06/09/2005
10:23:12
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Activités étrangères dans l'Empire Latin Francisquien

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Activités étrangères dans l'Empire Latin Francisquien

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants dans l'Empire Latin Francisquien. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur de l'Empire Latin Francisquien, sinon quoi ils pourraient être invalidés.

Personnages francisquiens immunisés contre les manoeuvres hostiles ennemies 3/3:
-l'Impératrice Clémence Première,
-le chef d'état major, Napoléo de Thase,
-le Premier Consul, Auguste de Lathange.

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Le cercle orange

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Ils avaient pris l'habitude de se rejoindre sur le parking du vieil hôtel, après la classe. Trois gamins, deux garçons, une fille, pas tous du même âge mais qui se connaissaient depuis suffisamment longtemps pour que ça n'ait pas grande importance. Ils avaient quasiment grandi ensemble, en fait, leurs maisons en contreplaqué avaient été alignées les uns contre les autres par un entrepreneur immobilier désireux de proposer des logements à bas revenus dans la région et leurs familles s'étaient installées là, parce qu'il y avait du travail et qu'on n'était pas très loin de la côte alors c'était presque comme un luxe.

Les gamins n'avaient pas conscience de tout ça. Ils avaient grandi avec la mer et la pauvreté, allaient au collège de quartier, puis au lycée, toujours au même endroit, avec les mêmes personnes. La mixité sociale n'était pas une chose très répandue dans l'Empire. Peut-être était-ce le prix à payer pour la grandeur de la nation, mais c'était en tout cas les pauvres qui devaient apprendre à vivre avec , pour ne pas changer.

Quand ils faisaient beau comme hier, le petit groupe allait se baigner. La plage était pleine de galets qu'on pouvait se lancer dessus pour faire des batailles et on trouvait assez de bois flotté pour construire des cabanes ou faire des feux. Plus jeunes ils avaient joué aux pirates et aux corsaires. Plus tard, au jeu de la bouteille, et à action ou vérité, mais les cabanes, il continuaient d'en construire.
Quand il pleuvait comme aujourd'hui, on se réfugiait sur le parking du vieil hôtel. C'était tranquille, relativement abrité, et ça valait mieux que de rentrer chez soi, dans la promiscuité bruyante de leurs familles trop nombreuses.

Manius - le plus âgé - faisait des tours de vélo sous le crachin depuis une bonne vingtaine de minutes en dissertant sur une fille de sa classe. A l'entendre la petite était aussi stupide que chiante, insupportablement bavarde et sans aucun intérêt, ce qui ne l'empêchait pas d'en parler encore et encore chaque jour depuis une bonne semaine. Assis sous un porche pour se protéger de la pluie, Paullus et Septima n'écoutaient que d'une oreille. Manius se prenait toujours un peu trop la tête avec les filles, de toute façon, et puis ils étaient tous les deux trop occupés à rouler un joint convenablement pour se préoccuper sérieusement des états d'âme de leur ami.

- "Putain mais qu'y s'branle une bonne fois pour toute là..." souffla Septima alors que Manius avait commencé à décrire en détails à quel point la couleur des yeux de la fille était banale et laide, surtout quand le soleil couchant se reflétait dedans quand ils sortaient des cours un peu tard. Paullus se contenta de ricaner, les yeux rivés sur le joint, pendant que Manius tournait, tournait sous la pluie, esquissant parfois un début de roue arrière, mais sans jamais s'arrêter de parler.

- "Franchement, qu'est-ce que j'en ai à foutre au final, qu'elle s'occupe de ses merdes à elle j'vois pas pourquoi je me prends la tête avec ça et t'façon vu qu'on en parle c'est..."

Les deux autres mirent un instant à réaliser que leur ami s'était tu. Son silence abrupte avait quelque chose de plus étrange que ses monologues décousus et incessants.

- "Bin Manius t'as pas terminé de nous raconter à quel point tu t'en fous de cette meuf...?" ricana Paullus avant de se taire à son tour.

Leur ami avait arrêté son vélo au milieu de parking et fixait quelque chose un peu plus loin au dessus de sa tête. D'où ils étaient les deux jeunes gens ne parvenaient pas à voir de quoi il s'agissait mais une étrange lueur orangée se reflétait sur son visage tout mouillé de crachin et surtout ses yeux étaient grand ouverts. Soudain inquiets, Paullus et Septima échangèrent un regard avant de se lever, abandonnant le joint sur les marches où ils se tenaient assis jusque là.

- "Mec, ça va ?"

Et ils le virent à leur tour. Un cercle de lumière orange qui se réfléchissait sur l'un des murs de l'hôtel.

- "Bin merde alors..." souffla Septima.
- "Les pirates..." dit Paullus.
- "Le Syndikaali." précisa Manius qui semblait sortir de sa torpeur. "C'est le signe des contrebandiers, ils projettent ça depuis la mer pour prévenir leurs potes qu'ils sont là..."
- "Leurs potes ?"

Paullus avait prononcé ce mot d'une voix soudain angoissée et d'un seul coup, ce furent comme si tous venaient de réaliser ce que signifiait vraiment le signal lumineux.

- "Et merde ! On se barre !"

Manius avait déjà enfourché son vélo en danseuse et Septima venait de prendre place sur la selle, ses bras noués autour de sa taille, lorsqu'un écho de voix leur provint du bosquet d'arbres qui bordaient le parking. Les trois adolescents se figèrent une seconde, le temps d'entendre un éclat de rire étouffé, puis tous ensemble abandonnèrent le vélo et s’engouffrèrent comme un seul homme par l'une des portes du bâtiment.

- "Le vélo...!" dit Paullus d'un ton plaintif.
- "Ta gueule !" répondit Septima.

Ce n'était plus le temps de parler. Cinq personnages venaient d'apparaitre sur le parking, transportant deux caisses de fer qui semblaient peser leur poids, à voir comment elles les faisaient souffler et râler à chaque pas qu'ils faisaient. Le seul à ne pas porter faisait la conversation tout seul, comme Manius quelques instants plus tôt, sauf que lui parvenait à tirer des éclats de rires à ses camarades, entrecoupés de grimaces dues à l'effort.
Puis, comme Manius avant eux, ils se figèrent. Le vélo avait été abandonné en plein milieu du parking, impossible de le rater et pour le pire l'une de ses roues continuaient de tourner dans le vide, trahissant la présence récente des adolescents.

L'homme qui blaguait s'approcha. Il portait un long ciré gris et sale, des bottes en plastique et un grand chapeau de marin qui lui plongeait tellement le visage dans l'ombre qu'on aurait dit qu'il n'en avait pas. Seul présence de sa bouche : le rougeoiement d'une cigarette qui se consumait entre ses lèvres.

- "Tiens...?" Du bout du pied, il arrêta le mouvement de la roue. "On n'est pas tout seul."

Derrière lui, les autres avaient posé les caisses sur le sol et qui se massaient les bras qui les étiraient avec des grognements de satisfaction. "Des flics ?" demanda l'un deux du même ton qu'il aurait employé pour demander le menu du soir. Il avait un drôle d'accent, un peu liquide, typique des régions d'Albi pour qui s'y connaissait.

- "Des flics sur un vélo de gosse ? C'est limite s'il n'y a pas des petites roues."

Manius serra les poings. Ils avaient tous les trois le nez collé à la porte derrière laquelle ils s'étaient réfugiés, l'idée de s'engouffrer plus loin dans l'hôtel ne leur avait pas traversé l'esprit, à la fois fascinés par ce qui se passait à quelques pas d'eux et terrifiés à l'idée que le moindre grincement du parquet ne trahisse leur présence.

L'homme à la clope tournait la tête de tout côté désormais, faisant voler des petites gerbes d'eau qui s'était accumulée sur son chapeau. Puis il mena ses mains autour de sa bouche pour faire porter sa voix.

- "Y a quelqu'un ?!"
- "Bin si l'idée c'était de ne pas attirer l'attention c'est réussi." grommela une femme en s'essuyant le front d'un air maussade.
- "Silence."

Les adolescents retinrent leur souffle.

Puis la porte s'ouvrit d'un coup.

- "Bien sûr qu'il y a quelqu'un." rigola un sixième homme.

