26/03/2005
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La société walserreichienne - Systèmes et fonctionnement

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Le Walserreich, comment ça marche ?


Aux yeux d’un grand nombre d’observateurs internationaux, le Walserreich a toujours été une énigme, une nation inclassable car ses principes théoriques, souvent présentés comme contradictoires, s’adjoignent les uns aux autres avec une harmonie tout à fait fonctionnelle. Mais quels sont-ils ? Comment sont-ils perçus par la société wlaserreichienne ? Comment cette dernière fonctionne-t-elle ? Les informations disponibles ci-dessous sont issues du site officiel de la Bundesrepublik du Walserreich, à l’attention des personnes désirant s’installer dans le pays ou tout simplement comprendre sa façon de fonctionner. Y seront présentés les « systèmes sociaux » walserreichiens, c’est-à-dire son système de santé, son système d’éducation ou encore son système militaire. En parallèle à cela, il sera possible de trouver quelques études sur les Walserreichiens, leurs façons de vivre et de voir le monde, ainsi que leur propre vision d’eux-mêmes.

Mais quels sont ces principes sur lesquels sont construits les mécanismes sociaux, politiques et économiques de la Bundesrepublik ?

Le libéralisme est profondément ancré au Walserreich et en constitue le fondement à tous les étages. On entend autant le libéralisme politique qu’économique. Au XVIIIe siècle, lorsque les premières grandes théories libérales furent définies, leur axiome de base était l’isonomie, c’est-à-dire la stricte égalité de tous devant la loi. Citoyens et état sont donc égaux devant la loi, il existe une Common Law qui ne distingue pas le droit pénal du droit administratif, et qui fonctionne principalement par un principe de coutume-et-jurisprudence. De cette théorie libérale du droit découle un libéralisme politique de facto, autorisant la pluri-représentativité ainsi que le pluri-partisme, le tout dans le cadre très souple du fédéralisme qui, pour le coup, est le fruit d’une histoire plusieurs fois millénaire. Le libéralisme politique du Walserreich est ce qui pose des limites à l’état : les Länder, les entreprises et les citoyens doivent pouvoir respirer et disposer d’une liberté d’agir et de créer ainsi que de prendre sur leurs épaules une partie de la responsabilité qui incomberait en théorie à l’état, dans des régimes plus jacobins. Enfin, le libéralisme économique, qui est probablement le pan libéral le plus marqué du Walserreich, est basé sur une non-intervention de l’état dans les affaires économiques. L’état, fédéré ou fédéral, dispose de quelques prérogatives dans certaines domaines bien précis (santé, justice, éducation, défense etc.) mais le domaine économique lui échappe en très large partie, il y touche à peine grâce au fonctionnariat et encore par les traités internationaux qu’il signe et qui permette l’implantation ou la délocalisation des entreprises walserreichiennes. Les régulations sont ainsi très faibles, à de nombreux niveaux, et ce libéralisme-à-tout-étage a procuré aux Walserreichiens un sentiment de liberté auquel ils sont très attachés et peu nombreuses sont les voix, politiques et/ou citoyennes s’élevant contre le libéralisme.

Le conservatisme s’est construit historiquement comme une alliance entre les libéraux et les réactionnaires, chacun donnant des gages à l’autre. L’essence du conservatisme walserreichien, qui fait son originalité, est son origine religieuse. Il est issu en tant que mouvement politique, de l’alliance du clergé catholique et du clergé protestante au XIXe siècle, lorsque la charge des libéraux se faisait particulièrement violente. Les catholiques, peu nombreux, peu influents, mais très structurés et circonscrits dans quelques Ländern, remportèrent rapidement d’importantes batailles politiques et permirent au conservatisme de se construire un terreau fertile à partir duquel la contre-offensive contre le libéralisme se construisit. Le siège du conservatisme fut d’ailleurs pendant longtemps l’Université Catholique de Kornenburg, centre historique du catholicisme dans la Bundesrepublik. Toutefois, ce qui fit la force du conservatisme walserreichien, ce fut sa capacité à muer à l’aube du XXe siècle, passant d’une force d’opposition à une vraie force politique. Tout comme le libéralisme pénétra chaque étage de la société, le conservatisme, principalement d’essence religieuse, se distilla lui aussi par d’autres canaux, notamment l’éducation (primaire et secondaire) et les cultes/messes. Ainsi, il ne se positionna pas seulement comme opposant au libéralisme, mais aussi comme vraie force de pouvoir, créant, conduisant et construisant le débat. Il porta haute les valeurs chrétiennes du Walserreich et fut à l’origine d’un grand nombre de systèmes sociaux très « socialisants », construits contre le libéralisme, et s’opposa fortement à l’individualisme atomiste que défendaient certaines pensées libérales. Aujourd’hui, le clergé s’est largement retiré de la politique mais son influence n’a qu’à peine diminuée dans la société, et les standards moraux et éthiques qu’il instaura pendant des siècles se maintiennent, créant parfois avec le libéralisme et le progrès des alliages originaux.

Le pragmatisme, sans être un courant politique structuré ni une idéologie formée, est une flèche indiquant la direction à suivre. Utiliser le terme « d’opportuniste » ou « d’arriviste » peut être connoté, alors que « pragmatique » est une qualité appréciée au Walserreich. L’un des proverbes nationaux dit « Perds ton temps, mais pas le mien ». Le pragmatisme est cette qualité qui consiste à économiser le temps et à concevoir l’objectif non pas comme une fin en soi mais comme une possibilité d’améliorer en permanence les moyens. La lubrification permanente des systèmes sociaux est l’un des points essentiels de toute politique sérieuse au Walserreich. Chaque problème, chaque grain de sable dans l’engrenage, doit être repéré et éliminé. Cela fonctionne aussi pour les considérations diplomatiques et militaires : imposer son idéologie, transmettre ses valeurs, sélectionner ses amis et ennemis sur des critères moraux et éthiques sont des freins qui empêchent une politique sérieuse d’être menée, et le Walserreich considèrera toujours ses propres intérêts et ceux de ses citoyens avant de prendre en compte ceux d’autrui. Le pragmatisme constitue en quelque sorte la troisième tête de l’hydre, avec le libéralisme et le conservatisme. S’ils ont parfois pu s’opposer, leur longue cohabitation et leur pénétration profonde au sein de la société walserreichienne ont conduit à un amalgame idéologique faisant la force de la Bundesrepublik.
DAS WALSERREICH MEDIZINISHE SYSTEM
Le système médical Walserreichien

Le système médical walserreichien (WMS) est parfois appelé le « Drei-M » (Trois-M) car il est construit sur trois piliers : le MedSparen, le MedSchirm et le MedHilfe. Il s’agit d’un système dont la stabilité a été maintes et maintes fois prouvée et qui fêtera bientôt ses trente ans. Il fut mis en place sous la Chancellerie du social-libéral Helmut Langstrass, dont l’objectif était de créer un système d’accès aux soins efficace, peu coûteux, responsable et disponible pour tous, et le tout sans trahir les principes libéraux du Walserreich. Toutefois, il faut signaler un point important dans la construction de ce système ; il faut largement influencé par Friedrich Schweitzer, pasteur luthérien qui dirigeait à l’époque un vaste mouvement chrétien conservateur qui réunissait à la fois une partie du clergé catholique et une large partie du clergé chrétien. Il électrisait la société walserreichienne avec des discours sur les soins gratuits pour tous et le devoir moral d’un état chrétien de garantir une bonne santé à tous. Son poids politique et social poussa le Chancelier Langstrass à construire, de concert avec Schweitzer, ce système respectant les principes libéraux et inspiré d’éthique chrétienne. Son fonctionnement très simple est fait pour être compréhensible par tous, et il laisse à chacun une marge de responsabilité et de manœuvre tout à fait appréciable.

L’élément de base du 3-M-System est le chèque-santé, qui inspira très largement le chèque-éducation. Il existe au Walserreich une Flat Tax ; tous les impôts sont rassemblés en une seule taxe, qui s’élève au début de l’an 2000 à 22%. En d’autres termes, chaque Walserreichien doit donner à l’état 22% de tout ce qu’il a gagné au courant de l’année et ce, peu importe la hauteur de ses revenus. Une fois que l’Office Fiscal a reçu les déclarations fiscales de chaque citoyen, il opère à une répartition de la recette : une partie de l’argent est injecté dans l’armée, dans le système éducatif etc. Et une partie de cet argent est injectée dans le système médical. Ici intervient un premier calcul : en fonction de son âge et de ses revenus, chaque citoyen se voit calculer un certain pourcentage de ses impôts qui servira à constituer son chèque-santé. Sur les 22 points qu’il donne à l’état, entre 3 et 8 constitueront un chèque-santé, qui lui sera donné en décembre de chaque année, pour l’année à venir.

Le premier pilier du système est le MedSparen, la caisse d’assurance maladie primaire, à laquelle l’inscription est obligatoire. Chaque citoyen possède un compte MedSparen capitalisé, dans lequel est versé le chèque-santé annuel et sur lequel il y a des intérêts. En plus du chèque versé par l’état, chaque citoyen est libre de verser les sommes qu’il souhaite sur ce compte (les intérêts y demeurent toutefois assez faibles) pour profiter de sa défiscalisation, mais il faut savoir que l’argent déposé sur ce compte ne peut servir qu’à des dépenses de santé. Certains employeurs peuvent aussi offrir une couverture santé à leurs employés, consistant à leur verser un revenu sur ce compte. Ainsi, au courant de l’année, si des dépenses de santé sont nécessaires, le citoyen prend l’argent de son chèque-santé ; les remboursements sont plafonnés afin de limiter les abus et surconsommations. Si jamais les dépenses de santé outrepassent le montant du chèque-santé, il existe trois solutions : soit le citoyen peut pomper sur ce qu’il a mis de côté les années précédentes sur son compte MedSparen, soit il demande une aide exceptionnelle MedSchirm (voir plus bas) s’il y est inscrit, soit il peut prendre un crédit sur son chèque-santé de l’année suivante. Une dernière chose est à préciser sur les comptes MedSparen : ils sont transmissibles par héritage et peuvent être consolidés dans la sphère familiale rapprochée. En d’autres termes, un membre d’une famille peut effectuer un virement de son compte MedSparen vers le compte MedSparen d’un autre membre de sa famille dans la limite des cousins germains.

Il arrive régulièrement que le chèque-santé ne soit pas entièrement consommé à la fin de l’année. Dans ce cas, le calcul suivant est opéré : l’argent qui reste sur le chèque est divisé en trois. Le premier tiers est versé sur le compte MedSparen du citoyen, le deuxième tiers est reversé dans la caisse MedSchirm et le dernier tiers alimente le système MedHilfe. Ce sont ces deux derniers que nous allons observer à présent.

La caisse MedSchirm est le relais de MedSparen. Contrairement à cette dernière, elle n’est pas obligatoire et n’en constitue qu’un complément. Chaque inscrit ne possède pas un compte, mais MedSchirm constitue un fonds, capitalisé lui-aussi, alimenté à la fois par l’état, par les cotisations des inscrits, et par le tiers des restes de chèque-santé des citoyens. MedSchirm est une caisse qui sert notamment à couvrir les frais de santé les plus chers (maladies de long terme, cancers, maladies graves) ou les plus exceptionnels (opération chirurgicale lourde) qui peuvent frapper tout à chacun. Dès lors qu’un tel diagnostic ou qu’une telle opération est proposée par un médecin, le citoyen peut demander à s’inscrire à MedSchirm afin que son cas soit étudié et que les meilleures possibilités de remboursement lui soient proposées. Si le temps est compté, il est possible de demander a posteriori une aide exceptionnelle à MedSchirm, qui pourra être remboursée par une affiliation temporaire de quelques années. Le système MedSchirm est très souple et sert surtout à lutter contre les imprévus et les gros pépins qui peuvent toucher chaque citoyen dans sa vie de tous les jours.

