13/11/2004
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Index du forum Continents Eurysie Walserreich

Office de la Culture (Ämt für Kulturerbe)

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kultur

Le Walserreich est une nation multimillénaire dont la Bundesrepublik n’est que la face émergée, l’écume qui n’a pas prétention d’abîme. Ainsi, pour cette Republik, aussi jeune et ancrée dans la culture walserreichienne soit-elle aujourd’hui, il est hors de question de nier les fondements de la nation qu’elle gouverne depuis plus d’un siècle maintenant. Les fondements de la nation walserreichienne reposent sur plusieurs piliers : foi chrétienne, liberté et puissance. Une expression courante au Moyen-Âge était la notion de Walserreich « Säule der Welt » (Pilier du Monde), où le Walserreich naissant augmentait sa puissance sans les armes, mais uniquement en présentant aux principautés s’agrégeant à lui son ordre, ses lois et sa sérénité. Toute la culture et la pensée du Walserreich peuvent peut-être se résumer dans ces trois mots : ordre, loi et sérénité. Dès lors qu’une politique abandonna l’un de ces trois côtés du triangle vertueux, des désastres sans nom furent provoqués, soit par une anarchie féodale terrifiante soit par un expansionnisme militaire agressif et anxieux qui ruina une large partie du pays.

Cependant, le Säule der Welt dispose de nombreux atouts qui en font une destination touristique prisée et remarquable dans le Nord du grand continent. Il n’existe aucun ministère de la culture mais seulement un chapelet d’offices de tourisme qui s’accordent pour construire une image du Walserreich à l’étranger. Ils sont en cela aidés par une petite officine gouvernementale qui est chargée de gérer les dons que reçoivent les bâtiments historiques et patrimoniaux. Cette officine s’appelle « Amt für Kulturerbe » et se charge autant des trésors walserreichiens culturels que naturels. C’est ici qu’ils seront tous présentés.
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Les grandes figures religieuses du Walserreich[1]

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Heinrich von Wels (1299-1348)
Hérétique ou précurseur de la Réforme ?

HvW

Etrange vie que celle d’Heinrich von Wels, sur une terre comme celle du Walserreich féodal où les querelles religieuses n’ont d’égale que les querelles politiques en termes de violence, d’émulation et de force. Il n’est peut-être pas de nation sur terre où la vérité devant Dieu ne soit considérée comme un sujet plus sérieux et essentiel à tout le fonctionnement social. C’est dans le contexte du premier Reich, alors que l’Empire était divisé en une multitude de petites seigneuries et féodalités que l’histoire d’Heinrich von Wels commence.

Grâce à la « Vie d’Heinrich von Wels », rédigée en 1352 par l’un de ses disciples demeuré dans l’anonymat, la vie de ce personnage si singulier nous est assez bien connue. Il naît en 1299, dans la ville de Wels. Son père, baron de Wels, aujourd’hui à l’Est du Walserreich, aurait eu une aventure avec une femme inconnue –ses ennemis diront une prostituée- qui donna naissance au petit Heinrich dans un taudis de la cité. Heureusement ou malheureusement pour lui, le baron de Wels n’avait pas de fils, et il demande à l’archevêque de Westerburg, Otto, avec qui il était en bons termes, de légitimer Heinrich le bâtard qui devint alors héritier de la baronnie de Wels. Il grandit ainsi dans le confort des seigneurs médiévaux et fut élevé comme futur baron. Son père, qui était un homme bon et juste, emmenait son fils partout avec lui et le préparait à devenir un baron équitable proche de ses sujets. Toutefois, le petit Heinrich préférait la compagnie des prêtres à celle de son père et se réfugiait régulièrement dans les livres, les bréviaires et les missels qui lui tombaient sous la main. Âgé de seulement 17 ans, il rédigea une « Vie de Notre Seigneur et Bienfaiteur Jésus le Christ » où il s’essaya à rétablir la chronologie de la vie de Jésus à partir des Evangiles. Un évènement vint alors troubler son avenir tout tracé ; son père se remaria et sa femme lui donna l’année suivant leur mariage deux fils jumeaux qui, mieux placés dans l’ordre de succession, eurent dès leur naissance des prétentions poussées par leur mère. Heinrich choisit de ne pas lutter et accepta de prendre la troisième place de succession après son père. Après une violente dispute avec celui-ci, il rejoint finalement l’Archevêque Otto de Westerburg auprès de qui il suit un enseignement scolastique visant à faire de lui un prélat de haut rang. Jamais l’Archevêque Otto n’eût autant à regretter d’avoir légitimé ce bâtard et de l’avoir pris sous son aile.

