Posté le : 11 août 2026 à 09:10:37
Modifié le : 11 août 2026 à 18:55:41
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On reparle de l'économie shuhe, mais on va plus loin
Bonjour à vous, jeunes entrepreneurs ! Vous avez lu les bases et vous sentez prêts à conquérir les terres d'opportunités shuhes. Vous avez déjà des émissaires en train de sillonner les trois régions pour monter votre business, à essayer de trouver des accords qui vous permettrait de tirer quelque chose de cette économie bordélique, et vous vous rendez compte que vos propositions reposent potentiellement sur des prémisses qui n'ont pas cours dans l'Union. Il sera peut-être temps d'aller plus en profondeur dans la compréhension de l'économie shuhe. Ou alors, vous êtes juste très curieuxe. Dans tous les cas, parlons davantage de l'économie shuhe.
L'Enclave volcanique est une région qui s'est réellement industrialisé dans le XXème siècle, à toute vitesse, et même si les technologies ont en bonne partie été héritées du reste du monde, beaucoup de principes et d'organisations économiques n'ont pas suivi. Les organisations industrielles disponibles dans le reste du monde, notamment en Eurysie partent du principe que les ressources sont là, et que la population dispose de besoin similaires auxquels on doit répondre massivement, et l'on va optimiser la production de ressources en diminuant les coûts financiers (composés en part variables de coûts de main d’œuvre, de matériaux, de légitimité (à rester sur un terrain par exemple), de publicité... L'industrialisation shuhe réponds à un contexte différent et ne cherche donc pas tout à fait à répondre au même problème. C'est aussi bien une réponse aux contraintes posées par l'explosion démographique de l’Ère des grands accords en fournissant un moyen de produire ce dont tout le monde a besoin avec moins de travail et d'espace, qu'un moyen de proposer de grands projets à visée diplomatiques entre les différents peuples de l'Union, et le système industriel de l'Enclave volcanique s'est construit autour de multiples pôles interdépendants, avec des ressources dispersées ou obtenues de manière intermittentes impliquant une logistique complexe, souvent rares, un appareil scientifique et technique en pleine expansion, et pleins de peuples avec des besoins et des organisations différentes qui n'ont pas du tout les mêmes besoins. Produire et distribuer les trucs au seins de l'Enclave volcanique est donc un problème auquel le reste du monde n'avait pas répondu, l'Enclave volcanique va devoir y répondre par ses propres moyens, faisant de l'Enclave volcanique le foyer d'une révolution industrielle à part entière, reposant sur des doctrines et des techniques qui lui sont propres, et que personne n'a réellement réussi à mondialiser. A Hohhothaï et Tumgao, la connexion au marché mondial est beaucoup plus présente historiquement, et l'entrée dans l'Union va donner des hybridations assez inédites. Shuharri n'est pas une superpuissance du marché mondial, c'est un contre-modèle.
