
Le soleil se couchait sur le gigantesque port de Pharot et les lumières de la ville et celles des navires dans la baie se renvoyaient comme deux mondes des éclats de phares et de lanternes. Le port du sud de la ville avait toujours été plus plaisant que celui du nord, on y trouvait de grands navires de croisière et ceux, destinés aux plaisirs, mouillant aux docks accueillaient le monde de la nuit. Le Pharois est un endroit calme, sur la terre ferme, presque endormi semble-t-il parfois. C’est que les activités se déroulent en mer et au large résonnent les musiques des bateaux-guiguettes et les rires et les chants des navires-casinos, bordels ou juste de volumineuses boîtes de nuits flottantes dont les différents ponts tracent à l’horizon des fêtes en escaliers.
Sa Majesté du Royaume de Altis, Huxoss Ier, son ministre des Affaires étrangères, monsieur Mihalis Spinos, ainsi que leurs équipes diplomatiques avaient rapidement été reçus par le Capitaine Ministre Mainio et le Doyen Pêcheur à l’aéroport de Pharot où, après le protocole d’usage, on avait invité la délégation altos à prendre un hélicoptère qui les avait mené jusqu’à un navire diplomatique.
C’était un grand bateau noir, d’une élégante sobriété qui, sur les eaux sombres, disparaissait presque entièrement, à l’exception des guirlandes multicolores qui en dessinaient les formes dans la nuit.
Il y avait là beaucoup de beau monde, la plupart des ministres du Syndikaali en vérité, sauf le Capitaine Nooa, ministre du Parti Pirate, qui n’appréciait guère la royauté et avait prétexté un déplacement dans les stations libres pour s’éviter la soirée.
Les navires diplomatiques Pharois ne se destinaient pas à la haute mer. En fait, celui-ci n’avait jamais quitté le port, bien qu’il aurait pu en théorie, si ce n’est au moment de faire le trajet depuis Helmi, lieu de sa conception. A dire vrai, l’Elegantti – c’était son nom – avait plus été conçu comme une sorte d’île artificielle qu’un véritable bateau de transport. Son pont avant, le principal, avait l’étendu d’un terrain de football et les deux ponts supérieurs où la vue était magnifique de jour s’élevaient dans le ciel comme de larges tours qui surplombaient la baie.
- Des appartements royaux sont alloués à Sa Majesté et sa suite, directement sur le navire, expliquait benoîtement le Capitaine Mainio. « Bien entendu si vous désirez vous rendre à Pharot ou même ailleurs au Syndikaali, vous y serez les bienvenues. »
Aux côtés du bedonnant capitaine, le Citoyen Ministre Sakari qui, aux lumières des guirlandes, faisait terriblement ses vingt ans, ainsi que le Citoyen Ministre Kaapo, la Capitaine Ministre Reima et la Capitaine Ministre Marketta faisaient la conversation avec les différents dignitaires Altos.
Vêtu d’une splendide tenue rouge sang, le Doyen Pêcheur, toiletté de frais, causait d’un ton badin avec le jeune Roi.
- Vous avez de la chance d’être venu de nuit. Le Syndikaali est pareil à une romance érotique avec une catin, mieux vaut l’apprécier de loin, et si possible dans une lumière tamisée.
Mainio se racla la gorge peu subtilement à ses côtés, de sorte de lui épargner un développement plus explicite.
- Nous avons prévu un petit feu d’artifice Votre Altesse. Ce n’est pas grand-chose j’y vois la métaphore des hommages tirés aux canons de l’ancien temps. Ce siècle sera celui de l'ouverture, c'est une évidence, et de ce fait nous travaillons activement à policer notre diplomatie. Après tout si le sport peut remplacer la guerre dans le cœur des hommes, puissent les arts pyrotechniques se substituer aux armes, nous avons tous à y gagner.
Sakari, lui, rôdait autour du Roi, manifestement intrigué.


Le Doyen Makku et le Capitaine Ministre Mainio, huile sur pixel.