En 1320, l’Archevêque Otto est invité à déjeuner chez l’Empereur Karl IV et il décide d’emmener avec lui le jeune Heinrich. Cette soirée se finira dans une débauche monstrueuse, à laquelle l’Archevêque lui-même s’adonnera : richesse, luxure, prostituée, danseuses dénudées, Heinrich décrira plus tard une « vision de l’enfer » où « si le diable s’était assis dans un coin de la pièce, personne ne l’aurait remarqué ». Il parlera de ce dîner à de nombreux autres prélats et constatent qu’aucun d’eux ne semble troublé, « ainsi vivent ceux d’en haut », se cachant derrière les privilèges habituels des seigneurs et une certaine lâcheté face à une puissante hiérarchie. Persuadé qu’il n’y a là rien de chrétien, Heinrich se plonge dans la lecture de la Bible, il lit le Nouveau Testament presque une fois par jour pendant plusieurs mois et rédige plusieurs sommes largement conservées aujourd’hui. Il publie « De la grâce de Notre Seigneur » en 1322, « De la Vérité de la Sainte Trinité » la même année, « La Fin des Temps. Essai d’eschatologie » en 1323 et « Une vision de l’Enfer et du Paradis » en 1324, où les premières lignes subversives commencent à faire grincer des dents son maître et professeur l’Archevêque Otto ; Heinrich y établit en effet des parallèles douteux entre l’enfer et la cour impériale, à peine voilés par un symbolisme poétique très fin. L’année suivante, Heinrich poursuit sur sa voie dangereuse et publie « Des institutions humaines devant le Très Saint Nouveau Testament » où il dégage quelques principes politiques à partir du Nouveau Testament, dont presque aucun n’est suivi par le Walserreich impérial. Désireux de ne pas abîmer ses relations avec l’archevêché, l’Empereur Karl demande à l’archevêque Otto d’écarter ce jeune prélat un peu trop turbulent, et Heinrich se retrouve alors expédié au Sud de l’Empire, aux frontières des actuels Länder du Kupferland et de l’Holzland, avec comme mission d’évangéliser les derniers païens qui vivent dans les forêts de ces régions sombres et inconnues. En quelques mois seulement, les nouvelles qui arrivent à Westerburg réjouissent l’Empereur mais inquiètent l’Archevêque ; les païens se convertissent à tour de bras et ses messagers lui rapportent des scènes de liesse où d’anciens druides et guérisseurs embrassent des croix, en larmes, sous les chants de louange entonnés par le missionnaire Heinrich von Wels. L’Empereur promeut ces succès et force alors les archevêques walserreichiens à accepter Heinrich parmi eux. A seulement 29 ans, Heinrich von Wels est nommé Archevêque d’Erdstein et jouit d’une remarquable popularité et est dans un état de grâce remarquable. « La punition, écrira-t-il plus tard, que m’infligea l’Empereur, fut convertie en en bénédiction pour les païens et l’Eglise de Notre Très Saint Seigneur, car Dieu prend les malheurs des hommes pour accomplir Ses plans divins et parfaits ».

L’état de grâce durera quatre ans. En 1333, Heinrich von Wels publie « Des questions sur l’Indulgence divine », où il prend notes, compile et rédige les lettres qu’il envoie et reçoit depuis de nombreuses années avec de nombreux professeurs de théologie et prélats. Cette somme de plus de 500 pages aborde de manière encyclopédique toutes les questions relatives à la foi et à la religion au sens le plus large qui soit. La forme d’entretiens qu’elle prend permet de contredire méthodiquement tous les arguments qui pourraient lui être opposés et il prend ainsi de court tous ses adversaires potentiels, et ceux-ci sont particulièrement nombreux. En effet, Heinrich von Wels défend des thèses originales et très antagoniques par rapport à la doctrine catholique ; la vérité divine et chrétienne, établit-il, ne peut se trouver que dans les Evangiles, Parole de Dieu lui-même à laquelle chacun doit pouvoir accéder personnellement et directement. Le salut s’obtient par la foi, dont les œuvres ne sont qu’une émanation, et il pousse même plus loin ses raisonnements : Dieu donne à chacun le choix d’entretenir avec Lui une relation intime et personnelle, et aucune hiérarchie humaine ne peut interférer dans cette relation. Un tollé général a lieu dans les rangs de la hiérarchie catholique walserreichienne et Heinrich von Wels est sommé de comparaître devant un synode à Westerburg. Celui-ci a lieu en 1338 et a l’effet inverse de celui attendu. La longueur du délai entre la publication de l’ouvrage et la tenue du synode a laissé le temps aux idées d’Heinrich de se répandre dans la société, grâce à des prédicateurs qu’il formait lui-même à Erdstein avant de les envoyer prêcher dans tout le Walserreich. En 1338, à Westerburg, des milliers de sympathisants et d’admirateurs accueillent Heinrich en triomphe et bien que le synode se tienne à huis clos, tout le monde sait ce qui s’y passe : Heinrich, plein de bonté, de bonne volonté et de douceur, démonte les unes après les autres toutes les objections qui lui sont faites. Le réveil spirituel qu’il provoque s’amplifie, au point que son ancien maître, Otto, approuve la plupart des thèses de son élève, sans pour autant en tirer les conclusions politiques. Cependant, l’immense majorité des membres du synode condamne les thèses d’Heinrich et lui demande de les renier, ce qu’il refuse. Il est alors déchu publiquement de son poste d’archevêque et excommunié. Là encore, l’effet inverse a lieu : des milliers de Walserreichiens demandent à être excommuniés avec lui, bien qu’il appelle au calme et au respect de l’Eglise.

