06/09/2005
06:20:42
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Activités étrangères aux EAU

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Activités étrangères aux EAU

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants aux EAU. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur des EAU, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Raxington, magnifique ville.

Quelle plaie, ce pays.

La question n'était pas de savoir s'il l'aimait, ça Erik le savait bien. La question n'était pas non-plus de savoir s'il en appréciait la culture, ou même l'organisation politique – ça aussi ça ne dépendait de toute façon pas de lui mais de ses supérieurs. Non. Le vrai problème, le truc qui le démangeait plus que tout, c'était que le pays, en lui-même, de part son emplacement géographique et ses conditions d'existence, était une plaie. Ouverte. Et qui n'était pas purulente pour la simple et bonne raison que la chair avait gelée avant de pourrir. Purement et simplement. Pour tout ce qu'on pouvait dire de « positif » sur l'EAU, Erik Singer, Tulpa en mission pour le Kah, rétorquait toujours et encore la même chose.

« Oui oui. C'est bien beau. Mais quand même : il y fait froid. »

Et pire encore.

En un sens ce pays était une mine d'or pour un insurrectionnel professionnel dans son genre. D'un autre côté il ne demandait pas forcément à se voir opposé des défis d'une telle intensité.

Tout avait commencé presque un an au précédent. Pour une raison ou une autre la patronne avait eu une discussion avec le citoyen de Rivera, et en était venue à s'intéresser à l'EAU. Ce qui ne l'aurait pas forcément inquiété, notre ami Singer, s'il n'avait pas lui-même été un descendant d'une famille d'Aumérine. Il ne savait pas pourquoi mais les pontes du Comité de Volonté Publique s'était mis en tête qu'il fallait faire « évoluer » l'EAU, et la patronne s'était mise en tête que c'était à lui de s'en occuper.

Il pouvait refuser, mais avait accepté. Car après tout qui d'autre que lui pour une telle opération ? Il avait l'accent d'Aumérine, les traits d'un aumerinois, une certaine habitude du froid acquise lors de ses nombreux passages au pays de ses ancêtres. En bref il était le leader idéal pour une expédition insurrectionnelle au sein d'un pays à la fois gelé et très franchement anglo-saxon. Après ça il avait été question d’entraînements sur la glace antarctique, d'apprentissage culturel, d’imitation d'accent, de repérages, de monter une équipe ayant droit aux mêmes traitements. Puis on l'y avait expédié, discrètement, et maintenant il y était. Un an plus tard. C'est que le moment était bien choisi pour une infiltration : les grandes familles du pays s'étaient rassemblées à Raxington pour leurs deux mois de stationnement. La ville allait se remplir. Neuf millions d'âme. Une métropole insensée et éphémère, dans laquelle Singer et ses agents allaient devoir trouver des points d'accroche, des gens avec qui travailler. Au début la tâche lui sembla impossible, isolé au milieu d'une espèce de titanesque masse de béton répandue entre des montagnes et la mer, grouillante d'une foule grossière, brusque mais bien rangée en fonction de sa famille d'origine, dont Erik n'avait malgré des heures de documentation qu'une idée en fait très vague de la culture réelle.

Le temps lui appris qu'il y avait de nombreuses subtilités à prendre en compte dans le cadre de l'EAU. Des subtilités qui étaient autant de pièges, d'opportunités, de possibilités, et d'adaptations nécessaires à l'idéal libertaire qu'il était question d'apporter aux habitants du pays. Après tout le but n'était pas de faire s'effondrer l'EAU par une révolution, et le pays était foncièrement dépendant de son système nomade étrange. On ne pouvait pas faire sans. Ou très, très difficilement. C'était de toute façon trop ancré dans la culture locale.

Alors quoi ? Quels leviers utiliser ? Il y en avait quelques-uns. C'est ce qu'Erik avait découvert durant ses études, et ce qu'il étudia plus en détail encore une fois en ville, fréquentant les bars, les universités fermées pour les vacances, les rares cercles littéraires et scientifiques. Discutant avec qui voulait bien parler, sondant ses interlocuteurs, lisant la presse officielle, cherchant activement l'officieuse.

Alors quoi ?

Le droit des femmes, qui était classiquement bafoué et nié. Mais on ne pouvait pas s'appuyer sur des citoyennes de seconde zone pour faire changer tout un pays. Malheureusement elles seraient au mieux un support utile.

Les conditions de travail ? Meilleur plan. On pouvait organiser des grèves, et avant ça sensibiliser la population à ses propres conditions de vie, à la puissance de sa masse laborieuse, aux conditions du prolétariat d'autres pays, vivant mieux, plus simplement.

Ensuite il y avait le culte du travail mis en avant par leur religion. Pas inintéressant si on le mélangeait à une dose savante d’égalitarisme, fut-il marxiste ou autre. Car après tout les patriarches et leurs cadres ne travaillaient sans doute pas autant que ces braves ouvriers du pétrole, pas vrai ?