Le dernier pilier du système est le système MedHilfe. Il s’agit d’un programme d’assistance exclusivement réservé aux personnes les plus âgées et les plus démunies. Ce programme ne nécessite aucune affiliation et ne présente aucunement un caractère obligatoire. Il est alimenté par le tiers des restes des chèques-santé des citoyens et par l’état, qui en est le fournisseur le plus massif. Le programme se décline en plusieurs volets selon les situations : extrême pauvreté, grande vieillesse etc. Il est le dernier recours de ceux qui n’ont pas grand-chose et il fonctionne de pair avec les structures caritatives privées et les églises notamment.


Quel est le rôle de l’état dans un tel système ? L’état possède trois rôles principaux dans le système de santé : il doit tout d’abord assurer le maintien d’une infrastructure hospitalière de base accessible à tous. Ensuite, il garantit le fonctionnement des hôpitaux publics et enfin, il injecte les quantités d’argent nécessaire dans chacun des trois systèmes (calcul et reversement des chèques-santé, fonds spéciaux MedSchirm et MedHilfe).
Quel est le rôle du citoyen ? Ce système a été élaboré pour que personne au Walserreich ne soit laissé sur le carreau et que les soins soient accessibles à tous. Toutefois, il existe des modalités particulières qui permettent de responsabiliser le citoyen, et nous en avons vu certains : plafonnements des remboursements, virements défiscalisés des comptes MedSparen, participation minimale aux frais de santé, cotisations aux services supplémentaires MedSchirm etc. Ainsi, chacun peut être soigné efficacement sans être tenté d’abuser d’un système généreux et efficace.

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Prenons quelques exemples et cas pratiques pour illustrer le fonctionnement du 3-M-System.


Premier exemple a écrit :
Julia a 23 ans. C’est une étudiante jeune, dynamique et sportive. N’ayant pas encore de revenus propres, elle touche un chèque-santé de base, calculé sur son âge, et qui s’élève donc dans son cas à 1000 Wm. Ses dépenses annuelles de santé se limitent à ses pilules contraceptives (20 Wm/an), à quelques vitamines C pour l’hiver (50 Wm/an) et des antibiotiques pour une otite contractée en février (150 Wm/an). Ainsi, à la fin de l’année, sur ses 1000 Wm de chèque-santé, il lui restera 780 Wm. Cette somme est divisée en trois : 260 Wm seront déposés sur son compte MedSparen. 260 Wm sont reversés à la caisse MedSchirm et 260 Wm seront utilisés pour le fond MedHilfe.


Deuxième exemple a écrit :
Mark a 30 ans, il est employé de bureau et gagne un salaire confortable sans être toutefois exceptionnel. Il touche cette année un chèque-santé de 2900 Wm. Ayant toujours eu une certaine chance et étant de manière général assez prudent, il a décidé de ne pas souscrire à la caisse MedSchirm. Toutefois, cette année, il est victime d’un accident de la route et se brise ainsi une jambe. Celle-ci nécessite une intervention chirurgicale lourde et rapide pour éviter des complications à l’avenir. Toutefois, cette année, Mark a déjà dépensé une partie de son chèque-santé dans des médicaments et des consultations coûteuses chez son ophtalmologiste. Il ne lui reste que 150 Wm, ce qui n’est pas du tout suffisant pour couvrir les 5000 Wm que coûte l’opération. Mark étant encore jeune, il n’a pas capitalisé suffisamment durant sa vie sur son compte MedSparen pour payer les 4850 Wm requis. Le chirurgien lui conseille alors de contacter la caisse MedSchirm pour obtenir une aide exceptionnelle. Considérant l’accident et les circonstances du problème, MedSchirm accepte de rembourser les 4850 Wm que Mark doit à l’hôpital. En contrepartie, il doit souscrire un contrat de cinq ans à MedSchirm, dont il pourra se servir pour payer éventuellement d’autres soins lourds dans les cinq années à venir. Les cotisations de ce contrat MedSchirm vont peser sur les revenus de Mark pendant cinq ans, mais selon lui, c’est une solution préférable à un endettement auprès de sa banque pour payer l’opération. Au moins il aura une sécurité supplémentaire en cas de complications ou d’accidents !


Troisième exemple a écrit :
Ernest a 90 ans. Ancien agriculteur, il n’a pas beaucoup capitalisé durant sa vie et malgré une bonne santé relative pour son âge, il se trouve dans un état de pauvreté presque extrême et ne touche un chèque-santé que de 1900 Wm, ce qui est très faible pour les besoins de santé d’un nonagénaire. Son fils, aussi pauvre que lui, n’a plus les moyens de lui virer de l’argent depuis son propre compte MedSparen, et il est inscrit depuis ses cinquante ans à la caisse MedSchirm, qui lui a notamment permis d’accéder à des soins dentaires et ophtalmiques de bonne qualité durant sa vieillesse. Toutefois, son état de santé se dégrade et Ernest doit se déplacer avec un déambulateur et reçoit la visite régulière d’une infirmière et d’une assistante de vie, dont il ne peut bien évidemment pas payer les salaires. Ernest a contacté une œuvre caritative s’occupent des anciens agriculteurs-éleveurs pour lui payer son déambulateur. En ce qui concerne ses autres dépenses de santé et les soins à domicile, ils sont pris en charge en partie par MedSchirm mais aussi en large partie par MedHilfe, qui a débloqué pour Ernest une partie de son programme destiné aux personnes âgées.
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DAS WALSERREICH BILDUNGSSYSTEM
Le système éducatif walserreichien

A l’instar du système médical walserreichien, le système éducatif repose sur les mêmes principes de liberté et de responsabilité si chers aux Walserreichiens. Il est toutefois assez juste de remarquer que l’état a peut-être légèrement plus d’influence dans le domaine médical que dans le domaine éducatif. De plus, alors que le système médical est le fruit d’une mise en place relativement nouvelle dans l’histoire contemporaine du Walserreich, le système éducatif est quant à lui le produit d’une longue évolution et l’héritier d’une histoire aussi riche que singulière, dont les ressorts s’entremêlent parfaitement avec les valeurs les plus profondes de la société walserreichienne. Aujourd’hui, ce système demeure complexe et de nombreux mouvements sociaux et politiques demandent des réformes ou plutôt des « réajustements » réguliers, comme s’il fallait sans cesse trouver le juste équilibre dans l’histoire mouvementée du pays. Toutefois, le Bildungssystem walserreichien est cohérent, assez stable, égalitaire et permet au pays d’avoir l’un des peuples les plus éduqués du monde. Voyons de plus près comment il fonctionne.

En ce qui concerne tout d’abord les généralités, l’instruction publique est obligatoire de 7 à 17 ans au Walserreich. Avant 7 ans, il n’y a aucune obligation, quelle qu’elle soit, toutefois, il existe un très grand nombre de microsystèmes privés et familiaux. Il n’est pas rare qu’une jeune mère prenne un large congé maternité et soit financée par d’autres mères qui lui déposent leurs enfants en bas âge pour qu’elle s’en occupe. Ces petites solidarités locales sont particulièrement importantes en milieu urbain, où il existe même des applications ou annonces de rencontre pour les jeunes mères qui désirent arrondir leur congé maternité en s’occupant d’autres enfants. A côté de là, il ne faut pas non plus négliger l’importance de la sphère familiale. En milieu rural, les grands-mères demeurent incontournables dans l’éducation des jeunes enfants et les jeunes retraitées ont souvent leurs petits enfants sur les bras, pour leur plus grand bonheur. Toutefois, des structures plus « dépersonnalisées » existent, comme des jardins d’enfants ou des crèches, qui sont nombreuses et assez bien réparties sur le territoire, grâce à des politiques « Heimat des Lebens » (Accueil de la Vie) visant à encourager la création d’environnement pour les enfants. Le rôle des paroisses locales n’est pas non plus à oublier, le catéchisme pouvant parfois commencer très tôt.
Au-delà de 17 ans, plus aucune instruction n’est obligatoire, les systèmes universitaires fonctionnant sur un mode très différent de celui qui va être décrit ici.

Brève histoire. Il n’en fut pas toujours ainsi. Le grand mouvement de réformes scolaires qui secoue l’état walserreichien eut lieu dans les années 70. A cette époque, alors que les libéraux avaient expurgé l’appareil d’état de tout conservateur, ils eurent les mains libres et supprimèrent un nombre incalculable de régulations étatiques (normes diverses et variées, financement des zones prioritaires, carte scolaire etc.) et engagèrent une politique de privatisation des écoles avec un soutien pas si faible que ça de la population walserreichienne. Les écoles furent privatisées et les professeurs, jusqu’alors fonctionnaires, devinrent des agents communaux. Le mouvement de grève qui s’ensuivit dégrada fortement la qualité de l’éducation dans toute la Bundesrepublik mais permit à nombre d’écoles privées de croître, la grève n’étant pas pratiquée chez elles. Le nouveau système se mit en place petit à petit et eût un succès assez remarquable qui ne s’est pas démenti depuis. Bien que les conservateurs, de retour au pouvoir, réussirent à conserver (sic) leurs plates-bandes, personne ne revint jamais sur le Bildungssystem tel qu’il fut constitué à cette période.

Le chèque-éducation. Et l’élément essentiel et fondamental de ce System est le chèque-éducation. Lors de la privatisation des années 70, le système scolaire se scinda en école publique (détenue par une collectivité qui est généralement la municipalité) et en école privée (détenue par des associations, des fondations, des sociétés d’éducations etc.). Peu de règles existent quant à la capacité de fonder une école : n’importe qui peut techniquement en créer une, à l’exception des grandes entreprises dont ce n’est pas le cœur d’activité et les partis politiques. De plus, il existe des examens réguliers, dans des structures indépendantes et publiques, qui permettent de vérifier le niveau des enfants pour s’assurer qu’aucune école ne fasse trop mal son travail.
Ainsi, chaque enfant permet à ses parents de toucher un chèque éducation. Au début des années 2000, il s’élève à 10 000 Wm par année scolaire. Ainsi, chaque année, les parents donnent à l’école de leur choix, privée ou publique, le chèque-éducation qu’ils reçoivent de l’état en échange d’une inscription pour leur enfant pour l’année à venir. Il est strictement impossible d’utiliser ce chèque pour autre chose. Ainsi, les impôts sont utilisés pour payer une éducation de qualité et le chèque-éducation garantit une éducation égalitaire : chacun touche la même somme, peu importe son niveau social, et l’écrémage se fait par le choix des parents. Personne ne donnera son chèque-éducation a une école reconnue de mauvaise qualité, tandis que les écoles reconnues comme étant performantes reçoivent les chèques des parents consciencieux, qu’elles utilisent en fait comme bon leur semble au sein de leur(s) établissement(s). Afin de garantir une égalité sociale, les écoles n’ont pas le droit de percevoir des frais de scolarité en complément du chèque-éducation.

