13/11/2004
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[RP] Une guillotine pour l'Empereur

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Pohjoishammas, "la dent du nord", la cité jumelle qui refermait avec Etelähammas au sud la mâchoire du détroit. Une ville libre, conquise à une époque un peu trop lointaine et qui s'était ralliée à la Libre Association des Propriétaires de Phares et de Filets lorsque que cette dernière avait promis de plus faibles impôts et une administration moins regardante lors de la guerre civile. Depuis, les accords étaient restés et Pohjoishammas au sein du Syndikaali libertaire était la ville la plus libre de toutes. Presque littéralement, si ce n'était la présence des drapeaux pharois et de quelques casernes militaires sur place, elle fonctionnait largement en autonomie, tirant profit des taxes portuaires des navires qui empruntaient le détroit et de tout un tas de magouilles qui réunissaient la moitié de la pègre des mers du Nord dans un affairisme cosmopolite décomplexé.

Paradoxalement, c'était l'hétérogénéité des intérêts de tout ce petit monde qui maintenait un semblant de paix dans les quartiers de la cité. La ville était riche, rayonnante, offrait un bon paquet de plaisirs et de services intéressants pour les marins, pirates et contrebandiers qui trainaient dans le coin, et surtout la Merenelävät veillait au grain, empochant une part raisonnable du gâteau et liquidant systématiquement les types qui essayaient de faire du grabuge ou pire : cavalier seul. La place était stratégique pour à peu près tout le monde, il n'y avait rien à conquérir puisque tout appartenait déjà à la Coopérative, du coup tout le monde se tenait tranquille et faisait ses affaires dans une relative bonne entente.

Anarchistes et fascistes, communistes, entrepreneurs libéraux, mafieux, contrebandiers, pirates de tous poils, exilés politiques, petits criminels en quête d'employeurs, les bas-fonds des quartiers sud avaient des airs de souricières où tous les rats des mers du Nord seraient venu grouiller de concert. Chacun chez soi, par contre, on évitait de se bousculer dans la rue et de boire au même comptoir.

Des anarchistes, Stobr était peut-être celui qui en avait le moins l'apparence. Camarade Hubert, de son vrai nom, mais tout le monde l'appelait Stobr parce qu'il était le lointain rejeton du fondateur de la marque de mugs du même nom. En fait, il tenait plus du mercenaire et du pirate avide d'argent que d'un idéologue en croisade. Moins regardant, plus brutal, plus excité aussi, la notion de droits de l'homme lui passait un peu par dessus la tête et on racontait qu'il s'était tatoué quelque chose comme "la fin justifie les moyens" sur une fesse un jour qu'il était ivre. Vrai ou pas, ce credo lui convenait bien. Pourtant, Stobr n'était pas non plus un gars sans valeurs. Un fils de putes, oui, certainement, mais il avait quand même lu quelques bouquins et dans sa tête ça théorisait autant que les autres. Anarchie, société sans classe, il y croyait, oui, et ses hommes l'avaient élu pour mener cette guerre, la libération du prolétariat, alors s'il fallait racketter quelques petits bourgeois dodus pour y arriver, Stobr n'allait pas s'en priver. Tous les possédants, ceux qui ne mettaient pas leur capital au service de la liberté, tous ceux-là, hop, dans le même panier. Dans les faits, ça faisait de lui un petit mafieux sans envergure, mais un mafieux avec des idées.

Le -Va-11Hall-A- , un bar qui donnait presque sur les docks, était la nouvelle planque de la Guillotine Francisquienne. Depuis que leur cheffe avait crevé sur les côtes de l'Empire, la cellule Tempête s'était renommée en l'honneur de ses nouvelles recrues, jurant de faire peler le vieil Empire et le despote qui y règnerait à force d'harceler ses côtes et de flinguer son économie, et avait mis Stobr à sa tête dans ce but. Mais pour ça ils avaient besoin d'une base arrière, pour se détendre entre deux opérations et pour offrir quelques jours de congés bien mérités à l’équipage. Après tout, ils étaient des anarchistes, alors le droit du travail on déconnait pas avec, sinon ses hommes auraient été foutus de se mettre en grève. Saleté de culture syndicale...

