Land-là, comprenant certainement qu’aucune victoire n’y sera possible sans le soutien massif de l’Agrarpartei : la CDU n’a pas ici une plus grande ambition que celle de ramasser les miettes. La cité d’Hallenstatt, déjà bien acquise au parti, n’a été que la première étape du voyage électoral de Wolffhart, qui se trouve désormais à Kitzbirn, dans le Nord du pays, où demeurent de grosses poches catholiques et suédoises résistants à la poussée violente de l’Agrarpartei. Cependant, les plans de campagne qui nous sont parvenus témoignent aussi d’une ambition croissante du Ministre de la Défense : celui-ci entend faire déborder sa campagne, non pas à Gütthaven, où il sait bien qu’il ne gagnera rien, mais dans le Kupferland, où son influence ne cesse de croître auprès d’un électorat ouvrier et attentif aux sujets de prédilection de l’Agrarpartei.

Quelque chose doit être signalé, c’est l’implantation progressive du parti dans les Länder suédophones du Nord et dans le Nisnau-Wemar. Dans les premiers, il trouve un électorat populaire, désireux d’un certain détachement avec le centre politique et administratif centrifuge, et attentif à une certaine rectitude morale que le personnage incarne parfois jusqu’à la lie. Dans le Nisnau-Wemar, la situation est différente : Land jeune et dynamique, centré sur la R&D, il circule dans les couloirs des bruits selon lesquels Wolffhart n’hésiterait pas à approcher des mouvements écologistes et futuristes, dits « écoloptimistes », puissants dans les campus, pour construire avec eux une plateforme de dialogue et de débat pouvant, pourquoi pas, déboucher sur une alliance politique au niveau local. Il est peut-être vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’argent, de politesse et de belle-gueules dans l’Agrarpartei, mais des idées, ça, il y en a !
3656
drapeau

LE VOLKSPARTEI NE FERA PAS CAVALIER SEUL AUX REGIONALES
LA GAUCHE PAS SI DIVISEE QUE CA ?


VoP

Angela Schutzbaum, présidente du Volkspartei

La grande question qui secouait les commentateurs était celle de la stratégie qu’allaient choisir les différents acteurs de la gauche social-démocrate aux élections régionales à venir. Allait-elle demeurer relativement divisée ou au contraire allait-elle chercher à former des coalitions comme celle qui la maintint au pouvoir pendant huit ans ? La réponse est tombée : ni l’une ni l’autre, et les deux à la fois.

Les secousses qui ont agité le Linkepartei portaient à la fois sur sa ligne politique et sur ses relations avec le Volkspartei, dont certains au sein du parti trouvaient qu’il y avait une relation de subordination passablement insupportable. Toutefois, les dissensions sont arrivées trop tard au sein du parti pour qu’il y ait une scission violente avant les élections et trop tard pour que les problèmes soient réglés en interne. Ainsi, le Linkepartei a décidé de régler chacune de ses investitures au cas par cas : toutes les investitures étaient déjà données depuis plusieurs semaines, et elles ont été confirmées par le bureau central du parti. Toutefois, une stratégie féodale a été adoptée dans le but de reporter à plus tard les problèmes internes du parti : que chaque candidat, selon la situation du Land, choisisse s’il entre en coalition ou pas avec l’un ou l’autre parti. Certains ont déjà annoncés ce qu’ils feraient : dans les Länder du Sud et de l’Outre-Mer, les candidats du Linkepartei sont plutôt de la tendance dissidente qui s’est rebellée récemment, et il est fort à parier qu’ils maintiendront une position de défiance par rapport au Volkspartei en refusant de s’allier à lui. Dans les autres Länder, la ligne traditionnelle, incarnée par Hannah Drexler, devrait être maintenue, à savoir une alliance avec le Volkspartei, au grand dam d’une vaste portion d’un électorat qui étouffe sous les conventions habituelles du parti.

Quant au Volkspartei, il maintient sa position de navire-amiral de la gauche et attend bien sagement que l’on vienne à lui. C’est déjà le cas pour le Sozialistischegerichitigkeit Partei (SGP), le parti marxiste LGBT, qui a annoncé son alliance avec le Volkspartei dans plusieurs Länder où la gauche semble en difficulté, ce qui est en soi déjà arrogant de supposer qu’une alliance avec un parti homosexuel et communiste dans un pays puritain soit une façon de progresser dans les sondages. Toutefois, dans certains Länder, ça pourrait s’avérer décisif si la coalition gouvernementale ne parvient pas à réitérer ses exploits des élections fédérales. Il faut d’ailleurs rappeler que les élections régionales sont souvent les élections des petits partis, celles où ces derniers réalisent leurs meilleurs scores. En soi, c’est une bonne nouvelle pour la gauche, car les petits partis (La Croix du Walserreich, Les Enfants du Seigneur) visent des électorats très spécifiques qui votent principalement à droite, et la grande crainte des partis de droite est précisément l’émiettement du vote conservateur, d’autant plus que les petits partis en question risqueraient de profiter de leur position de force pour forcer des coalitions ou au contraire imposer de lourdes conditions sous le menace de faire gagner la gauche voire de faire alliance avec elle sans condition. La menace de la droite dure, ironiquement, pourrait amener non pas à un excellent score de la gauche, mais à une situation politique qui lui serait favorable.

Ayant remarqué cet état de fait, le mot qui circule à gauche est de ne pas s’attaquer trop violemment aux petits partis de droite mais de concentrer les attaques sur le Nationaldemokratische Partei et dans une moindre mesure sur la CDU (Christliche Demokratische Union) où celle-ci est encore assez puissante, c’est-à-dire principalement dans les Länder de l’Est. Ainsi, une fois passées en revue toutes les opportunités de la gauche à ces élections, on en arrive à la conclusion que rien n’est joué et qu’en jouant finement, avec un facteur hasard bien orienté, elle peut parfaitement s’en sortir sans trop subir le contrecoup de ses dissensions internes, qu’une victoire pourrait régler d’un coup.
3976
bannière

JANA ROSENHIRSCH FANFARONNE DEJA
L’EXTRÊME DROITE TRES HAUTE DANS LES SONDAGES



AS

Jana Rosenhirsch, présidente de la Croix du Walserreich

Les historiens se sont longtemps écharpés sur la question de l’extrême-droite au Walserreich. Celle-ci, à proprement parler, n’a jamais été au pouvoir, en dehors de son intégration dans quelques coalitions où sa présence était anecdotique, pour permettre à un parti majoritaire d’assoir une ribambelle de partis suffisants pour arracher le pouvoir, au prix de concessions souvent relatives et peu importantes. Toutefois, les dissolutions successives de certains mouvements qui avaient basculé dans la violence n’a pas enrayé la progression de certains partis qui proposent toute une série de solutions pour des problèmes qui stagnent depuis de trop nombreuses décennies dans la société walserreichienne : on peut entendre par là à la fois l’insécurité grandissante dans certaines grandes villes, les revendications de plus en plus fortes des minorités ethniques, notamment suédophones, ou encore la chute des valeurs morales au sein d’une jeunesse en perte de repère que le clergé, catholique comme protestante, n’arrive plus à attirer au sein des Eglises comme avant. Et c’est là le premier point qu’il faut comprendre pour saisir la stratégie de la Croix du Walserreich, parti de « droite radicale », comme il préfère s’appeler ; pallier le vide spirituel laissé par l’effacement d’un clergé trop timide par une exaltation de valeurs saintes et sacrées nationales et sociales. Souvent, quand des critiques se lèvent contre l’extrême-droite, les représentants de cette dernière répondent qu’ils ne font que combler un trou bien plus large et profond qu’on ne veut bien l’admettre, ce qui n’est peut-être pas entièrement faux, si tant est que l’on veuille faire preuve de suffisamment d’honnêteté intellectuelle. Or, et le point est crucial ici ; les facteurs qui poussent l’extrême droite tendent à s’accroître aujourd’hui. Les délices décadents de Gütthaven attirent de plus en plus de monde, les églises s’embourbent de plus en plus et les minorités agissent de plus en plus fort dans les institutions.

