05/01/2020
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Au port, il y a un Royaume |Teyla-Altrech]

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Une rencontre imprévue pour l'Altrech, pas pour Teyla.

Le capitaine de vaisseau était debout au quai numéro B de la base navale militaire teylaise, regardant le navire cargo de l'Altrech se rapprocher lentement dans le port militaire. L'ombre massive du bâtiment s'approchait lentement d'un des quais du port militaire du Royaume de Teyla, là où voulait réceptionner le Royaume les chalands de la République Translavique, commandés par cette dernière. Le capitaine regarda le vaisseau, sûrement civil, bien que son esprit militaire ne put s'empêcher de penser à un vaisseau civil avec un armement militaire à l'intérieur, un Q-ship comme diraient les anglophones. Il le regarda donc, et il trouva le navire moche. Il n'avait pas d'autre terme pour décrire ce qu'il voyait s'approcher dans le port militaire dont il était le commandant. Aldric Seyrac était un militaire et il aimait les lignes subtiles et parfois cassantes des vaisseaux militaires. Le cargo n'offrait que trop de lignes droites, d'angles droits et assez peu de courbes, de profondeur.

Il regarda le cargo s'offrir tout en pensant qu'une année plus tôt, ce cargo n'aurait pas franchi le port militaire sans subir des tirs de toutes parts, de la part des hommes sous son commandement. À cette pensée, il eut un sourire carnassier qui apparut sur son visage, l'instant de deux secondes, puis son visage redevint celui du professionnel qu'il était. Un officier de Sa Majesté au service du Royaume de Teyla.

Son esprit le projeta, dans l'attente du cargo, à son bureau il y a temps de cela. Cinq jours plus tôt. L’horloge au bas de son écran affichait quatorze heures treize quand le premier coup, sec et mesuré, avait frappé la porte de son bureau. Avant même d’ordonner d’entrer, Aldric savait à la régularité du rythme qu’il s’agissait de son aide de camp. Le son des coups donnés et leur nombre avait révélé l'identité de son aide de camp. La lieutenante avait ouvert la porte d'une façon qui avait alarmé l'esprit du capitaine de vaisseau. Puis son regard s'était baissé vers les mains de son aide de camp et il vit ce que tout commandant reconnaissait d'un coup d'œil même en pleine nuit. Une lettre qui pouvait en temps de guerre faire figer le sang de tout officier de Sa Majesté ou en temps de paix ravir les gens avec de l'ambition. Bordée de noir et d’or, frappée aux armes du Royaume de Teyla, elle portait en son centre les lettres capitales "TRÈS SECRET DÉFENSE." En haut à gauche, son propre nom, à droite, l’expéditeur, l’État-major général. C’était, sans l’ombre d’un doute, une révision de ses ordres ou alors une promotion.

Le commandant Aldric ne s'attendait ni à une promotion ni à une révision de ses ordres dans le contexte actuel. La surprise s’était traduite par le haussement de son sourcil droit. Un mouvement infime, mais que l'aide de camp avait intercepté à la seconde même. Sans un mot, la lieutenante posa sur le bureau, le centre du bureau, la lettre prioritaire et, sans hésitation, elle tourna les talons, sortit de la pièce en fermant la porte et retourna à ses anciennes tâches, sans émettre de jugement trop hâtif.

Sa surprise ne cessa pas de se révéler à la lecture de la lettre venant de l'État-major du corps d'armée auquel il était rattaché, c'est-à-dire la marine nationale. Tout d'abord, il était demandé au Commandant Aldric Seyrac de s'assurer de la sécurité du convoi dans les eaux proches du Royaume de Teyla. Cela ne fut pas une surprise, c'était une procédure normale pour un convoi allant dans un port militaire teylais. Le Royaume de Teyla cherchait toujours à prendre aussitôt que possible part à l'escorte pour être dans la chaîne de décision en cas d'imprévu. Toutefois, la surprise fut lorsqu'il lut la nationalité du convoi. Altrechtoise. Il ne s'attendait pas à ce qu'un convoi de l'Altrech, devenu communiste depuis les événements en Eurysie centrale, vienne accoster dans un port teylais et, de surcroît, militaire.