Paullus se courba en deux et fonça dans l'interstice entre le cadre de la porte et le nouveau venu mais celui-ci fut plus vif et le saisissant au col, le garçon s'étrangla tout seul et glissa sur le sol trempé à l'extérieur avant de se faire renvoyer dans le hall d'une puissante saccade. Manius et Septima n'avaient pas bougé, eux, les yeux écarquillés, comme incapables de prendre une décision.
Goguenard, le grand type qui avait ouvert la porte se tenait toujours dans l'encadrure où il fut rejoint par le gars à la clope dont le visage révéla qu'il était plus jeune qu'il n'y paraissait de loin et la femme.

- "Salut les gosses !" dit la femme avec bonne humeur.
- "Salut salut !" renchérit le clopeux. "Pas cool les gars, pas cool de trainer sur notre parking comme ça."

Paullus avait rampé comme il pouvait à reculons jusqu'à ses deux amis et se massait maintenant le cou, sans rien dire, le cul par terre, quand Septima osa finalement ouvrir la bouche : "Vous... vous allez nous buter ?"

Les autres se regardèrent. "Non je crois pas, non." dit le type à la porte. Il y eut une sorte de relâchement très perceptible du côté de Manius. Comme si cette simple information avait suffit à lui redonner vie, il secoua la tête et fit un pas en avant.

- "Laissez nous partir, on dira rien de c'qu'on a vu !"
- "Z'êtes de spirates ?" c'était Paullus qui avait parlé cette fois-ci.

Ignorant la remarque de son aîné, la femme lui adressa un sourire. "Ca te plairait p'tit ? D'authentiques pirates ?"

Le gamin haussa les épaules d'un air vaguement blasé. "Ça s'pourrait." La remarque fit éclater de rire les trois Pharois. Derrière eux, une voix s’éleva, agacée. "Eh ! Quand vous aurez fini d'vous amuser vous viendrez aider, les autres vont arriver d'une minute à l'autre !"

Celui qui clopait hocha la tête, constata que sa cigarette était éteinte, la jeta par terre et se détourna des enfants. La femme fit de même mais le troisième homme, lui, ne bougea pas. En fait, il fit même un pas à l'intérieur de l'hôtel et referma la porte derrière lui. Ce simple geste avait de nouveau jeté un froid qu'il dissipa toutefois d'un sourire édenté.

- "Pas d'paniques les p'tits. Ce qui va se passer dehors... disons que pour vous comme pour nous, c'est mieux que ça reste privé. Je vous garder là un peu en sécurité, du coup."

Le ton était chaleureux mais sans doute pas suffisant pour rasséréner les trois ados. Paullus s'était relevé et ils se tenaient toujours tous trois dans le couloir, les uns contre les autres, à le fixer silencieusement comme prêts à détaler au moindre mouvement suspect.

- "T'aimes bien la piraterie alors p'tit ?" demanda l'homme en s'adressant à Paullus. "Tu sais qu'on recrute ?"
Le gosse se fendit d'un sourire. "Ah ouais ?"
- "Juré. Travaille bien à l'école et tu pourras peut-être nous accompagner."
- "Et pourquoi faudrait être bon à l'école pour dev'nir pirate ?" l'idée avait l'air de scandaliser Septima.
- "Parce qu'un pirate, aujourd'hui, ça se bat d'abord pour des idées, tu vois ? Les va-t-en guerre, ah, très peu pour nous, c'est utile je te dis pas, mais ça finit toujours par causer des problèmes. On veut des gars malins, nous, vous êtes malins vous ?"
- "Pour sûr !" dit Paullus.
- "Mouais." concéda Septima.
- "Et toi ? Tu t'appelles comment ?"

Le plus âgé hésita avant de s'agiter, mal à l'aise.

- "Manius. M'sieur."
- "Eh, pas de monsieur, d'accord, ici on s'appelle..."

Il fut coupé par le bruit d'un moteur qui provenait du parking et se retourna. "Ah. C'est bientôt fini."

Du dehors provinrent étouffés des bruits de voix, puis des grognements et le son du métal qui heurtait le métal, un juron. L'homme attendit un moment puis se retourna de nouveau vers les ados.

- "On s'en va. Soyez sympa, attendez de plus entendre le bruit du camion avant de ressortir et..." il marqua une pause. "Caftez pas, d'accord ?"

Paullus hocha la tête vigoureusement. "Juré !" puis il cracha par terre. Ses deux amis opinèrent silencieusement.

- "Bien. On se reverra peut-être alors."

Alors qu'il levait la main pour les saluer et avait déjà passé un pied dans l’embrasure de la porte, le garçon fit à son tour un pas en avant.

- "Et on doit vous app'ler comment du coup ?!"

L'autre eut un sourire.

- "Camarade, p'tit. Camarade. Le plus beau mot du monde."
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Manifestations de joie au large des côtes francisquiennes !

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Malgré l'impétuosité certaine des Pharois et les passions qu'a naturellement déclenché chez eux l'annonce de la découvert d'une gigantesque baleine au nord de l'Empire Latin Francisquien, les consignes passées par les autorités semblent avoir été relativement suivies. Quelques accrochages sont toutefois à déplorer notamment en début de journée entre les navires baleiniers de la Merenelävät et la flottille Verte Mer d'une ONG écologiste para-militaire. Des coups de feux ont été échangés de chaque côté mais il semble que les belligérants visaient surtout en l'air afin d'intimider leurs opposants. Incident un peu plus grave puisque vers midi deux navires sont entrés en collision, coulant une vedette dont l'équipage a heureusement pu être récupéré par les secouristes du Syndikaali. La présence militaire des Francisquien semble avoir suffit à dissuader la plupart des civiles de s'aventurer dans les eaux territoriales de l'Empire.

Finalement, la baleine a été réaperçu filant en direction de Meridiaan, relançant à sa poursuite les chasseurs, zoologistes et écologistes les plus déterminés. Les autres, simplement satisfaits d'avoir vu la bête, ont passé la nuit au large des côtes impériales, improvisant ce qui semble manifestement une grande fête pour célébrer les mystères de la mer. Plusieurs rituels ont été réalisés grâce à la présence de deux prêtres de l'Eglise Abyssale et les différents équipages ont fraternisé dans une ambiance relativement bon enfant, sous la surveillance à quelques milles des garde-côtes du Syndikaali. Vers 23h, des feux d'artifices ont été tirés, illuminant le ciel francisquien pendant près d'une demi-heure sous les hourras des marins.

Seul incident notable, quelques zodiacs semblent avoir été repéré très près des plages à la faveur de l'obscurité. L'un d'eux occupé par une demi-douzaines d'adolescents Pharois et Francisquiens a été appréhendé par les autorités impériales. Les trois ressortissants du Syndikaali sont actuellement en garde à vu et attendent d'être restitués aux autorités de leur pays. Tous les six auraient justifié leur comportement par "un désir de faire la fête sans se prendre la tête et de faire des rencontre". Difficile de savoir dans quelles proportions certains des plus jeunes et inconséquents venus chasser la baleine se sont improvisé un petit frisson transgressif en allant s'ouvrir une bière sur le sol de l'Empire. A l'inverse, des rumeurs semblent courir sur la présence de Francisquiens à la fête, ayant rejoint la flottille à la faveur de la nuit, sans doute à la nage ou en contournant les garde-côtes par le Nord.

Pour le moment, le gouvernement du Syndikaali s'est contenté d'ouvrir une antenne radio en direct pour suivre en permanence le trajet de la baleine et a offert une récompense de 500 Couronnes Pharoises à qui parviendrait à placer un traqueur dessus sans la blesser afin de permettre au centre d'études océanographiques du pays de découvrir la raison du gigantisme de ce spécimen. Ils ont également salué pour l'heure le professionnalisme des autorités francisquiennes dans la gestion de ce petit évènement.
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La situation était à la réunion stratégique pour le clan Kendall. La salle rassemblait près d'une douzaine de personnalités influentes du clan Kendall, 6 dragons, ainsi que les cinq amiraux de la flotte navale du clan Kendall, dans cette assemblée organisée en demi cercle trônait en bout de table Glenn Kendall. Amiral en chef de la flotte du clan et Roi tribal. Malgré le rassemblement d'autant de personnalité dans cette salle, une brise légère semblait passer au travers des murs de l'ancienne bâtisse. Ses murs de bois anciens et exotiques arborant les insignes du clan Kendall et les insignes des différents amiraux et dragons présent sur plusieurs étendards. L'odeur de tabac et la fumée qui se dégageait des nombreuses cigarettes et cigares que fumaient les membres de la réunion emplissait la salle comme un faible brouillard.