C’est ainsi que Jana Rosenhirsch, la sémillante et active présidente de la Walserreich Kreuz, ne cache pas sa joie et son optimisme franchement malvenu à quelques semaines des élections. Bien que son parti ne soit présent que dans les états centraux, elle affirme que le score qu’il obtiendra « va étonner tout le monde » et « mettra enfin sur la table les vrais sujets qu’il nous faut résoudre avant d’entrer dans des considérations politiques plus sérieuses ». Elle n’a jamais répondu ouvertement à la question d’une potentielle coalition, que ce soit au niveau local ou régional. Elle a cependant déclaré très clairement qu’elle ne se ferme aucune porte, car le bien national et populaire surpasse largement les querelles de partis. Ici repose toute la puissance de la nouvelle président Rosenhirsch face à ses prédécesseurs, qui jouaient la carte d’un sectarisme rigide et fermé, peu populaire au Walserreich. En effet, Rosenhirsch se place à égale distance du catholicisme et du protestantisme et accepte dans ses rangs des représentants des deux religions sans aucune difficulté. Ensuite, elle ne se positionne ni en faveur d’un grand parti ou d’un autre mais dira toujours préférer « la bonne idée à la mauvaise, peu importe son origine sur l’échiquier politique ». Cette position intelligente et raisonnée plaît aux Walserreichiens. Alors que seulement 37% de ces derniers voyaient la Croix du Walserreich comme un parti « normal » il y a dix ans, ils sont plus de 68% aujourd’hui, et Jana Rosenhirsch est la principale responsable d’un tel basculement, sans renier une seule des idées principales défendues par son camp, ce qui la rend populaire et sa place incontestable. Un second moteur est sa popularité auprès des jeunes ; une jeunesse rurale et populaire qui voit son monde se déliter se tourne naturellement vers un parti innovant et dynamique.

Ce dynamisme est on ne peut plus ancré dans le militantisme de la Croix. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit de l’un des partis qui possède le réseau le plus solide et le plus puissant au niveau local –sans qu’il ne soit assez vaste pour avoir des ambitions nationales- et c’est sur ce tissu qu’il s’appuiera aux prochaines élections régionales pour engranger un maximum de voix et faire attendre son message dans l’un ou l’autre Landtag et gagner alors un point de crédibilité supplémentaire, espère-t-il, dans l’esprit des Walserreichiens.
3995
drapeau

RALF SCHULZ CROIT AUX DROITS LGBTQIA+ AU WALSERREICH
LE SOZIALISTICHGERICHTIGKEIT PARTEI SUR LE SENTIER DE LA GAY-RRE


VoP

Ralf Schulz, secrétaire général du Sozialistichgerichtigkeit Partei (SGP)

Il n’étonnera peut-être personne, et surtout pas les commentateurs internationaux, de constater la faiblesse des droits des LGBTQIA+ au Walserreich. En effet, bien que le libéralisme et l’isonomie stricte du pays leur permettent une vie tout à fait décente, les minorités sexuelles de la Bundesrepublik ne peuvent ni se marier, ni adopter d’enfants et certains Länder disposent encore de loi leur interdisant de s’exposer en public (baisers, prises de main etc.), ce que les critiques aiment à rappeler en oubliant allègrement que les couples hétérosexuels, par habitude, ne font pas cela non plus. L’exhibition des sentiments amoureux sur la place publique est un tabou walserreichien qui s’étend à toutes les personnes, peu importe les préférences sexuelles. Toutefois, cette décontextualisation a permis à de nombreux groupes peu honnêtes de faire leur choux gras de la Bundesrepublik chrétienne réactionnaire et homophobe, sans même prendre le temps de constater la faiblesse de la criminalité dite « homophobe » sur le territoire. Personne ne prend même le temps de constater la liberté dont jouissent les couples souhaitant exprimer publiquement leur amour dans les rues de la cité-Land de Gütthaven au Centre-Ouest du pays. Bref, la situation des minorités sexuelles au Walserreich s’explique bien plus par des habitues comportementales et des mœurs discrets et pudiques que par une répression contre ce qui transgresse les commandements divins. Cependant, il existe un certain nombre de droits, estiment les organisations non-gouvernementales qui s’attèlent à leurs défenses, qui ne sont pas garantis dans la Bundesrepublik : il n’est pas possible de changer de sexe, ni de refuser d’être assigné à tel ou tel « genre » ou encore d’être polygame ou polyandre, comme certains groupes –ultraminoritaires- le demandent régulièrement, déclenchant l’hilarité générale. Face à ces sujets, il n’est probablement pas hors de propos de supposer en effet qu’il existe un voile (sic) chrétien qui empêche la progression de ces directions idéologiques.

Toutefois, il existe un parti au Walserreich qui compte parmi ses priorités la reconnaissance de ces droits, à commencer par le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Il s’agit de l’ancien parti communiste, encore ouvertement marxiste, le Sozialistischegerichtigikeit Partei, dont l’orientation homosexualisante est très marquée. Son secrétaire général, Ralf Schulz, ouvertement homosexuel, ne cesse de militer pour une meilleure protection à l’égard des homosexuels qui, bien que relativement tranquilles au niveau national, se retrouvent régulièrement persécutés voire exclus de leurs familles, ce qui engendrent des drames dont peu ont idée au Walserreich. Toutefois, faire entendre sa voix au niveau national quand on est communiste dans un pays libéral est parfois difficile et Schulz a donc décidé de changer de stratégie, et c’est à ces élections que l’on verra si elle porte ses fruits. Plutôt que de tenter une coalition avec une gauche éclatée et peu sûre d’elle aux prochaines élections nationales, et plutôt que de tenter une visibilité au cœur de la Diète, Ralf Schulz propose un rabattement local afin de se faire voir par la société avant de se faire voir par les institutions, selon ses mots. Le Land dans lequel le SGP fait ses meilleurs scores est bien évidemment Gütthaven. Depuis l’abandon de l’électorat ouvrier dans les années 70, qui a largement basculé vers les partis de droite nationaliste, le SGP vise un électorat jeune, urbain, progressiste qui demande plus d’état et moins de religion dans la société, et qui donnait jusqu’alors une large partie de ses suffrages au Linkepartei. Face aux récentes tergiversations du Linkepartei, Schulz entend empiéter sur ses plates-bandes et dévorer son électorat jeune et progressiste en mettant en avant les sujets sociétaux, bien devant les sujets sociaux.

Cette stratégie peut être considérée comme frivole, c’est vrai, mais elle n’en demeure pas moins payante si l’on en croit les sondages : le SGP pourrait s’imposer comme une sorte de vote de contestation dans une large partie de l’électorat cosmopolite et laïcard de Gütthaven. Les autres Länder, où le SGP est bien présent, ne sont clairement pas dans la ligne de mire du parti. Concentrer ses forces là où les ouvertes sont nombreuses est une stratégie risquée, dont les résultats ne se feront pas attendre.
3836
bannière

L’ARCHEVÊQUE SIEDENTOPP SERA PERSONNELLEMENT CANDIDAT AUX REGIONALES
« LA MISSION DE L’EGLISE EST AU SEIN DE SON PEUPLE ET DE SA NATION »



HS

Heinrich von Siedentopp, chef du parti « Die Kinder des Herrn » et Archevêque de Kornenburg

S’il fallait une preuve supplémentaire que ces élections régionales changeront le visage de la politique walserreichienne, nous la tenons ! Le parti régional Die Kinder des Herrn (KdH, Les Enfants du Seigneur), catholique et saalhausois, sera représenté par un archevêque. Monseigneur Siedentopp a annoncé qu’il serait la tête de liste de son parti, ce qu’il n’avait jamais osé jusqu’à maitenant. L’archevêque est capable de bien des choses et n’a pas la langue dans sa poche, toutefois il n’est certainement pas un imbécile prêt à se lancer dans n’importe quelle aventure sans être sûr d’en tirer quelques marrons du feu. A-t-il vraiment des chances ?

