27 Décembre 2006 - L'Heure des Comptes : Plongée sur le Lazare du mois, le Colonialisme et l'histoire Fortunéenne
Alors que le spectre du Colonialisme resurgit sur fonds de tension en Nazum et dans les mers du nord, de plus en plus de parallèle sont établis entre la Fortuna et la Listonie, les deux nations sont-elles toutefois comparables ?L'Heure des Comptes, la première émission télévisé traitant de l'actualité internationale et domestique sans Tabou ni omission, présentée par votre serviteur Dom Juan Altarini, uniquement sur Laguna News. Au programme ce soir une thématique largement délaissée au cours des dernières décennies mais depuis peu de retour au sein des esprits grâces aux tensions émergeant à nouveau des abysses en Nazum et dans le nord, le colonialisme, source d'enrichissement et fierté ou honte de certains, bête noire et cheval de bataille des autres. Un sujet clivant s'il en est faisant se remémorer à de nombreuses personnes et notamment des observateurs internationaux que les territoires Fortunéens de Leste et L'Oeste existent bel et bien, servant de point d'appui pour de nombreuses analyses mais plus encore de diverses accusations et élucubration sans queue ni tête. Alors qu'en est-t-il réellement ? C'est à suivre dans l'instant sur l'Heure des Comptes !
Dom Juan Altarini - Mesdames et Messieurs, chers spectateurs bonsoir ! Comme vous avez pu le constater ce soir nous abordons un des sujets phares de l'actualité internationale récente qui bien que sans impliquer directement la Sérénissime concerne cependant cette dernière à un certains degré. Aussi nous accueillons donc sur notre plateau ce soir Il Signore Joao Guilione, Historien spécialiste de ce que les académiciens nomment "l'épopée Fortunéenne" et maître de conférence au sein de l'Université Regallia de Fortuna et La Signora Lucrezia Canellona, Diplomate émérite du ministère della Terra Incognita et notamment de son service dédiés aux relations "Intramuros" qui sont la branche traitant de l'harmonie entre la métropole et l'ensemble des territoires fortunéens ultramarin. Signore et Signora, bonsoir et soyez les bienvenus sur ce plateau.
Il Signore Joao Guilione & La Signora Lucrezia Canellona - Bonsoir et merci, c'est un grand plaisir d'être ici.
Dom Juan Altarini - Alors, sans plus attendre entrons dans le vif du sujet. Personne dans cette salle et même au delà ne vit je suppose dans une grotte et au vue de l'effervescence généralisée sur la scène internationale des canaux diplomatiques et de la presse, vous êtes tous au courant au même titre que moi des récents déboires de l'Empire Listonien autant dans les eaux glacés du grand nord que à travers les courants plus exotiques d'extrême-orient. L'empire Listonien qui pour rappel est une des dernières nations colonisatrices d'Eurysie s'agrippant avec obstination aux vestige de son empire autrefois resplendissant comme un enfant en bas âge s'accroche à son hochet. Jusque là en soit rien de bien étonnant ni d'imprévisible tout le monde y convient. Toutefois plus d'une fois le nom de la Sérénissime est ressortie dans les analyses et observations internationales afin de faire des comparaisons notamment, alors Signore Guilione, qu'est-ce que cela signifie donc dans les faits ? Est-ce que le cas Listonien et le cas Fortunéen sont semblables ?
Il Signore Joao Guilione - Et bien avant toute chose je pense qu'il conviens de mettre en avant le fait que la Listonie et la Sérénissime se ressemblent en apparence à l'échelle de leur territoire. C'est d'ailleurs une chose admise dans les milieux universitaires et notamment dans les strates des géographes et cartographes. J'entends par là que les deux nations disposent chacune d'un territoire métropolitain relativement cohérent et faisant "bloc" si j'ose dire à quelques exceptions près pour la Sérénissime, tandis que le reste de leur territoire ultra-marin est souvent comparé à un immense puzzle dû à son éclatement généralisée à travers le globe.
Dom Juan Altarini - Vous parlez des territoires de l'Oeste et Leste ? Les sous divisions administrative qui rassemblent les multiples enclaves et îles hors Canossa de Paltoterra ?
Il Signore Joao Guilione - Tout à fait, c'est d'ailleurs ces territoires principalement que l'on érige en parallèle aux domaines Listonien. D'un point de vue purement géographique et imagée cela fait sens vous y conviendrez. Cependant, concernant le concept de colonisation c'est une autre histoire. Vous savez, j'entends beaucoup de gens ces temps ci et notamment sur les réseaux sociaux en pleine émergence parler de "Colonies Fortunéenes". Alors bien évidemment, d'un point de vue strictement théorique l'on pourrait penser que c'est un juste terme cependant dans les faits... Hors Canossa qui est une exception en elle même le processus d'installation des dépendances Fortunéennes en Afarée, Nazum et Halula est fondamentalement différent de celui des puissances Coloniales Eurysiennes, de même que le raisonnement des doges ayant permis voir encouragé ceci. Après tout on parle de "Logique Marchande" dans ce cas, et même dans l'administration et la considération juridique de ces territoires, l'on ne peut pas vraiment parler de Colonies.