Mais le véritable coup de semonce de l'État-major se trouvait dans les paragraphes suivants. Pour un document qui mettait simplement à jour des ordres, celui-ci était tout à fait détaillé. Il y avait trois annexes, adossées à l'unique feuille qui mettait les ordres du Commandant par écrit. Des annexes faites par le ministère des Affaires étrangères, seulement une sur les trois était une annexe de l'État-major. Celles du ministère des Affaires étrangères détaillaient, que trop bien, le passé entre l'Altrech et le Royaume et les événements en Eurysie centrale du point de vue du Royaume de Teyla. Deux paragraphes se contentèrent de transposer ces événements sous une vision de l'Altrech. Il avait fait la moue. Visiblement, il avait mal lu ses ordres, car ces annexes n'avaient aucun sens. Une annexe du ministère portait aussi sur le régime de l'Altrech, ses symboles, son fonctionnement et d'autres informations qui seraient utiles en cas... Le Commandant avait plissé les yeux et avait remis ses yeux sur la feuille qui transposait ses ordres par écrit, noir sur blanc.

En effet, il avait mal lu. En plus de la simple protection, la directive principale lui imposait d'endosser le rôle délicat de premier intermédiaire depuis les évènements en Eurysie centrale. Les ordres allaient plus loin, toujours plus loin. Il ne s'agissait pas d'une rencontre diplomatique officielle, mais d'un contact entre un officier de Sa Majesté et soit un militaire de l'Altrech, soit tout autre actif pouvant être lié au gouvernement de l'Altrech. À la suite d'une discussion, qui devra passer comme naturelle, le Commandant Seyrac remettra son rapport officiel à l'État-major et au ministère des Affaires étrangères, pour savoir si un rapprochement pourra avoir lieu. Un officier de Sa Majesté agissant comme un diplomate, l'idée ne plaisait vraiment pas à l'officier. Il ne savait pas à quand remontait la dernière fois qu'un officier de Sa Majesté devait jouer au diplomate, mais cela devait remonter à très loin, disait son esprit.

Sur le quai numéro B, le capitaine de vaisseau souriait bêtement. Il avait, selon lui, relevé d'ingéniosité afin d'avoir un contact physique avec les Altrechois, c'est-à-dire faire descendre de leur navire l'équipage. Il avait fait transmettre par radio l'invitation officielle du commandant de la base navale (c'est-à-dire lui) au capitaine du navire et à tout l'équipage afin de visiter la base navale, une invitation de courtoisie. Il fallait les faire descendre à terre et il ne voyait pas autre chose qu'une invitation de courtoisie pour cela. Il se prit à rigoler lui-même alors que le cargo était presque à quai. En effet, il avait vu la tête des membres de la sécurité de la base lorsqu'il avait annoncé qu'il allait suivre à la trace des dizaines de membres d'équipage, d'une nation considérée comme hostile, dans une base sensible militaire teylaise.

Il avait entendu les questions légitimes et il avait balayé lesdites questions. Au contraire, il avait pris son téléphone et appelé, il y a dix heures, en pleine nuit, le commandement d'une base militaire locale des forces armées terrestres, afin d'être appuyé. Son collègue et ami, réveillé en pleine nuit, lui avait envoyé une dizaine d'hommes dont un officier de Sa Majesté, moins gradé que le Commandant Seyrac. Un geste qu'apprécia Seyrac, il restera l'officier le plus gradé dans sa base, toujours appréciable. Il détourna la tête et vit au loin deux frégates teylaises s'assurer de la sécurisation du convoi et de la base. Les silhouettes sombres des deux frégates se découpaient à l'horizon. Leurs dômes radar tournaient avec une régularité presque hypnotique. C'était son assurance-vie. Si le ventre de ce cargo de l'Altrech recelait autre chose que des chalands inertes, si la moindre trappe d'artillerie masquée venait à s'entrouvrir, les équipages des deux bâtiments de guerre réduiraient le navire en un amas de ferraille fumante en quelques minutes. C'était sa décision qui respectait les ordres reçus. Assurer la protection du convoi ; et les frégates avaient pendant plus de deux heures protégé le convoi en pleine mer. Il s'assurait simplement que le cargo ne soit pas un Q-ship. Et l'Altrech ne verrait rien d'inhabituel, étant donné qu'il avait insisté pour que les frégates reprennent l'escorte du convoi lorsque ce dernier prendrait la route du retour.