Devenir chef du gouvernement régional, probablement pas. Les Kinder des Herrn sont souvent deuxième ou troisième parti aux élections régionales (et bon dernier aux élections nationales) dans le Land de Saalhausen, mais il a toujours été savamment évincé des coalitions car trop clivant et pas suffisamment puissant pour réellement peser dans la balance. Le Saalhausen nous a habitué à être le théâtre des pires renversements politiques du Walserreich mais de là à imaginer un parti d’intégristes catholiques au pouvoir… probablement le Nationaldemokratische Partei fera une campagne massive pour remporter cet état. En revanche, une vraie question se pose. Le NP ne peut pas gagner seul le Land. Ses deux partenaires de coalition seront sûrement aux abonnés absents ; l’Agrarpartei n’a aucune attache locale au Saalhausen, et la Christliche Demokratische Union (CDU) est en train de s’effondrer partout où elle remportait quelques marges à l’arrache… ce qui est notamment le cas du Saalhausen. Ainsi, le NP profitera certainement du recul de la CDU, mais en aucun cas ce ne saurait être suffisant pour remporter le Land. Par ailleurs, le Volkspartei se tient en embuscade : mobilisant les idées de la gauche chrétienne et émancipatrice, il vise à se refaire une beauté en remettant devant les yeux de la bourgeoisie catholique du Saalhausen l’idée d’une social-démocratie modérée et tranquille. Toutefois, les travers internes du parti et son passé anti-clérical jouent très clairement en sa défaveur. Si l’on résume la situation, la voici : tous les partis d’habitude assez solides dans le Saalhausen (CDU, VK) sont en net recul et les différences sociologiques ne permettent pas de supposer un transfert massif de ces électorats vers le NP. Une masse importante d’électeurs, souvent catholiques, se trouve alors orphelin politique.

C’est en considérant les données de ce calcul que les Kinder des Herrn estiment, probablement à juste titre, qu’ils ont une carte à jouer ; siphonner tout l’électorat orphelin d’un électorat de droite en déshérence afin de s’imposer non pas comme premier parti du Land mais au moins comme partenaire essentiel et incontournable d’une négociation de coalition, tremplin monumental pour les élections nationales. Et pour cela, il faut que l’image du parti se renforce, d’où la conduite personnelle de la campagne par l’archevêque von Siedentopp qui, à n’en pas douter, utilisera les chaires des églises catholiques pour faire passer le message. Evidemment, il n’a pas été idiot au point de détailler l’opportunité politique qui se présente à lui comme nous venons de le faire. Il préfère utiliser un discours qui passe beaucoup mieux auprès d’un électorat catholique qui a peur d’être dévoré par les luthériens qui dominent le paysage religieux walserreichien ; « nous, Eglise catholique walserreichienne, devons absolument marquer notre présence dans le monde, et cela passe par un engagement politique, et moi, Monseigneur Siedentopp, je donne ma personne à cette noble cause ». L’esprit de sacrifice marche généralement plutôt bien dans l’électorat chrétien. Siedentopp, roué des roués, le sait très bien. Par ailleurs, rien n’empêche un membre du clergé de se présenter à des élections politiques, et il n’est même pas obligé d’abandonner un poste pour l’autre. Tout dépendra sans doute, du poste qu’il obtiendra, mais en interne, paraît-il, il a déjà dit qu’il renoncerait à la politique s’il n’arrivait pas à faire percer les KdH à cette élection.
4240
drapeau

GÜNTHER HAMMERTHAL ET LES ELECTIONS REGIONALES
LE CHANCELIER EN EMBUSCADE ?


FP

Günther Hammerthal, Chancelier fédéral de la Bundesrepublik du Walserreich et président du Nazionaldemokratische Partei (NP)

Un homme s’est révélé particulièrement silencieux dans l’effervescence actuelle qui touche le Walserreich plongé en plein milieu d’élections régionales fondamentales pour l’évolution du jeu politique national. Il s’agit du Chancelier Günther Hammerthal, président du Nazionaldemokratische Partei (NP), Herr Kanzler depuis un peu moins de deux ans maintenant. Son mandat n’a pour le moment subi aucun remous ; pas de crise économique, aucune crise diplomatique, et la question du Varanya n’a pas suscité l’émoi qu’elle a suscité au cœur d’autres nations dans le monde. Ainsi, le Walserreich a poursuivi sa croissance économique de quelques 7% durant l’année précédente, ce qui est tout à fait honorable, tout en se surchargeant pas de lois inutiles : le Kanzler Hammerthal est pour le moment le Chancelier qui a rédigé et fait passer le moins de loi de toute l’histoire de la Bundesrepublik. Il s’inscrit dans la parfaite tradition de la droite conservatrice walserreichienne, laissant la coutume agir et les institutions traditionnelles tourner. Ce courant, toutefois, qui a dominé tout le XXe siècle, est en passe de s’essouffler.

Ainsi, la question qui se pose, c’est celle de la stratégie que le Chancelier mettra en œuvre pour faire avancer ses pions lors des élections régionales. En tant que chancelier, il n’a bien évidemment aucun droit de se présenter à une quelconque élection ; toutefois, il peut, en tant que président de parti, désigner ou évincer l’un des cadres qui ne lui convient pas. Il ne s’en est pas privé lorsqu’il a fallu établir les listes pour désigner les futurs députés de la Diète lors des élections fédérales qui amenèrent son élection il y a un peu moins de deux ans. Toutefois, il va lui falloir réitérer l’exploit en présentant à la face de la Bundesrepublik des listes sérieuses et soutenues par le gouvernement pour espérer l’emporter. Comme d’habitude, l’objectif visé est au minimum d’avoir la moitié des douze Länder dans la poche, avec ou sans coalition. Il y a rarement plus d’un ou deux Land qu’il peut conquérir tout seul, mais les coalitions avec la CDU sont sa planche de salut, historiquement parlant. Toutefois, la CDU s’essouffle et Edda Steinwald n’apparaît à ses yeux que comme une présidente « one shot » qui sera vite évacuée dès lors que son parti aura été absorbé ou détruit par l’un ou l’autre parti de droite qui commence à pousser, et l’on pense bien sûr à l’Agrarpartei, qui partage la coalition gouvernemental avec le NP et la CDU, justement. Toutefois, Hammerthal en est probablement conscient, l’Agrarpartei reste un parti régional, un parti du Sud du Walserreich, et ses tentacules ne sont clairement pas prêtes à s’étendre jusqu’aux Länder du Nord, et moins encore dans les terres de la gauche traditionnelle. Il serait peut-être ainsi temps pour le Kanzler d’amorcer un virage politique ou en tout cas de mettre en place une nouvelle stratégie qui, au mieux, anticiperait le recul de la CDU. Cependant, et c’est ce que les cadres de la CDU ne cessent de marteler ; leur pouvoir sur les baronnies locales demeure très important, et si les dernières élections fédérales ont mis une sérieuse déculottée au parti, les élections locales, notamment municipales, ne font état d’aucun recul. Ainsi, le Chancelier doit adopter une position très délicate : d’un côté, il doit affronter la « colère » populaire de faire entrer dans sa coalition, à des postes ministériels, un parti, la CDU, qui n’est pas capable de faire de bons scores, et d’un autre côté, il doit ménager cette même CDU qui, malgré tout, dispose d’un ancrage local nécessaire pour garder le pouvoir sur les Länder. Absorber la CDU reviendrait à remporter haut la main les élections fédérales en sabordant les élections régionales, mais garder la CDU en cet état rajoute un poids mort à chaque élection nationale ! C’est d’une satellisation en bonne et due forme dont a besoin le Chancelier.

