13/11/2004
16:51:18
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Activités étrangères en Walserreich

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Activités étrangères en Walserreich

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants en Walserreich. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur du Walserreich, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Monsieur Gustaf habitait au 24 Unter den Linden, littéralement "l'avenue sous les tilleuls", une rue de la banlieue de Westerburg principalement connue pour sa tranquillité et son alignement de pavillons bourgeois où étaient venu s'installer un grand nombre de jeunes couples deux décennies auparavent, lorsque les cours de l'immobilier étaient encore particulièrement bas. Depuis, le quartier s'était gentrifié. Les maisons avaient pris de la valeur et les jeunes couples qui n'avaient pas divorcé avaient eu des enfants partis garnir les écoles à proximité et qui, les années passant, commençaient désormais à quitter le domicile familiale pour se rendre dans les universités du centre-ville.

Monsieur Gustaf, pour sa part, avait emménagé encore avant. En fait, c'était presque comme s'il avait vécu toute son existence dans cette rue. Il avait toujours en tête la couleur précise des pavés lorsqu'il avait visité pour la première fois sa petite maison et décidé d'en faire l'acquisition pour une somme relativement modiqe. Il se souvenait des grands tilleuls qui apportaient de l'ombre et qu'on avait coupé en 85 à cause d'une maladie puis remplacés par des arbres plus jeunes et moins touffus. Il avait vu grandir les gamins des voisins et en avaient même gardé certains le mercredi après-midi, ou le soir, pour rendre service. Il les avait payé quelques Walsermark pour qu'ils lui tondent sa pelouse lorsque lui avait commencé à avoir mal à sa hanche et distribué systématiquement des bonbons lorsqu'on venait toquer à sa porte déguisé les soirs de fêtes.

Monsieur Gustaf avait toujours vécu seul, d'aussi loin qu'on s'en souvienne, mais le quartier l'aimait comme s'il était de sa propre famille. Pendant des années il avait tenu la petite pharmacie locale, à deux coins de rue d'ici, et maintenant qu'avait sonné l'heure de sa retraite, rien ne semblait lui faire plus plaisir les jours où le soleil brillait que de s'installer avec le journal dans le petit morceau de jardin qui flanquait son perron et saluer les passants qui le connaissaient tous quand ils venaient à passer devant sa maison. Cela lui prenait généralement l'après midi car on passait beaucoup et son journal terminé, il rentrait dans son petit salon regarder des feuilletons d'enquêtes policières à la télévision. A 22h, il s'installait dans son lit, sortait un livre et lisait quelques pages avant d'éteindre sa lumière pour se lever comme chaque jour religieusement à 7h et recommencer sa journée, identiques à toutes les autres.

Ce jour là, on était le 6 avril, ou peut-être le 7, si minuit était passé, et monsieur Gustaf dormait à poing fermé dans son lit quand un bruit étrange le réveilla. Il n'avait pas spécialement le sommeil léger mais certains sons très spécifiques parvenaient à presque instantanément le tirer du lit. le bruit étrange était de ceux-là, un effleurement de sa porte, régulier, lent, comme un chat qui aurait passé sa patte sur le bois pour qu'on lui ouvre. Monsieur Gustaf était assis dans son lit à présent, attentif. Le bruit recommença, avec une cadence toute particulière. Dans un geste suspendu, la main du vieil homme se porta à son oreiller dessous duquel il sortit un pistolet aussi âgé que lui, mais qu'il nettoyait une fois par semaine, précautionneusement, des fois qu'il devrait s'en servir. Sa lampe de chevet à la main, il posa ses pieds nus sur la moquette de sa chambre et en chemise de nuit descendit l'escalier.


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Le bruit à sa porte avait cessé mais au dehors, rien ne bougeait, comme si une chose s'était tenue là, juste de l'autre côté du pan de bois, immobile et silencieuse, attendant, l'attendant lui. Et de fait. C'était le cas.

- Tilaa kaaoksesta, citoyen. dit l'homme qui se tenait sur son porche, quand il entrouvrit la porte. Tilaa kaaoksesta. Répondit monsieur Gustaf, et il le fit entrer vite.

C'était un homme tout à fait ordinaire cet homme là, comme lui en fait. Vêtu à la mode walserreichienne quoique dépassée de dix ans, légèrement bedonnant, il aurait été parfaitement oubliable sans cet étrange regard sérieux, tranchant avec les responsabilités que sa dégaine banale pouvait laisser attendre de lui. Un regard qui signifiait que des choses importantes se joueraient quand il prendrait la parole et Gustaf l'invita à s'asseoir dans son salon, mais sans allumer la lumière. En fait, il éteignit même la sienne, de sorte qu'ils se retrouvèrent tout d'un coup dans le presque-noir, quelques lointains résidus d'éclairage public qui filtraient de derrière les rideaux suffisant seulement à évoquer les formes de leurs visages.

- Le Syndikaali requiert vos services, monsieur Gustaf.

L'autre hocha la tête, mais ne dit rien.

- Êtes vous toujours des notre ? demanda l'homme.

- Hier et demain encore, oui.

- On ne badine pas avec la liberté.

- Tilaa kaaoksesta. répéta Gustaf.

L'homme sembla satisfait.

- Dans trois jours, à 11h du matin, vous vous rendrez à la gare d'Eisendorf en prenant la ligne partant de Westerburg. Dans votre wagon, un homme oubliera sa valise à côté de vous, vous la récupèrerez et passerez la journée en ville. Le soir, vous reviendrez toujours avec la valise que vous installerez dans la pièce la plus en hauteur de votre maison. Vous l'ouvrirez à ce moment là, et allumerez le dispositif radio à l'intérieur. De nouvelles instructions suivront.

Gustaf hocha de nouveau la tête.

- Je vous offre à boire ?

- Ma fois, si vous aviez quelque chose de sucré...

- Grenadine ?

- Ah parfait !

- Cassis ou anis ?

L'homme hésita.

- Oh cassis, on ne vit qu'une fois après tout.

Monsieur Gustaf hocha de nouveau la tête. Il avait attendu ce moment presque toute sa vie, le moment où les anciens réseaux du Syndikaali se redéploieraient, comme les tentacules endormies d'une vieille pieuvre, à travers le monde. Les lointains pays du grand nord ne brillaient peut-être pas forcément par leur poids démographique ou la puissance de leurs armées, mais ils étaient animés par des convictions forgées dans l'adversité du climat et l’aridité des terres. Des convictions longuement polies par le ressac des marées et nettoyées depuis des générations par le sel de la mer, transmises de pères et fils, de mères en filles, au coin des feu, résumé en deux mots seulement : Tilaa kaaoksesta. L'expansion à partir du chaos, survivre c'était prévoir et dans un monde fébrile, comme au milieu des tempêtes, les pêcheurs Pharois avaient toujours su se donner les moyens de naviguer.
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