Dom Juan Altarini - On reviendra sur ce que vous avez dit Signore Guilione. Signora Canellona, vous êtes d'accord avec ce qu'il dit ? Quelles sont les "particularités administrative" qu'il évoque ?
La Signora Lucrezia Canellona - Et bien, Il Signore Guilione est fort bien renseigné. En effet, la Sérénissime a une relation toute particulière avec l'ensemble de ses territoires ultra-marin rendue nécessaire autant par la distance de la plupart d'entre eux avec la métropole que par des volontés populaires et locales au cours des deux derniers siècles. D'une part, je tiens à être claire sur ce point, chaque parcelle de territoire où flotte le Gonfalon républicain fait partie à part entière de la Sérénissime et TOUS les citoyens fortunéens qu'ils fussent née à Balsarah, Canossa, Rivoli ou Grietta sont égaux et disposent des même droit que tous, nous y mettons un point d'honneur, la volonté républicaine dicte qu'il ne doit y avoir aucun indigent de la république.
Il Signore Joao Guilione - Ceci dit ce n'est pas la même chose au niveau des opportunités de chacun...
Dom Juan Altarini - Laissez la finir je vous prie.
La Signora Lucrezia Canellona - Merci Dom Altarini. Je disais donc... D'autre part malgré une volonté d'égalité claire de la part de l'administration gouvernementale, il faut se rendre à l'évidence que l'éloignement de certains territoires et la nécessité de faire des choix et notamment au niveau budgétaire rends difficile une mise en valeur de l'ensemble d'entre eux.
Dom Juan Altarini - Un sujet très sensible d'ailleurs voir même brûlant, l'on se souviens très bien de la plaidoirie enflammée du Sénateur Xénophon Ergyre il y a un peu plus d'un an au sein de l'hémicycle qui faisait suite à un article de presse opérant un gros plan sur l'état de délaissement des populations fortunéennes de culture hellénique notamment.
La Signora Lucrezia Canellona - Tout à fait, et même si des mesures ont été prises afin d'essayer d'améliorer la situation, il demeure quand même complexe d'opérer des manoeuvres significatives ou tout du moins d'attendre des résultats flagrant. Cependant, le Gouvernement a bien conscience de cela et en contrepartie confère de bon grès une très grande autonomie à ses territoires ultra-marins. Certains peuvent être même considérés comme des états dans l'état au vue des relations régionales qu'ils entretiennent. A cela s'ajoutent aussi d'autres avantages, notamment le fait que chacune des terres soit pleinement intégrée au réseau commercial républicain, les échanges permettant tout de même un certains dynamisme. De même, Il Stato da Màr et ses forces veillent au grain afin d'assurer la sécurité autant des voies navales que des territoires en eux même afin que aucune puissance étrangère ne tente plus jamais d'imposer sa domination sur ceux ci.
Dom Juan Altarini - Car ça a déjà été le cas par le passé ? Signore Giulione ?
Il Signore Joao Guilione - Plus d'une fois assurément. Même si l'évolution des technologies et des moyens a considérablement favorisé les liaisons et les échanges de manière générale d'un bout à l'autre du globe, une nation disposant de nombreuses dépendances éloignés de son coeur métropolitain a toujours eut au cours de l'histoire des difficultés à maintenir l'intégrité de son... Passez moi l'expression... "Empire Ultramarin". Il y a de multiples exemples au cours de l'époque moderne et du moyen-âge de "Raids éclairs" ou de guerres par procurations provoquant la perte de territoires pour la Sérénissime avant même qu'elle aie eut le temps de répliquer, parfois même l'affaire était déjà terminée avant que les instances de la Capitale soit informé des faits. Ceci dit, avec le temps et l'évolution des moeurs, ce genre de cas à considérablement diminué. Le dernier exemple remontant à peu près au milieu du XXe siècle dernier où l'Empire Listonien à profité de la crise des années trente ayant frappée la Sérénissime afin d'envahir, d'occuper et de voler disons le clairement plusieurs territoires ultra-marins alors même que le nouveau gouvernement républicain initiait une vague de référendum locaux afin de savoir lesquels d'entre eux désiraient l'indépendance.
