25/03/2005
01:44:36
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Rencontre Banairah-EAU

1983
Visite officielle de Banairah à Raxington


reawrgfasf
Palais du maire, Raxington

Un corbeau venait de rentrer dans le hall du palais de Raxington, venant chercher refuge pour la tempête à venir. En effet, au dehors, l'atterissage allait être juste tant le vent s'était levé soudainement. Le petit aéroport de Raxington, situé juste à côté du palais puisque seuls les dirigeants pouvaient l'utiliser, était prêt à accueillir son premier dignitaire étranger hors-saison depuis un certain temps. Un long tapis rouge avait été placé entre l'endroit supposé de l'atterissage de l'avion et les marches du palais, desquelles Benjamin Dallas était entrain de descendre au petit trot. Il était vêtu de ses éternelles lunettes de soleil, flanquées d'un long manteau noir par dessus sa chemise de travail habituelle. L'homme était plutôt maigrichon, mais ne cillait absolument pas sous les assauts du vent et du froid. Après en avoir fini avec l'escalier, il entra dans sa voiture où l'attendait sa secrétaire Molly sous l'oeil désapprobateur de ses conseillers restés à l'intérieur et s'appliqua à faire le plus long drift possible dans la neige de manière à arriver juste devant l'arrivée du tapis rouge, qui commençait déjà à disparaître sous la neige. Enfin, il fit signe à sa secrétaire de se placer sur le siège arrière et de laisser la porte ouverte pour la nouvelle arrivante.

-Ils nous envoient une femme, hein Molly? Tu trouves pas ça bizarre?

Molly le regarda d'un air incertain dans le rétroviseur.

-Et bien, le Banairah est une démocratie semi-directe où les f-

Il leva le bras d'un geste impatient.

-Je sais bien que là-bas ça se fait, mais une femme tout de même...

Molly tenta une phrase pour faire la conversation.

-Typiquement, je suis une femme, et vous ne m'avez pas virée en 12 ans de service.

Benjamin se retourna et la détailla d'un air surpris, puis se retourna vers le pare-brise en activant les essuies-glaces. Puis il lâcha.

-Pas faux.

Il restèrent là 5 minutes, pendant que des petites mains se hâtaient pour retirer le tapis rouge à l'humidité de la neige. Derrière eux se massaient d'autres voitures pour les autres dignitaires banairais, et deux petites lignes d'un accueil militaire s'étaient mises en place devant l'entrée du palais. Puis une grosse forme apparut soudain dans le ciel au dessus d'eux. Les invités arrivaient.
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Alors que l'avion survolait l'océan, Saroud Al'Tenhè, vêtu aussi chaudement que sa tenue officielle le permettait, observait le temps se gâter à travers le hublot. L'air, auparavant calme, était devenu tout d'un coup agité, et il aurait bien été inquiet s'il ne vouait pas une confiance aveugle à son pilote. Mais si le Kasser était habitué à la chaleur et aux tempêtes de sable, les caprices des vents austraux lui étaient inconnus.
-Siriam, puis-je vous poser une question, demanda-t-il à sa ministre fort occupée devant son ordinateur.
-Oui, bien-sûr, répondit cette dernière. Comme à l'habitude, l'Ambe paraissait fort réservée, et ne l'appelait jamais par son prénom. Ce n'était que lors des rencontres officielles qu'elle devenait chaleureuse, et elle changeait son humeur comme on change de chaussures. Si cela embêtait fort Saroud pour discuter, il ne pouvait que reconnaître que par cette même caractéristique, Siriam jouait parfaitement son rôle.
-Que pensez-vous de ce pays ?
Siriam réfléchit un instant, leva les yeux puis dit :
-Honnêtement, je n'en ai aucune idée. Mais bon, quelle importance ? Les EAU sont un pays pétrolier qui peut être intéressant à avoir comme allié. Ouvert sur la Paltoterra, au sud-est de notre continent...
Elle s'arrêta, bien consciente que son interlocuteur était peu convaincu.
-Vous êtes bien prosaïque, Siriam, répondit Saroud, qui se concentra de nouveau sur son hublot. On vit alors apparaître Raxington et la piste d'atterissage. A peine plus tard, après une manœuvre habile du pilote pour échapper aux bourrasques, l'avion se posa et tous deux sortirent, suivis plus loin par le reste de l'équipe diplomatique...
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Leur pilote était compétent, visiblement. Il avait eu raison de venir se garer aussi près de la piste d'atterrissage, il n'avait maintenant plus qu'à ouvrir la porte de la voiture... ça bloquait. Ah, il l'avait fermée à clé. Bizarre, comte tenu du fait que la porte en face était ouverte et laissait passer la neige à l'intérieur du véhicule. Molly commençait à frémir de froid d'ailleurs, cette conne n'avait pas pensé à prendre un long manteau comme lui pour un voyage en voiture de 30 secondes, après 12 ans de collaboration. Mais il fallait quand même le lui laisser: elle ne s'en plaignait pas, même si elle le maudissait probablement intérieurement. Pour l'emmerder encore plus, Dallas ouvrit la deuxième portière avant pour aller accueillir la ministre du Banairah, et parcourut les 10 mètres qui séparaient la voiture présidentielle d'elle d'un pas assuré dans la petite couche de neige qui commençait à se former malgré le sol chauffant de l'aéroport. Puis, étant arrivé devant la ministre, il lui fit un petit signe de tête, et tendit la main.

