06/09/2005
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Presse de la Fédération d'Albel - Page 2

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15 juin 2004

Le Courrier Fédéral

Ratification du Pacte Anti-Bolchévique : et après ?



Léonard Renoux, Secrétaire d'État aux Affaires Intérieures
Le Secrétaire d'État aux Affaires Intérieures Léonard Renoux a refusé de s'exprimer au sujet du Pacte, prétextant que la diplomatie n'était pas le sujet de son travail au sein du gouvernement

Adoptée à la majorité par le Sénat Fédéral il y a un peu plus d'un mois, la ratification du Pacte-Antibolchévique de Paradis par la Fédération d'Albel et les autres États y ayant apposé leur signature marque un tournant dans la politique internationale, s'agissant du premier véritable accord multilatéral signé depuis la fin de la période isolationniste qui a figé les relations intergouvernementales à l'échelle mondiale pendant plus de deux décennies. Signé le 3 mai dernier dans la capitale fédérale par le bras-droit de l'Empereur de Varanya et les représentants respectifs de ses principaux alliés que sont la Fédération d'Albel, la Principauté de Cémétie et le Reinaume d'Aumérine, le Pacte Anti-bolchévique prévoit une coopération étroite entre ses signataires, reconnaissant unanimement la montée de l'influence de l'idéologie communiste dans le monde et l'explosion du nombre d'États s'en revendiquant, allant jusqu'à s'unir au sein d'une organisation internationale dédiée, comme un danger majeur pour leur sécurité et pour l'avenir du monde de manière générale. D'un contenu relativement léger, l'accord prévoit notamment des échanges d'informations entre ses membres concernant d'éventuelles activités de groupes communistes susceptibles de menacer la sécurité des signataires, ainsi que des concertations concernant les moyens à mettre en œuvre pour endiguer la propagation de l'idéologie bolchévique et se prémunir des potentielles tentatives de subversion opérées par les États et groupes politiques s'en revendiquant. L'article le plus important du texte reste toutefois probablement le dernier, s'agissant de prévoir un élargissement progressif du Pacte à tous les États qui se sentent en adéquation avec ses valeurs et estiment qu'il est dans leur intérêt de participer à la lutte contre la menace rouge. Ce paragraphe a pris effet très rapidement, puisque ce ne sont pas moins quatre autres États qui ont spontanément choisi d'apposer à leur tour leur signature au traité, la République de Saint-Marquise, la Confédération Impériale de Yuhanaca, la République Chrétienne-Militaire de Magermelk et la République Fédérale de Makt venant s'ajouter aux quatre signataires à l'origine de l'accord. Malgré l'adhésion d'un nombre significatifs de pays en sus de ses fondateurs, le Pacte n'a pas manqué de susciter des critiques particulièrement vives, que ce soit dans la presse internationale, ou même au sein de la classe politique albelaise.

Nul ne sera étonné d'apprendre que la presse d'État des régimes communistes à été la première à fustiger le Pacte, à commencer par celle de la République Fédérale d'Astac, dictature communiste d'Eurysie du sud-ouest. Multipliant les contre-vérités au sujet de l'accord, comme il est souvent de mise au sein de la presse des régimes totalitaires, où la population dispose de peu de moyens pour vérifier l'information, l'un des multiples journaux contrôlés par le parti communiste local s'est en effet risqué à affirmer, entre autres choses, que le Pacte comportait une clause défensive engageant ses membres à se prêter main forte en cas d'agression extérieure. D'autres organes de presse ont pu adopter une approche, sans être plus subtile, au moins un peu moins mensongère. C'est par exemple le cas du journal kah-tanais baptisé Le Miroir Rouge qui, bien que se dissociant tout au long de son article des groupes idéologiques visés par le traité, n'a pas manqué de tomber dans les travers des caricatures marxistes les plus convenues, désignant le Pacte comme une arme utilisée par des « oligarques empattés » pour « tuer les peuples » en mal de droits sociaux, sans par ailleurs manquer d'associer à cette colonne d'une profondeur pédiluvienne un dessin dont les traits ne sont pas sans rappeler les caricatures caractéristiques de certains brulots antisémites d'un autre âge.

Bien qu'en apparence anodines, ces agitations stériles n'ont pas manqué d'être mises en avant par une partie de la droite albelaise qui, bien qu'ayant voté en faveur de la ratification du traité, continue de dénoncer son incomplétude et son inefficacité. La critique principalement formulée par les cadres et sénateurs de la Ligue Fédérale pointe en effet du doigt l'absence de clause défensive au sein du texte, qui par conséquent, se limitant à de simples mesures d'échange d'informations, manque des dispositions concrètes nécessaires à la formation d'une véritable force internationale anticommuniste. Le champ d'application du traité, et plus particulièrement le flou qui entoure celui-ci, est également critiqué, dans la mesure où le préambule du Pacte, qui désigne clairement le communisme comme adversaire, ne définit pas clairement l'ennemi. Où commence le communisme, et où s'arrête-t-il ? Pour beaucoup, le Pacte ne vise que les dictatures socialistes se réclamant clairement de l'idéologie communiste, et c'est également l'interprétation que semblent avoir choisi de lui donner les anarchistes. Cependant, les éléments critiques de la Ligue Fédérale n'ont pas manqué de souligner l'importance du contexte international, qui voit les États porteurs d'une ligne communiste dure perdre en influence, tandis que montent en puissance les nations anarchistes nouvellement entrées sur la scène mondiales, telle que le Grand Kah et le Pharois Syndikaali. Bien que se réclamant d'une idéologie étrangère à leurs cousins communistes, dont le rapport à l'État est jugé trop autoritaire et dictatorial, ces deux pays n'en restent pas moins caractérisés par une extrême violence ancrée notamment, s'agissant notamment des sacrifices rituels d'une rare barbarie pratiqués dans les frontières du Kah contre les adversaires de la doxa locale, ou la piraterie à laquelle s'adonnent sans vergogne les ressortissants du Pharois dans les eaux du nord de l'Eurysie.