La Signora Lucrezia Canellona - Si je puis me permettre, je tiens à complémenter les paroles du Signore Guilione en disant que s'il s'agit d'un comportement déplorable à la mentalité d'un autre âge, c'est aussi ironiquement l'un des éléments moteurs ayant poussés une grande partie des territoires ultra-marin de la Sérénissime à décliner l'opportunité de prendre leur indépendance. Un argument encore accessoirement d'actualité aujourd'hui bien malheureusement. Car il ne faut pas se leurrer, au delà de la prospérité mutuelle apportée par un maintien au sein de la république, bénéficier de sa protection est un enjeu réel.
Dom Juan Altarini - Les vieilles habitudes ont la dent dure comme on dit. Et tant qu'à parler de doctrines vieillissantes, Signore Guilione vous parliez tout à l'heure d'une "Logique Marchande" quand à l'installation républicaine à travers le globe ? Qu'entendez vous par là ?
Il Signore Joao Guilione - C'est en rapport avec la nature même de Fortuna. Je ne vous apprendrais rien ni à vous ni vos spectateurs si je dis qu'il s'agit aujourd'hui de la plus grande république maritime du monde. Par république Maritime, j'entends un gouvernement adoptant un modèle républicain mais fondant sa prospérité sur le commerce et la mer, associant notamment les deux. Cependant il faut bien comprendre que Fortuna n'est pas seulement la plus grande et l'une des seuls, si ce n'est la seule d'ailleurs restante, c'est aussi la plus ancienne. L'histoire de la ville qui sombre est longue, très longue mais trouve toujours un point commun où que l'on cherche et en toute époque, la présence de ses négociants et la volonté de faire du commerce.
Dom Juan Altarini - Un commentaire Signora Canellona ?
La Signora Lucrezia Canellona - Je pense savoir où veut en venir Il Signore Guilione et je dirais simplement mais la doctrine républicaine, malgré les changements radicaux qu'à subit la structure gouvernementale et législative, à su conserver certaines valeur et surtout une ligne directrice claire et peu changeante. Mais, allez y donc Signore, poursuivez...
Il Signore Joao Guilione - Un vieux proverbe dit que le Sang de Fortuna c'est son commerce. C'est un euphémisme. C'est la fondation même de sa puissance, la source de son envol et le moteur de son épopée. La République Fortunéenne sous sa forme maritime en ses jeunes années consistait juste de l'île Mère Regallia. Au cours du moyen-âge et plus encore durant l'époque moderne elle s'est fondée un immense réseau commercial et un empire ultra-marin colossal qui demeure encore aujourd'hui intact en grande partie. Ceci n'est pas le fruit du hasard ni de la chance, mais bien du succès d'une doctrine reposant sur deux mots. Ordre et Co-prospérité.
Dom Juan Altarini - Et donc, vous pouvez développez ? En quoi ces deux mots directifs ont-ils permis à une Cité-état de prospérer et de perdurer alors que des Empires bien plus puissants et anciens se sont effondrés en fin de compte ?
Il Signore Joao Guilione - Une mentalité différente tout simplement. L'Eurysie est vaste et a vue naître de prestigieuses nations mais très peu ont résisté au passage du temps et celles qui subsistent ont du faire des sacrifices pour conserver leurs usages et traditions. La Confédération Kaulthique par exemple qui a mis un frein au progrès de façon démesurée afin de conserver sa structure même monarchique ainsi que celles de ses différentes composantes. La Damanie jusqu'à il y a peu entretenait aussi un système féodal nous pouvons le dire. Ce que j'essaie de dire c'est que ces nations et beaucoup d'autres avaient pour unique ambition de perdurer et c'est bien la peur de l'évolution et une poursuite parfois illogique du maintient de l'ordre antique et des traditions qui les ont fait au mieux relativement stagner au pire ont vu leur chute. Au final ce sont les nations visionnaires, celles qui ont quittés leur berceau et n'ont pas hésité à braver l'inconnue qui s'en sont le mieux sortie. Les empires coloniaux inclus jusqu'à un certains degrés.
La Signora Lucrezia Canellona - Visionnaire ? Si c'eut été le cas on ne peut pas vraiment dire que cela eut duré longtemps, voyez donc la Listonie. Ils raisonnent encore en partie comme au XVIIe siècle.
Il Signore Joao Guilione - C'est bien pour cela que j'insiste sur le "Jusqu'à un certains degrés". Mais je vais rebondir sur l'évocation de la Listonie car cela me permettra de vous exposer plus précisément ce qu'est cette "Logique Marchande Fortunéenne" par l'exemple. Aussi pour en revenir à ce que je disais, les motivations sont importantes et, emmenés par les grandes familles patriciennes et les clans de négociants, Fortuna a toujours recherché la prospérité et les profits.