-Bienvenue dans les Eglises Australes Unies, madame. Je vous propose de me suivre à l'intérieur, pour les négociations. Il désigna la voiture. A moins que vous préfériez la neige.

La ministre pouvait voir en face d'elle qui lui tendait la main, un homme grand, maigre avec un long manteau noir ouvert sur sa chemise blanche de travail. Ses éternelles lunettes de soleil couvraient comme d'habitude son expression, mais il avait semblé à la ministre qu'elle décelait un peu d'ironie dans l'invitation.
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Après les quelques amabilités d'usage entre les deux représentants, Benjamin Dallas conduisit sa passagère à travers les quelques centaines de mètres qui les séparaient de l'entrée du palais qui commençait déjà à être sérieusement enneigée. Il s'abstint cette fois ci de faire son meilleur dérapage, même s'il était confiant en sa capacité de faire des dérapages sur neige. Non, il savait que certains de ses confrères ne partageaient pas son goût pour les casacades, mêmes réalisées par un professionnel sur un terrain dégagé. Il s'était donc modéré sur ce coup-là. Le court trajet se passa sans encombre, et la voiture s'arrêta pile devant la haie d'honneur qui se situait devant le palais, qui faisait aussi office d'orchestre, qui commença à à réciter à la note près sa partition: une musique de concorde et d'amitié.

Une fois arrivé à l'intérieur, la ministre Banairaise put admirer la magnifique architecture gothique de l'intérieur, ainsi que le double escalier massif en spirale qui menait aux étages inférieurs et supérieurs. Dans le grand hall d'entrée, les hauts administrateurs exécutaient leur ballet habituel en fond, prenant garde à de pas perturber la rencontre qui avait lieu, pendant que Benjamin, après avoir laissé à son invitée le temps d'admirer, lui donna un cadeau, au nom de la première rencontre entre leurs deux pays: une magnifique montre à gousset en argent et or avec un petit drapeau banairais finement ouvragé. Derrière eux, Molly Harris et l'assistant Banairais restaient silencieux, mais on pouvait voir que la première secrétaire du maire prenait des notes de temps à autre, comme son travail le laissait supposer. Elle étudiait attentivement la réaction qui était faite au cadeau.

-En espérant que vous apprécierez. De la part de nos plus fins bijoutiers.