Le bar était éclairé aux néons, diffusant en fond sonore une musique déconstruite de psytrance qui bottait les plus jeunes recrues de la cellule. Stobr s'en foutait un peu, lui tout ce qui l'intéressait c'était le type qu'il avait sous les yeux et qu'il observait depuis le fond d'un grand fauteuil de cuir, une vapoteuse à la main et ses éternelles lunettes coincés sur son crâne vaguement dégarni.

- "Et donc t'es Maktois ? Et la lutte armée ça te botte ?"

L'autre pouvait difficilement dissimuler son accent. A vrai dire, ça plaisit bien à Stobr. Miilo et Heikki pouvaient bien le traiter comme un chien fou, n'empêche qu'il était le seul à recruter large et possédait l'équipage le plus hétéroclite de la Fraternité, surtout depuis que la moitié de sa Cellule avait été zigouillée et remplacée par des francisquiens. Par contre, il était pas un imbécile non plus, des gens qui rêvaient d'aventure et de révolution, on en croisait pas mal, même en virant les mouchards et les tarés, il en restait un paquet. Le problème c'était de savoir si le type avait des valeurs assez solides pour pas chier dans son froc au premier échange de coups de feu, et ça c'était plus rare à trouver.

- Bakounine ? Kropotkine ? Élisée Reclus ? Dis moi tout bonhomme, pour quoi tu te bats ?

Stobr, ou le camarade Hubert pour les intimes.
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Anarchie

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J'observais l'horizon dominé par le crépuscule ce soir. C'est ainsi que tout m'est revenu : mes peines, mon histoire et tout ce que je devais affronter lors de ces cinq mois en terrain hostile. Pendant cinq mois, je résistais à mes démons : et s'ils n'avaient peut-être pas raison ? Et si c'était moi qui me trompait ? Lors de ces débats singuliers avec moi même, où j'ai bien failli y perdre la vie, hésitant à prendre ces pilules que le gouvernement m'avait donné en toute bonté si la mission allait être un échec, je me suis entraîné dans un combat face à moi même; comme si deux parties intégrantes de mon corps luttaient pour le contrôle de mon esprit. Mon âme était pris dans une guerre civile idéologique avec pour seule victime : moi-même. Tandis que le soleil se coucher lentement pour laisser place à l'obscurité de la nuit, des remords et des regrets se sont dressées face à moi. Avais-je raison de faire ce que j'ai fais ? Où est ce que j'en serais aujourd'hui si je n'avais pas pris cette décision. Alors que la tension montait, je n'avais que la mer devant moi, elle qui m'avait tant aidée dans des situations délicates s'est trouvée incapable de répondre à mes peines et de me consoler. Je n'avais envie que d'une chose : sauter. Sauter pour mettre fin à ce calvaire mental. Jusqu'à ce qu'un marin s'approcha de moi par derrière pour me consoler, sans doute avait-il vu la tristesse que j'avais en moi. Il me demanda alors qu'elle était la cause de mon chagrin, avec bien évidemment la bonne humeur constante de ces maîtres des mers, je lui répondis alors "Une guillotine pour l'Empereur".

Mon arrivée à Pojoishammas fût remplie de contretypes. A peine arrivé à l'aéroport, des prostituées, sûrement sous la tutelle d'un réseau, nous avait abordés avec Johann, mon compagnon qui deviendra plus tard mon ami. Toute suite répliquant, après que les jeunes filles de joies sont parties sous la menace de se faire griller par la police, "Eh, on va se faire plaisir ici, non ?". Je répondis avec un rire timide, en réalité, cette remarque m'a fait beaucoup rire et c'est à partir de là qu'a commencé une grande affinité avec Johann, je tenais à gardais le peu de professionnalisme qui me restait encore, je n'avais pas bonne réputation concernant ce petit détail qu'est le professionnalisme dans le département des services de renseignements maktois.

