
Manoir des Négoces, l'antre du lobbying sylvois
Et Ambre Récifjaune était la lobbyiste par excellence avec un réseau notablement influent, au Duché comme à l'étranger. Elle faisait particulièrement ses preuves en Tcharnovie, Wanmiri et Antegrad où elle avait permis une véritable explosion des intérêts économiques de différents acteurs sylvois sur place (étatiques comme privés). C'est donc sans surprise qu'on lui accordait à elle la tâche de convaincre la directrice, madame Rodriguez, de choisir le DES plutôt qu'Apex pour gérer la prospection pétrolière au large de Caribena. Ce n'était pas tellement par attrait économique ou industriel, Sylva s'entendant après tout très bien avec l'Empire Raskenois et le comptant parmi ses fournisseurs avec Faravan et le Banairah, mais plutôt un sursaut protectionniste typiquement sylvois teinté d'une forme d'orgueil. C'était le voisinage direct de Sylva, son continent, et si on était quelque peu désintéressé de l'expansion tentaculaire d'Apex dans le marché pétrolier, voir ainsi l'entreprise s'installer juste à la frontière sylvoise avait provoqué une certaine contrariété. Et c'était pour cela que des moyens assez conséquents furent mobilisés par le Duché pour sauvegarder Caribena, et par extension Paltoterra, d'une influence raskenoise excessive.
Et ces moyens se traduisaient par une avance assez conséquente pour Ambre pour arriver à ses fins, dont elle fit bon usage dès l'arrivée de Maria Rodriguez en lui offrant en signe de bienvenue un parfum de valeur sylvois et une montre de luxe, sobre, mais fort élégante et particulièrement bien ouvragée. L'accueil se faisait au Manoir des négoces comme on l'appelait, propriété de la société Ambre Consultation tenue par ladite Ambre Récifjaune. Cet endroit avec une unique fonction accueillir des dignitaires et représentant dans le cadre le plus favorable qui soit à des négociations.
La zone était luxueuse, avec des murs en pierre qui allaient très bien avec le sol et plafond en bois aux charpentes apparentes dans un style très sylvois. Il y avait plusieurs salons aux décorations très différentes, allant d'un style surchargé de détails à d'autres plus épurés et modernes. C'est dans un salon coquet et traditionnel que les deux femmes se rendirent. L'élément le plus marquant dans la décoration était l'ensemble de peintures aux murs : des figures historiques sylvoises, plus précisément mounakaz, ayant lutté contre la domination monarchique du Duché et un premier pas vers la démocratie avec l'instauration d'une assemblée parlementaire. Il y avait également quelques pages de livres encadrés sur les murs, des écrits et poèmes faisant l'ovation de ces femmes et de leurs accomplissements. C'était autrement dit un cadre particulièrement paradoxal pour le salon d'un magnat du lobbying, mais loin d'avoir été choisis par hasard.
"Madame Rodriguez, c'est un plaisir de vous recevoir. Je me suis permis de vous faire préparer un parfum distillé dans un atelier réputé du Bourg des Mahoganys, fait à partir de feuilles de bois de rose. C'est très agréable sans être envahissant, et cela change des senteurs qui s'imposent avec les standards eurysiens. Permettez-vous que je vous tutoie ? Nous sommes ici entre amies."
Là, elle invita son interlocutrice à s'installer à une petite table sur des fauteuils remboursés. Tout était en bois, travaillé avec attention par des ébénistes reconnus du Duché. S'il y avait bien un domaine (autre que la production de rhum) où les sylvois étaient persuadés d'être inégalés, c'était bien dans l'ébénisterie. Là arriva un majordome en apparence assez jeune, élancé et aux épaules larges qui lui donnaient une stature triangulaire sans être large. Il avait un côté androgyne, avec de longs cheveux coiffés en arrière et un visage glabre aux traits fins. Il portait un plateau avec trois bouteilles.
-Voici un cocktail aux fruits locaux sans alcool, du rhum vieux, et du sirop de citron avec du sucre de canne. Madame Rodriguez, je te laisse choisir ce que tu préfères selon ton humeur, le rhum peut se prendre sec ou avec du sirop. De même pour le jus de fruit, tu peux le prendre tel quel ou avec du rhum.
Après quelques échanges progressivement familiers (mais bien entendu dans la limite du raisonnable), elle commença à entrer dans le vif du sujet.
-Comme indiqué dans mon mail, je représente le Département Pétrolier Marin qui s'est montré très intéressé. Si ce n'est pas le plus reconnu dans son expertise, il ne manque pas pour autant d'un secteur de recherche et développement avancé avec un certain nombre d'acquis et expériences solides. Mais surtout, il dispose de ressources matérielles et financières massives permettant de garantir la bonne tenue de projets, mêmes soumis à des imprévus. J'ajouterais à cela que pour le DPM de Sylva, ce ne serait pas juste un projet lointain que l'on abandonnerait au premier problème, mais une opportunité à proximité directe.
C'est pour le DPM apporte tant d'attention à remporter cet appel d'offre, et en signe de gratitude, il saurait évidemment répondre à votre confiance. Autrement dit, madame Rodriguez, en qualité de Directrice de PétroCar, tu aurais toute la légitimité à prétendre à des parts des actions en bonus de vos services, autrement dit un généreux complément pour votre salaire si notre future coopération venait à fructifier, chose que nous ferons tout notre possible à réussir. Jusque-là, est-ce que tu me suis ? Il y a des questions à répondre ?