13/11/2004
17:22:57
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☀️ Activités internes ☀️


Ce sujet propose des intrigues variées, jouées et personnifiées. Pour en savoir plus sur l'Izcalie et qui n'apparaît pas dans la presse...
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La ruée vers l’art (1/?)
Juin 2004

Le président Fabrice Trottier dans son atelier

Le rempart contre le fascisme…

Fabrice Trottier n’était pas seulement le président de la Communauté d’Izcalie depuis 2002. Son accession au pouvoir n’a rien à voir avec celle d’un politicien classique, puisqu’il n’a jamais eu le moindre mandat électif, ni voté la moindre délibération. Il n’a pas non plus été un grand militaire… Son principal fait d’armes est d’avoir été l’acteur le plus populaire d’Izcalie de sa génération et d’avoir gardé cette auréole encore aujourd’hui. À vrai dire, c’est parce qu’il était acteur qu’il est devenu homme politique. Il a sauvé du pays du retour au fascisme, disait-on. En 2002, l’élection présidentielle voit l’émergence d’un candidat, Gabriel Macalipay, fervent soutien de l’ancien dictateur Ollin Sacxoch mais se présentant sous un profil de gendre idéal, monter les sondages, au point qu’il est donné gagnant dans toutes les configurations, y compris face aux candidats des grands partis. Sexagénaire, en retrait depuis peu des plateaux de cinéma, Fabrice Trottier se donne comme dernier noble défi de faire reculer le candidat de la dictature. Indépendant mais soutenu par l’Alliance pour le Paradis, il gagne largement l’élection en 2002.

Sa candidature n’est pas pour autant une blague, ses convictions sont réelles même si son passé d’acteur a provoqué bien des railleries lorsqu’il s’est lancé en politique. C’est pourtant un homme lettré, un mécène controversé qui n’hésite pas à financer les artistes les plus polémiques et proches des milieux sacxochistes, conscient qu’une part négligeable de la population izcale leur reste attachée. Sa passion pour l’art en a fait un vrai iconophile, un collectionneur et il dispose dans sa maison de campagne, au cœur de l’Izcalie, un cabinet de curiosités presque aussi grand qu’un terrain de basket. Là, il entrepose plus de quarante ans de carrière artistique, qui l’a fait voyager et rencontrer du monde dans les quatre coins du monde. Il revenait de chacun de ses voyages avec un artefact, qu’il classifiait et entreposait. Sur un air du Concerto pour violon en fa majeur de Torsten Olrik Frimans, compositeur baroque althais, il s’adonnait à redonner quelques couleurs à un tableau d’Ikao Noxochixoch, un peintre kah-tanais qu’il apprenait à connaître, un calme interrompu par la sonnerie de son téléphone portable qui retentit, à côté de son chevalet. Elle lui en fit perdre légèrement le contrôle de son pinceau et c’est en maugréant qu’il consulta l’écran de son téléphone.


Fabrice Trottier
Président de la Communauté d’Izcalie depuis 2002
Ancien acteur populaire

« C’est pas possible, elle va me tuer ! »

Grizelda Arancel, muse de Fabrice Trottier

Grizelda Arancel
Actrice populaire en Izcalie
Muse de Fabrice Trottier

« C’est qui ? »

Elle, en tout cas, qui répliquait au président izcale, c’était pour ainsi dire la muse du président. Grizelda Arancel, jeune quinquagénaire, a percé dans le cinéma grâce à Fabrice Trottier, lorsque ce dernier a commencé à passer derrière la caméra et à s’essayer à la réalisation. Les courbes de ses fessiers étaient connues par toute l’Izcalie, et en particulier par tous les hommes actuellement de plus de quarante ans, qui la considéraient eux aussi comme leur muse, généralement quand ils n’arrivaient pas à dormir, sous leur couette. Elle devait tout à Fabrice Trottier : la réalisation de son rêve d’actrice, sa gloire, sa fortune… et même quelques présents particuliers. Elle partageait avec son mentor le même goût des artefacts, sans s’intéresser à leur aspect historique toutefois. Ensemble, il aimait à se remémorer leurs carrières filmographiques, dans ce cabinet de curiosités empli de souvenirs. Les années passant, elle n’avait plus la cote d’autrefois et aujourd’hui, on la cantonnait généralement à des rôles de mère sans intérêt, qu’elle tenait d’oublier à coup de liqueurs. D’autant qu’elle approuvait plus de l’affection amicale à l’égard de Fabrice mais le cœur de son dernier était déjà pris par une autre. Installée dans un fauteuil de l’atelier du président izcale, elle aimait le regarder à l’œuvre.