Le Secrétaire d'État aux Affaires Intérieures Léonard Renoux, anciennement chef de la Ligue Fédérale avant son entrée au gouvernement, n'a pas souhaité exprimer sa position concernant l'inefficacité du Pacte Anti-Bolchévique dénoncée par une partie de son camp politique. En tant que membre du gouvernement, le général de l'Armée Fédérale ne peut se permettre de critiquer la politique extérieure du Président Charbonneau et de la Secrétaire d'État aux Affaires Diplomatiques nationale-conservatrice Ségolène Poltanova, qui a par ailleurs signé de sa main le traité tant décrié par la Ligue Fédérale. Toutefois, selon certains observateurs, ce silence en dit long, et montre les signes des premières dissensions apparaissant au sein du gouvernement de coalition entre le Parti National-Populaire et la Ligue, cette dernière réclamant une application toujours plus stricte du quatrième article de la Constitution Fédérale à la politique extérieure. Pour l'heure, rien n'indique que le gouvernement prévoit de durcir sa ligne vis-à-vis des régime anarchistes, surtout dans la conjoncture actuelle où le Pharois Syndikaali s'attire la sympathie du monde entier dans le conflit qui l'oppose à l'Empire Latin Francisquien, dont on ne peut malheureusement espérer que les folies diplomatiques prennent définitivement fin avec l'égorgement de l'Empereur par son propre fils, au nom de l'instauration de la démocratie nouvelle. La Fédération d'Albel demeure muette sur cette crise diplomatique qui a capté l'attention d'une bonne partie des journaux et chancelleries du monde au cours des dernières semaines, non pas par manque d'intérêt, mais surtout parce que les ressources militaires de la Fédération sont concentrées dans la guerre contre les insurgés communistes du Varanya. Tant que ce dossier continuera de capter l'essentiel des moyens de la diplomatie et de l'armée fédérales, il est peu probable que le gouvernement Charbonneau réponde aux appels de ses alliés de la Ligue, et risque de se faire de nouveaux ennemis à l'heure où la Fédération en a déjà bien assez à gérer.
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18 juin 2004

Le Courrier Fédéral

Tourisme : un potentiel trop négligé ?



Arnes
Par la beauté de son environnement naturel et son style architectural unique, la ville d'Arnes constitue un symbole du potentiel touristique d'Albel

Le retour progressif des relations interétatiques est aussi marqué par celui des concours culturels internationaux, dont l'organisation à dû être interrompue peu après la début de la vague isolationniste qui a figé les échanges mondiaux à partir de la fin des années 70. L'organisation de nouvelles éditions du Festival International du Cinéma, du Concours International de la Chanson et de l'élection de Miss Mondial a en effet été annoncée pour l'année 2004 par les comités d'administration des différents événements, récemment reconstitués dans le but de rétablir les traditions précédant la rupture des relations mondiales. Bien que la coutume veuille que le pays d'accueil de chaque concours soit celui dont proviennent les vainqueurs de l'année précédente, les circonstances particulières de cette réédition ont conduit les comités d'organisation à lancer un appel d'offres à l'intention des grandes villes du monde, afin de déterminer celles qui accueilleront les éditions de cette année. Alors que les candidatures sérieuses restent pour l'heure relativement peu nombreuses, à l'exception de celles de la ville izcale de Quechalli qui s'est proposée d'accueillir le Festival International du Cinéma, et de la cité fortunéenne de Rivoli qui s'est porte candidate pour le Concours International de la Chanson, la capitale de l'État de Gennetoise s'est également présentée en vue d'accueillir ce dernier événement, ainsi que l'édition 2005 de l'élection de Miss Mondial qui prendra place à la fin de cette année 2004.

Le comité urbain d'Arnes n'a pas manqué de mettre en avant dans sa candidature les atouts, bien connus des Albelais, sur lesquels la ville peut s'appuyer. Bénéficiant d'un cadre géographique et climatique unique, auquel viennent s'ajouter une vie nocturne et culturelle dynamique et une esthétique architecturale particulière, Arnes est déjà un lieu de passage obligé pour tout Albelais qui dispose des ressources financières suffisantes pour y demeurer. En plus de ses paysages grandioses et de son ambiance survoltée, la ville est en effet également réputée pour posséder le coût de la vie le plus élevé du pays, réservant ses plaisirs aux classes les plus aisées, ce qui lui vaut régulièrement le surnom de ville des millionnaires. La candidature de la ville d'Arnes à l'accueil des événements culturels internationaux pose question d'un point de vue social, alors que la ville la plus riche du pays s'apprête, en cas d'acceptation de sa proposition d'accueil, à bénéficier seule de toutes les retombées économiques positives que pourront engendrer ces événements, de par l'afflux de touristes nationaux et étrangers venus assister à la représentation des concours, qui seront logés dans des hôtels arnais et consommeront les produits et services fournis par les commerces locaux. Les très fortes inégalités socio-économiques qui divisent les différents États de la Fédération impliquent que, s'il existe effectivement une ville des millionnaires, il existe également des zones où la population vit dans une situation du pauvreté extrême. C'est notamment le cas des États agricoles slaves du sud-est du pays, où les revenus moyens par habitant sont parmi les plus bas à l'échelle fédérale.

Bien que n'étant pas aussi dotés qu'une ville telle qu'Arnes en terme d'infrastructures dernier cri et d'environnements paradisiaques, les États slaves à dominante désertique ne tentent pas moins de jouer eux aussi la carte du tourisme, dans l'espoir de s'octroyer des lendemains meilleurs. C'est notamment le cas de l'État de Tovan, qui a récemment répondu à un appel d'offres présenté par la société yuhanaque TekmaPark en vue d'obtenir des terrains destinés à accueillir les prochains parc d'attraction de la firme, basée sur les célèbres dessins animés des studios TekmaVision. Suite à la cession par les autorités fédérales d'un ancien terrain militaire situé en périphérie de Mydolvsk, le gouvernorat du Tovan a vu là l'occasion d'attirer l'installation d'un nouveau pôle d'activité touristique au milieu des terres désertiques qui abondent au sein de cet État, dont les flux de visiteurs pourront bénéficier à la très modeste capitale voisine. Plaçant d'importants espoirs dans la réussite du projet, l'État s'est même montré disposé à subventionner indirectement l'installation du parc d'attraction yuhanac, en accordant à TekmaPark un prêt à taux zéro en vue de financer la mise au norme du terrain, sur lequel un élagage sera certainement nécessaire afin d'éliminer définitivement les vestiges des anciennes infrastructures militaires.