Ecoles publiques et privées : dos-à-dos ou face-à-face ?. Les différences entre les écoles publiques et les écoles privées ne sont en soi pas étonnantes. Ces dernières sont généralement plus petites, proposent des pédagogies alternatives, ont des classes avec moins d’élèves, des professeurs mieux formés etc. Par ailleurs, signalons que chaque école est libre de ses critères de choix d’enseignants, qui doivent toutefois être transparents : chaque école doit mettre à disposition des parents un document résumant quelques informations susceptibles d’orienter les choix (type de pédagogie utilisée, niveau universitaire des enseignants etc.). Dans certains petits villages reculés, si la municipalité n’a pas forcément les moyens de payer un professeur, il existe des sociétés d’éducation privées qui peuvent ouvrir une classe pour un petit nombre d’élèves, après un accord avec la commune. Bref, cet enchevêtrement public-privé permet de créer une solution à tout problème qui pourrait se poser selon les situations particulières.

Les Gymnasiums (11-17 ans) et l’absence de « collège unique ». Cette volonté d’offrir à chacun une éducation de qualité sans handicaper les uns et les autres par des considérations financières n’est toutefois pas un frein à la diversité des écoles. Comme nous l’avons déjà écrit, les pédagogies sont assez libres et aucune ne sera combattue ou encouragée par les pouvoirs publics à partir du moment où les enfants obtiendront les résultats nécessaires aux examens nationaux. De plus, il en va exactement de même pour les Gymnasiums (de 11 à 17 ans). Autant les écoles primaires proposent une gamme plus large, enrichie par la profusion d’écoles privées, autant les Gymnasiums (cycle secondaire) demeurent largement publiques, bien que les sociétés d’éducation commencent à lorgner dessus avec de plus en plus d’appétit. Il faut savoir qu’au Walserreich, il n’existe pas de collège unique. A l’âge de 11 ans, il est déjà possible pour un jeune de s’orienter vers une filière plus professionnalisante. Il existe une grande variété de cursus parfois au sein même de différents établissements. Toutefois, s’il est possible, à l’école primaire, de changer d’école au bon vouloir des parents même en plein milieu d’année, il est plus difficile de se réorienter dans les Gymnasiums. Il existe des filières générales, qui ont généralement un assez bon succès, filières « par défaut » pour ceux qui ne savent pas vers où se diriger, mais il existe aussi des filières plus précises qui peuvent déboucher d’ores et déjà sur un métier à la fin du cursus, qui dure donc 6 ans. Ces dernières années, de plus en plus d’entreprises proposent des cursus –donc privés- de 2 ou 3 ans (de 14/15 à 17 ans) pour former des adolescents, avec un emploi en leur sein à la clef. C’est quelque chose de très fréquent dans les filières manuelles.

Etat et éducation. Le rôle de l’état demeure assez limité. Il a trois rôles : faire les programmes scolaires, qui seront ensuite distribués à chaque école avec une maxime très simple « Hier ist das Ziel » (Ici est l’objectif, i.e ce que vos élèves doivent savoir). Son deuxième rôle est de faire passer les examens dits nationaux, c’est-à-dire ceux qui permettent de « noter » chaque école selon les compétences générales et basiques qu’acquièrent les enfants qui sont chez elles. Ces résultats sont publiés chaque année et sont attendus avec grande impatience par les parents pour savoir quelles écoles choisir et quelles écoles laisser de côté. De plus en plus, l’état délègue ce pouvoir aux Länder. Le troisième et dernier objectif de l’état, qui est le fruit d’une longue lutte conservatrice, est de maintenir les écoles dans les lieux les plus reculés qui n’ont pas forcément un bon accès. Cela passe autant par le maintien physique de structures éducatives, le rehaussement des salaires des professeurs allant dans ces régions ou encore l’appel d’offres pour la création de lignes de transport en commun à tel ou tel endroit.
En dehors de ces trois points, chaque école connaît une liberté certaine.

Le problème des écoles « idéologisées ». Laisser une trop grande liberté à chaque parent et à chaque école a donné lieu à ce que certains mouvements politiques appellent des « dérives idéologisées », c’est-à-dire des écoles, primaires ou secondaires, qui sont créées par des groupes religieux ou politiques et qui, en plus des programmes donnés par l’état, fournissent aux élèves un contenu supplémentaire qui n’est pas forcément adapté à leur éveil critique. Toutefois, tant que les programmes sont connus et les résultats aux examens bons, l’état ne peut fondamentalement rien faire contre de telles écoles. Ainsi, l’église catholique a créé un certain nombre d’écoles privées, très performantes du point de vue scolaire, mais très portée sur une vision du monde qui pose parfois problème dans la vie en société. De même, si les partis politiques n’ont pas le droit de former des écoles, certains utilisent des moyens détournés, en finançant des sociétés d’éducation qui créeront des écoles pour eux et dans lesquels ils auront un droit de regard. Le cadre législatif jouit ainsi d’une souplesse souvent très intéressante mais aux limites duquel il est parfois difficile de faire la part des choses. Souvent, l’état préfère s’en remettre à la sagacité et à la responsabilité des parents, s’assurant qu’aucun trouble à l’ordre public ne sorte de ces écoles.

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Prenons quelques exemples et cas pratiques pour illustrer le Bildungssystem

Premiers exemples a écrit :
Erna et Friedrich, vivant à Kornenburg, ont un enfant handicapé de 7 ans, Heiko. Celui-ci souffre d’un léger autisme et de quelques difficultés motrices. Il n’est pas possible pour lui de suivre un cursus classique dans une école publique, ce qui pousse ses parents à se tourner vers l’association à laquelle ils appartiennent et qui suit leur enfant depuis sa naissance. Cette association a fondé une école dans la banlieue de la ville, loin du stress de la vie urbaine. Elle est adaptée aux enfants souffrant des mêmes pathologies que Heiko et le personnel est constitué d’enseignants accompagnés d’éducateurs spécialisés que l’école a recruté à la sortie de l’université de sport de Kornenburg. Erna et Friedrich devront toutefois payer un véhicule spécialisé qui effectue un ramassage scolaire quotidien dans toute la ville. A quelques semaines de la rentrée, ils décident de donner leur chèque-éducation à cette école afin qu’elle prenne en charge au mieux leur enfant pour l’année à venir.

Deuxième exemple a écrit :
Au fin fond de l’Holzland, dans le Sud agricole et forestier du pays, Mina et Hans ont une fille de 9 ans appelée Angela. Ils vivent dans un hameau au milieu de la forêt, et il n’y a que cinq enfants, ce qui ne permet pas du tout à la municipalité d’ouvrir une classe et de rémunérer un professeur. Mina, Hans et les autres parents font alors appel à une compagnie de transport ; celle-ci louera un mini-bus et un chauffeur qui conduira chaque matin et ramènera chaque soir les enfants dans l’école publique la plus proche, à 35 kilomètres de là. Cette école ne compte qu’un nombre très faible d’enfants, mais a été maintenue par l’état fédéral pour assurer aux enfants une éducation primaire sans avoir à forcer leurs parents au déménagement. Elle a notamment été maintenue grâce aux efforts coalisés des parents d’élèves de toute la région qui, appuyés par leurs municipalités, ont composé un important dossier, auquel l’état a décidé d’ajouter une hausse de salaire à tout professeur qui accepterait de venir enseigner dans les sombres forêts de l’Holzland.

Troisième exemple a écrit :
Florian a 15 ans. Il vient de terminer son cursus de 4 ans de Generalles Gymnasium et souhaite maintenant s’orienter vers un cursus plus formateur, ayant compris que les longues études n’étaient pas faites pour lui. Après avoir consulté l’avis de professionnel de l’orientation et en avoir discuté avec ses parents, Florian a trouvé un Gymnasium privé dans l’état du Nisnau-Weimar qui, appartenant à une entreprise de BTP, propose une formation de génie civil largement basée sur la pratique et le terrain, et limitant les matières théoriques trop lourdes et souvent inutiles. Les parents de Florian sont par ailleurs soulagés d’apprendre qu’ils n’auraient pas de logement à payer à leur fils, car le Gymnasium propose des chambres d’internat couvertes par le chèque-éducation. Par ailleurs, si la vitalité économique de l’entreprise se maintient, Florian pourrait très rapidement obtenir un poste dans celle-ci et débuter alors une vie professionnelle active au sein d’une entreprise qui l’aurait formé dès son adolescence.
DAS WALSERREICH STEUERSYSTEM
Le système fiscal walserreichien

Le Walserreich Steuersystem se divise en deux strates principales. La première est celle dite de l’impôt négatif, qui concerne les personnes pauvres ou à (très) faible revenu, la seconde est celle dite de la « Flat Tax » (Pauschalsteuer), pour les personnes gagnant des revenus suffisants pour quitter le système de l’impôt négatif. Ce système fiscal date des années 80 et est le fruit de profondes réformes libérales qui ont secoué le champ politique walserreichien. Aujourd’hui, plus personne ne remet fondamentalement en cause ce système tant il s’est établi dans la société mais les principes à son fondement sont parfois contestés, et une victoire des politiques en la défaveur de ces principes constituerait une fragilité certaine pour le Steuersystem. Les arguments qui étaient avancés pour sa construction étaient les suivants : un système n’est « juste » que lorsqu’il permet aux petites gens d’améliorer en permanence leur niveau de vie. L’impôt sur le revenu taxe chaque petite pièce gagnée et décourage ainsi le travail dès le départ, il faut créer une fiscalité qui ne prenne pas déjà le moindre centime gagné. Deuxièmement, les allocations chômage découragent le travail, en particulier avec un impôt sur le revenu, elles ne doivent permettre que de compléter un revenu faible et ainsi d’encourager un travail, aussi petit soit-il. Et troisièmement, il n’est point de sot métier.

L’impôt négatif (Negative Steuer) fonctionne dès lors que l’on a fixé deux chiffres ; un revenu seuil et un pourcentage. A l’heure actuelle (année 2003), le seuil est à 2500 Wm et le pourcentage est de 60%. Une personne dont les revenus sont inférieurs au seuil sera sous le régime du negative Steuer. Il touchera donc son revenu, auquel l’état ajoutera une somme équivalente à 60% du seuil moins son revenu. Ainsi, quelqu’un qui ne gagne que quelques centaines de Wm pourra jouir de son salaire sans qu’il ne soit taxé, et se verra versé par l’état quelques sous supplémentaires pour ne pas vivre dans la misère. Quelqu’un qui ne touche aucun revenu touchera donc 60% de 2500 Wm, et s’il trouve un travail, peu importe le salaire qu’il lui procurera, tant qu’il sera inférieur à 2500 Wm mensuels, il ne fera que gagner de l’argent.

La Flat Tax (Pauschalsteuer) concerne toutes les personnes dont le revenu a dépassé 2800 Wm (entre 2500 et 2800, on ne touche ni ne paie quoi que ce soit). A partir de ce moment-là, on est soumis à la Flat Tax, qui s’élève à l’heure actuelle (année 2003) à 25% des revenus : il s’agit tout simplement de donner 25% de ses revenus à l’état. C’est un moment qui peut paraître élevé, mais il est la seule dépense « vers l’état » dont doivent s’acquitter les citoyens walserreichiens, du moins une partie d’entre eux. Il faut également noter qu’il existe une Flat Tax de 20% sur les entreprises : toute entreprise doit donner à l’état 20% de ses revenus, ce qui pour le coup est relativement faible par rapport à d’autres législations dans le monde.