Quel chemin prendra Herr Kanzler ? Parviendra-t-il à monter dans chaque Land des coalitions suffisantes pour garder la mainmise sur l’essentiel des Länder ? Ce serait une condition sine qua non pour faire passer chacune des réformes qu’il proposerait au niveau national, et c’est là le dernier point qu’il faut signaler ; jusqu’à maintenant, tous les projets de loi ne pouvaient pas s’appliquer au Walserreich parce que, précisément, les restes des féodalités social-libérales et social-démocrate du précédent mandat faisaient opposition. Hammerthal attend très probablement ces élections régionales pour obtenir la majorité nécessaire à l’expansion de ces réformes dans un maximum de Land, sans rencontrer l’opposition du niveau régional.
3911
wf

Sofia

Sofia Wallenius, en direct des studios Walserreich Fernsehen à Westerburg

Sofia Wallenius a écrit :
« Meine Damen und Herren

Le Walserreich a souvent brillé à la face du monde par l’intensité de sa vie politique, ce qui est souvent ressenti par les Walserreichiens comme une terrible obstruction de l’actualité. Heureusement, seule une minorité d’entre vous pense cela, et beaucoup se passionne pour l’extraordinaire richesse de notre jeu politique, phénomène qui, en plus, touche toutes les classes d’âge. Nos reporters se sont en effet rendus dans les Länder de Gütthaven et de Westerburg, où les luttes promettent d’être âpres, et chacun fut surprise par la jeunesse de l’âge moyen des militants de l’un ou l’autre parti.

Toutefois, de nombreux autres problèmes peuvent se poser quand les militants sont trop jeunes par rapport à la grandeur de la question politique, et ce n’est pas sans une amère ironie que nous avons remarqué que certains d’entre eux étaient portés à une certaine violence, unanimement condamnée par tous les cadres des partis établis ; ainsi, dans le centre du Walserreich, à cheval entre le Kupferland et l’Holzland, de nombreux petits groupes d’extrême-droite ont été arrêtés par la police fédérale pour coups de blessure et actes de dégradation, principalement à l’encontre de matériel politique d’autres partis. De même, à Gütthaven, des militants homosexuels ont affiché sur les murs de la ville des affiches obscènes montrant des couples fort peu hétérosexuels en position lascive, dans le but d’appeler au respect des droits individuels à une sexualité libre et épanouie, en oubliant qu’une sexualité libre et épanouie est avant tout intime et n’a pas à être étalée dans des endroits où passent chaque jour des dizaines d’enfants. Ces militants ont ainsi été arrêtés pour atteinte aux mœurs et détention de matériel pornographique. Ces quelques faits divers, heureusement très peu nombreux, témoignent une fois de plus qu’il existe des limites que l’intensité d’une lutte politique, aussi légitime soit-elle, ne doit pas amener à franchir.

En dehors de quelques fiefs dont on sait qu’ils ne tomberont pas dans l’escarcelle de tel ou tel groupement politique, il existe de nombreux Länder dont la situation apparaît largement plus ambiguë. Comme d’habitude, le Land de Westerburg est sous le feu des projecteurs ; une victoire de la coalition gouvernementale serait l’ouverture d’un boulevard pour une nouvelle victoire aux élections fédérales dans deux ans. De même, une victoire de l’opposition social-démocrate serait un baroud d’honneur ou au contraire un premier pas vers une renaissance pour une gauche atomisée, assommée, qui a clairement besoin d’un renouveau, si tant est qu’elle puisse se mettre d’accord sur un programme commun, par exemple, ce qui est loin d’être actée. En revanche, là où il sera plus difficile d’anticiper un résultat, c’est bien dans les Länder qui peuvent changer du tout au tout, et où la culture politique locale ne permet pas une prévision juste ni un ancrage dans l’un ou l’autre camp. C’est le cas du Suhlingen ou du Saalhausen, au Nord de la Bundesrepublik, où les partis de droite, très actifs, ont à affronter une coalition de plus en plus dure de partis de gauche très populaires en milieu urbain. En revanche, là où des surprises sont aussi à attendre, ce sont les Länder d’Outre-Mer, dans les partis suédophones du Nord. Ici, où la gauche a toujours régné en maîtresse, elle doit affronter un délitement de ses cadres : menés par Svea Johansson, les cadres du Linkepartei sont de ceux qui ne veulent pas se traîner au pied le boulet du Volkspartei, et il ne fait aucun doute que des surprises sont à attendre, d’autant plus que la droite attend en embuscade.

Alors que les élections approchent à grand pas, nous proposons à nos auditeurs le tableau récapitulatif suivant, où chacun des partis est présenté selon sa présence ou non dans l’un ou l’autre Land. Nous voyons ainsi la grande diversité des partis des Länder du Nord continental, où presque l’intégralité du spectre politique walserreichien est présenté, et à l’inverse, les Länder du Sud, où il n’est pas rare de voir trois ou quatre partis totalement absents, ce qui restreint le choix des électeurs mais garantit aussi l’établissement de compositions politiques plus intéressantes.
Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, restez connectés sur notre chaîne pour un débat entre les têtes de parti qui se présentent aux élections régionales de Westerburg, à tout de suite !

df
3814
drapeau

LES LÄNDER D’OUTRE-MER : NOUVEAUX ENJEUX ELECTORAUX ?
LE SONDERLAND ET LE NÖRTEBORG AU CŒUR DES STRATEGIES POLITIQUES


VoP

Nystadten, capitale du Nörteborg

Loin dans les neiges du Nord se tiennent les Länder les plus septentrionaux du Walserreich, distants de plusieurs centaines de kilomètres des territoires continentaux. Il s’agit du Sonderland et du Nörteborg, qui actent la présence du Walserreich sur différents continents. A l’heure actuelle, il est très clair qu’aucune réelle politique d’aménagement de ces territoires n’a été menée. Cela va même plus loin : les campagnes y sont totalement laissées à l’abandon. Le problème, c’est qu’un tel comportement administratif se fait, a fortiori, sanctionner politiquement.

Pendant les deux mandats du chancelier Stutzberg, force est de constater qu’un effort a été fait pour aller voir ces Länder où vit une importante et puissante minorité suédophone et catholique, surpassée en nombre par une masse germano-suédophone protestante. Toutefois, il a rapidement été constaté que les visites de ministres et de Stutzberg lui-même se limitaient aux périodes électorales et qu’en dehors de celles-ci, l’intérêt pour les deux Länder retombait comme un soufflé au fromage. Ce comportement a été vivement dénoncé par les cadres des partis locaux qui, aussi étonnant que cela puisse paraître, faisait alors encore partie de la majorité. Les deux partis dominants ont toujours été le Volkspartei et le Linkepartei, c’est-à-dire les deux mastodontes de la gauche social-démocrate, et la troisième place était arrachée par les Kinder des Herrn qui jouaient à fond la carte de l’identité catholique contre l’envahisseur germano-protestant. Toutefois, plusieurs mouvements se sont combinés ces dernières années pour donner lieu à une situation totalement renouvelée qui va bientôt s’exprimer politiquement : premièrement, le rejet massif et puissant du Volkspartei. Aux dernières élections municipales, sur les 156 maires Volkspartei des principales villes de ces deux Länder, seulement 17 ont été réélus, et le pion a été damé aux autres par le Linkepartei. Ce tollé massif a été largement étouffé par le Volkspartei dont les cadres, quand on le leur demandait, prétendaient qu’il s’agissait d’un repli tactique volontaire pour laisser le Linkepartei accéder à quelques responsabilités. Deuxièmement, l’expansion de l’évangélisme, que l’on appelle au Nord « le Christ boréal ». De nombreuses caricatures montrent les habitants de ces Länder se réfugier dans les seuls endroits où il fait chaud : les églises. Depuis quelques années, l’évangélisme progresse massivement dans ces territoires, récupérant à la fois les déçus du protestantisme engourdi dans ces Länder, et les catholiques âgés en quête de sens. Troisièmement, la stagnation de la droite ; l’impossibilité de s’appuyer sur un électorat protestant fatigué empêche la CDU (Christliche Demokratische Union) de se faire une place, tandis que le NP (Nationaldemokratische Partei) apparaît trop continental et désintéressé des Länder du Nord, ce qui n’est pas entièrement faux. Il faut de plus noter une absence totale des partis de droite radicale et extrême : l’Agrarpartei (AP) et la Walserreich Kreuz (WK) ne possèdent aucune implantation dans ces Länder, ce qui ne semble d’ailleurs pas les déranger.

