15 Juillet 2003,
Fortuna, Palais des Doges,
L'heure n'est plus à l'attenteValet - Si Madame veut bien se donner la peine...
Après environ une dizaine de minutes, la porte du bureau du Doge venait à nouveau de s'ouvrir, plus largement cette fois ci. Le valet, dans l'encadrure de celle ci exécutait une brève révérence et d'un geste de la main invitait son interlocutrice à pénétrer dans la salle.
Alexandra Rimini - Je vous remercie.
Répondit simplement cette dernière alors qu'elle émergeait désormais dans le bureau, arborant une tenue sombre et austère, contrastant ainsi avec les riches atours que la Dame se plaisait à afficher dans la sphère publique, mais conservant tout de même un port altier auquel l'on associait communément un regard que certains qualifiaient d'inquisiteurs tandis que d'autres le jugeait simplement déterminé. Voilà sous quel apparence Alexandra Rimini, héritière de l'une des plus grandes fortunes de la République et propriétaire de plusieurs des banques les plus prospères du Monde, ce sans compter les multiples compagnies et industries faisant partie du patrimoine familiale. En soit, l'une des personnalités les plus influentes de la République, représentée jusqu'au sénat par son Frère, tenant du siège sénatoriale accordé ad vitam aeternam à sa dynastie.
Alexandra Rimini, Matriarche de ladite dynastie patricienneAlexandra Rimini - Votre grâce...
Entama-t-elle, hochant brièvement la tête en guise de salutation à l'attention du Doge, ce sous le regard désapprobateur du Valet encore présent à la lisière de la salle.Francesca Federica di Fortuna - Signora Rimini... Prenez donc un siège je vous prie. Que me vaut l'honneur de votre venue pour le moins inattendue ?
Répondit le Doge, lui adressant le même geste de salutation accompagné d'un large sourire bienveillant que quiconque avec un minimum d'expérience sur la scène politique Fortunéenne saurait déterminer comme on ne peut plus faux et caractéristique du concept de masque de chaire qui avait été élevé au véritable rang d'art au sein de la cité qui sombre. L'intéressé se contenta d'un léger rictus en coin alors qu'elle prenait place au sein d'un fauteuil, faisant face à la dirigeante de la Sérénissime...Alexandra Rimini - Est-il vraiment nécessaire de le préciser ? Vous savez pertinemment quel est l'objet de ma visite, la question serait plutôt de savoir si vous souhaitez que je vous l'expose avec les formes...
Le faciès du Doge se changea alors, adoptant une expression plus neutre et authentique tandis que d'un geste de la main, Francesca Federica congédiait le Valet qui se retira en exécutant une révérence, fermant la porte derrière lui.Francesca Federica di Fortuna - Allons droit au but si vous le voulez bien. Je ne suis point d'humeur pour les apparences.
Madame Rimini acquiesça, joignant ses mains devant elle.Alexandra Rimini - Soit. Comme vous devez le savoir, la situation au Varanya est encore en mouvement, les autres états se positionnent ça et là en fonction de leurs intérêts, et pour la grande majorité en faveur du Tyran faisant office de "Leader bienveillant" pour peu qu'il abdique en faveur de son fils. Comme si changer la devanture de la structure allait renforcer les fondations pourris qui menacent de s'effondrer à tout moment.
Francesca Federica di Fortuna - Et la majorité des ténors de la sphère publique s'accordent à dire qu'il convient de se ranger du côté du Shah à notre tour.
Alexandra Rimini - En effet, mais hormis les héritiers qui agissent pour des raisons éminemment politiques, la majorité est simplement prudente. Une simple coalition d'intérêts économiques, tous espèrent un réchauffement des relations afin de développer leurs affaires, et le maintient d'un semblant de Statut Quo et le pardon des trahisons du passé semblent un bien maigre prix à payer. Et tout comme eux, les Rimini ont aussi un certains d'intérêts à faire valoir, mais pas avec le Shah encore en place.
Francesca Federica di Fortuna - Bien évidemment, nul n'ignore les liens entre l'illustre maison des Rimini et un certains nombre de grands bourgeois de cette lointaine contrée, d'ailleurs si je ne m'abuse, votre mère elle même est originaire du Varanya... Cependant, vous ne me ferez pas croire que votre démarche et votre présence sont seulement en rapport avec les liens du sang. De quelles opportunités parlons nous concrètement ?
Alexandra Rimini - Des dizaines, voir des centaines. Nos "cousins" démocrates ont la main mise sur une part importante de l'économie locale et sont favorables à nos... Investissements. Des milliers d'actions dans des industries et compagnies diverses et variés... Après tout, les idéaux aussi nobles soit-ils ne payent pas l'équipement nécessaire à une révolution. Et dans tous les cas, il faudra reconstruire après avoir détruit.