Ce double-système Negativesteuer-Pauschalsteuer forme la base sur laquelle repose la fiscalité walserreichienne et échappe largement aux politiques. C’est un système fixé qui dispose depuis 1992 d’un soutien constitutionnel important : en effet, toute variation du pourcentage doit être soumise par référendum. Aucun gouvernement n’a le droit d’augmenter ou de diminuer un quelconque pourcentage ou même le seuil du Negativesteuer sans en demander directement l’avis au peuple. L’avis même de la Diète n’est pas demandé. Il s’agit là d’une victoire très ancienne des conservateurs, qui n’ont jamais voulu laisser le contrôle de l’impôt aux libéraux, qui eux voulaient le laisser filer au gré des variations boursières et financières. L’axe d’attaque des conservateurs n’a d’ailleurs pas été un anti-libéralisme affiché, mais un populisme démocratique marqué, qu’il a aujourd’hui légèrement mis de côté. A l’heure actuelle (2003), aucun mouvement politique ne propose un changement radical du Steuersystem, à l’exception de quelques mouvements sociaux-libéraux et sociaux-démocrates qui demandent l’instauration d’un barème de pourcentage de taxation pour les entreprises, demandant à ce que la Flat Tax soit plus faible pour les petites entreprises que pour les grandes.

La mise en place du Steuersystem walserreichien a eu un profond impact sur le marché du travail, et le premier a été une réduction drastique des dépenses d’état dans ce domaine : de nombreux fonctionnaires fiscaux furent mis à la retraite et, pour la plupart, réaffectés, tandis que des bureaux entiers furent supprimés. Idem pour les systèmes d’aides sociales et les soutiens d’état, qui ont été répartis soit dans le système médical soit dans le système fiscal. Par rapport au système précédent, on estime à 32% la baisse du budget pour la fiscalité, avec un apport à peu près identique. Le deuxième impact fut une réduction drastique du chômage : il plafonne aujourd’hui (mars 2003) à 1,9%, l’un des taux les plus faibles qui soit dans le monde développé. En effet, avoir un travail, même très peu rémunéré, est toujours valorisé dans le système de l’impôt négatif. Les opposants à ce système arguent du fait que ces travaux sont souvent des « bullshits jobs », des petits boulots de proximité à l’utilité limitée mais qui, leur rétorque-t-on, fournit une utilité sociale à n’importe qui et rend la vie plus agréable pour tout le monde. Les meilleurs exemples sont les pompistes, qui ont largement réapparus après la mise en plus du Negativesteuer, ou les femmes d’ascenseurs, ces femmes souvent célibataires et âgées dont la seule occupation consiste à appuyer sur les boutons dans les ascenseurs des hôtels prestigieux. Au-delà de la boutade, le troisième impact sur le marché de l’emploi a été une flexibilisation de celui-ci : embaucher quelqu’un ne coûte quasiment plus rien, et le former pour ensuite lui offrir un vrai plus sur son CV est tout à l’avantage de l’entreprise, qui peut ensuite rehausser progressivement les salaires jusqu’à faire quitter tout un chacun du Negativsteueur, et tout cela, sans dépenser un rond.

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Prenons quelques exemples et cas pratiques pour illustrer le Steuersystem

Premier exemple a écrit :
Herling a 22 ans. Il est étudiant mais a parfois du mal à joindre les deux bouts. Jusqu’à maintenant, il ne travaillait pas et recevait donc 60% de 2500 Wm, soit 1500 Wm au titre du NegativeSteuer. Se trouvant trop juste à la fin du mois, il décida de répondre à une annonce d’une grande enseigne, proposant de faire des inventaires tous les week-ends pour un petit revenu de 400 Wm par mois. Ainsi, en plus de ses 400 Wm gagnés au travail, l’état lui versera au titre de l’impôt négatif la somme de (2500-400)*60%, soit 1260 Wm. Ainsi, plutôt que de stagner à 1500 Wm par mois, Herling gagnera 1760 Wm par mois, et finalement 1800 grâce aux primes versés par son employeur, gagnant en plus quelques compétences professionnelles au passage, et le tout sans que l’état ne pompe directement une partie de ses revenus, lui permettant par ce système de vivre décemment.

Deuxième exemple a écrit :
Philippa a 32 ans. Elle vient d’entrer sur le marché du travail après de longues études. En tant que secrétaire juridique dans un cabinet d’avocat, elle gagne 3000 Wm par mois. Quittant ainsi l’entre-deux du double-système, elle entre dans le système du Pauschalsteuer et doit verser à l’état 25% de ce qu’elle gagne, soit 750 Wm ; il lui reste donc 2 250 Wm par mois. Constatant cela, elle se dit qu’elle vivrait mieux si elle ne gagnait que 2800 Wm ; elle ne serait soumise ni au Negative Steuer ni au Pauschalsteuer, et gagnera ainsi plus de 500 Wm supplémentaires. Il existe heureusement des moyens d’atténuer ce genre d’incohérences afin de ne pas décourager les travailleurs qui gagnent entre 2800 et 3500 (la zone critique dans laquelle la Pauschalsteuer prend plus que ce qu’on gagnerait à rester sous 2800). Tout d’abord, peu d’employeurs proposent un salaire dans cette tranche de revenus, parfaitement conscients que ça n’attire que les personnes peu douées en mathématiques. Ensuite, la législation propose plusieurs moyens d’être dans cette tranche de revenus tout en bénéficiant d’un Pauschalsteuer plus faible : avoir un deuxième contrat de travail (même de quelques heures) en est un ou tout simplement se marier et avoir des enfants. En effet, le taux d’imposition diminue en fonction du nombre d’enfants et avoir un deuxième travail permet des allègements fiscaux non-négligeables. Philippa a donc tout intérêt, si elle ne veut pas se tuer au travail, trouver un bon petit mari et lui faire de beaux bébés.

Troisième exemple a écrit :
Gerhard a 48 ans. Des problèmes de santé l’empêchent de travailler normalement depuis de nombreuses années et il est obligé d’enchaîner les petits boulots à droite et à gauche pour joindre les deux bouts. Il est donc caissier dans un supermarché deux jours par semaine (pour 600 Wm), chauffeur de maître deux autres jours (800 Wm + pourboires défiscalisés) et enfin, le week-end, il s’occupe de préparer des animations pour enfants dans la crèche du quartier à côté (200 Wm). Il gagne donc en tout 1600 Wm par mois par ses trois contrats de travail et touche donc de l’état, au titre de l’impôt négatif, de (2500-1600)*60%, soit 540 Wm, soit en tout 2140 Wm, ce qui est certes maigre mais suffisant pour vivre assez décemment. C’est principalement pour des personnes comme Gerhard que le NegativSteuer est utile : il permet d’enchaîner les petits boulots mal payés tout en ayant malgré tout un niveau de vie correct.

Die Fünf-Kräfte Theorie


La Théorie des Cinq Pouvoirs



Exekutive, Legislative, Judikative, Medienkraft und Monetäre

Exécutif – Législatif – Judiciaire – Médiatique – Monétaire


Une ancienne théorie du pouvoir héritée de la pensée latine et issue des grands empires de l’Antiquité a divisé le pouvoir en trois : le pouvoir exécutif, qui fait appliquer les lois, le pouvoir législatif, qui les rédige et les approuve, et le pouvoir judiciaire, qui les fait respecter. Toutefois, le Walserreich, relativement étranger à cette culture originaire du Sud du continent, a développé au cours de l’histoire une autre théorie du pouvoir, qui a été réactualisée il y a quelques années maintenant. Le vieux droit coutumier médiéval, pétri de droit germanique, n’a pas perdu voix au chapitre et son héritage se retrouve encore au XIXe siècle dans une structuration du pouvoir comme d’un carré qui est celui de l’exécutif, du législatif, du judiciaire et du monétaire. Le pouvoir médiatique ne sera reconnu comme tel qu’au tout début du XXe siècle. C’est l’un des premiers points qu’il est important de souligner aussi : au Walserreich, la notion de pouvoir ne gravite pas autour de la loi, bien que le principe fondateur du libéralisme soit l’égalité de tous devant celle-ci. Justement, cette stricte égalité étant « question réglée », il fallait élargir la notion de pouvoir pour y inclure d’autres secteurs sociaux dans lesquels faire appliquer les principes fondateurs du Walserreich qui sont, rappelons-le, libéralisme, conservatisme et pragmatisme. Or, le pouvoir le plus ancien est celui de battre monnaie, et il est à bien des égards considéré comme supérieur à tous les autres, car il est celui à partir duquel tous les échanges se construisent et à partir duquel l’économie toute entière se développe, tant au cœur de la nation que dans ses relations avec ses voisins. Au début du XXe siècle, un cinquième pouvoir fut ajouté par l’économiste walserreichien Wilhelm Bortkunde, celui des médias, constatant que le maintien d’un équilibre au sein de ceux-ci était nécessaire au bon fonctionnement de la société, les médias ayant le pouvoir de faire basculer toute l’opinion, et donc tout le processus législatif, selon les sujets qu’ils traitent et la façon dont ils les traitent. L’inclusion du pouvoir médiatique parmi les autres permit de le soumettre aux principes d’équité et de lui poser les limites nécessaires à un bon développement, comme un jardinier qui pose un tuteur à côté de ses tomates et en coupe les gourmands.
Ainsi, au-delà même de la simple question de la définition des pouvoirs en tant que pouvoir, c’est l’influence que les citoyens ont sur ceux-ci qui fut déterminante à définir. Comment le simple citoyen peut-il influer le cours législatif ? Le cours judiciaire ? Le cours médiatique ? Un grand nombre de dispositifs ont été pensé, imaginé et mis en place pour que les principes libéraux et démocratiques du Walserreich soient respectés dans chacun de ces pouvoirs et c’est ainsi qu’est née en tant que telle la Théorie des Cinq Pouvoirs.


Le pouvoir exécutif

est dit « représentatif », c’est-à-dire que les citoyens y participent en tant qu’ils choisissent des représentants qui auront le pouvoir exécutif. En effet, aucun citoyen ne peut exercer le pouvoir exécutif s’il ne l’a pas expressément voulu et s’il n’a pas été élu ; il n’y a aucun moyen de parvenir au pouvoir exécutif sans avoir été élu. Au Walserreich, les élections se font au suffrage universel indirect, on vote donc pour des députés (la Diète) qui votent ensuite pour un Chancelier qui nomme ensuite un gouvernement sur lequel la Diète a un droit de veto. Ce pouvoir commande les forces fédérales de sécurité (Chancelier), la force militaire (Ministre de la Défense), la diplomatie (Office des Affaires Etrangères) ainsi qu’une série de pouvoirs strictement administratifs (fonctionnaires fédéraux etc.) qui dépendent de l’état fédéral et non des états fédérés. Cette forme fédérale du pouvoir exécutif existe aussi au niveau local, dans chaque état, à l’exception que chaque Land est dirigé non par un chancelier mais par un President, et ne dispose ni de force militaire ni de force diplomatique propres. De manière générale, comme partout ailleurs, le pouvoir exécutif édicte et fait appliquer les lois. Il ne dispose en matière législative que d’une marge de manœuvre très minime par un système de décrets qui peuvent être promulgués par un ministre –dans ce cas, la Diète dispose d’un droit de remontrance- ou par le Chancelier directement, ce contre quoi la Diète ne peut rien faire.