Ici, l'information n'a pas de propriétaire
Aucune organisation shuhe n'a jamais reconnu de propriété intellectuelle. En réalité, les accords qui lient les peuples shuhs ensemble ne permettent pas réellement à la propriété telle qu'on la connait dans les parties capitalistes de la planète d'exister. Une licence d'usage ou d'exploitation est toujours révocable, et l'usage des ressources d'un peuple ou d'un autre peu toujours être renégocié. Ce n'est pas parce qu'une institution ou une personne obtient l'usage d'une terre aujourd'hui, que ce sera le cas demain. Mais un navire d'une compagnie siliquéenne qui serait laissée là ne serait pas considérée comme appartenant à un peuple local aussitôt qu'il en aurait l'usage, quand bien même en théorie, ce serait tout à fait possible, Pescado Silica n'étant pas membre de l'Union des Terres australes de Shuharri. Concernant l'information, c'est différent. Dans les Terres australes, il est considéré que savoir quelque chose n'empêche pas qui que se soit d'autre de le savoir aussi. Si une information entre dans la population shuhe, s'en servir est tenu pour parfaitement légitime. Jamais Shuharri n'a reconnu de propriété de l'information, si bien que les brevets, les droits d'auteurs ou les copyrights y sont caducs. Personne ne vous inquiéterait d'utiliser une technologie brevetée ou de traduire un film sous copyright au sein des frontières de Shuharri, même sans citer l'auteur, la question de l'attribution étant autrement moins grave sur des terres très collectivistes qui considèrent que les informations ne sont pas créées par des individus ou des groupes précis, mais par tout un ensemble de gens et de groupes en interaction. Les noms cités sur les articles de presse ne sont même pas nécessairement les auteurs (bien que ce soit souvent le cas), mais les personnes que l'on peut contacter si l'on a des questions ou remarques à propos de l'article. Certaines agences de régulation économiques parlent de Shuharri comme d'un "paradis technologique", en parallèle aux paradis fiscaux, une terre permettant à une entité de contourner les régulations concernant la propriété intellectuelle et de rendre l'origine d'une idée moins traçable. Il reste possible de poursuivre une compagnie qui aurait copié un produit concurrent en regardant le résultat final, mais le processus de développement à Shuharri qui aurait conduit à cette copie serait tout à fait légal. Le produit pourrait être utilisé dans l'espace shuh (même s'il serait compliqué à monétiser, on y reviendra), et il suffirait de partir d'une technologie brevetée et de l'améliorer pour que la poursuite devienne difficile. L'information y est par ailleurs pas surveillée. Par exemple, ni l'état shuh ni les gouvernements locaux ne peuvent officiellement surveiller l'activité Internet de ses ressortissants, parce que personne n'est réellement considéré légitime à le faire. Un gouvernement local ou une entité interethnique qui se déciderait à surveiller des communications pourrait rencontrer le désaccords d'autres gouvernements et entité, et le risque de problèmes diplomatiques est trop important. La Confédération Shue pourrait vouloir comprendre quelque chose que l'organisation des clans kharins pourraient vouloir étouffer. Et les journaux, groupes de discussion ou de hackers, opèrent souvent au sein de plusieurs espaces locaux. Personne n'a le pouvoir de dire à ces internautes et ces journaux ce qui peut être rendu public ou non. Et même officieusement, le contrôle de l'information est très difficile et rarement pratiqué. Les services secrets ne pourraient d'ailleurs pas réprimer légalement des lanceureuses d'alerte pour leurs publications, même s'il existe des méthodes pour leur faire comprendre que l'institution n'est pas contente, ils tendent davantage à cacher leurs données secrètes qu'à en interdire l'accès. Pour les services secrets shuhs, si la donnée fuite, c'est qu'elle n'était pas assez bien cachée, ou qu'une personne qui y avait accès avait été estimée fiable à tort. Le peu de surveillance de l'information fait de l'Internet shuh une zone de choix pour y tenir des conversations sensibles ou pour y garder des œuvres qu'on ne peut pas garder à la maison. Et certains films ou jeux vidéos communautaires qui contreviendraient aux lois du pays d'origine ou à des règles de copyright sont gardées sur des bases de données shuhes. Globalement, la principale surveillance qui existe lors d'échanges sur un serveur shuh, c'est celle de la modération. Le matériel de communication lui-même n'est pas forcément conçu avec des backdoors ou des moyens d'identification et de surveillance en tête, les ordinateurs et transmetteurs produits à Shuharri sont généralement difficiles à traquer. Bref, personne ne possède l'information, ni n'a réellement pouvoir de la contrôler, et les frontières sont très poreuses au passage d'information. Et les communautés de libristes shuhs n'hésitent pas à s'assurer que l'information reste accessible et interprétable à tout le monde !