Fabrice Trottier
« C’est ma femme qui m’envoie un message… Elle fait encore une crise »

Grizelda Arancel
« Mais enfin, quand finiras-tu par interner cette folle ! Tu es à la tête du pays maintenant, tu ne joues plus dans la même cour qu’elle. »

Fabrice Trottier
« Qu’est-ce que… »

Fabrice s’énerva et retira la bouteille de rhum de la main de Grizelda.

Fabrice Trottier
« Tu sais que je déteste quand tu bois. Ça te rend aussi mesquine qu’idiote et en plus, ça renforce les rides de ton visage ! »

Grizelda se mura dans le silence, les larmes aux yeux, tandis que Fabrice répondit à sa femme, qui était restée dans leur maison de Xallie, elle qui détestait la campagne. S’il était attaché à sa femme, le président izcale ne supportait pas ses crises de dépression qui la rendaient incontrôlable, parfois violente. Quand il pouvait, il venait se réfugier ici… Quand il eût terminé d’envoyer le message en dépit de ses gros pouces sur le clavier alphanumérique de son portable dernière génération, il entendit sa muse éclater en sanglots, tandis que sa chaîne hi-fi jouait désormais du Patricia Rouco, compositrice de symphonie originaire d’Arkencheen. Il prit Grizelda dans ses bras.

Fabrice Trottier
« Allons, il ne fallait pas le prendre comme un reproche. C’est pour ton bien que je te dis tout ça… Quelle est la seule personne qui a toujours été pour toi ? »

Grizelda Arancel
« T… Toi. »

Fabrice Trottier
« Exactement. Et que serais-tu devenue si tu ne m’avais pas rencontré ? »

Grizelda Arancel
« Avec ma mère, en train de faire sécher des feuilles de tabac… »

Fabrice Trottier
« Tout à fait, tu ne serais rien du tout. Alors, quand je dis quelque chose, écoute-moi, d’accord ? Je sais comment je peux me faire pardonner, viens ! »

Ensemble, ils quittèrent l’atelier pour rejoindre le cabinet de curiosités qui se situait à côté. On y trouvait beaucoup d’artefacts utilisés comme accessoires de cinéma, allant de l’animal éteint empaillé au sabre nikaoin, en passant par quelques natures mortes d’un peintre tapiolais.

Cabinet de curiosités de Fabrice Trottier

Fabrice Trottier
« Tu as le droit de prendre quelque chose. N’importe quel objet, je te l’offre. Même le crâne cémétien serti de diamants, celui que je tenais dans la scène finale du Triomphe du Pharaon. Tu sais que j’y tiens beaucoup ! »

Grizelda Arancel
« Mais… ça fait longtemps que tu n’as pas eu de nouveaux objets. Depuis que tu es parti en politique, tu as perdu la cadence… »

Fabrice Trottier
« J’y travaille, j’y travaille… Mais tu sais, il ne reste plus beaucoup de choses au Varanya, les plus belles œuvres sont déjà parties vers d’autres horizons. J’attendais beaucoup de ce conflit entre le Pharois et la Francisquie, j’avais déjà fait préparer la cargaison de mines navales, mais ça s’est dégonflé, et il paraît que l’empereur a été dégagé comme une vieille chaussette. Il faut être patient, ça finira par arriver et je suis mieux loti pour saisir les opportunités, là maintenant à la tête du pays, que je ne l’étais sur les plateaux. Maintenant, Ignace travaille d’arrache-pied pour ça. Tu l’aimes bien Ignace, il t’a ramené plein de jolies choses… »

Grizelda Arancel
« Oh, je n’avais jamais vu ce tableau… »

Tableau

Fabrice Trottier
« Ah, justement ! C’est Ignace qui l’a ramené… de son séjour en Albel, il y a quatorze ans de ça… »
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La ruée vers l’art (2/?)
Octobre 1990

Paradis, 1990
Paradis (Albel), 1990.