Le pouvoir législatif

est dit « consultatif », c’est-à-dire que les citoyens y participent quand ils sont consultés par les institutions ou quand ils imposent à celles-ci l’examen de propositions législatives. L’organe principal du pouvoir législatif est la Diète. Elle est élue au suffrage universel tous les quatre ans. La Diète peut statuer sur différents types de lois : les projets de loi, issus du gouvernement, les propositions de loi, issues de la Diète elle-même, les référendums auxquels elle est obligée d’obéir ou encore les décrets du pouvoir exécutif qu’elle peut bloquer dans certaines conditions. Le dialogue entre la Diète et les citoyens est nourri et régulier : tous les députés de la Diète disposent dans leur circonscription d’un comité de citoyens, volontaires ou parfois même tirés au sort, qui observent son activité législative et peut lui proposer des propositions de lois. Il peut même arriver qu’un député soumette un acte législatif à ses citoyens comme référendum local pour savoir s’ils veulent qu’il l’approuve ou le désapprouve. De plus, le Walserreich dispose d’un système référendaire très élaboré, notamment en ce qui concerne son initiative ; il suffit de deux députés rapporteurs qui rédigent une proposition de loi suivie d’une question référendaire, signée par un demi-million de citoyens, ce qui, au Walserreich, est loin d’être inatteignable. En cas de conflit majeur sur un projet de loi entre la Diète et le gouvernement, l’un des deux parties peut exiger, au bout d’un certain temps, un « appel au peuple », c’est-à-dire un référendum, quel que soit l’importance du sujet. De plus, il est constitutionnellement prévu que certains actes administratifs ne peuvent se faire sans référendum, c’est le cas par exemple d’une augmentation du budget de l’état. Il faut aussi signaler, au niveau fédéral mais surtout au niveau fédéral, de référendums réguliers où les citoyens sont appelés à donner leur avis.

Le pouvoir judiciaire

est dit « inclusif », c’est-à-dire que les citoyens y participent à chaque niveau, de la composition de jurys jusqu’à l’élection des juges jusqu’à l’utilisation des « codes populaires ». Il s’agit peut-être du point le plus original des Cinq Pouvoirs. Au Walserreich, un système de Common Law est en vigueur, aucune séparation n’est faite entre le droit pénal et le droit administratif. Tout le monde est à égalité devant la loi, y compris l’état fédéral et les états fédérés. Les juges sont élus par les citoyens, soit selon des mandats, généralement assez longs, soit à vie, selon les états. Tous les tribunaux sont dotés d’un jury populaire tiré au sort, à l’exception de quelques exceptions légales. Il faut aussi signaler l’existence, en parallèle aux codes traditionnels (civil, du travail etc.) l’existence de petits « codes populaires » qui précisent, dans chaque domaine public, les pouvoirs dont disposent les citoyens pour contester des décisions publiques. Ce système fut créé dans les années 70 suite à l’affaire des « verres de Sturmstadt », un cafouillage administratif absurde qui poussa les députés libéraux à créer des moyens de calmer une administration parfois folle. Un article entier sera rédigé à ce sujet. En quelques mots, toutefois, les « codes populaires » sont de petits textes de lois qui autorisent les citoyens à s’organiser en comités d’inspection leur permettant d’inspecter n’importe quelle structure publique en ayant accès à ses dossiers pour contester ses décisions, les faire annuler ou encore demander des comptes à tel ou tel fonctionnaire, ce qui est devenu presque systématique dans certains domaines, notamment celui de la politique. Signalons aussi que les juges, élus par le peuple, peuvent être révoqués à tout moment par ce système s’il a rendu une décision trop clémente ou trop sévère. Il ne faut cependant pas imaginer le peuple walserreichien comme une somme d’individus consuméristes inspectant et révoquant tout ce qui bouge à la moindre embrouille : les Walserreichiens sont attachés à la fluidité et à l’efficacité des institutions, mais il est normal, dans leur culture, d’avoir les outils pour réparer les fuites quand il y en a.

Le pouvoir monétaire est dit « exclusif », c’est-à-dire que les citoyens n’y participent pas. Il s’agit du seul pouvoir détenu par une seule institution, à savoir l’état, qui la contrôle exclusivement. Le pouvoir de battre monnaie est directement contrôlé par le Chancelier, par l’intermédiaire de la WalserreichBundesBank (WBB). Il n’est pas possible pour les citoyens de voir, d’assister ou de contrôler directement ce pouvoir. Le seul moyen de l’influencer d’une manière ou d’une autre consiste à passer par les autres pouvoirs, notamment le pouvoir législatif, ou de demander par référendum un audit de ce qui s’y passe. C’est sans aucun doute l’un des couloirs les plus sombres de l’état walserreichien.

Le pouvoir médiatique est dit « participatif », c’est-à-dire que les citoyens y participent en achetant, commentant, rédigeant et punissant les articles, rétribués ou sanctionnés pour leur qualité. Il ne fait plus aucun doute aujourd’hui que les médias participent au débat public, ce dernier conditionnant toutes les actions, idées et discussions qui amènent les autres pouvoirs ci-dessus à basculer dans un sens ou dans un autre. Il existe donc un certain nombre de règlements qui encadrent ce pouvoir : principe d’iségorie (chaque citoyen a autant le droit à la parole publique qu’un autre), principe de non-ingérence étatique (aucun denier public ne doit aller à un média, quel qu’il soit, à l’exception de la première chaîne de télévision), droit de réponse (tout média qui publie une attaque quelconque contre qui que ce soit force ce média à publier une réponse de ce « qui que ce soit » en son sein) ou encore interdiction des monopoles (il est interdit pour un privé ou une entreprise de posséder plus de deux types de médias : on peut posséder un journal et une chaîne de télévision, mais pas deux journaux et une chaîne de télévision). Le principal média au Walserreich est le journal, toujours plus populaire et acheté que la télévision : les quotidiens régionaux sont nombreux et deux grands quotidiens nationaux (Der Freie Mann et Der Landsknecht) sont dans le haut du panier.

Ainsi, pour la théorie des Fünf-Kräfte est un ensemble de garanties que chaque citoyen puisse avoir un droit sur l’ensemble de ses droits, afin de limiter les abus, contrôler les pouvoirs publics et influer sur la politique de son pays. Très souvent, ces pouvoirs se déclinent au niveau local, notamment les pouvoirs législatifs et judiciaires, et permettent une grande proximité très appréciée des citoyens. Il est souvent que les Walserreichiens sont le peuple le plus politique du monde. En effet, selon un sondage datant de 2001, 89% des Walserreichiens se déclarent « intéressés » ou « très intéressés » par la politique, et plus de trois quarts d’entre eux ont déclaré avoir directement participé à l’activité civique du pays. Un tel système est le fruit d’une longue maturation d’idées libérales, chrétiennes et conservatrices. Il possède ses défauts, comme la trop grande implication de certains citoyens, retraités notamment, le démontre, et beaucoup accuse un système « voyeur », « consumériste », « fouineur » de créer des monsieurs et madames « je-sais-tout ». Toutefois, en remettant en perspective tous ces pouvoirs et les marges de manœuvre qu’ils proposent au peuple, ils apparaissent comme des garanties contre les nombreuses dérives dont sont capables même les systèmes les plus démocratiques du monde, ils sont, au final, les garde-fous de la liberté du Walserreich.

Die Populäre Inspektion


L’Inspection Populaire


L’un des plus grands penseurs politiques walserreichiens du siècle dernier, Friedrich Suszmann, écrivait que « le plus grand danger pour la démocratie n’est pas le bruit sourd des bottes, mais le pas feutré des pantoufles ». Il visait par ce propos l’avachie dans laquelle pouvait se vautrer un certain nombre de hauts fonctionnaires d’état, reposant dans le confort d’un bureau, loin des réalités de terrain, et tentés de « laisser couler », et cela s’appliquait en réalité à toutes les institutions publiques. Suszmann avait publié une longue étude intitulée La Corruption dans laquelle il s’attelait, dans une vaste perspective historique, à décrire les mécanismes qui amenaient un état à se pourrir, à devenir lent, lourd et apathique. Profondément libéral, Suszmann eut malgré tout un jugement final assez indulgent vis-à-vis de l’état, constatant l’utilité de ce dernier dès lors qu’il est bien organisé et corseté par des règles très sérieuses et inviolables. Toutefois, il constatait aussi l’extraordinaire nocivité de celui-ci dès lors qu’il entrait dans ce qu’il appelait un Bequemlichkeit Teufelkreis, littéralement « un cercle vicieux de la paresse ». D’après lui, plusieurs motifs pouvaient faire entrer les administrations publiques dans ce cercle pervers : l’absence de contrôle externe, la diminution des prérogatives judiciaires vis-à-vis de la sphère publique administrative et enfin, ce que les Anglo-Saxons appellent le « no-skin in the game », c’est-à-dire la non-prise de risque. En ce qui concerne ce dernier point, le sujet est délicat, car l’administration publique fonctionnant grâce à des fonds publics, la prise de risque doit être mesurée pour ne pas conduire au gaspillage ou aux utilisations non-rentables. Le deuxième point, au Walserreich, est sévèrement maintenu dans la constitution, mais c’est le premier point qui a fait des thèses de Suszmann la base de ce qu’on appelle l’Inspection Populaire.

Tout commença en 1971 par « l’affaire des verres de Sturmstadt » : un restaurateur avait organisé un bal masqué dans son restaurant pour en fêter l’anniversaire, et les inscriptions avaient largement outrepassé ses espérances : il attendait quelques 70 personnes, et plus de 120 sont venues. Ainsi, le brave homme s’était retrouvé à court de verres, de couverts et d’assiette. Ni une ni deux, il part chez lui et ramène de son domicile privé les couverts manquants. Le lendemain, il reçut la visite de deux fonctionnaires de l’autorité sanitaire, qui constatèrent la présence de verres légèrement fendues qui n’étaient pas les verres du restaurant, et le restaurateur fut sommé de fermer son restaurant pour mise en danger de la vie d’autrui et non-respect des normes sanitaires. Cette affaire provoqua un scandale national et remonta jusqu’à la Diète. Les députés libéraux s’emparèrent de l’affaire et présentèrent pour la première fois sur la scène publique les thèses de Friedrich Suszmann sur l’administration devenue folle et ces députés appelèrent de leurs vœux la création d’une Inspection Populaire, qui avait pour objectif de soumettre toutes les administrations publiques à la possibilité d’être inspectée et sanctionnée par le souverain du Walserreich, c’est-à-dire le peuple, en cas de décisions idiotes ou de non-respect des libertés fondamentales des citoyens.

C’est ainsi que fut créé en 1974 le Code de l’Inspection Populaire, un petit manuel d’une dizaine de pages, accessible à chacun, et disposé comme une annexe aux textes de lois classiques. Ce petit manuel a pour objectif d’encadrer les petites gens qui voudraient se constituer en groupes et inspecter n’importe quelle administration et contrer ses décisions. Selon les mots célèbres du député libéral Krugstein en 1974, lors des débats sur l’introduction de ce Code : « Quand l’administration chie sur la table, il doit être du droit des petites gens de lui mettre le nez dans sa merde ». Plus de trente ans après la mise en place de ce Code, des dizaines d’affaires ont défrayé la chronique et ont fait jurisprudence, afin que l’administration n’empiète jamais sur le bien-être et les libertés des citoyens du Walserreich. Bien évidemment, il a été pensé de telle sorte à ce que les effets inverses ne se produisent pas : l’objectif n’est pas d’envoyer des groupes de parasites traîner dans les pattes de tous les hauts fonctionnaires de l’administration pour les empêcher de faire leur travail. L’objectif est de faire peser sur chacun de ces fonctionnaires une « menace » permanente, pour les forcer à « mettre leur peau en jeu », c’est-à-dire à prendre les responsabilités de leurs décisions. Aucun d’entre eux ne se permettrait désormais de prendre une décision stupide s’il sait qu’il peut se retrouver avec une Inspection Populaire dans les pattes. Ainsi, le risque a été intelligemment réintroduit sous les oripeaux de la responsabilité, sans aucune menace pour l’argent public.