Le droit d'accès à l'information public et à la vie privée sont des valeurs particulièrement importantes dans les trois régions shuhes. Et chaque région y a un rapport assez différent. La région de Tumgao est pratiquement entièrement composées de personnes ayant immigré là pour une raison ou une autre, souvent prenant refuge de conditions de vie difficile ou pour des raisons politique, et appréciant particulièrement le fait qu'aucune institution centrale ne posera de question sur leur vie, leur statut migratoire, leurs idées, leurs croyances... Beaucoup de gens restants dans la région de Hohhothaï sont des révolutionnaires, des autochtones, des communautés marginalisées, qui ont connu la répression de l’Époque du Consortium, le droit à la vie privée et la transparance publique fait partie des revendications depuis des décennies. Quand la révolution a eu lieu en 2006/2007, la plupart de groupes qui l'on mené ou soutenu, et qui ont constitué la ville sortante, était opposée à ce qu'une faction prenne le pouvoir de surveillance sur sa population, c'est entre bien d'autres choses pour cette raison d'ailleurs que parmi toutes les choix de positionnement géopolitiques dont disposaient Hohhothaï en 2007, l'intégration de l'Union des Terres australes de Shuharri était accepté par la plupart des parties prenantes. Du côté de l'Enclave volcanique, l'accès à l'information a été l'un des premiers moyens que les Shuh-es ont trouvé pour assurer une ententes entre les différents peuples. L'Union des Terres de Shuharri garantit avant tout que toutes les parties prenantes ont quelque part où discuter. L'information est également vue comme un moyen d'adaptation aux conditions de vies rudes et souvent très changeantes de la région, et dans certains cas, n'est même pas perçu comme un moyen, mais comme une entité, ou le langage d'entités, ou le support "physique" d'entités, et l'accès à l'information présente alors un pan spirituel/religieux. Et c'est d'autant plus vrai depuis l'arrivée du socialisme dans les années 1970' (au début de l'ère actuelle, nommée "ère des serres et de l'électronique"), et de croyances dataistes (qui considèrent l'information comme une entité à préserver) ou technologistes (qui considèrent l'amélioration du savoir et du savoir-faire comme une partie essentielle de l'avenir shuh, ou même humain) qui se sont répandus dans certains pans de la population de l'Enclave dans les dernières décennies. Il sera compliqué de demander à Shuharri de surveiller sa population ou de lui interdire l'accès à des informations publiques.
Shuharri disposant également d'une politique long-termiste, des programmes aussi bien locaux qu'interethniques visent à maintenir une mémoire de long terme au sein des sociétés shuhes. L'on parle notamment de grands programmes d'archivage historiques, génétiques, technologiques, culturels, scientifiques. Production de supports d'information durables, et construction d'énormes archives, incluant bâtiments de serveurs, cryptes, banques de semences, banques de gènes, bibliothèques, archives administratives, incluant parfois des informations du monde entier (par exemple, le programme de banque de semences de l'Ahak vise à répertorier et entretenir l'ensemble des semences cultivées à l'échelle mondiale). Les archivages ne sont d'ailleurs pas non plus soumise aux règles concernant la propriété intellectuelle, les archives shuhes ne demandent pas l'autorisation d'auteurs ou de propriétaires pour produire une archive d'une œuvre rendue publique. Ce qui fait d'ailleurs des archives shuhes de bons endroits pour télécharger du contenu plus ou moins légalement selon le pays. D'autant plus que les travaux de doublage ou de sous-titrage sont souvent archivés eux aussi. La politique d'archivage shuhe pose un problème : plus le temps va passer, plus la quantité d'informations à archiver va devenir importante, et c'est l'une des raisons pour lesquelles l'amélioration des techniques d'archivage fait l'objet d'études actives de la part de l'Ahak.