Francesca Federica di Fortuna - Car le Shah et sa famille n'abandonneront jamais le pouvoir. La guerre civile semble alors inévitable. Toutefois si le tyran triomphe...
Alexandra Rimini - Nous pouvons nous attendre au pire à une purge généralisée, bien que cela soit improbable dû aux... "Exigences" des soutiens étrangers de Thadimys. Mais à minima, nos chers cousins verront leurs possessions saisies et avec elles tous nos projets.
Le Doge arqua un sourcil
Francesca Federica di Fortuna - "Nos projets" ?
Arrivée avec un élégant sac à main, la Rimini plongea sa main dans ce dernier, faisant émerger de ce dernier une lettre cachetée à la cire écarlate comme aux temps jadis qu'elle tendit au Doge qui s'empressa de l'ouvrir, sortant alors de ce dernier un long papier sur lequel se trouvait une pléthore de noms et de signatures. Une inspection poussée de ces derniers amena Francesca à plisser des yeux.Francesca Federica di Fortuna - Les Cantari ont approuvé un soutient aux démocrates du Varanya ? Il me semblait pourtant que le Sénateur Andrea était une des voix les plus virulentes s'opposant catégoriquement à ne serait-ce que l'idée de procéder ainsi.
Alexandra Rimini - Le sénateur réprouve l'idée en effet. Mais ses petits enfants pensent autrement, et à l'heure actuelle ce sont eux qui tiennent les rênes de plus de la moitié des possessions familiales, le vieil Andrea perd de chaque jour plus de contrôle sur sa maisonnée. D'ici quelques semaines, son influence sera réduite à peau de chagrin et il sera forcé quoi qu'il arrive de revoir sa position.
Le Doge fronça légèrement les sourcils tout en continuant la lecture du document.Francesca Federica di Fortuna - Voilà qui change beaucoup de choses. Il semble que j'ai largement sous estimé le nombre de vos partisans.
Alexandra Rimini - Il est vrai qu'ils ne sont pas les plus visibles, mais tous pensent comme nous qu'il faut prendre des risques afin d'obtenir des gains conséquents. Tous ont intérêt à soutenir la montée des rebelles, peu importe qu'ils intègrent des extrémistes et des communistes. Vous noterez d'ailleurs la présence de...
Francesca Federica di Fortuna - De mon cher paternel. En effet... Les péchés du père doivent être poursuivis par ses enfants après tous, et ce à chaque génération.
Alexandra Rimini - Les Litaris sont une plaie depuis trop longtemps.
Francesca Federica di Fortuna - Un poison insidieux qui fera pourrir les fondations de la Sérénissime si nous pardonnons les affronts du passés et leur permettons de regagner la cité... Mais faisons fis de ces considération, inutile d'aller plus loin, vous nous avez convaincu. Que comptez vous faire, et surtout qu'attendez vous du gouvernement afin de faciliter vos affaires avec les démocrates du Varanya ?
Un large sourire se forma sur le visage de la Rimini.Alexandra Rimini - Peu de choses à dire vrai, un mandat afin "d'apporter de l'aide humanitaire" aux populations civiles, l'assurance que l'état de la mer nous laissera toute latitude pour ceci et l'exécution de toutes les actions nécessaires afin d'empêcher les héritiers de tenter d'interférer. Nos banques, nos arsenaux, industries et nos sociétés de sécurité se chargeront d'assister le peuple Varanyen dans les épreuves qu'il traverse.
Le Doge laissa échapper un bref soupir. Les prochaines allaient s'annoncer mouvementés sur la scène politique.Francesca Federica di Fortuna - Vous avez notre bénédiction. Dédiez vous à votre entreprise, nous assurerons vos arrières. Cependant, tenez vous le pour dit, cette entrevue n'a jamais eut lieu, et si toute cette affaire tourne mal, le Gouvernement ne prendra pas le retour de bâton pour vous.
Alexandra Rimini - Bien évidemment. Sur ce votre grâce, je vais me retirer et vous souhaite une agréable journée.
Francesca Federica di Fortuna - De même Signora Rimini...
Sur ces mots, la patricienne s'éclipsa, laissant le Doge à nouveau seul en son bureau. Se tournant vers la tasse de thé qui avait été largement délaissée sur le côté, la constatation fut saisissante, le si précieux liquide contenue en celle ci était froid. Fronçant les sourcils, Francesca fit mander le Valet qui se présenta prestement devant elle.Francesca Federica di Fortuna - Allez donc me chercher une nouvelle tasse de thé... Et pendant que vous y êtes allez faire mander l'Aquila... J'ai des instructions à transmettre à la Cour.
L'intéressé s'inclina et s'exécuta prestement.