Si une ville comme Arnes fait figure de destination touristique idéale de par ses qualités citées plus haut, l'accès à la ville demeure réservé à une élite disposant des revenus suffisants pour se loger et profiter des activités disponibles sur place. À l'inverse, de nombreux États au niveau de développement bien moins élevé et caractérisés par un très faible coût de la vie pourrait constituer une destination touristique idéale pour les ressortissants de pays possédant un revenu moyen par habitant supérieur à celui d'Albel, du fait de la diversité des cultures autochtones et coloniales, du patrimoine architectural issu de l'époque pré-coloniale et des premières installations eurysiennes, ainsi que de la multitude de paysages différents qui recouvrent le très vaste territoire de la Fédération. Si le potentiel touristique du pays est réel, il aura certainement besoin d'une véritable volonté politique de la part du gouvernement afin de se matérialiser. Pour l'heure, la politique migratoire de la Fédération demeure assez restrictive, dans la mesure où les ressortissants étrangers ne peuvent entrer sur son territoire sans disposer d'un visa, dont l'obtention ne peut aboutir qu'après une demande effectuée plusieurs semaines à l'avance auprès de l'ambassade albelaise située dans leur pays d'origine. À cette procédure lourde s'ajoutent également des frais de gestion de dossier, dont la valeur peut décourager les potentiels touristes d'effectuer les démarches nécessaires à l'obtention d'un visa.

Dans le contexte plutôt tendu qui caractérise à ce jour les relations internationales, il est difficile d'envisager une flexibilisation générale de la politique migratoire de la Fédération, alors que les événements récents au Varanya et dans le nord de l'Eurysie ont mis en exergue la conduite d'opérations de subversion et d'ingérence de la part d'États avec lesquels Paradis ne se trouve pas dans les meilleurs termes. Si le gouvernement Charbonneau souhaitait toutefois creuser l'éventualité d'une exploitation du potentiel touristique du pays, il lui serait possible de négocier des accords d'allègement des procédures migratoires avec des États avec lesquels la Fédération se trouve en bon terme, et dont le différentiel de niveau de vie avec Albel pourrait faire de celui-ci une destination touristique attrayante pour leurs ressortissants. On peut notamment citer le cas de la République de Saint-Marquise, du Reinaume d'Aumérine ou de la République Fédérale de Makt, qui ont tous trois signé le Pacte Anti-Bolchévique proposé par Paradis, mais également de pays moins liés à Albel politiquement, sans posséder le moindre antagonisme à son égard, et dont la situation géographique proche pourrait favoriser les flux touristiques, à l'instar de la Communauté d'Izcalie. Les possibilités concernant la nature de ces mesures d'allègement sont multiples, s'agissant par exemple d'une simplification des procédures d'obtention de visas en amont de l'arrivée sur le territoire albelais, ou même la création de bureaux migratoires aux postes frontières et dans les aéroports internationaux, permettant aux visiteurs étrangers de faire fabriquer leur visa rapidement au moment de leur entrée sur le territoire fédéral. De telles mesures pourraient constituer une première étape avant une possible suppression de l'obligation de détention de visa pour les ressortissants de ces pays dans le cas de séjours de courte durée, ne dépassant pas par exemple la semaine ou le mois.
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24 juin 2004

Le Courrier Fédéral

Subventions industrielles : le gouvernement cède à la Ligue Fédérale ?



Michel Pfelzer, Secrétaire d'État aux Finances
Le Secrétaire d'État aux Finances Michel Pfelzer assumera la charge de la nouvelle politique volontariste du gouvernement en matière d'industrialisation.

Plus de trois mois après l'adoption de la loi de soutien fiscal à l'effort de réarmement, votée par le Sénat le 7 mars dernier, l'heure est aux premiers bilans pour le gouvernement fédéral, alors que parviennent les premiers échos de la part des groupes leaders du complexe militaro-industriel albelais. En vue de soutenir le plan de remilitarisation amorcé par le gouvernement Charbonneau, limité dans sa réalisation par un potentiel industriel militaire atrophié par trois décennies d'isolationnisme et de pacifisme, le texte prévoyait un abattement fiscal à hauteur de 50% de l'impôt sur les sociétés pour toute entreprise productrice d'armement comptant l'État fédéral albelais dans la liste de ses clients. Libérées d'une partie de leurs charges, les firmes concernées devaient pouvoir disposer de davantage de fonds pour financer des plans d'expansion industrielle et l'ouverture de nouvelles usines, en vue d'acquérir toute la capacité de production nécessaire à la satisfaction de la demande induite par les commandes du Secrétariat d'État aux Armées.

C'est, du moins, ce qui devait se dérouler sur le papier. La réunion qui s'est tenue hier au Palais Blanc entre les délégués des différentes entreprises d'armement entrant dans le champ d'application de la loi de soutien fiscal, et les principaux membres du gouvernement, a permis de mettre en exergue une toute autre réalité. Dans la pratique, les fonds qui ont pu être débloqués par la réduction des charges fiscales semblent ne pas être suffisants pour la conduite d'un plan d'expansion aussi vaste que celui que nécessiterait la prise en compte de l'ensemble du cahier des charges développé par le gouvernement. Les délégués des principaux groupes industriels présents à la réunion ont été unanimes à ce sujet : dans la mesure où des coupures ont déjà été effectuées par les gouvernements libéraux précédents dans l'impôt sur les sociétés (ironiquement, justement, du fait de la chute des dépenses publiques qu'a entraînée la démilitarisation du pays), elle ne constitue pas le principal frein à l'expansion industrielle des fournisseurs de l'Armée Fédérale, lesquels bénéficient d'un climat plutôt propice au développement de leurs activités.

