13/11/2004
17:41:48
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Un nouvel arrivant à Huon-Kuang

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Un nouvel arrivant à Heon-Kuang

Zafred Zacoumba se présenta essoufflé au premier bâtiment officiel qu'il pût trouver à sa sortie du bateau. Entrant d'une démarche hasardeuse dans le hall, il se fit interpellé par l'homme d'accueil.
"Vous allez bien Monsieur...?, commença-t-il.
-J'ai...j'ai besoin d'une protection. J'ai été chassé de chez moi, haleta Zafred.
-Vous n'avez pas de domicile ? Je suis désolé, mais je ne peux pas faire grand-chose pour vous, vous adressez à la mauvaise magistrature.
-Ah... un long silence gêné s'ensuivit, puis Zafred reprit ses esprits : Je viens de Sehras, au Banairah. Puis en voyant la perplexité de son interlocuteur : Un pays en Afarée, là où il y a plein de sable vous savez. J'étais en train de composer mon œuvre dans des rochers près des remparts. Il n'y a pas grand-chose à faire là-bas, vous savez. Je pensais faire plaisir aux gens en égayant ces tas de briques inertes, mais ces citadins sont si étroits d'esprit qu'ils m'ont fait sortir de la ville. En voulant rentrer chez moi, on m'a jeté ma peinture dessus, et les policiers m'ont expulsé de la région. Peu de temps après, on m'a informé que j'allais être cible d'un procès pour dégradation de lieux publics et que j'allais sûrement écoper d'une amende impossible à payer. J'ai dû partir en précipitation et donc j'ai avancé mon départ pour Heon-Kuang où je voulais aller depuis un moment pour recommencer ma carrière artistique. Seulement, je n'ai pu faire aucune démarche et je n'ai rien ici."
Ce discours décrivait bien ce maladroit incompétent qu'est Zafred. Mais comprenez-le, comprendre tout de travers est un défaut avec lequel il est difficile de composer. Seulement, par grande chance, il ne devait pas être le seul dans la situation dans l'histoire de l'exclave, alors l'homme d'accueil réfléchit, puis saisit un combiné...
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Les choses étaient bien faites, et encore plus dans l'enclave de Huon-Kuang qui avait joui tout au long de son existence d'efforts de planification urbaine parmi les plus aboutis de la région. Ainsi, quand on débarquait d'un navire sur les quais des cents jardins du vieux royaume, le premier bâtiment officiel n'était jamais bien loin, et était rarement autre-chose que tout à fait capable d'organiser le transfert des arrivants vers les administrations les intéressant. Dans le cas présent, celles gérant les procédures classiques d'immigration au sein du Grand Kah. C'est qu'une telle enclave, surtout dans une telle région du monde, était un refuge inespéré pour de nombreuses personnalités allant de l'agitateur politique au persécuté religieux. On avait, avec le temps, développé une véritable habitude des réfugiés.

L'hôte d'accueil fit signe à Zafred de patienter et porta le combiné à son oreille.

"Salut et fraternité citoyen, ici la Capitainerie des Communes de Banrak. Nous avons un réfugier ici." Pause. "Je ne sais pas. Je n'ai pas demandé, non." Pause. "Vous pouvez le prendre en charge ? Parfait, merci citoyen. A vous aussi."

Il raccrocha et fit glisser un papier et un stylo à l'homme.

"Si vous pouvez noter votre nom et prénom. Vous avez vos papiers avec vous ? Des gens de la protection civile vont vous amener à un centre d'accueil où il y aura un peu de paperasse. On recevra votre déposition, on prendra en compte vos connaissances et on verra si une commune de l'Exclave a des besoins correspondants à vos capacités, auquel cas on vous donnera en priorité un logement situé en son sein."

Il lui sourit d'un air compatissant.

"J'ai conscience que ça peut être compliqué de tout recommencer, mais vous ne pouviez pas choisir meilleurs endroit. Le Kah accueil tous ses enfants."
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Zafred ne pouvait espérer mieux. Enfin quelqu'un qui le traitait, lui artiste opprimé, comme il se devait. On allait enfin le laisser s'exprimer dans la plus grande de ses virtuoses, lui permettre de remplir sa mission de guideur des peuples, d'enluminer le monde si plat par son art si vrai, d'accomplir...
Il s'interrompit brusquement lorsqu'il aperçut le regard interrogateur du magistrat. Il recouvrit ses esprits et, gêné, fouilla dans ses poches. Il en sortit le crayon HB Seratah dont il se servait pour dessiner ses croquis. Il soupira : si l'exclave était tout ce qu'il espérait, il était sûr de ne pas trouver mieux comme crayons que ses préférés d'Al Kara. Il inscrivit son nom et prénom sur le formulaire, avant de se rendre compte que l'homme lui avait déjà prêté un stylo. Excusez-moi, bredouilla-t-il. Il rendit le papier et poursuivit son dernier croquis en attendant l'arrivée des agents de la protection civile.

Les agents prirent étonnamment peu de temps. Ils ont probablement l'habitude de traiter ce genre de dossiers, pensa-t-il. On lui expliqua qu'il allait devoir s'accomoder de quelques tracasseries administratives ainsi que d'un test de connaissances. 《Afin de trouver un emploi qui vous siez, expliqua un des agents. Mais tout d'abord, nous allons régler les démarches administratives. Puis on vous hébergera la nuit, nous avons des chambres à cet effet. Vous pourrez aller vous changer, continua-t-il. 》En effet, cela était bien nécessaire : son pantalon était constellé de tâches de peinture verdâtres et rose fushia. Zafred s'efforça de ne pas penser à la sculpture qu'il ne pourra jamais terminé et qu'il avait laissé sur place, à Sehras. Il soupira : elle était si belle. Il en était fier, il l'avait réalisé la nuit, alors qu'il peinait à voir son ciseau et son marteau. Un exercice d'ailleurs assez dangereux, maintenant qu'il y pensait.
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