Le tableau de Paradis

Ignace Delisle avait obtenu son visa pour participer à une soi-disant conférence universitaire sur la perspective en peinture pour la représentation des bâtiments néoclassiques aleuciens. Un thème d’une extrême complexité pour les autorités qui ont vérifié ses bagages… Rien d’anormal : une valise pleine de plans d’architectes divers sur des bâtiments conçus en Izcalie et une large sacoche qui comportait un tableau peint dans les années 1940, d’une banalité affligeante, représentant un de ces fameux bâtiments néoclassiques. Les mesures de contrôle s’étaient durcies, dans un contexte de lutte contre les factions communistes qui sévissaient dans le pays. Mais les professeurs izcales étaient réputés pour leur neutralité politique : on y enseignait l’art pour l’art et rien d’autre. Pas de quoi éveiller les soupçons des agents de sécurité de l’aéroport…

Ignace, pourtant, n’avait pas la moindre expertise en peinture, il n’était pas enseignant et d’ailleurs il n’avait jamais eu le moindre diplôme. Après avoir perdu son métier à cause de la dictature des années 1980, il cumulait les petites activités lucratives, au service du plus offrant. Néanmoins, la dictature l’avait endurci, il avait été en première ligne de la résistance – dont il a gardé une énorme cicatrice sur le bas ventre à cause d’un éclat de grenade lancé par l’ennemi - et était bien rodé aux techniques d’interrogations musclées, parfois de torture. Un client, dont il ignorait le nom, l’avait gracieusement payé pour une quête assez particulière : dégoter un tableau qui se trouvait depuis les années 1950 dans un local de militants marxistes. Seuls les esthètes avaient connaissance de la cote réelle de ce tableau, le commun des mortels auquel appartenait Ignace l’ignorait.

L’information ne fut pas aisée à obtenir. Le barbouze qu’il était avait dû interroger a mis du temps à se montrer coopératif. Il s’agissait d’un ancien collaborateur d’Ollin Sacxoch, qui avait appartenu comme lui (par opportunisme) à des organisations paramilitaires marxistes au début des années 1950 en Izcalie. Quarante ans s’étaient écoulés mais il se souvenait très bien du fameux tableau… il représentait une scène de procession funéraire dans la rue, entourée de drapeaux rouges et, selon ses aveux, il était toujours accroché là-bas.


Plan d’architecte
Plan d’architecte d’un bâtiment officiel albelais


Restait à gagner la confiance des communistes qui détenaient ce tableau… Pour ce faire, son client avait donné une monnaie d’échange qu’il avait dans son énorme bibliothèque : un plan d’architecte des années 1920 d’un petit bâtiment officiel, qui servait aussi de résidence pour un haut-officier, et qui mettait en exergue toutes ses faiblesses en matière de sécurité, alors que les autorités albelaises croyaient détenir l’unique copie de ce plan. Comme il s’agissait d’un bâtiment officiel, l’architecte n’avait précisé le commanditaire.

Cette confiance, Ignace avait fini par l’obtenir auprès du communiste qui assurait la permanence de ce petit local en solo pour ne pas éveiller les soupçons des autorités qui surveillaient le moindre attroupement. Il lui avait demandé de placer un chevalet dans un coin visible de l’extérieur, au cas où, pour donner l’illusion qu’il s’agissait d’un atelier d’artiste. Il arriva sur le lieu de rendez-vous, en cette fin d’après-midi d’automne pour délivrer le fameux plan.