La situation était à la prise de décision. Bien que le motif de la réunion avait été gardé secret, la tension qui se dégageait de l'ambiance globale de cette dernière ne faisait aucun doute. Les autres chefs de clans et amiraux échangèrent des regards entendus et suspicieux, attendant enfin le motif de leur réunion. Depuis la réunion de Garde-Serre, Glenn Kendall semblait manifester des doutes quand à la marche à suivre pour les besoins du clans.

Glenn Kendall se leva, mimant les cents pas comme s'il attendait un quelconque signal pour parler. Le roi Tribal était toujours propre sur lui, portant un uniforme en costume 2 pièces couleur noir impeccable. La barbe taillée en un bouc, l'homme passa une main dans ses cheveux, cherchant ses mots pour faire face à l'entièreté des dragons présent dans la salle. Au fond de lui, le roi tribal maudissait cette prise d'initiative de la part des mystiques et de ses agents. Elle le forçait à réorganiser l'entièreté de son organisation et même à devoir reconsidérer ses accords commerciaux principaux. Glenn Kendall afficha un regard stoïque, ses mains venant s'appuyer sur la longue table où l’entièreté des représentants attendaient.

- "Messieurs. Nous devons parler de la situation actuelle. Vous n'êtes pas sans savoir que le trône du Haut Roi est en jeux."

Quelques murmures discrets s'échangèrent entre les différents chefs de clans.

- "Les clans de Nhorr sont en concurrences. En concurrence pour le trône de Haut Roi. Nous avons l'opportunité de nous affranchir des rivalités, de prendre le pouvoir une fois pour toute sur les clans et d'arrêter cette rivalité stupide. J'ai besoin de votre soutien, de votre allégeance, de votre loyauté, accordez moi votre confiance une nouvelle fois, pour sortir notre pays de son état."

Une main se leva. L'amiral marqua

- " Donc si je comprend bien, c'est la guerre ?" Demanda l'un des amiral, visiblement intrigué.

- "Non, mais la rivalité est bien existante." Répondit Glenn. L'homme sortit une carte des régions marines de Nhorr. Sur la carte étant indiqué les routes commerciales maritime. "Nous allons devoir suspendre notre commerce et partenariat avec le clan Tual pendant au moins trois ans. Il faudra donc trouver de nouveaux partenaires commerciaux non Nhorréens."

La nouvelle fut accueillie dans le silence. C'était le début des emmerdes, à n'en pas douter. Glenn Tual posa la carte au centre de la table, à la vue de tout les dragons et amiraux.

- "L'Empire latin Francisquien est un voisin intéressant pour obtenir de nouveaux contrats de développement et d'influence. Tout en préservant l'influence de la flotte Nhorréenne sur ces eaux. Entamons un contact diplomatique et tâtons le terrain. Un autre clan aurait pu nous devancer dans ces manœuvres diplomatique."

La suggestion prit la forme d'un ordre lorsque certains amiraux proposèrent d'autres idées, notamment basé sur un piratage potentiel. Kendall ne pouvait se permettre à l'heure actuelle d'avoir des ennemis, elle devait avoir une liberté d'action assez importante pour devancer ses rivaux. Glenn Kendall replia la carte maritime entre ses mains et contempla l'horizon. C'est un voyage qu'il devra entreprendre lui même.

Le Lendemain matin, l'expédition de Glenn comprenait pas moins d'une demi douzaine de navire arborant les insignes du clans prêt à prendre la mer. Des navires d'assaut cuirassés aux proportions massif. Les Nhorréens ont adaptés leur arsenal sur les cuirassés, les dotant de canons anti-aérien à l'avant et à l'arrière du véhicule. Un tube à torpilles installé au sein de la coque immergée, Enfin, une triple rangée de canons sur chaque côté de l'embarcadère. Enfin plusieurs rangées de canons disposées de chaque côté du navire. Le genre de navire à faire frissonner de peur les petits flibustiers à la petite semaine. Glenn embarqua dans le navire non sans un dernier regard vers sa terre natale, comme si s'il n'aurait pas le plaisir de mouiller à Garde-Serre pour les prochaines années à venir.

Le voyage durant près d'une semaine, quelques anecdotes à base de pirate rencontré sur la route et écrasé par les puissants canons des vaisseaux de l’expédition permirent à l'équipage de se tenir occupé tandis que les navires approchaient des côtes Latines.

La ville de Kotios était un point points d’amarrage afin de s'engager sur le territoire de l'Empire Latin Fransciquien. Les navires de guerre mouillèrent au loin afin de ne pas déclencher une quelconque panique et se présentèrent avec des messages de paix et la volonté d'échanger auprès de responsables locaux. Si possible les responsables militaires. Les Nhorréens ont peu d'intérêt à échanger avec de simple diplomates et émissaires. Ces derniers préfèrent échanger avec ceux qui connaissent la valeur et les enjeux du combats. Pour une diplomatie orientée sur le franc parlée, elle a donc plus d'affinité avec les soldats usés par la guerre, ceux qui connaissent le véritable coup de la vie humaine. Une opinion aujourd'hui dépassée et barbaresque aux yeux de l'amiral Glenn Kendall. Ce genre de pensée favorisait les mésentente diplomatique et les tensions frontalières, et s'il était sûr d'une chose, avoir plus d'ennemis que d'amis était toujours une mauvaise chose, du moins, il faut savoir contrôler ses ennemis et ne pas se laisser submerger par eux.

Ses réflexions lui donnait à penser qu'il avait des points communs avec le Roi tribal Keïth Gwendal. Au moins ce chef de clan avait su ne pas se transformer en seigneur de guerre bestial où la force réglait tout conflit d'opinions.

Mais trêve de traits d'esprits et autres réflexions. L'amiral en chef attrapa une longue vue pour choisir un point d'accostage qui ne serait pas gênant pour l'Empire Latin et qui pourrait permettre aux hommes des différents équipages de monter un campement temporaire. Ils ne tarderaient pas à croiser quelques civils et où personnel de surveillance des côtes qui signalerait la présence de la flotte. Mais c'était pour le mieux. Glenn chargea quelques hommes de partir une fois débarqués vers la ville de Kotios pour y annoncer sa venue et sa volonté d'échanger diplomatiquement.

Installer le campement pris toute la journée du sixième jour, ce qui ne tarda pas à alerter les locaux qui habitaient en bord de mer ou les marchands longeant les routes du littoral. Ce qui était sûr, c'est que la nouvelle d'une flotte navale appartenant à l'un des clans de Nhorr était dans les parages. Le surlendemain cette fois, ce fut la nouvelle de leur volonté d'échanger diplomatiquement annoncée par trois représentants se voulant représenter le clan Kendall. Des explorateurs et marins qui cherchent à établir de nouveaux contacts avec les responsables locaux. Ces derniers ayant d'ailleurs indiqué la position géographique du campement où se trouvait Glenn et sa petite troupe diplomatique.

Parlons du campement à présent. Le campement était un petit fortin monté à la va vite comme les pirates de Nhorr avait tendance à en monter. Des fortifications temporaires comportant barricades en bois, sac de sables, hôpital de campagne et quelques rangées de tentes pour dormir et se reposer. Au centre du campement, on retrouve un lieu pour faire un feu de camps entouré par de petit tabourets arrangés à partir de morceau de tronc d'arbre coupé. Des installations éphémères qui aurait pour but de tenir quelques jours tout au plus. Des chants paillards avaient tendance à s'échapper de la forêt et des lieux proches du campement. Les Nhorréens sont des bons vivants, et ce voyage était une occasion comme une autre de découvrir de nouveaux horizons, de festoyer et de profiter des petit plaisirs de la vie, en attendant l'arrivée ou la réponse d'un dignitaire local.
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Premières répercussions sur le trafic commercial francisquien

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L'annonce du Doyen Pêcheur était prévisible, aussi manifestement certains équipages avaient pris les devant en allant se placer en mer centrale pour pouvoir frapper les premiers. De fait, les lignes commerciales étaient encore en activité lorsque la piraterie est sortie de nul part. Certains navires de commerce pharois, habituellement pacifistes et respectueux des lois, ont même profité de la législation permissive sur le port d'arme pour les citoyens du Syndikaali et sur les nouvelles autorisations en vigueur pour s'improviser pirates et s'empresser de rançonner tous les pavillons francisquiens à portée.