L'émergence des grandes rédactions internationales visant à permettre des enquêtes journalistiques à grande échelle dans des pays étrangers a été soutenue par des accords au sein de l'Union et vise également à rendre publique des informations considérées importantes pour l'humanité. Les terres shuhes sont progressivement devenus, au fil de l'apparition du journalisme contemporain, de l'informatisation et des grands programmes d'archivage, un nœud majeur de stockage et d'échange d'information à l'échelle mondiale, à un point difficile à chiffrer. C'est d'autant plus frappant que les échanges de biens et de services avec le reste du monde, eux, sont loin d'être aussi intenses. C'est pratiquement l'information qui fait vivre le pays à l'échelle internationale. Aussi bien sous forme de données que d'art ou surtout, de savoir, de philosophie et de technologies. Et l'organisation informationnelle shuhe n'est pas neutre : quand une information l'atteint, elle n'a plus de propriétaire, elle devient publique, partageable, ouverte.
Au sein de l'Enclave volcanique, l'intérêt collectif n'a jamais été perçu comme liée à l'homogénéisation de la population, surtout pas par les institutions interethniques. Des groupes de gens avec des façons de penser et des valeurs radicalement différentes ne sont pas tant vu comme un risque d'instabilité, qu'un moyen de rendre l'ensemble plus résilient et d'ouvrir des possibilités de choix futurs que ne permettrait pas une population plus homogène. La population shuhe est ainsi comparable à un écosystème, qui se maintient en équilibre non pas malgré, mais grâce à une diversité de pensées importante, et même à une opposition au pouvoir en place. Chaque culture et contre-culture remplissant des niches écologiques et fournissant des possibilités d'évolution. Ainsi, la politique shuhe n'évolue clairement pas vers la constitution d'un état-nation, mais au contraire, vers la protection et même la création de diversité. Le programme spatial vise le peuplement interstellaire aussi parce que cela impliquerait des gens qui vivent dans des environnements différents de la Terre qui penseront différemment de Terrien·nes. Les avancées en robotique shuhe visent avant tout à construire des entités capable d'intégrer la société et d'y avoir une véritable agentivité, l'idée étant que vivre avec des êtres humains électroniques dont la cognition diffère de manière importante de celle d'humains biologique puisse apporter d'autres façons de penser, de ressentir et d'agir qui peuvent être utiles à l'échelle sociale. Des idées très similaires amène des institutions interethnique à soutenir la recherche d'augmentations humaines. Il s'agit d'un cas de population qui défendent une diversité de pensée selon une approche collectiviste. La conformité sociale n'est non seulement pas demandée à l'échelle interethnique, mais pas souhaitée. Ceci dit, bien des gouvernement locaux tentent de contrôler un minimum leur population, souvent en opposition avec les positions d'institutions interethniques, et d'une opposition politique bien présente. Il serait possible qu'un campagne marketing massive au sein de Shuharri puisse valoir à une entreprise ou une institution l'animosité du Vahal, et un arrêt brutal de la campagne, qui souhaite éviter qu'une influence commune ne vienne forcer la convergence culturelle du pays : ce serait probablement difficile voire impossible à faire à ce stade de toute façon, mais c'est de toute façon quelque chose qu'il ne revient pas à une institution étrangère de décider. Les organisations différentes sont valorisées, et même dans les issues considérées souhaitables (maintenir une population en sécurité par exemple), maintenir des solutions non optimales reste encouragé, parce qu'elle permet de maintenir le savoir et la possibilité de les développer, mais aussi de penser ce qui est souhaitable ou non autrement. C'est pour ça par exemple que même avec l'arrivée de l'agriculture sous serre, les quelques exemples d'agricultures traditionnelles, qui restent beaucoup moins productives, font l'objet de maintiens et même de recherches. C'est aussi pour ça que l'Ahak tient à maintenir la possibilité de populations nomades de rester nomades : non seulement c'est un moyen de maintenir une source de diversité culturelle, mais les avancées scientifiques, technologiques et culturelles qui permettent à un mode de vie nomade de perdurer même avec la pression démographique peuvent s'avérer utiles pour tout le monde. La possibilité de s'adapter et de penser différemment, et même d'avoir des avis différents sur quels futurs peuvent êtres considérés souhaitables est souvent préféré à l'optimisation économique, et c'est un point particulièrement important à comprendre pour comprendre le fonctionnement de l'économie et même de la politique shuhe.