Alors que les hommes d’armes d’Eglise l’empêchent de retourner à Erdstein, Heinrich von Wels retourne dans sa patrie natale, à Wels, où son demi-frère lui apprend la mort de son père. Détruit et ravagé, il entame une longue « traversée du désert » de 1339 à 1345, durant laquelle il s’enferme dans une tour, qui porte encore son nom aujourd’hui, avec des grammaires, lexiques et dictionnaires, publiant à Noël 1345 la première traduction entière de la Bible en allemand. Grâce aux réseaux de son frère, il fait imprimer et copier des dizaines de Bible et de ses ouvrages et les envoie généreusement aux quatre coins du Walserreich à tous ses admirateurs, princes, barons, prélats et même princesses et paysannes. Des actes de violence et de désobéissance se multiplient à l’égard des autorités impériales et ecclésiastiques, et des barons lettrés se voient contredire des évêques sur des questions théologiques, avec des arguments raisonnés et sincères. De sa tour de Wels, Heinrich condamne les violences et appelle à la tenue d’un nouveau synode pour opposer ses arguments, « plus que jamais éclairés par la lueur divine de la Parole de Dieu Notre Seigneur », à la face de l’Eglise catholique une fois de plus. Cependant, ses appels à la paix ne sont pas entendus, et les violences grandissent. L’Empereur Karl V, fils du précédent, entend assoir son pouvoir en écartant tous les ferments de trouble qui agitent l’Empire. Il fait déchoir tous les prélats acquis aux thèses d’Heinrich, fait emprisonné ce dernier et déclare « ennemi de la Couronne » tous ceux qui approuveraient ses thèses.

Un vaste procès débute alors en 1347. Les prélats les plus opposés à Heinrich von Wels font partie des témoins et des jurés. Seul un petit greffier, ami personnel d’Heinrich von Wels, témoigne de l’immonde procès, simulacre qui dura des mois, durant lesquels Heinrich n’eût de cesse de contredire avec brio tous les arguments qui lui furent amenés, augmentant chaque jour un peu plus la haine que lui portait le tribunal, qui devint alors une assemblée de bourreaux. En 1348, Heinrich von Wels est condamné à mort pour hérésie, sédition et crime de lèse-majesté. Son bûcher est dressé de Wels, à côté du bordel où sa mère aurait officié avant sa naissance. La légende raconte qu’au moment où les flammes furent allumées et qu’Heinrich commença à chanter des louanges, la ville entière retentit de louange sans qu’aucune bouche des habitants ne soit ouverte, au grand dam des évêques présents sur place qui cherchèrent en vain quelqu’un à jeter avec sur le bûcher. Heinrich von Wels mourut vers le lever du soleil le 17 mars 1348.