Il fallait cependant éviter de tomber dans le piège classique : celui d'imputer au système ce qui tenait des conditions climatiques. La vie était dure dans ce pays, car il ne pouvait en être autrement. Alors différencier ce qui tenait du climatique et ce qui tenait simplement de l’oppression systémique. Vaste travail. D'autant plus qu'il fallait aussi séparer ce qui, dans le système, était essentiel à la survie du pays, et ce qui était uniquement essentiel à la survie de son oligarchie. Vaste, très vaste travail. Et deux mois seulement pour y travailler, tout mettre en place, répartir ses agents. Car après ça, ils disparaitraient pour une année pleine en territoire ennemi, à chercher chacun indépendamment des autres des moyens de faire changer les cœurs.

Puis la solution se présenta de façon inattendue à l'un des agents d'Erik, qui lui reporta l'information et le mis en relation avec les bonnes personnes.

Se trouvait, au sein d'un des convois, des anarcho-chrétiens. Des gens qui ne supportaient pas qu'au sein d'une communauté d'hommes théoriquement égaux devant le Seigneur, il s'en trouve pour se placer au-dessus des autres. Des gens qui, en bref, selon Erik, avaient bien raison.

Alors c'était tout trouvé. Ces gens seraient des alliés. Peut-être même, pour reprendre les termes d'usage, l'avant-garde d'une prochaine révolution. Disons plutôt une réforme. Une réforme radicale.

C'était fort de cette idée et sa sacoche chargée de tracts camouflés dans la couverture de livres tout à fait convenables qu'Erik alla à leur rencontre. Il était temps de leur dire bonjour. De leur présenter les techniques utilisées par les travailleurs de tout les pays pour défendre leurs droits et intérêts.

Les femmes. Les ouvriers. Et les chrétiens.

Voilà qui promettait d'être intéressant.
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Réunion

Bruits de pas. Garder l'air calme, sûr de soi. Ne pas sembler louche. Un regard par-dessus son épaule, l'homme qui semblait le suivre s'était engagé dans une autre rue. Fausse alerte. Erik se redirigea lentement, disparaissant entre deux tours de béton morne, direction : le lieu de rendez-vous. Le vend froid claquait les pans de son gros manteau, il se passa une main dans la barbe. Désormais il avait tout l'air d'un local. Ça ne faisait qu'un mois, mais il était plus ou moins au bout de sa transformation. On l'y avait aidé, et sa formation n'avait pas été inutile non-plus. Il avançait, un peu patibulaire, coincé dans une épaisse tenue d'ingénieure, ses bottes caoutchouteuses s'enfonçant dans la neige fondue et les flaques de boue jusqu'au mollet. Splortch. Splortch. Ce bruit à longueur de journée, dès qu'on émergeait d'un bâtiment. Erik grogna. Malgré tout il continuait de haïr le froid. Mais le pays était comme ça, on y pouvait rien. Même le feu d'une révolution ne pouvait changer le climat.

Il émergea dans l'avenue de la Sainte Vierge, toute congestionnée de neige et où quelques gars d'une famille finissaient de s'écharper. Les contourna, fixant les enseignes ; Boucherie, bar, coiffeur. L'endroit où il devait se rendre était situé sur une petite place dont la forme passait ici pour élégante, à quelques dizaines de mètres. Il avança. On évitait généralement de réutiliser deux fois les mêmes lieux de réunion. D'un autre côté créer une forme de pratique habituelle pouvait aider à justifier la présence des mêmes personnes aux mêmes endroits. Alors depuis quelques jours, on utilisait toujours et encore le Flint. C'est que le patron était un ami. Et son serveur aussi. Tous deux, de bons gaillards prêts à aider la cause. Pour le moment ça passait par le prêt d'une arrière-salle. Un jour, ça pourrait être autre-chose. Même s'il n'avait jamais soulevé la question, Erik les soupçonnait d'être secrètement homosexuels. Les pauvres. Dans un pays pareil c'était vraiment misérable.

Et en même temps c'est qu'il y en avait beaucoup, dans ceux qui désiraient lutter pour un changement. Et en l'espace d'un mois on avait rassemblé un panel étonnamment éclectique de mécontents, révolutionnaires en devenirs. Hommes et femmes qui n'avaient rien à perdre, sinon leurs chaînes, et buvaient à la fontaine de l'idéologie en l'agrémentant parfois de leurs propres commentaires. C'était le but de ces réunions, même : Formation idéologique puis pratique, adaptation des doctrines. Mise en place, dès que possible, de réseaux clandestins et d'un plan de renversement du pouvoir, ou de réforme. Les Tulpas du Kah n'étaient que des guides, mais se refusaient théoriquement à garder le contrôle de ces groupes. Ne parlait-on pas d'auto-détermination ? De toute façon il était impossible d'appliquer le modèle Kah eaux EAU. Le climat, le territoire, l'économie locale : tout l'empêchait. On devait faire avec les impératifs locaux, oui. Et ça, les camarades de l'EAU étaient les seuls à les connaitre. On pouvait les former, leur donner les armes idéologiques, mais pour le reste il ne fallait pas ingérer. C'était en tout cas la ligne que défendait Erik face aux autres Tulpas.