Ignace Delisle
Ignace Delisle dans le local tenu par les communistes albelais à Paradis

Simon, le communiste en question, passa une bonne dizaines de minutes à vérifier le plan pour vérifier son authenticité. Ignace, de son côté, ne voyait pas le tableau demandé par le client et commença à s’inquiéter…

Simon
Militant communiste en Albel
« C’est un document qui pourra nous être très utile… Il s’agit bien de la demeure d’un officier de l’Ordolibertas, qui habite à quelques pâtés de maison d’ici… Mais qu’attendez-vous en retour ? J’ai peine à croire que vous ayez fait tout ce chemin juste pour me refiler un plan… Pourquoi un Izcalien s’intéresse-t-il autant à notre combat ? »

Ignace Delisle
Barbouze izcale au service de Fabrice Trottier
« On peut se tutoyer, camarade… Et détrompe-toi, je suis bien venu vous aider. Ces dernières années ont été éprouvantes pour moi : j’ai perdu plusieurs membres de ma famille et mon boulot à cause de ce fasciste de Sacxoch… Je suis aguerri et je veux vous aider à renverser aussi le système chez vous… »

Simon
« Oui, vous avez eu en Izcalie un fasciste et un sacré fils de pute… Il y a quoi dans cette sacoche ? »

Simon pointa du doigt la grande sacoche avec le tableau qu’Ignace avait amenée. Il l’ouvrit pour le montrer à son interlocuteur.

Ignace Delisle
« Oh ça, c’est rien… Un simple tableau d’un bâtiment. Une architecture brute et fonctionnelle, comme je les apprécie. Je suis un grand amateur d’art… et je vois que vous aussi, vous avez de belles toiles. »

Simon
« Tu parles de cette toile là-bas ? Tu es vraiment un amateur alors ! C’est une croûte… Attends, j’ai mieux à te montrer ! »

Comme escompté, Simon invita Ignace à rejoindre la pièce voisine, fermée à clé. Il en profita également pour ranger le plan obtenu dans un coffre sécurisé, discrètement placé en-dessous du plancher. Le barbouze izcale tomba sur le graal.

« Nous continuons le combat »
Nous continuons le combat, la peinture recherchée par le client d'Ignace


Simon
« Le peintre l’a appelé Nous continuons le combat. J’aime beaucoup cette toile… le combat contre le fascisme n’est pas facile, ça nous arrive d’avoir des périodes de doutes, de déprimes mais à chaque fois que je la contemple, ça me redonne de l’espoir. Voir qu’il y a des gens comme toi prêts à faire 2 000 kilomètres pour nous soutenir, ça montre que nous devons continuer la lutte, quoi qu’il en advienne. Et ce que j’apprécie le plus dans cette toile, c’est… Hummmmmpff !!! »

Simon n’eut pas eu le temps de terminer sa phrase et pour cause, Ignace lui avait mis un épais sac en plastique sur la tête qu’il serra de toutes ses forces. Le communiste se débattit comme il le pouvait mais face à la carrure d’Ignace, le combat, justement, était plié. Après cinq minutes de « lutte » intense, l’Albelais rendait l’âme. Il tenait en effet à ce qu’il n’y ait aucune éclaboussure sur le tableau.

Simon s’épongea le front après cet effort et se lava correctement les mains, avant d’enfiler une paire de gants fins pour décrocher le tableau. Il prit ensuite celui qu’il avait amené dans sa sacoche, le retourna et en dévissa le fond. Son tableau était suffisamment grand et creux pour emboîter celui demandé par le client, nettement plus petit, délicatement enveloppé. Il ne pouvait pas se faire prendre avec un tableau couvert de drapeaux rouges en plein Paradis ! Il ne lui resta plus beaucoup de temps : dans une heure, quelqu’un devait l’extirper de la capitale albelaise. Il en profita pour nettoyer les surfaces qu’il a pu toucher, ainsi que ses éventuelles traces de pas. D’autres militants pouvaient arriver à tout moment dans le local… Reprenant sa valise et sa sacoche, il quitta les lieux… impatient de pouvoir toucher sa prime… et connaître lui aussi le paradis.
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