Ainsi, l’Inspection Populaire est probablement l’une des institutions les plus originales du Walserreich et constitue l’un des meilleurs outils qui fut taillé sur mesure pour les petites gens, afin de se défendre contre les ingérences d’une administration folle ou d’un droit devenu inadapté. Bien entendu, le Code de l’Inspection Populaire dispose de limites : certaines administrations ne peuvent pas être inspectées, et certaines seulement dans une certaine mesure. Jusqu’à maintenant, le Code a surtout permis de conduire des audits financiers à différentes échelles mais aussi de révoquer des décisions administratives, dont on constate qu’elles sont souvent locales. Régulièrement, dans le débat politique, l’Inspection Populaire est présenté comme l’une des armes juridiques dont les citoyens peuvent s’armer comme pour le permis de port d’armes à feu. Chacun doit prendre ses responsabilités.
La Doctrine Militaire
Die Militärdoktrin

Le Walserreich a été en des temps plus anciens une grande nation militaire mais les mouvements pacifistes des années 50 et 60 ont engendré de vastes projets de désarmements dont la Défense Nationale, pour le moment, n’a pas eu à pâtir. Dans les années 80, le Ministère de la Défense fut occupé par Eckhardt Barberturm et c’est à lui que l’on doit un réarmement progressif et discret du Walserreich. Son objectif était de faire mieux avec des budgets diminués mais stabilisés. C’est grâce à son mandat que le Ministère de la Défense devint l’un des ministères clefs du gouvernement, avec la Justice et les Affaires Etrangères. C’est aussi à partir de son mandat que les généraux commencent à organiser et codifier les principes qui doivent décider de la direction que doit prendre la force de défense de la Bundesrepublik. C’est donc dans ce contexte mélangeant grandeur passée et défis de l’avenir que fut codifiée la Militärdoktrin, c’est-à-dire les sept points devant orienter toutes les décisions des Etats-Majors. Récemment, au vue des évolutions de la situation internationale et de l’instabilité grandissante de celle-ci, il a été décidé par le gouvernement de remettre en avant la Militärdoktrin et de la rendre plus populaire ; elle fut en effet quelque peu oubliée ces dernières années mais reviendra sur le devant de la scène au fur et à mesure que le monde deviendra de plus en plus dangereux.

1- Nos intérêts nationaux sont prioritaires, et nous n’avons pas à nous en excuser. Il s’agit de la théorie de l’individualisme national. Elle se veut inspirée du christianisme consubstantiel au Walserreich : chaque être humain est seul devant Dieu, comme chaque nation est seule face au Christ. Ainsi, chacun doit agir de telle sorte à ce que son salut soit assuré selon les principes de l’Evangile comme chaque nation doit assurer sa survie selon les moyens à sa disposition. Bien évidemment, l’objectif du Walserreich ne saurait être de nuire à d’autres nations. Toutefois, il est du devoir de la Bundesrepublik de réduire à l’impuissance toutes les puissances étrangères qui viseraient à nuire à ses intérêts nationaux. L’armée walserreichienne défendra systématiquement ce qu’il y a de meilleur pour elle et pour ses citoyens, peu importe le coût. Il s’agit là du jeu international et à aucun moment la Bundesrepublik ne doit en rougir. La complexité de ce point repose dans les décisions du gouvernement de l’Etat-major à choisir quelle situation est la plus favorable au Walserreich quand celui-ci n’est pas directement impliqué, comme cela peut être le cas dans une intervention à l’étranger ou dans un conflit qui concerne d’autres nations, amies ou ennemies. Il convient de ne jamais oublier que la politique et la diplomatie ne sont que des billards à une, deux ou trois bandes.

2- Nous maintenons une puissance de feu et une préparation militaire au plus haut degré. L’organisation des priorités internationales, diplomatiques et politiques est une chose, mais la puissance physique en est une autre qui ne saurait se passer de la première. Il s’agit presque là d’un truisme mais qui présente un intérêt fondamental à préciser : l’armée walserreichienne doit constamment renforcer sa puissance de feu selon les principes proposés par l’Etat-major et multiplier les manœuvres et entraînements avant d’être parfaitement prête à l’emploi des forces dans le cadre d’un véritable conflit.

3- Nous n’entrons en guerre que pour gagner. Toutes les guerres peuvent être gagnées, mais certaines ne peuvent l’être que selon une probabilité plus faible que les autres. Le point précédent consiste à augmenter nos capacités militaires de telle sorte à ce que la majorité des conflits soit à notre portée, c’est-à-dire que leurs champs de bataille nous soit avantageux. Si jamais un conflit présente une trop faible probabilité de victoire, il convient de l’éviter autant que faire se peut. Une défaite militaire coûte bien trop cher, financièrement mais aussi en termes diplomatiques, il en va de la crédibilité de la Bundesrepublik. Si on engage une guerre, ce qu’on en a calculé les coûts et qu’on est prêts à les assumer jusqu’à la victoire. Toutefois, la victoire ne signifie pas forcément l’écrasement total de l’adversaire. L’état-major définit un EFR (Effet Final Recherché) en équilibre avec l’image du Walserreich à l’international, avec la quantité de secrets qu’il faut, et l’objectif devient de réussir l’EFR, qu’il passe ou non par une victoire écrasante. La définition des objectifs est en soi plus importante qu’une victoire militaire, cette dernière ne leur étant que subordonnée.

4- Nous restons loyaux avec nos amis et méfiants avec nos ennemis. La diplomatie est la première étape de la guerre, car elle permet de discerner qui marchera avec nous et qui marchera contre nous. Il n’est pas question d’adopter une position « avec nous ou contre nous ». Il existe en diplomatie et à la guerre une position neutre qu’il est possible de ménager. En effet, l’histoire a légué son lot d’amis et d’ennemis à chaque nation, et la position à leur égard doit être très claire. Nos amis ont droit à notre loyauté et notre soutien. Nos ennemis ont droit à notre suspicion et notre défiance. Il ne faut jamais partir du principe que nos ennemis historiques seront neutres, mais toujours considérer leurs canaux d’influence dans les conflits dans lesquels on s’engage afin de surveiller chacune de leur intervention. Nous ne sommes ni rancuniers ni vengeurs, car Christ nous l’interdit, mais nos ennemis peuvent l’être, et il convient de garder cela à l’esprit : le monde entier n’est pas constitué de petits chrétiens walserreichiens, il faut connaître les nations étrangères et savoir très précisément quels sont leurs objectifs et leurs volontés, et mesurer à quel point elles s’opposent à nous ou complètent nos objectifs. Quant aux nations émergentes, nous leur accordons le crédit de leur position et surveillons de près leurs alliances et positions diplomatiques. Un rapprochement avec nos ennemis doit susciter la plus grande méfiance, tandis qu’un rapprochement avec nos amis doit susciter un rapprochement de notre part.

5- Nous développons avant tout l’avantage technologique. L’ère de l’honneur et de la gloire est dépassé, et la puissance de feu ne se mesure aujourd’hui plus qu’à l’avancée technologique de chaque nation. Si nous souhaitons obtenir des victoires suite à notre puissance de feu, il faut que celle-ci domine clairement la puissance de feu adverse. Ainsi, le développement technologique doit lui être combiné afin d’obtenir un avantage certain sur chacun de nos ennemis. Il s’agit là d’un domaine qui n’est pas le monopole de l’armée, loin de là. Il existe au Walserreich des entreprises privées qui développent des armes. Etant donné qu’il s’agit de sécurité nationale, l’état possède un droit de regard particulièrement insistant sur ces entreprises, et l’armée walserreichienne peut être la seule entité capable d’acheter certaines technologies. Ces règlementations font que la plupart de ces firmes fonctionnent de concert avec l’armée, pour le meilleur et parfois pour le pire, les cafouillages administratifs étant réguliers. Toutefois, ces partenariats public-privé sont la meilleure réponse que le Walserreich ait réussi à constituer dans la course technologique qui déterminera le vainqueur des guerres de demain.

6- Nous nous préparons au danger avant qu’il ne se matérialise. Les services de renseignement –intérieur et extérieur- ont toujours fait l’objet d’une drôle de fascination au sein de la société walserreichienne. Les romans d’espionnage, la littérature à ce sujet ou encore les films d’espions sont parmi les classiques de l’art walserreichien. Cet état de fait artistique repose sur une réalité très tangible, celle de la puissance des services secrets walserreichiens et ce depuis l’époque impériale. Il a toujours été une doctrine de l’état walserreichien que l’information est le pouvoir, et qu’il fallait en accumuler le plus possible, et la classifier parfaitement pour en tirer le meilleur profit. Ainsi, aujourd’hui, les réseaux d’espion walserreichiens se développent dans le monde entier et se redéployent avec une rare motivation. L’objectif est de créer la base de données nécessaire pour prévoir les conflits du futur et anticiper les réactions à leur sujet. La dimension géopolitique et mondiale est évidente et n’est à aucun moment cachée. Le Walserreich est une nation d’avenir, qui regarde vers l’avenir et se tourne toujours vers le futur. Il existe ainsi au sein de l’état-major un important nombre de « plans », de « procédures » et de « protocoles » d’ores et déjà en place et prêts à être activés si l’une ou l’autre éventualité venait à se matérialiser. La Bundesrepublik anticipe et est toujours prête.

7- Nous respectons et soutenons nos soldats et nos vétérans d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il n’y a pas au Walserreich de culture de respect de l’armée, voire de vénération de celle-ci, comme il peut y en avoir dans d’autres pays. Toutefois, les soldats sont au quotidien des hommes très respectés –les femmes sont très peu nombreuses dans l’armée-, et ce respect surpasse de loin celui qui reçoivent les vétérans qui, bien qu’aimés pour leur figure bourrue, sont souvent des retraités comme des autres. Toutefois, ils touchent une pension particulière et disposent d’un régime particulier en termes de retraite. Au-delà de cela, l’armée dispose de structures qui permettent le bien-être des soldats, allant de la cellule psychologique aux permissions régulières, en passant par les aides massives pour les officiers ayant de nombreux enfants.
Le Duel Walserreichien
Der Walserreich Zweikampf

Parmi toutes les originalités que la Bundesrepublik du Walserreich peut présenter à la face du monde, l’institution du Zweikampf demeure l’une des plus belles et des plus pittoresques reliques des temps passés. Nombre de touristes en visite dans les territoires périphériques du pays ont été étonnés en voyant, au détour d’une église, deux hommes se battre à l’épée ou au sabre sous les yeux de dizaines de badauds. De nombreuses vidéos tournent ainsi sur les réseaux sociaux et contribuent à créer une certaine image du Walserreich, que les pouvoirs publics n’hésitent pas à récupérer dans l’élaboration d’un intelligent nation-branding. Le walserreich Zweikampf est une institution originale qui survit magistralement dans un pays occidental et moderne, comme les ruines d’un château qui serviraient encore à accueillir de temps à autre quelque banquet médiéval.