Le problème viendrait donc plutôt d'une demande démesurée de la part de l'État, lancé depuis deux ans maintenant dans une course effrénée au réarmement, dans un monde où les décennies d'isolationnisme qui ont précédé ont laissé la plupart des nations du monde sans défense. Le grand enjeu de ce siècle nouveau sera de figurer parmi les premiers pays à retrouver une puissance militaire comparable à celle dont pouvaient disposer les grandes puissances mondiales avant le Grand Assoupissement, surtout alors qu'un certain nombre d'États ouvertement hostiles à Albel participent à cette même course, voire affrontent déjà les troupes de la Fédération sur des théâtres d'opérations extérieures. Dans un pareil contexte, il est hors de question de revoir les ambitions de l'état-major à la baisse en terme de réarmement, le Grand-Maréchal Hermann Reiter, Secrétaire d'État aux Armées, campant sur une position catégorique à ce sujet.

Le gouvernement se trouve dans une position délicate, pris entre deux feux entre, d'un côté, les engagements de campagne du Président Charbonneau, qui s'est échiné à doubler son adversaire du Parti de la Liberté sur sa droite économique en proposant un programme orienté vers un allègement accru du poids de l'État dans l'économie de la Fédération, et de l'autre les sollicitations de l'armée qui réclament toujours plus de moyens pour compenser la politique observée par les prédécesseurs d'Ignace Charbonneau en matière de démilitarisation. « En soi, l'adoption du plan de réarmement constituait déjà un écart vis-à-vis de la politique d'allègement du rôle de l'État annoncée en période de campagne, compte tenu du poids croissant que l'armée occupe dans le bilan des dépenses publiques », a déclaré le Secrétaire d'État aux Finances Michel Pfelzer, lors de la réunion rassemblant le gouvernement et les délégations des groupes industriels, « autant donc assumer ce revirement, et nous donner réellement les moyens de mettre en œuvre la politique que ce contexte international nouveau et imprévu nous contraint à adopter ».

La brève tirade du Secrétaire d'État aux Finances fait bien évidemment référence à la légère divergence de point de vue qui opposait le Parti National-Populaire et la Ligue Fédérale au moment de la conclusion de l'accord de coalition gouvernementale autour d'Ignace Charbonneau. Évidemment toute aussi favorable au plan de réarmement que le parti majoritaire, la Ligue Fédérale proposait en effet d'assurer sa mise en œuvre rapide par une intervention directe de la part de l'État, passant par la mise en place de subventions financières accordées de manière directe aux entreprises en charge d'honorer les commandes de l'Armée Fédérale. Rechignant à s'ingérer dans l'économie, au vu de la ligne libérale annoncée durant la campagne du Président, le Parti National-Populaire avait finalement obtenu gain de cause en faisant figurer dans l'accord de coalition la mention du financement du développement de l'industrie militaire par la défiscalisation partielle uniquement.

Bien qu'appartenant au même parti national-conservateur que le chef du gouvernement, Michel Pfelzer a relancé le débat concernant les outils à mette en œuvre pour promouvoir le développement du complexe militaro-industriel albelais, et finalement obtenu gain de cause en faveur de la ligne observée par la Ligue Fédérale en la matière. En effet, un plan de soutien financier à l'industrie militaire fédérale sera mis en place au cours des prochaines semaines, de l'aveu du gouvernement. Compte tenu des pertes financières représentées par la précédente défiscalisation des fournisseurs de l'Armée Fédérale, qui devrait par ailleurs être maintenue, un projet de financement par la dette a également été lancé. Soumis à un appel d'offres visant à sélectionner les futurs créanciers de l'État albelais, le plan concerne l'émission de trente milliards de chrêmes en obligations valables trois ans pour un coupon annuel à hauteur de 10% de leur valeur nominale. Ouverts aux établissements financiers étrangers, les titres obligataires n'ont, pour l'heure pas encore tous trouvé preneur.

L'annonce de ce plan de financement a suscité de très vives critiques de la part de l'opposition sénatoriale du Parti de la Liberté, fustigeant à la fois une soumission du gouvernement et du PNP aux caprices des militaires et de la Ligue Fédérale, ainsi qu'une réouverture irresponsable de la dette publique albelaise, pourtant clôturée, non sans peine, en 1987 par le gouvernement du président libéral Gaspard Masse. Le gouvernement s'est défendu en rappelant que le financement obligataire n'avait pas vocation à acquérir un caractère structurel, et demeurait pour le moment une mesure ponctuelle motivée par un contexte international exceptionnel, auquel la Fédération peut difficilement faire face aujourd'hui du fait de la démilitarisation démente opérée par les précédents gouvernements libéraux.

Le revirement du gouvernement quant à la manière dont doit être géré le financement des plans de développement, et plus particulièrement celui du Secrétaire d'État aux Finances, qui se trouve à l'origine du réalignement de la ligne gouvernementale sur celle de la Ligue Fédérale en la matière, ne pose pas moins question quant aux mouvements idéologiques qui s'opèrent au sein du gouvernement fédéral. Bien que ce changement de paradigme ne soit présenté par ses membres que comme une réadaptation du programme présidentiel d'Ignace Charbonneau au nouveau contexte mondial, on ne peut s'empêcher de voir dans ce pas de côté vers la Ligue un reflet de la droitisation générale qui s'opère au sein de la population albelaise depuis l'amorce de la réouverture diplomatique du pays, et la confrontation à de nouvelles menaces, notamment communistes, qui avaient quasiment disparu en Albel depuis la purge effectuée pendant la Terreur Noire qui a pris fin en 1991. Bien qu'ils occupent les plus hautes fonctions politiques de l'État, les membres du gouvernement n'en sont pas moyen des citoyens comme les autres, dont on ne peut pas exclure qu'ils soient tout aussi touchés que le reste de la population par le mouvement de fond qui a conduit au score historique de la Ligué Fédérale aux élections sénatoriales de 2002, lequel lui a permis de devenir une force politique suffisamment puissante pour occuper un rôle au sein d'un gouvernement majoritaire.
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24 juillet 2004

Le Courrier Fédéral

Jean Rossovsky : la success-story d'un Albelais à l'international



Jean Rossovsky
L'acteur Jean Rossovsky est la vedette du film fortunéen Jour Z, qui sera projeté au Festival International du Cinéma à Chan Chimù