Plus imprévisibles sont les équipages pirates qui stationnaient directement sur les côtes de l'Empire, à l'abri des criques et des falaises. Le territoire qui fut longtemps une place stratégique de contrebande pour certaines factions du fait de sa position à cheval entre la mer centrale et les océans de l'ouest, a opéré de manière assez spectaculaire un revirement d'activité suite aux dernières annonces. Utilisant leur bonne connaissance des côtes, ils ont fondu sur les navires de transport francisquiens qui cherchaient à rejoindre Kotios et Thylium, et dans une moindre mesure Titoliois et Rézus, prenant les garde-côtes par surprise.

Fait également surprenant, les différentes factions et équipages pirates ne se sont pas attaqués entre eux, comme c'est souvent le cas lorsqu'ils se disputent des proies. Il semblerait qu'une certaine forme de trêve soit tacitement en vigueur suite aux derniers évènements, bien que peu nombreux soient les experts qui estiment qu'elle durera. Au regard de l'histoire de la piraterie pharoise, ce genre de moment de grâce ne tient jamais longtemps, la moindre prise d'envergure étant motif à déchaîner les passions mercantiles les plus voraces et agressives.

Néanmoins, à l'heure actuelle, il semble que les consignes aient été plus ou moins respectées, chacun mesurant l'aspect particulièrement avantageux de la nouvelle loi pharoise sur la piraterie, et la protection à tirer le cas échéant des sous-marins du Syndikaali mouillant au large. Plusieurs cargaisons ont été saisies sans qu'il soit encore possible d'en calculer la valeur totale et des navires ont été réquisitionnés ou coulés. Difficile également d'estimer les pertes humaines pour l'heure, espérons que l'interdiction des crimes de sang ait permis d'en éviter un maximum. Nos journalistes à proximité ont toutefois relevé plusieurs équipages francisquiens abandonnés à la mer avec de simples bouées et des fusées éclairantes. Souhaitons que les garde-côtes de l'Empire se montreront réactif pour les récupérer.

Certaines voix au Syndikaali s'élèvent déjà pour saluer ces attaques, glorifiant le patriotisme des pirates ou relativisant la gravité de leurs actes au regard du ressentiment légitime de la population envers les autorités impériales. D'autres toutefois se montrent plus cyniques et ne voient dans cet opportunisme que l'appel d'un butin facile, profitant de la présence des forces militaires du Syndikaali dans la région pour éviter d'être poursuivis par les autorités francisquiennes.

Pour l'heure, la région connait une certaine effervescence qui devrait certainement se calmer dans les prochains jours avec l'organisation de l'Empire pour éviter à ses commerçants de prendre des risques inconsidérés et établir des voix commerciales plus sécurisées. Cependant, tout le monde ayant bien conscience que les actes de piraterie ne seront bientôt plus aussi simples passé l'effet de surprise et la désorganisation, il est à craindre qu'ils soient nombreux à s'en donner à cœur joie tant qu'il est encore temps.
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Le 8 juin 2004 à 00h20 - Plage de Kotios.

Débarquement raté par les commandos pharois.
Dans la nuit du 8 juin, une patrouille impériale a détecté la présence d'un commando étranger sur l'un des plages du pays.


Les récents déboires de l'Empire Latin Francisquien avec le Syndikaali ont motivé le redéploiement des forces impériales francisquiennes sur différents sites d'accostage le long des plages du pays. Un choix de raison lorsque la nuit du 8 juin a révélé aux vigies la présence de deux embarcations motorisées rapides en approche des côtes francisquiennes. Le tir d'une fusée éclairante par une patrouille francisquienne le long des plages a tôt fait de mettre au jour la progression d'un peloton de soldats pharois progressant sur le sable. A découvert et peu mobile le long des côtes, le peloton est rapidement engagé par une unité impériale francisquienne.

Les échanges de tirs provoquent la mort de 4 soldats francisquiens et 14 soldats pharois dont quelques uns d'entre eux se sont noyés en mer après avoir tenté de rejoindre les vedettes qui les ont déposés. 16 soldats pharois sont contraints à se rendre et constitués prisonniers auprès des autorités impériales. Selon toute vraisemblance, l'interrogatoire des prisonniers a révélé qu'ils œuvraient dans le cadre d'une opération de sauvetage d'un diplomate nhoréen.


Staff a écrit :
Action clandestine arbitrée en échec majeur, enregistrée sous le n° 61222 du site ventsombres.

  • 30 soldats professionnels perdus pour le Syndikaali pharois.
  • 4 soldats professionnels perdus pour l'Empire Francisquien.
  • -2000 points de développement pour le joueur Pharois, investis en pots-de-vin dans l'opération.

L’Empire Latin Francisquien, un pays fragilisé



C’est une étrange agitation qui prit les hommes à la vue d’une grande tour de Latios. L’air pur de la mer soufflait dans leur poumons et leur redonnait une force qui écartait leur peur étrange. Ils étaient à l’affût de tout mouvement de tout mouvement extérieur, comme hanté par l’impression d’être observé par des fantômes funestes.
Ils le savaient : ils couraient à leur perte.
Le plus jeune (environ 25 ans) se leva et retourna au fond du minibus. Surveillait ici « Le Gueule » comme aimaient l’appeler ses camarades ; son côté taciturne parlait presque autant que sa rage immense qui déferlait quelques fois sur des personnes malchanceuses. Il jeta un regard noir comme le vide au jeune qui, comme à son habitude, hésita avant de replacer un pied devant l’autre. Il s’assit de l’autre côté du véhicule (mais s’arrangea pour ne pas se retrouver devant ce visage terrifiant).
Celui-ci était le plus âgé (57 ans). Militaire déchu, il tentait de survivre plus ou moins légalement de petits boulots et larcins. C’était lui qui était à l’origine de ce regroupement. Il dirigeait un Comité de soutient (si on peut l’appeler comme cela) de l’Imperator Augustus Caius Princeps Louis Ier avant sa mort. Dès que la nouvelle de sa mort eu fait le tour du pays, le Gueule rassembla un petit groupe où vint s’ajouter quelques connaissances.
Quel déchirement fut pour lui la mort de l’Empereur. Le Gueule aimait raconter qu’il l’avait rencontrer pendant la guerre. Il prétendait même que l’empereur lui avait sauvé la vie. Depuis, il lui voue un culte divin.

Le véhicule s’arrêta à l’orée de Latios. Un homme courut vers le fond et ouvrit un grande caisse noire planquée au fond. Il trifouilla sa main dans les objet et en ressortit un petit qu’il cacha dans son dos. Il retourna à l’avant, à côté du conducteur qui repartit.
Ce dernier était arrivé dans l’Empire il y a quelques jours. Originaire du Magermelk, il était parti dans l’Empire Latin Francisquien dès la mort de l’empereur annoncée. Il disait qu’il avait tenté de combattre dans le Magermelk pour un retour à la royauté, mais ses efforts vains le conduisirent à croire en l’Empire Latin Francisquien.
Nombre d’autres personnes se trouvaient dans le véhicule (une dizaine) et il serait trop long de tous les détailler. Mais une pensée les rassemblent : il aimait l’Imperator Augustus Caius Princeps Louis Ier et détestent son fils.

À l’entrée de la ville, un agent de sécurité arrêta le minibus pour le contrôler. Le récent coup d’état avait réveillé quelques tensions entre le peuple et l’empereur ; la nouvelle démocratie ne devait pas tomber en morceaux à cause de quelques anarchistes.

— Bonjour Monsieur, salua le soldat. Pourrais-je savoir ce que vous faites ici ?

— Nous allons en vacances chez des amis qui habitent dans le centre de Latios, répondit chaleureusement le conducteur.

L’agent de sécurité ne parut pas berné pas le simple mensonge ; il sentait quelque chose se cacher derrière ces paroles, sans se douter de l’ampleur de leur but.

— Pourrais-je inspecter le véhicule ? Demanda poliment ce dernier.

Le conducteur resta silencieux, son voisin (le Maguerrois) sortit et ouvrit la grande porte centrale. L’agent entra surpris du monde dans le véhicule. Son œil fut attiré par la grande caisse noire du fond ; il s’y avança sûrement, surveillnt ses arrières, une main sur son arme, prêt à dégainer.
Mais il n’eut pas le temps. Ils lui sautèrent dessus, lui attrapèrent les mains, le plaquèrent au sol et le Maguerrois lui planta une lame dans la gorge.
L’agent de sécurité décéda sur le coup dans une grande mare de sang.