Les origines du walserreich Zweikampf se confondent dans la nuit des temps avec les origines de n’importe quel type de duel que les sociétés humaines ont pu enfanter. Une guerre à l’échelle de deux hommes, avec un casus belli, des règles, un affrontement et un vainqueur, qui se déroule publiquement. Dès le Moyen-Âge, de nombreux témoignages manuscrits de moines walserreichiens font état de duels qu’ils cherchaient à empêcher, et le moine Alkor (890-953) , dont on n’a retrouvé que des fragments de son œuvre, s’est essayé à retracer l’histoire du duel jusque dans l’Antiquité la plus profonde, et il jugea que c’était une œuvre païenne, mais qui, bien gérée et encadrée, pouvait apaiser de nombreuses tensions avant qu’elles ne s’enveniment et dégénèrent à un niveau qui toucherait trop de personnes. Au XVe siècle, pour la première fois, l’empereur Friedrich VII demande à son chapelain de cour, l’archevêque Strauss, de tracer les grandes lignes d’un duel typiquement walserreichien. Cela sera fait dans un petit opuscule intitulé « Der walserreich Zweikampf », qui compose encore aujourd’hui la partie principale des règles du duel à la walserreichienne. Petit à petit, et non sans résistance, le duel fut encadré et codifié tant et si bien qu’une fois consolidée parmi les couches les plus élevées de la société, l’institution se « démocratisa » et les duels paysans et d’artisans devinrent de plus en plus nombreux. En 1689, un évènement tout à fait intéressant se produisit à la cour de Westerburg : le prince-héritier du trône, Friedrich, âgé de 26 ans, fut tué dans un duel contre un baron qui refusait de laisser le fils de l’empereur courtiser sa sœur. L’empereur, Heinrich III, dut respecter l’une des règles du duel, qui est d’accepter le résultat sans entreprendre la moindre vendetta, mais il chargea l’un de ses ministres, le vicieux Baron Wagner, de faire le bilan de plus de deux siècles d’institution duellique. Celui-ci conduisit l’une des premières grandes études sociologiques que l’historiographie pourrait qualifier de « scientifique ». Il envoya ses officiers dans tout l’empire pour mesurer les résultats du Zweikampf. Ils retournèrent les archives pour corréler le nombre de duels au nombre d’homicides et à la paix générale qui régnait. Les résultats furent impressionnants : le duel augmentait la confiance sociale, diminuait les vendettas et les homicides et permettait même d’améliorer les performances militaires des jeunes hommes qui, dans l’expectative d’un potentiel duel, se tenait toujours prêt à combattre. Le Baron Wagner, conscient de la répugnance de l’empereur pour le duel qui lui avait enlevé son fils, conclut son rapport avec cette phrase célèbre : « … par malheur, le sabre du Zweikampf emportera le cœur ou l’âme d’un noble prince, mais il aura avant cela élagué la vengeance, la colère et les mauvaises passions de tout un peuple ».

C’est après le rapport du baron Wagner que le walserreich Zweikampf devint une institution respectée et, dans un sens, perdit quelque peu de sa superbe en devenant banal et presque fade. Il convient toutefois de s’arrêter sur l’ajout de l’adjectif « walserreich ». Le simple terme de « duel » (Zweikampf) aurait pu suffire mais les particularités du duel dans les terres du Walserreich ont nécessité l’ajout d’un adjectif discriminant. Il ne faut pas se laisser tromper par le terme de « zweikampf » dans la mesure où sa déclinaison walserreichienne n’est pas un « zweikampf » mais un « vierkampf », voir un « sechskampf ». C’en est la particularité première : les deux duellistes se battent, mais leurs témoines (1 ou 2 chacun) se battent aussi, bien que seul le résultat de l’affrontement entre les deux duellistes compte. Deuxième particularité, les armes ; le Walserreich a toujours fermement refusé les armes à feu pour le duel, les duellistes doivent choisir entre l’épée ou le sabre. Quant au duel à cheval, il est tombé en désuétude au tournant du XIXe siècle. La troisième et dernière particularité est celle du « Wergeld » ; selon le casus belli du duel, l’offensé peut réclamer un « wergeld », c’est-à-dire un prix du sang, à l’offenseur, qui est généralement négocié entre les témoins. Toutefois, si l’offensé perd le duel, il doit payer le double du « wergeld » à l’offenseur. Cet usage est lui aussi un peu désuet, mais se pratique encore dans certaines affaires, qui provoquent généralement une certaine médiatisation.

Aujourd’hui, le walserreich Zweikampf ne tue plus. Toutefois, avant le duel, il convient de fixer la victoire : jusqu’au premier sang, ou jusqu’à l’abandon de l’un des deux combattants, en sachant que quasiment tous les duels se font au premier sang. L’arme préférée des Walserreichiens est le sabre (l’escrime duelliste est l’un des sports les plus pratiqués) mais il peut arriver –et c’est une innovation qui n’a que quelques décennies-, que certains duels se déroulent selon un match de boxe, ce qui a été officiellement reconnu récemment par le gouvernement. Toutefois, le cadre législatif du Zweikampf est plus réglé par la coutume que par l’état, qui se charge simplement d’exclure les duellistes de toute responsabilité pénale en cas de blessure. En revanche, la mort de l’un des duellistes entraîne des poursuites judiciaires classiques consécutives à un homicide volontaire. La dernière fois qu’un duel fit un mort au Walserreich s’est produite en 1948. Aujourd’hui, on compte entre 1000 et 2000 duels par an, dont la plupart demeure privé mais dont certains ont lieu en public et s’annonce presque comme des combats de sport professionnel.
La dernière question qui se pose est celle des motifs qui justifient la tenue d’un duel. Il existe une typologie assez précise ; il existe des duels de contrainte, dans lequel l’offenseur n’a pas le droit de refuser. S’il ne se présente pas au duel, l’offensé peut réclamer légalement un Wergeld. Il s’agit notamment d’un duel intenté pour diffamation, en cas d’insultes graves et/ou répétées. C’est le premier motif. Le deuxième motif est celui de la querelle amoureuse. Soit une jeune walserreichienne peut demander à ses deux prétendants de se battre en duel, soit deux prétendants peuvent se battre en duel pour savoir lequel des deux s’écartera de la belle. La troisième raison principale, et largement mineure par rapport aux deux autres, est celle de la querelle de pouvoir ; un étudiant humilié par un professeur peut réclamer un duel, deux hommes politiques se battant pour un même poste peuvent en venir au duel etc. Toutefois, la féminisation assez importante de la politique ces dernières années a fait diminuer la fréquence des duels ; en effet, il demeure strictement interdit aux femmes de se battre en duel. Il peut cependant arriver qu’elles s’affrontent par le truchement d’hommes.

Les bienfaits du duel sont au nombre de trois, et leur conjonction permet d’expliquer son maintien au sein d’une société moderne comme celle du Walserreich. Le premier est social : les vendettas et les haines qui pourrissent les familles pendant des décennies sont coupées à la racine par un duel, dès lors que les protagonistes savent se comporter avec décence et respect. Comme catharsis, le duel a fait ses preuves, soit en tant qu’il règle les problèmes avant qu’ils ne s’enveniment, soit que la crainte qu’il provoque retienne les ardeurs des plus téméraires. Le deuxième bienfait est d’ordre judiciaire : dans les sociétés consuméristes occidentales, les tribunaux sont encombrés de plaintes pour diffamation et autres considérations inférieures qui empêchent une marche fluide de la justice pour des cas plus sérieux et pressants. Le duel permet d’écrémer certaines de ses affaires, et certains juges proposent même le Zweikampf comme exutoire pour certains dossiers, ce qui amène souvent à un retrait de plainte. Le dernier bienfait est d’ordre personnel et civique : beaucoup de jeunes Walserreichiens pratiquent l’art de l’épée afin de se tenir prêt au duel, bien que la fréquence en soit malgré tout rare. La violence de certains duels, aujourd’hui encore, créé une certaine responsabilité qui amène les citoyens à se comporter mieux, avec plus de respect et moins d’emportement, afin de limiter au maximum la probable effusion de sang.
Le Système de Natalité walserreichien
Das Geburtssystem (GS)

La question de la natalité, de l’enfantement et de la femme a toujours occupé une place centrale et unie au sein de la Bundesrepublik du Walserreich. Il n’est aucune nation au monde où les femmes ont autant de pouvoir au sein de la société et cette position leur est largement garantie par l’importance donnée aux enfants. Jamais l’utérus ne fut aussi puissant que sur les terres du Walserreich. Certains anthropologues ont expliqué ce fait par l’histoire religieuse du pays. En effet, après une longue et puissante domination catholique au Moyen-Âge, la Réforme protestante a gagné du terrain et s’est montrée très combattive, tant est si bien que les contrecoups sociaux du catholicisme ont été adoptés et amplifiés par le clergé protestant. Ainsi, alors que les femmes étaient reléguées au second plan par le catholicisme, les protestants les accueillaient largement à tous les étages de leurs églises. Toutefois, cette explication est imparfaite puisqu’elle néglige l’importance que le discours social catholique accorde à la natalité et la nécessité de faire beaucoup d’enfants. Toutefois, aujourd’hui, les différences religieuses en terme de natalité se sont largement atténuées et même équilibrées : les Walserreichiens font aux alentours de 3 enfants par femme, catholiques et protestants confondus ce qui, pour un pays développé de culture germanique, est assez exceptionnel.

Une autre thèse avancée est celle la bioclimatologie. Les terres du Walserreich ne sont pas fondamentalement mauvaises pour la culture ; bien drainées, elles sont fertiles et plutôt belles. Toutefois, l’entretien, le déboisement et le drainage des marécages demandent beaucoup de main d’œuvre, ainsi que les récoltes, qui doivent être bien faites pour passer l’hiver. Ainsi, il faut des bras, ainsi il faut des enfants. Au cours de l’histoire, la véritable angoisse des Walserreichiens n’étaient pas d’avoir trop de bouches à nourrir, mais pas assez de bras pour récolter les fruits. Cet esprit industrieux et pratique constitue une large partie du caractère national. Toutefois, tout ramener à l’inscription génétique d’un schéma climatique est peut-être trop ambitieux et trop réducteur. Tout expliquer par ce moyen néglige l’influence des comportements individuels (influence religieuse par exemple) mais est surtout complètement dépassé par les configurations de la vie contemporaine ; comment le climat pourrait-il encore jouer un rôle aussi prégnant dans le comportement sexuel et familial d’une civilisation qui vit sous le règne du consumérisme et du capitalisme mercantile depuis plus de deux siècles maintenant ? Hors période de guerre, cela fait plus de 150 ans que le Walserreich n’a pas connu de disettes, et l’on peut alors légitimement se demander si faire des enfants présente encore le même intérêt biologique qu’à une époque où plus d’enfants signifiait plus de terres déboisées et donc plus de travail et plus de nourriture. Ce cercle vertueux ne cadre plus avec les conditions de la vie moderne.

Toutefois, ces dynamiques historiques et biologiques ont persisté dans la génétique mais aussi dans l’esprit des Walserreichiens, et notamment dans celui des politiques et intellectuels nationaux. Ayant constaté comme c’était inscrit dans les gènes de la population, comprenant à quel point c’était positif, et voyant les dangers du vieillissement des populations d’autres pays, il fut décidé en haute sphère que l’état et la société devaient accompagner cette tendance naturelle du peuple et sabrer tout ce qui l’empêcherait de se poursuivre. C’est ainsi que des systèmes sociaux furent érigés pour accompagner ce mouvement populaire venu du fond des âges et du fond des tripes de la nation walserreichien, et cela déboucha sur le Geburtssystem, le Système de Natalité, généralement abrégé GS. Il s’agit d’une puissante institution, semblable à un ministère, qui dispose d’importantes prérogatives, et qui est accessoirement pleine de membres du clergé, bien que cette proportion soit largement en baisse, mais aussi pleine de femmes, de plus en plus nombreuses. Au fur et à mesure du temps, le Geburtssystem a développé une série de mesures phares visant à encourager la natalité et à maintenir une vraie politique d’accueil de la vie dans tout le Walserreich.