Si l’on résume la situation au Sonderland et Nörteborg, elle se présente comme suit : une gauche éclatée incapable de s’unir autour d’un programme commun à cause d’un Volkspartei déraciné et pourfendu pour ses huit années au pouvoir, une droite molle et incapable de progresser par mauvais calcul politique et manque de réel projet, et en parallèle à cela : un électorat religieux qui se réveille d’un côté où on ne l’attend pas et des perspectives de développement économique vers les grands voisins (Tapiolie, Pharois etc.) qui se précisent de jour en jour, faisant plus que jamais de l’Outre-mer les Walserreichiens à l’avant-garde de la Bundesrepublik et de ses valeurs. Le parti qui arrivera à rafler la mise et à comprendre les intérêts profonds des Länder d’Outre-Mer pourrait remporter d’un coup deux Länder et se positionner comme un interlocuteur principal du jeu politique walserreichien. Les Kinder des Herrn et une certaine branche du Linkepartei, menée par Svea Johansson, se tiennent en embuscade.
7484
Droite

INTERVIEW D’HANNAH DREXLER
LA SECRETAIRE GENERALE DU LINKEPARTEI SORT DE SON SILENCE



HD

Hannah DREXLER, Secrétaire générale du Linkepartei

Cela fait plusieurs mois maintenant qu’un sérieux rififi détruit les rangs de la gauche walserreichienne. A l’origine se trouve une querelle, nous le savons à présent, qui a déchiré les cadres en deux camps du Linkepartei, au sujet, précisément, des élections régionales et de la position à adopter pour remporter celle-ci. Une partie voulait continuer sur une stratégie qui fût relativement gagnante jusque-là, à savoir maintenir les coalitions et alliances habituelles avec le Volkspartei pour envisager ensuite, sereinement, les élections fédérales qui auront lieu dans deux ans. Toutefois, une fraction entière du Linkepartei, beaucoup plus grande qu’on ne l’imaginait, a tenu bon contre cette position et en a proposé une autre : se détacher du boulet du Volkspartei, encroûté dans sa position semi-victimaire, et viser la place de porte-parole d’une gauche populaire, peut-être populiste, mais qui préfère le petit peuple aux calculs politiciens et aux débats sociétaux. Le Volkspartei a très mal réagi à ce qui lui a semblé être un coup de poignard dans le dos de son meilleur allié, qui lui sert de voiture-balais au sein de l’électorat jeune et urbain ainsi que de l’électorat suédophone du Nord. Ainsi, Angela Schutzbaum, secrétaire générale du Volkspartei, a peut-être commis une grave erreur stratégique en « rappelant à l’ordre le Linkepartei » et en appelant à son ralliement attendu et habituel, ce qui a donné du grain à moudre à ses adversaires. Nous faisons aujourd’hui le point avec Hannah Drexler, députée à la Diète et secrétaire générale du Linkepartei, sur l’avenir de son parti et les élections régionales.

Journaliste : Guten Abend, Frau Drexler.

Hannah Drexler : Guten Abend.

Journaliste : Vous êtes à la tête du Linkepartei depuis quelques années maintenant, vous avez été parfois brocardée dans les médias comme une figure trop peu sérieuse au sein de la gauche et à l’inverse, certains ont vu en vous la volonté de renouveau qui traverse votre parti de part en part depuis la « chute » du Chancelier Stutzberg.

Hannah Drexler : Vous voyez, la façon dont vous présentez les choses est précisément ce qui pose problème à l’heure actuelle. Vous ne pouvez pas vous empêcher de mentionner Stutzberg et sa clique pour comprendre la position actuelle de mon parti.

Journaliste : Vous ne pouvez pas nier que pendant la dernière décennie, votre parti, le Linkepartei, fut lié de manière extrêmement forte au Volkspartei et donc à Stutzberg. Vous avez été en coalition avec lui et vous avez vous-même exercé des fonctions au sein de l’Office des Affaires Etrangères et…

Hannah Drexler : Tout le monde le sait, ça, et je suis convaincue qu’une large partie des problèmes qui traverse mon parti en ce moment, parce qu’il y a en effet des problèmes, est due au tapage médiatique monstrueux qui a été fait sur notre participation aux coalitions de Stutzberg, aussi fructueuses aient-elles été.

Journaliste : « Fructueuses », ça c’est un mot que l’on va vous reprocher, peu de Walserreichiens aujourd’hui considèrent encore les mandats Stutzberg comme ayant été « fructueux ».

Hannah Drexler : Raison de plus pour en parler le moins possible alors, non ?

Journaliste : Et pourtant, vous avez été actifs, vous n’avez rien subi pendant ces mandats, vous avez marché avec la coalition et vous avez fait des propositions, vous avez accompagné les réformes de la gauche.

Hannah Drexler : Nous les avons bien souvent proposées. C’est le côté un peu obscur de ces mandats et ce que beaucoup de mes plus anciens cadres ont en travers de la gorge : c’est que beaucoup des idées de la coalition de gauche venait en réalité de nos milieux, de notre mouvement, de notre matière grise.

Journaliste : Vous accusez le Volkspartei de vol de propriété intellectuelle ?

Hannah Drexler : Non, le travail a été commun et plutôt fonctionnel, en réalité, il faut être honnête. Nous étions actifs à la Diète et proposions un moyen d’améliorer les choses dans notre Bundesrepublik, et nous avons largement réussi. A l’inverse, le Volkspartei était plus puissant, avait plus de députés, ce qui est un choix du peuple, très bien, et son appui faisait passer les lois qui venaient de chez nous. C’était un bon procédé : nous créons l’objet, ils l’utilisent, le wagon et la locomotive.

Journaliste : Vous voudriez continuer selon ce système ?

Hannah Drexler : Vous avez compris que c’est là que ça coince. Ce système a effectivement conduit à presque une décennie de victoire pour la gauche, et je veux conserver, ou plutôt reconstruire, cette dynamique, donc notre alliance avec le Volkspartei me paraît essentielle, et je veux qu’elle continue. Comme wagon et locomotive, en se répartissant les tâches, pourquoi pas, du moment que nos idées font leurs preuves ; pour moi, la victoire intellectuelle et sociale surpasse la victoire politique. En revanche, avant que vous ne me relanciez là-dessus, je dois aussi être à l’écoute de la grogne dans mes rangs, et je ne peux pas ignorer que certains des miens sont agacés d’être le wagon. Je l’entends parfaitement, et ce que je propose, en fait ce que j’ai proposé, à Angela Schutzbaum, c’est un rééquilibrage de nos circonscriptions et de notre répartition au sein de la population walserreichienne. Que certains candidats du Volkspartei s’écartent au profit de ceux du Linkepartei pour présenter une gauche unie et coordonnée aux citoyens. L’objectif est que nous ayons chacun autant de députés l’un que l’autre à la Diète.