Le minibus repartit de plus belles à une grande allure qui étonna les passants. Ils finirent par alerter la police qui commença à leur demander de s’arrêter. À aucun moment ils n’obéirent ; ils devaient arriver à leur lieu d’action.

Il finirent par semer légèrement la police et à arriver non loin du palais impérial. Seule une armée les séparaient de l’empereur, leur cible.
Ils ouvrirent la grande caisse noire et y prirent tout ce qu’ils y trouvèrent : des armes, des armes et des armes. Tous furent armés et prêts au combat ; ils n’attendaient que cela. Ils retournèrent à leur place, le conducteur prit un grand souffle et appuya sur sa pédale d’accélérateur. Le véhicule partit à toute vitesse sur les forces francisquiennes interloquées face à cette attaque surprise.
Les terroristes tirèrent à tire-larigot sur les soldats de l’Empire. Bien mieux placées, les soldats réussirent à bien se défendre, mais certaines tombèrent face à l’adversaire empli de folie.
Le Maguerrois se planqua derrière un muret et jeta un grenade sur un des mur d’enceinte. La fortification se fissura pour y laisser entrer un homme. Il s’y engouffra et fonça tête baissée vers l’endroit supposé où était l’empereur. Le Maguerrois tirait sur tout ce qu’il voyait, vivant ou non ; il ne pensait plus à rien. Un garde en haut d’une tour prit son fusil, l’arma et le pointa vers le terroriste. Il tira ; la balle se logea dans son dos. Il s’écroula dans mille souffrance et dans de vives hurlements de douleur.

Tous les terroristes survivants furent immédiatement arrêtés et enfermés, le nombre de morts civils et militaire n'a pas encore été communiqué, mais des rumeurs prétendent que la chance avait frappée aujourd’hui.
Kotios, une ville passée à tabac

Cyril Fèvre avait posé ses valises il y a quelques semaines déjà à Kotios. Propriétaire de plusieurs petits navires cargos, il était à la tête d’un réseau de contrebandiers et de pirates qui sévissait au nord de l’Empire Latin Francisquien. Les changements opérés dans le pays depuis la mort de l’empereur avaient changé la donne, mais surtout la mainmise du pouvoir s’étiolait sur cette grande ville côtière, meurtrie par la mort d’adolescents qui ont fait l’erreur d’y poser le pied le temps d’une festivité. La brutalité de l’empire avait alors créé un sentiment d’empathie pour les Pharois, qui avaient pris ses quartiers. Cyril Fèvre, lui, avait sauté l’occasion pour se trouver un pied à terre dans cette métropole qui devenait peu à peu sympathique, où l’on pouvait s’amuser avec de moins en moins de complexe. Son but était d’approvisionner les fêtes en produits pour les égayer et il avait ainsi conclu une sorte de pacte de non-agression avec les pirates d’Eurysie, voire de coopération. Il les fournissait directement en produits exotiques et notamment du tabac tout frais, en provenance direct d’Izcalie. Sans parler de quelques autres produits, contrefaits quand il s’agissait de copier des marques de luxe, qui trouvaient preneur parmi les habitants de Kotios. À Kotios, Cyril Fève avait ses quelques points de chute discrets où les marchandises arrivaient, des petites criques inhospitalières. Ou alors, quand il le pouvait, il les mêlait dans la cargaison d’autres transporteurs. Alors qu’il arpentait le port de Kotios, un de ses associés vint à sa rencontre lui apporter une mauvaise nouvelle :


Cyril Fèvre et son associé

Denis Daniau
Associé de Cyril Fèvre
« Notre livraison à Dédiolas s’est mal passée, nos gars ont été arrêtés… »

Cyril Fèvre
Armateur de navires pirates izcales
« Putain, fait chier ! On avait un accord avec les Nhoréens là-bas… »

Denis Daniau
« Oui mais ils n’ont pas eu le temps de les rencontrer, ils ont été cueillis avant d’arrimer. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On peut avoir confiance en eux ? »

Cyril Fèvre
« Ce qu’on fait ? On attend, on achète leur silence comme toujours. Leurs familles recevront leur part… ça va encore me coûter, cette merde ! Ils connaissent l’histoire qu’ils doivent donner aux Francisquiens et je connais les députés qui pourront la corroborer. Et si l’Empire venait à les pendre, on leur montrera qu’on n’est pas de petits adolescents qui pourchassent la baleine ! »

Sur le quai de Kotios, les ouvriers continuaient à décharger les palettes qu’ils avaient reçues. L’un d’eux commença à lever son transpalette sous le regard avisé de Cyril :

Cyril Fèvre
« Attention à celle-ci ! Elle est très… fragile. »
Piratage des ondes sur la côte francisquienne



Alors que le nouveau gouvernement francisquien peine encore à rétablir l'ordre et assurer sa mainmise sur le pays qu'il entend diriger, un vaste piratage semble avoir touché toute la région de Kotios au cours de la soirée. Postes radios, téléviseurs et même certains haut-parleurs utilisés habituellement pour dispenser les instructions de l'Etat sont soudain pris de grésillements puis s'élève une voix de femme. Visiblement c'est en direct, on entend quelque part dans le fond le bruit des vagues et le son est mauvais. Quelque part au large, une vedette de la Fraternité émet son hymne en hommage aux manifestants assassinés par le nouveau gouvernement. Autoritaristes belliqueux ? Royalistes putschistes ? Ou simples citoyens exerçants leur droit ? Comment savoir, au fond, avec la propagande d'Etat ? Une chose est sûre ils étaient des êtres humains et à ce titre au moins méritent de ne pas être oubliés.

Depuis des mois la Fraternité des mers du Nord utilise les côtes de Kotios comme base arrière pour ses activités, entretenant doucement mais sûrement son influence sur la région à base de cadeaux, de familiarités, de pots-de-vin mais aussi d'un discours révolutionnaire, aspirant à un monde nouveau, débarrassé des chaînes autoritaires des gouvernements tyranniques... Dans cette région où la pauvreté a malheureusement laissé un certain nombre de citoyen sur le carreau, frappés par l’isolationnisme radical du pays qui empêche de tirer tous les bénéfices possibles de la mer, le rêve - certains diraient la propagande - anarchiste semble trouver un écho chez les classes populaires et la jeunesse en mal de perspectives d'avenir.

Ceux qui ne se retrouvent pas dans le nationalisme à marche-forcée de l'ancien comme du nouveau gouvernement francisquiens, ceux dont les carrières sont bouchées, ceux qui craignent la répression sanglante du pouvoir, les espions et les vendettas, les guerres de factions entre loyalistes et démocrates, et ceux qui rêvent de prendre la mer et de valeurs d'égalité et de fraternité, ceux là ont augmenté le son de leur radio ou de leur téléviseur, ceux là dressent l'oreille pour entendre la chanson qui s'écoule dans les rues de Kotios comme de la brume. Ceux là ont su qu'ils n'étaient pas seuls, qu'au large des navires et des hommes et une femme chantait pour eux, pour leur dire qu'on ne les oubliait pas.

Demain quand la Fraternité posera le pied sur le sol francisquien, profitant des criques et des falaises secrètes de la côte rocheuse pour se dissimuler aux autorités, que ses agents se glisseront dans les petits villages et les quartiers de banlieues oubliées où ils ont leurs entrées, les rares à connaitre leur véritable identité fermeront les yeux. Ce sont des alliés, des amis, des partisans mais aussi des recruteurs et à ceux qui viendront les rencontrer ils tiendront le même discours : "guettez le cercle orange", car la Fraternité puise dorénavant une partie ses forces dans la jeunesse de Kotios, comme un arbre ses racines jusqu'au cœur de la population. Charmée par le chant des sirènes, et des promesses de révolution.