L’allocation salaire unique (Gehaltspauschale) est la mesure principale, qui concerne le plus de monde, et constitue l’un des meilleurs modèles de politique nataliste à l’international. Il s’agit d’une allocation que touche une famille dont seul l’un des membres travaille. Ainsi, si le père de famille travaille, la mère peut prétendre à l’allocation salaire unique, sous plusieurs conditions : que la famille ait au moins deux enfants et qu’une partie de l’éducation de ceux-ci se fasse uniquement à la maison et non à l’école. Il s’agit donc réellement d’un salaire de mère au foyer. Celui-ci est distribué après le paiement des impôts et ne rentre pas en ligne de compte sur le calcul des revenus familiaux. Comme on peut s’y attendre, le Gehaltspauschale est proportionnel au nombre d’enfants, au déroulement de l’instruction à la maison ou encore à la combinaison d’autres activités professionnelles. Ainsi, l’allocation tourne en moyenne à 700 Wm par enfant, à quoi s’ajoutent plusieurs considérations selon les critères susmentionnés. Cette allocation, très efficace, est touchée par une partie relativement faible des mères de famille ; en effet, l’augmentation régulière des salaires ces dernières années a amené de nouvelles stratégies : il est régulier de voir des femmes combiner leurs vies de mères au foyer avec des activités professionnelles à côté. Il existe des spécialistes capables de calculer au cas par cas les meilleures situations pour chacun et chacune.

Les crédits-avantages (Kreditvorteile) sont une série d’obligations que l’état a imposé aux banques lorsqu’elles accordent un crédit, supposant que l’intérêt nat(ion)ale surpassait en ce point la liberté des banques. Il s’agit de réductions qu’un jeune couple peut demander pour son crédit immobilier, et éventuellement son crédit automobile selon les banques, s’il entend faire un grand nombre d’enfants. Selon chaque banque, les Kreditvorteile peuvent se décliner différemment. Si les parents sont jeunes et entendent acheter un bien assez grand, ils peuvent demander un Kreditvorteil en promettant de faire des enfants. Ils disposent ensuite d’un certain nombre d’années pour fonder leur famille, faute de quoi les avantages du Kreditvorteile peuvent leur être retirés. Ces avantages peuvent se décliner selon plusieurs façons : un taux d’intérêt bas et fixe, une réduction immédiate du crédit immobilier ou encore la prise en charge de certains frais pendant un certain nombre d’années. Les gammes proposées par chaque banque sont différentes mais elles sont obligées d’en proposer pour favoriser la natalité, recevant des compensations de l’état, et elles n’ont pas le droit de s’accorder entre elles pour diminuer les avantages, faute de quoi elles se retrouvent sous le coup des lois anti-trust. L’état a développé un service au sein du Geburtssystem qui permet de contrôler les actions des banques et de répondre aux attentes des citoyens qui se questionnent sur ce que leur proposent leurs banques.

« L’accueil de la vie » (die Begrüßung des Lebens) est un programme très vaste qui englobe des pans divers et variés de la société walserreichienne ; il va de l’affichage publique jusqu’aux coins des restaurants de province. Il s’agit d’un programme du Geburtssystem qui a pour objectif d’encourager la démographie en créant un univers social adapté aux enfants. L’argent qu’il possède est collecté à partir de taxes culture sur les activités « jeunes » (cinémas, parcs d’attractions etc.) et il permet de financer des aires de jeux dans de multiples quartiers mais aussi d’encourager les restaurants, les centres commerciaux et tout lieu public à créer des environnements pour les enfants ; des petits coins de jeu, des micro-crèches etc. Afin qu’aucune famille ne se prive de se rendre dans un lieu public pour la seule raison que les enfants risqueraient de s’y ennuyer ou de représenter un « poids » qui les empêcherait de vaquer à leurs activités. Ainsi, il n’est pas rare de trouver, dans n’importe quel petit restaurant au fin fond du Walserreich, une petite pièce visible par tous les clients, où se trouvent des jeux pour les enfants afin que ceux-ci puissent s’amuser pendant que leurs parents restent tranquillement à table pour discuter. Il faut aussi signaler que le programme « Accueil de la vie » a un penchant plus « agressif » qui consiste à fustiger tous les comportements ou publicités par exemple qui auraient pour objectif de décourager la natalité ; il entre en conflits réguliers avec les provocateurs mouvements LGBTQIA+ qui considèrent l’enfantement comme une tare et un problème. Heureusement, le programme « Accueil de la vie », très populaire, propose des solutions qui sont aujourd’hui largement entrées dans les mœurs. Toutefois, n’importe quel organisme (entreprise, lieu public etc.) peut contacter un conseiller du programme « Accueil de la vie » pour recevoir des indications sur comment mieux accueillir les enfants dans son espace.

Le « réseau des cigognes » (das Storchennetwerk) est un réseau national de crèches et nourrices qui étend ses ramifications jusque dans les coins les plus reculés du Walserreich. Il s’agit d’un organisme public, non-obligatoire pour les professionnels de l’enfance, mais qui permet de mettre en lien des familles avec tout un ensemble de nourrices et puéricultrices agréées. Toute famille qui désire faire garder ses enfants, régulièrement ou pas, peut contacter ce réseau et demander un créneau ; elle peut déposer ses enfants dans une crèche ou une maison de l’enfance, ou bien demander la venue d’une baby-sitter à domicile. Il existe une multitude d’options pour que chaque situation ait une solution ; des parents devant partir quelques jours peuvent demander la venue d’une baby-sitter pendant la durée de leur absence ou bien déposer leurs enfants dans une « maison de l’enfance », qui fonctionne souvent comme une petite colonie de vacances. Le « réseau des cigognes » dispose aussi bien évidemment de services réguliers de crèches où déposer ses enfants pendant le travail. Il propose aussi des petites formations, généralement dans ces mêmes maisons de l’enfance, pour que de jeunes étudiants ou surtout étudiantes puissent se former à s’occuper d’enfants, et proposer ensuite leurs services à des familles pour financer -au moins partiellement- leurs études. Le « réseau des cigognes » est l’un des premiers grands programmes établi par le Geburtssystem est demeure aujourd’hui très largement efficace, fonctionnel et adapté aux besoins des familles.

Le taxe des célibataires (die Singles-Steuer) est le pan le plus discret et presque le plus honteux du Geburtssystem, il s’agit d’une taxe que paient les célibataires quand ils profitent de certains endroits, comme les musées, les parcs d’attractions, les parc à thèmes etc. L’intégralité de cette taxe est reversée au Geburtssystem, ce qui lui permet de financer le programme « Accueil de la vie » notamment ou de payer les employés qui vérifient les contrats bancaires par exemple. Cette taxe n’est généralement pas très élevée, mais peut s’étendre à un certain nombre de services. Elle doit être payée à partir du moment où une personne présente un livret de famille où il est inscrit « célibataire et sans enfant » et il doit la payer jusqu’à ce que son livret de famille présente « marié avec au moins un enfant ». Il faut par ailleurs signaler à cet égard que le livret de famille, depuis une loi de 2002, est intégré à la carte d’identité ; la famille étant tellement importante au Walserreich, la situation familiale et le nombre d’enfants sont inscrits sur la carte d’identité, ce qui permet de faire payer la Singles-Steuer à ceux qui doivent la payer, sans trop de difficultés, et souvent de manière « silencieuse », de sorte à ce que personne ne soit jugé pour ses choix familiaux.

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Prenons quelques exemples et cas pratiques pour illustrer le fonctionnement du Geburtssystem.


Premier exemple a écrit :
Frederick et Erna ont respectivement 35 et 32 ans. Ils sont mariés et sont les parents de quatre enfants. Ayant décidé de faire l’école à la maison à leurs enfants, Erna a quitté son travail pour devenir mère au foyer. Frederick touche un petit salaire en tant que fonctionnaire de police ; étant peu gradé, il n’est pas soumis à l’impôt négatif. Une fois la déclaration de revenus effectuée, le couple touche une allocation salaire unique de 2950 Wm. Ils touchent en effet 700 Wm par enfant, soit 2800 Wm, auxquels s’ajoutent 150 Wm en vertu du fait qu’ils demeurent à la maison. Il s’agit d’une somme assez petite compte tenu du fait qu’il n’y a pas de baby-sitter à payer, pas de deuxième voiture à gérer et pas de transports en commun à payer. Le chèque-éducation qu’ils reçoivent pour leurs enfants est rendu à l’état en échange de l’envoi de matériel de cours à la maison (manuels, exercices, programmes etc.). Ainsi, malgré le petit salaire de sous-officier de Frederick, le couple est parvenu à fonder une famille nombreuse et à disposer des moyens financiers nécessaires pour vivre suffisamment bien.


Deuxième exemple a écrit :
Luca et Klara sont un jeune couple qui vient de se marier et d’avoir une petite fille. Travaillant tous les deux, ils désirent acheter une maison dans un petit village pour y fonder une famille. Se rendant à la banque, ils désirent profiter de quelques Kreditvorteile pour aider à l’achat de la maison. Ils contactent donc le « Réseau des cigognes » afin de faire garder leur fille pendant qu’ils se rendent à la banque. Le réseau ne disposant pas de baby-sitter disponible aux créneaux requis, il leur est proposé de déposer leur fille dans une petite maison de l’enfance non loin de la maternité d’un hôpital proche le temps de leur rendez-vous. Après avoir contacté un conseiller du Geburtssystem pour lui présenter leurs projets, ils se rendent dans la banque la mieux adaptée à leurs envies pour y demander un prêt immobilier. Ils veulent une grande maison, dans un endroit où l’immobilier est plutôt cher. Le banquier leur propose un gros prêt avec un taux d’intérêt à 3%, ce qui est beaucoup trop par rapport à ce qu’ils gagnent. Ils expliquent ensuite qu’ils ont envie d’agrandir leur famille et, après quelques calculs, le banquier leur annonce qu’il peut leur prêter la même somme, avec un taux de seulement 0,5% s’ils s’engagent à avoir au total quatre enfants. Il existe même une clause stipulant qu’en cas d’obtention de jumeaux ou de jumelles, 10% de leur prêt sera immédiatement effacé. Luca et Klara signent pour cette option et achètent ainsi une belle maison de campagne grâce à un prêt avantageux, et se mettent immédiatement au travail pour donner plein de beaux petits frères et de belles petites sœurs à leur petite fille.


Troisième exemple a écrit :
Karl est un célibataire de 36 ans. C’est écrit sur sa carte d’identité, si bien qu’à chaque fois qu’il se rend dans un lieu culturel, il paie une petite majoration, de l’ordre de 5 à 20%, sur les billets et services, qui permettent de financer le Geburtssystem. Cependant, il ne le sent pas passer ; il est à la tête d’une belle entreprise de télécommunications que lui a léguée son père et qui, grâce à son dynamisme, compte aujourd’hui plus de 300 employés. Soucieux de leur bien-être et de leur équilibre familial, Karl contacte le programme « Accueil de la vie » pour aider ses employés à mieux organiser leur vie familiale grâce à son entreprise. Un conseiller se présente et parcourt les locaux de l’entreprise. Rapidement, il propose un marché à Karl ; la petite salle au rez-de-chaussée qui sert à entreposer le matériel de nettoyage peut être réhabilitée pour y installer une petite crèche d’une capacité d’accueil d’une vingtaine d’enfants. Cette crèche sera bien entendu réservée aux employés de l’entreprise de Karl et celui-ci devra simplement louer gratuitement cette salle au « Réseau des cigognes » afin que deux nourrices viennent y travailler tous les jours. Karl doit donc simplement payer le matériel (jeux, tables, chaises etc.) à installer dans la salle et laisser deux personnes extérieures venir y travailler tous les jours. Il réalise ensuite une enquête auprès de ses employés pour savoir lesquels seraient prioritaires pour laisser leurs enfants dans cette crèche durant leurs heures de travail. Son entreprise reçoit alors un sérieux avantage et un label « Kindfreunde » très apprécié des salariés.
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