29/08/2005
19:53:51
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[Presse] Les histoires journalistiques du Projet et d'Albi

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Cet article est paru sur le Papier du Projet Pythonien, un des quatre journaux principaux d'Albigark.

NOUS SOMMES PARTIS

Après vingt années de travaux, le Projet est enfin à flot. Les bras du chantier-port qui enserraient la structure ont été démontés ainsi que les échafaudages et enfin, on peut admirer totalement cette oeuvre. Faites de métal et plastiques divers, tantôt rugueux ou miroitant, la structure de loin semble être faite d'un bois rare et étrange. Des vitraux irréguliers la traversent, comme le patagium tendu d'une chauve souris. A l'étage, on peut apercevoir une balade ouvrant sur la mer orné de milles bannières pour l’événement. Le dôme du bâtiment est un corps androgyne recouvrant le théâtre à l'étage, les bras et jambes reposant formant quatre extrémités au bâtiment. Sa tête, tombant en arrière sur l'entrée principale, regarde de ses yeux de géant la foule à son contrebas. A l'opposé, son sexe est tendu vers les cieux.

Nous pénétrons l'enceinte avec trois copains du PPP pour assister aux différents actes de ce théâtre géant. Le hall d'entrée, haut de bien sept mètres, ressemble à une nef d'église moderne. De longues colonnes végétales semblent se rejoindre dans un même plafond d’où s'infiltre la lumière. Des danseurs ariens tournoient autours de nous, s'aidant des piliers pour former une chorégraphie envoutante. . Happé par l'écho d'une musique aérienne, je m’extirpe de la cohue vers une galerie annexe menant sur un escalier. En traversant les lieux, j'aperçois milles cachettes, trous ouvrant sur les salles principales et chatières mystérieuse donnant sur les entrailles du Projet. Ma recherche donna sur une alcôve circulaire, plutôt fermé, à un étage intermédiaire en dessous de la promenade où deux femmes jouaient un instrument étrange : une composition mécanique de différentes flûtes en verre s'entre-renvoyant les soupirs, frottements et inspirations des musiciennes. Je lâche un discret salut à mon entrée, tout de suite amplifier en une trombe sonore par les instruments. Les deux femmes amusées face à ma grimace de surprise m'invitent par un geste silencieux à essayer l'instrument.

Ma quête continue par l'exploration de la promenade. Situé sur l’aile gauche du bâtiment, j'entre-aperçoit les tours de l'université, l'hôpital Garcien, le quartier des goélands sur ses hauteurs - toujours ! - et derrière l'avancée montagneuse du Saartk. Voyant les bateaux-tracteurs du Syndicat se mettre en place, je m'empresse de rejoindre l'agora. Un homme au regard lutin me conseille de prendre une chatière peu accueillante. Je me plie en quatre et arrive dans une loge - sûrement invisible - donnant sur le hall. En bas, la fête est à son plein. Ça sent le cannabis et la chatte.

J'arrive au bon moment : la pièce est plongée dans le noir. Un corps enflammé danse dans les airs. Ses contractions font battre la salle au rythme de trompettes. Un chœur fait une entrée discrète. Des murmures de sirènes se déployant dans les interstices de la pièce. Une voix déformée fait son entrée :

įꝈ Ӌ Ⱥ ƐԱ ꝈƐ φǶටҨԱƐ

Il se posait ces questions
Mais pourquoi plongeait-il ?
Mais pourquoi l'humiliation des proies ?
Mais où est la grâce ?
Sera-t-elle là demain ?
Alors le phoque parcours la taïga et devient lynx.

įꝈ Ӌ Ⱥ ƐԱ ꝈƐ ꝈӋហჯ

Il ne se posait pas de question.
Les aigles et les orques étaient morts
Seul maître, son combat était mouvement
Se déplacer contre la faim
Affronter sa parole - persévérer est un devoir
Alors le lynx s'envole vers la première Terre et devient enfant

ÌL ¥ Ä ÈÚ L'Èñ£Äñ༒

Il parcourra le monde et chaque regard fut Principes
Il regarda les cieux et ce geste fut

φའටلƐͲ


Et le chaos reprit. Des lumières dans tous les sens, l'air compact de structures et hommes aériens me faisant perdre tout repère de ma cachette. Une musique agressive prend le dessus et bientôt la salle entière danse au rythme des trompettes, toujours présentes. Un vrombissement amplifie les basses et je me sens légèrement tremblant. Je crois bien que nous sommes partis.
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