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Nous sommes les nouveaux partisans
Francs-tireurs de la guerre de classe
Le camp du peuple est notre camp
Nous sommes les nouveaux partisans
Le standard est ouvert

Téléphone portable en vente à Kotios
Un des téléphones portables vendus à Kotios

L’étau s’était resserré ces derniers jours à Kotios, sous l’impulsion de l’Empire Francisquien, mais la ville n’était pas encore revenue sous le pavillon impérial : la population ne renoncera pas sitôt à une liberté dont ils ont été privés des années durant. Mais c’est un autre pavillon qui s’invite maintenant dans le quotidien des locaux : un drapeau noir, enveloppé par d’épaisses bandes blanches qui formaient à leur intersection un losange. Ce drapeau était le Pavillon de l’Albastre, la bande pirate la plus importante d’Izcalie, et qui avait pris ses quartiers à Kotios depuis quelques mois maintenant. Les colis d’articles contrefaits, c’était sans doute elle qui tentait de subvenir aux besoins d’une population à qui on interdisait la moindre importation. Des réseaux clandestins avaient commencé à s’établir à Kotios, qui ont pu reconvertir une vieille antenne relais en réseau local de téléphone qui, théoriquement opérait sur l’ensemble de la métropole de Kotios. L’antenne émettait plusieurs kilomètres à la ronde.

Des téléphones portables avaient fait leur apparition, avec le fameux pavillon albastrier comme fond d’écran et se vendaient une bouchée de pain. L’objectif était d’assurer la communication entre habitants de Kotios, à l’abri de la surveillance de l’Empire. Et le cas échéant, prévenir de l’arrivée de soldats. Les pirates auraient préféré un réseau plus ambitieux qui aurait émis jusqu’au Nhorr mais le point le plus proche entre le pays nordique se situait à près de 500 kilomètres de l’empire. Les téléphones portables qui ont été vendus comportaient en plus plusieurs mini-jeux très sympathiques, comme un jeu en 3D isométrique qui consistait à diriger un serpent qui grandit au fur et à mesure qu’il mange tout ce qu’il trouve, au point de constituer lui-même un obstacle. Un autre, toujours en 3D isométrique, proposait de construire sa petite maison et son potager… Ces jeux sont surtout là pour faire passer le temps, et donner un avant-goût de la liberté : celui d’accéder à ce genre de petits plaisirs venus de l’étranger…

Avoir mis le pavillon albastrier en fond d’écran avait une autre finalité : si d’aventure des forces de l’ordre francisquiennes venaient à mettre à la main sur ces téléphones, il s’agissait de montrer que les Albastriers sont là, dans une ampleur qu’il ne faudrait pas sous-estimer. Un moyen de pression, alors que l’Empire ne s’est pas penché sur le cas des compagnons albastriers qui ont été interceptés et emprisonnés. L’Etat izcale, comme à son habitude, avait botté en touche… les pirates ne lui demandaient pas plus. Si l’Empire venait à commettre la même erreur qu’avec les adolescents pharois, le Pavillon n’hésiterait plus à employer les grands moyens. Pour négocier avec eux, il suffit d’intercepter l’un de ces téléphones portables en circulation, de taper 666 et rester appuyé sur la touche dièse # quelques secondes… un pirate prêt à la discussion sera au bout du fil.
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Kotios : la tentation de la liberté


Au Syndikaali, savoir que la Fraternité des mers du Nord, organisation anarchiste tristement célèbre pour ses exactions armées contre les pays autoritaires d'Eurysie, marchait main dans la main avec la Merenelävät, entreprise capitaliste et mafieuse, était un secret de polichinelle. En fait, il n'était pas une seule faction pharoise qui n'ait un jour ou l'autre trempé directement ou indirectement dans les affaires de la Coopérative. Parfois même sans le savoir. A l'étranger toutefois, cette collusion était moins évidente. Sans doute que cela aurait entaché le blanc manteau de fourrure des anarchistes si on avait révélé au grand jour que comme tout un chacun ils donnaient dans l'enrichissement pécunier - certes à des fins révolutionnaires - mais par des biais bien peu socialistes à vrai dire. Pour des libérateurs de la race humaine, des briseurs de chaînes et terreurs de tyrans, accorder un blanc-seing à une association qui donnait dans le rackette et l'élimination de ses concurrents n'était pas une information très reluisante.

Heureusement, la Merenelävät savait se montrer discrète, au moins pour la partie illicite de ses activités, et se gardait bien de faire de la publicité pour ses clients, surtout lorsqu'ils étaient recherchés dans la région pour terrorisme. Tout se faisait donc indirectement, par des informations glissées astucieusement ici ou là, l'air de pas y toucher, sur des "caisses oubliées" dans un entrepôt, un horaire intéressant pour une promenade au clair de lune sur une plage isolée en particulier ou une phrase cryptique qu'il était bon de prononcer dans un restaurant de bonne tenue. Ainsi la Fraternité et la Merenelävät faisaient affaires, sans presque jamais se croiser pourtant, et tout le monde s'en portait au mieux.

A Kotios néanmoins, les choses avaient pris une tournure un peu différente et plus ambitieuse que le simple trafic d'armes en profitant du relâchement de la police locale, engraissée à coups de gros billets verts. Déjà parce que la police était bien moins relâchée maintenant, et aussi parce que la Merenelävät semblait s'intéresser de plus en plus près à la pointe septentrionale de l'Empire Démocratique Latin Francisquien, et ça n'avait fait que s’amplifier depuis la révolution qui avait secoué le pays. D'une part, les forces de l'ordre, divisées entre loyalistes et républicains, et maintenant de nouvelles factions qui voyaient le jour, étaient soudainement devenues beaucoup plus corruptibles qu'avant. Lorsque l'Empereur-boucher tenait le pays d'une main de fer, exacerbant le patriotisme jusqu'à l'absurde, il était parvenu à imposer un certain climat de terreur et de fanatisme suffisant pour dissuader les plus gros velléités séditieuses. D'autre part, maintenant que son fils régnait, les choses étaient moins claires et l'ouverture du pays à la démocratie avait également libéré les aspirations politiques les plus radicales des citoyens avides de changement profonds. La Fraternité avait parfaitement compris cela et la Merenelävät, qui marchait dans son ombre, n'avait pas tardé à prendre également la mesure du phénomène.

Soudainement, les financements accordés aux anarchistes étaient devenus de plus en plus généreux dans la mer centrale. La Cellule Tempête, renommée Guillotine Francisquienne avait été réarmée en quelques semaines et quasiment sans frais et la Merenelävät avait subtilement glissé à son chef, le camarade Hubert aka "Stobr", qu'une intensification des activités de propagande dans la région serait fortement encouragée par la Coopérative. Il était difficile de dire si la Merenelävät avait véritablement un plan pour Kotios, mais elle savait flairer les opportunités et un pays au bord de la guerre civile, qui massacrait ses citoyens par dizaines de millier était assurément un terrain propice aux affaires, même morbides. La Fraternité, elle, s'était mis en tête de sauver le peuple francisquien. Depuis qu'elle avait été obligé de limiter ses activités en Lutharovie, elle s'était naturellement tournée vers les autres pays autoritaires de la région et l'Empire "Démocratique" Latin était une cible toute trouvée. De plus, son dernier échec sur place et la torture d'un paquet de leurs camarades avait fait naitre un certain désir de revanche chez Stobr qui avait plusieurs fois annoncé que le meurtre de son ancienne capitaine ne resterait pas sans conséquences.

Toutefois, la Fraternité avait des principes, des valeurs mêmes. Liberté, fraternité, égalité, collectivité, démocratie et festivités. Pas question donc de débarquer à Kotios pour saigner une population incapable de se défendre à coup de taxes et de gros bras mafieux. La Merenelävät en avait conscience et une approche plus douce, bien que moins immédiatement rentable, lui convenait tout autant. Sur place, par le biais de sociétés écrans francisquiennes, elle avait donc commencé à racheter des établissements Kotioites, bars, commerces, petites entreprises, entrepôts. Rien d'extravagant pour ne pas attirer l'attention, et rien de difficile. Avec la crise économique provoquée par l’isolationnisme économique de l'Empire, ça ne coûtait pas grand chose de refinancer des locaux sur le point de faire faillite et par ce biais, elle s'attirait leur sympathie et les rendait redevables. Petit à petit, grandissant au fil des jours, l'influence de la Merenelävät était devenue non-négligeable dans certains secteurs d'activité. La pêche évidement, et les métiers de la mer, mais aussi de la distribution et du divertissement. De quoi mettre le pied à l'étrier des anarchistes.