Puis d'un signe de la main, il l'invita à le suivre deux étages plus haut, dans ce qui semblait être la plus haute salle du palais, d'ordinaire réservée au maire et au patriarche. Une partie de la pièce était occupée par un magnifique bureau récemment poli, et l'autre par une immense table austère autour de laquelle se trouvaient dix sièges, pour les réunions annuelles entre le maire et les patriarches. Benjamin Dallas et Molly Harris s'assirent derrière le bureau, comme d'habitude, et autant de sièges simples mais confortables se trouvaient en face de celui-ci. Assez pour les deux invités, assurément. Après s'être assuré que ses invités étaient installés, il entama la discussion.

-Et bien, maintenant que nous y sommes, de quoi vouliez-vous vous entretenir avec nous?

Toujours cette smug face. On aurait dit qu'elle lui servait de masque.
1520
Saroud devait concéder une chose : le bâtiment était d'une rare élégance, et le dépaysait. Malgré la richesse du patrimoine architectural banairais, il existait peu d'édifices de ce style, et Saroud se dit qu'il allait vite régler ce manquement. Il en parlerait aux familles de mécènes d'Al Kara. Siriam, quant à elle, avait l'air également d'apprécier, mais il était difficile de dire quelle en était la partie diplomatique et la partie personnelle. Le groupe était à présent installé dans le bureau du Maire. Ce fut désormais aux Banairais d'offrir un cadeau diplomatique : un sublime globe terrestre peint à la main. D'une graphie des plus précises malgré la petitesse de l'objet , il affichait les phases de la lune grâce à un petit mécanisme. Le tout était placé sur un petit piédestral doré, représentant des scènes maritimes. 《De la part des nos plus grands sculpteurs et artisans. J'espère qu'il vous plaira, dit Saroud.》Après cela, Saroud ouvra la discussion à proprement dite : 《Nous aimerions vous proposer un accord commercial. Nous savons que votre pays propose à l'exportation du pétrole raffiné, mais dépend grandement de l'importation. De notre côté, le Banairah produit bien suffisamment de pétrole pour satisfaire la demande interne et externe, mais se saurait gré de pouvoir s'ouvrir plus facilement à de nouvelles horizons. Nous pensions donc à vous vendre à prix avantageux nos produits de consommation courantes, notamment médicamenteux, de matériel ainsi que de nourriture transformée. Votre pays pourrait ainsi faire de grandes économies. En échange, vous nous autoriseriez à pouvoir ouvrir des usines de plasturgie et autres produits dérivés sur votre sol. Nous vous achéterions du pétrole raffiné pour les faire fonctionner. Qu'en pensez-vous ?
1170
Dallas regardait l'objet merveilleux qu'on venait de lui offrir sous toutes ses coutures, et malgré que la représentante du Banairah ait poursuivi son discours, il continuait à faire courir ses doigts le long des fines rainures qui consituaient les principaux reliefs du globe. Pendant ce temps, Molly réprima son envie de long soupir réprobateur, et tâcha de constituer un interlocuteur crédible pour la représentante du Banairah. Cependant, la demande finale arracha Benjamin à son adoration. Lui et Molly se regardèrent d'un air entendu, presque complice. L'accord leur permettrait de s'affranchir un peu de Fortuna, tout en diversifiant les activités des EAU désespérément sous le contrôle des patriarches du pays. Le sacrifice consenti, d'un autre côté, n'en sera de toute façon pas un, quelle que soit la manière dont leur plan tournera. Dallas posa le globe comme il poserait un nourrisson sur la table, puis regarda la représentante du Banairah avec son sourire colgate.

-Accepté. Molly s'occupera des détails. Vous avez autre chose à nous proposer?

Molly soupira à nouveau en son for intérieur. Pas à cause du travail, après tout, elle était payée pour ça. Non, à cause de son maire qui semblait plus intéressé par son nouveau cadeau que par les éventuels accords avec leur invitée. Et effectivement, ça se voyait que Dallas se retenait de reprendre son observation du globe.
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