Alors que le cargo était enfin à quai, Aldric sentait le poids du sabre de cérémonie contre sa cuisse gauche. Le fourreau noir battait doucement contre son pantalon au rythme du vent, et Seyrac résista à l'envie de poser la main sur le pommeau pour le faire taire. Il portait la tenue de commandant de cérémonie. Celle brodée d'or et majoritairement noire, ses galons dessinés sur son col et ses manchettes. Ses manchettes offraient des informations capitales pour ceux qui savaient lire les uniformes navals teylais. Quatre ronds d'or entourant la manchette. Un rond voulait dire que l'homme qui portait la tenue avait commandé un vaisseau. Un rond par vaisseau différent. L'homme qui servait de diplomate avait commandé quatre bâtiments de guerre navals différents.

Alors que le moment fatidique allait venir d'un moment à l'autre, il jeta un dernier regard à l'ensemble. La haie d'honneur, il l'observa avec patience. Elle était en place et disposait de deux rangées de fusiliers marins disposés qui se faisaient face à face, avec à son bout, au centre, l'officier de Sa Majesté Seyrac. Les sabres n'étaient pas encore devant les visages, ils le seront uniquement, oui uniquement pour le capitaine du cargo ou un membre militaire de la délégation s'il a un grade de commandement dans la marine altrechoise. Contrairement à la diplomatie teylaise qui utilisait les gardes royaux pour les rencontres diplomatiques permettant de faire ce geste du sabre devant n'importe quelle personnalité, les fusiliers marins avaient une tradition. Celle du capitaine, commandement. Il espérait sincèrement que les Altrechois connaîtraient cette tradition de la marine teylaise et n'y verraient aucune insulte si un diplomate se cachait dans le cargo et qu'ils ne verraient aucun sabre levé pour lui.

Il regarda ensuite le bosco. La tenue n'était pas parfaite mais correcte. Il avait le sifflet de manœuvre pendant à son cou. Il hocha la tête en direction du bosco pour valider tout ce qu'il venait de voir. Le maître d'équipage se tenait droit, le buste légèrement cambré contre les assauts du vent marin qui faisait claquer les drapeaux du port. Dans l'univers très codé de la flotte teylaise, le bosco n’était pas un simple exécutant. Il était à la fois un gardien des vieilles traditions de la marine teylaise tout en étant à la fois le chef d'orchestre des honneurs. Il était prêt à faire résonner le sifflet comme jamais à la vue du capitaine altrechois, même si celui-ci n'était pas un militaire, une petite digression au règlement que les deux hommes avaient acceptée. Mais Harker savait aussi, d'après les instructions muettes de Seyrac, que cet instrument resterait silencieux si la silhouette qui s'avançait sur la passerelle ne portait pas l'autorité du commandement naval. On ne sifflait pas pour un technocrate, un bureaucrate ou n'importe quel civil qui n'était pas lié à la mer, fût-il le maître de l'univers. Une question d'honneur et de sang. La marine teylaise reconnaissait en ce geste la peine des autres marines et marins, fussent-ils non teylais.

Ensuite, le commandant porta son regard sur les diverses équipes de sécurité chargées d'accompagner différents groupes de l'équipage pour faire des visites de la base. Il avait bien l'intention de recevoir à part le capitaine ou un militaire du cargo s'il en comportait un dans son bureau pour se faire une idée de la pensée altrechoise, ou il le ferait pendant la visite. Quoi qu'il arrive, il devait permettre à l'Altrechois librement et non devant d'autres hommes de sa nation. Une prudence qu'il ne savait pas si elle était nécessaire pour l'instant, mais il ne voulait causer aucun souci à l'homme auquel il allait parler. Quoi qu'il arrive, il avait augmenté le niveau d'alerte de la base en interne deux heures auparavant. Permettant la fermeture de certains accès de la base, les plus sensibles, le renforcement de la sécurité. Les équipes de secours locales et civiles étaient, grâce à ce relèvement, en état d'alerte et en contact permanent avec un officier de communication. On ne sait jamais, si le cargo avait prévu d'exploser, valait mieux être prêt.

Quoi qu'il en soit, la cape de Seyrac flottait au vent, et son regard se portait sur le cargo et sur les femmes et les hommes qui en descendaient.


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Image pour illustrer la tenue de cérémonie de Commandant. Le second héritier du trone n'est donc pas présent.

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