Nous étions, Johann et moi, vêtus de manière très élégante, style satorial, très à la mode en ce moment dans le nord. Nous avions l'air de deux diplomates, mais c'était justement le contraire qui était nécessaire de prouver face à la population locale. Nous avions deux nouvelles identités : Johann, un ancien professeur anarchiste réfugié du Magermelk et moi, un réfugié politique anarchiste d'Albel. Ces deux identités nous permettaient de pouvoir entrer dans les rangs d'une organisation terroriste et pirate anarchiste d'origine pharoise mais qui, en réalité, contenait des militants de toutes les nationalités. La cellule que nous devions intégré se dénommait "Une guillotine pour l'Empereur". Ce nom a été pris après la mort de la cellule tempête en Empire Latin Franc, ayant pour objectif de renverser le gouvernement impérial et instaurer le chaos dans l'Eurysie Boréale. Voilà l'objectif : simple, clair, précis. Le département nous a également fait don de livres anarchistes pour ne pas paraître incultes face à ces fauteurs de troubles. Après cela suivit des semaines de recherches et de persévérance. Jusqu'à ce qu'un soir, dans un bar ayant pour nom "-Va-11Hall-A-", toutes les journées de travail, toutes ces heures impliquées dans la mission allaient enfin recevoir leurs prix. Un homme, assez atypique, s'est approché pour me parler. Sa voix grave et légèrement cassée me demanda si j'étais maktois, je répondis que mes parents l'étaient, mais que j'étais né en Saint Marquise avant d'aller en Albel où j'ai fuis. Il esquissa un sourire et répondit "T'en as vu du pays toi !". J'hochas la tête. Il alla à l'essentiel immédiatement en me proposant la lutte armée, ça y'est, la porte est entrouverte, il suffisait de ne pas paraître louche. Je répondis en étant à l'aise "Cela dépend, êtes vous des vrais amis du peuple ?". L'homme répondit à l'affirmative et argumenta pour le prouver. Je continua alors de manière simple et posée "Eh bien, si vous êtes réellement contre les ennemis du peuple, je serais ravi de combattre à cos côtés, camarades. Nous avons discuté toute la nuit, j'ai même bu quelques bières avec lui. Stobr, c'était son prénom. Quand j'y repense, ça me donne des frissons.

Les tests d'admissions étaient lancés et j'étais prêt à faire mes preuves. Johann n'avait pas eu cette chance, il n'avait pas pu entrer en contact avec eux. Les épreuves sportives, également à l'arme à feu se sont bien déroulées. Petit à petit, j'avais la confiance de Stobr qui me regardait avec curiosité lors des sessions d'épreuves. Son regard était perçant, je n'osais pas le fixer en retour, ses yeux bleus pouvait transpercer n'importe quel autre regard. Toujours avec sa pipe ou sa cigarette, on pouvait établir son humeur sur ce qu'il fumait. Si il fumait une cigarette standard, il était nerveux ou en colère, bref, pas abordable. Tandis qu'avec la pipe, il était plus joyeux, plus sympathique, je doute d'ailleurs de la présence de tabac dans sa pipe, je pencherais plus sur des herbes illicites en provenance d'Izcalie. Mais bon, personne ne pouvait le prouver. Après une semaine de tests épuisants, avec l'incertitude d'intégrer le groupe un jour, Stobr m'appela et m'ordonna de me rendre au -Va-11Hall-A-. Je m'y suis rendu. Un collectif de personnes patientait avec au milieu Stobr qui m'accueilla en disant "Bienvenue parmi nous, camarade"

Mes premières missions consistaient en de la contrebande mais également dans la planification d'attaques. Je n'avais cependant pas assez de secrets, étant trop bas dans la hiérarchie. Cependant, je continuais à garder mon rôle, en étant d'une loyauté sans faille pour l'organisation, enfin c'est ce qu'ils croyaient. Je me rappelle faire des crises d'angoisses en pleine nuit doutant que des hommes de Stobr viendraient pour me tuer. Toutes les informations que j'avais étaient transmises vers les services de renseignements maktois. Johann tentait quand bien que mal de rejoindre la cellule. Malheureusement, il devenait suspect aux yeux de Stobr... Les ennuis commencèrent.
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