Journaliste : Que vous a-t-elle répondu ?

Hannah Drexler : Qu’elle devait y penser avec les cadres de son parti, probablement pour construire d’ores et déjà les coalitions locales. Je suis chef de parti moi aussi, donc il m’apparaît normal de consulter d’abord les siens avant de prendre des décisions qui engagent l’ensemble du parti, donc je lui ai évidemment laissé du temps.

Journaliste : Les élections régionales, c’est dans deux semaines, donc le temps devrait… s’accélérer un peu, vous ne pensez pas ?

Hannah Drexler : Un désistement peut se produire jusqu’à la veille de l’élection, vous savez, c’est peut-être même plus intelligent de raisonner comme ça, pour montrer qu’un accord a été finalement trouvé et qu’on arrivera à s’entendre.

Journaliste : Donc là, si je comprends bien, toute votre stratégie consiste à dire « on attend ce que maman Schutzbaum dira » ? Admettons qu’elle refuse et vous demande de maintenir un statu quo, que faites-vous ?

Hannah Drexler : Je n’entends pas folâtrer dans mes pastels en imaginant une situation qui n’a pas eu lieu et qui n’aura peut-être pas lieu. Nous avons déposé toutes nos candidatures, pour le Linkepartei, et la stratégie que j’ai proposée à Angela n’entend que faire reculer le Volkspartei sur certains points pour faire avancer le Linkepartei, mais au final faire avancer la gauche, pour rééquilibrer nos relations et reconnaître le travail que nous avons fait pour contribuer à la crédibilité de notre mouvement. Des accords ont déjà été conclus localement, et ils se multiplieront certainement.

Journaliste : Eh bien j’espère qu’elle vous entendra ! Bon, maintenant, j’aimerais qu’on aborde un dernier sujet ensemble, si vous le voulez bien, c’est celui de la dispute qui a lieu dans vos rangs et qui a explosé lors d’un de vos congrès récemment. Svea Johansson !

Hannah Drexler : Svea est une femme avec qui je travaille depuis des années. Je la connais bien, nous nous connaissons bien. Ce n’est pas la première fois que nous avons des désaccords, mais je crois que c’est la preuve d’une grande émulation intellectuelle au sein de notre parti. Le wagon a du charbon dans le ventre, n’est-ce pas ? Blague à part, il faut savoir que Svea, comme son nom l’indique, vient du Nord. Elle en a le caractère : froid, brutal et brut de décoffrage. C’est un compliment en politique, comme vous le savez. Je crois qu’elle souffre aussi d’un certain complexe d’infériorité, dans le sens où, venant du Nord et d’une minorité suédophone, elle veut absolument se faire une place. Mais elle doit encore faire ses preuves. Elle n’a jamais été élue où que ce soit pour le moment, et j’attends qu’elle soit élue, qu’elle se frotte à la réalité de la politique et qu’elle comprenne, je l’espère, que le jeu auquel nous jouons est infiniment plus complexe et difficile que ce qu’elle croit qu’il est.

Journaliste : Vous êtes aussi en train de la rappeler à l’ordre là, d’une certaine manière.

Hannah Drexler : A bon entendeur.

Journaliste : Danke, Frau Drexler, nous nous retrouverons aux résultats.

Hannah Drexler : Pour me remettre des lauriers. Auf wiedersehen.
8423
gauche

INTERVIEW EXCLUSIVE DE FRIEDRICH WOLFFHART
L’AGRARPARTEI TROP CONFIANT ?


FW

Friedrich WOLFFHART, président de l’Agrarpartei (AP) et Ministre de la Défense

Aux dernières élections nationales, l’Agrarpartei a surpris tout le monde et s’est positionné comme l’un des premiers partis du Walserreich, si bien qu’il a été invité à prendre part à une coalition avec le Nationaldemokratische Partei (NP) et la Christliche Demokratische Union (CDU), les deux partis de droite traditionnelle qui se connaissent bien. A bien des égards, il est possible de constater que l’AP a damé le pion à la CDU et a pris sa place comme membre fort de la coalition, comme « bras droit » du NP et du Chancelier Günther Hammerthal. C’est probablement dans cette idée que le Ministre de la Défense, Friedrich Wolffhart, a proposé un référendum sur l’augmentation du budget militaire qui s’est soldé par un puissant plébiscite en faveur de son projet de loi, qui est aujourd’hui en œuvre. Toutefois, c’est un nouveau challenge qui se présente à lui maintenant : alors que toute ambition nationale semble difficile à cause du caractère régional de l’Agrarpartei, ce dernier peut-il concentrer ses efforts dans ses Länder traditionnels –le Sud et de plus en plus le Centre du pays- et apporter alors à la coalition gouvernementale un soutien encore plus grand que celui qu’il lui apporte déjà à la Diète, à savoir des gouvernements régionaux solides ? Nous retrouvons aujourd’hui Friedrich Wolffhart, avec qui nous proposons de tracer les perspectives d’avenir de son propre parti et, pourquoi pas, de ses propres ambitions personnelles.

Journaliste : Guten Tag, Herr Minister.

Friedrich Wolffhart : Guten Tag.

Journaliste : Le moins que l’on puisse dire, Herr Minister, c’est que votre présence sur la scène politique est celle d’un… comment devrais-je le dire ? Un éclair, qui apparaît, illumine tout en quelques secondes, même pas, puis disparaît à l’instant même ?

Friedrich Wolffhart : Ou plutôt celui d’un vent, permanent, qui balaie les vieux gros nuages et apporte un peu de soleil mais qui, surtout, demeure, comme un bruit de fond.

Journaliste : Donc si je comprends bien, vous entendez inscrire votre mouvement dans la grande histoire ?

Friedrich Wolffhart : Est-ce que j’ai déjà caché une seule fois les ambitions qui sont les miennes et celles de toutes les petites mains qui travaillent au succès de l’Agrarpartei depuis des années. Vous savez ce que c’est, l’Agrarpartei, à la base ? C’est un syndicat paysan, qui a été formé selon les lois de l’Inspection Populaire. On a gagné chaque victoire petit à petit, on a commencé par mettre le nez de l’administration dans ses propres embrouilles, et on a commencé à s’engager politiquement. Des militaires nous ont rejoints. Et la fourche et le glaive n’ont bientôt formé plus qu’un. Des listes aux municipales par-ci, des mouvements par-là, quelques manifestations, et petit-à-petit, nous avons formé l’Agrarpartei, il y a plus de quinze années maintenant. Aujourd’hui, je suis Ministre de la Défense et nous nous imposons comme l’une des forces politiques les plus puissantes dans tout le Sud du Walserreich.

Journaliste : N’avez-vous pas peur, justement, que cet ancrage territorial et populaire soit un problème, à un moment ? Dans certains Länder, l’électorat populaire ne pèse rien ou est absorbé par l’un ou l’autre parti, souvent opposé à vous. Dans d’autres, le spectre politique ne laisse pas la place à un parti venant du Sud.

Friedrich Wolffhart : Qui est-ce qui pense sérieusement à conquérir l’intégralité du Walserreich à lui tout seul ? Le système politique walserreichien, qu’on l’aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, est construit de telle sorte à ce qu’aucun parti ne puisse parvenir à une hégémonie d’une telle ampleur. Jamais je ne pense conquérir le pouvoir tout seul. Il faudrait être fou pour avoir une telle ambition. En revanche, il faut être pragmatique ; je n’ai aucun problème à reconnaître publiquement que nous aurons besoin d’alliés puissants. Je ne trouve pas honteux d’avoir au Sud du Walserreich l’Agrarpartei comme bastion de la droite conservatrice, tandis que le Nationaldemokratische Partei serait le représentant de cette droite, peut-être plus libérale que nous ne le sommes, au Nord.