Sur ces terres, la standardisation n'a jamais eu lieu (ou a même parfois disparue)
Il n'y a pas de monnaie commune et officielle qui aurait cours dans tout Shuharri. Et non seulement ça, mais il n'existe pas de monnaie échangeable contre d'autres dans toutes les terres shuhes. L'économie shuhe reste très fragmentée, et les échanges se font davantage par le biais de multiples accords plurilatéraux que par une standardisation globale. Il n'existe pas de marché shuh à proprement parler. il est possible d'échanger des Plumes noires des Terres australes contre des Yua de Hohhothaï ou des Dinars tumgaones, mais aucune de ses monnaies ne s'échangent aisément contre des coquillages utilisés par exemple par les Ankallyts pour réaliser des échanges commerciaux. Le fonctionnement global du pays n'est pas financé par des impôts en "argent standard", mais par l'action de volontaires au sein de la population, et les contributions concrètes des différents gouvernements locaux représentés, qui peuvent, ou non, produire une monnaie qui vaut au sein de leur propre population. Certaines monnaies sont pensées avec des propriétés particulières souvent liées au contexte de leur émergence. Par exemple, les barrettes d'acier perforées thurannies (les Ghahissavani) ne peuvent pas être échangées entre deux groupes nomades lors d'une rencontre en pleine marche. La horde des Thuranni est claire sur le fait que chaque bande se doit assistance mutuelle dans la chaîne de Tsaagan, et que personne ne peut réclamer d'argent en échange de ressources auprès d'une bande potentiellement en difficulté. Si un étranger se procure des ghahissavani et tente de les échanger avec une bande thurannie en mouvement ou en campement dans les montagnes, l'argent se verra systématiquement refusé, et il peut même être mal vu de proposer un échange monétaire dans de telles conditions. Pour pouvoir échanger des ghahissavani, il faut se rendre dans un camp stable, ou tout le monde devrait être en sécurité, et où chaque bande a le temps d'établir un accord commercial. En-dehors des camps stables, le seul moyen de transférer des ghahissavani à une bande nomade est de les donner, sans aucune contrepartie, ce qui est parfois fait comme geste de bonne volonté ou d'amitié entre bandes. Et ainsi, certaines monnaies ne sont échangeables qu'en certains lieux, sur certaines périodes, leur valeur peuvent varier selon des contextes sociaux, ou ne pas être tant utilisé comme échange clairement et contractuellement établie contre un bien, un service ou une information, que comme un moyen de témoigner un respect ou une appréciation envers la personne qui nous la fournit. Chaque monnaie existant au sein de l'Union réponds à des contextes sociaux, économiques et culturels bien précis, et par ailleurs, tous les échanges ne sont pas monétaires (ce qui était expliqué dans la partie détaillant les bases), toutes les monnaies ne sont pas généralisables ou utilisables d'une manière ou d'une autre sur les marchés mondiaux, et c'est pas quelque chose qui peut être résolu : la fonction sociale de la monnaie est tout simplement différente de celle que l'on rencontre dans une économie capitaliste. Beaucoup de ce qui réponds au besoin des Shuh·es est produit localement et n'implique pas toujours de marché. Chez les Kharins par exemple, chaque clan a sa ou ses serres, et distribue la nourriture ainsi produite à ses membres, les serres publiques sont gérées par le Khotzhe ou l'Okhotzhe (le regroupement de clans qui vise à gérer les infrastructures communes, le meilleur point de comparaison avec la France, ce serait la municipalité), il est rare que de la nourriture produite par des serres kharines soient même proposées sur un marché.