Célèbre en Albel pour avoir occupé les premiers rôles dans des films d'action à grand budget tels que Captif d'Arnold Vérany, ou Âme en Perdition de Stéphane Radnitz, l'acteur Jean Rossovsky voit sa carrière prendre un nouveau tournant international en se trouvant à l'affiche de Jour Z, qui sera projeté dans le cadre du Festival International du Cinéma de Chan Chimù, au Grand Kah, avant la fin de l'année. Ce film d'un genre nouveau tire pleinement avantage du rétablissement du trafic international qui a accompagné la fin du Grand Assoupissement, en amenant son spectateur à voyager à travers le monde, de la Paltoterra au Nazum en passant par l'Aleucie, avec des escales à Apozcana, Paradis, ou encore le pont du nouveau porte-hélicoptères de la Marine Fédérale, actuellement en cours de construction dans les chantiers de Nanmans, dont la mise en fonction a été anticipée dans ce scénario se déroulant dans un futur proche. Alors que cela n'aurait pas été possible il y a encore trois ans, le film montre des scènes filmées dans plusieurs pays différents, bien que l'essentiel de l'action se déroule dans les studios fortunéens.

En effet, cette nouvelle apparition de Jean Rossovsky sur le grand écran ne se fait pas cette fois dans un film albelais, mais dans une superproduction signée de la main du réalisateur fortunéen Marco Durrando, et financée par la société Mundus Production, elle aussi basée à Fortuna. Faisant la part belle à Albel, tant par ses lieux de tournage que ses principaux personnages, le film a été critiqué par les observateurs fortunéens les plus chauvins, reprochant surtout à la société de production le choix d'un acteur étranger pour tenir le rôle principal. La polémique profite toutefois à la carrière de Jean Rossovsky, qui n'en voit sa notoriété que grandie. Ce premier pas dans le cinéma international semble avoir ouvert les ambitions de l'acteur, qui ne cache pas son ambition de poursuivre sa carrière sur cette voie : « En collaborant avec l'équipe de tournage de Jour Z, j'ai pu découvrir une nouvelle manière de diriger la réalisation d'un film et de manager une équipe d'acteurs, différente de ce que j'ai pu connaître en Albel. Je ne dis pas que la manière de tourner des Fortunéens est meilleure que la nôtre. Il y a des choses meilleures, certes, mais aussi des points de moindre performance. L'herbe n'est pas plus verte ailleurs, mais je pense que c'est cette diversité d'expériences, permettant de se nourrir des points forts de chacun, qui est véritablement enrichissante ». Jean Rossovsky s'est déclaré ouvert à toute proposition émanant de producteurs étrangers, y compris autre que fortunéens : « Après avoir pu expérimenter différentes écoles à travers le monde, j'espère être suffisamment mûr pour réaliser l'un de mes rêves : réaliser mes propres films ».

S'il est un symbole de l'internationalisation de la culture qui semble se mettre peu à peu en place de par la conjonction du rétablissement des relations internationales et du développement des transports et des technologies de communication, l'histoire de Jean Rossovsky est aussi un espoir pour une partie de la jeunesse d'Albel. Le nom de famille de l'acteur fait en effet clairement transparaître ses origines ethniques slaves, la branche paternelle de son arbre généalogique étant originaire de l'État de Chirkuta, dans le sud-est de la Fédération. Principalement peuplée de paysans slaves, la zone est réputée concentrer les populations souffrant le plus des fortes inégalités socioéconomiques qui touchent la Fédération, dans une région où l'agriculture est mise à mal par un climat particulièrement sec et un matériel inadapté, que les finances des fermes locales ne permettent pas de remettre au goût de jour. On peut espérer que la success-story de Jean Rossovsky, atteignant aujourd'hui un succès international malgré ses origines modestes, servira de source d'inspiration pour la jeunesse slave qui se sent aujourd'hui délaissée par l'État et la société.
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29 juillet 2004

Le Courrier Fédéral

Paradis cofinancera le chantier de la nouvelle tribune de l'Avenue de l'Armée



Modèle 3D de la nouvelle tribune militaire
Aperçu du modèle 3D de la nouvelle tribune dessinée par l'architecte Justin Bullion

Le conseil urbain de Paradis a publié hier le décret donnant à l'administration fédérale le feu vert pour entamer les travaux de construction de la nouvelle tribune militaire qui longera le flanc ouest de l'Avenue de l'Armée, l'une des plus grandes artères de la capitale albelaise. Mis à l'étude en octobre 2003 en vertu de l'accord de gouvernement signé entre le Parti National-Populaire et la Ligue Fédérale, le projet a vocation à rendre un hommage aux forces armées de la Fédération par la réalisation de ce nouvel édifice, destiné à accueillir les spectateurs les plus prestigieux qui assisteront aux défilés militaires qui se tiendront dans la capitale. Bien qu'étant à l'origine prévu pour s'achever au début de l'année 2005 afin que la tribune soit fonctionnelle au moment du passage en revue des nouvelles troupes dont la fin de l'entraînement est prévue pour décembre 2004, le projet a déjà pris plusieurs mois de retard au cours des différentes phases préliminaires. Un appel d'offres a en effet été lancé au mois d'octobre de l'année dernière à l'intention des seuls architectes et artistes albelais, en vue de sélectionner, parmi les différents projets proposés, celui qui servira de plan de construction à la future nouvelle tribune.

Il semble que parmi les propositions reçues, celles jugées comme étant les plus intéressantes par la Secrétaire d'État à la Culture Céline Weber, chargée de mener à bien la conception du projet, étaient aussi les plus ambitieuses en terme de dimensions et, surtout, de budget, celui-ci ayant été défini par le Secrétariat d'État aux Finances avant le lancement du projet. Un accord a toutefois pu être trouvé entre Céline Weber et le reste du gouvernement, permettant à la Secrétaire d'État de dépasser le plafond budgétaire fixé, à condition que le surplus soit financé par une entité tierce. Après plusieurs mois de négociations, la municipalité de Paradis a finalement accepté de participer à hauteur de vingt pourcents au financement de la construction de l'édifice, convaincue par les projections avancées par le gouvernement en terme de retombées économiques du fait de l'activité touristique, en échange d'un libre accès du public civil au bâtiment en dehors des jours de célébrations officielles.

