Posté le : 12 oct. 2022 à 17:27:21
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Essai - étude de mœurs
De la désacralisation du couple dans la jeunesse post-moderne
Par Baudouin de Saint-Maur, professeur émérite à la Grande Université de Legkibourg.
Dans la plupart des pays développés de notre monde, étant parvenus à un niveau de confort plus qu'acceptable et ayant atteint la phase socio-historico-idéologique dénommée post-modernisme, il est indéniable que le couple a perdu de sa dimension fondamentale dans la société, de son caractère vital qui lui était confié depuis le début des grandes civilisations. Déjà préparé par l'explosion du nombre de divorces et de séparations chez les 30-50 ans, nous assistons aujourd'hui à un incroyable effritement de la durée des relations amoureuses dans la jeunesse, pouvant se réduire à quelques semaines, voire à quelques heures.
Mais d'où vient donc cette désacralisation du couple dans les jeunes générations, qu'entraîne-t-elle réellement, et surtout, pourquoi devons-nous à tout prix éviter que ce phénomène ne trouve sa place en Clovanie ?
Bien sûr, nous ne pointons pas ici l'entièreté de la jeunesse des pays développés. Nous cherchons simplement à étudier une certaine tendance qui semble se populariser de plus en plus de nos jours.
Tout d'abord, il convient de définir ce que nous mettons sur le mot de couple. Aujourd'hui, cette notion, tout comme celle de femme ou d'homme, a considérablement gagné en subjectivité sous l'impulsion des mouvements féministes et libéraux de notre ère. Nous lui attribuerons ici la définition suivante : union d'une femme et d'un homme par des sentiments amoureux et par une volonté à long terme de fonder une famille. Vous l'aurez remarqué, cette définition représente un idéal, auquel beaucoup de couples ne correspondent pas en réalité. Mais si cet idéal n'a très souvent pas été atteint par les hommes et les femmes de notre histoire, il a toujours été en ligne de mire, et son statut dans le post-modernisme est exceptionnel en ceci qu'il est pour la première fois remis explicitement en cause. Mais pourquoi cet idéal existe-t-il ?
Nous le savons, l'homme est habité d'instincts primaires hérités de l'époque préhistorique que nous pouvons diviser en deux catégories : l'instinct de conservation et l'instinct de reproduction. Le premier a pour but de conserver la vie de l'individu sauve le plus longtemps possible ; il l'éloigne du danger et le rapproche du confort. Le second vise à perpétuer l'espèce, et donc a donner à l'individu la meilleure progéniture possible. Dans les deux cas, l'homme – comme tous les animaux – est poussé du plus profond de son corps à préserver son espèce. Ainsi, il est pourvu de pulsions, de désirs, de passions, de réflexes : désir de se reproduire, de se nourrir, etc. La pulsion qui nous intéresse est la pulsion sexuelle, celle qui nous pousse vers les membres du sexe opposé, sauf exceptions, avec des battements de cœurs affolés lorsque ces individus correspondent à nos critères de beauté. Critères de beauté eux-mêmes définis par la probabilité d'engendrer une bonne descendance ou de se protéger contre les dangers de la nature, puisqu'il a été prouvé que ce que nous trouvons généralement beau dans le sexe opposé reflète une bonne santé, une force capable de nous écarter des prédateurs, et ainsi de suite. En bref, la plupart de nos comportements instinctifs de la vie de tous les jours, ceux qu'on ne contrôle pas, trouvent leur explication dans les volontés de survivre ou de nous reproduire. Effectivement, cinq mille ans d'histoire ne suffisent pas à modifier le patrimoine génétique d'une espèce d'un âge multi-millionaire.