Mais cette absence d'une réelle standardisation ne se résume pas du tout à la monnaie et au marché. La commoditisation des produits n'a même jamais eu lieu. Bon, là, il va être utile d'expliquer ce qu'est le processus de commoditisation. Imaginez que vous vouliez acheter du riz pour faire des nouilles. Tout riz n'est pas adapté à la confection de nouilles, d'autant plus si on veut les sécher, les emballer, et les transporter sur des milliers de kilomètres sans qu'elles ne se cassent. Avant la Révolution industrielle, chaque artisan avait ses recettes, et du riz de Beyfon et de Nin Gao était considéré comme non comparables, de qualité différentes, avec des prix différents, et potentiellement adaptés à des cuisines différentes. Sauf que lorsque l'on a commencé à construire des usines pour faire des nouilles et qu'on cherché à réaliser des économies d'échelles, il fallait des quantités de riz qu'une région seule n'était pas toujours en mesure de fournir, ou alors, pas sans que les cultivateurices n'aient un véritable levier de négociation jouant en défaveur de l'industriel·le. L'industrie a alors fait ce pour quoi elle a été conçue : rationaliser la production. Ce que veut une usine de nouilles, ce n'est pas du riz de Beyfon ou de Nin Gao, mais du riz adaptée à la production de nouilles en grande quantité et au goût standardisé. Et alors, ont été mis en place de complexes systèmes de régulations qui définissent ce qu'est un riz adapté à la production de nouilles. Quelles sont les variétés permises, quelles compositions moléculaires elles comprennent, quelles textures elles ont, quelles couleurs, propriétés mécaniques... Des pages et des pages de notes décrivant en détail quel riz pourrait être homologué pour faire des nouilles. Le riz produit mondialement va ainsi être catégorisé pour un usage selon des standards bien précis, et ainsi, se voir attribuer un prix sur le marché mondial. Tout riz non homologué pourra toujours être vendu, mais pas sur le marché mondial. Et l'usine va donc acheter sur le marché mondial du "riz de minoterie de grade 3" et le transformer en farine à la texture et au goût du standard de la marque (ou acheter directement de la farine au standard international sur le marché) pour ensuite, en faire les nouilles standardisées qui seront livrées en paquets standards dans des enseignes qui standardisent leur présentation. Chaque standardisation permet la mutualisation des ressources, du travail et des équipements, et ainsi des économies d'échelle. Elle permettent également de stabiliser les approvisionnements. Imaginons qu'un jour, la compagnie qui fait les nouilles ne puisse plus approvisionner son usine à partir de son fournisseur habituel. Elle peut : chercher un autre fournisseur, cultiver son riz selon ses besoins, prendre d'autres riz standards et les mélanger pour obtenir un riz dont les paramètres tombent dans les standards ou acheter des contrats de livraisons régulières de riz de minoterie de grade 3 sur les marchés financiers, savoir comment est cultivé le riz et d'où il provient n'est plus si important. Le riz est devenu une matière première, une "commodity" en anglais. Les marchés mondiaux permettent ainsi la production et l'attribution de grandes quantités de riz que l'on peut transformer de manière prévisible à l'échelle du monde entier.
Bon, et à Shuharri alors ? La révolution industrielle shuhe s'est faite selon des contraintes différentes, dans une région socialement fragmentées et avec peu de ressources, le tout dans une société qui a progressivement développé des doctrines privilégiant la diversification des techniques et des usages à l'optimisation de la quantité produite ou du revenu financier. Sécuriser des routes commerciales fiables s'est avéré peu réaliste et la diversité des besoins et des valeurs des populations environnantes de la région a rendu la construction de grandes chaînes de productions produisant de grandes quantités d'équipement standardisées rarement souhaitable. A la place, l'industrie de l'Enclave volcanique a poussé une démarche de personnalisation de la production de plus en plus loin. Reprenons notre riz. Le riz hydroponique et de pleine terre, c'est différent, le riz de Braha et de Qikiqtaniitsoq sont considérés comme différents, encore aujourd'hui, et parfois même, on distingue le riz d'une serre du riz d'une autre serre. Des centaines de variétés de riz différentes sont cultivées à Hohhothaï et dans l'Enclave volcanique, et toutes sont utilisées