
- Capitaine Mainio ? Votre veste de costume est repassée.
- Ah bien bien ! Merci très chère, je me demande ce que je ferai sans vous !
Assis de l’autre côté de la cabine du navire diplomatique, le citoyen Sakari releva le nez de ses dossiers, goguenard : « Vous ressembleriez peut-être plus à un Pharois et moins à un homme d’affaire. »
Ils avaient pris le large depuis maintenant plusieurs heures au départ de Pharot et il leur restait pas moins d'une demi-journée de trajet en mer avant d'atteindre les côtes de l'Empire Karpok où était attendue leur délégation.
- Allons jeune homme, nous aurons peut-être la chance de rencontrer un Empereur aujourd’hui. Un minimum de classe est appréciable, quoi que l’on pense de nos traditions vestimentaires. D’ailleurs vous devriez mettre une chemise…
Sakari jeta un œil à sa tenue. Comme beaucoup de gens issus des milieux populaires et qui avaient accédé à la richesse au cours de ces cinq dernières années, il avait gardé des goûts un peu rustres, privilégiant une toile solide à un tissu raffiné. Son statut de ministre n’y avait pas changé grand-chose, même dans l’armée les Pharois n’avaient pas vraiment d’uniforme et la société était bigarrée et excentrique, transgressive des normes de genre ou de bienséance, on portait un peu ce qu’on voulait tant que cela tenait chaud.
Ce jour-là, il portait une veste bleue au-dessus d’un t-shirt uni, un pantalon de toile grise et des bottes de marche. Rien d’horrible, rien d’élégant non plus, dans une foule pharoise personne n’aurait imaginé avoir affaire à un ministre du Syndikaali.
- Je ne suis pas un capitaine dandy.
- Attendez d’être capitaine, vous changerez peut-être d’avis. L’apparat est une force pour qui sait la manier et on donne d’autant de poids à ses trangressions qu’on en maîtrise parfaitement les codes, tenez le-vous pour dit.
Le ministre de la Défense territoriale haussa les épaules. Il ne l’aurait certainement pas avoué, sûrement pas devant les autres membres du parti communiste en tout cas, mais les leçons du capitaine Mainio étaient loin d’entrer par une oreille et de sortir par l’autre et s’il affichait l’indifférence, on pouvait noter dans le temps de légers changements dans l'attitude de Sakari qui laissaient entrevoir l’influence qu’avait sur lui le ministre des Intérêts internationaux.
Ce-dernier acheva d’ajuster la veste sur ses épaules avec l’aide de son assistante et vérifia son allure dans la glace.
- Eh bien ! Me voilà tout carapaçonné pour diplomer ! L’habit est une armure, ou un costume, il permet de performer son rôle avec plus de finesse, voyez cela comme un outil cher ami.
A nouveau, Sakari haussa les épaules : « Pour moi les vêtements doivent exprimer l’identité de la personne. »
- Une identité non moins performée jeune homme, nous sommes aussi ce que nous donnons à voir, allez, levez-vous, votre taille, vous faites bien du M je crois ? Je vous ai fait préparer un costume qui vous donne l’air un peu militaire.
- Quoi ?!
- Dites vous que c’est pour le bien du Syndikaali.


C’est endimanchés et tirés à quatre épingles que les deux ministres du Syndikaali débarquèrent à Kariekowka. Ils avaient pris l’un des petits navires diplomatiques, rapide et élégant, escorté par deux corvettes militaire haut de gamme destinées à laisser entrevoir la puissance de la marine pharoise, mais qui les avaient abandonnés à l’entrée des eaux nationales karpokiennes où la marine impériale avait pris le relais.
Visiblement très enjoué, le Capitaine Ministre Mainio était descendu de la passerelle d’un pas rapide, suivi par le Citoyen Ministre Sakari qui laissait traîner son regard.