Or, les hommes ont au bout d'un certain temps fondé des communautés, des sociétés, des civilisations. Et il est nécéssaire d'établir un contrat avec les autres si l'on veut vivre en société. L'homme doit alors sacrifier une partie de ses pulsions, de ses instincts, pour préserver la vie en communauté. À noter que la décision de vivre en société est elle-même poussée par un instinct de conservation ! Celui de vivre en sécurité parmi les siens. Sachons aussi que l'homme est un des seuls animaux sur cette terre qui, lorsqu'il naît, a encore besoin de la protection parentale durant plusieurs années. Ainsi s'établit la nécessité, si l'on souhaite assurer la survie de notre progéniture et donc de notre espèce, d'accompagner notre enfant tout le début de sa vie, et pour cela deux pôles sont indispensables : le pôle maternel et le pôle paternel. La famille trouve ici son origine. Si le père est absent, des troubles se verront dans l'enfant résultant d'un manque d'autorité ou de protection. Si la mère est absente, l'individu gardera les séquelles d'un manque d'affection durant son enfance. On a donc une institution qui se crée chez les hommes, et qui constitue à vrai dire la première vraie communauté humaine. Les écarts à cette norme sont proscrits : adultère, homosexualité, etc. C'est de là que nous viennent tous les idéaux de lignée, de progéniture, d'héritier. On veut le meilleur pour nos enfants, leur transmettre ce que l'on porte de plus noble, afin qu'ils le transmettent à leur tour, et, l'encadrement de l'héritier par les deux parents, c'est-à-dire la famille, est indispensable pour cela.
Mais de ce regroupement animal et instinctif s'élève alors une des choses les plus nobles que notre espèce porte en elle, la transmutation de la pulsion sexuelle et du réflexe reproductif : l'Amour. Nous parlons ici de l'Amour pour son partenaire, à différencier de l'amour envers sa progéniture que nous avons déjà décrit plus haut. Une nouvelle pulsion incontrôlable, inexplicable, une passion brutale, parfois mortelle vient se loger dans le cœur des hommes, les dévorer lorsque l'objet de ses désirs n'est pas atteint, les combler lorsqu'il trouve le parfait partenaire.
On a donc deux idéals nobles qui motivent alors le rapport sexuel dans la société, qui le cadrent et le canalisent afin de donner sa dimension véritablement humaine à l'homme : l'idéal de progéniture, et l'idéal d'Amour.
Or, l'Amour est en lui-même une passion, mais une passion particulière, comme nous l'avons dit. Il n'est donc pas constant, il fluctue selon les périodes de vie d'un individu, il peut se porter sur plusieurs personnes différentes dans un temps restreint, il peut se lasser, rencontrer des désillusions, bref, il est instable. Mais une chose reste vitale : la progéniture. Il faut donc établir un contrat entre les deux membres du couple, stipulant une exclusivité sexuelle, mais aussi une exclusivité sentimentale. Ce contrat, c'est celui du mariage. Devant l'autel, les mariés se jurent une fidélité éternelle, ce qui n'est pas rien pour un homme encore débordant d'instincts primaires préhistoriques ! Mais, allez-vous me rétorquer, les personnes qui se mariaient par amour dans d'histoire étaient extrêmement minoritaires, et ceci de toute époque. Certes, mais l'Amour était un idéal, et même s'il n'était pas présent dans la réalité, il a toujours été un but dans le mariage, un sentiment profond auquel les mariés se devaient de tendre. Et s'il n'était que peu souvent présent dans la réalité, c'est bien parce qu'il était tout-à-fait nécéssaire de fonder une famille et d'engendrer une progéniture. La plupart des époques de notre histoire ont été parsemées de guerres, et l'espérance de vie y était ma foi bien basse. Il était donc vital de se trouver une femme ou un mari afin de faire survivre sa lignée, et l'Amour passait au second plan. Mais il est toujours resté un idéal, un but à atteindre afin de constituer une famille insubmersible. Il suffit de jeter un œil à nos plus grandes œuvres : elles ont toujours traité de l'Amour, l'encensant ou mettant en valeur sa capacité à nous consumer le cœur.