à leur manière. Une usine de nouilles shuhe va analyser un échantillon de chaque récolte de riz et décider comment la cuisiner pour en tirer quelque chose d'intéressant. Lorsqu'une production est donnée ou exportée, elle sera toujours accompagnée d'une documentation qui précise d'où viennent chacun des ingrédients, quelle usine l'a transformée comment, qui fait le transport comment. Souvent, ces usines sont très loin d'atteindre la productivité d'une usine même du Kah, mais leur adaptabilité permet d'adapter chaque transformation au matériau de base, ainsi qu'aux besoins de la population desservie. Un réglage fin permettant une production d'une qualité exceptionnelle qui est l'un des moyens de compenser la productivité manquante, et surtout, de faire plus avec moins de ressources. C'est particulièrement évident dans le cas d'équipement manufacturé : une usine shuhe peut bien produire trois fois moins d'IRM qu'une usine carnavalaise ou mesolvardienne de taille équivalente, si celles ci durent trois fois plus longtemps, l'usine produit de fait autant d'heures d'imagerie médicale. Ajoutez à cela que les productions shuhes garantissent généralement que les pièces détachées seront disponibles pour des décennies, et l'on obtient des industries tout à fait productives. De fait, il est en réalité difficile de comparer la production d'une usine shuhe à celle d'une usine d'un autre pays, car le nombre de matériels produits est réellement loin de dire toute l'histoire. L'un des plus gros exports matériels shuhs s'avère ainsi être de la machinerie et de l'équipement à haute valeur ajoutée, pour laquelle le fonctionnement industriel shuh fournit de réels avantages par rapport à d'autres filières industriels : du matériel durable et réparable, adapté aux besoins précis de l'usager, capables de tirer le maximum de matériaux et d'énergie disponibles en quantités limitées. De plus, chaque nouvelle production réponds à des besoins un peu différents, et chacune des adaptations permettent de développer des savoirs et techniques un peu différentes. Ça fait plus d'un siècle que l'industrie shuhe affine ses personnalisations et apprennent à utiliser les matériaux de différentes manière en tirant profit de variations subtiles dans les propriétés du matériau. La production shuhe ne se vends pas sur le marché mondial, il n'est pas possible d'acheter un contrat à terme sur du riz ou des IRMs shuhs, pour se procurer du matériel shuh, on traite avec les fournisseurs. L'artisanat reste également très présente dans l'économie shuhe et est même en train de réapparaître à Hohhothaï.
La position de Hohhothaï et de Tumgao dans les chaînes de production mondiales sont d'ailleurs assez particulières car en contact à la fois avec l'économie mondiale et avec l'économie shuhe. Commençons par Tumgao. La région s'est officiellement formée et a commencé à se peupler à partir de 2004, par alliance avec des représentants majeqa et pèlès. L'immigration est rapidement massive, la ville doit être construite et alimentée, rapidement, et importe donc tout ce dont il y a besoin de pays voisins, mais avec de l'argent fourni par les Terres australes obtenues à partir d'exports non standardisés. Tumgao doit donc à la fois reconnaître les standards internationaux, et la non-standardisation shuhe pour se maintenir à flot, et se retrouve à être le terrain de test d'une économie hybride, tentant à la fois de tirer profit du marché international et des ressources fournies par accords avec des peuples et institutions de l'Enclave volcanique. Cette petite enclave dans une région entourée de pays bien plus puissants s'est décidé à mettre en place un système économique relativement autonome, où la production est en bonne partie destinée à la consommation interne, ce pour quoi les usines adaptables shuhes sont particulièrement adaptées. Les principales usines qui vendent sur le marché mondial sont sur la côte, disposent de leur terminal portuaire et importent par bateau les ressources dont elles ont besoin pour ensuite exporter, aussi par bateau, la production. C'est la région de Tumgao qui récupère l'argent de ces usines et s'en sert pour financer les importations. La mairie de Tumgao est en train de construire une usine de meubles utilisant le modèle shuh pour assembler divers meubles durables utilisant au maximum les matériaux locaux ainsi que les imports quand l'opportunité se présente d'en obtenir à prix avantageux, pour les exporter vers des clients désignés.