Journaliste : Alors, moi je vois deux points problématiques là-dedans. Premièrement, que faites-vous de la CDU ? Et deuxième point, vous prétendez donc à un pied d’égalité avec le NP, un parti ancré sur la scène politique walserreichienne depuis plus d’un demi-siècle !

Friedrich Wolffhart : Je répondrais d’abord à cette seconde question. Les temps changent, n’est-ce pas ? C’est ce qu’on nous répète à longueur de journée, très bien, alors qu’on nous laisse choisir le sens vers lequel on veut le voir changer. C’est le principe de la politique, monsieur, et nous le suivons selon les voies les plus traditionnelles qui soient ; nous proposons un certain modèle de société, une certaine vision du monde, et nous la déposons devant chaque urne où chaque citoyen fait un choix libre et responsable. Si l’Agarpartei s’effondre dans les urnes, nous saurons en tirer les conséquences. Donc, que l’on soit à pied d’égalité avec le NP n’est pas un problème si c’est la volonté populaire, non ? Je suis sûr que le Chancelier et ses hommes sauront en tirer les conséquences d’eux-mêmes, ce sont des vieux loups de mer ! Ensuite, en ce qui concerne la CDU, notre second partenaire de coalition, nous partageons un grand nombre de points communs, et notre attachement à la foi chrétienne est peut-être le plus saillant. Et ça, je ne l’oublierais jamais. Ensuite, je rappelle que si les chiffres de la CDU sont « mauvais » au niveau national, ils sont loin de l’être au niveau local. C’est un parti local, peut-être ? Eh bien ? A la bonne heure, c’est ce que fut l’Agrarpartei, et l’est encore à bien des égards, et regardez comme les choses changent, si vite, alors moi je ne me fais pas de soucis pour la CDU : Edda Steinwald est une femme pour qui j’ai beaucoup d’estime et avec qui j’aime beaucoup travailler, et nos affinités, aussi loin que je puisse le voir, ne sont pas prêtes de s’effacer.

Journaliste : Si on jette un coup d’œil aux régionales maintenant, comme les sentez-vous ?

Friedrich Wolffhart : Plus que bien. Vous savez, j’ai des militants extraordinaires et les cadres de mon parti sont de vieux copains de l’armée et du village, on a labouré les champs ensemble, ça créé des liens de confiance, et je leur ai laissé gérer la campagne en large partie, étant trop occupé par mes fonctions ministérielles, je n’aime pas multiplier les responsabilités et préfère déléguer intelligemment. Et je crois bien, au vue des retours que j’ai, que l’Agrarpartei fera de très bons scores à ces régionales. Le temps est venu pour beaucoup des électeurs devant qui nous avons fait nos preuves de nous amener un pas plus loin, et nous sommes prêts, nous sommes réellement prêts à prouver que nous savons gérer les affaires aussi bien que n’importe quel autre parti, et même bien mieux.

Journaliste : Le schéma de la coalition gouvernementale sera maintenu au niveau régional ?

Friedrich Wolffhart : Autant que faire se puisse, bien sûr. Pourquoi pas ?

Journaliste : D’après certains sondages, vous pourriez ne pas avoir besoin de tous vos alliés pour remporter certains Länder. Pourquoi vous accrocheriez-vous un boulet au pied en vous attachant deux ou trois alliés potentiellement gênants alors que vous pourriez régner avec un seul ?

Friedrich Wolffhart : Par simple respect de la parole donnée. De toute façon, quand bien même un parti et ses représentants ne font pas partie d’une coalition, ils participent au gouvernement, comme collaborateur. Et si nous avons une alliance gouvernementale avec eux, alors ça signifie tout simplement qu’ils auront devant eux des oreilles plus attentives, et au moins, ils auront le temps de réfléchir à des points sérieux puisqu’ils n’auraient pas à prendre sur leurs épaules de grosses responsabilités.

Journaliste : Et cela s’applique à tous ?

Friedrich Wolffhart : Monsieur, une bonne idée est une bonne idée, qu’elle vienne de chez nous, de nos alliés conservateurs et même de la gauche social-démocrate. Je crois que dépasser les cadres traditionnels est en partie essentiel pour parvenir à une meilleure approche des problèmes que traverse notre pays. Soyons pragmatiques, parlons à tout le monde et écoutons tout le monde, et ne retenons que ceux qui ont de bonnes idées.

Journaliste : Ca peut-être la gauche ?

Friedrich Wolffhart : Bien sûr. Pourquoi pas ? Nous devons reconnaître certaines avancées sociales à chaque mouvement qui a structuré la vie politique de notre pays. Je peux, dans le cas présent, vous donner quelques exemples ; une grande partie de la lutte écologique a été mené par des mouvements de gauche. C’est un fait. La question n’est même pas de savoir si ces personnes sont honnêtes ou pas, nous constatons juste leurs combats, qui vont dans le bon sens. L’Agrarpartei travaille à la base avec des agriculteurs, des pêcheurs, des chasseurs etc. Alors, à votre avis, quel est le meilleur terreau où voir germer une politique écologique sérieuse et proche des réalités du terrain ? Chez nous. Il est fondamental qu’une jonction s’opère là où il est possible de faire heurter deux idées différentes qui prétendent atteindre un but commun, et les étincelles que nous obtiendrons alors permettront d’allumer une lumière, vous voyez ce que je veux dire ? Et dans ce sens, tout mouvement qui va dans ce sens doit être soutenu, peu importe sa couleur politique.

Journaliste : Donc un parti fier, droit dans ses convictions et mu par de vrais principes aura toujours votre considération ?

Friedrich Wolffhart : Assurément.

Journaliste : Merci, Herr Minister, de nous avoir accordé de votre temps.

Friedrich Wolffhart : Auf wiedersehen !
4457
Drite

LA MINISTRE DE LA JUSTICE PREND LA PAROLE
« LES CONSOMMATEURS DE DROGUE DOIVENT ÊTRE TRAITES COMME DES TRAFIQUANTS »



SA

Sachsa ALTMANN, Ministre de la Justice (NP)

Quand la coalition NP-AP-CDU est arrivée au pouvoir, les grands ministères stratégiques ont été savamment répartis de telle sorte à ce qu’aucun ne soit lésé. Ainsi, le poste de Chancelier a été donné à Günther Hammerthal, président du NP (Nationaldemokratische Partei) puisque son parti avait réalisé le score le plus important, tandis que la CDU (Union Chrétienne Démocrate) obtenait l’Office des Affaires Etrangères (tenu par l’un de ses cadres, Herbet Zückersturm), l’Agrarpartei le Ministère de la Défense et enfin, le Ministère de la Justice fut donné à l’un des subordonnés de Hammerthal, Sachsa Altmann. Son arrivée à la tête de ce ministère fut considérée par beaucoup comme la volonté du Chancelier de donner des gages à l’électorat de l’Agrarpartei. En effet, ce dernier est attiré par les discours musclés sur la sécurité et n’hésite pas à demander parfois même un rétablissement de la peine de mort. L’Agrarpartei étant le parti le plus radical à ce niveau-là, beaucoup d’électeurs ont fui la « droite molle » d’Hammerthal pour se réfugier dans les bras de Wolffhart, l’ancien militaire devenu président de l’une des plus grandes forces politiques du Walserreich actuel. Pour limiter l’hégémonie, le Chancelier a choisi de nommer Sachsa Altmann au Ministère de la Justice, car elle est connue pour sa sévérité et son extraordinaire efficacité partout où elle a exercé des fonctions judiciaires. C’est une manière dans un sens de garder dans le giron du NP un électorat populaire et précarisé qui subit une insécurité très localisé géographiquement mais c’est aussi une simple réponse à une demande de maintien de l’ordre par une certaine frange de la population qui sent son monde et son pays vaciller sous les coups de la mondialisation.