On a donc un idéal du couple dans nos civilisations : celui d'une union d'un homme et d'une femme par deux valeurs fondamentales : la progéniture et l'Amour. Si ces deux idéals sont réunis, la perfection peut trouver sa place dans le cœur d'un homme, et donc plus largement dans toute une société. A noter que l'idéal d'Amour nait en premier lieu de l'idéal de progéniture, bien qu'il en soit indépendant aujourd'hui puisque transmuté en une noble valeur dirigée vers notre partenaire. Or, on assiste dans la post-modernité à une véritable désacralisation de cet idéal, à son effritement progressif.
Iban Khaldein disait déjà il y a six-cents ans : « Les périodes de paix créent les hommes faibles. » Cette période de paix, nous pouvons dire que nous l'avons plus ou moins atteinte aujourd'hui en Eurysie, mis-à-part quelques occasionnelles exceptions. En effet, depuis le siècle dernier, nos civilisations ont touché à une parenthèse relativement pacifique, mais aussi à des avancées technologiques considérables. Le capitalisme, si l'on exclue de notre considération les hurluberlus communistes, a fait son nid de la plus crasse des manières dans certains pays que nous ne citerons point dans cet essai. En un mot, nous avons inventé le confort (et il cligne de l'œil). Notre espérance de vie a massivement augmenté, nos taux de mortalité ont chuté drastiquement. La publicité a assommé certains peuples, les bombardant d'objets domestiques inutiles et promouvant un mode de vie de pur consommateur. L'individu est devenu un consommateur. Les grandes entreprises ont tout intérêt à cette lobotomie, les Etats libéraux en sont les complices, et les hommes la reçoivent avec avidité, suivant leurs plus bas instincts et abandonnant les grandes valeurs que leurs ancêtres avaient portées pendant des siècles jusqu'à eux. Et comment leur en vouloir ? Il est inscrit dans leur patrimoine génétique, comme nous l'avons dit plus haut, de suivre ce qui les mène au confort, de fuir à tout prix la peine et la douleur. En somme, la post-modernité trouve son caractère fascinant dans le détournement de nos instincts de survie dans la voie du confort et du bonheur. Par exemple, il était autrefois vital de faire l'amour pour faire survivre notre espèce, et c'est pour cette raison que la nature a mis dans l'acte sexuel le plus grand plaisir que l'homme puisse ressentir, mais les hommes d'aujourd'hui ne font l'amour plus que pour ce plaisir en soi, et non plus pour faire survivre leur espèce.
Et dans ce contexte confortable, il semble logique de relâcher la pression quant à nos idéaux de progéniture. Notre espèce a complètement assis sa domination sur le globe, devrait même se limiter selon les dires de certains, et nos civilisations évoluent dans un cadre de prospérité leur faisant oublier le danger permanent de la nature de nos ancêtres. Faire des enfants est agréable, mais ça n'est plus vital. « On aime encore l'autre et l'on se frotte à lui, parce que l'on a besoin de chaleur. » disait Nietzki. Ainsi, les règles autrefois vitales peuvent être remises en question, et elles le sont par un essor considérable d'innombrables mouvements libertaires comme le socialisme, le féminisme, ainsi que beaucoup d'autres. L'idéal de progéniture ayant perdu de sa signification, l'idéal du couple exclusif et éternel en perd fatalement son sens. Les couples libres se démocratisent, comme celui de ces deux philosophes du siècle passé que vous connaissez bien, et les féministes visent la libération sexuelle. Désormais, une femme couchant avec un homme différent chaque soir doit être respectée, parce qu'elle « fait ce qu'elle veut ». Car oui, le mot d'ordre est celui-ci : faire ce que l'on veut. Tant qu'on ne nuit pas aux autres, et tant que nous trouvons le bonheur, notre société est considérée comme parfaite. « Nous avons inventé le bonheur, disent les Derniers hommes, et ils clignent des yeux. » De cette manière, il est acceptable pour une relation de ne durer que quelques semaines, voire seulement un soir ! Nous ne rejetons pas entièrement ce phénomène sur le féminisme, mais sur toute la tendance qu'ont pris nos peuples depuis un siècle, et dont le féminisme est une des conséquences – cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant.