Mais pas par les armes contrairement à d'autres, certes les exemples contemporains du marché de l'armement nous rappelle que c'est un domaine qui peut s'avérer très lucratif, voyez l'Alguerana, et c'était déjà le cas à l'époque les nobles seigneurs du continent après tout appréciaient s'affronter pour quelques malheureux lopins de terres. Non, la Sérénissime a préféré viser un autre domaine d'activité, les vivres et surtout les biens exotiques tel que les épices, la soie voir des métaux précieux rares en Eurysie. Ni plus ni moins car il y avait une demande. Ces mêmes nobles va-t'en-guerre appréciaient le luxe bien évidemment, mais étaient incapables de les procurer hormis par des intermédiaires. C'est là qu'entre en scène les républiques maritimes. Fortes de leur prédominance navale ces dernières ont remués ciel et terre afin de trouver des sources d'approvisionnement afin de faire des profits colossaux car évidemment, vu que seuls ces dernières étaient capable de satisfaire la demande...
Dom Juan Altarini - C'était là une occasion littéralement en or.
Il Signore Joao Guilione - Tout à fait, ceci dit, il y avait aussi des contraintes. Les flux commerciaux se tarissaient parfois dû aux conflits chez les fournisseurs du Moyen-orient car c'était bien en Afarée, et notamment au levant que passaient les biens. Cependant les nations de l'époque étaient pour beaucoup elles aussi des intermédiaires en un sens. Lorsque les savoirs et les technologies, notamment navales évoluèrent, les négociants, ennuyés par le monopole dont disposaient ces états et cherchèrent naturellement à contourner ceci dans leur quête de profit afin d'aller directement aux sources. D'où l'installation de comptoirs, voir de ports francs dans une entente absolue avec les peuples et les états concernés, en Afarée comme au Nazum durant l'ère des grandes découvertes. Qui sont aujourd'hui, les actuels territoires de l'Oeste et Leste. L'Eurysie demande, l'Afarée et le Nazum offrent, les négociant disposent de gigantesque place de négoce directement aux sources et peuvent court-circuiter tous les autres intermédiaires éventuels afin de faire des profits et des marges incroyables.
La Signora Lucrezia Canellona - Sous réserve cependant d'une coexistence pacifique et mutuellement lucrative entre les peuples accueillant lesdits comptoirs et la Sérénissime, les conflits divers et variés étant mauvais pour les affaires cela allait de soit qu'entretenir de bonnes relations et de respecter les usages et cultures locales étaient la manière la plus simple et efficace en grande majorité pour que chacun obtiennent des bénéfices de ces échanges.
Il Signore Joao Guilione - Des bénéfices divers portant principalement sur un système de troc, mais pas que. Faveurs, armes, soutient logistique ou militaire. Les échanges différaient en fonction des années et des peuples. Mais au final, cela était des plus bénéfiques pour la Sérénissime qui pouvait commercer dans s'inquiéter ou presque et continuer son ascension sans avoir sans cesse à s'opposer aux locaux et devoir dépenser des fortunes dans le maintient de forces militaires de défenses conséquente. Qui plus est, les territoires, autant les "enclaves et comptoirs" que ceux des partenaires, ont longuement prospéré, ce qui au fil du temps n'a fait que faire croitre le potentiel économique. C'est là la principale différence entre la colonisation "classique" que l'on connait et qui inclue notamment un pillage caractérisée des matières premières d'une région ainsi qu'une occupation bien souvent violente et conflictuelle.
Dom Juan Altarini - Il n'y a vraiment eut aucun cas d'acquisition de territoires violentes ou par l'intermédiaire de guerre pour la Sérénissime ?
Il Signore Joao Guilione - Alors bien malheureusement oui, il y a toujours des exceptions à la règle, cependant c'était un autre temps il faut le rappeler et bien souvent les cas en question étaient des exceptions impliquant une agression de l'intégrité territoriale Fortunéenne. Je pense notamment à l'île de Balsarah où la Feitora locales, ces comptoirs fortifiés a été assiégée par l'émir local à la suite d'une sinistre affaire de cupidité et d'ambition et à nécessité l'intervention d'un corps expéditionnaire venue du sud est de l'Afarée.
Dom Juan Altarini - Je vois. Et bien Signore Guilione et Signora Canellona, je vous remercie tous deux de vos interventions et des éclaircissement que vous avez pu apporter sur ce plateau à nos chers spectateurs. J'apprécierais grandement discuter plus en détail et évoquer d'autres points passionnant mais malheureusement l'émission touche à son terme. Quoi qu'il en soit, l'on peut clairement dire ce soir que nous avons grandement appris sur l'histoire Fortunéenne et que son modèle "d'exportation" si j'ose dire semble être à nul autre pareille. Quand au spectre du colonialisme, je crains que l'on ai pas finit d'en entendre parler de sitôt. Sur ce, une bonne soirée à vous tous !