Dessinée par l'architecte Justin Bullion, la maquette sélectionnée par la Secrétaire d'État à la Culture prévoit la construction d'une structure de près de 400 mètres de longueur pour une vingtaine de mètres de hauteur, où les spectateurs pourront s'assoir sur plusieurs rangées de marches en pierres permettant l'accueil d'environ cinquante mille personnes. Répondant aux critères de néoclassicisme spécifiés dans l'appel d'offre gouvernemental, afin de ne pas rompre avec le style dominant au sein de la capitale fédérale, le projet a vocation, au-delà de son ancrage dans la politique de remilitarisation, à marquer le retour de la Fédération sur la scène internationale par le déploiement aux yeux du monde du savoir-faire architectural et artistique du pays. Le choix de confier la réalisation du projet à la Secrétaire d'État à la Culture n'est en effet pas anodin de la part du Président Charbonneau, qui ne cache pas son attention quant au rayonnement culturel international de la Fédération, dans laquelle s'inscrivait déjà le soutien discret apporté par le gouvernement fédéral à la candidature de la ville d'Arnes pour l'organisation du Concours International de la Chanson, malheureusement non retenue par le comité en charge de l'organisation de l'évènement. À présent que le feu vert à été donné par Paradis, les travaux de construction de la tribune devraient commencer dans les semaines à venir, pour s'achever avec six mois à un an de retard par rapport aux prévisions initiales.
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29 juillet 2004

Le Courrier Fédéral

La monogamie, ennemie de la natalité albelaise ? Entretien avec Étienne Chevassus



Étienne Chevassus, essayiste albelais
Le dernier ouvrage de l'essayiste Étienne Chevassus, L'Impasse Maritale, s'est déjà écoulé à plus de 40 000 exemplaires

Dans son dernier ouvrage intitulé L'Impasse Maritale, l'essayiste Étienne Chevassus aborde sans filtre la question de l'inquiétante dénatalité qui frappe la Fédération d'Albel. Oscillant entre constats, analyses et suggestions de solutions, l'auteur se risque à des prises de position à la fois originales et vivement critiquées, dont l'écho médiatique polémique à permis au livre de s'écouler à plus de quarante mille exemplaires après seulement deux semaines de publication. Au cours de cet entretien exclusif, le Courrier Albelais a pu échanger avec le principal intéressé concernant ses analyses sur la démographie albelaise, ses solutions, et plus largement sa vision de la situation politique fédérale d'aujourd'hui.

C.A. - Votre dernier ouvrage donne la part belle au sujet de la dénatalité qui frappe Albel. Alors que cela va bientôt faire deux ans que la fécondité albelaise est passée en dessous du seuil de renouvellement des générations, quelle est votre analyse quant aux causes de cette chute C.A. - drastique de la natalité ?
E.C - L'analyse que j'en dresse dans mon livre n'a rien de très original, mais n'en est pas moins juste. Elle s'accorde avec les conclusions tirées par le démographe Hervé Javert, mais les précise en désignant le progrès de la technologie comme seul et unique responsable du mal qui touche aujourd'hui notre pays. Les avancées techniques qui ont pu être réalisées pendant la Guerre Albelo-Arkencane au début des années 1950, alors à des fins militaires, se sont démocratisées à la fin du conflit pour prendre place dans les ménages albelais sous la forme de l'équipement électroménager. Cette petite révolution a rendu complètement caduque le rôle de la ménagère, qui devait jusqu'alors consacrer ses journées entières à l'entretien du foyer, en sus de l'éducation des enfants. En parallèle, les conditions de travail se sont améliorées par l'automatisation, et des emplois nouveaux ont été créés, notamment dans le secteur tertiaire, où les capacités d'endurance physique des hommes n'étaient plus nécessaires pour atteindre un certain niveau de productivité. La conjonction de la disponibilité nouvelle des femmes et de la création de postes correspondant à leurs aptitudes leur a permis de faire leur entrée sur le monde du travail et de limiter leur dépendance aux hommes.

C.A. - Quel lien faîtes-vous entre l'entrée des femmes sur le marché du travail et la baisse de la natalité ?
E.C. - Les clés de compréhension de ce qui suit résident dans la psychologie évolutive. Il ne vous aura pas échappé que, tandis qu'un homme est capable de se reproduire de façon quasi infinie, la femme ne peut enfanter qu'à une cadence limitée par une durée de gestation de neuf mois. Celle-ci doit donc choisir avec soin le père de ses futurs enfants afin que ceux-ci bénéficient du patrimoine génétique le plus avantageux, c'est pourquoi la femme aura tendance à rechercher la compagnie d'un seul homme, s'agissant de celui qu'elle aura estimé à la plus forte valeur. C'est ce que l'on nomme communément l'hypergamie. L'homme au contraire, exempt de ces contraintes biologiques, est par nature polygame. Pendant des millénaires, la dureté du travail réservant celui-ci aux seuls hommes plaçait naturellement la femme en position d'infériorité vis-à-vis de ses homologues masculins, lui facilitant ainsi la recherche d'un partenaire satisfaisant ses instincts hypergames. Mais dans les circonstances nouvelles qui caractérisent notre société, où la femme peut occuper un statut équivalent, voire supérieur, à celui de l'homme, la tâche de trouver un partenaire acceptable est devenue beaucoup plus ardue. Nous évoluons aujourd'hui dans un contexte où 80% des femmes luttent pour accéder aux 20% des hommes se trouvant dans le haut du panier génétique et social.

C.A. - C'est à partir de ce constat qu'intervient votre critique du mariage monogame ?
E.C. - J'ai dit un peu plus tôt que la cause du mal était le progrès technique. Non pas que ce progrès soit un mal un soi, bien évidemment, puisqu'il s'inscrit dans le cadre d'un processus naturel, l'homme étant porté par son essence vers l'innovation et l'élargissement du champ de son savoir. Ce qui est en cause, c'est la conjonction entre cette évolution naturelle de notre société, et le retard pris par le cadre légal censé encadrer celle-ci. Le modèle du mariage monogame tel qu'il est pratiqué en Occident depuis l'avènement du christianisme, permettant jusqu'alors de formaliser le modèle patriarcal en appariant chaque homme avec une femme, entre aujourd'hui en opposition avec la tournure prise par les conditions sociétales. Et dès lors que la loi prétend s'opposer à la nature, on obtient sans surprise une société dysfonctionnelle, où les instincts naturels qui ont fait la survie et le succès de notre espèce sur des millénaires se retrouvent indument inhibés.