Ceux-ci, moins versés dans les questions d'économie, avaient pour leur part entrepris de monter localement des comités de quartiers, encourageant l'activité syndicale et les groupes de parole. Il n'y avait pas grand monde au départ, mais la crise économique donnait soif d'espoir et de solutions aux francisquiens. Quand ces derniers venaient s'informer sur leurs droits ou prendre un café au "bar des travailleurs", ils en ressortaient souvent avec des réponses, des tapes dans le dos, et de temps en temps un petit tract ou un bouquin ventant les mérites de la collectivisation des moyens de production, de la démocratie directe et de la société sans classe.

Au départ réticents à s'affilier aux politiques locales, la Fraternité avait fini par prendre contact avec le Parti Anarchiste de Kotios, sans complètement se dévoiler bien sûr, mais assurant vouloir soutenir la lutte. Pour cela, elle passait systématiquement par des intermédiaires, des gens acquis à la cause et qui étaient du cru, ou bien ses membres francisquiens recrutés lors de la fuite de Kotios quelques semaines plus tôt. Les choses avançaient doucement et discrètement, oui, mais plus les jours passaient et plus Kotios se découvrait dans son cœur, ses tripes et ses usines, des envies de liberté.
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Le souffle de la répression attise les braises de la révolte !


Comme la braise rougeoyante qui remonte lentement la trainée de poudre jusqu'au baril d'explosifs, la flamme anarchiste brûle désormais de plus en plus vive à Kotios. La raison de cela ? Les mesures prises par le gouvernement francisquiens semblent ne faire que rajouter de l'huile sur le feu. La fermeture complet du port a mis une partie de la population, dockers, commerçants et marins, au chômage du jour au lendemain. Ils sont de plus en plus nombreux en ce moment à avoir recours aux soupes populaires distribuées dans les comités de quartier. On s'y réchauffe, on s'y plaint et surtout, on parle politique. Si le réseau de contrebande qui sévissait sur place est désormais bien plus difficile à tenir du fait de l'amplification de la surveillance de la région par les autorités, ce-dernier a de fait asséché une partie des revenus au noir des kotioites et les commerces se retrouvent une nouvelle fois privés de denrées d'importation. Un manque qui se fait sentir et tend à faire flamber les prix.

Pire sans doute, les arrestations musclées et déportations de marins locaux, accusés de participer au réseau criminel. Le temps dira si les accusations dont ils doivent répondre sont fondées, mais certains avaient des familles, des amis et surtout de nombreux collègues sur place ce qui ne fait qu'attiser encore plus le mécontentement. Déjà les syndicats grondent. Par les signaux qu'il envoie, l'Empire semble de plus en plus se méfier de Kotios, pire, il semble la craindre. Une rhétorique qui se démocratise avec une certaine fierté revancharde chez les activistes et militants locaux, accusant à demi-voix le nouvel Empereur de les avoir abandonné à leur sort, laissant chômage, misère et violence se répandre dans la cité.

Contre toute attente, en parallèle des discours révolutionnaires et anarchistes qui gagnent en force parmi les laissés pour compte, l'influence de la Merenelävät sur place progresse également malgré la répression du Gouvernement francisquien. Les petits commerces locaux et les partisans qu'ils se sont acquis par conviction ou par appât du gain continuent de faire vivre l'économie souterraine. Les marchandises sont simplement débarquées plus loin, "blanchies" et ramenées à Kotios par voie de terre. Le procédé est plus long, plus complexe, mais la rareté de certaines denrées permet d'amortir les coûts et aux yeux de certains contrebandiers locaux, les risques valent bien d'être pris pour une cause noble.

Sur place, une voix commence d'ailleurs à émerger : c'est celle de Marius, un ancien dockers mis au chômage par la fermeture du port. Très tôt il a rejoint un syndicat, avant même de perdre son emploi et dorénavant il continue la lutte, mais plus contre son patron, non, contre le Gouvernement, ses taxes, ses décisions arbitraires, sa violence répressive. Ses mots font mouche mais beaucoup préfèrent encore détourner le regard, le souvenir de la répression des 12 000 à Rézus est encore vif et traumatique. On sait de quoi le nouveau pouvoir est capable en cas de révoltes et l'accroissement visible de la présence de militaires n'aide pas à rassurer. Tout le monde craint un embrasement.

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Marius


Tout le monde craint... mais certains l'appellent de leurs vœux. C'est le cas de Marius, il en est certain désormais, seule la fin des hiérarchies sauvera le peuple francisquien de la tyrannie dans lequel il est plongé. Les promesses de démocratie sont du vent face à la répression et la menace des fusils. On lui glisse des livres sur le comptoir du bar où il fustige tout haut les mesures du pouvoir en place. Il lit, il apprend, ses mots se font plus précis, les concepts sont plus clairs. Il parle de lutte des classes désormais, de capitalisme, l'ennemi est nommé tout comme le camp qui l'abattra : le camp des travailleurs. Un soir alors qu'il rentre chez lui, on l'aborde dans une rue sombre. Il pense d'abord à des agents du gouvernement, qu'on va l'arrêter. Ce n'est pas le cas. Ce sont des pharois. Des anarchistes, des professionnels. La Fraternité sort du bois. Ils n'ont pas beaucoup de temps, ils s'accordent sur un moyen de se joindre de manière sécurisée, une ligne téléphonique dans un entrepôt, un truc oublié que captent toutefois les infrastructures de la Fraternité.

Le loup est dans la bergerie désormais et Marius... Marius pourrait bien être un jour l'étincelle qui mettra le feu aux poudres, si rien n'est fait.
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Kotios, couvrir le feu n'est pas l'étouffer.


La ville est étonnement silencieuse pour une fin d'après-midi en plein mois d'août. Le soleil frappe durement sur les volets clos des façades et le mazoute des rues désertées. Malgré la chaleur, le port ne retentit d'aucun éclat de rire, là où naguère on avait vu les enfants se baigner ne reste plus que la rouille grinçante des coques qui pourrissent à quai, immobilisées par la force des décrets d'Empire.

Le silence, et parfois le bruit des pas d'une patrouille, la marche cadencée des troufions, seuls autorisés à profiter du soleil et des mouches. Dans l'ombre des cuisines, la cité se tait et se terre, s'enterre dans la fraicheur des caves, où elle peut pour échapper à la cuisson, au confinement dans les appartements-fours, et privée d'occupation, la cité rumine.

On n'envoie pas les hommes au coin comme des enfants parce qu'on estime qu'ils ont fauté. On ne les prive pas de leurs droits et de leurs habitudes d'une signature et d'un canon de fusil, sous prétexte qu'on le peut, qu'on le veut. L'être humain n'est pas un chien sur lequel on est propriétaire, tapez dessus, il s'agite, tapez plus fort, il est mort. Il n'y a pas d'entre-deux, la soumission est un mythe, marcher droit n'existe pas. Dans tous les rouages de la machine, le moindre interstice est propice à l'enrayage, on fraude, on ment, on se démerde, on magouille, c'est ainsi. Pas par malignité, non, mais parce que les carcans ne sont pas efficaces, seul le réel importe, la force quotidienne qui fait avec, qui s'arrange, qui se ment à elle-même et ainsi s'évade loin des couvre-feux, des chiens de patrouille et de l'air étouffant.

Les supermarchés sont vides, la contrebande n'entre plus, on gratte le fond des boîtes à cafés dans l'espoir d'y récupérer les miettes, on rationne les sucreries des enfants, et pire que tout : les cigarettes commencent à manquer. Tout ce qui était d'importation, tout ce qui pousse dans un pays chaud, tout ce que peut offrir la terre ailleurs que dans les régions austères du nord, Kotios l'a perdu. Mais Kotios se souvient. Kotios se souvient des citrons et des oranges, Kotios se souvient du chocolat et des fromages, des vins du sud, du maquillage et des vêtements à la mode. Quand une voiture tombe en panne, qui la réparera ? Le prix du pneu a été multiplié par trois, encore quelques semaines à ce régime et ce sera par dix. Les pièces sont chères désormais, l'économie rue et grogne pour s'adapter, mais c'est toute la ville qui est arrêtée à présent et plus rien ne bouge. Kotios attend, enfermée, suspendue. Et à la capitale, son aristocratie s'amuse et organise des bals...