Cette date, aujourd’hui, est fériée au Walserreich. Personne n’oserait oublier Heinrich von Wels. Ses thèses et ses ouvrages se diffusèrent avec une rare célérité et petit à petit, ils inspirèrent les Réformateurs qui conduisirent à la Grande Réforme de la fin du Moyen-Âge, et les lettres et notes des réformateurs témoignent qu’ils connaissaient et maîtrisaient parfaitement la pensée d’Heinrich von Wels, qu’ils avaient lu sa Bible et qu’ils avaient digéré ses enseignements, jusqu’à faire, par la puissance du Saint-Esprit, du Walserreich l’une des plus grandes nations protestantes du monde, si bien que les proclamateurs de la Bundesrepublik, à l’époque contemporaine, n’hésitèrent qu’à peine à faire de lui l’un des Pères de la nation walserreichienne, l’instigateur d’un ordre religieux, politique et moral profondément inscrit dans les gênes du Walserreich.
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Nature et paysages du Walserreich[1]

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Der Dunkelwald
La forêt des brumes et des vallées

DW

Il y a plus de deux millénaires, les envahisseurs du Sud débarquèrent sur les terres du Sud de l’actuel Walserreich et y rencontrèrent les peuples les plus rudes, les plus barbares et les plus brutaux qui soient sur terre, et l’un d’eux rédigea cette phrase étrange : « Je crois que les habitants de ces contrées sont des autochtones. Ils ont jailli un jour du sol comme des fleurs pleines d’épines, ou bien les dieux les ont formés à partir de la boue même qui embourbent nos pays. En effet, qui choisirait volontairement de venir vivre dans ces marécages infects et ces forêts lugubres, sinon ceux qui y sont nés ? ». L’idée s’est alors répandue dans le monde civilisé que rien ne pouvait jamais civiliser des peuples qui ne connaissaient que l’obscurité des denses forêts du Nord. Un vaste courant intellectuel se développa à partir de cette situation, qui déboucha sur « la théorie des climats », qui étudie les liens entre les données environnementales d’une terre et les dispositions mentales du peuple qui y habite. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Walserreich fournit le matériel suffisant pour gloser sur des livres entiers à ce sujet-là ; il n’y a rien de plus marécageux et sombre que le caractère froid et réservé des Walserreichiens, tout juste tempéré par la foi du Christ.

Il ne viendrait ainsi à personne l’idée de négliger la puissance culturelle que représente le Dunkelwald, littéralement la « Sombre-Forêt ». Elle se situe au Sud/Sud-Ouest du Walserreich, principalement dans le Land d’Holzland (étymologiquement « le pays du bois ») qu’il recouvre en majorité (76% du territoire), ainsi que, pour quelques bosquets, dans le Kupferland central. L’habitat humain y est aussi rare qu’épars : plus de la moitié du Dunkelwald est inexplorée, et la cité d’Hallenstatt est une exception. Forte de 700 000 habitants, elle est comme une énorme verrue sur la forêt, un vaste continuum d’habitations où l’homme a gagné sur la forêt. Toutefois, rien ne ressemble à la configuration de cette ville : il s’agit de la réunion et de la jonction de centaines de petites communautés qui vivaient autour de marécages qui, au fur et à mesure du temps, ont été drainés et conditionnés en petites rivières. Ainsi, Hallenstatt est une cité forestière ; des maisons encore régulièrement construites en bois, avec très peu d’immeubles, donnant une ambiance populaire et folklorique dont raffolent les touristes venant du Walserreich. Dans le reste du Dunkelwald, principalement sur ses bords extérieurs, les communautés humaines s’organisent autour de réseaux de chemins de fer qui relient un maillage serré de petits villages. En 1978, les agents recenseurs originaires de l’Holzland furent étonnés de découvrir, du jour au lendemain, plusieurs dizaines de villages recensés sur aucune carte, où les habitants échappaient à tout contrôle étatique depuis des décennies. Aujourd’hui, la cartographie de la forêt s’est améliorée, et plus personne n’échappe aux institutions nationales. En revanche, ce qui peut expliquer l’importance du Dunkelwald pour l’Holzland est l’isolement dans lequel il a relégué ce Land pendant des décennies. C’est pour cette raison qu’un caractère propre aux habitants du Dunkelwald s’est développé au cours du temps : réfractaires aux évolutions sociétales, ne parlant presque que leur dialecte haut-allemand, ne sachant même pas ce qu’est un parti de gauche… La cité de Kitzbirn, fondé au Nord du Land par les autorités modernes pour civiliser ces barbares a lamentablement échoué.