Désormais le Flint était bien visible : Trois étages de béton couverts de carrelage trônant, miteux, entre deux des cinq rues amenant à la place. Des ouvriers finissaient leur consommation derrière les épaisses vitres du bar, couverte de condensation. Il n'y avait pas vraiment foule, ce soir. Flint contourna le bâtiment par la droite, rejoignant la cours qui s'étendait derrière. On l'avait couvert d'un barnum de toile pour éviter les regards indiscrets. Un semblant de chaleur y restait piégé, ainsi qu'une odeur putride d'ordures. Sur la façade arrière du Flint se trouvaient plusieurs portes amenant à la cave, aux rues souterraines, en cuisine ainsi qu'un petit monte-charge destiné à descendre les ordures. Sortant un double des clés, le Tulpa pénétra dans la cave et, s'éclairant avec une lampe-torche à manivelle, rejoignit un petit réseau de couloirs et de portes qu'il connaissait par cœur. Les lieux étaient plus secs, à peine moins froids. Au moins le vent ne pouvait pas y souffler : c'était toujours ça de gagner.

Erik arriva devant l'épaisse porte de bois, renforcée à l'aide de bandes métalliques, dont la serrure aurait pu résister à des tirs d'arme à feu. Il frappa et, d'une voix claire, entonna le mot de passe du jour.

« C'est dans la Carcasse des baleines qu'on trouve les graines de demain. »

Silence. Il y avait un petit judas sur la porte, et Erik savait qu'on l'observait. Un peu par réflexe, il leva une main en signe de salut. Bruit caractéristique : le loquer claqua, la porte fut ouverte par une imposante bonne-femme, qui lui offrit un sourire aussi sincère qu'édenté.

« Citoyen Lotts ! »

Elle Tout le monde utilisait des noms de guerre et pseudos. Erik lui attrapa la main et la serra virilement.

« Tout le monde est là ? 
– Tous ceux qui pouvaient venir. Z'ont déjà commencé.
– Je vais me dépêcher alors. » Il indiqua la large tasse de fer blanc, vide, qui était posé sur une table-basse. « Je vous ramène un truc une fois là-bas ? »

Elle secoua la tête et entre-ouvrit son manteau, révélant une grosse gourde. Un nouveau sourire. Erik s'éclipsa rapidement, suivant le couloir et grimpant quelques marches jusqu'à la salle de réunion. Lorsqu'il entra la porte et entendit le jeune Adam, étudiant ingénieur, entamer une lecture critique des textes de Mazarn Kolt, le Tulpa compris que lui et ses pairs avaient bien avancé. En un mois, on avait planté le terreau. Restait à transformer l'essaie. Et à prier pour que la séparation prochaine des familles ne réduise par les réseaux à l'impuissance. Il s'installa sur un tabouret vide - la salle avait des airs de réserve, des meubles divers étaient empilés contre les murs – et écouta religieusement le jeune adulte continuer son essaie, saluant de signes de tête les autres conjurés. Ainsi, selon Adam, l'aspect essentiel de la culture prolétaire était l'union dans la douleur du travail, et la dureté du climat. C'est que Mazarn Kolt venait d'un pays rude, où il faisait froid et où - de son vivant, les conditions étaient presque infernales. Un peu comme l'EAU. En définissant la classe prolétaire comme celle capable de souffrance, il déshumanisait et excluait les cadres et dirigeants. Les nantis. Bien entendu, il fallait noter que l'aspect essentiel de la Révolution était d'éliminer la douleur, ce qui justifait l'existence d'une classe de cadres et d'administrateurs rouges... Mire, importante figure crypto-féministe, se permis de l'interroger et de le reprendre, redirigeant le débat sur les conditions de travail. Le débat s'anima, s'organisa. La lecture devint, comme prévu, un sujet de réflexion, d'émulation.

Il faisait froid, on buvait un liquide chaud infâme, parlait vivement et on se sentait uni.

C'était, en termes simples, l'ébauche d'un grand changement.
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A l'intention de Benjamin Dallas, au ministère des affaires étrangères EAU.

Monsieur Dallas,
C'est avec un immense plaisir que nous acceptons une rencontre au sujet du continent antarctique.

Ce sera également l'occasion de faire connaissance diplomatiquement et de nouer peut-etre une relation durable et positive pour nos deux pays.

Recevez tout le respect du Royaume d'Aubrane,
Bien cordialement,

Aksil Boubacar
Ministre des affaires étrangères du Royaume d'Aubrane
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