Hohhothaï est une ancienne ville industrielle, tenue par un ensemble d'entreprises, le Consortium, pendant plus de cinquante ans, la production hohhothaïenne était destinée au marché international. Cette industrie s'est effondrée avec la révolution et depuis, les hohhothaïen·nes doivent choisir entre détruire et nettoyer, ou tenter de relancer, pour les centaines d'usines de la ville. A chaque relance (ou construction) d'usine, se pose un problème : les niveaux de pollution de la ville sont déjà dangereux, et les usines n'ont absolument pas été conçues pour en avoir quelque chose à faire de la pollution émise aux alentours. Il est impossible d'adapter une usine en ramenant la production initiale, mais sans polluer gravement les alentours. L'Assemblée municipale de Hohhothaï a donc pris la décision radicale de ne plus produire pour le marché international, et de se calquer sur le modèle shuh : de plus petites production, dont on peut gérer la pollution, mais un matériel produit de meilleur qualité pour compenser la perte de production, le tout avec des travailleureuses shuh·es prêttes à les former. C'est par exemple ainsi que Hohhothaï est devenu le centre de la très restreinte industrie automobile shuhe : pleins d'ateliers produisant des véhicules personnalisés, un à un. Les révolutionnaires hohhothaïen·nes tentent de se réapproprier leur industrie, dans une version moins aliénante, plus respectueuse des environs, plus agréable à travailler.
Pour ce qui est du transport, la voie routière est particulièrement rare, c'est surtout le bateau, le train et même les nomades qui fournissent le gros du transport. Shuharri connait les conteneurs, mais dans les faits, utilisent différents contenants selon les besoins. L'exportation se fait dans des conteneurs standards, sauf dans de nombreux cas. Par exemple les transports de pétrole vers l'Enclave volcanique ne se fait pas par pétrolier, une marée noire dans le Fjord des Ankallyt aurait des effets trop catastrophiques sur toute la région. Au lieu de quoi, le pétrole et l'engrais est transportée dans des citernes à double paroi renforcée de faible taille (environ la moitié d'une citerne d'un camion-citerne) équipées de balises. Si un navire chargé de pétrole coule, le pétrole ne devrait pas fuiter avant qu'on ne vienne chercher le conteneur, et s'il fuite, ce sera par petites doses. Ce sont des contenants utilisés uniquement à Shuharri, et qui demandent du temps à charger. Des cas de transports dans des contenants non-standards sont fréquents. Pour le reste, c'est principalement l'Enclave volcanique qui se distinguent du reste du monde : les voies d'importation et d'export sont intermittentes, la région compte donc à la fois sur une autonomie relative pour répondre aux besoins les plus importants (Shuharri produit sa nourriture par exemple), et sur d'immense stocks permettant à la fois de lisser l'approvisionnement au cours de l'année que de parer à des imprévus. Les stocks stratégiques de nourriture sont sensés durer dix ans, et tiennent compte de la possibilité d'un événement d'ampleur mondial qui couperait soudainement l'approvisionnement de cette région isolée du monde. C'est vrai de nombreux matériaux qui ont fait l'objet d'importants stocks dans l'Enclave volcanique. Le cuivre par exemple est assez stratégique car elle permet d'entretenir les lignes électriques, il est sensé y en avoir assez pour cinq ans dans une région dont l'infrastructure continuerait de s'étendre rapidement, complémenté pour trois ans supplémentaires de réserves d'étain. Les réserves sont dispersées entres les stocks des gouvernement locaux, qui dépendent de leur politique, et les stocks interethniques. L'Union mène des recherches à long terme pour répondre aux besoins pour lesquels ces importations sont faites, mais au moyen de ressources locales, et notamment, la biomasse, c'est l'une des raisons pour lesquelles la biotechnologie est une part aussi importante de la recherche technologique shuhe.
(Le travail reste en cours, la suite arrivera prochainement)