C.A. - Le mariage monogame traditionnel permet aussi à chacun de trouver chaussure à son pied. Ne craignez-vous pas, si ce modèle venait à changer demain au profit, par exemple, d'une polygamie masculine, que la conséquence soit la division des hommes en deux classes, la première ayant accès aux femmes, tandis que l'autre non ?
E.C. - De fait, cette division est déjà en train de se produire. Pourquoi l'empêcherions-nous ? En Albel, davantage que partout ailleurs, nous savons que l'égalité n'existe pas dans la nature. Il s'agit là d'une maxime inscrite jusque dans notre hymne national : « Ici nul besoin de l'égalité, nous savons notre destinée. Dieu nous a faits pour dominer, ainsi les hommes sont forgés ». Cette vision consistant à conserver la monogamie par souci égalitaire, afin de donner une femme à chaque homme, relève ni plus ni moins que du communisme mental. En dérégulant l'institution maritale, nous ne pourrons obtenir que des résultats meilleurs.

C.A. - Ne craignez-vous pas de vous mettre à dos l'église chrétienne d'Albel en défendant de pareilles positions ?
E.C. - Croire que le christianisme est fondamentalement monogame est une idée erronée. Les hommes de la lignée d'Abraham décrits dans l'Ancien Testament sont tous explicitement polygames, tandis qu'aucun verset du Nouveau Testament ne condamne explicitement cette pratique. La monogamie chrétienne actuelle est surtout le résultat d'une interprétation particulière des textes, qui a sûrement dû servir l'établissement du modèle patriarcal qui avait son utilisé à une certaine époque. Mais ce ne serait pas la première fois que l'Église consentirait à remettre en cause certains aspects de son dogme pour l'adapter aux évolutions de la société. Il est vital pour elle de le faire à des fins de survie. Toute idée nouvelle passe systématiquement par trois phases successives dans la considération qu'en fait la société. Elle sera d'abord vue comme ridicule, et c'est probablement ainsi qu'aurait été qualifié mon ouvrage si je l'avais publié dix ans plus tôt. Puis on la pointe du doigt comme étant dangereuse, ce que vous faites aujourd'hui en décrivant les potentiels impacts sociaux ou une opposition supposée de la part de l'Église. Mais la troisième et dernière étape, par laquelle je ne doute pas un instant que finira par passer ma thèse, est celle de l'évidence. D'ici quelques années, la polygamie sera probablement un acquis pour la majorité de la population d'Albel, j'en suis convaincu.

C.A. - Vous vous définissez toujours comme orphelin sur le plan politique. Comment vous positionneriez-vous dans le paysage politique actuel ?
E.C. - Je pense que c'est état de fait n'a pas réellement évolué. Il semble que nous assistions à une forte montée en influence de la Ligue Fédérale, dont le militarisme me laisse toujours méfiant, dans la mesure où la discipline militaire me parait dangereuse lorsqu'il s'agit de gérer l'organisation d'un État. J'apprécie toutefois le côté visionnaire de certains des cadres de ce parti qui, je pense, restent à ce jour les mieux à même de comprendre ma thèse et, potentiellement, de la relayer. Les Libéraux, quant à eux, restent égaux à eux-mêmes. Je resterai toujours partisan des dérégulations, mais il me semble que ce parti tombe trop facilement dans la naïveté lorsqu'il s'agit de traiter des relations internationale. Non pas que j'ai davantage d'éloges à faire à l'égard du PNP, dont les sénateurs les plus conservateurs délirent même au point de militer pour l'interdiction de la pornographie.

C.A. - Ne s'agirait-il pas pourtant d'un bon moyen d'endiguer cette chute démographique que vous déplorez ? Peut-être que la fin de la pornographie pourrait conduire certains de ses consommateurs aux relations réelles, et donc à procréer ?
E.C. - Les principaux consommateurs de la pornographie sont justement ces hommes dont les femmes ne veulent plus aujourd'hui. Qui sait comment cette frange de la population pourrait évoluer si on la privait de cet exutoire ? Leurs pulsions risqueraient d'éclater sous la forme de violences physiques ou sexuelles sans plus rien pour les canaliser. Ce n'est pas en interdisant toujours davantage que l'on règlera les problèmes causés par des évolutions naturelles. Ma proposition consiste au contraire à agrandir le champ des libertés publiques et privées en élargissant la définition du mariage. Ce n'est que de cette manière que l'on peut raisonnablement adapter une société aux changements de fond tels que celui auquel nous assistons.
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2 août 2004

Le Courrier Fédéral

Le gouvernement se penche sur la privatisation de la Bourse d'Assoix



Jacques Delpart, Secrétaire d'État à l'Économie
Le Secrétaire d'État en charge des affaires économiques Jacques Delpart est chargé de piloter le projet de privatisation

Mise en avant pendant la campagne d'Ignace Charbonneau, la question de la privatisation de la plus importante place boursière de la Fédération semble être parvenue en haut de la pile des dossiers à traiter pour le gouvernement, alors que le Secrétaire d'État à l'Économie Jacques Delpart a annoncé avoir commencé à étudier les premières étapes du projet. Destinée à « moderniser le système économique et financier de la Fédération » selon les dires avancés par le candidat Charbonneau au cours de sa campagne, la conservation de ce point précis du programme présidentiel a fait l'objet de débats entre le Parti National-Populaire et la Ligue Fédérale au moment de l'élaboration de l'accord de coalition gouvernementale entre les deux partis. En effet, la ligne nationaliste et souverainiste du parti militariste a conduit celui-ci à exprimer des réticences à l'égard du projet, ne souhaitant pas qu'une institution revêtant une influence aussi capitale pour la stabilité de l'économie nationale et la gestion des capitaux des entreprises des secteurs stratégiques puisse se trouver influencée par des intérêts particuliers, au risque que ceux-ci entrent en contradiction avec l'intérêt supérieur de la nation, voire même par des intérêts étrangers, dans la mesure où le projet de privatisation formulé par le Parti National-Populaire visait également une ouverture du marché boursier albelais aux investisseurs internationaux.