Et pourtant, malgré les originalités de la géographie humaine du Dunkelwald, il continue d’exercer une fascination toute particulière aux yeux des Walserreichiens et constitue la première destination touristique interne à la Bundesrepublik. La beauté du paysage naturel ne saurait laisser qui que ce soit indifférent ; les vallées embrumées, les ruisseaux qui serpentent au hasard des escarpements, l’épaisseur parfois impénétrable des fourrés, l’extraordinaire variété de la faune et de la flore, les montagnes qui coupent les bois et bien sûr les milles légendes qui hantent chaque arbre, chaque roche et chaque source. Tout ceci se condense en un endroit qui s’étend pourtant sur des milliers de km². Les activités qui s’y pratiquent sont variées ; la randonnée est la première. Il existe une multitude de sentiers qui traversent la forêt et rejoignent des maisons forestières où il est possible de dormir et de se restaurer, mais il y a aussi de nombreux points aménagés où camper en toute sécurité et des centres d’observation où s’installer discrètement pour admirer les beautés secrètes de la nature qui ne se montrent qu’aux plus patients. Une autre activité est le sport qui nécessite autre chose que des pieds : le VTT, bien sûr, mais aussi l’ULM ou même les baptêmes de l’air en hélicoptère, très fréquents pour admirer le Dunkelwald d’en haut. Troisième activité, non sportive celle-ci, est le repos et la détente. Le Dunkelwald regorge de centres thermaux et de lieux de villégiatures en tout genre, notamment à destination des personnes âgées. A elles trois, ces activités constituent une très large partie des activités touristiques autour de la forêt, auxquelles s’ajoutent les activités agricoles et sylvicoles, bien loin des centres touristiques, mais très prisées des étudiants qui viennent y travailler pendant l’été : il n’est pas rare que des agriculteurs locaux louent des auberges ou des gîtes pour y accueillir une main d’œuvre qui accoure pendant les mois de récolte. D’ailleurs, ce ne sont pas les seuls mouvements de population qu’on y observe ; les habitants de l’Holzland ne sont pas connus pour leur chaleur et leur ouverture à l’autre, et il est donc difficile de concevoir que ce soit eux qui tiennent les centres culturels et touristiques de leur propre Land. En effet, ce sont généralement des entrepreneurs venus du Nord-Est, autre centre touristique walserreichien très prisé, qui viennent s’installer ici, et qui apportent avec eux une main d’œuvre formée venant d’autres Länder. Bien folles seraient les autorités locales si elles n’en profitaient pas pour augmenter quelques taxes locales, vite comblées par de vastes campagnes publicitaires ; chacun y trouve son compte.
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Cultures et traditions du Walserreich

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Das Bierfest
Festival des Récoltes et de la Bière

WD

Il n’est aucune fête qui ne soit aussi populaire ni aussi connue que la Bierfest walserreichienne. Elle accueille chaque année plus de 6 millions de touristes étrangers et s’étend sur les mois d’août et de septembre, si bien que les étudiants eux-mêmes ne reprennent les cours que début octobre, et ce n’est pas peu dire que l’essentiel du public de la Bierfest se compose de jeunes personnes. Aujourd’hui, le gouvernement se sert de cette immense fête nationale comme d’un argument de poids dans son « nation-branding », ce processus très moderne et libérale qui consiste à construire à l’étranger l’image de son pays comme on construirait l’image d’un certain produit au sein de sa société dans un but publicitaire. La moralité négative qui empêche parfois les ambassadeurs de réaliser une telle action n’est certainement pas celle qui agite ceux qui s’occupent de tisser les réseaux culturels walserreichiens à l’étranger. Le « nation-branding » walserreichien est toutefois largement bloqué par la barrière idiomatique ; il n’est jamais facile de vendre quelque chose en parlant allemand, tant cette langue, mal prononcée, ressemble plus à une agression qu’à un échange de doux commerce guidée par une agréable main invisible. Toutefois, une méthode assez efficace consiste à se concentrer sur des images, des symboles et des photos qui parlent à tout le monde, en utilisant si possible une langue international ou de simples slogans facilement lisibles. Ainsi se vend la Bierfest à l’étranger : des torrents de bière de toutes les couleurs, de magnifiques femmes blondes qui les servent et des soirées potaches où s’enchaînent les musiques les plus affreuses, les plus profondes et les plus folkloriques que le Walserreich a à proposer.