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La Fraternité n'a pas perdu son temps, elle. Elle continue d'aller et venir dans la région, les criques ne manquent pas, Kotios n'est pas le centre du monde et elle a ses entrées ailleurs. Son activité de contrebande a cessé depuis les dernières mesures prises par le Gouvernement Francisquien et ses revenus ont donc chuté. Qu'importe, la Merenelävät finance désormais la faction, elle a senti l'aubaine, comme un vautour planant au dessus de la ville, elle espère pouvoir se repaitre des cadavres.

Les radios pirates se multiplient sur les fréquences, tous les jours les discours appelant à l'indignation et à la révolte se font entendre sur ces ondes cryptées diffusées depuis la mer et la terre. On planque des relais dans les greniers et on diffuse. Débats sur le matérialisme historique, discussions sur les droits de l'homme, lecture des classiques, le Contrat Social, le Capital. Le matin c'est l'heure de l'émission pour enfant "Petit Pirate" où le grand méchant s'appelle étonnement... Augustus Crétinsar Ier. Et puis surtout, on parle du monde extérieur. Des démocraties libres, des sociétés apaisées, et du monde de demain, de la société sans classe.

C'est une formation express à la politique, mais qu'y a-t-il d'autre à faire ? Tout est fermé, tout est interdit, et le responsable est clairement identifié : le nouvel Empereur, qui promettait la démocratie et poursuit les massacres. Plus que tout, c'est cela qu'on craint : une nouvelle purge, une nouvelle boucherie. Certains se suicident, certains tentent de s'enfuir, avec plus ou moins de succès, mais la plupart se contentent de rêver.
Kotios, une ville aux abois

Chien
Un chien qui vous veut du bien (ouvrez le cadenas).

Sans doute pire que le précédent, le gouvernement francisquien avait mis la ville de Kotios sous cadenas… près de 500 000 personnes, du jour au lendemain, devaient subit l’incurie d’une classe politique déconnectée de la réalité, qui leur faisait payer leur goût pour les bonnes choses qu’on ne trouve pas dans ce pays sans intérêt et qu’on devait a fortiori importer. Un gouvernement qui ne prenait même pas la peine de comprendre les aspirations de ses habitants, et qui n’avait que le mot terroriste à la bouche. Mais de quels terroristes parle-t-on ? Des contrebandiers qui viennent avec des colis entiers de cigarettes ou de ceux qui ont tué 12 000 manifestants, qui avaient à peine de quoi se fabriquer des cocktails Molotov ?

Chaque jour le gouvernement pondait un nouveau décret, qui restreignait encore plus les déplacements, qui fermait encore plus de boutique, qui augmentait le nombre de balles qui vous seront tirées dessus si vous n’obéissez pas. Mais lorsqu’on a goûté aux bonnes choses importées des « terroristes des mers », d’Izcalie ou du Pharois, à quoi beau continuer à vivre à genoux ? Mieux valait mourir debout, si possible avec une bonne cigarette au bec.

Les animaux échappaient encore à ces restrictions, le gouvernement avait eu la clémence, l'indulgence pourrait-on dire, de leur accorder une sortie et de profiter un peu de l’été… les propriétaires étaient ravis. Mais ces promenades quotidiennes devaient aussi continuer à servir le réseau de résistants… De plus en plus, l’on dotait les chiens de colliers assez larges, suffisants pour contenir un message ou même une cigarette. S’il fallait, on cachait le message sous un étron de chien, qu’un compagnon de résistance allait récupérer en faisant croire qu’il allait ramasser le présent laissé par son cabot.

Mais on avait surtout des chats dans l’empire. Ces félins étaient des acrobates, d’une souplesse incroyable, qui se faufilaient à travers tout Kotios, dans des zones inextricables pour le commun des mortels, en surveillant discrètement la vermine pour la chasser. En Francisquie, la vermine était vêtue de bleu et portait des pistolets semi-automatiques. Elle était la seule à pouvoir circuler librement dans la ville, silencieuse. Les chats qui parcouraient Kotios étaient donc équipés d’un collier avec un micro, qui enregistrait tout ce qui disait entre agents. On décorait le micro avec quelques facéties pour le rendre plus discret, par exemple avec le nom du minou…



Chat
Ils sont là, dans les villes, les campagnes...
... ils vous surveillent, enregistrent tout ce que vous dites
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Le retrait de l'armée de la ville avait pris tout le monde de court. Les citoyens bien sûr, mais aussi la police, soudain abandonnée à elle-même et rapidement débordée par une foule joyeuse qui convergeait vers le port. D'abord prudents, les kotioites avaient mis le nez dehors sans bien savoir ce qu'ils y trouveraient. La radio et les information continuaient de diffuser la nouvelle : tous les soldats étaient rappelés à la capitale, pour une raison inconnue, mais on soupçonnait le piège. Et s'ils 'agissait d'une manœuvre politique pour obliger les factieux à se montrer ?

Toutefois, force fut bientôt de constater que les militaires s'étaient bel et bien retirés. On avait vu les camions de transports filer à toute allure vers le sud et même les radios pirates, d'abord méfiantes, avaient fini elles aussi par encourager les citoyens à sortir retrouver leur liberté. Pourquoi convergeaient-ils vers le port ? L'appel de la fraicheur du large sans doute, dans un premier temps, puis la foule appelle la foule, entrainant comme un flot cette marrée humaine vers les plages de la ville où déjà enfants et adultes se jetaient dans les vagues. Il faisait décidément terriblement chaud...

Et puis, au delà de la chaleur, il y avait dans l'air une fébrilité. On le sentait bien, pas seulement à cause de la peur de voir revenir l'armée, mais une espèce de conviction profonde que quelque chose était en train de se passer, que l'histoire s'écrivait, là, maintenant. Au large, le soleil déclinant assombrissait lentement le ciel lorsqu'une fusée éclairante s'envola au dessus de la mer, puis deux, puis trois. Des fusées noires, noires comme l'anarchie.

Quelques partisans se mirent à hurler des hourras, bientôt repris par d'autres qui moins convaincus trouvaient tout de même dans cette démonstration de joie un moyen d'exprimer leurs peurs et leur colère nourrie ces derniers jours. Certains se détournèrent, craignant les ennuis, on retira les enfants de l'eau par crainte d'un accident mais pour un qui quittait la plage, un autre le remplaçait et au loin, les navettes continuaient de tirer leurs fusées dans le ciel, à peine visibles au milieu des vagues.

Puis une drôle de silence s'abattit sur la plage, gagnant du terrain par mimétisme les gens se retournaient, curieux.Là bas sur la digue, un homme s'était hissé sur un camion et portait un micro à sa bouche. Marius.


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- "Camarades ! L'avenir appartient à ceux qui savent s'en saisir ! Il nous faut agir ! Pas demain, pas plus tard, car nous ne savons pas de quoi plus tard sera fait ! L'armée s'est retirée pour une raison que nous ignorons, cela peut inaugurer un nouveau régime plus despotique encore, un qui comme aux révoltés de Rézus, écrasera notre ville dans une poigne de fer dont ne sortira que du sang ! L'avenir peut être radieux ou funeste, selon ce que nous décideront aujourd'hui, ce soir même, je vous le dis, il n'y aura pas de seconde chance, pas de meilleure chance !

Voila des années que les maîtres se succèdent à la tête de notre nation, ceux qui hier étaient des libérateurs n'en sont pas moins devenus des bouchers aujourd'hui, nous allons d'un mal à l'autre ! Pour briser le cycle, je dis, ni nation, ni maître !
"

Il y eut des hourras.

- "Nos amis sont là, au large, parmi nous, nous avons les moyens de notre détermination, de prendre en main notre propre destin, si nous avons le courage et la soif de liberté pour cela, pour ne plus jamais vivre dans la peur des tyrans et des exploiteurs, pour briser dans un dernier coup d'éclat les chaînes de la violence et du drame ! On nous a isolé du monde, on nous a malmené, humiliés, traité comme des chiens en oubliant que nous sommes avant tout des hommes ! On a arrêté nos frères, exécuté nos amis, clôturés notre mer et criminalisé toute pensée qui ne plaisait pas au régime !

Savez-vous pourquoi ? Parce que le régime a peur de nous ! Peur du peuple ! Peur de nos idées qu'il sait bien plus grandes que lui et peur de nos destins qu'il sait inarrêtables ! Camarades ! Cette ville est la notre, nous y avons grandit, prospéré, aujourd'hui et demain elle ne doit pas avoir d'autre souverain que le peuple, la démocratie et la liberté !!
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