17/08/2005
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République de Nazalie

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République de Nazalie

Ville en ruines et sa banlieue

Ancienne région capitale de la Ligue de Lébira, convoitée par l'Orient grec à partir de la grave crise financière des années 1940, la Nazalie tient toujours par les institutions républicaines qui se formèrent pour son indépendance il y a plus d'un demi-siècle. Les Italiques, qui formaient l'essentiel de la population il y a encore quelques décennies, virent en l'ultime reformation rémienne un moyen de conserver leur place sur une terre dont la démographie évoluait à grande vitesse. Mais le mépris des Hellènes envers les Latins décadents les firent jouer des rivalités ethniques locales, et rien ne freina l'explosion de la natalité parmi les habitants originaires du centre du continent, et notamment d'Épibatie, ni le métissage. Aujourd'hui terre mulâtresse et sans fortune, la Nazalie n'est qu'un port pour l'Empire en Occident, divisé de toutes parts et dont la République ne survit que par le zèle de ses cadres à continuer d'en vivre.
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Activité intérieure - Tenue de soirée

Une voiture filait à travers la ville, le long d'un itinéraire réservé aux convois et véhicules d'utilité publique. La plupart des rues adjacentes étaient barrées, apparemment définitivement comme si les immeubles d'habitation et les bouis-bouis des rez-de-chaussée les avaient annexées. À part sur l'artère où roulait le véhicule, les voies semblaient toutes être devenues de grands salons à ciel ouvert, des pièces sans toît d'une immense foire nocturne, se répétant chaque soir, où les mêmes personnages se recroisaient et répétaient une éternelle scène. Atroupés autour de braseros et de barils de métal servant de barbecus improvisés et de chauffage, les Nazaliens, narines fumantes, riaient gras dans la nuit entre deux échauffourés nés de la drogue et de l'alcool.

Ils portaient bien souvent des habits grotesques. Longs manteaux, écharpes déparaillées, mouffles aux motifs de dessin animé occidental, pantalons rapiécés à grand'peine. Hommes et femmes, le teint cireux virant à l'olive, les narines épatées, la tête difforme l'un d'avec l'autre, se mélangeaient, riaient, imitaient parfois quelques pas de danse puis dansaient, se séduisaient, consentaient à une saillie quelques instants d'après dans un des appartements des immeubles ou plus simplement derrière les tas d'immondices et les coulées des bouches d'aération, dans une des ruelles putrides dont les pierres trahissaient encore le génie de leurs ancêtres constructeurs.

Les garçons portaient le plus souvent un peu de barbe. Descendant le long des oreilles, ou en un bouc disgracieux, ou comme de petits nuages noirs sur les joues échappés d'un quelconque incident chimique d'une usine. Leur poil était comme leurs cheveux, du rêche au doux épars dans toute la gamme que le crépu offrait. Les femmes, pour la plupart obèses, nouaient leurs cheveux en de fines nattes colorées de mille élastiques fluorescents, qu'elles laissaient tomber sur leurs grasses épaules découvertes par leur débardeur, dans un artifice de séduction malgré la fraicheur du soir. Les lèvres épaisses des Nazaliennes ne manquaient pas de mots doux pour celui des hommes qui paraissait leur convenir, quand bien même devaient-elles parfois le partager. La polygamie n'était pas un problème pour ces mères en quête d'un partenaire qui saurait, par une bonne situation, payer de quoi changer régulièrement la bouteille de gaz du trépied dans l'angle du salon. Il y avait du travail à Eciarda, comme dans toutes les grandes villes de la Nazalie : des armées de balayeurs ramassaient le verre tombant, année après année, des tours inhabités dont les fenêtres explosaient d'une saison à l'autre - des milliers de ramasseurs venaient trier chaque matin le long des côtes ce que les barques de pêche déchargaient de poissons atrophiés au milieu des plastiques - des centaines d'hommes tenaient bravement chaque jour leurs échoppes de coiffure, de réparation moto, d'habillement coloré sur mesure, de maraboutage ou de prêt sur gage... La République avait bien fini par devoir accepter les mœurs de sa population pleine d'énergie.

Les Nazaliens passaient désormais dans tout l'Empire pour être sans nul doute la plus joviale de toutes ses races. La plus instable aussi. Mais leur pays était pauvre. Des coopératives agricoles d'un autre âge tenaient quelques arrières-pays, de ceux où il pleuvait assez pour faire pousser quelque-chose. Machines sociales d'un temps révolu, reposant sur des familles consanguines dont la pratique maintenu de l'Italique depuis un siècle trahissait les sentiments anti-nationaux de leurs représentants, elles livraient au bord des villes leurs camions de grains, aux check-points militaires qui paraissaient tant de frontières intérieures. Mais l'échange de bons procédés ne suffisait plus à contenir la soif de justice des Nazaliens devant l'accaparemment des terres par les Blancs, et la République devrait bientôt agir pour rétablir un semblant d'égalité devant la persistance du racisme des agriculteurs de l'intérieur.
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