09/07/2004
17:53:06
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Royaume de Mazandie

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Royaume de Mazandie

Messe mazandienne

Isolat orthodoxe au sein de la grande mer d'Orient, la Mazandie royale toujours gouvernée par son Shah obéit encore aujourd'hui à une double soumission de moins en moins pertinente : celle envers Jésus, et la Sainte Église orthodoxe autocéphale de Daryansah, la capitale, et celle envers le Sébaste et Autocrate, autre "Roi", basileus, envers lequel le respect peine à demeurer justifiable.
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Activité diplomatique - Un fonctionnaire au pays des Shahs

Balaphos Megas avait l'impression de retourner au service, ou en enfance. Assis depuis bientôt dix minutes dans le salon d'attente, sous les boiseries fines et les dorures d'artifice, comme s'il attendait son dentiste ou son avocat. Quand même, pensait-il, faire attendre l'émissaire direct de l'Empereur n'était pas anodin. Et tout désolant qu'il était de sa stature banale et de ses silences faciles, il avait quand même le tact pour y déceler une profonde, consciente et insistante marque de reproches de la part de la Mazandie qu'il lui faudrait bien sûr rapporter discrètement à son Ministre.

Fixant alternativement sa montre pour juger de l'intensité de l'énervement du Shah, les tapisseries aux motifs de lions couronnés, et les peintures abondantes de cavaliers en armures écrasant les vagues d'infidèles musulmans sous la lumière aidante de Dieu, Balaphos n'accordait pas au moment la gravité dont son hôte voulait avertir l'Empereur. Le fonctionnaire exécutait les heures de sa journée comme un poinçonneur enregistre ses billets de tram, n'espérant vraiment que vendredi prochain pour retrouver sa résidence sur les hauteurs grillagées de Lebira.

"Son Éminence peut accéder aux appartement de Sa Majesté. Je vous invite à me suivre M. Megas.

L'agente de sécurité qui avait accompagné l'ambassadeur jusqu'ici avait ouvert les portes et invitait désormais Megas à la suivre sur la vingtaine de mètres de couloir qui le séparait de la suite diplomatique du Shah. Megas avait saisi son porte-document, son imposante malette contenant son téléphone portable diplomatique, et suivait la jeune brune voilée - se surprenant lui-même de l'excès de testostérone qui le faisait observer le déhancher de son accompagnatrice au travers de son tailleur beige.

Celle-ci l'invita à passer la dernière porte puis l'ambassadeur inclina du chef devant le Shah déja assis. Lequel tendait le bras à Megas pour lui indiquer généreusement un fauteuil et la table basse où l'attendaient tous les mets d'accueil orientaux d'usage.

"Megas, c'est vous qu'ils ont envoyé. Je vous en prie, prenez place en face de moi.

-Votre Majesté, je vous salue au nom de l'Empereur qui m'envoie, répondit l'ambassadeur. Padishah, reprit-il en persan, vous transmet toute son amitié."


À la prononciation de Padishah, le mot persan pour le titre de Roi des Rois, pour lequel le grec oriental moderne consacrait celui de Basileus, le monarque mazandien changea de rictus et marqua la compréhension du rapport de forces que tentait d'instaurer son interlocuteur, par réflexe plutôt que par tactique. Il cracha soigneusement son noyau d'olive dans sa main qu'il porta à l'écuelle contenant déja ceux de quelques dattes.

"Écoute-moi Megas, je n'ai pas de temps à perdre. Mes hommes me rapportent tous les jours les provocations de nos voisins. Nous sommes en état de siège. Ton Empereur semble l'ignorer. D'autres grecs sont venus me voir, dis-le à ton Empereur, eux aussi des Chrétiens, tous comme nous et prêts à nous défendre. Qu'a-t'il à m'offrir, le Basileus, pour que mon peuple supporte encore un peu votre arrogance ?"

Le large front dégarni de Balaphos Megas brillait. La lumière du jour au travers des persiennes venait le colorer de reflets verts. Ne pensant que trop aux futurs dîners à la villa où il pérorerait d'avoir négocié en personne avec le Roi de Mazandie, lointain valet de la gloire rémienne, il avait provoqué sans le vouloir un chef de guerre aigri, dont les racines helléniques ne ternissaient en rien l'engagement patriotique mazandien réel, et concret en contexte de menace d'invasion imminente.

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