Malgré ces points de désaccord, un compromis avait pu être trouvé entre les deux partis alliés, s'agissant de procéder à la privatisation, tout en créant une autorité indépendante des marchés financiers, sous tutelle de l'État, dont le rôle sera d'assurer le contrôle prudentiel de l'état des marchés et des transactions effectuées au sein de ceux-ci. Le cadre légal entourant la création, le fonctionnement, les moyens d'action et les objectifs précis d'une telle institution reste toutefois à définir. Quelles seront les contraintes à respecter de la part des marchés et des parties prenantes en matière prudentielle ? De quels leviers de coercition l'autorité de surveillance bénéficiera-t-elle pour assurer le respect des règles fixées ? Tant de questions encore en suspens qui représentent un chantier de taille pour Jacques Delpart, dont le cabinet a amorcé les échanges avec les experts financiers et principaux acteurs des marchés boursiers albelais, afin de concevoir une solution à la fois efficace et fonctionnelle.

Le lancement du projet seulement quelques semaines après la mise en place du plan d'endettement élaboré par Michel Pfelzer pour financer les subventions d'État de soutien à la remilitarisation n'a rien d'un hasard, alors que cette dernière décision a été perçue par bon nombres d'observateurs comme une reculade d'Ignace Charbonneau et de sa majorité face à la montée en influence de son encombrant allié militariste. En hâtant la médiatisation du projet de privatisation de la Bourse Fédérale d'Arsois, le Président de la Fédération cherche à donner un coup de barre vers le bord libéral de son propre gouvernement, afin de montrer à l'opinion qu'il conserve le contrôle de sa majorité, et ne se laisse pas impressionner par le triomphalisme de la Ligue Fédérale. Quiconque n'aura pas oublié les engagements pris lors de la signature de l'accord de coalition entre les deux partis réalisera toutefois qu'Ignace Charbonneau ne s'expose pas à de grands risques en réalisant une tellement manœuvre, dont le fond avait déjà été convenu avec ses alliés quelques mois auparavant.
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30 août 2004

Le Courrier Fédéral

L'alcoolisme endémique attire l'attention des autorités d'Ivarilsk



Jeunes slaves consommant de l'alcool
L'alcoolisme généralisé est un mal bien connu qui touche la plupart des États de la pointe slave orientale

Tout est parti d'un simple fait divers local, dont le retentissement a cependant dépassé les frontières de l'État d'Ivarilsk. Dans la soirée du 27 août dernier, un père et sa fille ont en effet trouvé la mort dans un tragique accident de la route qui s'est produit sur la voie d'État N°76, entre la capitale Siratov et la ville voisine de Skatin. À 17h43, le père âgé de quarante-trois ans, propriétaire d'une ferme de taille modeste, quittait son domicile au volant de sa voiture pour aller chercher sa fille de huit ans à l'école avec plus de quarante minutes de retard, s'étant assoupi quelques heures auparavant. Dans la précipitation, il a perdu le contrôle de sa voiture lors de son arrivée près de l'établissement où était scolarisée sa fille, et a embouti une estafette qui se trouvait garée sur le parking, rendant par là même son propre véhicule inutilisable. Heureusement sorti indemne de ce premier accident, l'homme a pu contacter son épouse afin qu'elle vienne les rejoindre sur place, lui et sa fille, pour les ramener à leur domicile. Cependant, lors de son arrivée sur les lieux quinze minutes plus tard, la mère a perdu à son tour le contrôle de son véhicule, et renversé son époux et sa fille qui l'attendaient sur le bas côté. Tous deux sont décédés au moment du choc, tandis que la mère de famille s'en est sortie avec trois côtes cassées.

Après un examen médical conduit sur la conductrice du second véhicule familial et une autopsie à laquelle a été soumis le corps de son mari défunt, il a été établi que l'auteur de ce double homicide involontaire avait 2,3 grammes par litres de sang au moment des faits, tandis que son époux en avait 3,1 grammes par litre. Ce double accident tragique a fait l'effet d'un électrochoc auprès de l'opinion publique de l'État, et plus largement des autres États slaves voisins. Dans cette région du sud-est de la Fédération où la misère sociale vient flirter avec la culture de la boisson, la population est particulièrement touchée par les problèmes d'alcoolisme, qui donnent lieu à une mortalité routière s'élevant à plus de 17 500 décès par an pour les seuls États de la pointe slave orientale (Ivarilsk, Tovan, Vyarov, Troidovo, Chirkuta et Zelenza), dont la population totale n'atteint pas les vingt millions d'habitants, ainsi qu'à un taux d'accident d'une quinzaine de carambolages pour dix mille voitures, soit trois fois plus que la moyenne fédérale.

Suite aux remous médiatiques causés par cette affaire d'accident de la route, le gouvernorat de l'État d'Ivarilsk a annoncé la mise à étude des solutions à apporter au problème de l'influence exercée par l'alcoolisme sur la sécurité routière. Si les déclarations d'attention des autorités locales, dont les moyens limités permettent rarement de mettre en application les dispositions annoncées, viennent à se concrétiser, via par exemple un durcissement des contrôles d'alcoolémie ou un amendement des réglementations concernant la vitesse maximale autorisée sur les routes, cela ne règlera pas le problème de l'alcoolisme endémique qui gangrène la pointe slave orientale, ainsi que la vie de son importante population paysanne, dont la dureté des conditions de vie laisse peu de place aux espoirs d'un avenir radieux, malgré le climat chaud et sec de la région, qui représente justement un lourd fardeau pour les cultivateurs. L'endiguement du phénomène alcoolique constitue un défi social conséquent, que l'administration locale n'est pas en mesure de prendre en main, faute de moyens financiers, mais aussi et surtout de véritable alternative à proposer à ces gens pour qui la boisson représente bien souvent la seule alternative à une vie de profonde misère.
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