De plus, le même féminisme qui arrache de toutes ses forces à la femme son caractère sacré, tempéré, et pur – l'idéal féminin en somme – s'attaque aussi à l'idéal masculin qu'il convient de déconstruire car jugé oppressant pour la femme. La publicité et la pornographie – qui découle sous certains aspects de cette libération sexuelle – ayant déjà roulé sur l'image de la femme, la dénudant et la souillant pour abrutir les Derniers hommes qui composent certains de nos pays, les deux traditionnels idéaux masculins et féminins sont détruits. Or, ces derniers constituaient les deux forces attractives d'un couple, affinées et renforcées depuis des siècles de civilisation. Une fois de plus, le couple comme idéal traditionnel n'a plus sa place, seul l'idéal du bonheur maximum prédomine.
Peut-être est-ce enfoncer une porte ouverte aux yeux des lecteurs de bon sens, mais il convient, afin de conclure cette réflexion, de répondre à l'invariable question des petits malins avec lesquels il m'arrive parfois de débattre : mais si l'on a plus véritablement besoin de survivre et de faire des enfants, pourquoi se priver de profiter des plaisirs de la nature ? Pourquoi ne pourrait-on pas coucher avec une personne différente par nuit, puisqu'on en a envie et que ça ne fait de mal à personne ? Et puis, l'amour est encore très présent dans notre société...
Oui, l'Amour est toujours là, Dieu merci, mais les relations amoureuses dans la jeunesse sont de moins en moins longues. Il n'est pas étonnant de voir certaines personnes, profitant de leur place confortable dans le jeu de la séduction, enchaîner les conquêtes. D'autant plus qu'un cercle vicieux s'établit alors : s'il est plus admis de ne pas rester en couple longtemps, cela ouvre beaucoup plus de portes aux individus en matière de séduction, qui peuvent donc à nouveau enchaîner les conquêtes sexuelles. Un marché de la séduction et du désir sexuel s'institue, que nous ne décrirons point ici, trop complexe et ne constituant pas notre sujet. L'Amour existe toujours, en effet, et un des points positifs de cette époque serait alors que les individus ont maintenant le loisir de s'unir par amour plus que par nécessité. Or, l'Amour est fluctuant, comme nous l'avons dit, et c'est pour cela que la durée des relations s'effrite, jusqu'à se réduire de plus en plus communément à une seule nuit. Nous parlons ici des « coups d'un soir », des « relations sans lendemain », comme on les appelle. Ces dernières n'ont pour but que de « s'amuser ». En réalité, on assiste là à un déclin considérable du couple dans l'exclusivité du rapport sexuel, et donc à un déclin de l'Amour. Les personnes peuvent aux yeux de la société coucher ensemble en excluant de leur rapport les sentiments amoureux qui le canalisaient. L'Amour, c'est ce qui restait de noble, de Beau dans la relation homme/femme. C'était le dernier garde-fou civilisationnel qui canalisait le rapport sexuel. Les instincts sont donc relâchés dans la société. Bien sûr, l'homme a observé un comportement sexuel semblable à bien des époques différentes, mais ce comportement n'a jamais autant été démocratisé. Il était toujours présent dans l'esprit des hommes agissant ainsi que leur comportement était réprimable au nom de ces deux idéaux de progéniture et/ou d'Amour.
Après le recul de l'idéal de progéniture dans les rapports entre les hommes et les femmes, on assiste donc à celui de l'Amour. La société du confort abat peu à peu toutes les dernières valeurs pouvant faire prétendre l'humanité à la Beauté. Alors, on pourra encore crier que les gens font ce qu'ils veulent, mais cet argument marche partout. Si vous voulez continuer de vous enfoncer dans votre minable mode de vie de Dernier homme, faites donc. Mais je parle aux jeunes Clovaniens qui peuvent me lire ou à qui ma parole sera relayée : embrassez les nobles valeurs que vos ancêtres ont bâti pour vous, embrassez la Beauté.
« La Beauté sauvera le monde. »
Baudouin de Saint-Maur.21/10/2008