Les origines de la Bierfest, diront certains, remontent au moins à l’invention de la bière, en des temps très reculés, sous des climats plus cléments. Toutefois, si les beuveries et autres orgies alcoolisées peuvent assez facilement se rencontrer dans n’importe quelle civilisation sur terre, il est important, pour comprendre le sujet, de décrire très précisément les caractéristiques qui rendent la Bierfest walserreichienne si… walserreichienne, c’est-à-dire circonscrire les qualités qui la rendent originale et unique par rapport à toutes les autres. Le premier point, c’est le principe diffus qui est le sien. Contrairement aux orgies et autres fêtes de ce type, la Bierfest ne se déroule pas dans un endroit circonscrit ; il n’y a aucune barrière, ni géographique ni sociale. Au Moyen-Âge, dès que les premières archives évoquent les premières Bierfest, il est noté que les nobles ouvrent leurs propriétés privées et que même les princes ouvrent les portes de leurs maisons et châteaux pour accueillir un maximum de personne. Géographiquement, tant que des tables, des chaises et des bancs peuvent s’aligner les uns aux autres dans les rues, la Bierfest peut avoir lieu. Chaque année, dans les plus grandes villes, on essaie de battre le record ; il a même été tenté d’établir une suite de tables de villes à d’autres, et si cela a pu s’accomplir entre quelques petits villages, l’exploit n’a pas pu être reproduit à l’échelle de grandes villes, pour des problèmes de logistique. En effet, tout le monde a envie d’avoir un accès propre et rapide à la bière fraîche. Le second point fondamental de la Bierfest est l’aspect nuptial. Pendant de longues décennies, c’est ici que les jeunes gens se rencontraient ; comme le dit le proverbe, « rencontrés à la Bierfest, mariés au solstice », tant était nombreux les gens qui se rencontraient à la Bierfest de septembre pour ensuite se marier neuf mois plus tard, en juin, saison des mariages par excellence. Il existe de nombreuses traditions très folkloriques qui se manifestent à cette occasion ; un jeune homme célibataire doit suivre une jolie serveuse avec une chope de 2 litres de bière sur la tête pendant tout un service. S’il y parvient, alors la serveuse est tenue de lui donner son contact. Très peu y parviennent. Un troisième et dernier point, c’est le rituel d’initiation que la Bierfest représente pour les jeunes... femmes. Il peut être contre-intuitif de penser ainsi, mais les jeunes hommes ne participent à la Bierfest que dans un but purement festif, alors que pour les jeunes filles, être serveuse à la Bierfest est un rite de passage. Toutefois, des traditions profondément sexistes ont aujourd’hui disparu : à une époque, les filles passaient dans un couloir humain formé de garçons de leur âge avec une chope de bière en main, les yeux bandés. Chaque garçon devait déposer soit une pièce d’argent, soit une pièce d’or. Si les pièces d’argent étaient majoritaires, alors la fille n’avait pas le droit d’être serveuse. Si les pièces d’or étaient les plus nombreuses, alors elle devenait serveuse et recevait en général de généreux pourboires dans les semaines qui suivaient. Il s’agissait là de la cérémonie d’ouverture, qui coïncidait d’ailleurs avec la liturgie chrétienne des fêtes de récoltes.

Au fil du temps et des progrès de la modernité au sein du Walserreich, un très grand nombre de traditions ont été sabrés parce que considérées comme rétrogrades et détestables à bien des égards, notamment par rapport à l’image de la femme. Au dix-neuvième siècle, cela dit, certains pasteurs puritains avaient déjà organisé de vastes vagues de répression contre la Bierfest, condamnant la licence monstrueuse, selon eux, qu’elle permettait, corrompant les mœurs de la jeunesse et détournant les bons chrétiens de l’Eglise où ils devaient aller communier à cette époque pour remercier le Seigneur des bonnes récoltes. Depuis plusieurs années, la Bierfest reçoit aussi quelque attaque plus inattendue de mouvements écologistes –que l’on ne voit pas souvent avec les chrétiens puritains- qui pestent contre les litres et les litres de bière qui sont gaspillés durant la Bierfest. On estime en effet que près d’un quart de la bière commandée ne finit pas dans des gosiers mais dans des caniveaux, des fossés, ce qui a des effets assez délétères sur la flore locale. De plus, le succès grandissant de la Bierfest a attiré un grand nombre de touristes étrangers ; de fait, la demande en houblon et en malt est chaque année de plus en plus importante. Des centaines d’agricultures ont assigné à cette production une partie de leur terre, ce qui est problématique d’un point de vue du développement durable, car ces plantes poussent peu et mal au Walserreich et nécessitent donc de grands moyens, de grands terrains et souvent assez peu de moyens naturels et écologiques pour être un minimum rentable. Toutefois, ni les assauts religieux ni les assauts écologiques n’auront raison de la Bierfest, et moins encore les mouvements féministes, qui ne parviennent pas à percer l’épaisse carapace que cette fête multiséculaire s’est constituée au fil du temps. Il ne fait aucun doute que le temps passera, mais que la Bierfest ne passera pas.
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