A l’approche des élections, Hammerthal a dû presser le bouton « Sachsa » pour rappeler aux électeurs de l’Agrarpartei que la rigueur et la sévérité se trouvent aussi du côté de son parti, et Altmann a donc été envoyé en première ligne pour prononcer une phrase que nous reproduisons in extenso : « Je crois fermement que le trafic et la consommation de drogues doivent être traités de la même manière si on veut parvenir à éradiquer cette horreur qui transforme notre jeunesse en légumes abrutis. Les consommateurs de drogue doivent être traités de la même manière que les trafiquants ». Par cela, la Ministre n’entend pas abaisser les peines des trafiquants à celles des consommateurs, mais bien élever celles des consommateurs au niveau de celles des trafiquants. Tout lien, direct ou non, avec la drogue, est un motif d’exclusion immédiate du territoire en cas de double-nationalité ou simplement si l’on est étranger. Cette mesure avait déjà permis d’exclure du territoire un certain nombre de drogués et trafiquants venus du Sud, mais force est de constater que les sources n’ont pas taries. Au contraire, elles enregistrent une certaine croissance depuis quelques années, et touchent des jeunes d’origine géographique de plus en plus diverses, jusque dans les provinces les plus reculées. Il y a quelques années, une bande de dealers avait été violemment pris à partie dans une ville de 3000 habitants dans l’Holzland, en bordure de la plus grande forêt de la Bundesrepublik. Sachsa Altmann a rappelé ce fait pour signaler que la drogue n’était plus un simple problème de jeunes urbains un peu chics ou carrément paumés, mais qu’il s’agissait bien d’un phénomène de société face au quel il n’est plus possible de garder la moindre tolérance.

Le trafic de drogue, c’est des milliers de morts chaque année aux quatre coins du monde, de la guerre de gangs autour des zones de production des matières premières jusqu’aux overdoses qui montent en flèche dans les raisons de mortalité des jeunes dans notre civilisation. Sachsa Altmann n’a donc pas mâché ses mots contre ceux qui consommaient de la drogue de manière « récréative », « en soirée entre amis, pour essayer quelque chose de nouveau », et qu’elle a d’ailleurs bien séparés des toxicomanes invétérés qui eux ont un réel problème d’addiction qui doit être médicalement suivi et traité. Consommer de la drogue, c’est encourager un trafic international mortel, dangereux et violent, ce qu’on ne voit pas dans une belle soirée entre amis après une semaine à l’université, et le rappeler à coups de schlag n’a pas paru inutile à Altmann. Alors que certains ont cyniquement supposé qu’il ne s’agissait que d’une annonce pour réaliser un « coup de barre à droite » pour capter une partie de l’électorat de l’Agrarpartei, d’autres journalistes ont rappelé qu’un projet était dans les caisses pour arrêter le remboursement par le 3M-System de tous les problèmes de santé liés à la consommation de drogue. Cette mesure demeure cependant très largement contestée, et si elle n’est qu’à l’état de rumeur à l’heure actuelle, la Diète fourbit déjà ses armes pour l’accueillir comme il se doit.
3781
gauche

LES ELECTIONS REGIONALES VONT-ELLES RUINER LES ELECTIONS FEDERALES ?
LES ALLIANCES CIRCONSTANCIEES DE PLUS EN PLUS EN DEBAT


FW

Alors que les premiers sondages donnent une victoire assez bonne de l’alliance libéral-conservatrice actuellement au pouvoir, les élections fédérales semblent avoir en gestation de belles surprises. A vrai dire, elles sont en train de remplacer les élections fédérales comme élection majeure de la vie politique walserreichienne. Ce constat est dressé par des chercheurs en science politique de l’université de Nisnau. D’après eux, la polarisation de la vie politique walserreichienne est en train de basculer : jusque maintenant, les élections fédérales permettaient de former des coalitions qui faisaient leurs preuves au niveau fédéral et que l’on tentait ensuite par tous les moyens de reproduire au niveau régional pour prouver l’efficacité des alliances nationales. Cependant, la déstructuration, ou plutôt la restructuration, du jeu politique est en train de changer la donne ; l’émergence des partis locaux comme l’Agrarpartei ou la scission progressive en deux lignes internes d’un parti comme le Linkepartei semblent redistribuer les cartes, car de nouvelles coalitions vont alors se former, et il n’est pas exclu que certaines formations politiques coalisées à d’autres puissent tout simplement, d’une région à l’autre, se passer de l’autre. Et alors, selon les résultats, toute l’orientation des futures coalitions serait potentiellement remise cause.

Le point d’interrogation qui fait se ruer dans les brancards est posé à la fin de la stratégie future de l’Agrarpartei. En effet, il n’est caché à personne que Friedrich Wolffhart est un personnage certes charismatique, mais particulièrement arrogant et fier. S’il venait à arriver en tête dans un nombre de Länder assez important, il pourrait être en mesure de faire basculer la coalition et donc, pourquoi pas, de viser la Chancellerie aux prochaines élections fédérales. L’actuel chancelier Hammerthal apparaît de plus en plus pâle et terne face au rouge vif qui afflue sur le visage de Wolffhart dès qu’il s’enflamme sur l’un ou l’autre sujet. A vrai dire, alors que la Christliche Demokratische Union (CDU) semble dans les choux, une surprise de ce parti pourrait en faire un terrain de chasse pour le Nationaldemokratische Partei (NP) qui la satelliterait pour garder un vivier de voix qui permettra toujours de devancer l’Agrarpartei, mais cela impliquera de lourds sacrifices, surtout si la CDU comprend son rôle d’arbitre. Cela dit, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ; l’Agrarpartei est un parti régional, et sa percée dans les Länder du Nord est très incertaine, ne serait-ce qu’à cause de sa très faible implantation au niveau local, dont on sait à quel point elle est précieuse dans les stratégies politiques partisanes. Ainsi, contrairement au NP, l’Agrarpartei ne peut pas « régner seul », et tout dépendra alors de l’appétit plus ou moins prononcé du Chancelier et de la stratégie qu’il apprêtera contre son allié grossissant et gênant.

A gauche, la question ne se pose pas selon les mêmes termes, et c’est même l’inverse qui est en train de se produire ; alors que l’Agrarpartei court vers la reconnaissance nationale, le Linkepartei semble amorcer un repli régional. En effet, alors que la secrétaire générale du mouvement, Hannah Drexler, veut coûte que coûte maintenir les alliances avec le Volkspartei, seul moyen selon elle de présenter une gauche unie aux régionales, une fraction de son parti, menée par Svea Johansson, sans avoir prononcé de scission nette, entame un repli sérieux et massif sur les territoires d’Outre-Mer (Nörteborg et Sonderland), concentrant ici toutes les forces de son appareil. Ainsi, si pour l’instant le torchon n’a pas encore assez brûlé entre les deux femmes, il ne fait aucun doute que les résultats, s’ils sont bons pour l’aile-Johansson, mettrait Hannah Drexler dans une situation très délicate. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il ne paraît pas inimaginable de supposer que si le Linkepartei veut survivre et remettre le pied dans les salles du pouvoir, il faut que l’une de ses deux ailes écrase l’autre, afin qu’une clarification nette puisse se faire. Et là encore, c’est aux régionales que le destin du Linkepartei, donc de la gauche, donc de la Bundesrepublik, va se jouer.
Haut de page